Sommet de Rio+20 : échec programmé ?

Sommet de Rio+20 : échec programmé ?

Messagede Flo » 18 Juin 2012, 13:43

Sommet de Rio+20 : l'échec assuré ?

jeudi 14 juin 2012 à 10h25

Le prochain sommet sur le développement durable des Nations Unies qui se tiendra à Rio les 20 et 22 juin prochain proposera de nouvelles solutions aux problèmes environnementaux. Nombre de participants redoutent toutefois certaines divergences qui pourraient aboutir à "un échec" de ce sommet.
Vingt ans après l’Eco 92 axé sur les points fondamentaux du développement durable, le Sommet de Rio tentera pendant trois jours de dresser le bilan environnemental de ces vingt dernières années et de proposer d’autres solutions pour l’avenir.

Une centaine de chefs d’État et de gouvernements ainsi que plusieurs milliers de responsables de collectivités locales et d’ONG assisteront à des conférences et à des débats afin d’aborder les enjeux environnementaux majeurs et de tenter de remédier aux problèmes les plus urgents.

Selon le dernier rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (Pnue), l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, les déchets, la biodiversité et le manque d’eau potable restent aujourd’hui les sujets environnementaux les plus préoccupants.

"Il n'y a pas de place pour le doute" ni pour "la paralysie de l'indécision", s’est exprimé le directeur général du PNUE Achim Steiner, à quelques jours de l’ouverture du sommet. La méfiance semble toutefois bien présente chez les participants qui craignent que certaines divergences, notamment sur le changement climatique et l’économie verte, n’aboutissent à aucun projet concret.

Le directeur général de WWF, Jim Leape a déclaré qu’il y aurait selon lui deux scénarios probables : un accord si limité qu’il n’aurait pas de sens, ou un échec total. Les observateurs du sommet craignent de leur côté que Rio+20 ne soit qu’"un simple fantôme du passé".

Le Vif.be
Modifié en dernier par Flo le 18 Juin 2012, 13:49, modifié 1 fois.
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Re: Sommet de Rio+20 : échec programmé ?

Messagede Flo » 18 Juin 2012, 13:47

Interview de Dennis Meadows qui expose quelques arguments expliquant l'illusion de ce sommet de rio qui selon lui ne mènera à rien de concret politiquement.

«Le scénario de l’effondrement l’emporte»

Interview Dès le premier sommet de la Terre de 1972, le chercheur américain Dennis Meadows partait en guerre contre la croissance. A la veille de la conférence «Rio + 20», il dénonce les visions à court terme et dresse un bilan alarmiste.
Par LAURE NOUALHAT


En 1972, quatre jeunes scientifiques du Massachusetts Institute of Technologie (MIT) rédigent à la demande du Club de Rome un rapport intitulé The Limits to Growth (les Limites à la croissance). Celui-ci va choquer le monde. Leur analyse établit clairement les conséquences dramatiques d’une croissance économique et démographique exponentielle dans un monde fini. En simulant les interactions entre population, croissance industrielle, production alimentaire et limites des écosystèmes terrestres, ces chercheurs élaborent treize scénarios, treize trajectoires possibles pour notre civilisation.

Nous sommes avant la première crise pétrolière de 1973, et pour tout le monde, la croissance économique ne se discute pas. Aujourd’hui encore, elle reste l’alpha et l’oméga des politiques publiques. En 2004, quand les auteurs enrichissent leur recherche de données accumulées durant trois décennies d’expansion sans limites, l’impact destructeur des activités humaines sur les processus naturels les conforte définitivement dans leur raisonnement. Et ils sont convaincus que le pire scénario, celui de l’effondrement, se joue actuellement devant nous. Rencontre avec l’un de ces scientifiques, Dennis Meadows, à la veille de la conférence de Rio + 20.

Le sommet de la Terre démarre mercredi à Rio. Vous qui avez connu la première conférence, celle de Stockholm, en 1972, que vous inspire cette rencontre, quarante ans plus tard ?

Comme environnementaliste, je trouve stupide l’idée même que des dizaines de milliers de personnes sautent dans un avion pour rejoindre la capitale brésilienne, histoire de discuter de soutenabilité. C’est complètement fou. Dépenser l’argent que ça coûte à financer des politiques publiques en faveur de la biodiversité, de l’environnement, du climat serait plus efficace. Il faut que les gens comprennent que Rio + 20 ne produira aucun changement significatif dans les politiques gouvernementales, c’est même l’inverse.

Regardez les grandes conférences onusiennes sur le climat, chaque délégation s’évertue à éviter un accord qui leur poserait plus de problèmes que rien du tout. La Chine veille à ce que personne n’impose de limites d’émissions de CO2, les Etats-Unis viennent discréditer l’idée même qu’il y a un changement climatique. Avant, les populations exerçaient une espèce de pression pour que des mesures significatives sortent de ces réunions. Depuis Copenhague, et l’échec cuisant de ce sommet, tout le monde a compris qu’il n’y a plus de pression. Chaque pays est d’accord pour signer en faveur de la paix, de la fraternité entre les peuples, du développement durable, mais ça ne veut rien dire. Les pays riches promettent toujours beaucoup d’argent et n’en versent jamais.

Vous n’y croyez plus ?

Tant qu’on ne cherche pas à résoudre l’inéquation entre la recherche perpétuelle de croissance économique et la limitation des ressources naturelles, je ne vois pas à quoi ça sert. A la première conférence, en 1972, mon livre les Limites à la croissance (dont une nouvelle version enrichie a été publiée en mai) avait eu une grande influence sur les discussions. J’étais jeune, naïf, je me disais que si nos dirigeants se réunissaient pour dire qu’ils allaient résoudre les problèmes, ils allaient le faire. Aujourd’hui, je n’y crois plus !

L’un des thèmes centraux de la conférence concerne l’économie verte. Croyez-vous que ce soit une voie à suivre ?

Il ne faut pas se leurrer : quand quelqu’un se préoccupe d’économie verte, il est plutôt intéressé par l’économie et moins par le vert. Tout comme les termes soutenabilité et développement durable, le terme d’économie verte n’a pas vraiment de sens. Je suis sûr que la plupart de ceux qui utilisent cette expression sont très peu concernés par les problèmes globaux. La plupart du temps, l’expression est utilisée pour justifier une action qui aurait de toute façon été mise en place, quelles que soient les raisons.

Vous semblez penser que l’humanité n’a plus de chance de s’en sortir ?


Avons-nous un moyen de maintenir le mode de vie des pays riches ? Non. Dans à peine trente ans, la plupart de nos actes quotidiens feront partie de la mémoire collective, on se dira : «Je me souviens, avant, il suffisait de sauter dans une voiture pour se rendre où on voulait», ou «je me souviens, avant, on prenait l’avion comme ça». Pour les plus riches, cela durera un peu plus longtemps, mais pour l’ensemble des populations, c’est terminé. On me parle souvent de l’image d’une voiture folle qui foncerait dans un mur. Du coup, les gens se demandent si nous allons appuyer sur la pédale de frein à temps. Pour moi, nous sommes à bord d’une voiture qui s’est déjà jetée de la falaise et je pense que, dans une telle situation, les freins sont inutiles. Le déclin est inévitable.

En 1972, à la limite, nous aurions pu changer de trajectoire. A cette époque, l’empreinte écologique de l’humanité était encore soutenable. Ce concept mesure la quantité de biosphère nécessaire à la production des ressources naturelles renouvelables et à l’absorption des pollutions correspondant aux activités humaines. En 1972, donc, nous utilisions 85% des capacités de la biosphère. Aujourd’hui, nous en utilisons 150% et ce rythme accélère. Je ne sais pas exactement ce que signifie le développement durable, mais quand on en est là, il est certain qu’il faut ralentir. C’est la loi fondamentale de la physique qui l’exige : plus on utilise de ressources, moins il y en a. Donc, il faut en vouloir moins.

La démographie ne sera pas abordée à Rio + 20. Or, pour vous, c’est un sujet majeur…


La première chose à dire, c’est que les problèmes écologiques ne proviennent pas des humains en tant que tels, mais de leurs modes de vie. On me demande souvent : ne pensez-vous pas que les choses ont changé depuis quarante ans, que l’on comprend mieux les problèmes ? Je réponds que le jour où l’on discutera sérieusement de la démographie, alors là, il y aura eu du changement.

Jusqu’ici, je ne vois rien, je dirais même que c’est pire qu’avant. Dans les années 70, les Nations unies organisaient des conférences sur ce thème, aujourd’hui, il n’y a plus rien.

Pourquoi ?

Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Aux Etats-Unis, on ne discute plus de l’avortement comme d’une question médicale ou sociale, c’est exclusivement politique et religieux. Personne ne gagnera politiquement à ouvrir le chantier de la démographie. Du coup, personne n’en parle. Or, c’est un sujet de très long terme, qui mérite d’être anticipé. Au Japon, après Fukushima, ils ont fermé toutes les centrales nucléaires. Ils ne l’avaient pas planifié, cela a donc causé toutes sortes de problèmes. Ils ont les plus grandes difficultés à payer leurs importations de pétrole et de gaz. C’est possible de se passer de nucléaire, mais il faut le planifier sur vingt ans.

C’est la même chose avec la population. Si soudainement vous réduisez les taux de natalité, vous avez des problèmes : la main-d’œuvre diminue, il devient très coûteux de gérer les personnes âgées, etc. A Singapour, on discute en ce moment même de l’optimum démographique. Aujourd’hui, leur ratio de dépendance est de 1,7, ce qui signifie que pour chaque actif, il y a 1,7 inactif (enfants et personnes âgées compris). S’ils stoppent la croissance de la population, après la transition démographique, il y aura un actif pour sept inactifs. Vous comprenez bien qu’il est impossible de faire fonctionner correctement un système social dans ces conditions. Vous courez à la faillite. Cela signifie qu’il faut transformer ce système, planifier autrement en prenant en compte tous ces éléments.

La planification existe déjà, mais elle ne fonctionne pas. Nous avons besoin de politiques qui coûteraient sur des décennies mais qui rapporteraient sur des siècles. Le problème de la crise actuelle, qui touche tous les domaines, c’est que les gouvernements changent les choses petit bout par petit bout. Par exemple, sur la crise de l’euro, les rustines inventées par les Etats tiennent un ou deux mois au plus. Chaque fois, on ne résout pas le problème, on fait redescendre la pression, momentanément, on retarde seulement l’effondrement.

Depuis quarante ans, qu’avez-vous raté ?

Nous avons sous-estimé l’impact de la technologie sur les rendements agricoles, par exemple. Nous avons aussi sous-estimé la croissance de la population. Nous n’avions pas imaginé l’ampleur des bouleversements climatiques, la dépendance énergétique. En 1972, nous avions élaboré treize scénarios, j’en retiendrais deux : celui de l’effondrement et celui de l’équilibre. Quarante ans plus tard, c’est indéniablement le scénario de l’effondrement qui l’emporte ! Les données nous le montrent, ce n’est pas une vue de l’esprit.

Le point-clé est de savoir ce qui va se passer après les pics. Je pensais aussi honnêtement que nous avions réussi à alerter les dirigeants et les gens, en général, et que nous pouvions éviter l’effondrement. J’ai compris que les changements ne devaient pas être simplement technologiques mais aussi sociaux et culturels. Or, le cerveau humain n’est pas programmé pour appréhender les problèmes de long terme. C’est normal : Homo Sapiens a appris à fuir devant le danger, pas à imaginer les dangers à venir. Notre vision à court terme est en train de se fracasser contre la réalité physique des limites de la planète.

N’avez-vous pas l’impression de vous répéter ?

Les idées principales sont effectivement les mêmes depuis 1972. Mais je vais vous expliquer ma philosophie : je n’ai pas d’enfants, j’ai 70 ans, j’ai eu une super vie, j’espère en profiter encore dix ans. Les civilisations naissent, puis elles s’effondrent, c’est ainsi. Cette civilisation matérielle va disparaître, mais notre espèce survivra, dans d’autres conditions. Moi, je transmets ce que je sais, si les gens veulent changer c’est bien, s’ils ne veulent pas, je m’en fiche. J’analyse des systèmes, donc je pense le long terme. Il y a deux façons d’être heureux : avoir plus ou vouloir moins. Comme je trouve qu’il est indécent d’avoir plus, je choisis de vouloir moins.
Partout dans les pays riches, les dirigeants promettent un retour de la croissance, y croyez-vous ?

C’est fini, la croissance économique va fatalement s’arrêter, elle s’est déjà arrêtée d’ailleurs. Tant que nous poursuivons un objectif de croissance économique «perpétuelle», nous pouvons être aussi optimistes que nous le voulons sur le stock initial de ressources et la vitesse du progrès technique, le système finira par s’effondrer sur lui-même au cours du XXIe siècle. Par effondrement, il faut entendre une chute combinée et rapide de la population, des ressources, et de la production alimentaire et industrielle par tête. Nous sommes dans une période de stagnation et nous ne reviendrons jamais aux heures de gloire de la croissance. En Grèce, lors des dernières élections, je ne crois pas que les gens croyaient aux promesses de l’opposition, ils voulaient plutôt signifier leur désir de changement. Idem chez vous pour la présidentielle. Aux Etats-Unis, après Bush, les démocrates ont gagné puis perdu deux ans plus tard. Le système ne fonctionne plus, les gens sont malheureux, ils votent contre, ils ne savent pas quoi faire d’autre. Ou alors, ils occupent Wall Street, ils sortent dans la rue, mais c’est encore insuffisant pour changer fondamentalement les choses.

Quel système économique fonctionnerait d’après vous ?

Le système reste un outil, il n’est pas un objectif en soi. Nous avons bâti un système économique qui correspond à des idées. La vraie question est de savoir comment nous allons changer d’idées. Pour des pans entiers de notre vie sociale, on s’en remet au système économique. Vous voulez être heureuse ? Achetez quelque chose ! Vous êtes trop grosse ? Achetez quelque chose pour mincir ! Vos parents sont trop vieux pour s’occuper d’eux ? Achetez-leur les services de quelqu’un qui se chargera d’eux ! Nous devons comprendre que beaucoup de choses importantes de la vie ne s’achètent pas. De même, l’environnement a de la valeur en tant que tel, pas seulement pour ce qu’il a à nous offrir.

Libération.fr

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Re: Sommet de Rio+20 : échec programmé ?

Messagede Flo » 18 Juin 2012, 14:05

Rio+20 : comment multinationales et marchés financiers comptent s’accaparer la nature

Un nouveau sommet des Nations unies sur le développement durable s’ouvre à Rio le 20 juin (Rio+20). Au programme : la mise en place d’une « économie verte », présentée comme une solution à l’épuisement des ressources naturelles et au réchauffement climatique. Ou comment les tenants d’un néolibéralisme vert, les grands groupes privés et les marchés financiers cherchent à s’approprier les biens communs : eau, forêts, biodiversité ou cycle du carbone… Une entreprise prométhéenne pour transformer la nature en bulle spéculative.


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Vingt ans après le sommet de Rio de 1992, qui avait jeté les bases du développement durable, la conférence qui s’ouvre au Brésil le 20 juin sera placée sous le signe de « l’économie verte ». Si les attentes sont faibles en termes de résultats concrets, cette conférence dite « Rio+20 » sera le théâtre d’une bataille idéologique cruciale. « Le concept de développement durable exprimait un compromis entre les exigences écologiques de durabilité et celles du développement, rappelle l’économiste Geneviève Azam, coauteure de l’ouvrage La nature n’a pas de prix. Même si ce compromis s’est avéré insoutenable, il devait toutefois engager les sphères économiques, sociales et politiques. » Le discours dominant sur l’économie verte soumet au contraire les choix sociaux, écologiques et politiques aux logiques économiques. « Il exprime un renoncement final à placer la justice sociale et la durabilité au-dessus des logiques économiques de rentabilité. »

Du capitalisme vert au néolibéralisme vert ?

Qu’entend-on exactement par « économie verte » ? Il existe autant de définitions que d’institutions… Dans son rapport de février 2011, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) la définit comme « une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale, tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources ». Cette économie serait donc « LA » solution à la crise globale que nous traversons.

Malgré l’échec cuisant d’une régulation des émissions de gaz à effet de serre par le marché (les marchés « carbone »), l’auteur le plus influent du rapport du Pnue, Pavan Sukdhev, préconise une approche financière. Selon cette approche, seuls des instruments marchands comme les marchés de droits échangeables (les droits à polluer), la compensation, les produits dérivés, sont efficaces pour gérer les biens communs que sont l’eau, l’air, la terre, la biodiversité ou le climat. Le fait que Pavan Sukdhev soit mis à la disposition du Pnue par la Deutsche Bank, peut expliquer l’orientation néolibérale du rapport…

Les financiers à la conquête du capital naturel

Ce capitalisme vert est déjà à l’œuvre. Agrocarburants, gaz et huiles de schiste, marchés du carbone, brevets sur le vivant, libéralisation du commerce des biens et services environnementaux, accaparement des biens communs naturels, dessinent une nouvelle phase du capitalisme. Sous Reagan déjà, on assiste à des droits de propriété sur l’atmosphère, et à partir de 1997, à la mise en place de permis d’émissions de gaz à effet de serre sous Kyoto. « Mais il s’agit là encore de la phase artisanale du capitalisme vert, précise Geneviève Azam. L’économie verte, en effet, est plus qu’un verdissement du capitalisme : c’est la conquête du "capital naturel", son inclusion dans le cycle du capital, non pas seulement comme stock dans lequel puiser sans limite, mais comme flux producteur de services. » Désormais, les flux deviennent plus importants que les ressources.

Après avoir marchandisé les éléments de la biodiversité, l’économie verte s’attaque donc aux processus, aux « services rendus ». Il s’agit de quantifier financièrement les services rendus par la nature comme le filtrage de l’eau ou la capture du carbone. Objectifs ? Créer par exemple un marché de crédits de biodiversité négociables que l’on pourra compenser, échanger ou vendre. Les grands cycles écologiques du carbone, de l’eau, de la biodiversité pourraient désormais entrer dans des bilans comptables.

Remplacer le pétrole par la biomasse

« Pour le Pnue, assigner à la nature une valeur monétaire, un prix, serait la meilleure façon de la protéger ! », dénonce la Fédération internationale des Amis de la Terre (FOEI) [1]. « Ce à quoi nous assistons n’est rien de moins que la naissance d’une vaste industrie du vivant, résume le think tank canadien ETC Group [2]. Les entreprises ne se contentent plus de contrôler le matériel génétique retrouvé dans les semences, les plantes, les animaux, les microorganismes et les humains ; elles veulent également contrôler la capacité de reproduction de la planète. »

L’offensive pour le contrôle de la nature est déjà lancée. Pour résoudre le problème du pic pétrolier et contrer les changements climatiques, les plus grandes entreprises de la planète se tournent vers la biomasse [3]. L’enjeu, selon ETC Group, est de « substituer l’exploitation de la biomasse (cultures alimentaires et textiles, herbacées, résidus forestiers, huiles végétales, algues, etc.) à l’extraction du pétrole ». Dans cet avenir sans pétrole, la production industrielle de plastiques, de produits chimiques, de carburants, de médicaments ou d’énergie ne dépendra plus des carburants fossiles, mais de matières premières végétales transformées à l’aide de plateformes de bio-ingénierie de haute technologie.

Nouvelles alliances chez les multinationales


La course à l’appropriation de la biomasse, dont les plus importantes réserves sont disséminées à travers les pays du Sud, stimule les alliances commerciales. Parmi les principaux acteurs, ETC Group évoque « des géants de divers secteurs industriels – énergie (Exxon, BP, Chevron, Shell, Total), pharmaceutique (Roche, Merck), alimentation et agroalimentaire (Unilever, Cargill, DuPont, Monsanto, Bunge, Procter & Gamble), produits chimiques (Dow, DuPont, BASF) – ainsi que la plus grande puissance militaire au monde, soit l’Armée des États-Unis ».

Par exemple, le géant de l’industrie chimique DuPont et le géant de l’industrie pétrolière BP possèdent Butamax, une filiale dont le but est de commercialiser des carburants dérivés de plantes marines. Les forêts attirent également toutes les convoitises, car elles recèlent au niveau mondial plus de 600 000 millions de tonnes de biomasse.

Biologie de synthèse, nanos et OGM

« L’idée est que les gouvernements cessent les subventions préjudiciables à l’environnement (aux combustibles fossiles, à la pêche industrielle, etc.) et utilisent ces fonds pour investir dans des technologies nouvelles, libérant ainsi des investissements massifs pour permettre de passer à l’économie verte », rappelle la FOEI. Le nucléaire et les OGM, sans être explicitement approuvés, sont considérés comme compatibles avec l’approche du rapport du Pnue. Quant aux « technologies nouvelles » promues, on distingue essentiellement le génie génétique, la biologie synthétique et les nanotechnologies. La géo-ingéniérie, qui consiste en une manipulation du climat à grande échelle et décryptée par Basta ici, n’est pas écartée.

Mais c’est bien la biologie de synthèse qui attire le plus les investisseurs. Les entreprises de biologie synthétique fabriquent de l’ADN de synthèse pour créer sur mesure des algues et des microorganismes qui agissent comme des usines biologiques miniatures. Le but consiste à pouvoir convertir presque n’importe quel type de biomasse en presque n’importe quel produit. « Les spécialistes de la biologie synthétique promettent qu’ils seront bientôt capables de prendre n’importe quelle forme de biomasse pour la transformer en n’importe quel produit final simplement en remplissant une cuve industrielle de carbone vivant et en laissant leurs microbes, brevetés, faire leur besogne », ironise ETC Group.

Qui contrôlera la biomasse ?


Les grandes entreprises énergétiques de la planète, comme la néerlandaise Royal Dutch Shell, l’américaine ExxonMobil, l’anglaise British Petroleum, la française Total, la brésilienne Petrobras ou la russe Gazprom, sont des investisseurs reconnus du secteur de la biologie synthétique. Elles cherchent non seulement à se forger une image plus propre et plus écologique, mais elles demeurent également persuadées que les futurs profits dépendront de la diversification et du contrôle des matières premières issues de la biomasse servant à produire de l’énergie.

Devant la flambée des coûts du pétrole, l’incertitude quant à l’état des réserves et le défi qu’impose l’extraction des ressources fossiles, l’industrie pétrochimique opère elle aussi une substitution de ses matières premières, délaissant graduellement les ressources pétrochimiques pour se tourner vers la biomasse. Ainsi, Dow Chemical, Unilever, Chevron, Bunge Ltd, l’US Navy et le département de la Défense des États-Unis sont tous partenaires de l’entreprise californienne de biologie synthétique Solazyme. Cette dernière produit une huile synthétique à partir d’une algue qui se nourrit de sucre. BCC Research a évalué que la valeur du marché de la biologie synthétique ne dépassait pas 233,8 millions de dollars en 2008, mais prévoit que ce secteur bénéficiera d’un taux de croissance annuelle de presque 60 % pour atteindre 2,4 milliards de dollars en 2013.

Vers une agriculture de synthèse « intelligente »

« Climate smart agriculture » (« agriculture climatique intelligente ») [4] est un concept développé par la Banque mondiale. L’idée ? Si l’agriculture est une source non négligeable d’émissions de gaz à effet de serre, il est possible de les réduire en sélectionnant les pratiques les moins émettrices et en utilisant les capacités physiques des sols à capter des gaz à effet de serre.

Partant du fait que les sols ne relâchent pas de gaz à effet de serre s’ils ne sont pas travaillés, Monsanto a fait breveter des OGM appropriés pour introduire directement des semences dans le sol, sans labour préalable. Si Monsanto et les autres géants de la génétique parviennent à leurs fins, l’agriculture chimique sans labour pourrait bénéficier de généreuses subventions au nom de la compensation carbone [5]. Un moyen pratique pour l’entreprise d’accroître ses bénéfices nets.

Un dollar par an et par paysan

Le Kenya accueille d’ores et déjà le tout premier projet agricole de la Banque mondiale visant à encourager la séquestration du carbone dans les sols. Intitulé Biocarbon Fund Project, ce projet pionnier concerne quelque 15 000 agriculteurs, regroupés en 800 groupes, qui doivent modifier leurs pratiques agricoles sur une période de vingt ans, afin de fixer dans le sol quelque 600 000 tonnes de gaz à effet de serre. Il est prévu que le projet génère 2,5 millions de dollars de crédits carbone. Somme que l’on fait miroiter aux paysans et au gouvernement kenyan pour les convaincre du bien-fondé de ce genre de projets. Concrètement, des techniciens et experts de la séquestration du carbone dans les sols viendront expliquer aux paysans kenyans les techniques et pratiques agricoles à employer pour semer, entretenir et récolter.

La mise en place et le suivi du projet, comme la mesure du carbone séquestré ou la commercialisation des certificats de réduction d’émissions, mobiliseront plus d’un million de dollars que les consultants, financiers et autres experts se partageront avec gourmandise. Le reste, partagé entre 60 000 paysans correspond à environ un dollar par an et par paysan ! Un projet décrié par des associations comme Attac. Plusieurs études scientifiques contredisent également les bienfaits espérés de ces nouvelles techniques anti-érosion comparées aux labours [6].

ONU = organisation des multinationales unies ?

« Nous devons passer d’une protection de l’environnement contre les entreprises à une protection de l’environnement grâce aux entreprises », a déclaré Janez Potocnik, le commissaire européen à l’Environnement. C’est ce que prône l’ONU depuis le sommet de Johannesburg en 2002. Le Pnue a travaillé en étroite collaboration avec les représentants de l’industrie mondiale pour préparer Rio+20 et l’échéancier de l’économie verte. En avril 2011, le Pnue a organisé à Paris, avec la Chambre de commerce internationale (CCI), un des lobbies de l’industrie, une réunion de 200 représentants d’entreprise pour présenter le Rapport sur l’économie verte.

« La réponse de la CCI a été rédigée par un groupe de travail comprenant des représentants d’Exxon Mobil, Shell, RBS, Monsanto, BASF et Suez », rappelle Olivier Hoedeman, du Corporate Europe Observatory. L’un des orateurs principaux à cette conférence était Chad Holliday, président de la Bank of America et ancien patron de DuPont. Il dirige Business Action for Sustainable Development 2012 (BASD 2012), principal porte-parole des multinationales, dont la mission est de « veiller à ce que les entreprises soient reconnues comme sources de solutions ».

Le développement durable assuré par Coca-Cola, Nestlé ou Shell

De nombreuses entreprises multinationales ont désormais des partenariats avec des agences onusiennes. C’est le cas par exemple de Shell et du Pnue sur la biodiversité, de Coca-Cola et du Pnud sur la protection des ressources en eau, de Nestlé et du Pnud sur l’autonomisation des communautés rurales, ou encore de BASF, Coca-Cola et ONU-Habitat sur l’urbanisation durable. Outre les conflits d’intérêts posés par de tels partenariats, on assiste également à la montée des acteurs économiques privés au sein même des programmes internationaux. C’est le cas de l’Unep Finance ou du Biodiversity and Business Offset Program, le marché international de la compensation financière biodiversité. « L’action publique des Nations unies tend à être privatisée, déplore ainsi l’économiste Geneviève Azam. L’échec du modèle de Rio signe aussi celui du multilatéralisme. »

Comment spéculer sur l’extinction des espèces

La crise climatique et l’épuisement des ressources naturelles fournissent des terrains d’expérimentation, où investissent des fonds financiers. EKO Asset Management Partners, Inflection Point Capital Management, Innovest Strategic Value Advisors, Canopy Capital, Caisse des dépôts et consignations, en France, en sont quelques exemples [7]. À ces instruments financiers s’ajoutent en nombre croissant des produits dérivés spéculatifs. Des produits dérivés estampillés biodiversité en sont encore au stade de la proposition. Ils pourraient inciter des agents économiques à spéculer sur la disparition d’espèces comme d’autres ont spéculé sur l’écroulement des subprimes.

Il s’agit également de produits liés à des emprunts hypothécaires gagés sur l’environnement, dit « environment mortgage ». Ces emprunts hypothécaires sont placés auprès de communautés locales du Sud, pauvres en ressources économiques mais riches en ressources naturelles. Ces communautés pourraient contracter des prêts de type microfinance à condition qu’elles gèrent bien leur environnement naturel. Ses promoteurs, comme la firme Advanced Conservation Strategy, ne disent pas ce qui adviendra si les débiteurs sont dans l’impossibilité de rembourser, comme ce fut le cas dans la crise du prêt immobilier de 2008. C’est ce que les auteurs de La nature n’a pas de prix appellent « la financiarisation de la nature ».

Un Rio+20 alternatif

Si l’enjeu à Rio+20 pour les gouvernements est d’aboutir à une déclaration relativement courte et consensuelle, les plus fortes divergences aujourd’hui ont trait à « l’économie verte ». « Les désaccords portent sur les principes qui devraient guider sa mise en œuvre, son rôle dans le cadre du développement durable et sur les moyens financiers et technologiques pour y parvenir », analyse Attac. Les mouvements de la société civile organisent un sommet alternatif à Rio du 15 au 23 juin. Basta ! sera présent sur place pour couvrir cet événement. En France, une journée de mobilisations est prévue le 20 juin. À Paris, se tiendra une grande vente aux enchères de la Terre. Tout un symbole.

Sophie Chapelle

Bastamag.net
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Re: Sommet de Rio+20 : échec programmé ?

Messagede Flo » 21 Juin 2012, 10:42

Rio+20 : pour la presse internationale, "il n'y a pas grand chose à espérer"
Le Monde.fr | 20.06.2012 à 20h51 • Mis à jour le 20.06.2012 à 20h51

C'est le plus grand événement jamais organisé par l'ONU et considéré par son secrétaire général, Ban Ki-Moon, comme "trop important pour échouer". Mercredi 20 juin, 130 chefs d'Etat et de gouvernement étaient attendus à Rio de Janeiro pour participer à la conférence pour le développement durable Rio+20, vingt ans après le premier Sommet de la Terre à Rio, en 1992.

Il y a vingt ans, deux conventions avaient été adoptées à l'issue de ce rassemblement inédit : l'une concernait la lutte contre le réchauffement climatique, l'autre, le maintien de la biodiversité. Cinq ans plus tard, en 1997, était signé le Protocole de Kyoto, imposant aux pays signataires de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais à l'ouverture d'un nouveau sommet mondial pour l'environnement, les espoirs sont presque inexistants. La presse internationale exprime un scepticisme sans comparaison.

DÉSILLUSIONS PROFONDES

Pour le New York Times, la période actuelle explique ces désillusions. La conférence de Rio, qui compte pas moins de 50 000 participants, "est éclipsée par les crises politiques et économiques sévissant dans le monde", reconnaît le quotidien américain. Preuve de ce désintérêt, le président américain Barack Obama, le premier ministre britannique David Cameron et la chancelière allemande Angela Merkel "se tiennent à distance, préoccupés par leurs politiques nationales et le désarroi financier qui règne en Europe".

Contexte international oblige, les attentes vis-à-vis du sommet "restent faibles", regrette de son côté le Christian Science Monitor, "du fait des nombreux malheurs économiques qui touchent l'ensemble du monde". Mais pour le Guardian, cette excuse ne tient pas. La "vraie raison" de ce désintérêt n'est pas la crise financière, mais bien le fait que "le temps de l'espoir et de l'idéalisme est fini". Alors que le sommet de 1992 avait, en peu de temps, "mis en place l'agenda environnemental des vingt années suivantes", désormais, "on met quinze ans pour n'arriver à rien dans les négociations, et cela est vu comme quelque chose d'extraordinaire", critique le journal britannique.

DIVERGENCES D'INTÉRÊTS ENTRE ÉTATS

Selon plusieurs titres internationaux, le vrai problème règne en fait dans le manque de consensus politique entre pays développés et en développement. Très pessimiste, le magazine américain Time estime que les Etats sont incapables de coopérer, "au moment même où ils doivent se réunir". Affirmant que "la planète est en péril" - avec 43 % de la surface de la Terre affectée par l'activité humaine, et seulement quatre objectifs environnementaux enregistrant des progrès sur quatre-vingt-dix -, Time juge néanmoins que "la très mauvaise nouvelle" est ailleurs : "C'est que nous sommes totalement incapables de remédier à tout cela." Pour le magazine, l'échec du sommet de Copenhague en 2009 en a été la preuve : à partir de là, "il est devenu clair que les pays ne trouveraient jamais un accord (...) pour régler la crise climatique."

D'autant plus qu'en vingt ans, "les équations politiques et économiques ont beaucoup changé" : "les leviers de négociation sont passés entre les mains des pays émergents", tels que la Chine, l'Inde, la Russie ou le Brésil, analyse India Today. Malgré ces changements, l'hebdomadaire indien juge que les enjeux sont restés les mêmes entre les Etats depuis 1992 : une division croissante entre riches et pauvres, et la réticence des pays industrialisés à payer pour les émissions du passé. "Si l'après Rio 1992 a été si décevant, peut-on vraiment attendre un miracle de Rio 2012 ?", déplore-t-il.

S'ATTAQUER AUX VRAIS PROBLÈMES

Car même si la volonté de cette conférence "est louable", les problèmes évoqués pendant le sommet ne sont pas les bons, explique le Telegraph : "L'ONU et de nombreux hommes politiques ont choisi de s'attaquer aux problèmes à la mode, comme le réchauffement climatique et l'économie verte, plutôt que de se concentrer sur des choses beaucoup plus importantes, telles que la pollution de l'air et de l'eau", dénonce le journal. Il rappelle que pour les populations les plus pauvres, la priorité n'est pas de vivre de façon écologique, mais simplement de survivre. Sans compter que 13 % des décès dans les pays du tiers-monde sont dûs à la pollution de l'air et de l'eau. En comparaison, les morts liées aux conséquences du réchauffement climatique - inondations, sécheresse, vagues de chaleur - ne représentent que 0,06 % des décès dans les pays en développement.

Dans un éditorial publié sur le site de la chaîne Al-Jazira, l'économiste Jeffrey Sachs, président de l'Institut de la Terre à l'université de Columbia, en appelle ainsi à une prise de conscience et à de véritables actions après cette conférence. "Nous devons reconnaître qu'avec sept milliards d'humains, et neuf milliards d'ici à 2050, notre capacité à détruire les systèmes qui maintiennent la planète en vie est sans précédent", alerte-t-il. Selon lui, mieux vaut ne pas adopter un traité à l'issue de ce sommet, mais plutôt des objectifs de développement durable, "qui vont pousser une génération à agir".

TOUT N'EST PAS PERDU

Alors que l'incertitude règne, quelques médias, tels que The Independent, tentent néanmoins de rassurer sur les résultats de ce sommet de la Terre. Malgré les échecs qui ont suivi la conférence de Rio en 1992, il y a "peut-être" des raisons d'espérer, assure le journal britannique. "Il y a toujours une chance réaliste que le terme de croissance économique soit redéfini, pour inclure les notions de qualité environnementale, de biodiversité et de stabilité sociale" estime-t-il. Si des objectifs de développement durable sont clairement définis, "il permettrait de donner des repères pour mesurer les progrès environnementaux dans le monde", envisage The Independent. "Ces ambitions, elles, sont réalistes".

Lundi 18 juin, le New York Times, plus optimiste, assurait que tout n'était pas "complètement perdu". Certes, depuis vingt ans, les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de près de 50 %. Mais les énergies solaires et éoliennes se sont développées "plus rapidement que prévu", rappelle le quotidien. Sans compter que leurs coûts se réduisent nettement. "La révolution des énergies solaires et éoliennes commence à peine. Mais avec de la détermination (...) l'optimisme pourrait bien être à l'ordre du jour quand Rio+30 se présentera."

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Flo
 
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