Anarchisme et syndicalisme

Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede Antigone » 02 Mai 2009, 22:21

RickRoll a écrit:Pour conclure, demande-toi si le manque de rotation vient en premier du mode de fonctionnement, ou bien du fait que la plupart des gens ne seraient pas motivés pour prendre des responsabilités dans l'orga !


Quand on arrive dans une organisation et que tout est déjà est place, que les fonctions sont déjà occupées (secrétaire, trésorier), on ne va pas tout remettre en cause comme ça. On laisse souvent faire; et ce n'est que dans le cas d'un départ, quand le titulaire d'une charge ne souhaite pas se représenter que la question de son remplacement se pose.

J'ai participé à la création d'un groupe d'entreprise qui a eu le mérite d'essayer de faire participer tout le monde.
De réunion en réunion, ce n'était jamais le (la) même qui présidait la séance ou faisait l'exposé qui lançait la discussion. Des gens qui, dans un type d'organisation comme celui que j'ai décrit plus haut, n'aurait été que des adhérents passifs se sont retrouvés dans l'obligation de parler en public et d'animer la vie d'un collectif pendant une heure ou deux. Je concède que c'était souvent maladroit, emprunté, mais ça avait le mérite d'être tellement éducatif. Et puis petit à petit, l'appréhension a fait place à un peu de confiance en soi... et quand notre groupe s'est dissout, ce sont ces non-syndiqués qui ,quand on leur proposait de présider une réunion se défendaient haut et fort en disant qu'ils ne sauraient pas faire ça, ont été les plus affectés.

Je crois qu'il faut seulement accepter qu'une organisation ne soit pas efficace pendant quelques mois, un an, deux ans, le temps que tout le monde apprennent à tout faire. Mais l'expérience (et les statistiques si l'on s'amusait à en faire) nous apprend qu'aucun groupe déjà constitué, aucune organisation, aucune section syndicale n'accepte d'être dirigé maladroitement pendant une durée indéterminée, sans qu'une voix militante s'élève pour dire "ça suffit, il faut changer ça, je vais m'en occuper".

A la création de SUD, tout le monde était à égalité. Et puis petit à petit, les militants d'expérience ont pris les choses en main parce qu'ils fallait obtenir au plus vite une reconnaissance dans l'entreprise et des droits, et qu'ils savaient comment s'y prendre (parce que venant de la CFDT). C'est ainsi qu'ils se sont imposés. En l'espace de trois mois, ils se sont répartis les places (sécrétariats de section, secrétariats départemental, régional). Les belles intentions de départ ("un syndicat pas comme les autres, pas de délégation de pouvoir") sont parties aux oubliettes, et la machine a roulé sur ses rails.
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede sebiseb » 02 Mai 2009, 22:24

Le problème n'est pas tant que ce soit toujours la même poignée de personnes qui soient délégués syndicales, représentant du personnel.. C'est souvent juste parce que d'autre ne veulent pas s'exposer. L'essentiel, c'est que la poignée ne s'accrochent pas, acceptent d'être remplacer si administrativement ils ne peuvent accueillir un de plus ou que les statuts permettent leur révocation "facilement" si nécessaire.
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede Pïérô » 03 Mai 2009, 11:12

Antigone, je te trouve très péremptoire sur les SUDs. Il y a une multiplicité d'une part qui ne permet pas d'avoir un jugement uniformisant aussi tranché, et il y a une réelle volonté de ne pas reproduire les dérives rencontrées dans le syndicalisme majoritaire d'aujourd'hui d'autre part. Les libertaires, entres autres, sont présents et sont armés d'une mémoire collective, et d'un bagage qui fait qu'il y a quand même des gardes-fous. Il y a certaines lourdeurs de fonctionnement qui augmentent avec le nombre, en même temps est-ce que c'est lié à la structure, au nombre, ou au fonctionnement que l'on veut démocratique justement. Ce n'est pas simple du tout. Ensuite je ne connais aucune structure qui par essence échapperait à tout risque de dérive. Après si tu as la recette pour, à partir de cette ancienne expérience militante réduite dans le temps et l'espace, construire quelque chose (car ce n'est ni du syndicat ni de l'orga politique) qui pèse par le nombre et qui en se coordonnant permet une structuration à autre échelle, celà m'intéresse.
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede Berckman » 04 Mai 2009, 11:04

Pour répondre à Sidrius :

Le syndicalisme n'est pas pour moi une idéologie, c'est une forme d'organisation et d'action. Sa base historique est fondé sur le regroupement des travailleuses et travailleurs "pour améliorer leur situation matérielle et morale", par l'action collective, face au patron.
LEs syndicats sont donc des organisations de classe.
Ils sont censés fonctionner sur des bases fédéralisme (le double fédéralisme -industriel et territorial-) avec une pratique du mandatement, de décision collective, qui est similaire à l'organisation fédéraliste que propose l'anarchisme.
Pour moi c'est l'une des matérialisations des principes de luttes et d'entraides, exprimées à l'échelle de classe, sur lesquels s'est développé l'anarchisme social.
Le syndicalisme est u excellent outil de lutte, sur cette base.
ça c'est le syndicalisme "dans son essence", ce qui le distingue des organisations politiques (regroupement autour didées, d'un projet social, etc...)

Après, il faut distinguer le syndicalisme (comme forme d'organisation) et les organisations syndicales actuelles bureaucratisées à de plus ou moins grands degrés.
Car justement on est passer progressivement d'un système fédéraliste à un système centraliste. C'est à dire que si lesstatuts et les fonctionnements théoriques sont toujours fédéralistes, dans la plupart des cas, ils sont centralistes en pratiques : les secrétaires, censées être mandatés, c'est à dire exprimer l'orientation collective du syndicat, fonctionnent le plus souvent comme des dirigeants, les mandatés comme des directions, et ce fait est accepté par les sections syndicales qui agissent comme "base", suivant les impulsions du "sommet", sauf à de rares exceptions (à la CGT, par exemple, on a vu le CCN, organe décisionnel confédéral, mettre thibault en minorité au moment du TCE, mais cela justement ne s'est fait malheureusement que sur des enjeux politiciens). Cela est particulièrement lié au système de permanent syndicaux, mais aussi et surtout à la perte d'une culture de contrôle collectif des mandats, d'une pratique de révocabilité des mandats, de rotation :
C'est un problème de formation syndicale, d'investissement du syndicat dans les syndiqués (le permanentat favorisant la délégation de pouvoir), d'indépendance financière (la bureaucratie existant notamment grace au financement étatique et patronal), qui a de grave conséquence notamment en terme d'orientations : les bureaucraties défendant une optique d'accompagnement, de cogestion, de renoncement social pour maintenir leurs intérêts.
Il faut le dire : ceux qui agissent comme des "directions" détournent le fonctionnement fédéraliste des syndicats et en font des organisations centralistes (d'où le terme "centrales syndicales" qui remplace celui de confédération).

Pour moi il est possible en tant qu'anarchiste de défendre dans les organisations syndicales des pratiques fédéralistes, de solidarité, d'entraide, qui remettent en cause la hiérarchie syndicale, mais sans jeter le bébé syndical avec l'eau du bain bureaucratique.
Parce que le bébé syndical, c'est l'organisation collective avec les collègues, non pas sur la base clivante de l'idéologie, mais sur celle rassembleuse de la solidarité de classe.
Ceci étant dit, cela ne fait pas disparaitre les divergences idéologiques pour autant, et on a vu justement par exemple le rôle très important que jouent les réseaux politiciens dans la bureaucratisation syndicale, dans l'imposition de logiques centralistes (pratiques de l'entrisme, de la cooptation, etc...), et c'est pour cea qu'il faut les combattre dans le syndicalisme (mais sans exiger que les collègues soient anarchistes pour s'organiser avec eux/elles sur une base syndicale).
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede scrash » 07 Mai 2009, 20:07

J'ai milité pendant 10 ans à Sud ptt, et je reconnais tout ce qu'a décris Antigone.....
En particuliers, le danger de la recherche de l'efficacité, qui justifie un "vote exceptionnel" pour une dérogation pour un prolongement de mandat pour un militant reconnu compétent au niveau national.....et puis dérogation sur dérogation.....et puis on ne va pas se passer de compétences ...... Alors 'il n'y a personne de solide pour remplacer, mais en même temps on ne s'est pas donner les moyens de former un remplaçant, mais en même temps on se surinvestit tellement dans la fonction que personne ne peut suivre, et puis en même temps on veut tellement être efficace (et c'est super dur d'avoir des petites victoires dans le syndicalisme) qu'on ne délègue rien.....

Autre exemple, le soit-disant garde fou du "pas de permanent syndicaux". Au début, c'était l'idée de la rotation. Fallait pas que le syndicalisme soit une gâche pour se soustraire au boulot Fallait connaitre le terrain , vivre l'exploitation pour être crédible (....). 10 ans après (je n'ose pas imaginer 20 ans après), plus des trois quart ( de mémoire mais vraiment à vérifier) des syndicats locaux avaient des permanents (encore pour l'efficacité....).

voilà un de mes bilans de 10 ans de syndicalisme à sudptt : la recherche d'efficacité c'est le début de la hiérarchie.

Autre bilan personnel, c'est qu'il est carrèment insupportable de travailler avec la lcr. Tous les moyens sont bons pour eux, pour grapiller un peu de pouvoir.....Y z ont pas dépasser kronstadt....
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Messagede scrash » 07 Mai 2009, 20:40

La lutte des classes est pourtant un lieu privilègié pour nos idées, tant en terme de revendication qu'en terme de pratiques.
Le lieu de travail est un espace propice à la contestation, aux luttes, aux révoltes, pacequ'il y a clairement une oppression structurelle.
Il y a à favoriser toute contestation, sans exigence de purisme sur celle-ci. C'est le geste de contestation qui a du sens , et non la revendication elle même. La multiplication de "petits" actes contestataire crée une ambiance d'insoumission, propice à un changement radical. Nous pouvons accompagner toute contestation , par des paroles légitimantes, tout en impulsant des pratiques d'assemblée générale souveraine......
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Messagede CNT-AIT Paris » 08 Mai 2009, 13:09

Il y a à favoriser toute contestation, sans exigence de purisme sur celle-ci. C'est le geste de contestation qui a du sens , et non la revendication elle même.


Ouais ! tous sur les barricades au côté des matons et gardiens de prison !

:evil:
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Messagede Lepauvre » 08 Mai 2009, 13:22

Se révolter des cotés des révoltés peu importe leur révendications?
C'est ce que je traduis quand je te lis....scrash
Pourquoi pas se révolter des cotés des fafs alors?
Je ne pense pas que c'est une solution...la révolution pour aller à n'importe ou pour n'importe quelle raison, pour y construire n'importe quoi.
Vous trouverez de la limonade dans l'arbre...mais il faut grimper.
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede scrash » 08 Mai 2009, 13:28

tu peux mettre en avant les contradictions entre contestations.........c'est ton choix..............
et oui rien n'est parfait et la perfection n'existe pas.....

je continue de croire que l'habitude de contestation amènera à terme les bonnes réponses.....

est ce que je pourrais me permettre de dire que je vois la contestation des mattons d'un bon oeil tout en préfèrant m'impliquer dans les mouvements d'abolition des prisons ? les mattons ont aussi besoin de se libérer, et il y a peut-être des étapes.......le grant saut ? ceux qui le pronent pour les autres sont-ils capables de le faire pour leur problèmatique personnelle ? Je répond non parcequ'il est impossible d'oublier son passé .
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede scrash » 08 Mai 2009, 13:33

Pourquoi pas se révolter des cotés des fafs alors?


sauf que pour qu'il y ait révolte, faudrait qu'il y ait oppression.....
les fafs se révoltent contre quelle oppression, je ne vois pas ?
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede Lepauvre » 08 Mai 2009, 13:38

Je ne te prête pas de mauvaises intentions, scrash.
Ce que je voulais dire c'est p.e. que Hitlerà été contéstataire et en prison dans les années 1920....être contéstataire ne suffit pas.
Je suis d'accord avec toi que il doit avoir une place sur cette terre pour tout opinion et pour tout courant, pour qu'il puisse vivre libre. Qu'il ne doit pas avoir de la place sur terre pour tout courant aient pour but d'opprimer qui que ce soit.
Alors dans tes combâts il faudra choissir des alliées qui eux ne veulent que vivre libre, sous condition d'opprimer personne (sauf les courants opprimeurs). :gratte:
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede scrash » 08 Mai 2009, 13:52

e ne te prête pas de mauvaises intentions, scrash.

nan mai ta remarque était intéressante. Elle me relance dans ma recherche de piste... :wink:

que Hitlerà été contéstataire et en prison dans les années 1920.


oui la prison est une oppression même vis à vis d'un faschiste.....

Et comme j'ai plutôt confiance en l'être humain, je ne crois pas que le racisme soit un besoin fondamental. Alors quel est le besoin fondamental derrière le racisme ? Surement encore la sécurité (besoins vitaux + sécurité affective +reconnaissance sociale).....
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede leo » 08 Mai 2009, 18:28

De toute évidence, il existe chez les anarchistes (et assimilés) toute une palette de positions sur le syndicalisme, ses potentialités, ses contradictions, ses limites, voire plus...

La position développée par Anton Pannekoek (dans les années 30) mérite le détour et est avant tout une invitation à la réflexion.

http://autrefutur.org/spip.php?article149
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede scrash » 08 Mai 2009, 20:09

merci leo pour ce texte

je l'ai découpé pour discuter :

Si aujourd’hui les syndicats tentaient de réveiller l’esprit combatif de la classe ouvrière, ils seraient persécutés sans merci par la classe dirigeante, qui réprimerait leurs actions, enverrait sa milice détruire leurs bureaux, emprisonnerait leurs dirigeants et les condamnerait i l’amende, confisquerait leurs fonds. Si, à l’inverse, ils empêchaient leurs adhérents de se battre, ils seraient considérés par la classe capitaliste comme de précieuses institutions ; ils seraient protégés et leurs dirigeants seraient considérés comme des citoyens méritants. Les syndicats se trouvent ainsi écartelés entre deux maux : d’un côté les persécutions qui sont un bien triste sort pour des gens qui se veulent des citoyens pacifiques ; de l’autre, la révolte des ouvriers syndiqués, qui menace d’ébranler l’organisation syndicale dans ses fondements. Si la classe dirigeante est avisée, elle reconnaîtra l’utilité d’un simulacre de combat si elle veut que Les dirigeants syndicaux conservent une certaine influence sur leurs membres.


je suis d'accord avec ça......les patrons proposent, implicitement, aux syndicalistes professionnels :

- soit la persécution
- soit des passes droits, des promotions, de l'argent pour le syndicat (....)

quitte à perdre en efficacité apparente et immédiate, nous gagnerions à invisibiliser les cibles patronales....
Certains pensent que le sabotage , même avec des messages symboliques clairs, ne stimule pas les imaginaires et aggrave la répression ...... en tout cas les ouvriers en parlent sur le terrain (et pas sur internet :wink: )

Refusant l’esprit conservateur et capitaliste du syndicalisme américain, les I. W. W. prônaient la révolution. Leurs membres furent persécutés sans merci par l’ensemble du monde capitaliste. Ils furent jetés en prison et torturés sur la base de fausses accusations. Le droit américain inventa même un nouveau délit : le " criminal syndicalism ".ar si un groupe isolé de travailleurs peut apparaître dans un juste rapport de force lorsqu’il s’oppose à un patronat isolé, il est impuissant face à un employeur qui est soutenu par l’ensemble de la classe capitaliste. C’est ce qui se passe dans le cas présent : le pouvoir étatique, la puissance financière du capitalisme, l’opinion publique bourgeoise, la virulence de la presse capitaliste, concourent à vaincre le groupe de travailleurs combatifs.




La grève générale ne peut être décrétéeet elle ne peut se produire que lorsque l’enjeu du combat dépasse largement les simples revendications d’un seul groupe. Alors, les travailleurs mettront véritablement toutes leurs forces, leur enthousiasme, leur solidarité et leur capacité d’endurance dans la lutte.


Je crois toujours à construire une ambiance propice......
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Re: Anarchisme et syndicalisme

Messagede Antigone » 09 Mai 2009, 10:54

Ouhlala... le débat a bien dévié depuis la dernière fois.
Je vais tâcher de revenir sur ce que je disais.
...


Lutter dans une entreprise pour défendre nos interets, notre dignité contre tout ce que le système veut faire de nous, est un besoin individuel tellement partagé qu'il débouche sur une nécessité collective.
Au XIXe siècle, le syndicat a été le lieu où s'est exprimée cette nécessité. Mais depuis, les projets sociaux qui y ont puisé ont seulement permis au capitalisme d'associer le monde du travail à sa gestion, de le convaincre que ce système est le sien, qu'il lui assure bien-être et sécurité, et qu'il ne peut en espérer de meilleur.
Pendant tout ce temps, le syndicat s'est institutionnalisé à mesure que la croissance et le développement économique ont fait le reste. Il ne représente plus rien de vivant aujourd'hui, exception faite pour le patronat à qui il sert de partenaire social et de caution à une exploitation qui se veut équitable.

Jusqu'au début des années 50, les pointes de forte syndicalisation répondaient à la montée des mobilisations ouvrières. Depuis 1968, cela ne se vérifie plus. Critique du syndicalisme, crise et désyndicalisation se sont succédées sans que disparaisse la nécessité de s'organiser collectivement. La constitution de groupes autonomes d'entreprises fin 70, la mise en place de coordinations sporadiques fin 80, la prise en charge démocratique de certaines luttes en ont fourni des illustrations évidentes. Et de même que la capitalisme se restructure pour dépasser sa crise, les travailleurs de leur côté ressentent le besoin de faire accomplir une mutation à leur forme d'organisation afin de répondre au nouvel ordre économique qui est en train de se mettre en place.

Poids des traditions, héritage des principes du passé, messianisme militant, langue de bois, "camarades" plein la bouche et phrases toutes faites: l'évolution ne s'accomplira pas par un coup de baguette magique. Toute transformation prend du temps, surtout quand elle s'en prend aux mentalités. Le temps presse et plus il pressera et moins nous aurons le choix.

En théorie, 3 hypothèses sont possibles pour les syndicats:

* Ou bien revenir à l'âge d'or du syndicalisme, remonter le temps comme si l'intégration dans les rouages de l'appareil d'Etat n'avait pas été entreprise, et tenter de se purifier avec une Charte d'Amiens fourre-tout qui sert encore de référence à tout le monde mais que plus personne ne connait. Ce serait une démarche sénile.
* Ou bien continuer à faire ce qu'ils savent faire parce qu'ils ne savent pas faire autre chose. Répèter "les syndicats aux syndicalistes" comme d'autres crient "La France aux français". Se prendre pour des responsables plus responsables que les autres avec une pensée émue pour le bon vieux temps de la CFDT autogestionnaire, comme si les mêmes références n'allaient pas reproduire les mêmes maux; bureaucratisation, confiscation et abus de pouvoir. Ce serait une démarche imbécile.
* Ou bien ouvrir les yeux. Cesser d'avoir peur des autres, de se comporter comme des conspirateurs, comme s'ils avaient un pouvoir à défendre, de verrouiller leurs portes, leurs débats, leurs droits à la majorité des non-syndiqués en comprenant enfin que sans eux, rien ne pourra se faire, rien ne pourra changer. Cela suppose de faire éclater la structure syndicale à la base et de tout remettre en cause. Ce serait déjà une démarche plus intelligente et prometteuse, mais peut-on sérieusement l'envisager ? Est-elle crédible ?

Si beaucoup de travailleurs combattifs se retrouvent encore dans des syndicats, c'est simplement parce que le patronat ne leur permet pas de s'organiser autrement à l'intérieur d'une entreprise. Il applique ses réglèments et interdit les activités et expressions qui ne s'y inscrivent pas. Mais ces syndiqués n'ont que le pouvoir et les maigres droits que le patronat leur confère. Il ne revient qu'à eux de les reconnaitre ou pas dans la forme voulue par le patron... qui bien entendu préfère avoir affaire à des gens qu'il connait et qui prétendent représenter tous les autres.

Depuis 1968, les syndicats ont droit à l'intérieur de l'enceinte de leur entreprise à un local et à un panneau d'affichage.
Ce droit, tous les syndicats l'acceptent, l'utilisent et le défendent jalousement au mieux de leurs intérêts. Ce comportement révèle d'ailleurs assez bien le type de relation qu'ils entretiennent avec le personnel, une relation de pouvoir entre ceux qui parlent et ceux qui les écoutent, ceux qui écrivent et ceux qui les lisent, ceux qui savent et ceux qui leur font confiance soit parce qu'ils délèguent leur pouvoir ou soit que personne ne leur demande de s'en servir, ni comment...
Pourtant nous avons besoin d'eux, besoin de laisser s'exprimer l'insatisfaction par rapport à la vie, au quotidien, aux tâches répétitives, aux relations médiocres, aux conventions, à la solitude, à l'égoisme, à la lâcheté... bref à tout ce qui n'est pas soluble dans une plate-forme revendicative, à tout ce qui éclate au grand jour dans un mouvement social, et ce qu'aucun pouvoir ne comprend jamais.

Alors si ces syndicalistes cessaient de se prendre pour des syndicalistes, mais seulement pour des travailleurs comme les autres, sans qu'aucun droit vienne leur donner une position supérieure, cela pourrait peut-être changer beaucoup de choses dans la manière de s'organiser et de s'exprimer dans une entreprise...

Tel était le point de départ d'une réflexion entreprise par quelques militants au moment de la création de SUD en 1989.
On dit que le syndicat est un outil, alors chiche, utilisons-le comme un outil à l'usage et à la disposition de tous !

Leur idée était la suivante:
A quoi sert de se prononcer "pour la participation de tous ceux et celles qui le demandent" si c'est pour leur refuser le droit d'exprimer leur avis. ils se demandaient si SUD devait avoir avec le personnel non-syndiqué (mais la porte était ouverte à tout le monde) les mêmes rapports qu'une société entretient avec sa population immigrée, qui peut se faire exploiter et vivre dans des taudis sans qu'on lui accorde le moindre droit de regard sur des problèmes qui la regarde autant que n'importe quel citoyen bien-de-chez-nous. Pourquoi interdire à un non-syndiqué le droit d'être associé à des discussions et à des décisions par un vote qui le concerne directement ? Est-ce que nous devons nous transformer en flics en démandant à chacun ses papiers et sa carte estampillée SUD à l'entrée d'un local, et voir en toute personne qui s'interesse aux sujets abordés dans nos discussions de potentiels déstabilisateurs ? "Sortez, on vote ! La porte, merde !"

La réponse des "responsables" de SUD ne s'est pas faite attendre. "Les activités syndicales... ont pour objectif essentiel la construction et le renforcement de SUD". Autement dit, à quoi sert un syndicat ? à renforcer le syndicat !
Ah le jour où SUD comptera des centaines de milliers d'adhérents, l'avenir sera radieux, les drapeaux SUD flotteront au vent et le socialisme autogestionnaire sera en marche ! Pour notre secrétaire: Hourrah !!
La CGT ne pense pas différemment puisqu'avant de soutenir telle ou telle initiative, sa direction se demande d'abord si ça peut l'aider à renforcer son syndicat.

La force d'une collectivité ne se mesure pas au nombre de ses adhérents ou aux suffrages recueillis dans une élection comme en sont convaincus les appareils syndicaux, mais au contraire à la faculté de chacun de se prendre en charge et de penser par soi-même. Si une collectivité arrivait à comprendre que l'éducation et la formation de ses membres sont la condition qui permettra à chacun de s'exprimer, et d'être réellement partie prenante, elle pourrait avoir un avenir, surtout en période de contestation, de radicalisation et de luttes.
(Je suis prêt à parier que dans ce cas de figure, on verrait le gouvernement s'en inquièter et demander à revenir sur certains droits si inconsciemment donnés et si mal utilisés.)

Si au contraire elle sacrifie ceci au nom de la compétence de quelques uns et de leur soit-disante efficacité, elle se condamne inévitablement à devenir un appareil où la démocratie sera un leurre et un mensonge comme c'est le cas dans les toutes organisations de pouvoir qui se protègent des influences extérieures, reproduisent une hiérarchie, sélectionnent et font l'éducation de leurs cadres. Tout benef pour le patronat.

L'existence de SUD depuis 20 ans (c'est pile son anniversaire) dans la forme et le fonctionnement qui est le sien aujourd'hui est pour moi le résultat de cet échec... mais pour les observateurs sociaux et les médias bien entendu, le constat est complètement différent.
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