Kzimir a écrit:La définition du prolétariat est une définition économique : Ce sont les travailleurs qui ne possèdent pas les moyens de production. Ce qui les définit c'est donc une opposition sur leur lieu de travail. En conséquence si on souhaite l'organisation du prolétariat en tant que prolétariat, on ne peut que rester sur un mode d'organisation syndical, c'est à dire sur l'organisation des travailleurs sur leur lieu de travail et sur une base de classe (le syndicalisme en soi n'est pas plus que ça). C'est pas une banalité, plutôt une lapalissade, tout simplement parce que si des prolos s'organisent sur une base autre (affinitaire par exemple) alors ils ne le font plus en tant que prolétariat (mais en tant qu'anarchistes par exemple, ou en tant qu'habitants de tel quartier, ou un truc du genre).
Depuis une certaine partie du débat on s'attache aux formes (syndicats etc.) plus qu'au fond, et d'ailleurs j'y reviendrai plus tard en ce qui concerne les
conseils ouvriers.
Si on va au bout des choses eh bien non le syndicat n'est pas la forme naturelle de lutte des classes du prolétariat, en tout cas depuis la 1ère guerre mondiale (ah le glorieux syndicalisme allemand qui s'est employé à liquider le spartakisme!). Et que dire des "syndicalismes" qui de la CSL à FO en passant par la CFDT (et d'autres encore) s'acharnent à nous enfoncer de jour en jour. Le syndicalisme n'est pas mécaniquement "l'ami" des ouvriers, il faut rompre avec le fétichisme organisationnel.
Puisqu'on parlait des conseillistes, revenons à l'expérience des conseils ouvriers en 1918 : les ouvriers allemands voyant les limites du syndicalisme dans un contexte révolutionnaire ont formé les "conseils ouvriers". Après la retombée de l'insurrection ils n'ont pas rejoint les syndicats, mais, au contraire, sur des positions "antisyndicales" ont créé les unions ouvrières( l'
AAUD et l'
AAUD-E - 200 000 membres) basées sur l'organisation d'entreprise, contre les partis et contre les bureaucraties syndicales [
Textes de l'AAUD]. La plupart des luttes des classes du 20ème siècle se dirigeront
aussi contre les syndicats et ses bureaucraties managériale (syndicats intégrés à l'ouest, étatisés à l'est). Si certains conseillistes allemands en exil aux usa rejoignent les iww c'est parce que cette organisation est étrangère aux "trade-unionisme" et
la critique du syndicalisme restera une constante chez les conseillistes.
Et pour qu'enfin la classe retrouve le vrai contrôle sur sa lutte il lui faut construire ces bases arrière (pour moi c'est le syndicat d'industrie et l'UL
On en revient donc toujours au fétichisme organisationnel. Pourquoi d'abord confiner le prolétariat dans le "syndicalisme d'industrie"? l'émancipation sociale n'est ni une question de forme organisationnelle ni une question d'industrie. Le prolétariat moteur de l'émancipation doit gérer l'ensemble de la vie sociale et doit dépasser les branches, les industries, les entreprises, et se défaire de ce pourquoi le
syndicalisme a été créé : la revendication pour les intérêts immédiats du prolétariat et toutes les contradictions que cela apporte.
A force de fétichisme organisationnel on oublie que ce n'est pas une
organisation (syndicale ou autre) qui réalise la transformation sociale, mais la classe ouvrière. Le "conseillisme" s'était bien gardé de fétichiser la
forme-conseil et avaient conscience de l'historicité de cette forme en mettant alors l'accent sur le
principe contre la
forme : le principe des conseils ouvriers c'est le principe de l'autonomie, de l'auto-organisation, de l'autogestion ouvrières. Ce n'est pas la construction d'une entité organique entre base et délégués à l'identique des expériences historiques, c'est un principe. Plus encore le syndicalisme-révolutionnaire et son attachement romantique à la forme syndicale obsolète qui lui tient de totem n'est pas capable de saisir cette dynamique.
Qu'importe pour les partisans des conseils la forme que prend l'autonomie ouvrière, des conseils ouvriers d'hier aux coordinations d'aujourd'hui, ce qui est observé n'est pas la façon dont les réalités d'aujourd'hui se plient aux formes du passé mais bien cette dynamique d'auto-organisation ouvrière.
Alors :L'avantage du syndicalisme révolutionnaire sur le conseillisme, c'est qu'il part d'une utilisation des outils existants dans une perspective de contre pouvoirs.
le syndicalisme-révolutionnaire utilise des outils obsolètes, une hache en bois pour abattre un pylone.
Les syndicats existent, même s'ils sont bureaucratisés et corporatisés, les conseils non.
les "conseils" sont
un principe et ils surgissent partout sous des formes diverses (des embryonnaires assemblée générales aux coordinations) pour affronter l'exploitation, l'état et les bureaucraties syndicales, en Chine, en Iran, en France, etc
Alors pourquoi appuyer sur le frein pour avancer ?
A partir de là il me semble plus plausible d'imaginer que les bases actuelles de la société future soient contenues en germe dans les syndicats que dans des conseils
je ne pense pas que les bases de la société future sont donc en germe dans le bureaucratisme et le corporatisme, mais bien dans le principe d'auto-organisation du prolétariat.
Ceci dit il y a une telle différence entre le syndicat tel qu'on le voudrait et le syndicat tel qu'il est actuellement qu'il me semble
là on associe le fétichisme au phantasme
C'est pour ça que je suis en accord avec le positionnement d'AL qui garde le flou,
D'accord bien sûr, mais pour préciser:
le flou
forme-organisationnelle n'est pas le flou des
principes inséparables à l'émancipation sociale.
