Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede Béatrice » 30 Aoû 2012, 10:47

Éviction de Benjamin Stora comme commissaire de l’exposition Albert Camus qui se tiendra à Aix-en-Provence en 2013.


Communiqué de la présidente du MRAP 13 ( Horiya Mekrelouf ) :

Marseille le 27 Aout 2012

La fédération des bouches du Rhône du Mrap 13 dénonce le remplacement de l’historien Benjamin Stora, un des meilleur spécialiste de l’Algérie, par l’essaysiste Michel Onfray comme commissaire de l’exposition Albert Camus qui se tiendra à Aix-en-Provence en 2013 à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain.
- En effet, la Maire (UMP) d’Aix-en-Provence et présidente de la communauté du pays d’Aix, Maryse Joissains Masini, a demandé à Michel Onfray, auteur de "L’ordre libertaire : la vie philosophique d’Albert Camus", de devenir commissaire d’un nouveau projet d’exposition, ce qu’il a accepté. De ce fait Benjamin Stora, sans même avoir pu défendre son projet a été évincé de cet événement.

Suite à cette éviction de Benjamin Stora, Aurélie Filippetti a annoncé que son ministère ne financerait pas l’exposition "Camus l’homme révolté", qui devrait ouvrir ses portes à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) à partir du 7 novembre 2013, jour anniversaire de la naissance de l’écrivain. La manifestation ne bénéficiera pas non plus du logo du ministère.

Le Mrap 13 déplore la décision de « Marseille Provence 2013 » de soutenir ce remplacement, et dénonce le coup de force de la Maire d’Aix sur le contenu d’une Manifestation par l’élimination de Benjamin Stora Commissaire de cet événement depuis son début, c’est à dire depuis 2009.

Dans le même temps, Madame Joissains annonce qu’elle n’acceptera pas les différentes manifestations concernant le 50e anniversaire de l’indépendance algérienne et les interdira à Aix-en-Provence, en invoquant le trouble à l’ordre public.

Rappelons pourtant la déclaration de Mme Joissains dans l’Express du 29 mai 2008 où elle envisageait de dédier une artère de la ville à Jean-Marie Bastien-Thierry « officier partisan de l’Algérie française, organisateur de l’attentat contre De Gaule le 22 août 1962. Arrêté et condamné à mort par un tribunal militaire il fut exécuté en 1963 ».

L’éviction de l’historien Benjamin Stora n’est pas anodine, elle répond à une idéologie particulièrement nauséabonde, où le dialogue et le respect de l’autre ne sont pas de mise.

Cette mesure inique vise à flatter une partie de l’électorat de Mme Joissains, celle des anciens partisans nostalgiques de l’Algérie française et des anciens de l’OAS ; mouvement qui a piétiné les valeurs de la république et qui 50 ans après, continue à exprimer la Haine de l’autre.

Pour défendre les valeurs de l’égalité des droits de la liberté d’expression et de l’amitié entre les peuples, le Mrap 13 propose à l’Historien Benjamin Stora de participer à une rencontre autour de L’Algérie en analysant l’œuvre de Camus, tel qu’il avait souhaité le faire dans son contexte historique, en mars 2013 à Marseille.

Pour le MRAP 13 La Présidente. Horiya Mekrelouf

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Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede charlelem » 30 Aoû 2012, 10:55

Tout ça c'est une histoire de "bobotitude" : ils évincent un Stora pas très glamour mais qui maîtrise parfaitement le sujet au profit d'un Onfray qui va nous faire du Camus anar de salon beaucoup plus tendance.
La vérité historique va y perdre alors que la peopolisation va gagner une nouvelle icone.
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Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede anouchka » 30 Aoû 2012, 14:31

hélas, être une star pour bobos est bien le moindre défaut de michel onfray:
topic "onfray" sur le forum anarchiste révolutionnaire:
http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?f=14&t=205&hilit=onfray#p13045
topic "michel onfray" sur le forum anarchiste révolutionnaire:
http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?f=69&t=3530&hilit=onfray#p51869
http://fa-ivry.forlogaj.tk/article165/dialogue-place-bauveau
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Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede Tobold Sonnecor » 30 Aoû 2012, 16:41

Nine a écrit:Éviction de Benjamin Stora comme commissaire de l’exposition Albert Camus qui se tiendra à Aix-en-Provence en 2013.


Communiqué de la présidente du MRAP 13 ( Horiya Mekrelouf ) :

Marseille le 27 Aout 2012

La fédération des bouches du Rhône du Mrap 13 dénonce le remplacement de l’historien Benjamin Stora, un des meilleur spécialiste de l’Algérie, par l’essaysiste Michel Onfray comme commissaire de l’exposition Albert Camus qui se tiendra à Aix-en-Provence en 2013 à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain.
- En effet, la Maire (UMP) d’Aix-en-Provence et présidente de la communauté du pays d’Aix, Maryse Joissains Masini, a demandé à Michel Onfray, auteur de "L’ordre libertaire : la vie philosophique d’Albert Camus", de devenir commissaire d’un nouveau projet d’exposition, ce qu’il a accepté. De ce fait Benjamin Stora, sans même avoir pu défendre son projet a été évincé de cet événement.

Suite à cette éviction de Benjamin Stora, Aurélie Filippetti a annoncé que son ministère ne financerait pas l’exposition "Camus l’homme révolté", qui devrait ouvrir ses portes à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) à partir du 7 novembre 2013, jour anniversaire de la naissance de l’écrivain. La manifestation ne bénéficiera pas non plus du logo du ministère.

Le Mrap 13 déplore la décision de « Marseille Provence 2013 » de soutenir ce remplacement, et dénonce le coup de force de la Maire d’Aix sur le contenu d’une Manifestation par l’élimination de Benjamin Stora Commissaire de cet événement depuis son début, c’est à dire depuis 2009.

Dans le même temps, Madame Joissains annonce qu’elle n’acceptera pas les différentes manifestations concernant le 50e anniversaire de l’indépendance algérienne et les interdira à Aix-en-Provence, en invoquant le trouble à l’ordre public.

Rappelons pourtant la déclaration de Mme Joissains dans l’Express du 29 mai 2008 où elle envisageait de dédier une artère de la ville à Jean-Marie Bastien-Thierry « officier partisan de l’Algérie française, organisateur de l’attentat contre De Gaule le 22 août 1962. Arrêté et condamné à mort par un tribunal militaire il fut exécuté en 1963 ».

L’éviction de l’historien Benjamin Stora n’est pas anodine, elle répond à une idéologie particulièrement nauséabonde, où le dialogue et le respect de l’autre ne sont pas de mise.

Cette mesure inique vise à flatter une partie de l’électorat de Mme Joissains, celle des anciens partisans nostalgiques de l’Algérie française et des anciens de l’OAS ; mouvement qui a piétiné les valeurs de la république et qui 50 ans après, continue à exprimer la Haine de l’autre.

Pour défendre les valeurs de l’égalité des droits de la liberté d’expression et de l’amitié entre les peuples, le Mrap 13 propose à l’Historien Benjamin Stora de participer à une rencontre autour de L’Algérie en analysant l’œuvre de Camus, tel qu’il avait souhaité le faire dans son contexte historique, en mars 2013 à Marseille.

Pour le MRAP 13 La Présidente. Horiya Mekrelouf

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Sans oublier le rond-point Bigeard, Jean-Pax Méfret citoyen d'honneur de la ville...

De toute façon, à coté de ça, à mon avis, aux municipales, elle saute
Tobold Sonnecor
 

Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede DjurDjura » 30 Aoû 2012, 18:47

“affaire Camus” : un mauvais coup ...


Maryse Joissains-Masini
date de publication : vendredi 17 août 2012





Le philosophe Michel Onfray a été préféré à l’historien Benjamin Stora pour organiser l’exposition aixoise de 2013 consacrée à Albert Camus à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain.

Dans la déclaration que nous reprenons ci-dessous, Jean Daniel revenant sur le conflit qui oppose deux de ses amis, Catherine Camus qui gère la mémoire de son père depuis une trentaine d’années et l’historien du Maghreb Benjamin Stora, déplore le « mauvais coup qu’on vient de faire » à ce dernier.


Jean Daniel : cette "affaire" Camus

[ Nouvel Observateur, le 16-08-2012 à 19h47]


Un conflit, qui devient vulgairement public sépare deux amis, Catherine Camus, fille de l’écrivain, et Benjamin Stora. J’aurais voulu me taire. Ce serait une ingratitude.

Un jour de l’an dernier, l’historien spécialiste aujourd’hui consacré de l’Histoire et des Conflits maghrébins, m’a rendu visite. Je suis son ainé de quarante ans ou presque. J’ai pour ses travaux la plus haute estime. Il a de son côté de la considération pour tout ce que j’ai vécu dans nos patries communes et qu’il s’est attaché à reconstituer. Avec Mohammed Harbi, il est devenu une référence.

Il a voulu m’informer qu’il avait accepté de présider et d’organiser une manifestation d’hommages pour célébrer le centenaire de la naissance d’Albert Camus.

"Cet étranger qui nous ressemble"

Il savait qu’avec l’écrivain Roger Grenier, nous étions les seuls survivants parmi ceux qui avaient fréquenté l’auteur de l’Homme révolté. Il allait jusqu’à voir en moi, depuis longtemps, le camusien le plus fidèle dans les pensées et les comportements. Il a eu la délicatesse de m’informer qu’il avait choisi pour le cycle des manifestations qu’il organisait, un titre très proche de l’un de mes livres : “Cet étranger qui nous ressemble”.
Or j’apprends que, dans des conditions insupportables, on l’a tout simplement dessaisi des responsabilités au profit de Michel Onfray, auteur d’un livre sur Camus L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus (Editions Flammarion).

Je n’ai rien contre ce philosophe qui se veut libertaire et qui souvent y parvient. Les deux tiers d’un grand article que j’ai publié sur son dernier livre lui sont très favorables. Je m’insurge contre l’accusation d’antisémitisme dont il est la victime au prétexte qu’il manifesterait un excès d’enthousiasme pour un historien, Jean Soler, qui refuse de placer les monothéismes à l’origine de l’humanité et même de la pensée et de la morale. Je prends acte des propos élogieux qu’il a tenus sur Benjamin Stora, mais j’estime qu’il n’aurait jamais dû accepter de profiter du mauvais coup qu’on vient de faire à l’historien du Maghreb. Quant à mon amie Catherine Camus, je refuse, telle que je la connais, de penser qu’elle ait pu accepter d’être mêlée à de tels procédés.

Jean Daniel






Albert Camus, l’homme disputé

par Jonathan Bouchet-Petersen, Libération, le 13 août 2012


Un historien en colère et un philosophe gêné aux entournures. Le tout dans une municipalité au rôle ambigu. Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie, et le médiatique Michel Onfray sont au cœur d’une polémique dont la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, ne peut que constater les dégâts.
Manque le cadre : Aix-en-Provence, ses 40 000 pieds-noirs, sa maire de la Droite populaire, Maryse Joissains. Et le principal protagoniste : Albert Camus, dont la fille Catherine gère la mémoire depuis une trentaine d’années.

Au cœur de ce « Patacaix », selon l’expression de l’écrivain Pierre Assouline, une exposition consacrée à Camus, prévue à Aix fin 2013. A l’occasion du centenaire de la naissance du Prix Nobel et dans le cadre de la manifestation Marseille-Provence capitale européenne de la culture.
Dernier épisode de cet imbroglio à rallonge, l’annonce officielle par la mairie aixoise, le 31 juillet, que Michel Onfray en sera le commissaire. Sur le papier, pas de quoi fouetter un chat, l’essayiste ayant publié cette année chez Flammarion L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus. Une « déclaration d’amour » au Camus anarcho-libertaire et un succès de librairie.

« Vraie raison ». Le nom d’Onfray bruissait depuis fin juin et Benjamin Stora a l’impression de s’être fait « enfler» . De décembre 2009 au 25 avril 2012, c’est en effet l’historien qui était en charge de cette exposition, alors intitulée « L’étranger qui nous ressemble » et annoncée comme un des temps forts de la manifestation culturelle. Avant de se faire « virer comme un malpropre », enrage-t-il encore, sans un mot d’explication de Marseille-Provence 2013 (MP 2013) et surtout de Catherine Camus.
L’ayant droit assure alors que Benjamin Stora ne lui a pas transmis en temps et en heure la liste des documents nécessaires pour l’exposition, et en prend prétexte pour stopper le projet. « J’ai lu le travail de Benjamin Stora, confie aujourd’hui Michel Onfray. Ce que dit Catherine Camus est faux, la vraie raison est d’ordre relationnel. » Reste que Jean Iborra, directeur adjoint des expositions de MP 2013, assure à l’historien en colère qu’aucune expo Camus ne verra finalement le jour dans le cadre de Marseille-Provence capitale européenne de la culture. Frustré, Stora prend acte et rappelle que « c’est sur [son] nom que le projet a été validé à l’Union européenne ».

Reconnaissant qu’il est « difficile de travailler avec Catherine Camus », Stora est surtout convaincu d’avoir été mis dehors au profit d’une personnalité « qui passe à la télévision, chez Ruquier, Ardisson et Denisot ».
Et l’historien de poursuivre en assumant sa subjectivité : « Pour Catherine Camus, le livre d’Onfray est tombé à pic. Ça fait du bruit dans le sens de la guerre Camus-Sartre et Onfray passe partout pour en parler. Entre Stora l’historien triste et Onfray la machine médiatique… » D’autant que, selon le commissaire écarté, l’ayant droit rêvait dès 2009 pour le remplacer d’un profil plus vendeur, idéalement Raphaël Enthoven ou Alain Finkielkraut. Or, « dans ce dossier, seules Catherine Camus et Marseille-Provence 2013 sont décisionnaires à parts égales », se désole la ministre Aurélie Filippetti, qui n’a pas voix au chapitre mais « regrette profondément » la mise à l’écart de Stora, « sur le fond comme sur la forme » [1].

Après la remise, en octobre 2010, d’un scénario de 70 pages à Catherine Camus, l’historien n’avait en effet pas signé de nouveau contrat. Il s’est donc retrouvé « à poil » le 25 avril dernier, quand l’abandon du projet lui fut signifié unilatéralement. « Ils m’ont fait signer un papier disant que j’étais documentariste et ils m’ont filé 1 500 euros pour le travail effectué depuis la remise du synopsis », s’étrangle Stora.

« Émeute ».
Remonté comme un coucou, il refuse toutefois d’y voir une censure politique téléguidée, même s’il n’a pas été accueilli avec des fleurs par la mairie d’Aix. Une ville qui compte de nombreux pieds-noirs d’extrême droite, outrés du choix de Stora pour questionner la relation entre Camus et l’Algérie. « Tout le monde m’a dit qu’ils étaient fous furieux, se souvient l’historien. Aix, ce n’est pas que le festival de musique classique, c’est aussi une ville qui a un boulevard Bastien-Thiry [auteur de l’attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle en août 1962, ndlr] et qui a fait citoyen d’honneur Jean-Pax Méfret, un ultra de l’Algérie française. »
Un proche du dossier se souvient d’une scène révélatrice de ce climat de défiance : « Dès le départ, Maryse Joissains a déploré auprès de Frédéric Mitterrand [alors ministre de la Culture, ndlr] qu’un proche du FLN ait été choisi pour organiser l’exposition. Et Mitterrand avait explosé de rire en disant que Stora avait 4 ans quand la guerre d’Algérie a commencé et qu’il était tout, sauf un proche du FLN. » Mais, à la mairie d’Aix, Stora ou pas, priorité fut surtout donnée à ce que l’exposition se tienne bien.

Entre-temps, Michel Onfray est entré dans ce micmac. Au départ sans même le savoir. Après la publication de son livre sur Camus en janvier et sa participation à plusieurs conférences dans les mois qui suivent. Le 29 mai, celle qu’il a donnée à la Cité du livre d’Aix rassemble 800 personnes dans une salle habituée à en accueillir 300. « Onfray crée l’émeute », titre alors la Provence.

Ce succès local arrive aux oreilles de Catherine Camus et de la mairie d’Aix, désireuse de relancer le projet. « J’ai ensuite été contacté début juin par un responsable de Marseille-Provence 2013, raconte Michel Onfray, à qui j’ai dit que j’étais d’accord pour une exposition, à la seule condition que celle-ci prépare la création d’un musée pérenne. » Les deux parties font affaire. Pour l’exposition qu’il entend intituler « Albert Camus, un homme révolté » Onfray a commencé à travailler avec le plasticien et peintre Robert Combas.

« Comble ».
Depuis, la polémique enfle. Onfray est accusé de servir la soupe à ceux qui souhaitaient se débarrasser de Stora et d’être soutenu par l’extrême droite locale. Roger Grenier, ami et compagnon de Camus au journal Combat, a même repris la plume pour s’émouvoir de sa nomination : « J’ai suivi avec indignation mais sans surprise l’histoire d’Aix, écrit le nonagénaire à Stora […] Le comble c’est que vous soyez remplacé par Michel Onfray qui est un faiseur. » Benjamin Stora, lui, assure ne pas en vouloir à Michel Onfray mais lui demande de « prendre ses responsabilités » en se retirant, lui promettant que « l’affaire ne fait que commencer ».
Habitué des polémiques, l’intéressé assume : « Qu’on me juge sur la vérité de mon travail, je ne me suis jamais déterminé en fonction des risques d’instrumentalisation. Mon seul objectif est qu’un musée Camus voit le jour à Aix. »
Et Stora de conclure : « Je découvre tous les jours des gens qui en veulent à Onfray et qui me disent de ne pas lâcher, je crois qu’il ne mesure pas bien dans quoi il s’est fourré. »

Jonathan Bouchet-Petersen [2]



Notes

[1] [Note de LDH-Toulon] – Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, aurait décidé que l’exposition ne bénéficierait pas du moindre financement de son ministère : http://www.actualitte.com/expositio....


ldh toulon
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Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede anouchka » 30 Aoû 2012, 22:26

http://www.monde-libertaire.fr/expressions/15326-onfray-contre-les-libertaires-michel-onfray-contre-lhistoriographie-anarchiste-dans-son-livre-sur-albert-camus

Onfray contre les libertaires : Michel Onfray contre l’historiographie anarchiste dans son livre sur Albert Camus
Dans son dernier livre, L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus, Michel Onfray affirme que la « question politique chez Camus avait été peu traitée, et, quand elle l’avait été, mal traitée » (p. 379-380), en visant de la sorte les recherches des anarchistes militants. Il ajoute : « Leur argumentation reste en surface » ! D’après lui, les anarchistes montrent seulement qu’« ici ou là, dans l’œuvre il [Camus] dit du bien de Bakounine », mais il y a, poursuit-il, « le gardien du temple Gaston Leval » (p. 380) qui corrige. La vitupération la plus forte commise par Onfray touche aux actes des Rencontres méditerranéennes Albert Camus en 2008 (Le Don de la liberté. Les relations d’Albert Camus avec les libertaires, Les éditions de La Nuit, 2009), qui contiennent une dizaine d’interventions de haute qualité d’universitaires et de militants du mouvement libertaire. Onfray ne cite à plusieurs reprises (p. 380 et 545) que la contribution sur le « football comme outil d’éducation » à laquelle il « ne peut pas souscrire ».
Il semblerait qu’il n’ait même pas lu le reste du livre. Car lui échappent à l’évidence les relations, précieuses aux yeux de Camus, avec les filières libertaires, que les contributions d’Alessandro Bresolin, Marianne Enckell ou de Charles Jacquier mettent en lumière. Pour donner seulement un exemple : Bresolin a fait des recherches sur la filière italo-américaine de Camus via l’anarchiste non violent Carlo Caffi et via Nicola Chiaromonte, Nancy et Dwight Macdonald, qui l’ont mené à la fondation des Groupes de liaisons internationales (GLI) au cours de son premier voyage aux États-Unis au printemps 1946. La compréhension que Camus a eu de la non-violence d’après-guerre doit beaucoup à l’influence de Caffi. Camus revient en France et écrit aussitôt Ni victimes, ni bourreaux, texte traduit dans la foulée par les Macdonald et qui devient un texte phare pour le jeune étudiant noir Bob Moses, et donc pour le mouvement des étudiants noirs du sud des États-Unis (Moses fut un militant, fondateur du Student Nonviolent Coordinating Committee, le groupe le plus radical au sein du mouvement pour les droits civiques). Chiaromonte et Caffi relient Camus à Ignacio Silone, dont Jean-Paul Samson (rédacteur de la revue Témoins) est le traducteur français. Tous ces liens sont passés sous silence dans le livre d’Onfray.
Mais la méthode d’Onfray devient encore plus contestable, quand (p. 380) il défend Camus contre l’interprétation social-démocrate habituelle avec les Lettres sur la révolte de mai 1952 qu’il cite du tome III de la nouvelle Pléiade. En fait, c’est le texte de Camus qui est paru pour la première fois sous le titre « Réponse à Gaston Leval » dans l’hebdomadaire Le libertaire, numéro 318 du 5 juin 1952 et intégré, en 1953, à Actuelles II sous le titre « Révolte et romantisme », texte repris ultérieurement dans la Pléiade. C’est exactement le même texte dans lequel Camus écrit : « Bakounine est vivant en moi », que les libertaires ont toujours mis en évidence bien avant Onfray ! Mais, pour lui, c’est un sujet « mal traité » par les anarchistes, qui restent « en surface », en constatant qu’« ici ou là » Camus dit « du bien de Bakounine ». Cependant, dès que lui-même s’y réfère, il qualifie ce propos de profond.
Même chose avec le méprisable « gardien du temple Gaston Leval », qui devient tout à coup estimable quand c’est Onfray qui découvre son Manifeste-programme du mouvement socialiste libertaire : « Bien sûr, il faut lire Leval » (p. 514). Même chose avec les articles de Camus dans la revue La Révolution prolétarienne qu’Onfray – lecteur superficiel des revues libertaires –, dans le paragraphe beaucoup trop bref sur Nicolas Lazarevitch, présente comme collaborateur d’une Revue prolétarienne (p. 442) non existante, car il fait une confusion de titres. Et pourtant, les articles de la revue réellement intitulée La Révolution prolétarienne avaient déjà été publiés et analysés à l’issue des recherches de militants du mouvement libertaire, mais Onfray les cite (p. 385-387) comme s’il en était le découvreur. Même chose avec la revue Témoins (p. 389 et 505). Il a un art consommé de se vanter des travaux que d’autres ont conduits avant lui !
Maurice Joyeux, Robert Proix, André Prudhommeaux, Pierre Monatte, Fernando Gomez Pelãez ou bien Jean-Paul Samson – pourtant tous des grands amis anarchistes contemporains de Camus – ne figurent même pas dans ce livre de 600 pages ! Seuls les publications de recherche de Progreso Marin, Teodosio Vertone, les actes du colloque de Lourmarin 2008 et les miens sont cités, mais même ces références sont dépréciées. Les souvenirs de Roger Grenier, le recueil du Groupe Fresnes-Antony, le texte de Sylvain Boulouque sur le syndicalisme révolutionnaire et Camus, et les analyses de Morvan Lebesque, Fabrice Magnone, Christine Fauré, Freddy Gomez, Hélène Rufat ne sont pas pris en considération.

Le rôle de Rirette Maîtrejean
Quant à mes propres recherches dans Albert Camus et les libertaires (1948-1960) (Égrégores éditions – et pas éditions Égrégores comme l’écrit Onfray à tort –, Marseille, 2008), Onfray me reproche d’avoir créé une légende, celle « d’une initiation à l’anarchie d’Albert Camus » par l’anarchiste Rirette Maîtrejean (p. 232), ce qu’il répète dans sa bibliographie (p. 545) en disant cette fois-ci que cette « légende » se trouve chez moi « une fois de plus recyclée ». Donc, on ne sait même pas ce qu’Onfray veut me reprocher : est-ce d’avoir créé une légende ou seulement d’avoir repris ladite « légende » ?
Le rôle de Rirette auprès de Camus avait été tellement négligé dans toutes les études depuis des décennies qu’il importait que je le souligne. J’ai écrit : « C’est Rirette Maîtrejean qui sensibilisa Camus à la pensée libertaire et lui fit découvrir le milieu anarchiste » (Albert Camus et les libertaires, p. 13) et qu’elle l’a « quasiment initié à la tradition libertaire en France » (p. 19). J’avoue que ces mots sont équivoques et si on s’en tenait à ces lignes, j’accepterais la critique d’Onfray. Mais on est loin de cela (d’où le mot « quasiment »). Car dans mon introduction, et précisément entre les pages 13 et 19, j’énumère les influences libertaires dans les années 1930 précédant la rencontre de Camus avec Rirette en 1940 : l’oncle Gustave Acault, la révolte des mineurs asturiens, le milieu espagnol à Oran, les articles sur la Kabylie, le rôle du journal Le Soir républicain et l’influence de Pascal Pia à l’époque (Albert Camus et les libertaires, p. 16-18) – voilà tout ce qu’Onfray me reproche d’avoir oublié (p. 231). Il convient de remarquer encore, pour être plus précis, que ces diverses rencontres ici évoquées ne donnent – à mon avis – pas encore une connaissance cohérente et précise de la pensée et notamment de la genèse de la pensée libertaire de Camus : l’oncle Acault, par exemple, n’est pas seulement décrit comme militant libertaire par le biographe Lottman, mais parallèlement comme maurassien et autoritaire !
D’ailleurs, sur le rôle de la grande anarchiste française Rirette Maîtrejean, j’ajoutais : « Pourtant, il fallut un deuxième événement pour que Camus prenne vraiment connaissance de l’histoire et de la pensée de la tradition libertaire. Cet événement décisif fut, comme nous l’avons déjà dit, sa rencontre avec Rirette Maîtrejean avant, pendant et après l’exode de Paris avec l’équipe des secrétaires, typographes et correcteurs-correctrices du journal bourgeois Paris-Soir » (p. 18-19). Je parle donc explicitement d’un « deuxième événement » ! Pourtant, Onfray minimise la portée de cette rencontre en disant que Rirette aurait déclaré n’avoir eu que des « relations assez lointaines » (p. 232) avec Camus. Mais elle le dit seulement à propos du début de leur rencontre, à Paris. Par la suite, ils sont partis en exode ensemble, dans la même voiture ; ils se sont vu chaque jour pendant trois mois à Clermont-Ferrand, puis encore, mais moins intensément, à Lyon jusqu’à la fin de l’année 1940 ; soit six mois au total ! Et elle en témoigne ouvertement : « Nous étions tout le temps ensemble. » « Il était vraiment exceptionnellement près de nous » (« Albert Camus au marbre », Témoins, n° 23, mai 1960, repris dans Camus et les libertaires, p. 240). Ces deux phrases témoignent à la fois de l’intensité de leur rencontre et de la richesse de leurs échanges. On ne connaît pas d’enregistrement de leurs débats, mais on peut sûrement avancer l’hypothèse qu’une personnalité aussi rayonnante et expérimentée que la sienne au sein du mouvement libertaire depuis fort longtemps lui a certainement beaucoup appris de l’histoire (l’itinéraire de Victor Serge dans les geôles soviétiques, donc une vue beaucoup plus profonde du communisme, par exemple), du milieu et de la pensée libertaires. Rirette avait 53 ans à l’époque, Camus à peine 27.

L’omission de l’impact de Simone Weil sur la pensée libertaire de Camus
Écrivant une vie philosophique d’Albert Camus, on ne peut pas se passer d’analyser d’une manière détaillée et exhaustive l’impact de Simone Weil sur la pensée libertaire de Camus. Ce dernier travaillait, selon Gay-Crosier et Weyhemberg, vers 1948-1949, selon Wernicke dès 1946, en tant que directeur de la publication à l’édition des Écrits historiques et politiques de Simone Weil – qui seront publiés en 1960, après la mort de Camus, dans la collection « Espoir » de Gallimard. En plus, Camus a édité encore sept (!) ouvrages de Simone Weil : de L’Enracinement (1949) en passant par La Condition ouvrière (1951) et Oppression et liberté (1955) jusqu’aux Écrits de Londres (1957) (sur ce travail d’édition de Camus, voir la nouvelle Pléiade, tome III, p. 1411). Donc, tout au long de son travail chez Gallimard, les écrits de Simone Weil étaient une source d’inspiration fondamentale à laquelle Camus s’abreuvait pour nourrir les débats avec les libertaires. En particulier celui sur les effets néfastes de la violence révolutionnaire en pleine guerre espagnole. Or Onfray cite le nom de Weil trois fois sur l’ensemble de ses 600 pages, mais toujours comme si cela n’était qu’anecdotique.
Pourtant Camus en est venu à bien comprendre l’importance et la valeur de la pensée de Proudhon par exemple en lisant Weil – et pas à travers Claude de Fréminville avant 1935, car cette lecture de Proudhon ne les avait pas empêchés d’adhérer au PC. Roger Quillot écrit dans son texte « Simone Weil et Camus » (dans l’ancienne édition de la Pléiade de 1965, tome II, p. 1699) : « La sympathie qu’il portait à Simone Weil et à son œuvre a sans doute contribué à rapprocher Camus des milieux syndicalistes révolutionnaires où elle avait longtemps évolué et où il retrouvait la même flamme intransigeante » – rapprochement qui a déjà commencé lors de la rencontre avec Rirette Maîtrejean. L’œuvre de Simone Weil était pour Camus la solution au problème immense de la relation théorie-pratique. Il l’admirait profondément parce que elle a tout sacrifié de sa vie personnelle pour la lutte du mouvement libertaire, chose dont Camus ne s’est jamais senti capable. Il éprouvait pour cela un sentiment d’humilité devant elle comme devant les luttes des mouvements libertaires en général. Et notamment la lutte espagnole qui lui tenait à cœur, si bien qu’il a mis de côté ses différends avec Breton afin de le convaincre de participer aux campagnes libertaires pour des prisonniers de Franco, et cela en pleine polémique sur L’Homme révolté (Freddy Gomez, dans Camus et les libertaires, p. 334-336). On doit en conclure que le mouvement libertaire était beaucoup plus important pour Camus que ses prises des positions personnelles – contrairement à Onfray !
En réduisant le rôle de Rirette Maîtrejean et en omettant complètement le rôle de la philosophe anarcho-syndicaliste Simone Weil, Onfray a commis deux graves erreurs qui invalident son livre. Onfray écrase toutes les autres influences philosophiques de Camus sous le rouleau compresseur d’un nietzschéisme omniprésent. De plus, il se prive de cette occasion de mettre en avant le fait que ce sont deux femmes qui ont exercé les influences les plus déterminantes sur Camus dans son choix libertaire et ainsi de démentir l’idée propagée par Simone de Beauvoir et d’autres que Camus n’écoutait ni ne prenait au sérieux les propos politiques et les textes écrits par des femmes, en ne voyant en elles que de possibles objets sexuels.

Un intellectuel qui veut se désolidariser du mouvement libertaire
Le mépris exprimé devant les recherches des militants libertaires atteint la caricature, quand Onfray procède dans sa bibliographie (p. 544-545) au décompte des pages que ceux-ci auraient consacrées et publiées sur Camus libertaire. Il n’a pas seulement oublié les textes d’au moins huit (!) auteurs libertaires (voir ci-dessus), mais fait un comptage ridicule des pages de petites brochures anarchistes pour pouvoir qualifier les recherches anarchistes d’« étiques » (p. 544), c’est-à-dire maigres, en regard de ses 600 pages (auxquelles je lui suggère d’en soustraire au moins une cinquantaine vouées à des leçons inutiles sur Nietzsche qui fut, je lui rappelle, grand admirateur de Napoléon, son vrai « surhomme »). En plus, il cesse d’indiquer le nombre de pages dès qu’il nomme les grands livres d’historiographie venant de militants libertaires, dont les actes du colloque de Lourmarin et le mien rassemblant les textes de Camus dans des journaux libertaires, les réponses des libertaires et deux textes d’analyse, l’un de Freddy Gomez et l’autre de moi. Je ne vais pas jusqu’à indiquer le nombre de pages de mon livre en allemand sur Camus et l’anarchisme, que j’ai publié en 1998. Depuis quand compte-t-on la quantité des pages et ne prend-on pas en compte la qualité de la recherche ?
Pire, Onfray, semble-t-il, ne sait pas vraiment compter ! À la page 117 de son livre, on peut lire : « L’adhésion d’Albert Camus au Parti communiste français entre août-septembre 1935 et la même période en 1937 mérite un examen. Douze mois de militantisme au sein du PC, voilà qui étonne... » et qui devrait surtout étonner un Onfray qui dit que Camus, à ce moment-là, donc, de longues années avant sa rencontre avec Rirette Maîtrejean, était déjà complètement pénétré de la pensée libertaire – « au moins dix ans avant » (p. 545) selon Onfray ! Erreur de calcul : ce n’est pas durant douze mois que Camus est resté au PC, car de 35 à 37 cela atteint vingt-quatre mois d’adhésion ! Freud, l’ami d’Onfray, pourrait nous éclairer sur cette erreur de calcul !
Un nietzschéisme et un hédonisme pur et dur ne font pas un anarchisme, pas encore. Onfray défend bec et ongle son Nietzsche contre une interprétation national-socialiste allemande – voilà une maladie habituelle des philosophes français bien symptomatique de l’ignorance de la masse de critiques de la pensée de Nietzsche parue en Allemagne depuis bien longtemps (je lui conseillerais de commencer avec Bernhard Taureck : Nietzsche und der Faschismus – Nietzsche et le fascisme –, Hambourg, 1989, par exemple !). Le Camus libertaire fraternisant avec le milieu libertaire des années 1950 était à la fois un Camus avec une éthique ou une morale révolutionnaire (c’est cela, donner des limites ou une mesure à la violence, même révolutionnaire). Onfray ne nie pas cela, mais selon lui on a un Camus libertaire nietzschéen dans les années 1930 devenu un Camus libertaire nietzschéen de gauche-éthique (!) dans les années 1950 – alors que je maintiens que l’on n’a pas du tout encore un Camus libertaire cohérent dans les années 1930 puis un Camus éthique et social parce que libertaire et proche du mouvement anarchiste après la Deuxième Guerre mondiale seulement.
En effet, s’il avait été un anarchiste convaincu, il eût été assez clairvoyant pour ne pas devenir membre du PC de 35 à 37, époque où se tinrent à Moscou des procès staliniens parmi les plus terrifiants – rapport qu’Onfray n’établit pas. Or cette adhésion montre bien que Camus n’était pas encore assez sensibilisé à la pensée libertaire pour évaluer la portée politique des procès tenus à Moscou et résister aux pressions qui l’ont poussé à y adhérer – à l’inverse d’une Simone Weil clairvoyante. Camus, après la rencontre avec Rirette et l’expérience qu’elle lui a communiquée des campagnes pour libérer Victor Serge des geôles soviétiques, devient un tout autre personnage qui ne peut plus adhérer au communisme.
Onfray décrit la situation de Camus après sa polémique avec Sartre/Jeanson sur L’Homme révolté en 1952, et prétend que seul René Char a pris sa défense : « On comprend qu’en attaquant tout seul sur autant de fronts, les ralliements soient nuls » (p. 339). C’est faux ! Presque tout le monde libertaire a soutenu Camus. Maurice Joyeux, Pierre Monatte, Jean-Paul Samson, Louis Lecoin et même Georges Fontenis ont élevé la voix. Et surtout les anarchistes espagnols : dans Solidaridad Obrera, Felipe Alaíz publie dix (!) articles entre février et avril 1952 soutenant Camus dont « Un libro sugestivo : L’Homme révolté de Camus » (voir Freddy Gomez, dans Camus et les libertaires, p. 331-332). Hormis quelques rares exceptions, tout le mouvement libertaire a pris fait et cause pour lui, et il le savait. Onfray reproduit la même invective que Jeanson/Sartre – « Vous êtes seul, Camus » –, mais Camus se sentait bien défendu par le mouvement libertaire. C’est exactement à ce moment-là, dans sa « Réponse à Gaston Leval » en mai 1952, que Camus utilise le « nous » dans son article au Libertaire. Le « nous » est un aveu clair qu’un Onfray néglige sciemment, peut-être parce que ce « nous » dément toute sa théorie d’un Camus libertaire dans les années 1930. C’est en prononçant ce « nous » lui-même en 1952 que Camus se lie et s’allie par cette seule personne plurielle aux journaux des libertaires.
Onfray semble ignorer les propres propos de Camus et ne se prive pas de vilipender les chercheurs venant du mouvement par de basses attaques telles que : « L’historiographie anarchiste dominante considère que la publication d’un article dans une revue anarchiste, estampillée comme telle, fait la loi » (p. 233). Non, ce n’est pas la loi, mais cela n’en a pas moins de sens et dévoile beaucoup plus qu’Onfray ne consent à admettre.
Et, soit dit en passant, il a manqué de se saisir d’une autre opportunité, celle de préciser qu’on chercherait en vain dans la presse libertaire française des articles de Sartre.
Nietzschéen et hédoniste à l’excès, Onfray veut donner l’impression qu’il a tout découvert.
Il prend ses distances à l’égard du mouvement libertaire et de son historiographie et dévalorise toutes leurs publications, tel un petit concurrent dans une compétition ! Il se désolidarise volontiers de ceux qui luttent encore aujourd’hui pour la révolution sociale et concrète et qui, ainsi, font en sorte que les espérances de Camus d’un socialisme libertaire deviennent enfin réalité. Onfray espère-t-il changer la société ou n’aspire-t-il qu’à une gloire médiatique au sein de la société capitaliste ?
Ainsi, il se situe aux antipodes de Camus, qui se considérait si chaleureusement accueilli au sein du mouvement libertaire, au point de se sentir chez lui parmi nous. Camus fut un intellectuel qui s’est montré humble devant ceux qui luttent, et a voulu rester à leur service en étant solidaire pour « rendre plus efficace cette pensée » (Camus dans Le Libertaire, n° 318, 5 juin 1952).

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Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede Béatrice » 30 Aoû 2012, 22:45

Quel rapport avec le sujet de ce topic ?

Un topic sur Onfray existe déjà sur ce forum : viewtopic.php?f=69&t=3530

Et cette dernière intervention lui est plus appropriée .
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Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede anouchka » 30 Aoû 2012, 23:12

charlelem a écrit:Tout ça c'est une histoire de "bobotitude" : ils évincent un Stora pas très glamour mais qui maîtrise parfaitement le sujet au profit d'un Onfray qui va nous faire du Camus anar de salon beaucoup plus tendance.
La vérité historique va y perdre alors que la peopolisation va gagner une nouvelle icone.


il n'y a pas déjà un, mais deux sujets sur michel onfray sur le FAR:
Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede anouchka » 30 Aoû 2012, 14:31
hélas, être une star pour bobos est bien le moindre défaut de michel onfray:
topic "onfray" sur le forum anarchiste révolutionnaire:
viewtopic.php?f=14&t=205&hilit=onfray#p13045
topic "michel onfray" sur le forum anarchiste révolutionnaire:
viewtopic.php?f=69&t=3530&hilit=onfray#p51869

de plus le sujet de l'article (qu'on apprécie ou non le journal dont il est tiré est un tout autre problème...) est une critique du bouquin d'onfray sur camus.
ce sujet comme cela arrive souvent est à la convergence de beaucoup d'autres sujets, il aurait d'ailleurs pu être placé à la suite d'un de ces topics sur onfray, ou encore sur camus...
on peut parler d'onfray dans des topics sur le capitalisme par exemple et de capitalisme dans un topic sur onfray...
pas de quoi en faire une histoire! :trinque:
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Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede Béatrice » 30 Aoû 2012, 23:20

C'était juste une remarque et donc bien loin "d'en faire une histoire" .
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Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede DjurDjura » 12 Sep 2012, 12:10

pour faire bref, Onfray ne fait pas l'unanimité en Algérie :hehe:
L'imposture Onfray


Mohammed Yefsah


Lundi 27 Août 2012




L'entreprise néocoloniale de Michel Onfray a démarré sa machine en Algérie. Dans l'entretien qu'il a accordé au quotidien El Watan du 10 août 2012, il récidive par la mauvaise foi, le mensonger et une connaissance approximative de l'Histoire de l'Algérie. Sa haine de Jean Paul Sartre est à la taille de sa fascination pour les puissants. Onfray est libertaire1 seulement dans sa proclamation. Il est l'expression du moult du néolibéralisme, pour lequel l'émancipation des peuples anciennement colonisés, est une défaite à surmonter. La coqueluche des médias force la lecture des œuvres d’Albert Camus pour en faire un homme qui ne fut pas pour la colonisation. Onfray fait d'ailleurs dans l'esprit camusien par sa posture d'apparence ni pour la colonisation, ni contre la colonisation.

Outre ses attaques répétées contre Sartre et les intellectuels français qui défendirent l'émancipation du peuple algérien, notamment dans son dernier livre, « L’ordre libertaire: la vie philosophique d’Albert Camus », Onfray arrive au summum de la bêtise en accusant Edouard Saïd d'une « lecture raciale et raciste » des œuvres de Albert Camus.
Attaque-t-il par ricochet la cause palestinienne ? Il n' y a aucun doute. D'une pierre deux coups. En tout cas, il n'a jamais caché son sionisme.
Onfray n'hésite aucunement a défendre le journaliste Éric Zemmour, pourtant condamné par la Justice française pour propos racistes, en lui témoignant respect lors d'une mission télé (Émission On n'est pas couché ce soir, du 17mars 2012, de Laurent Ruquier). Edouard Saïd, universitaire palestino-américain, qui n'a aucune relation avec le pouvoir algérien, a seulement fait analyse de l’œuvre, sans tirer de jugements sur l'homme. Onfray n'a rien à envier aux curés de l'inquisition. Pour lui, aucun algérien n'a compris Camus et les sartiens2 au bûcher.

Pour Onfray, les intellectuels algériens qui critiquent Camus n'ont pas, à coup sûr et forcement, lu les œuvres du romancier. Ils sont mêmes de « prétendus intellectuels », qui devraient « se libérer de l’esclavage mental », à la solde du pouvoir. Si Onfray ne le sait pas, il est temps de lui apprendre que Camus est enseigné en Algérie, que le régime n'a jamais interdit aucun de ses livres et aucune déclaration officielle n'a été prononcée à son encontre. Un nombre incalculable de mémoires, de thèses universitaires et d'études comparatives en littérature lui ont été consacrés, diverses et divergentes de point de vues. Il devrait savoir que parmi les intellectuels qui critiquent Camus, certains sont mêmes opposants au régime algérien. Il oublie que Yasmina Khadra, défenseur de Camus, est un représentant officiel d'une institution algérienne. Il oublie aussi que ses positions peuvent être lues dans les colonnes d'un journal algérien, alors qu'en France aucun des intellectuels algériens attaqués n'est sollicité pour exprimer son opinion.

Onfray s'improvise ensuite historien pour livrer sa lecture du mouvement national. « Depuis le 8 mai 1945 et la répression de Sétif et Guelma, il est même prouvé que les militants de l’indépendance nationale ont souhaité tout s’interdire qui soit du côté de la paix, de la négociation, de la diplomatie, de l’intelligence, de la raison. Je vous rappelle à cet effet que ce sont les Algériens qui ont choisi la voie de la violence et sont à l’origine du plus grand nombre de morts du côté... algérien ! ».
La conquête coloniale n'est pas en soi, dans son essence même, de la violence. Onfray ne donne pas de preuves. Sa parole est l'évangile. Onfray, ignorant de l'histoire de l'Algérie, s'imagine ce pays comme un havre de paix avant le massacre de mai 1945.

Il ne connaît pas l’existence – il ne veut pas le savoir, lui qui aime tant lire et réfléchir, contrairement aux intellectuels algériens ! – des enfumades (pratique qui consiste a brûler des villages entiers ou des populations qui fuient dans des grottes), les multiples formes de violence, la torture et les massacres avant même mai 1945. Il ne peut comprendre la radicalisation de la lutte de libération nationale.
Onfray ignore aussi que le FLN n'a pas cru à la victoire militaire, mais plutôt à une victoire politique, qui nécessite un sacrifice à la mesure de la violence coloniale. Il a fallu attendre plusieurs années pour qu'enfin la France reconnaisse la qualité de belligérant au FLN et négocie avec lui. Le comble des propos mensongers d'Onfray, c'est sa comptabilité macabre qui considère que le FLN a fait plus de victimes côté algérien que la répression coloniale.

« Camus n’a pas à se justifier de choisir ses sujets de romans » dit-il. C'est le seul crédit qui peut être accordé au philosophe du confort. Quoi qu'il recourt aux mêmes œuvres pour justifier ses positions. L'absence des indigènes dans l’œuvre de Camus donne une idée de son ignorance de l'univers indigène. Camus est l’écrivain des « pieds-noirs », comme le pensent d'ailleurs Kateb Yacine, Mouloud Mammeri et autres écrivains algériens qui l'ont côtoyé et lu ses œuvres. Ces dernières donnent un aperçu de ce monde qui adore le soleil, mais déteste croiser l'arabe dans la rue ou sur la plage.

Meursault, personnage de L'Étranger, allongé sur le sable doré d'une plage algéroise, tire cinq balles sur l'arabe qui lui cache le soleil. Dans La Peste, intrigue qui se déroule à Oran, le personnage du médecin préfère parler des rats que des indigènes, périphériques et insignifiants. Il coupe court à la question du journaliste, qui n'insiste pas. C'est certainement de la littérature. Or Michel Onfray, philosophe de son état, peut comprendre l'imaginaire et les symboliques d'une œuvre littéraire, à l'image d'un Nietzsche qui a beaucoup appris d'un Dostoïevski. Il est ridicule de demander à un écrivain la présence d'une thématique ou d'un personnage.
Cependant, une absence peut avoir une signification. Les arabes sont absents des œuvres de Camus et lorsqu’ils sont présents fugacement, ils dérangent, agacent, déclenchent la haine. En ce sens, Albert Camus, à l'image des œuvres de tout autres écrivains de talent, peut nous apprendre beaucoup sur l'Algérie coloniale, sur l'état d'esprit d'une époque, à l'exemple des œuvres de Balzac qui offrent une importante connaissance sur la France des XIXe siècle, de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline sur les affres de la guerre, de A la recherche du temps perdu de Marcel Proust sur la décadence de l’aristocratie, de Germinal de Émile Zola sur l'atroce condition ouvrière, etc.

Dans Chroniques algériennes, Camus développe un discours humaniste sur la Kabylie, en demandant l'amélioration de la condition des indigènes. Il estime que la France n'a rien à gagner en opprimant les indigènes. Il veut gagner leurs cœurs. Mais son récit est digne des ethnologues qui ont participé à la mission coloniale. Il évoque l'utilité de l'école, la libération de la femme, la différence entre les arabes et les kabyles et implicitement la mission civilisationnelle que pourrait apporter la France. Il n'est jamais question d'une remise en cause du système colonial.
Albert Camus, qui refusât la violence des deux côtés, quand il fut question de l'Algérie en sachant que les adversaires n'étaient pas à armes égales, comme dans toute situation coloniale, ne fut pas toujours contre les armes. Il fut pour la résistance armée contre le nazisme et s'engagea avec les républicains lors de la guerre civile espagnole. En évoquant donc l'attachement à la paix par Camus, il faudrait aller jusqu'au bout du raisonnement. Sartre eut au moins le mérite d'avoir été constant.

Le voyage en Algérie d'Onfray lui fait rencontrer l'esprit de Camus et le bon Dieu. Athée en France, il semble découvrir les vertus du « christianisme africain ». Syndrome des pionniers lors de la découverte de l'Amérique ! Céline, Balzac, Camus, de grands talents, ont toute leur place dans le champ littéraire algérien ou d'ailleurs. Mais Camus le politique a droit au regard critique et sans concession à la lumière de l'Histoire. Quant à Michel Onfray, qui se veut de gauche en France mais est de droite en Algérie, à l'image de son « capitalisme libertaire », mariage forcé de conceptions irrémédiablement opposées, il devrait nous expliquer, lui le grand savant, comment le peuple aurait pu se libérer sans la lutte.

Dans le cadre de « Marseille-Provence 2013, Capitale Européenne de la culture », grandiose événement, l’organisation de l'importante exposition sur Albert Camus, retirée récemment à l'historien Benjamin Stora, est confiée à Michel Onfray et suscite des polémiques. Ce qui donne d'avance une idée de la teneur de cette exposition et de son orientation politique à ne pas déplaire aux nostalgiques de l'Algérie française.


Mohammed Yefsah
Journaliste et universitaire
France, le 12 août 2012


http://www.lanation.info/L-imposture-Onfray_a1312.html
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Re: Expo A Camus Aix 7nov 2013: B.Stora remplacé par Onfray

Messagede charlelem » 17 Sep 2012, 18:03

Il semblerait que Onfray renonce à diriger cette exposition et que donc elle tomberait à l'eau.
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