Fourest à la fête de l'Huma : 2 visions des faits

Fourest à la fête de l'Huma : 2 visions des faits

Messagede Nyark nyark » 20 Sep 2012, 01:23

Pour faire suite à l'info concernant l'annulation du débat avec Caroline Fourest à la fête de l'Huma, voici la version des Indivisibles et une version contradictoire. Après, à chacun de se faire sa propre idée.

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Caroline Fourest à la Fête de l'Huma : notre version des faits, côté "Indivisibles"
Par Bader Lejmi et Myrto S.
Militants

LE PLUS. Samedi, l'essayiste Caroline Fourest devait intervenir dans un débat de la Fête de l'Humanité. Prise à partie à son arrivée par quelques dizaines de militants, son allocution a finalement été annulée. Sur son blog, elle évoque "un sabotage". Bader et Myrto, respectivement membre des "Indivisibles" et féministe, présents à ce moment-là, racontent leur version des faits.
Soyons d’emblée le plus clair possible : nous ne sommes liés ni au groupuscule "Égalité & Réconciliation", ni à aucune organisation d’extrême droite quelle qu’elle soit. Nous sommes de simples militants antiracistes comme il y en a (heureusement) un certain nombre en France et nous ne pensions pas devoir sortir de l’anonymat avant de lire les mensonges déversés sur nous depuis les réseaux sociaux et dans les médias. Maintenant, venons-en aux faits.


Caroline Fourest et "Les Indivisibles", une longue histoire

Samedi 15 septembre 2012 à 17h, Caroline Fourest était invitée au débat "Comment faire face au FN ?" au chapiteau "Les Amis de l’Humanité" lors de la Fête de l'Huma. Une semaine plus tôt, une trentaine de militants antiracistes avait rédigé une lettre ouverte aux organisateurs de la Fête de l’Humanité contre cette invitation et l’Union Juive Française pour la Paix avait également produit un communiqué de presse allant dans le même sens.

N’y a-t-il pas autrement plus compétent que Caroline Fourest pour établir une stratégie de lutte contre le Front national ? Le sociologue Saïd Bouamama par exemple, auteur de multiples ouvrages sur l’identité nationale et les discriminations, le militant antiraciste et antisexiste Pierre Tevanian, auteur du "Dictionnaire de la lepénisation des esprits", ou la journaliste Rokhaya Diallo, militante féministe et antiraciste, auteure de "Racisme mode d’emploi" ? Pour ne rien gâcher, leur appartenance à la gauche de la gauche, autrement dit aux gens-qui-vont-à-la-fête-de-l’Huma-pour-autre-chose-que-les-concerts n’est plus à prouver : ils sont de vrais Amis de l’Humanité.

En revanche, le CV de Caroline Fourest en matière d’antiracisme contient une certification bien plus surprenante : le Y’a Bon Awards “Les Experts Chronikers” consacrant le ou la chroniqueuse ayant diffusé le plus de préjugés racistes au cours de l’année [1]. Non, le racisme n’est pas seulement l’œuvre de gros vilains méchants tels que les Le Pen père et fille mais aussi et surtout un système, alimenté par la diffusion massive de préjugés racistes par l’intermédiaire de personnes disposant d’une forte audience médiatique assortie d’une légitimité publique. Tel est le cas de Caroline Fourest qui, dans la citation primée, refuse la non-mixité pour les "associations [qui] demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus lever des fonds pour le Hamas". Pourtant, jusqu’à preuve du contraire, les équipes de basket sont rarement mixtes. Et, plus aberrant encore, si les femmes portent le voile c’est bien qu’il y a des hommes dans la salle... Passons sur l’amalgame facile entre soutien humanitaire à la Palestine et cette organisation politique islamique, tout cela avait déjà fait l’objet d’une analyse de Noria, membre des "Indivisibles", en décembre 2010.

Suite à la cérémonie, Caroline Fourest avait déjà calomnié Rokhaya Diallo, l’accusant de vouloir attenter à sa vie, et l’avait menacée de porter plainte contre "Les Indivisibles", son président et le jury des Y’a Bon Awards. Drôle de réaction pour une si grande défenseuse de la liberté d’expression ! Une pétition de soutien contre les calomnies de Caroline Fourest avait été lancée par la féministe Christine Delphy.

Fourest n’étant pas venue chercher son trophée, nous avons voulu profiter de sa présence à la Fête de l’Humanité pour lui remettre. Nous savions que nous serions attendus par le service d’ordre mais nous comptions également sur le soutien et la complicité d’une partie de la salle car, que le Parti de Gauche le veuille ou non, la Fête de l’Humanité est aussi notre fête. Nous n’avions simplement pas imaginé à quel point les rôles de victimes et de bourreaux pouvaient être inversés.

Les accusations qui pèsent sur nous

Nous nous sommes vu accusés d’avoir agressé physiquement la blanche colombe Caroline Fourest, notamment en lui jetant des projectiles, d’être en connivence avec l’extrême droite, de faire le jeu du FN, d’être contre la liberté d’expression, contre le débat démocratique et pour l’instauration d’un “délit de blasphème” et, cerise sur le gâteau, on nous a informés que nous n’étions “pas chez nous”.

Bref, nous avons vérifié à nos dépens la théorie des "Indivisibles" sur le racisme médiatique : les personnalités publiques ont un pouvoir bien supérieur à celui de l’extrême droite pour diffuser des préjugés racistes. C’est pourquoi nous donnons ici notre version des faits.

Notre version des faits

Nous avions rassemblé une vingtaine de militants autour de cette action [2] et convenu que notre but était de tenter de remettre son Y’a Bon Award à Caroline Fourest. L’"opération Banane" devait se terminer dès que la tentative aurait eu lieu, réussie ou non. Action non-violente, nous ne devions pas répondre à celles, prévisibles, du service d’ordre de la Fête.

Nous disposions d’un tract expliquant notre action au cas où nous ne puissions pas prendre la parole. Les militants devaient se positionner dans le public, féliciter et applaudir Caroline Fourest sur le mode de la remise de prix, si possible avant que d’autres adversaires politiques de Fourest, très certainement présents sous le chapiteau, ne la chahutent. [3]

L'un de nous deux, Bader, devait donner le signal de l’opération en annonçant au mégaphone la remise du Y’a Bon Award, tandis que la seconde, Myrto, profitant de cette diversion, devait remettre le prix à la lauréate. Dans la pratique, la diversion de Bader a bien fonctionné puisque le service d’ordre l’a mis au sol à deux reprises et étranglé. Mais pas assez bien pour Myrto, elle aussi violemment plaquée au sol alors qu’elle tentait simplement de déposer une banane dorée sur la tribune.

La violence du plaquage a tellement surpris les militants qu’ils ont abandonné toute la mise en scène prévue initialement pour lui venir en aide. Ce faisant, ils se sont retrouvés une petite vingtaine regroupés devant la tribune. C’est ainsi qu’a commencé notre “micro-manif”. Nous ont rapidement rejoint une autre dizaine de membres du public, protestant contre la venue de Caroline Fourest, d’autres militants nous soutenaient depuis les gradins scandant des slogans contre le racisme.

Rapidement la salle s’est clivée et les invectives ont fusées, principalement à notre encontre. "Vous n’avez rien à faire ici, vous n’êtes pas chez vous !", "Rentrez chez-vous !", "Ce n’est pas notre culture !", "Islamofascistes !", "Allez toutes vous faire exciser !", nous a-t-on même fort sympathiquement proposé. Nous avons entendu certains hurler en cœur "liberté d’expression" pour nous faire taire.

Certains de nos militants arabes ou noirs ont été personnellement pris à parti et se sont vus qualifier de "communautaristes" et d’"immigrés". Le journaliste Nadir Dendoune qui couvrait le débat a été sommé de quitter les lieux car "ça se voyait [à sa tête d’arabe ?] qu’il était avec 'eux'".

Démocratie et liberté d'expression
Les organisateurs ont eu de multiples occasions de rendre ce débat démocratique : en invitant un militant antiraciste conséquent à la place de Caroline Fourest, en invitant une parole contradictoire à la tribune ou en entamant un dialogue avec nous. Nous avons tenté de dialoguer, proposant Saïd Bouamama dans le rôle du contradicteur. En vain.

L’organisateur a finalement annoncé l’annulation du débat, nous en imputant la faute. Seul discours, vite relayé. La réalité c’est que Caroline Fourest, comme à son habitude, était déjà partie plutôt que d’affronter la contradiction. En effet, c’est loin d'être la première fois qu’elle quitte le débat avant les prises de paroles de la salle, se gardant ainsi de toute question critique.

Alors inutile de vous dire que nous restons sans voix quand le porte-parole du Parti de Gauche prétend que nous sommes membres de "groupuscules violents [voulant] salir la Fête de l’Humanité et (..) rétablir une sorte de 'délit de blasphème' absolument inacceptable".

Au-delà de tout ça, nous réaffirmons que tant que les organisateurs n’auront pas compris que c’est à des militants et militantes victimes directes du racisme et à leurs alliées et alliés qu’il est impératif de donner la parole, il est évident qu’on ne pourra pas parler de "débat démocratique" sur le sujet.

[1] Remis lors d’une cérémonie organisée le 19 mars 2012 par l’association Les Indivisibles, après le vote d’un jury composé cette année des comédiens Jalil Lespert et Aïssa Maïga, des rappeurs Mokobé et Youssoupha, des écrivains Faiza Guène et Alain Mabanckou, des sociologues Jean Baubérot et Nacira Guénif, de l’historien Olivier Le Cour Grandmaison, de la civilisationniste Maboula Soumahoro et des journalistes Florence Aubenas, Abdelkrim Branine, Sébastien Fontenelle et Frédéric Martel.
[2] Nous aurions pu mobiliser davantage autour de nous sachant l’hostilité que Caroline Fourest suscite chez de nombreux militants et sympathisants antiracistes, antisexistes et/ou anticapitalistes. Mais, pour une parodie de remise de prix, ce petit nombre suffisait.
[3] D’ailleurs, dès l’annonce de son nom, une bonne partie du public l’a huée, la qualifiant de raciste.


2
Caroline Fourest à la Fête de l'Huma : la dangereuse justification des "Indivisibles"
Par Bruno Roger-Petit
Chroniqueur politique

LE PLUS. Après l'annulation du débat auquel devait participer Caroline Fourest à la Fête de l'Humanité, deux militants présents sur les lieux, un des "Indivisibles" et une féministe, ont donné leur version des évènements sur le Plus. Mais pour Bruno Roger-Petit, ces militants inquiètent plus qu'ils ne rassurent.
Gêne. Malaise. Peur. Voilà ce que l'on éprouve après la lecture d'une tribune, sur le Plus, signée par un membre des "Indivisibles" et une féministe destinée à tenter de justifier l'action, pour ne pas dire agression, verbale et physique, commise contre Caroline Fourest à la Fête de l'Humanité.

Que de circonvolutions, litotes et euphémismes pour expliquer l'inexplicable, justifier l'injustifiable, excuser l'inexcusable, pardonner l'impardonnable perpétré à l'encontre de la personne de Caroline Fourest. La vérité, c'est que les activistes des "Indivisibles" voulaient la sanctionner de dire ce qu'elle dit, la punir de penser ce qu'elle pense, et qu'ils étaient prêts à tout pour y parvenir.

Des agresseurs se prétendant agressés

Quoi que l'on puisse penser de Caroline Fourest, de ses écrits, de ses postures, de ses mises en scène et du reste, on ne peut accepter le procédé. Parce qu'il est indigne. Point. Pour être clair, estimant que tout avait été dit sur le sujet depuis samedi, il n'entrait pas dans nos projets de consacrer une ligne à cette affaire, jusqu'à la lecture de cette tribune pro-"Indivisibles" sur le Plus, cette dernière étant accablante pour ses auteurs tant elle en dit encore plus long sur eux et leur mode de pensée que l'action menée samedi à la Fête de l'Huma.

L'argumentation de Bader Lejmi et Myrto S., auteurs de ce billet, leur plaidoirie laisse pantois : ils voulaient juste remettre à Caroline Fourest un prix qu'elle n'était pas venue chercher quand il lui fut décerné. Et c'est à la suite de l'intervention brutale, selon eux, des responsables de la sécurité de l'endroit que la situation a dégénéré. Un prix de la honte d'ailleurs, décerné par le comité des "Y a bon awards", destiné à la blâmer. Il faut relire plusieurs fois la version des faits des intéressés pour mesurer l'absurde dangerosité que révèle leur défense : celle des agresseurs qui se prétendent agressés.

Pour justifier leur agression, Bader Lejmi et Myrto S. usent d'un alibi surprenant. Selon eux, "Fourest n’étant pas venue chercher son trophée, nous avons voulu profiter de sa présence à la Fête de l’Humanité pour lui remettre". D'où le montage d'une opération commando dont le but était de remettre une "banane dorée" à Caroline Fourest, puisque celle-ci a été jugée et condamnée "raciste" par le tribunal des "Indivisibles" montée par Rokhaya Diallo.

Le monde inquiétant des "Indivisibles"

Les arguments destinés à demander les circonstances atténuantes sont étonnants. C'est parce qu'elle n'est pas venue chercher un prix humiliant pour elle que l'action commando a été menée : "Fourest n’étant pas venue chercher son trophée, nous avons voulu profiter de sa présence à la Fête de l’Humanité pour lui remettre". C'est parce que Caroline Fourest n'est pas digne de parler du FN dans une réunion publique qu'il fallait l'empêcher de s'exprimer : "N’y a-t-il pas autrement plus compétent que Caroline Fourest pour établir une stratégie de lutte contre le Front national ?"

Et pire encore, aux yeux des "Indivisibles", c'est parce que Caroline Fourest est une couarde qui fuit les débats, ce qu'elle a fait après l'agression qu'ils ne regrettent pas cette action ainsi légitimée : "La réalité c’est que Caroline Fourest, comme à son habitude, était déjà partie plutôt que d’affronter la contradiction."

Cet incident, au-delà de la personne de Caroline Fourest et de ses écrits, a le mérite de montrer que les militants des "Indivisibles" vivent dans un monde inversé. Et c'est bien inquétant pour des militants qui prétendent bannir le racisme de notre société.

Dans le monde des Indivisibles, tel qu'il ressort de la lecture du plaidoyer, l'agressé est l'agresseur, le censuré le censeur, la victime le bourreau, le gentil le méchant et la brute le bon. Comment s'en étonner puisque les auteurs pro-Indivisibles eux-mêmes semblent cultiver à l'envi cette vision inversée du monde, à la limite de la paranoïa collective : "Nous n’avions simplement pas imaginé à quel point les rôles de victimes et de bourreaux pouvaient être inversés", écrivent-ils, comme surpris de constater la condamnation quasi unanime de leur enfantin et inconsidéré méfait. Puisque nous sommes pas par essence victimes, et que tout le monde nous condamne, c'est qu'ils sont tous coupables, donc tous complices.

On ne peut pas reprocher à ces militants de ne pas être logiques et cohérents. De leur point de vue, au nom de l'idée qu'ils se font de l'antiracisme et de leur vision d'un monde où tout leur est hostile, l'agression montée contre Caroline Fourest se justifie. Décrétée raciste, tout se justifie contre elle, tout, y compris une agression, verbale et physique.

Le bilan de cette opération, et de la politique de communication qui suit, est catastrophique : non seulement les "Indivisibles" et leurs amis abiment la lutte antiraciste en usant d'un activisme générateur de violence, mais en plus, ils font peur, car un antiracisme qui oublie les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de 1789, tout antiracisme qu'il soit, oui, cela fait peur.

Et tout ça pour le plaisir d'emmerder Caroline Fourest ? Les "Indivisibles" sont plus inconscients qu'indivisibles, en fait, et l'antiracisme est une chose bien trop sérieuse pour être laissée entre ces mains-là.


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Re: Fourest à la fête de l'Huma : 2 visions des faits

Messagede charlelem » 20 Sep 2012, 07:40

Caroline Fourest à la Fête de l'Huma : notre version des faits, côté "Indivisibles"
Par Bader Lejmi et Myrto S.
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Nous avions rassemblé une vingtaine de militants autour de cette action [2] et convenu que notre but était de tenter de remettre son Y’a Bon Award à Caroline Fourest. L’"opération Banane" devait se terminer dès que la tentative aurait eu lieu, réussie ou non. Action non-violente, nous ne devions pas répondre à celles, prévisibles, du service d’ordre de la Fête.
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Et tout ça pour le plaisir d'emmerder Caroline Fourest ? Les "Indivisibles" sont plus inconscients qu'indivisibles, en fait, et l'antiracisme est une chose bien trop sérieuse pour être laissée entre ces mains-là.

Dans un meeting, quand tu essaies d'intervenir en montant sur la tribune, c'est toujours vécu comme une action violente.
Prétendre que cette action sera/est non-violente est malhonnête, à un moment il faut assumer et appeler un chat un chat.
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Re: Fourest à la fête de l'Huma : 2 visions des faits

Messagede Nyark nyark » 20 Sep 2012, 12:01

Discussion réellement intéressante et documentée sur le CCCForum :
http://www.classecontreclasse.org/viewt ... 48f23f4057
Et notamment ce lien :
http://paris.indymedia.org/spip.php?article11671

Dommage que je n'y aille plus depuis des années : c'était vraiment passionnant ce crû 2012 !
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