Organisation du travail en société libertaire

Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:29

kuhing a écrit:Quelques reflexions sur l'organisation du travail en société libertaire.
Ebauches à discuter bien sur.



Comment donc concilier liberté individuelle complète et totale et socialisation de la production ?

Avant de commencer à réfléchir plus à fond à ce cette question, réaffirmons que le système basé sur le profit financier est au bout de sa course, qu’il entraîne sauvagerie, décadence te barbarie, et qu’ un changement structurel de l’économie est nécessaire.
Pour cela, l’autogestion généralisée me paraît être l’alternative adéquate au capitalisme.
Dans autogestion j’ entends gestion et coordination à et par la base des pôles de productions.

Mais pour la mise en place de ces centres de production autogérés il faut :

- La parfaite connaissance des besoins de chaque individu de cette planète.
- Ces calculs pourront être obtenus et synthétisés à partir de données entrées directement par toute personne à qui sera donné la possibilité d’y participer (tout le monde)

Pour cela l’informatique me semble être l’ outil adéquate utilisé à grande échelle soit par le biais d’ordinateurs individuels soit par l’installation de bornes collectives à raison d’une borne pour 10 personnes (les machines existent déjà). Ces résultats pourront être complétés par des consultations organisées directement dans des assemblées et regroupements locaux.

Pour mettre en place cette nouvelle économie et faudra organiser un nouvel aménagement de l’espace et logements.

Dans un premier temps il faudra établir un répartition géographique de la population planétaire en fonction des souhaits de chacun, sur la base de structures d’habitations au confort similaire quelque soit la région aménagée mais tout en respectant les cultures les volontés et le style local.

Il faudra donc déterminer une densité moyenne de population par km2 qui ne dépendra plus de l’état économique selon l’ancien principe, d’une région mais simplement de l’espace objectif disponible sur la planète.
Toutes zones : vallées, montagnes, plaines, mais aussi déserts, mers, océans et même fonds sous-marins pourront être aménagés si nécessaire de façon équilibrée pour pouvoir y habiter.
L’aménagement des zones disparates demandant une quantité de travail inégale en fonction de l’endroit choisi, il faudra considérer cette partie de la remise à plat de l’aménagement du territoire comme une tâche globale et commune à toute la collectivité humaine. Une rotation des tâches pourra être établie pour cette réalisation.
Il sera nécessaire d’adapter ces constructions, en fonction des motivations et engagements de chacun dans le projet de rénovation de l’habitat planétaire.
Les critères de constructions établis dans le respect de l’environnement aussi bien concernant les matériaux utilisés que les sites devront être mis en place toujours à partir d’une coordination globale des avis et souhaits de chacun.
Toujours en fonction des souhaits répertoriés de chacun à la base, il faudra sans doute construire des zones d’habitations collectives mais également individuelles en quantité suffisante pour loger les 4 milliards d’humains. Habitations collectives et individuelles devront offrir une qualité similaire pour chacun.
Dans ce processus il faudra sans doute détruire un grand nombre de logements qui ne remplissent pas les condition d’ espace et de salubrité dont l’homme aura besoin pour évoluer et s’épanouir sereinement .
Ainsi l’extrême concentration urbaine mise en place par le système capitaliste sera vraisemblablement démantelée.
L’émulation et l’objectif d’obtenir au bout de cet effort un logement confortable pour chacun devrait être
une motivation suffisante pour que l’immense majorité se mettre au travail.
Il ne s’agira pas pour 4 milliards de personnes de prendre la pelle et la pioche en même temps mais d’axer l’ensemble du système économique vers ce projet.
Mais tout le monde n’a pas les mêmes aptitudes, la même capacité de travail ni la volonté de l’accomplir.
Alors pourra intervenir ce principe « à chacun ses besoins à chacun ses moyens » selon lequel il sera possible d’établir une moyenne pour construire les structures de base de l’habitat que chacun pourra aménager dans un second temps selon ses désirs personnels, ou collectifs.
Il sera possible avec ces nouvelles structures , pour qui le souhaite, de changer de région , de logement .
La coordination et la communication entre les personnes bénéficiant d’ habitations aux conditions de confort équivalentes permettront à ceux qui le veulent d’établir des échanges.
D’où la liberté de mouvement qu me paraît essentielle dans la société de demain.

Mais pour qu’une révolution aboutisse il faut que les populations mangent à leur faim.

Pour la production alimentaire, un consensus global préalable devra être établi au niveau mondial. Il évaluera les besoins alimentaires moyens de chacun tant du point de vue quantitatif que qualitatif en rapport avec les ressources de la planète et dans une optique de préservation écologique.
A partir de là, chaque zone rurale pourra être affectée pour une production spécialisée avec une éventuelle et très probable rotation des cultures.
Chaque pole de production sera en relation directe avec la demande en besoins et les structures de productions avec leurs machines appartiendront à ceux qui les font tourner.
Il en sera de même pour les usines de transformation des matières premières alimentaires.
La coordination se fera aussi au double niveau mondial et local.

Tout le monde pouvant manger correctement et suffisamment , le reste de l’économie pourra se stabiliser et se posera alors la question :
Quelle place et quelle liberté aura celui qui souhaitera travailler dans les structures de production et jusqu’où ira la liberté de celui qui ne veut pas les intégrer ?

Cette question est importante, essentielle pour moi, parce qu’elle pose le problème de l’articulation entre liberté individuelle et socialisation des moyens de production .
Et cette équation combinant ces deux éléments est sans doute la plus difficile à résoudre .
Voilà ce que j’en pense :
Le grand principe de la vie est l’échange. Cet échange peut être équilibré ou parasitaire. Il paraît évident que le choix à faire pour un fonctionnement social harmonieux est celui de l’échange juste ou positif, c’est à dire celui qui au bout du compte satisfait toutes les parties.

Chaque individu a un potentiel de travail et de créativité (je pense pour ma part qu’il est immense si il est débridé)
Ce potentiel pourra par ailleurs se déterminer en établissant une moyenne entre ce qu’une personne souhaite obtenir et ce qu’une autre pense pouvoir être capable de donner du point de vue de sa force, de sa volonté et de son intérêt pour un travail. Cela établira un rapport besoin / travail.

Ceci fait, à partir des besoins exprimés globalement et localement, chaque individu ou groupe pourra établir sa propre pôle de production matérielle. D’autres pourront s’associer à lui par affinités et en fonction de l’évolution des demandes. Le résultat de leur travail sera partagé et leur permettra de décider de rester à un niveau restreint, laissant place à la création d’une autre structure similaire ou de développer leur outil de travail.
Comment se créeront les pôles de production ?
Pour les grosses structures : à partir de leur réalisation commune suite à un accord correspondant à un besoin exprimé.
Pour les micro structures ou individuelles, ceux qui en auront le projet devront en convaincre de son utilité et de son intérêt afin que ceux ci l’aident à le démarrer (construction des locaux )
Si un projet ne mobilise personne, son initiateur devra s’arranger seul pour le mettre en place, au risque de se fatiguer pour rien.
Les structures pourront donc se stabiliser ou grossir par associations.
L’avantage qu’il tireront d’un tel développement sera d’évoluer dans une structure plus confortable et peut-être mieux adaptée technologiquement. Le travailleur y gagnera donc un meilleur confort au travail et une diminution de sa durée si elle est décidée en commun.
De cette façon la taille des pôles de production s’établiront naturellement tout en laissant chacun conserver cette valeur moyenne de capacité de production qui lui servira de monnaie d’échange pour aller travailler dans une autre branche, dans une autre région, dans une autre dimension de structure.
Son intégration dans son nouveau lieu de travail sera cependant soumise à l’approbation de ceux qui sont déjà en place et dépendra de l’évaluation de sa compétence, des besoins locaux, et de la volonté commune des travailleurs de développer leur structure.
Sinon il pourra échanger sa place avec un travailleur isolé qui souhaite changer de façon de travailler.

Cette façon de fonctionner décrite succintement pourra donc être applicable à toutes les branches de la nouvelle économie .
Elle me semble, à l’étape actuelle de ma réflexion, associer plutôt harmonieusement socialisation et liberté individuelle.
Bien des zones d’ombres persistent bien sur.

Je reste donc ouvert à toutes critiques, commentaires, discussion ou approfondissement.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:30

Karlito a écrit:Texte très riche et intéressant !

D'une part la (ré)conciliation des notions suivantes :
Environnement / Socialisation des moyens de production, de l'espace habitable et des ressources / Conciliation des apirations communautaires et individuelles

D'autre part, si j'ai bien saisi les soucis de loger et nourrir les populations sont envisagés dans le cadre de groupement d'individus et de pôles de production. Personnellement le question que je me pose est celle-ci :
Peut on penser que les structures socio-économiques s'harmoniseront naturellement avec les tailles des communautés humaines ? En sachant que les communautés humaines s'inscrivent dans un milieu écologique auquel les activités productives ou plutôt les activités "surproductives" peuvent nuire.

Si personnellement je crois dans cette équilibre des forces humaines avec celles de la nature, la faiblesse de la perspective anarchiste réside dans le fait qu'elle postule que l'équilibre s'établira de lui même à partir du moment où les êtres humains abandonneront le système capitaliste et le régime de la démocratie représentative. Or il est indémontrable que ce système d'équilibre fonctionne quant bien même l'être humain tendrait à user de sa raison ou des moyens scientifiques et techniques à sa disposition. Il peut être un idéal type bien plus attractif que le modèle actuel, mais il est difficlie de le faire prévaloir par rapport à des acquis, à ce que les gens possèdent et finalement à ce qu'ils envisagent comme des choses qu'ils peuvent perdre. Plutôt que de penser à imaginer que l'application d'autres principes puisse être plus bénéfique, la plus part des personnes se cramponnent aux choses qu'elles ont.

Comment donc concilier liberté individuelle complète et totale et socialisation de la production ?

Comment donner de la force à la/les solution(s) préconisées par l'anarchisme ? Comment faire accepter les hypothèses libertaires ? Comment les rendre crédibles ?

Je me rend bien compte que ces questions sont récurrentes, mais finalement ce sont celles auquelles nous sommes amenés à répondre quant il faut défendre nos convictions ! Pour la plus part des gens le fait de ne pas avoir pu pratiquer durablement une forme de vie sociale, le fait qu'elle n'ait pas d'assise pratique lui procure un immense discrédit. Si on peut citer des épisodes historiques en faveur des idéaux et pratiques anarchistes, en revanche la perspective de l'anarchie appliquée à l'échelle du monde figure comme un épouvantail effrayant pour de nombreuses personnes.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:30

unknown a écrit:Après avoir lu ce que tu as écris j'ai qques ptites remarques, par exemple, il faudrait déjà avoir des productions d'énergie nécessaire pour faire tourner des bornes, et aussi les compétences pour la fabrication et la maintenance.

Donc toi tu te positionnes dans une société libertaire déjà établie si je comprend bien. Comment motiver les gens à acquérir des compétences dans divers domaines sans rétribution ? Par exemple qui va vouloir faire proctologue ou autre ?
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:30

S'habiller de nos rêves a écrit:Ton texte me fait rêver et sortir un petit peu la tête des mes cours d'éco où le répugnant Taylorisme s'impose comme le systeme d'exploitation le plus rentable de leur point de vue.
Mais voies tu, du haut de mes 16 ans, je me vois mal tenter d'introduire ce genre d'idées dans une copie, en alternative à la robotisation actuelle ;), mais je préfère d'avantage les garder pour moi et les enrichir avec vous sur ce forum.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:30

Roro a écrit:
S'habiller de nos rêves a écrit:Mais voies tu, du haut de mes 16 ans, je me vois mal tenter d'introduire ce genre d'idées dans une copie, en alternative à la robotisation actuelle ;), mais je préfère d'avantage les garder pour moi et les enrichir avec vous sur ce forum.


Bof, tu sais, à 18 piges j'ai mis dans une copie que "Halloween est un cirque capitaliste", j'ai eut 14 :D

Les profs qui paraissent les plus pointilleux, sont parfois les plus tolérants. Comme le disait une prof d'histoire "tu peux donner ton opinion, à condition de bien expliquer le point de vue adverse". En clair, si t'expliques bien ce que font les capitalistes, sans les juger dans un premier temps, puis que tu les descend, en défendant tes idées et un peu de ton cours, histoire de dire que tu le connais, ça passe, théoriquement. Après, ça reste toujours à l'appréciation (et notamment personnelle quand tu te lances dans ce genre d'argumentaire) du prof.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:31

Clement kobayashi a écrit:
Mais pour la mise en place de ces centres de production autogérés il faut :

- La parfaite connaissance des besoins de chaque individu de cette planète.
- Ces calculs pourront être obtenus et synthétisés à partir de données entrées directement par toute personne à qui sera donné la possibilité d’y participer (tout le monde)

Pour cela l’informatique me semble être l’ outil adéquate utilisé à grande échelle soit par le biais d’ordinateurs individuels soit par l’installation de bornes collectives à raison d’une borne pour 10 personnes (les machines existent déjà). Ces résultats pourront être complétés par des consultations organisées directement dans des assemblées et regroupements locaux.


Désolé, mais personnellement ce que tu écris, non seulement cela me semble irréaliste (où est la base sociale ?) et de plus cela ressemble à une planification intégrale de l'humanité. Sans parler du rôle (un peu à la Ursula Le Guin dans Les dépossédés) donner à l'horreur informatique, qui est aujourd'hui à la pointe de la nouvelle organisation du travail en flux-tendu et en implication-contrainte.

Ton projet de plus a été dans les grands traits proposé par le courant appelé le " distributisme ". Dans le prochain n° de Sortir de l'économie, tu verras une discussion critique sur celui-ci qui pourrait aussi être une discussion quant à ta proposition : " Le distributisme ou l'envoûtement logistique ".

Il me semble, dans la veine de la critique des nécrotechnologies, que plus d'anarchistes pourraient s'intéresser à la critique de ce que Jacques Ellul a appelé le " système technicien ". Hormis les néo-luddites aujourd'hui dans l'anarchisme contemporain, nombreux restent encore sur l'utopie d'une économie d'abondance automatique par la " libération " des machines et fondent l'autogestion sur celle-ci.

Comme au temps d’un marxisme qui pensait faire la révolution en prenant le contrôle de l’Etat par la violence ou par les urnes pour déployer ensuite leurs « alternatives », rapidement totalitaires, bien des « alternatives anticapitalistes » actuelles comme le « distributisme » mais aussi le petit catalogue des solutions de bon sens que rédigent Serge Latouche et les décroissants dans leurs propositions politiques des « 8 R », présupposent toujours une sur-organisation technicienne de la domination politique et sociale. Le renforcement de cette dernière est d’ailleurs le trait majeur de l’actuelle mutation de l’éco-capitalisme notamment au travers de la promotion des énergies renouvelables qui nous dépossèdent et nous contrôlent toujours autant que le système énergétique actuel qui permet la servitude de nos modes de vies (1). Mais ce trait est aussi celui de bien des « alternatives libertaires ». Murray Bookchin est ainsi l’auteur dans Pour une société écologique (éd. C. Bourgeois, 1976), de l’affirmation que l’échec des révolutions passées vient « non du manque de coordination politique, mais du manque de développement technologique » (p.45). Le tapis rouge de la Marche royale des stades successifs du « progrès » devant d’abord être déroulé entièrement pour qu’advienne enfin la société anarchiste, l’opportunité de la révolution étant finalement que l’automatisation du processus de production permette la « fin de la rareté », c’est-à-dire une époque où le potentiel technologique est suffisamment développé pour fournir à tous une surabondance gratuite de biens. Ce développement intégral des technologies de la production est aujourd’hui le présupposé ou l’arrière-plan - involontaire parfois -, de toutes les revendications pour la gratuité. C’est là aussi le puissant rêve libertaire de moyens technologiques pouvant offrir la possibilité de créer des unités de production autogérées, décentralisées, ne produisant plus de rapport hiérarchique et de division du travail voire carrément puisque travaillant à notre place, de connaître enfin paresse, luxe, calme et volupté : une véritable utopie de la techno-abondance. Remarquons que cette manière de concevoir l’autogestion est très largement partagée chez plusieurs auteurs libertaires. Ainsi dans l’ouvrage de Gaston Britel (La foire aux ânes ou de l'abolition du salariat, éditions Le coquelicot, 2007) pourtant très stimulant dans sa critique de l’ensemble des formes de salaires et de revenus, ou encore de la hausse des salaires, de la « monnaie fondante », etc. - et anticipant déjà la critique d’une des mesures phares des « décroissants », le « salaire maximum de décroissance » -, c’est finalement la solution de l’auteur (« le droit à la production et à la consommation gratuite de tous les biens ») qui pose question du fait des mêmes présupposés que ceux de Bookchin. De Paul Lafargue à Jean Zin en passant par Asger Jorn, on rêve toujours de la corne d’abondance que produirait l’automation du processus de production mis au service du peuple, de la « classe ouvrière », de la « multitude », etc. Si on relit les textes de la fin du XIXe siècle qui ont cherché à remplacer le « à chacun selon son travail » du collectivisme marxiste, par le principe du « à chacun selon ses besoins » du communisme libertaire, c’est partout que l’utopie de la techno-abondance est présente. « L’humanité écrivait P. Kropotkine, pourrait se donner une existence de richesse et de luxe, rien qu’avec les serviteurs de fer et d’acier qu’elle possède ».

Orwell, L. Mumford, Adorno, J. Ellul, Günther Anders, L’Encyclopédie des nuisances – quand bien même celle-ci ne rattache pas la critique de la marchandise à la société industrielle -, comme Michel Henry, Pierre Thuillier, Grothendieck ou Marcuse, eurent le mérite d’entamer la critique du progressisme des Lumières, celle du « phénomène technique », du « système technicien » et de la science. Il y aurait probablement tout un travail de dépoussiérage à faire dans les propositions libertaires y compris avec des conséquences sur les campagnes actuelles de certaines organisations pour la « gratuité des services publics », etc. Il n’est pas aujourd’hui peu contradictoire de voir nos camarades libertaires très alertes contre le développement de l’informatisation de la vie et des nécrotechnologies de fichage, de flicage, de puçage des animaux agricoles, etc., tout en continuant à proposer des schémas politiques quand même anciens, qui justement présupposent un développement général des technologies de production. Une débat sur ces questions pourrait s’ouvrir.

cf. G. Carnino, C. Biagini, C. Izoard, PMO, La tyrannie technologique, éditions L'échappée, 2007.

---------------------

(1) voir Los Amigos de Ludd, Las ilusiones renovables. La cuestion de la energia y la dominacion social, éditions Muturreko burutazioak, 2007, notamment le chapitre " Utopistas y anarquistas frente al control de la energia ", ou comment les anarchistes opposés au contrôle, dans toutes leurs utopies et schémas, prolongent ce contrôle dans leur réflexion sur la distribution énergétique
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:31

Durruti a écrit:
Karlito a écrit:
Comment donc concilier liberté individuelle complète et totale et socialisation de la production ?

Comment donner de la force à la/les solution(s) préconisées par l'anarchisme ? Comment faire accepter les hypothèses libertaires ? Comment les rendre crédibles ?

Je me rend bien compte que ces questions sont récurrentes, mais finalement ce sont celles auquelles nous sommes amenés à répondre quant il faut défendre nos convictions ! Pour la plus part des gens le fait de ne pas avoir pu pratiquer durablement une forme de vie sociale, le fait qu'elle n'ait pas d'assise pratique lui procure un immense discrédit. Si on peut citer des épisodes historiques en faveur des idéaux et pratiques anarchistes, en revanche la perspective de l'anarchie appliquée à l'échelle du monde figure comme un épouvantail effrayant pour de nombreuses personnes.


Je pense aussi que les idées libertaires concernant l'économie (post-capitaliste) ont peu de crédit que ce soit auprès de l'opinion ou même auprès des "spécialistes" économiques. La pensée anarchiste sur ce point me semble assimilée à la théorie marxiste et de manière plus générale à l'ensemble des théories collectivistes, qui sont elles beaucoup plus discutées et critiquées aujourd'hui.
Ce discrédit s'explique à mon sens par le flou entourant les positions libertaires à ce sujet. Un flou explicable d'une part par les avis divergents au sein même du mouvement anarchiste et d'autre part par l'absence de précisions données sur le fonctionnement de la période post-révolutionnaire par les organisations libertaires au nom de l'argument qui voudrait que vouloir tout planifié de A à Z dès aujourd'hui comporterait des risques de dirigisme (ou d'avant-gardisme) et que toute réflexion trop poussée sur le sujet n'aurait finalement que peu d'intérêt tant que nous vivrions dans une société capitaliste. En outre, j'ai le sentiment que les anarchistes accordent plus de confiance en la "créativité des masses" que les marxistes par exemple, tombant parfois dans un optimisme excessif. A vrai dire, je rejoins Clément lorsqu'il dit que l'appropriation des moyens de production constitue une condition nécessaire mais pas suffisante en vue de garantir une société d'abondance et à forte cohésion sociale. Il ne s’agit bien sûr par de tout trancher dès aujourd’hui. Mais je pense qu’une réflexion au moins sur des grands axes à mener serait loin d’être inutile et pourrait justement faire apparaître nos idées de manière plus crédible.

Je partage la manière dont Kuhing appréhende la question de l’organisation du travail (à savoir concilier socialisation des moyens de production et liberté individuelle). Il me semble évident que partout, il y aura une frange de la population qui ne voudra pas prendre part au travail collectif nécessaire à la satisfaction des besoins de chacun. Au sein de cette frange, certains pourraient argumenter en opposant leur "droit à la paresse", d’autres par convictions pro-capitalistes…Pour moi cette frange pose le problème de la répartition du produit du travail. Comment rétribuer chacun de la manière la plus équitable possible…tout en respectant la liberté de tous ? Ce serait déjà intéressant de répondre à cette question, avant d’éventuellement discuter des bases de la répartition du travail, notamment l’idée de rotation des tâches qui constitue l’autre grand problème posé par cette question.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:31

Yace a écrit:Un petit truc en parllèle: une société libertaire doit donner conscience à ceux qui travaillent à la production de ce qui fait subsister l'humain et la société que d'une part, l'outil de production est leur, et d'autre part qu'ils ne sont pas des subordonnés redevables à un généreux donateur-patron qui leur verse la vie à coup de fiche de paie. Ils doivent avoir conscience de leur valeur, et de la valeur de leur rôle.

ce qui aurait pour effet de supprimer le caractère vexatoire de la subordination qui est encore aujourd'hui partie intégrante de la définition du contrat de travail, base de la relation entre les partenaires sociaux.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:32

Karlito a écrit:
Désolé, mais personnellement ce que tu écris, non seulement cela me semble irréaliste (où est la base sociale ?) et de plus cela ressemble à une planification intégrale de l'humanité. Sans parler du rôle (un peu à la Ursula Le Guin dans Les dépossédés) donner à l'horreur informatique, qui est aujourd'hui à la pointe de la nouvelle organisation du travail en flux-tendu et en implication-contrainte.


Hum ... là j'ai du mal à suivre ... si permettre à tous de prendre part au mode de production et aux décisions qui l'anime est une planification intégrale ... je pense que la lecture que l'on se fait de l'autogestion n'est pas la même ...

Pour cela, l’autogestion généralisée me paraît être l’alternative adéquate au capitalisme.
Dans autogestion j’ entends gestion et coordination à et par la base des pôles de productions.


Là ... voilà je cite kuhing !

Mais pour la mise en place de ces centres de production autogérés il faut :

- La parfaite connaissance des besoins de chaque individu de cette planète.
- Ces calculs pourront être obtenus et synthétisés à partir de données entrées directement par toute personne à qui sera donné la possibilité d’y participer (tout le monde)

Pour cela l’informatique me semble être l’ outil adéquate utilisé à grande échelle soit par le biais d’ordinateurs individuels soit par l’installation de bornes collectives à raison d’une borne pour 10 personnes (les machines existent déjà). Ces résultats pourront être complétés par des consultations organisées directement dans des assemblées et regroupements locaux.

Pour mettre en place cette nouvelle économie et faudra organiser un nouvel aménagement de l’espace et logements.


Là je conçoit qu'il puisse y avoir motif à discussion, si le fait de donner les informations relatives à permettre de réaliser le partage des biens nécessaires à notre subsistance est dommageable. il ne s'agit pas d'établir le listing de toutes les caractéristiques individuelles, mais seulement de celles essentielles à établir l'affectation des denrées de première nécessité et de permettre une attribution "équitable" des richesses. (enfin à mon sens ...)

Il n'est pas nécessaire de penser "l'après rareté", encore moins d'envisager l'abondance, mais l'équilibre des forces humaines dans un espace environnemental. En fait, l'austérité est inévitable dans un univers qui se veut écologiquement viable (à mes yeux en tout cas), cela passe par l'abandon immédiat de certaines technologies (nucléaire, manipulations génétiques ...) et par un abandon progressif de certaines autres (perso je crois pas au béton et aux machines d'acier). Le fait que chacun puisse travailler pour tous et avec tous est une solution tout à fait honnorable à mon sens, c'est l'acceptation de se répartir les tâches les plus pénibles. Cela dit je ne fait ni du travail, ni de l'abandon de toute technologie des valeurs, ce sont des nécessités à prendre en compte. A mes yeux il faut trouver un sorte de voie nouvelle succédant à celle des sociétés capitalistes, soit une voie qui permette de passer à une perspective "automodérative".
J'entend par auto modération que nous puissions tendre à penser produire ce qui nous est strictement nécessaire pour survivre et de pouvoir créer à partir des ressources dans la mesure où cela ne met pas en péril le milieu environnemental (purée je vais passer pour un hippy :o ).
J'ai parfaitement saisi les griefs posés à l'encontre des anars portant l'espoir d'une société autorégulée par le fonctionnement d'une confédération mondiale dont les ramifications pourraient devenir un véritable Léviathan. Le fait qu'il faille s'organiser collectivement est inévitable, mais peut être qu'il vaut mieux défendre une multipolarité que la réduction à une entité unique.
Peut être que la coopération de multiples confédération vaut mieux qu'une seule confédération afin d'éviter les dérives centralisatrices et technocratiques.

Autrement je suis tout à fait du même de l'avis de Durruti qu'il faut étendre le champ de nos réflexions et penser à leur donner des fondements matérialisables ! Lier théories et aspects pratiques !
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:32

kuhing a écrit:
Karlito a écrit:

... Peut on penser que les structures socio-économiques s'harmoniseront naturellement avec les tailles des communautés humaines ? ...

... Or il est indémontrable que ce système d'équilibre fonctionne quant bien même l'être humain tendrait à user de sa raison ou des moyens scientifiques et techniques à sa disposition.
....
Comment donner de la force à la/les solution(s) préconisées par l'anarchisme ? Comment faire accepter les hypothèses libertaires ? Comment les rendre crédibles ?

....la perspective de l'anarchie appliquée à l'échelle du monde figure comme un épouvantail effrayant pour de nombreuses personnes....



Merci pour l’attention que tu as porté à mon texte et pour les réflexions que tu en tires.
Voici les miennes que j’aurais aimé pouvoir développer plus.
Je note 4 questions posées dans ton post que je ne prendrai pas dans l’ordre où elles apparaissent.
Avant, je dirai que si nous avons affaire à une équation difficile à résoudre, il faut tout de même s’atteler à le faire parce que nous n’avons pas d’autre choix.
En effet le système capitaliste mondialisé est facteur de misère voire de barbarie dans bien des cas et dans d’autres il ne répond plus aux conditions nécessaires à la survie d’un système qui se doit de progresser ou de disparaître. D’autre part les tentatives de planification « socialistes » centralisées de l’économie ont toutes abouties à la naissances de bureaucraties meurtrières pour finir à la remise en place d’un capitalisme plus sauvage encore.
L’alternative est donc unique, c’est celle de l’anarchie qui est la coordination horizontale de l’économie associée à la suppression du salariat, la démocratie directe et l’évanouissement des états centralisés qui en découle naturellement.
Voilà pourquoi il nous faut résoudre l’équation certes complexe qui permettra de prévoir qu’une société libertaire peut fonctionner.
Tu dis :
« il est indémontrable qu’un tel système fonctionne »
Or si effectivement un système anarchiste généralisé à l’échelon planétaire n’a jamais existé, rien ne peut dire cependant qu’il ne pourrait pas fonctionner.
Tâchons alors de voir pourquoi il le pourrait.
Je trouve au moins trois bonnes raisons à cela :
1)Un système libertaire doit satisfaire l’ensemble des membres de la société, et s’il remplit ce contrat , il doit alors fonctionner de façon durable.
2)Un système économique respectueux de l’environnement doit fonctionner.
3)Un système qui parviendra à résoudre l’opposition possible entre liberté individuelle totale et collectivité, ce qui est pour moi la vocation de l’anarchisme, doit fonctionner.
Reste maintenant à savoir comment ces trois conditions sont possibles et réalisables. Et, je pense que l’autogestion généralisée répond au 1er point, que la coordination planétaire par la démocratie directe permet de résoudre le 2ème et que la libre association en rapport avec les besoins exprimés répond au 3ème point.
Tout ceci reste à développer et cela va peut-être s’éclaircir en abordant la seconde interrogation que tu poses :

« Les structures socio-économiques s’harmoniseront-elles ? »
Concernant cette question, je pense qu’il faut prendre en compte deux facteurs : la coordination et l’auto régulation.
Pour la coordination, je l’ai évoqué, les moyens de communication et de synthèse de l’information permettent dés aujourd’hui et permettront de mieux en mieux de gérer une concertation globale et locale à partir de la base
En liaison avec les besoins.
Chadagova (ex-Zoom sur C.A.) se posait la question si cette fonction pouvait passer par le net actuel et je crois qu’il serait plus approprié de créer un réseau numérique de communication et synthèse dédié uniquement à cette fonction rendant possible cette coordination horizontale. Sans rentrer trop dans les détails, peut-être sera-t-il nécessaire de mettre en place une structure tournante de modération humaine mais je serais plus favorable à un système de sécurisation logicielle. Ceci dans le but d’éviter toute hiérarchisation humaine pour la sauvegarde des propositions, discussions décisions et données.
A partir de là un accord global sur projets , objectifs et mise en œuvre peut prendre forme.
Personnellement la consultation générale devra d’abord se faire sur le recensement des moyens dont dispose l’humanité pour organiser sa production, force de travail et ressources naturelles, pour décider de la façon dont ils seront utilisés. Si une telle consultation avait lieu je défendrais la position suivante :
-mise en commun des ressources naturelles , intra et exo planétaire.
-Utilisation d’énergies non polluantes renouvelables avec renouvellement à quantité au moins égale des quantités usées.
Ceci impliquant bien sur un développement dans le domaine de la recherche scientifique.
Dans la mesure où la notion de profit financier sera évacuée, je crois qu’un tel consensus, où chacun trouvera son intérêt, ne sera pas difficile à atteindre.
Mais pour que ces décisions s’appliquent dans la pratique, il faudra que tous les processus de mise en place de la nouvelle société fassent dans le même mouvement et convergent vers le même objectif.
Comment une tel mouvement pourra-t-il être possible ?
Je conçois ce basculement révolutionnaire comme une réaction en chaîne dont tous les éléments seront réunis pour qu’elle se déclenche et aboutisse au résultat final : la société sans classe ni état.
Pour en revenir à l’harmonisation spontanées des structures socio-économiques, là encore je crois à une auto régulation quasi naturelle de la fonction économique dés le moment où les intérêts de tous les acteurs de la société sont communs et qu’il ne soit pas possible objectivement qu’un groupe se forme au dépend d’un autre.
Pour cela le fonctionnement de la nouvelle société libertaire doit être régit selon le principe « gagnant-gagnant ».

Il est intéressant de rappeler à ce propos la façon dont s’organise la migration des oies sauvages qui transitent au printemps par le Canada pour regagner le Nord. Leur objectif commun étant le même, des chaînes plus ou moins longues s’organisent spontanément dans le ciel avec des groupes plus ou moins nombreux. En tête de chaque expédition, une oie sauvage prend la tête et guide le groupe, place la plus difficile à assumer. Ce poste sera ensuite occupé à tour de rôle par chacun des oiseaux qui s’en sentent capable.
Avec un nombre de paramètres plus importants en rapport avec des besoins plus diversifiés, on peut envisager que la société libertaire pourra fonctionner selon ce principe. Ainsi, la mise en place des pôles de production par groupements d’affinité tels que décrit dans mon précédent message deviendrait automatique.
Venons en maintenant à la troisième interrogation posée :
« les personnes se cramponnent à ce qu’elles ont déjà et cela constitue un frein au changement »
La réponse à ça me paraît simple : la société libertaire basée sur une autogestion généralisée horizontale, permettant une cohabitation harmonieuse entre liberté individuelle totale et fonctionnement collectif, offrira infiniment plus que ce qu’il est possible d’avoir aujourd’hui et ceci pour toutes les couches sociales existantes aujourd’hui dans nos sociétés.
Comment est-ce possible ?
Tout d’abord parce que la suppression de la rentabilité financière comme but ultime et moteur du capitalisme entraînera une très forte augmentation des forces productives. En effet la production, n’ayant plus pour but la vente pour augmenter le capital par une plus value financière, sera libérée du carcan de la concurrence qui bloque le plein emploi et amène à la confection de marchandises de mauvaise qualité qui peuvent être achetées par les pauvres et doivent être également renouvelés fréquemment.
Dans une économie autogérée sans profit financier, le seul objectif sera la création de denrées d’une qualité optimale, durable, réalisées avec des matériaux recyclables puisque les sciences et techniques évolueront aussi beaucoup plus rapidement.
Nous pourrions aussi parler de la suppression de ce travail énorme et inutile que constitue la publicité. Travail qui serait utilisé à des fins plus constructives.
Vient ensuite la suppression naturelle de cette couche très fournie des administrateur du système capitaliste qui demande la mobilisation de plus en plus d’intelligences pour trouver les artifices nécessaires à la poursuite du système actuel.
Toutes ces compétences seront désormais libérées pour se consacrer à l’essor du bien-être de l’humanité dans sa collectivité et ses individualités.
Que dire ensuite de l’armée impressionnante de ceux dont la tâche aujourd’hui consiste à maintenir l’ordre et la répression ainsi que les structures qui y sont associées : Armées, police, justice, personnel politicien , agents de contrôles de toutes sortes.
Il ne s’agira aussi pour ces personnes de mettre leurs compétences au service de tâches réellement utile à la collectivité comme à leur propre individualité.
Ceci concerne la production des biens matériels, de services, de création artistique et intellectuelle.
L’autre avantage créé par le passage à la société libertaire concernera l’aménagement de l’espace.
Comme je l’ai indiqué , l’abolition du système capitaliste amènera l’annulation de la concentration géographique
Qu’il entraîne. De nouveau espaces seront aménagés permettant à chacun et à tous de jouir d’une superficie suffisante à son plein épanouissement. En fonctions des besoins et désirs de chacun , des structures collectives pourront aussi être crées que ce soit pour le logement, la restauration ou les transports.
Enfin le troisième acquis sera moins palpable mais pourtant essentiel. Il concernera ce sentiment de sérénité qui accompagne les rapports sociaux fondés sur la justice.
Tout le monde sait ou peut sentir que la possession de biens matériels n’est pas une condition suffisante pour l’accession au bonheur possible seulement avec un environnement social sain et des relations fraternelles entres les hommes et les femmes.
L’expression « l’argent ne fait pas le bonheur » et on pourrait rajouter « surtout lorsqu’il est mal gagné » n’a sans doute jamais été aussi vérifiée qu’aujourd’hui. Et on peut penser à ces personnes fortunées qui anesthésient leur mal-être dans des artifices sans cesse renouvelés que ce soit les drogues ou ces divertissements tristes et vides de sens.
Nous pourrions parler aussi du stress au travail qui gagne toutes les catégories des la population.
Voilà donc en quelques lignes des raisons qui expliquent en quoi la quasi totalité des personnes ont tout intérêt à un changement structurel de société.

Terminons enfin par ta dernière réflexion : « l’anarchie à un niveau mondial est un épouvantail qui effraye de nombreuses personnes »
Certes l’inconnu fait souvent peur même aux audacieux. Cependant , même si un niveau de conscience suffisant est requis pour franchir le pas et risquer le changement, les révolutions sont avant tout le résultat d’une situation objective qui , je crois, prime sur le facteur idéologique.
A un moment, il faudra donc plonger et si le bain pourra sembler un peu frais pour certains, la nécessaire agitation qui s’en suivra réchauffera tout le monde.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:32

willio a écrit:
Karlito a écrit:Comment donner de la force à la/les solution(s) préconisées par l'anarchisme ? Comment faire accepter les hypothèses libertaires ? Comment les rendre crédibles ?

Je me rend bien compte que ces questions sont récurrentes, mais finalement ce sont celles auquelles nous sommes amenés à répondre quant il faut défendre nos convictions ! Pour la plus part des gens le fait de ne pas avoir pu pratiquer durablement une forme de vie sociale, le fait qu'elle n'ait pas d'assise pratique lui procure un immense discrédit.


En effet c'est le principal problème. Tant qu'on n'arrivera pas à le résoudre, on pourra faire toutes les théories les plus merveilleuses, les gens n'en voudront pas. Beaucoup sont en accord avec nos idées, mais combien sont prêt-e-s à les mettre en oeuvre ? Mais plus encore que la crédibilité de l'anarchie, c'est la peur du changement qui est en cause. On préfère se rattacher à une vie moyenne plutôt que de se lancer dans la liberté, dans l'inconnu... Faire disparaître cette peur passe à mon sens par l'expérimentation d'un mode de vie radicalement différent et l'exhibition de celui ci.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:33

aquí y ahora a écrit:willio a entièrement raison. Une propagande par le fait basée sur la construction de modes de vie plus libres séduiront progressivement les individus. En effet, en exposant à touTEs qu'il est plus profitable de vivre librement, les réticentEs deviendront convaincu que leur vie peut être meilleure sans sacrifier "tout ce qu'ils(elles) ont acquisES" (horrible pensée). En innovant pour s'émanciper du mode de production capitaliste, nous regagnons réellement notre liberté, nous redevenons des êtres empreints de véritables passions et capables de lutter directement l'ennemi.

En ce sens, des groupes d'affinité mettant leur vie en commun, autonomes, refusant autant que possible le travail exploité et exploiteur, et à la marge du système de production capitaliste gaspilleur attireront infiniment plus les curieuses et les curieux que des individus empreints seulement de rage et de haine envers leur propre exploitation et le cycle de reproduction. Cela a aussi l'avantage de souffrir de peu de répression puisque les activités qui sont liées à un tel mode de vie l'évitent directement ou indirectement.

De plus, une planification mondiale n'est pas souhaitable et surtout inutile. Une construction fédérative horizontale arrivera mieux à répondre aux besoins des groupes participants qu'une bureaucratie humaine ou électronique imposant des statistiques aux êtres humains.

D'ailleurs, une société de production de masse sera impossible pour plusieurs générations post-révolutionnaires étant donné la masse démographique trop grande de la planète. Justement, les besoins énergétiques reliés à ce type de production sont insoutenables (un(e) sage disait avec justesse que nous mangions du pétrole). De surcroît, une trop grande portion de la production est littéralement du gaspillage ou inutile. La société libérée sera frugale par besoin et par contrainte: combien de choses avons-nous vraiment besoin et quelles sont les limites de regénération environnementale ? Dans le même ordre d'idée, un occident consommateur entre directement en conflit avec le reste du monde dont il exploite la production. Le mode de vie occidental est une illusion qui mourira horiblement avec la mort du capitalisme. Les nouvelles sociétés en Anarchie n'auront pas le choix que de composer avec ces réalités.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:33

Le bohémien a écrit:Déjà c'est la notion même du "travail" qui doit dispparaitre dans un monde à rapports horizontaux.
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:33

Moine a écrit:
aquí y ahora a écrit:willio a entièrement raison. Une propagande par le fait basée sur la construction de modes de vie plus libres séduiront progressivement les individus. En effet, en exposant à touTEs qu'il est plus profitable de vivre librement, les réticentEs deviendront convaincu que leur vie peut être meilleure sans sacrifier "tout ce qu'ils(elles) ont acquisES" (horrible pensée). En innovant pour s'émanciper du mode de production capitaliste, nous regagnons réellement notre liberté, nous redevenons des êtres empreints de véritables passions et capables de lutter directement l'ennemi.

En ce sens, des groupes d'affinité mettant leur vie en commun, autonomes, refusant autant que possible le travail exploité et exploiteur, et à la marge du système de production capitaliste gaspilleur attireront infiniment plus les curieuses et les curieux que des individus empreints seulement de rage et de haine envers leur propre exploitation et le cycle de reproduction. Cela a aussi l'avantage de souffrir de peu de répression puisque les activités qui sont liées à un tel mode de vie l'évitent directement ou indirectement.

De plus, une planification mondiale n'est pas souhaitable et surtout inutile. Une construction fédérative horizontale arrivera mieux à répondre aux besoins des groupes participants qu'une bureaucratie humaine ou électronique imposant des statistiques aux êtres humains.

D'ailleurs, une société de production de masse sera impossible pour plusieurs générations post-révolutionnaires étant donné la masse démographique trop grande de la planète. Justement, les besoins énergétiques reliés à ce type de production sont insoutenables (un(e) sage disait avec justesse que nous mangions du pétrole). De surcroît, une trop grande portion de la production est littéralement du gaspillage ou inutile. La société libérée sera frugale par besoin et par contrainte: combien de choses avons-nous vraiment besoin et quelles sont les limites de regénération environnementale ? Dans le même ordre d'idée, un occident consommateur entre directement en conflit avec le reste du monde dont il exploite la production. Le mode de vie occidental est une illusion qui mourira horiblement avec la mort du capitalisme. Les nouvelles sociétés en Anarchie n'auront pas le choix que de composer avec ces réalités.


L'organisation federative horizontale c'est exactement la même chose que la planification mondial. Des structures fonctionnant par deleguation, chacunes portant les revendications des groupes divers au niveau locale.
Pour ce qui est de la capacite productive, rassure toi elle est amplement suffisante en faisant un peu de redistribution, de rationalisation de l'effort industrielle et de frein au gaspillage monstrueux qui sevit actuelement.

Cependant ce qui me titille dans cette histoire c'est la forme de cette administration mondial. Il faut être conscient du monstre que sera cette organisation, donc il necessitera des fonctionnaires a plein temps, et beaucoup de fonctionnaires...Malgre tous les efforts fournies au niveau de l'organisation du monstre il me semble inevitable que cette machine presentera rapidement de tres gros disfonctionnements de par sa taille et sa complexite. Il faut se representer ce que signifie une borne pour 10 personnes sur une planete de 7 miliards d'habitants, du brassage d'informations, parfois errones, les bugs informatiques etc...
Personelement je pense que le projet est tres ambitieux, il faudrait dejà commencer par mettre en place ces systemes a des echelles nationales ou même locales. Il parait evident que de par les pluralites culturelles, geographiques et autres pas un peuple n'aura tout a fait la même organisation, les mêmes principes.
Reste a savoir si d'ailleurs le plan devra tout reglementer où s'en tenir a des fonctions economiques de bases: energie, nourriture etc... Le reste devrait se developper sur un model nouveau de libre echange qu'il reste a definir. Cela offrirait un veritable echapatoir a l'individu loin du gigantesque rouage mondial, ce qui me parait essentiel.

Ce systeme necessiteera par ailleurs un controle, notament des principes libertaires dans l'echange. Il faudra reflechir a quelle forme prendra cette institution charger de ce controle sans en faire une police classique mais pas non plus une succession de milices incontrolables.

(Enfin bon, pas mal de questions sur lesquelles je vais mijoter un peu avant de les exposer le plus clairement possible.)
gyhelle
 

Re: Organisation du travail en société libertaire

Messagede gyhelle » 19 Juin 2008, 09:34

kuhing a écrit:
Clement kobayashi a écrit: ....cela me semble irréaliste (où est la base sociale ?)
.... l'horreur informatique, qui est aujourd'hui à la pointe de la nouvelle organisation du travail.
... une planification intégrale de l'humanité.
...le " distributisme ".


Il me semble que tu ne m’as pas bien saisi mon propos alors je vais le formuler différemment, plus simplement.
Pour pas se disperser, je vais m’en tenir à 10 points. Et tu pourras mieux cerner les désaccords ou les accords.

1) Je suis pour la suppression du salariat remplacé par la rétribution intégrale du travail de chacun .
2) Je suis favorable à la mise en commun de toutes les ressources naturelles et énergétiques.
3) Je suis favorable à un consensus de l’ensemble de la population mondiale sur la façon dont les ressources naturelles doivent être utilisées.
4) Pour qu’un tel consensus s’établisse, il faut qu’une discussion générale se tienne à la base et que la synthèse en soit tirée.
5) Pour cela, l’informatique me semble être effectivement un bon outil et, ce n’est pas de l’outil dont il faut se méfier mais de son utilisation actuelle au service de l’optimisation de la rentabilité financière.
6) C’est l’ensemble de la population mondiale qui constituera la base sociale qu’il te semble manquer , puisque, le système capitaliste aboli, il n’existera plus de classes sociales.
7) Je pense qu’une coordination entre les hommes et les femmes est nécessaire sans pour autant qu’il s’agisse de planification centralisée : Pour produire il faut connaître les besoins et se mettre d’accord sur la façon dont on utilise les ressources (consensus cité + haut)
8) Il ne s’agit pas de (re)distribuer les richesses mais que chacun participe à la construction collective et à ses propres besoins dans la pleine liberté d’action et de mouvement.
9) La gratuité n’existe pas, mais l’évolution de la technologie peut faciliter le travail des hommes tout en augmentant la qualité et, si cela correspond à un besoin, la quantité de la production.

Le dernier point sera pour l'intervention de Karlito qui suit la tienne :

10) Je ne pense pas que « l'austérité est inévitable dans un univers qui se veut écologiquement viable » parce que l’anti-écologie n’est pas le résultat de la production mais seulement d’une production dont le but ultime est la vente .

à vous lire.
gyhelle
 

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