kuhing a écrit:Karlito a écrit:
... Peut on penser que les structures socio-économiques s'harmoniseront naturellement avec les tailles des communautés humaines ? ...
... Or il est indémontrable que ce système d'équilibre fonctionne quant bien même l'être humain tendrait à user de sa raison ou des moyens scientifiques et techniques à sa disposition.
....
Comment donner de la force à la/les solution(s) préconisées par l'anarchisme ? Comment faire accepter les hypothèses libertaires ? Comment les rendre crédibles ?
....la perspective de l'anarchie appliquée à l'échelle du monde figure comme un épouvantail effrayant pour de nombreuses personnes....
Merci pour l’attention que tu as porté à mon texte et pour les réflexions que tu en tires.
Voici les miennes que j’aurais aimé pouvoir développer plus.
Je note 4 questions posées dans ton post que je ne prendrai pas dans l’ordre où elles apparaissent.
Avant, je dirai que si nous avons affaire à une équation difficile à résoudre, il faut tout de même s’atteler à le faire parce que nous n’avons pas d’autre choix.
En effet le système capitaliste mondialisé est facteur de misère voire de barbarie dans bien des cas et dans d’autres il ne répond plus aux conditions nécessaires à la survie d’un système qui se doit de progresser ou de disparaître. D’autre part les tentatives de planification « socialistes » centralisées de l’économie ont toutes abouties à la naissances de bureaucraties meurtrières pour finir à la remise en place d’un capitalisme plus sauvage encore.
L’alternative est donc unique, c’est celle de l’anarchie qui est la coordination horizontale de l’économie associée à la suppression du salariat, la démocratie directe et l’évanouissement des états centralisés qui en découle naturellement.
Voilà pourquoi il nous faut résoudre l’équation certes complexe qui permettra de prévoir qu’une société libertaire peut fonctionner.
Tu dis :
« il est indémontrable qu’un tel système fonctionne »
Or si effectivement un système anarchiste généralisé à l’échelon planétaire n’a jamais existé, rien ne peut dire cependant qu’il ne pourrait pas fonctionner.
Tâchons alors de voir pourquoi il le pourrait.
Je trouve au moins trois bonnes raisons à cela :
1)Un système libertaire doit satisfaire l’ensemble des membres de la société, et s’il remplit ce contrat , il doit alors fonctionner de façon durable.
2)Un système économique respectueux de l’environnement doit fonctionner.
3)Un système qui parviendra à résoudre l’opposition possible entre liberté individuelle totale et collectivité, ce qui est pour moi la vocation de l’anarchisme, doit fonctionner.
Reste maintenant à savoir comment ces trois conditions sont possibles et réalisables. Et, je pense que l’autogestion généralisée répond au 1er point, que la coordination planétaire par la démocratie directe permet de résoudre le 2ème et que la libre association en rapport avec les besoins exprimés répond au 3ème point.
Tout ceci reste à développer et cela va peut-être s’éclaircir en abordant la seconde interrogation que tu poses :
« Les structures socio-économiques s’harmoniseront-elles ? »
Concernant cette question, je pense qu’il faut prendre en compte deux facteurs : la coordination et l’auto régulation.
Pour la coordination, je l’ai évoqué, les moyens de communication et de synthèse de l’information permettent dés aujourd’hui et permettront de mieux en mieux de gérer une concertation globale et locale à partir de la base
En liaison avec les besoins.
Chadagova (ex-Zoom sur C.A.) se posait la question si cette fonction pouvait passer par le net actuel et je crois qu’il serait plus approprié de créer un réseau numérique de communication et synthèse dédié uniquement à cette fonction rendant possible cette coordination horizontale. Sans rentrer trop dans les détails, peut-être sera-t-il nécessaire de mettre en place une structure tournante de modération humaine mais je serais plus favorable à un système de sécurisation logicielle. Ceci dans le but d’éviter toute hiérarchisation humaine pour la sauvegarde des propositions, discussions décisions et données.
A partir de là un accord global sur projets , objectifs et mise en œuvre peut prendre forme.
Personnellement la consultation générale devra d’abord se faire sur le recensement des moyens dont dispose l’humanité pour organiser sa production, force de travail et ressources naturelles, pour décider de la façon dont ils seront utilisés. Si une telle consultation avait lieu je défendrais la position suivante :
-mise en commun des ressources naturelles , intra et exo planétaire.
-Utilisation d’énergies non polluantes renouvelables avec renouvellement à quantité au moins égale des quantités usées.
Ceci impliquant bien sur un développement dans le domaine de la recherche scientifique.
Dans la mesure où la notion de profit financier sera évacuée, je crois qu’un tel consensus, où chacun trouvera son intérêt, ne sera pas difficile à atteindre.
Mais pour que ces décisions s’appliquent dans la pratique, il faudra que tous les processus de mise en place de la nouvelle société fassent dans le même mouvement et convergent vers le même objectif.
Comment une tel mouvement pourra-t-il être possible ?
Je conçois ce basculement révolutionnaire comme une réaction en chaîne dont tous les éléments seront réunis pour qu’elle se déclenche et aboutisse au résultat final : la société sans classe ni état.
Pour en revenir à l’harmonisation spontanées des structures socio-économiques, là encore je crois à une auto régulation quasi naturelle de la fonction économique dés le moment où les intérêts de tous les acteurs de la société sont communs et qu’il ne soit pas possible objectivement qu’un groupe se forme au dépend d’un autre.
Pour cela le fonctionnement de la nouvelle société libertaire doit être régit selon le principe « gagnant-gagnant ».
Il est intéressant de rappeler à ce propos la façon dont s’organise la migration des oies sauvages qui transitent au printemps par le Canada pour regagner le Nord. Leur objectif commun étant le même, des chaînes plus ou moins longues s’organisent spontanément dans le ciel avec des groupes plus ou moins nombreux. En tête de chaque expédition, une oie sauvage prend la tête et guide le groupe, place la plus difficile à assumer. Ce poste sera ensuite occupé à tour de rôle par chacun des oiseaux qui s’en sentent capable.
Avec un nombre de paramètres plus importants en rapport avec des besoins plus diversifiés, on peut envisager que la société libertaire pourra fonctionner selon ce principe. Ainsi, la mise en place des pôles de production par groupements d’affinité tels que décrit dans mon précédent message deviendrait automatique.
Venons en maintenant à la troisième interrogation posée :
« les personnes se cramponnent à ce qu’elles ont déjà et cela constitue un frein au changement »
La réponse à ça me paraît simple : la société libertaire basée sur une autogestion généralisée horizontale, permettant une cohabitation harmonieuse entre liberté individuelle totale et fonctionnement collectif, offrira infiniment plus que ce qu’il est possible d’avoir aujourd’hui et ceci pour toutes les couches sociales existantes aujourd’hui dans nos sociétés.
Comment est-ce possible ?
Tout d’abord parce que la suppression de la rentabilité financière comme but ultime et moteur du capitalisme entraînera une très forte augmentation des forces productives. En effet la production, n’ayant plus pour but la vente pour augmenter le capital par une plus value financière, sera libérée du carcan de la concurrence qui bloque le plein emploi et amène à la confection de marchandises de mauvaise qualité qui peuvent être achetées par les pauvres et doivent être également renouvelés fréquemment.
Dans une économie autogérée sans profit financier, le seul objectif sera la création de denrées d’une qualité optimale, durable, réalisées avec des matériaux recyclables puisque les sciences et techniques évolueront aussi beaucoup plus rapidement.
Nous pourrions aussi parler de la suppression de ce travail énorme et inutile que constitue la publicité. Travail qui serait utilisé à des fins plus constructives.
Vient ensuite la suppression naturelle de cette couche très fournie des administrateur du système capitaliste qui demande la mobilisation de plus en plus d’intelligences pour trouver les artifices nécessaires à la poursuite du système actuel.
Toutes ces compétences seront désormais libérées pour se consacrer à l’essor du bien-être de l’humanité dans sa collectivité et ses individualités.
Que dire ensuite de l’armée impressionnante de ceux dont la tâche aujourd’hui consiste à maintenir l’ordre et la répression ainsi que les structures qui y sont associées : Armées, police, justice, personnel politicien , agents de contrôles de toutes sortes.
Il ne s’agira aussi pour ces personnes de mettre leurs compétences au service de tâches réellement utile à la collectivité comme à leur propre individualité.
Ceci concerne la production des biens matériels, de services, de création artistique et intellectuelle.
L’autre avantage créé par le passage à la société libertaire concernera l’aménagement de l’espace.
Comme je l’ai indiqué , l’abolition du système capitaliste amènera l’annulation de la concentration géographique
Qu’il entraîne. De nouveau espaces seront aménagés permettant à chacun et à tous de jouir d’une superficie suffisante à son plein épanouissement. En fonctions des besoins et désirs de chacun , des structures collectives pourront aussi être crées que ce soit pour le logement, la restauration ou les transports.
Enfin le troisième acquis sera moins palpable mais pourtant essentiel. Il concernera ce sentiment de sérénité qui accompagne les rapports sociaux fondés sur la justice.
Tout le monde sait ou peut sentir que la possession de biens matériels n’est pas une condition suffisante pour l’accession au bonheur possible seulement avec un environnement social sain et des relations fraternelles entres les hommes et les femmes.
L’expression « l’argent ne fait pas le bonheur » et on pourrait rajouter « surtout lorsqu’il est mal gagné » n’a sans doute jamais été aussi vérifiée qu’aujourd’hui. Et on peut penser à ces personnes fortunées qui anesthésient leur mal-être dans des artifices sans cesse renouvelés que ce soit les drogues ou ces divertissements tristes et vides de sens.
Nous pourrions parler aussi du stress au travail qui gagne toutes les catégories des la population.
Voilà donc en quelques lignes des raisons qui expliquent en quoi la quasi totalité des personnes ont tout intérêt à un changement structurel de société.
Terminons enfin par ta dernière réflexion : « l’anarchie à un niveau mondial est un épouvantail qui effraye de nombreuses personnes »
Certes l’inconnu fait souvent peur même aux audacieux. Cependant , même si un niveau de conscience suffisant est requis pour franchir le pas et risquer le changement, les révolutions sont avant tout le résultat d’une situation objective qui , je crois, prime sur le facteur idéologique.
A un moment, il faudra donc plonger et si le bain pourra sembler un peu frais pour certains, la nécessaire agitation qui s’en suivra réchauffera tout le monde.