Fragments de présence anarchiste...
Cause commune a écrit:À chaque fois que l’anarchisme a joué un rôle dans d’autres pays, il y avait des anarchistes organiséEs et profondément enracinéEs. Que ce soit en Espagne, en Ukraine, en France ou au Mexique, on trouve un anarchisme organisé présent dans la plupart des localités et tous les quartiers des grandes villes, une activité intense dans tous les mouvements sociaux, une presse vivante et diversifiée. On peut dire que dans tous les cas où l’anarchisme a compté, il y avait un enracinement et une base sociale au mouvement. C’est ce qui fait défaut à l’anarchisme québécois et c’est ce que nous voulons changer.
«une invitation à refonder l'anarchisme organisé»
Malgré de très belles qualités, l'anarchisme est globalement déconnecté de la société et opère dans un monde parallèle (le «milieu militant»). Le fait que nous soyons loin d'être les seuls dans cette situation ne change rien à l'affaire. À mon humble avis, il faut envisager sérieusement une reconquête sociale et se doter d'un plan pour se faire. Et si on commençait par se poser la question: quelle insertion sociale pour les anarchistes?
Commençons par une banalité de base. Personne n'existe dans le vide. Tout le monde a une insertion et une identité sociale minimale (et même plusieurs!). Les anarchistes n'échappent pas à cette règle. Qui sont les anarchistes, quel est leur milieu? De la réponse à cette question devrait normalement pouvoir découler une stratégie d'insertion sociale.
Le degré zéro de l'insertion
Sauf exception, je suspecte qu'il n'y aura nulle part la masse critique nécessaire pour créer maintenant des groupes de salariéEs intervenant principalement en entreprise. Au mieux on peut envisager des groupes intervenants sur les campus. Dans les faits, l'insertion sociale des anarchistes devra se baser pour un petit bout de temps encore sur les quartiers. C'est par là qu'il faudra commencer à exister politiquement.
L'internet offre bien des facilités, à condition de ne pas en devenir prisonnier. De plus en plus, nous avons une belle présence virtuelle. Il y a des sites, des blogues, des forums, des listes de diffusion. C'est bien mais ça reste... virtuel. Tout cela doit se traduire par une présence concrète, dans le monde réel. C'est la seule chance que nous ayons de dépasser le cercle restreint des convaincus et d'intéresser de nouvelles personnes.
Il faut apprendre à connaître les quartiers de nos villes, les lieux que nous habitons et l'anarchisme doit s'y installer à demeure. Le travail de base de tout groupe devrait être de rendre l'anarchisme visible et accessible de façon permanente dans sa ville. Par exemple, il faut développer un réseau de lieux ou l'on diffuse systématiquement notre presse afin de créer une habitude. La même chose vaut pour l'affichage et les graffitis, il faut revenir constamment sur nos pas pour assurer une présence. L'idée est de marquer le territoire de notre présence pour que qui cherche nous trouve. En un mot: il faut reconquérir la rue.
[je n'aborde pas ici la question des contenus à diffuser et c'est volontaire... c'est une autre question qui mérite trop de développement pour ce que j'ai le temps de faire l'immédiat]
Choisir nos terrains d'intervention
Les quartiers doivent être le tremplin d'une insertion plus importante encore dans les luttes sociales, seul réel moteur de changement. Étant donné nos maigres forces, il faudra choisir les terrains d'intervention. Notre composition sociologique impose d'emblée les campus mais on ne peut s'y limiter sous peine de demeurer un mouvement étudiant. Le reste appartient à chaque groupe, l'important étant, à mon avis, la constance.
Dans le choix des terrains d'intervention, il est important que chaque groupe évalue ses forces pour que l'intervention donne des résultats et éviter d'en prendre plus que l'énergie disponible (à ce chapitre, l'éparpillement est désastreux). Il s'agit de trouver une balance entre les luttes qui semblent le plus porteuses de changement et ce qui est le plus «facile» à intégrer pour les membres du groupe (par exemple, un groupe de «jeunes» aura peu de chance de percer dans une section de l'AQDR et vice-versa pour des «adultes» dans un groupe du ROCAJQ). Avec le temps, rien n'interdit, en autant que le nombre de militantEs le permette bien sur, de développer plusieurs «fronts».
Rester tout de même à l'affût
Le choix de terrains d'intervention n'empêche pas bien sur de rester à l'affût des luttes sociales en cours et de se solidariser avec celles-ci. Nous ne pouvons être partout à la fois mais il est important de «préparer l'avenir». Ainsi en est-il des luttes syndicales. À terme, il faudra trouver le moyen de prendre pied dans le monde du travail. Personne ne sait encore comment cela se fera, si ce sera naturel ou par une politique délibérée, mais il faudra que ça se fasse. En attendant, il faut «prendre contact» avec ce qui est encore le plus grand mouvement de masse et, pour le meilleur et pour le pire, le coeur de la lutte de classe. Une façon relativement simple de le faire est de rester à l'affût des conflits de travail dans notre milieu et de visiter les lignes de piquetage pour offrir notre solidarité. Cela a le double avantage de nous mettre en contact avec des gens qui luttent et de révéler au grand jour --si nous en parlons autour de nous et dans notre presse-- la persistance de conflit de classe dans cette société pacifiée.
Bon, ça commence à être long tout ça... Ce que je voulais surtout c'est lancer quelques idées qui me trottent dans la tête depuis longtemps et essayer de partir un débat. Et vous, qu'en pensez-vous?

oui le mouvement anarchiste français a des leçons à donner !