Veille des outils de répression

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 09 Mar 2012, 01:08

DES CAMÉRAS DEVANT 51 CRÈCHES MUNICIPALES

Le visiophone municipal ressemble drôlement à une caméra de vidéosurveillance, relié d’ailleurs à plusieurs écrans dans chacune des sections de la crèche. P.P.
La 2e tranche d’un système de visiophones vient de s’achever.

Le 23 janvier 2009, un individu s’introduit, en demandant un renseignement, dans une crèche de Termonde en Flandre (Belgique), et cause la mort de trois personnes dont un adulte et deux bébés et fait une dizaine de blessés.
« Soucieuse de garantir une sécurité absolue des enfants confiés aux crèches, la Ville de Marseille a alors décidé de conduire immédiatement un audit des dispositifs de protection contre l’entrée de personnes non autorisées », explique-t-on à la Ville.
Dès le 29 juin 2009, le conseil municipal de Marseille choisissait d’équiper 26 des 59 crèches de la ville en visiophone. Coût de l’opération, autour de 150 000 euros. En cette rentrée 2011, 25 nouvelles crèches (150 000 euros de plus) ont fini d’être équipées de l’œilleton électronique qui ressemble à une belle caméra de vidéosurveillance pointée sur l’entrée des établissements. Un système qui remplace le bon vieux digicode.
Et si le dispositif ne semble souffrir d’aucune contestation tant il est consacré à la protection des bambins, sa mise en application quotidienne est plus problématique. Avec d’étonnantes conséquences.

Organisation perturbée

Car comme pour n’importe quelle vidéosurveillance, il faut des humains derrière les écrans. Et dans une crèche, de petits êtres de moins d’un mètre demandent une attention de tous les instants. Or, pas de téléopérateur ici. Chaque section est équipée d’un écran et d’un interphone, le personnel ayant la responsabilité d’ouvrir ou non à la personne qui sonne.
Là où le personnel devait avant connaître les visages des parents et grands-parents des bouts de chou de leur section, chaque agent doit désormais les connaître tous. Pour une crèche de 60 enfants, avec une moyenne de 4 adultes susceptibles de venir les chercher, cela fait 240 visages à connaître. On dira que ça fait travailler la mémoire.
Autre problématique, le système de visiophone impose la présence d’au moins un agent dans les sections, même s’il fait beau dehors et que tous les petits jouent dans les cours. Résultat : moins un dans les effectifs déjà tendus des crèches. Une solution d’écran portatif est techniquement envisageable. La Ville y viendra peut-être.

Ecran TV allumé annonce dessin animé

Mais le plus étonnant reste la réaction des enfants. Car comme l’aurait expliqué Pavlov, pour un gamin, écran TV allumé annonce dessin animé. Et il n’est pas rare de voir un petit bonhomme à peine équilibré sur ses jambes, les yeux levés vers l’écran qui ne renseigne finalement que sur les entrées et sorties des adultes. Des drames se prolongent parfois sur le plasma quand c’est maman qui sort. Et quand l’enfant oublie l’écran, chaque sonnerie le rappelle à son souvenir. Dans un mouvement de tête vers le haut le gamin marmonne : « Papa ? »
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 10 Mar 2012, 11:27

DIY Drones à moins de 1.000€ : http://www.diydrones.com

DRONES D’HACKTIVISTES 9 MARS SABINE BLANC

Les drones sont partout. À l'origine utilisés par les militaires, ces engins sont détournés de leur usage, en particulier par des activistes de tous poils : hacktivistes, défenseurs de la nature ou des droits de l'homme, artistes et même journalistes.

Surveiller les surveillants, en détournant leurs dernières marottes techniques : après les caméras de vidéosurveillance, les drones sont à leur tour mis au service de l’activisme, voire de l’hacktivisme. On pourrait également qualifier ces détournements d’artivisme, cette façon d’utiliser l’expression artistique pour porter un message politique.

Il semblerait que le premier projet de ce type remonte à 2004, du moins selon l’artiviste autrichien Konrad Becker qui s’en est occupé dans le cadre du projet Netbase. Son nom de code ? S-77 CCR, pour System 77 Civil Counter-Reconnaissance. Son slogan ?

Eyes in the sky, democracy in the street.

“ Des yeux dans le ciel, la démocratie dans la rue ” . Un slogan qui résume un message très politique :

Pour permettre un équilibre des compétences en matière de surveillance et une large éducation du public aux technologies de contrôle, il semble nécessaire que les gens y aient accès.

Il a été déployé en public en mai 2004 à Vienne. “Nous avions besoin d’une ‘preuve de concept‘”, se souvient Konrad Becker. Toutefois nous avons attiré l’attention de la police et des médias à l’époque… ” Depuis, S-77 CCR a été poursuivi en toute discrétion par Marko Peljhan, un Slovaque qui a, entre autres, cofondé un des premiers media labs d’Europe de l’Est.

Hacker les communications

Mike Tassey et Rich Perkins sont des hackers poids lourd, le genre à faire des présentations lors de DefCon ou de BlackHat, raouts phares réunissant ces adeptes d’un usage créatif de la technique. L’année dernière, ils y ont présenté leur projet Wireless Aerial Surveillance Platform (WASP), ou “drone DIY” [Do It Yourself, fais-le toi-même] pour la cyberguerre”, créé en 2009. Concrètement, cet avion-espion est capable d’intercepter les communications transitant par Wi-Fi et donc de dérober des données. Le but n’est pas d’aller en prison mais de pointer des failles de sécurité potentielles. L’essence d’un bon hacker, comme ils l’expliquaient en introduction à la conférence Black Hat :

Que pourrait faire un avion autonome volant à basse altitude transportant 5 kilos d’outils pour la cyber-attaque du réseau de votre organisation, aux infrastructures critiques de votre pays ou pire s’il transportait quelque chose d’épouvantable, quelles seraient les conséquences en terme d’exigences pour la sécurité publique ?

Buzz vidéo de Pologne

Les drones sont revenus sur le tapis médiatique en novembre, avec la vidéo d’un engin baptisé RoboKopter survolant des manifestations à Varsovie en Pologne, à l’initiative d’un activiste. Elle a été visionnée plus de 650 000 fois sur YouTube. Une manière comme une autre de faire des émules.

Occupy les airs : vers le “ dronestream ”

Le mouvement Occupy, initié à Wall Street, a été l’occasion d’un jeu du chat et de la souris entre les manifestants et les forces de police chargées de surveiller de près voire de déloger les campeurs. L’un d’eux, Tim Pool, a sorti un atout de leur manche : Occucopter, un drone Parrot AR équipé d’une caméra et contrôlé par iPhone. Tim a bidouillé le logiciel de façon à pouvoir diffuser en direct les images sur Internet.

L’idée lui a été soufflée début 2011 par Geoff Shively, ado hacker surdoué des années 90 qui a fini par fonder sa boîte de logiciel de sécurité à l’âge de 21 ans. Mais les deux sont partis dans des directions opposées et l’idée ne sera mise en œuvre que cet automne, “après le raid sur Zuccotti park”, nous détaille Tim. Mi-novembre, la police était intervenue pour chasser les manifestants de ce parc qui y campaient depuis deux mois. Il expliquait ses motivations :

[Il s'agit de] donner aux gens ordinaires les mêmes outils que ces géants des médias multimillionaires. Cela comble avec intelligence une lacune face à certaines restrictions, comme quand la police empêche la presse de prendre des photos d’un incident.

Même si l’engin est perfectible, il a suscité l’attention : “J’ai reçu plein de questions et aidé de nombreuses personnes à mettre en place une diffusion en direct via le drone”, complète Tim. Les hackers, de façon naturelle, se sont penchés sur le sujet, en particulier à San Francisco, au hackerspace Noisebridge. Une page de documentation a été monté. On trouve même un modèle fait avec une imprimante 3D !

Et Tim poursuit sa recherche : “je ne pense pas qu’ils deviendront aussi courant que les téléphones portables mais nous travaillons à rendre le dronestream (sic) très bon marché, de façon à ce que chacun puisse en acquérir un.”

Drone journalism

Cet automne, les images des émeutes en Pologne ont vite été reprises par les médias traditionnels. Tim Pool est également journaliste indépendant. De l’activisme au drone journalism, il n’y a qu’un pas, que résume Matt Waite, journaliste chercheur à l’université du Nebraska et créateur du Drone Journalism Lab, dédié à l’étude de la viabilité de médias aéroportés pilotés à distance :

Il y a des gens qui ne sont pas journalistes qui font des choses qui ressemblent terriblement à du journalisme, il n’est pas dur de faire un effort d’imagination. Il y a d’abord eu les émeutes en Pologne, puis les protestations pour les élections en Russie.

En résumé, il se passe la même chose avec les drones qu’avec les téléphones portables, un effacement des frontières entre citoyens et journalistes. Du moins pour fournir la matière première.

Ces drones informatifs constituent le prolongement bon marché de vieilles techniques, rappelle-t-il : “les rédactions utilisent depuis longtemps des hélicoptères et des avions avec une aile fixe pour les évènements importants. En posséder ou en louer une est coûteux.” A contrario, le drone est “une façon rentable d’avoir des contenus multimedia inédits et attractifs.”

En Australie, Justin Gong, un jeune Chinois immigré, a créé sa compagnie, XAircraft. Son produit suscite un fort intérêt de la part d’un réseau de télévision australien et plusieurs médias l’utilisent déjà, explique-t-il.

Mais la technique est pour l’instant encore perfectible, comme l’a démontré la tentative avorté de journalistes australiens qui ont filmé le centre de détention pour immigrés de Christmas Island : l’engin a fini à l’eau. Matt Waite est conscient de ces limites :

Ces quadracopters et hexacopters ont une autonomie de 15 minutes environ, alors que celles des drones militaires de qualité est bien supérieure. Donc quelle est leur efficacité ? Pas énorme. Il n’y a pas assez de temps de vol et de stabilité pour satisfaire notre imagination. Ils s’écrasent souvent et se cassent facilement. Ce n’est donc pas assez stable pour voler en toute sécurité autour de personnes. Mais je pense que c’est temporaire. La technologie avance si vite que ces défauts ne peuvent que s’améliorer.

La question de la légalité de telles pratiques reste aussi en suspend. Ainsi aux États-Unis, il est interdit “de voler au-dessus de 400 pieds (120 mètre), hors de la vue, près des gens et il ne faut pas avoir de visées commerciales”, rappelle Matt Waite. Et entre sécurité de certaines installations et liberté d’information, de quel côté penchera la balance ?

Brigitte Bardot high tech

On a tous en tête l’image de Brigitte Bardot se roulant dans la neige au Canada, serrant un bébé phoque comme le dormeur son polochon. Si la nature a ses charmes, la technique aussi. Ainsi les activistes de Sea Sheperd, à la pointe de l’innovation, ont récemment utilisé un drone pour les aider dans leur combat, la défense de la faune marine. Détail des opérations :

“Le 24 décembre, le Steve Irwin, l’un des navires de Sea Shepherd, a déployé un drone afin de localiser et photographier le Nisshin Maru, navire-usine japonais. Opération réussie! [...] Grâce aux deux drones répartis sur le Steve Irwin et le Bob Barker, il est possible de connaître la position du Nisshin Maru et de surveiller sa route; les informations sont ensuite transmises aux navires de Sea Shepherd.

Inconvénient : un drone ressemble fortement à un de ces volatiles dont les chasseurs sont friands. Du coup, aux États-Unis, un drone qui devait filmer une chasse aux pigeons a été lui-même abattu… Prochaine étape, des drones blindés ?

Vol au-dessus d’un nid de dictateurs

Des drones dans les manifestations, des drones pour sauver les baleines… et des drones pour sauver l’humanité. Le mois dernier, Andrew Stobo Sniderman et Mark Hanis , les fondateurs de l’ONG Genocide Intervention ont signé une tribune dans le New York Times intitulée “Drones for Human Rights” :

Il est temps d’utiliser la révolution dans le domaine militaire pour servir la cause des droits de l’homme. Avec des drones, nous pourrions prendre des photos et des vidéos claires d’abus, et nous pourrions commencer en Syrie.

Autre avantage, expliquent-ils, les images pourraient être utilisé par les diplomates de l’ONU ou lors des procès comme preuve. Et tant pis si cela constitue une violation de l’espace aérien : “Ce serait peut-être illégal aux yeux du gouvernement syrien mais soutenir Nelson Mandela en Afrique du Sud était considéré comme illégal durant l’apartheid.”

Le recours aux drones posent aussi la question de son instrumentalisation par le régime syrien, qui pourrait crier au complot étranger et s’en servir pour réprimer avantage. Du coup pour l’heure, les ONG restent timides :

“De telles considérations figuraient dans les conversations que nous avons eues avec les organisations de défense des droits de l’Homme qui envisageaient d’utiliser des drones en Syrie mais ont finalement opté pour la fourniture de téléphones, de modems satellites et d’abris. Depuis bientôt un an, des amateurs courageux en Syrie ont sans doute essayé la bidouille avec leur petite caméra. Dans ses circonstances, la plus-value ne vaut pas la peine de l’investissement et du risque.”

Évoquant de nouveau le potentiel de ces engins, ils concluent sans ambages :

Si les organisations de défense des droits de l’Homme peuvent espionner le mal, elles ont le devoir de le faire.

“ Zones temporairement augmentées ”

LES ARTISTES VEILLENT SUR LES CAMÉRAS

Inutiles les caméras ? Pas pour les street artistes qui les détournent pour dénoncer la société de surveillance ou le ...

Lot Amoros est un artiste espagnol, qui se définit comme un “ingénieur informatique & un antiartiste transdisciplinaire”. Son GuerrillaDrone servira à réaliser “des interventions audiovisuelles dans l’air public en utilisant la réalité mixée”, de façon à créer des “zones temporairement augmentées”, en référence aux zones autonomes temporaires (TAZ) d’Hakim Bey. Le tout est réalisé avec des logiciels et du matériel libre, grâce au projet ArduCopter, utilisant Arduino.

Histoire que le concept soit cohérent aussi dans la forme. Il mettra à profit sa résidence d’artiste aux Pays-Bas, de mai à septembre, pour monter le projet et des performances.

Son message est dans la lignée de son prédécesseur autrichien, en s’inspirant aussi d’artvertiser, une réappropriation de la publicité urbaine par la réalité augmentée :

GuerrillaDrone cherche à explorer de nouveaux usages de l’air comme un moyen d’expression, pour anticiper les questions auxquelles la société moderne devra faire face dans les décennies à venir : la présence de robot dans les espaces publics et dans les espaces publics aériens. [...]

Le droit de voler hérite d’idées du mouvement Reclaim The Spectrum : “ceux qui revendiquent le spectre [radio-électrique] anticipent un débat politique et social dont le XXe siècle a été privé mais qui ne peut être repoussé en ce nouveau siècle. Nous, citoyens, exigeons l’usage de l’air public : le médium est le message. Si le pouvoir devient de plus en plus déshumanisé avec les machines de contrôle, la technologie réagit en réinventant des dispositifs anti-establishment. [...]

GuerrilaDrone essaye d’inverser la logique du panopticon comme système opaque de contrôle en étendant les possibilités d’action directe ou de performance grâce à du matériel audiovisuel aérien, créant des écrans urbains sur n’importe quelle surface.

Plus surprenant, il fait aussi référence au transhumanisme : “Le monde des drones relève de la philosophie cybernétique et posthumaniste, le monde va changer très vite”, nous a-t-il détaillé. “On a trop de pouvoir avec cette technologie, personne ne peut les arrêter, avec la robotique ‘terrestre’ l’humain garde encore la supériorité sur les robots, mais avec la robotique ‘aérienne’, ils sont supérieurs. C’est pour ça que mon blog s’appelle ‘Hacked freedom’ : les drones ont une liberté que légalement personne ne leur a donné, et que personne ne peut leur enlever.”

Pour Lot, le projet ne parle pas de la société de surveillance mais “du pouvoir des drones par rapport aux humains, et du pouvoir de la technologie aux mains des activistes et non des gouvernements ou des militaires.”

À ce titre, il suit d’un œil inquiet le sujet, citant la possibilité de drones qui tuent automatiquement, sans assistance humaine, ou encore la volonté d’étendre leur usage en Europe. De quoi alimenter encore les velléités de détournement.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 11 Mar 2012, 14:02

DEMAIN ON FICHE 5 MARS 2012 JEAN MARC MANACH

Ce mardi 6 mars, après plusieurs mois de débats, l'Assemblée nationale votera le texte créant "Le Fichier des gens honnêtes". Un fichier officiellement destiné à lutter contre l'usurpation d'identité... Mais qui, dans les faits, autorisera à ficher l'ensemble de la population française. Retour, en dix questions, sur une inexorable dérive sécuritaire.

MaJ, 06/03/2012, 16h56 : par 285 voix pour, 173 contre, sur 458 suffrages exprimés, le fichage des “gens honnêtes” a été adopté à l’Assemblée. Jean-Jacques Urvoas (PS) a déclaré qu’il allait dès demain déposer un recours au Conseil Constitutionnel.

Au XIXe siècle, lors de la conquête de l’Ouest, des ouvriers Chinois, venus construire les lignes de chemin de fer, utilisaient de l’”huile de serpent” (“Snake oil“, en VO) comme remède “naturel” aux douleurs articulaires. Plusieurs escrocs s’emparèrent alors du phénomène, et commercialisèrent de multiples “huiles de serpent“, toutes plus placebo les unes que les autres, en faisant croire qu’elles accompliraient des miracles, et guériraient tous les maux.

Le fichier des “honnêtes gens“, créé pour mettre un terme aux usurpations d’identité, et qui sera adopté ce mardi 6 mars 2012 à l’Assemblée, en sixième lecture (et après 8 rapports parlementaires), s’apparente à une “huile de serpent“, à une “poudre de perlimpinpin“. Aux effets secondaires dévastateur. Pour la première fois depuis le gouvernement de Vichy, il s’agit de ficher l’ensemble de la population française, 60 millions d’”honnêtes gens“, au prétexte de mieux les protéger. Démonstration, en 10 questions qui, étrangement, n’ont jamais été, ou quasiment, débattues au Parlement.

Qui est à l’origine de l’expression de “fichier des gens honnêtes” ?

LE PARLEMENT VEUT FICHER LES HONNÊTES GENS

Le projet de ficher 60 millions de "gens honnêtes" oppose sénateurs et députés. Depuis le 12 janvier dernier, ces ...

Les défenseurs de la proposition de loi, ainsi qu’un certain nombre de médias, ont avancé, à tort, que l’appellation “Fichier des gens honnêtes” émanait d’opposants à ce projet. Il n’en est rien : c’est François Pillet, rapporteur (apparenté UMP) de la proposition de loi au Sénat qui, le premier, l’a utilisée, le 31 mai 2011, avant de la qualifier de “bombe à retardement pour les libertés publiques“. Le PS a ainsi rappelé que l’on n’avait jamais vu un tel projet de fichier depuis Vichy, et son “fichier général de la population, en 1940“, qui fut d’ailleurs détruit à la Libération.

Le fichier mettra-t-il un terme aux usurpations ?

L’”usurpation d’identité” est un terme générique qualifiant tout autant les faux et usages de faux (papiers, diplômes, CV, profils Facebook ou plaques d’immatriculation, etc.), les fraudes aux allocations sociales ou à la carte bancaire, les titres de transport utilisés à plusieurs ou encore le fait de donner une fausse adresse aux contrôleurs…

Prétendre que le fichier des “honnêtes gens” mettra un terme à l’usurpation d’identité est tout aussi mensonger que d’expliquer que l’”huile de serpent” permet de guérir de la peste ou du choléra.

Le fichier des “gens honnêtes” ne permettra pas vraiment d’empêcher les faux et usages de faux, la fraude aux transports publics non plus que les faux mails ou profils Facebook. En revanche, il permettra aux services de police judiciaire d’accéder aux empreintes digitales de ceux qui y sont recensés dans le cadre d’enquêtes sur des infractions dont le lien avec l’usurpation d’identité est pour le moins “ténu, voire inexistant“.

Selon François Pillet (UMP), rapporteur de la proposition de loi au Sénat, et le député (PS) Serge Blisko, de nombreuses autres poursuites judiciaires autoriseront la police à plonger allègrement dans les données de ce fichier :

- délit de révélation de l’identité d’un agent des services spécialisés de renseignement,
- faux en écritures publiques, même lorsque celles-ci ne portent pas sur l’identité d’une personne,
- escroquerie, même lorsque l’escroc ne se dissimule pas sous une fausse identité,

- franchissement illicite d’un portillon dans le métro ou déplacement sans titre de transport

Or, ce que craint François Pillet, tout comme les députés et sénateurs de l’opposition, ainsi que la présidente de la CNIL, qui s’est dit “inquiète“, c’est que “le dispositif proposé (…) ouvre la voie à d’autres empiètements, à l’avenir, afin d’étendre peu à peu le périmètre de l’utilisation du fichier central biométrique de la population française“, comme ce fut le cas pour le FNAEG, créé pour ficher les empreintes génétiques des criminels sexuels et élargi, depuis, aux simples suspects de la quasi-totalité des crimes et délits. Le FNAEG répertorie ainsi aujourd’hui les empreintes génétiques de près de 2 millions d’individus, dont 67% n’ont jamais été condamnés.

Le fichier mettra-t-il un terme aux fausses pièces d’identité ?

L’objectif affiché du fichier des “honnêtes gens” est d’empêcher quelqu’un de se procurer une carte d’identité au nom de quelqu’un d’autre. Mais le postulat de départ de ce fichier est que les “gens malhonnêtes” attendront patiemment que les 60 millions de “gens honnêtes” aient préalablement confié leurs états civils, empreintes digitales et faciales, avant que de tenter d’usurper leur identité… ce dont on peut légitimement douter.

Dans les faits, le fichier des “gens honnêtes” n’empêchera donc pas une personne malintentionnée de, par exemple, utiliser un faux passeport, un faux document pour usurper votre identité auprès d’administrations publiques ou d’entreprises privées, comme Nicolas Caproni, consultant en cybercriminalité et sécurité des systèmes d’information, à qui cette mésaventure vient d’arriver, s’en est expliqué.

Seuls les officiers de police judiciaire, enquêtant sur des soupçons d’usurpation d’identité, seront habilités à vérifier l’état civil et les empreintes digitales des personnes inscrites au fichier des “gens honnêtes“. Les gendarmes et policiers, employés d’administration ou d’entreprises privées, qui contrôleront nos papiers sans avoir accès au fichier ne pourront donc pas savoir si le titulaire de la carte d’identité qui leur sera présentée est son détenteur légitime, ou non.

Cette problématique n’a rien d’illusoire, ou d’hypothétique : Le Parisien révélait récemment que plus de 10% des passeports biométriques seraient des faux :

Sur les 7 millions de passeports biométriques en circulation, 500 000 (selon certains criminologues) à 1 million (de source officieuse policière) seraient indûment obtenus.

Ces passeports biométriques avaient pourtant, précisément, été sécurisés en s’adossant à un fichier des empreintes digitales et photographies numérisées de leurs détenteurs. Ironie de l’histoire, ce fichier des titres électroniques sécurisés TES est précisément celui qui sera utilisé pour ficher les “gens honnêtes“…

L’usurpation d’identité est-elle en hausse ?

Les défenseurs de la proposition de loi sur la protection de l’identité parlent de 210 000 usurpations d’identité, par an. Ils oublient de préciser qu’il s’agit d’une estimation issue d’un sondage financé par une entreprise commercialisant des broyeurs de documents, et qui avait donc intérêt à exagérer le nombre d’usurpations d’identité.

Comme l’a résumé François Pillet, rapporteur (UMP) de la proposition de loi, ces données “n’ont pas été scientifiquement établies, le chiffre de 210 000 cas (ayant) été obtenu en suivant une méthode unanimement critiquée (et) d’une fiabilité douteuse“.

L’observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) estime de son côté que le nombre de “faux documents d’identité” est passé de 8361 en 2005 à 6342 en 2010, soit une baisse de 24% en 5 ans, chiffres que se sont bien gardés de mentionner Claude Guéant et les partisans du fichier des “honnêtes gens” au Parlement :

Dans le même document, on apprend que la Police de l’Air et des frontières, a comptabilisé, en 2010, “2 670 documents frauduleux français (dont) 1 142 titres de séjour, 216 visas, 651 cartes d’identité1, 510 passeports et 151 permis de conduire“.

FICHEZ LES TOUS !

Ce mercredi, dans une relative discrétion, l'Assemblée nationale a adopté un texte permettant de ficher la quasi totalité ...

Or, Michel Bergue, directeur de projet sur la lutte contre la fraude documentaire et à l’identité au ministère de l’intérieur, auditionné à l’Assemblée, avait de son côté expliqué qu’”environ 80 % des fraudes détectées sont le fait de ressortissants étrangers souhaitant se maintenir irrégulièrement sur notre territoire“. Le Parlement s’apprête donc à voter le fichage de 60 millions de “gens honnêtes” alors que le ministère de l’Intérieur ne sait même pas combien l’on détecte de fausses cartes d’identité, par an, mais que l’on peut néanmoins estimer qu’il ne dépasse probablement pas le millier.

A quoi servira donc ce fichier des “honnêtes gens” ?

Ce même document contient un autre chiffre très intéressant : on y apprend en effet que si le nombre de faux documents administratifs est passé de 8361 à 6342, en 5 ans, “100 757 personnes ont été signalées pour l’utilisation d’au moins deux états civils différents” en 2010, un chiffre en augmentation de 109,9% en 5 ans :

L’ONDRP tient cela dit à préciser que ce chiffre, “calculé à partir du fichier automatique des empreintes digitales” (FAED) et qui correspond au nombre de personnes qui, “placés en garde à vue pour une affaire de crimes ou délits“, auraient déclaré “au moins deux identités“, est probablement surestimé, dans la mesure où il additionne “les usurpations avérées de celles résultant de fautes d’orthographe ou d’erreurs dans l’enregistrement phonétique des identités“.

En attendant, si on peine à comprendre l’intérêt de vouloir enregistrer les empreintes digitales de 60 millions de “gens honnêtes” afin de lutter contre moins d’un millier de fausses cartes d’identité, on comprend par contre l’intérêt de pouvoir exploiter untel fichier centralisé des empreintes digitales afin d’identifier ceux qui déclarent une fausse identité aux policiers, mais qui ne figureraient pas encore dans le FAED.

En février 2011, ce fichier contenait les empreintes digitales de 3,6 millions d’individus “mis en cause“. Le fichier TES, lui, a d’ores et déjà fiché les empreintes digitales, et photos numérisées, de 7 millions de Français. Aucun parlementaire n’a jamais abordé la question de savoir si les empreintes digitales de ceux qui, parce qu’ils ont demandé un passeport biométrique, y sont déjà fichés, pourront être exploitées de façon policière.

A qui profitera ce fichier des “honnêtes gens” ?

Au-delà des services de police judiciaire, les grands gagnants sont les industriels français des cartes à puce, papiers d’identité sécurisés, de la biométrie et des empreintes digitales, comme l’ont d’ailleurs eux-même reconnu, au Parlement, l’auteur de la proposition de loi, tout comme ses deux rapporteurs :

Les principales entreprises mondiales du secteur sont françaises, dont 3 des 5 leaders mondiaux des technologies de la carte à puce, emploient plusieurs dizaines de milliers de salariés très qualifiés et réalisent 90 % de leur chiffre d’affaires à l’exportation.

Dans ce contexte, le choix de la France d’une carte nationale d’identité électronique serait un signal fort en faveur de notre industrie.

Oberthur, Morpho et Gemalto fournissent 70% des programmes nationaux dans le monde avec un capital de plus de 150 références.

Les entreprises françaises sont en pointe mais elles ne vendent rien en France, ce qui les pénalise à l’exportation par rapport aux concurrents américains.

Le sujet engage aussi des enjeux économiques, industriels : la sécurisation des échanges électroniques est un marché (…) Les entreprises françaises, en pointe sur ce domaine, veulent investir le marché français.

LOBBYING POUR FICHER LES BONS FRANÇAIS

Dans une relative discrétion, l'idée de créer un fichier de 45 à 60 millions de Français honnêtes a reçu un accueil ...

De fait, pas moins de 14 représentants du Gixel, le syndicat des industriels de l’électronique, ont été auditionnés par le rapporteur de la proposition de loi au Sénat, contre seulement 2 représentants du ministère de la justice et 6 de l’Intérieur, 2 de la CNIL et 2 autres du Comité consultatif national d’éthique, et 1 représentant de la Ligue des droits de l’homme.

Le Gixel s’était précédemment illustré en proposant, en 2004, de déployer caméras de vidéosurveillance et bornes biométriques dès l’école maternelle, afin d’y habituer les enfants dès leur plus jeune âge. Partant du constat que ces technologies ont un petit côté “Big Brother“, ils espéraient ainsi gagner les coeurs, et vaincre les peurs, des citoyens, et donc doper leur chiffre d’affaires.

De fait, en 2011, pas moins de 544 établissements scolaires français utilisent des dispositifs de reconnaissance biométrique pour contrôler l’accès de leurs élèves à la cantine. Le Gixel plaide depuis des années pour le déploiement de cette carte d’identité électronique, mais a d’autres pistes de développements industriels en perspective :

- contrôle d’accès en mouvement, coopératif ou non, avec reconnaissance faciale ou de l’iris ;
- reconnaissance à la volée, faciale ou de l’iris, avec capacité à identifier et localiser ;

et, en terme d’amélioration de l’efficacité de la vidéo-protection :
- la caractérisation sémantique d’individus pour la recherche sur signalement ;
- la détection d’événements anormaux ;
- le développement de l’exploitation de caméras mobiles, embarquées ;
- la vision nocturne, la prise en compte des conditions environnementales difficiles.

La reconnaissance biométrique est-elle fiable ?

En avril 2011, le ministre de l’Intérieur des Pays-Bas décidait d’effacer les empreintes digitales stockées de ses ressortissants après qu’une étude ait révélé des taux d’erreurs de 20 à 25% :

Il est devenu clair que l’inclusion des empreintes digitales dans les documents de voyage est qualitativement inadéquat.

A contrario, les autorités indiennes, qui ont notamment confié à la société française Morpho, n°1 mondial des empreintes digitales, le soin de délivrer des papiers d’identité biométriques à plus de 1,2 milliards de citoyens, viennent fièrement d’annoncer qu’elles sont en mesure d’identifier, de façon unique, 99,86% de leurs concitoyens (voir notre enquête : Vérités à biométrie variable).

Pour parvenir à un taux d’erreur acceptable, limiter le nombre de “faux positifs” (personnes identifiées, à tort) et de “faux négatifs” (personnes non identifiées à tort), et attribuer un identifiant unique à ces 1,2 milliards d’Indiens, elles n’ont eu d’autre choix que de recueillir les empreintes digitales des 10 doigts de leur main, mais également photographier leurs deux iris. Aucun parlementaire n’a posé la question de savoir comment, avec deux empreintes digitales seulement, il sera possible de parvenir à un taux d’erreurs acceptable et donc d’identifier, de manière unique, 45 à 60 millions de Français.

La question est d’autant plus brûlante qu’on a d’ores et déjà répertorié plusieurs innocents accusés, à tort, par des “experts” de la police scientifique et technique, d’avoir laissé leurs empreintes digitales sur des scène de crime où ils n’avaient jamais mis les pieds ni, a fortiori, les doigts. La reconnaissance biométrique n’est pas quelque chose de “scientifique“, mais de “statistique“, et ça change tout. Non seulement parce qu’elle ne permet pas de “prouver“, mais seulement de “présumer“, mais également parce que les erreurs (humaines, de calcul, de prélèvement ou de comparaison) et biais (méthodologiques ou statistiques) sont d’autant plus difficiles à déceler et combattre que, pour la majeure partie des gens, les “experts” ont forcément raison, puisque leurs preuves sont “scientifiques“…

On tourne donc en rond. Rajoutez-y le fait qu’il est également possible de falsifier des analyses, de fabriquer des “preuves” ou encore de se doter de “vraies-fausses” empreintes digitales à partir de pâte à modeler, de gélatine, de silicone, de latex ou encore de colle à bois, et la boucle est bouclée. En clair : un quidam mal intentionné pourra ainsi venir s’enregistrer dans le fichier des “gens honnêtes” sous le nom de Nicolas Sarkozy, mais avec les empreintes digitales d’Angela Merkel, François Hollande ou toute autre personne dont il aurait prélevé les empreintes digitales, afin de pouvoir les usurper.

Combien ça va nous coûter ?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, en temps de crise et de réduction des dépenses et des déficits publics, et alors que cette proposition de loi a fait l’objet de pas moins de 8 rapports parlementaires, et qu’elle a déjà été débattue 5 fois à l’Assemblée, et 6 fois au Sénat, aucune estimation budgétaire n’a jamais été avancée. Aucun parlementaire n’a jamais posé la question de savoir combien cela va coûter à la collectivité, ni combien cela reviendra aux citoyens qui voudront se doter de cette nouvelle carte d’identité. Étonnant, non ?

Aurait-on pu faire autrement ?

Les Etats-Unis n’ont pas de carte d’identité, et y sont fermement opposés. Au Royaume-Uni, le ministre de l’immigration a détruit, en 2010, les disques durs contenant les empreintes digitales de ceux qui avaient accepté de servir de cobaye au projet, désormais avorté, de carte d’identité. Dans ces deux pays, ce sont les partis politiques de droite qui sont le plus farouchement opposés à l’idée même de carte d’identité, perçue comme une main-mise étatique, et donc une atteinte aux libertés des citoyens.

Les règlements européens obligent certes les pays signataires des accords de Schengen à inscrire les empreintes digitales de leurs concitoyens dans leurs passeports… sauf les Britanniques, les Danois et les Irlandais, qui ont réussi à obtenir des dérogations.

En tout état de cause, aucun règlement n’oblige les Etats membres à créer une base de données centralisée des empreintes digitales et photographies numérisées de leurs concitoyens, cette possibilité ayant été laissée à la libre interprétation des pays signataires. De fait, plusieurs pays ont ainsi préféré opter pour des bases de données décentralisées, ou se sont contenté de stocker les empreintes dans la puce contenue sur les papiers d’identité : sur les 13 pays européens ayant décidé de doter leurs concitoyens de cartes d’identité, seuls 3 (Espagne, Lithuanie et Portugal) auraient opté pour une base de données centralisée.

Est-il possible de bloquer la mise en application de ce fichier des “gens honnêtes” ?

La loi informatique et libertés est claire : un fichier ne peut être détourné de sa finalité première, et il est donc fort possible que la loi soit, à terme, retoquée par le Conseil constitutionnel (si tant est qu’un nombre suffisant de sénateurs et/ou députés intentent un recours au Conseil constitutionnel), le Conseil d’Etat, ou encore par la Cour européenne des droits de l’homme, afin d’interdire l’exploitation policière de ce fichier administratif. Les partisans de cette loi répètent à l’envi qu’il s’agit en effet d’un fichier “administratif“, mais son intitulé, sur le site de l’Assemblée, sous l’en-tête “Police et sécurité“, est pourtant on ne peut plus clair :

Last but not least, et ce n’est pas le moindre paradoxe de ce fichier des “gens honnêtes” : s’il est difficile de mener une vie sociale sans carte d’identité ni passeport, la carte d’identité (tout comme le passeport) n’est nullement obligatoire… et ceux qui en ont déjà une pourront continuer à s’en servir, “même lorsqu’elle est périmée, sous réserve dans ce cas que la photo soit ressemblante“.

En attendant, Claude Guéant n’en aura pas moins ouvert la boîte de Pandore du fichage biométrique généralisé de la population.

Lors des précédents votes, la proposition de loi avait été adoptée par moins d’une quinzaine de députés ou sénateurs. Le parti socialiste a obtenu que la proposition de loi fasse l’objet d’un “vote solennel“. Cela ne changera probablement pas grand chose, mais c’est tout un symbole : ce mardi 6 mars, c’est le dernier jour de la session parlementaire. Il était probablement urgent de voter le fichage des “honnêtes gens“.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 13 Mar 2012, 00:28

En 2007, nous relevions dans un manifeste pour l'abolition de la carte d'identité, l¹existence d' « une opposition fragmentée et parcellaire aux pièces d'identité biométriques et électroniques, au fichage ADN, à la biométrie, aux RFID, à la vidéosurveillance, et récemment aux tests génétiques prévus par la loi sur l'immigration, ainsi qu'à l'interconnexion des données administratives ».

« Rien ne sert de combattre ces nouveaux modes de contrôle - informatiques, biométriques, génétiques, disions-nous, si l'on n¹en finit pas avec les registres et pièces d'identité imposés voici 500 ans par l¹Etat, et qui en constituent le modèle et la matrice. »

Un lustre plus tard, alors que dans le brouhaha d¹une campagne électorale pour la direction de ce même Etat, le parlement vient d¹adopter une nouvelle carte d'identité biométrique numérique, avec deux puces RFID, et la mise en place d¹un registre national des informations contenues dans cette carte ­soit le fichier biométrique de 45 millions de Français nous persistons de plus belle.

Dans ce nouveau texte du Mouvement pour l'abolition de la carte d'identité (MACI), « Contre le recensement », nous appelons au boycott, au sabotage et à l'abolition des collectes de données, afin d'extirper à la racine l'emprise étatico-technologique.
http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip ... rticle=359

Merci de faire circuler, Pièces et main d¹oeuvre
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 14 Mar 2012, 02:35

Guéant et Bauer à la chasse aux empreintes faciales

Les contours de la LOPPSI-3, la prochaine loi sur la sécurité intérieure qui devrait donner le ton de la campagne présidentielle, se matérialisent plus nettement. D’abord avec la sortie fort opportune d’un « Livre Blanc » signé par l’incontournable Alain Bauer, et ensuite par le service après-vente assuré en personne par le Sinistre de l’Intérieur Claude Guéant.
Au programme, en vrac : inscrire dans la loi un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans, alourdir les peines planchers, exploitation du vidéoflicage pour créer un fichier des « empreintes faciales », traiter les manifestants comme des hooligans, etc.
Ce fameux « Livre Blanc » (doc PDF – bizarrement absent du site du ministère) est en fait co-signé par le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, et Alain Bauer, véritable fou du Roi en matière de sécurité, publique comme privée.
A la fois consultant privé (gérant du cabinet AB Associates) et « bénévole » de l’action publique (il affirme en effet que toutes ses responsabilités au service du gouvernement ne sont pas rémunérées… ben voyons — sa « chaire de criminologie » au CNAM doit le contenter), Alain Bauer est surtout à la tête d’une « bande organisée » qui recrute même jusque dans les rangs de l’ex-groupe d’ultra-droite Occident, qui se réclamait dans les années 60 du « nationalisme blanc et chrétien », farouchement anticommuniste et nostalgique de l’Algérie française. C’est ce qu’a si bien montré le sociologue Mathieu Rigouste dans son dernier ouvrage « Les marchands de peur » (Libertalia, 2011).
Il entretient pourtant toujours un pseudo « paradoxe », résumé dans un papier du journal en ligne Owni: « les ministères de l’Intérieur successifs n’ayant de cesse de faire le contraire de ce qu’il dit, ou de refuser de l’écouter ».
Abonné aux émissions de télé comme « C dans l’air » sur France 5 — animé par le journaliste « néoconservateur » Yves Calvi (décrit ainsi dans le bouquin de Rigouste), acolyte de Pernault face au président Sarkozy il y a quelques jours en direct de l’Élysée —, comme de « Ce soir ou jamais » sur France 3, Bauer a en effet le verbe facile et a appris à se démarquer des formules toutes faites de nos gouvernants. Par exemple : il sait que la vidéosurveillance n’est pas une fin en soi, il réclame une étude « indépendante et scientifique » sur son impact réel. Mais il continue en même temps son œuvre « bénévole » au service des mêmes gouvernants. Paradoxal ou tout simplement girouette de luxe, machiavélique et calculateur?
Guéant, lui, pour sa part, a déblayé le terrain dans un entretien au journal Le Monde — chacun son tour, Le Figaro n’était pas dispo ce jour-là, sans doute. Dans son explication de texte, il teste la riche idée de foutre un PV aux parents irresponsables. Le couvre-feu total pour les moins de 13 ans n’est pas évoqué, mais ça y ressemble:
Compte tenu de l’incapacité de certains parents à prendre convenablement en charge l’éducation de leurs enfants, il faut que nous réfléchissions avec l’éducation nationale à un dispositif de prévention plus approfondie. (…) C’est pourquoi je souhaite créer une contravention à l’égard des parents qui laissent leurs enfants de moins de 13 ans seuls dans la rue la nuit après 23 heures. Le montant doit être dissuasif : 150 euros par exemple.
Ensuite, coup classique qui ravira Eric Ciotti : « si cela ne suffit pas (…), je souhaite qu’ils s’engagent par la signature d’un contrat de responsabilité parentale, avec suspension possible des allocations familiales en cas de non-respect des termes de ce contrat ». Un contrat prévu depuis seulement 4 ans, qui n’a convaincu personne et qu’on ressort du chapeau pour jouer aux Pères La Pudeur (petite piqûre de rappel ici).

Les peines plancher ?

Pour l’avenir, il y a le problème de l’effectivité des peines. Il y a aussi matière à poursuivre dans le développement de peines planchers que l’on peut appliquer à d’autres cas que ceux qui sont actuellement prévus.
Il prône donc leur élargissement alors que le bilan de cette « réforme » de 2007 n’a jamais fait l’unanimité (la timide Union syndicale des magistrats l’a même vertement critiquée dans ce papier de Slate.fr).

Dans le Libre Blanc, le recours croissant aux techniques numériques fait bien entendu partie du paysage. Il est donc question de ce 3ème fichier biométrique d’antécédents, aux côtés du FAED (empreintes digitales) et du FNAEG (génétiques), à savoir les « empreintes faciales » (page 25):
Restructurer les fichiers locaux pour créer un troisième grand fichier de police technique reposant sur l’image du visage : la base nationale de photographies. Développer le recours aux logiciels de reconnaissance automatisée par l’image pour en faciliter l’exploitation et accélérer la résolution des enquêtes judiciaires disposant d’indices tirés de la vidéoprotection.
Ce fichier, ce sera une sorte de « CANONGE 2.0″. Le site de la LDH-Toulon a déjà rapporté les propos du chef de la police nationale, Frédéric Péchenard, cet été, sur l’intérêt de ce nouveau fichier d’identification. Qui permettrait, à terme, de reconnaître des personnes « à la volée », sans qu’ils en soient informés.
Plus loin (page 172), il est question de multiplier les croisements de techniques biométriques (« multimodales ») pour cerner au plus près les individus — tatouages compris:
… il est souhaitable de rendre les techniques d’identification encore plus précises et réactives, notamment en situation de mobilité, en développant les nouvelles biométries, en particulier au niveau du visage. Le système de traitement des procédures judiciaires (« TPJ ») sera ainsi bientôt complété par un outil de rapprochement des photographies, notamment dans le système CANONGE. … Il sera également possible de travailler sur d’autres particularités morphologiques et physiques, tels les tatouages.
… Enfin, les indices relevés sur les scènes de crimes étant souvent des traces partielles, notamment en termes d’empreinte digitale, il sera nécessaire, à l’avenir, de combiner ces différentes biométries afin d’améliorer la qualité des conclusions. La combinaison de données biométriques (doigts, visage, iris) est aujourd’hui déjà expérimentée dans certains pays, dans le cadre notamment de la délivrance des titres d’identité. Ces progrès pourront également se traduire, au niveau de l’enregistrement des données et de l’interrogation des bases centrales, lors des gardes à vues, par l’adaptation des bornes existantes en les rendant multimodales (visage, doigts, ADN, iris, voix…).

La carte Pasqua bientôt obsolète

Quant à exploiter le fichier de la future carte d’identité à puces, ce n’est pas mentionné dans le Libre Blanc (*). Mais Guéant y pense souvent en se rasant le matin. Comme l’a rappelé PCinpact cette semaine, cette nouvelle merveille de la neuropolice française, qui devrait ficher au bas mot 45 millions de « gens honnêtes », pourrait bien être un jour détournée de son usage d’origine pour faire l’objet de « recoupements » à des fins criminelles. Détourner la finalité d’un fichier, rappelons-le, est en soi un délit pénal passible de prison ferme. Pas grave… Même si la CNIL prévient aujourd’hui contre ce fâcheux précédent, Guéant a dit aux députés :
« … la reconnaissance faciale, qui n’apporte pas, à l’heure actuelle, toutes les garanties de fiabilité nécessaires, est une technologie qui évolue très rapidement : on peut donc penser que, très bientôt, elle sera aussi fiable que la reconnaissance digitale. »
Au passage, cette future CNIE devrait comporter non pas 2, mais 8 empreintes de doigts. Exactement comme le prévoyait le passeport biométrique — dont la base de données TES communiquera naturellement avec celle de la CNI. Or, qu’a-t-on appris cette semaine du côté du Conseil d’Etat? Il a censuré en partie ces dispositions — 6 ans après le décret… —, notamment le fait d’enregistrer les empreintes de 8 doigts (au lieu de 2) dans un fichier centralisé. Bizarrement, le Conseil d’Etat n’exige pas la destruction des données ainsi illégalement collectées!
Enfin, l’autre disposition notable du Livre blanc évoque « la mutation des phénomènes revendicatifs » et cible les « perturbateurs habituellement violents ». Pour ceux qui suivent, c’est en droite ligne des mesures européennes visant à ficher les « fauteurs de trouble » d’orientation essentiellement « gauchistes », comme nous le révélions ici même.
Gaudin et Bauer s’empressent alors de rappeler un petit détail : « même si la protection constitutionnelle du droit de manifester impose que les limitations en la matière soient strictement encadrées et motivées ». Détail si anodin que la France ne s’est jamais distinguée dans le traitement de choc des rassemblements. Non, jamais.
La proposition du « paradoxal » Alain Bauer est alors exprimée très clairement : ériger des listes de personnes interdites de séjour lors de manifestations. Exactement comme on interdit de stade des supporters de foot réputés violents. Verbatim (pages 150-151):
… il serait utile de faciliter la mise à l’écart du parcours d’individus déjà mis en cause sur la base d’éléments circonstanciés, soit en raison de leur comportement d’ensemble à l’occasion de manifestations récentes, soit du fait de la commission d’un acte grave à l’occasion d’une précédente manifestation.
Serait transposée à l’ordre public la logique des interdictions administratives et judiciaires, qui ont fait la preuve de leur efficacité pour combattre le hooliganisme lors des manifestations sportives. Le préfet ou le juge judiciaire pourraient donc interdire, par arrêté ou jugement motivé, aux personnes constituant une menace pour l’ordre public de se trouver à proximité d’une manifestation de voie publique, dans un périmètre et un créneau horaire déterminés, et si nécessaire leur imposer de répondre à une convocation au commissariat ou à la brigade de leur domicile à l’horaire de la manifestation.
Les agissements en cause devraient avoir été commis à l’occasion de manifestations de voie publique. Comme pour les interdictions de stade, une interdiction administrative ne pourrait excéder 6 mois. Bien évidemment, les garanties juridiques habituelles s’appliqueraient : procédure contradictoire préalable et droit au recours juridictionnel. (…)
Il conviendrait donc de définir une nouvelle incrimination pour la participation à une manifestation non déclarée ou interdite et de réexaminer le niveau de sanction pour la participation à une manifestation interdite.
Une proposition très sérieuse en ce sens ayant été formulée l’an passée par le très démocratique gouvernement de Silvio Berlusconi.
—-
(*) La CNIE est en phase de création grâce à la loi sur l’identité numérique qui était le 3 novembre en 2ème lecture au Sénat. Les sénateurs ont apparemment rejeté en bloc (à part quelques exceptions) la possibilité d’utiliser le fichier de cette carte à des fins judiciaires. Mais l’Assemblée avait pourtant voté pour… On attend donc l’arbitrage final.
MISE A JOUR 26/12/11: l’Assemblée a rétabli la possibilité, le 13/12/2011, de fouiller dans les fichiers des papiers d’identité à des fins judiciaires. Ce qui ne garantit pas vraiment leur « fiabilité », mais ça c’est une autre histoire…
Pour un aperçu de la LOPPSI-3, lire cette analyse de Pièces et main d’oeuvre (19/07/2011).

A propos de biométrie faciale lire aussi Les 12 salopards de l’identité numérique.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 17 Mar 2012, 04:05

http://www.lagazettedescommunes.com/83988/accuse-de-ficher-des-musulmans-un-maire-ump-denonce-des-propos-outrageants/
http://fr.news.yahoo.com/val-doise-mair ... 39053.html



Le maire UMP de Saint-Gratien (Val d'Oise), Jacqueline Eustache-Brinio, accusé par une association d'avoir "fiché" des musulmans en faisant relever leurs numéros de plaques d'immatriculation, a démenti mardi 8 novembre 2011 toute opération de "fichage", dénonçant des "propos outrageants".

« Nous avons procédé à un relevé de numéros de plaques, dans le cadre d’une procédure judiciaire. Mais les propriétaires des véhicules n’ont à aucun moment été identifiés », a expliqué Mme Eustache-Brinio lors d’une conférence de presse, niant formellement toute opération de « fichage » des fidèles musulmans.

« Des propos outrageants ont été prononcés à mon encontre », a ajouté l’édile, dénonçant des « pressions » d’un « petit groupe absolument pas représentatif de la communauté musulmane » de Saint-Gratien. « Je vais réfléchir quant aux suites à donner à ces déclarations », a-t-elle assuré, sans plus de précisions.

L’association franco-musulmane de Saint-Gratien (AFMSG), qui a saisi la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), accuse l’édile d’avoir « fiché » des fidèles réunis dans une salle de la commune le 16 août en demandant à des policiers municipaux de relever leurs numéros de plaque d’immatriculation.

L’AFMSG est engagée depuis plusieurs mois dans un bras de fer judiciaire avec la mairie de Saint-Gratien à propos de la location ponctuelle d’un gymnase pendant le ramadan, afin que les personnes âgées, handicapées ou non véhiculées de la commune puissent bénéficier d’une salle de proximité.
Une première décision du tribunal administratif de Cergy (Val d’Oise) a donné raison à l’ASFMG le 8 août, obligeant la mairie à mettre une salle à disposition de l’association.
« La commune a introduit un recours. La procédure judiciaire continue », a indiqué Mme Eustache-Brinio, selon qui le relevé des plaques d’immatriculations, visait à « démontrer que les personnes présentes venaient pour la plupart de départements voisins » et étaient « majoritairement véhiculées ».

Interrogé début novembre par France Bleu 107.1, le président de l’AFMSG, Ali Messis, avait dénoncé une opération de stigmatisation, estimant « qu’il aurait été peut-être plus judicieux de demander (aux fidèles) d’arborer un croissant vert sur (leurs) habits ».
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 18 Mar 2012, 12:40

Vidéoprotection à Neuilly: le PS dénonce une " surenchère sécuritaire " AFP 10.03.2012

La candidate PS à l'élection législative dans la circonscription de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Marie Brannens, dénonce samedi une "surenchère sécuritaire" dans l'ancien fief de Nicolas Sarkozy après l'inauguration d'un dispositif de vidéoprotection. | Valery Hache

La candidate PS à l'élection législative dans la circonscription de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Marie Brannens, dénonce samedi une "surenchère sécuritaire" dans l'ancien fief de Nicolas Sarkozy après l'inauguration d'un dispositif de vidéoprotection.
"La surenchère sécuritaire de Jean-Christophe Fromantin est déplorable", a fustigé Mme Brannens dans un communiqué. "Alors que Neuilly compte un taux de délinquance inférieur à la moyenne du département, celui-ci a cru bon d'installer un réseau de caméras de vidéosurveillance et va équiper les policiers municipaux d'armes de poing".
Neuilly-sur-Seine est la vingtième ville du département des Hauts-de-Seine à s'équiper de caméras de vidéoprotection - vingt-quatre au total - réparties sur l'ensemble de son territoire, au niveau des entrées de ville, sur les grandes artères, dans les rues commerçantes ainsi qu'aux abords des établissements scolaires.
Quelque 700.000 euros ont été investis pour la création de ce dispositif de caméras reliées à deux centres de supervision, situés dans les locaux de la police municipale et de la police nationale.
Outre ce dispositif, les quarante policiers municipaux de Neuilly seront chacun équipé d'un pistolet à la fin de l'année.
La candidate socialiste a estimé que "les sommes investies sont considérables pour un résultat insatisfaisant puisqu'en général les problèmes sont déplacés vers les rues adjacentes, ce que l'on appelle +l'effet plumeau+", écrit-elle.
Disant se "battre pour que les missions de la police municipale restent dans une logique de proximité et de prévention", Mme Brannens a ajouté s'opposer à "la généralisation de l'armement des policiers municipaux".
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 20 Mar 2012, 00:32

La Ville veut revoir les règles pour les manifestations 19 mars 2012

La manifestation annuelle du Collectif opposé à la brutalité policière a dégénéré en fin de soirée, le 15 mars, menant à des actes de vandalisme et à plus de 200arrestations.

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a demandé à la Commission de la sécurité publique de revoir la réglementation concernant les manifestations.

La Commission, présidée par le responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Claude Trudel, devra trouver une façon d’empêcher les débordements et les actes de vandalisme commis pendant les manifestations. L’interdiction du port de masques pendant les manifestations pourrait faire partie des avenues étudiées.

Gérald Tremblay assure que la refonte de la réglementation encadrant les manifestations ne se fera pas au détriment du droit de la population de manifester.

Le maire souhaite que la Commission étudie la question le plus rapidement possible.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 22 Mar 2012, 00:52

Toulouse: le tueur au scooter trahi par son "traqueur" anti-vol Romain Rosso, 21/03/2012

Le tireur présumé de Toulouse et Montauban a utilisé le TMax 530, un sccoter puissant, qui contient une puce fonctionnant avec des ondes radio permettant la géolocalisation.

C'est par la puce fonctionnant avec des ondes radio qui équipe les scooter Yamaha TMax 530 puissant que les enquêteurs ont remonté la piste du tueur de Toulouse et de Montauban.

Le scooter du tueur présumé des assassinats de Toulouse et de Montauban est l'une des pistes déterminantes ayant conduit les enquêteurs à le localiser. Ce Yamaha T-Max 530 est le modèle le plus récent de ce best-seller de la marque. Une machine aussi facile à conduire et très puissante. Revers de la médaille, il est utilisé par les voyous... Qui ont une fâcheuse tendance à le voler pour réaliser leurs méfaits.

Si bien que, dans sa dernière version, le 530, commercialisé depuis la mi-décembre (fin janvier, pour le modèle ABS), le T-Max est désormais équipé, de série, d'un "traqueur": un système de géolocalisation permettant aux policiers de le repérer en cas de vol. Yamaha Motor France a souscrit un partenariat avec la société I.C.A Security, qui dispose d'un fichier national. Selon nos informations, les policiers se seraient rapprochés de cette dernière. Interrogé mardi, dans l'après-midi, la direction n'a pas souhaité répondre aux questions de L'Express.

Ce système équipe également les voitures de luxe, comme les sportives de la marque Audi. Grand comme un paquet de cigarette, il est placé à des endroits discrets et difficilement accessibles dans le véhicule. Il ne fonctionne pas avec un GPS mais par des ondes radios, beaucoup plus efficaces.

Le tueur présumé le savait. Il aurait notamment contacté un concessionnaire Yamaha de la région toulousaine pour savoir comment on pouvait désactiver ce traqueur. C'est ainsi, notamment, que les policiers sont remontés jusqu'à lui. Cette personne avait également demandé comment démonter le carénage du véhicule. A Montauban, le 15 mars, le tueur circulait sur un scooter noir, à Toulouse, le 19 mars, il était blanc
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 22 Mar 2012, 21:28

Le Conseil constitutionnel censure un fichier censé lutter contre les usurpations d'identité Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 22.03.2012

Le Conseil constitutionnel a censuré, jeudi 22 mars, invoquant l'atteinte au respect de la vie privée, la création d'un mégafichier qui était une disposition phare d'une proposition de loi instaurant une carte d'identité biométrique pour lutter contre les usurpations d'identité.

Les "Sages" ont estimé que ce fichier central "porte au droit au respect de la vie privée une atteinte qui ne peut être regardée comme proportionnée au but poursuivi". Ils évoquent notamment le caractère "sensible" des données enregistrées dans un tel fichier, et la possibilité de les interroger "à d'autres fins que la vérification de l'identité d'une personne".

Outre la disposition sur le fichier, le Conseil constitutionnel, qui a donné son feu vert à la nouvelle carte d'identité biométrique, a aussi censuré un article qui donnait à la carte nationale d'identité la fonction de signature électronique, "ce qui la transformait en outil de transaction commerciale", explique le Conseil dans un communiqué.

La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) avait rendu publiques, en octobre, ses observations - critiques mais à valeur purement consultative - sur la proposition de loi relative à la protection de l'identité.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 31 Mar 2012, 20:39

Bernard Squarcini et la Corse

Extrait de « L’Espion du Président », d’Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé, éditions Robert Laffont.

La méthode Squarcini est aussi celle d’un monopole. Dès qu’il s’agit de la Corse, le chef de la DCRI n’est apparemment pas partageur. [...] Cette « exclusivité », ce monopole au demeurant revendiqué et assumé, permet au Napoléon du renseignement intérieur d’être incontournable dès qu’il s’agit de la Corse.

Michèle Alliot-Marie en sait quelque chose. Lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur, elle tenait tous les jeudis soir une réunion sur le sujet dans son propre bureau de la place Beauvau. Outre le DCRI, le directeur général de la police, son homologue de la gendarmerie, le responsable de l’Unité coordination de la lutte anti-terroriste, le directeur de cabinet de la présidence de la République et celui du préfet de police de Paris étaient conviés. Semaine après semaine, ils avaient droit au « show de Squarce ».

« Il était bluffant, largement au-dessus du lot, impressionnant de maîtrise », reconnaît un des participants, qui a gardé en mémoire le souvenir précis d’une de ces réunions.

« Il était question de l’organisation imminente d’une conférence de presse clandestine en Corse. Les natios menaçaient de faire sauter des lotissements en cours de construction. La ministre demande aux gendarmes de mettre des caméras de vidéosurveillance sur les chantiers et les sentiers environnants. C’était non seulement techniquement impossible mais totalement disproportionné. Le Squale est alors intervenu pour dire en substance : ne vous inquiétez pas, je m’en occupe. Personne n’a osé le contredire. Et nous n’avons plus entendu parler de cette conférence de presse… »

« Monsieur Corse », fort de la confiance du politique, peut griller la politesse à ses concurrents. Les gendarmes, très bien implantés sur l’île de Beauté, semblent les premiers à en faire les frais.

L’un d’entre eux s’en plaint en ces termes : « Parfois, il m’est arrivé de me sentir surveillé lors d’une enquête », raconte un gradé.

« Des individus que vous êtes censé taper au petit matin disparaissent subitement. Je me souviens de Maurice Costa, lié à la Brise de mer. On devait l’interpeller : lorsqu’on est allé le chercher il n’était plus chez lui. La veille, il avait reçu un coup de téléphone fort opportun. Un correspondant lui recommandait d’éteindre son portable puis de le rejoindre immédiatement. Sur les fadettes, nous avons découvert que le correspondant en question était un policier.

Un autre jour, nous arrivons les premiers sur un double homicide. Mais ce sont les flics intervenus deux heures après, qui, contrairement aux usages, sont saisis de l’affaire. »

Excédé, le gradé lâche :

« Lorsqu’ils ne sabotent pas nos enquêtes, les poulets nous les confisquent. »

Au fond, Bernard Squarcini n’a rien inventé. Il n’a fait que reproduire ce qu’il avait appris de ses glorieux aînés. Son modèle, c’est Pasqua. C’est d’ailleurs lui qui l’a recruté, l’a fait monter à Paris via Daniel Léandri, alias « le Tondu ». Le père de Daniel Léandri était déjà dans la boutique Police où il avait côtoyé le père de Charles Pasqua. Corse, conseiller spécial du ministre et brigadier-chef de son état, Léandri junior a vite fait de repérer le jeune Squarcini et d’en faire le sous-directeur de la recherche aux RG. A ses côtés, Squarce a pu développer ses prédispositions, notamment une connaissance parfaite de la géographie insulaire.

« Pour bien comprendre la Corse, il faut savoir de quel village sont les hommes », explique un avocat ajaccien.

« Le Squale connaît les zones d’influence de telle ou telle famille, dans quel village sont enrôlées les petites mains de la Brise ou du FLNC, il sait, par exemple, que c’est dans la vallée d’Olmeto, chez Michel Tomi, que sont recrutés tous les croupiers et autres barmaids des cercles de jeux parisiens. Squarcini, c’est une encyclopédie ».

Une encyclopédie dotée d’une connaissance in vivo. Car, comme son mentor Léandri, le Squale se mouille. « Il n’hésite pas à aller au contact des voyous », raconte un de ses fonctionnaires de la DCRI.

« Il est dans une logique de flic qui bosse sur le grand banditisme. A mon sens, ce n’est pas le boulot d’un directeur de renseignement. Mais c’est dans son caractère. D’abord, il a été élevé comme cela. Et puis, depuis l’arrivée de Sarkozy, il pense être fort, très fort, trop fort peut-être. Il ne se rend plus compte. Je ne dis absolument pas qu’il est corrompu. Je dis qu’il est compromis. »

Une accusation que Bernard Squarcini réfute vigoureusement. D’ailleurs, contrairement à son modèle Léandri, aucun tribunal ne l’a jamais condamné.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 01 Avr 2012, 12:02

Nationaliser les « grandes oreilles », une bonne idée ?

Chaque jour, en France, de 4 à 4500 interceptions de données (téléphoniques, SMS, Internet) judiciaires sont confiées à une poignée d'entreprises privées. Michel Besnier, PDG de Elektron, numéro 1 français du marché avec environ 40 % du volume des écoutes en France, plaide sa cause au Nouvel Economiste (voir « A chacun son rôle et son métier »).

La future plateforme nationale d’écoute et d’interception de justice centralisée (PNIJ, confiée à Thalès et qui sera lancée en 2013, "en lieu et place de celles des indépendants, moins perméables aux interventions politiques", et censée coûter moins d'argent, pourrait en effet entraîner la fermeture partielle ou totale de ces "boutiques" :

"Méconnu, le marché pèse plus d’une vingtaine de millions d’euros par an. Sa “nationalisation” entraînerait ainsi la disparition de plusieurs PME et de plusieurs centaines d’emplois. Accessoirement.

En France, il y a 5 fournisseurs privés comme Elektron qui assurent la mise à disposition des plateformes, leur évolution technologique, leur maintenance, la fourniture du hardware, la R&D, la formation et la proximité avec l’enquêteur, et enfin l’interface avec les opérateurs et la Direction des interceptions de justice (DIJ). Les 5 sociétés présentes sur le marché dans ce domaine opèrent une trentaine de plateformes d’écoute, et assurent 90 % des volumes."

Au-delà de l'incongruité de cette quasi-nationalisation, à rebours de la "libre concurrence" prônée par l'actuel gouvernement, les scandales IKEA & Disney des "tricoches" (fiches de police vendues par des gendarmes ou policiers à des entreprises privées) montrent que les barbouzes émargent tout autant dans le public que dans le privé (à ceci près que les "privés" en question sont aussi souvent d'anciens gendarmes, policiers ou membres des services de renseignement).

Mais vous, vous feriez plus confiance à des entreprises privées mises en concurrence, ou à des fonctionnaires assermentés travaillant sur une plateforme centralisée ? Je serais curieux de savoir ce qu'en pensent ceux qui, tant dans le privé que dans le public, travaillent dans le domaine de l'interception, et sont confrontés de près à ces questions.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 03 Avr 2012, 19:03

Services secrets à la mode socialiste 3 avril, Philippe Leymarie

« Une astuce de sous-préfecture » : c’est en ces termes que le ministre français de la défense, Gérard Longuet, a brocardé la demande de la commission sénatoriale pour le contrôle de l’application des lois, d’entendre Erard Corbin de Mangoux, directeur général de la sécurité extérieure (DGSE) et Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur (DCRI), sur l’affaire Merah. Ces chefs des principaux « services secrets » devaient cependant être auditionnés à partir du 4 avril par la délégation parlementaire au renseignement, jugée seule compétente, mais qui – depuis sa création en 2008 – n’a fait preuve ni de pugnacité, ni de pédagogie ou de sens de la communication, au point que son existence est quasiment ignorée, et son rôle réel de contrôleur fort douteux.

Le massacre par Mohamed Merah de militaires d’origine maghrébine et d’écoliers de familles juives, à Montauban et Toulouse, au nom d’Al-Qaida – alors que depuis 1996, la France n’avait connu aucun acte terroriste avéré de ce type sur le territoire national – a relancé le débat sur l’efficacité et les éventuelles failles des services de renseignement.

Sur l’affaire Merah en particulier, il a été demandé :

dans quelles conditions la DCRI a été au contact de Mohamed Merah, voire l’aurait pris un temps sous son contrôle, avec un rôle « d’indic », ce qui fait dire à un ex-directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Yves Bonnet, « Ce qui, personnellement, me paraît poser question, c’est que le garçon avait manifestement des relations avec la DCRI, comme on l’a appris à travers les déclarations de Bernard Squarcini lui-même. C’est-à-dire qu’il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Alors appelez ça “correspondant”, appelez ça “officier traitant”… Je ne sais pas jusqu’où allaient ces relations, voire cette “collaboration” avec le service, mais on peut effectivement s’interroger sur ce point. […] Car ce qui interpelle, quand même, c’est qu’il était connu de la DCRI non pas spécialement parce qu’il était islamiste, mais parce qu’il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Or, avoir un correspondant ce n’est pas tout à fait innocent. Ce n’est pas anodin [1]. »
pourquoi les écoutes dont Merah a fait l’objet ont été abandonnées (quatre mois avant les tueries) ;
ce qu’il en a été des allées et venues du jeune homme de la cité toulousaine des Izards en Afghanistan, au Pakistan ;
pourquoi, alors que Merah correspondait au profil de dangerosité défini par Bernard Squarcini – dans un entretien au Monde, le 7 mai 2011 (l’auto-radicalisation du « loup solitaire », un entraînement au Pakistan) –, n’a-t-il pas plus attiré l’attention des services de renseignement [2] ?

Bernard Squarcini répond à certaines de ces interrogations dans un long entretien avec Le Monde, le 23 mars dernier.

Possibles dérives

Sur les services, plus généralement, des interrogations ont surgi :

quels sont les critères de dangerosité, susceptibles de déclencher une action préventive (enquête, infiltration, détention éventuelle) ?
quel est le degré de communication et d’échanges entre les renseignements français et leurs homologues pakistanais ou américains, ainsi qu’entre les services intérieur et extérieur français eux-mêmes ?
dans quelle mesure le partage se fait (ou la confusion s’entretient…), entre l’antiterrorisme pur et dur, ou un dossier plus politique comme l’affaire de Tarnac [3], ou encore une affaire uniquement politique comme celle des « fadettes » des journalistes du Monde – des dossiers dans lesquels est impliquée la même DCRI (née de l’absorption par l’ex-DST, d’une partie des anciens Renseignements généraux [RG], réforme voulue et suivie de près par Nicolas Sarkozy, ancien ministre de l’intérieur devenu président, qui a placé ses proches à la tête de ce nouvel organisme) ?
et quel est le bilan, finalement, de ces quatre ans de DCRI - le « FBI à la française » - qui mêle le renseignement et le judiciaire, avec la possibilité de déclencher des poursuites en amont d’une action terroriste potentielle, gage d’efficacité mais aussi de possibles dérives.

Belle blonde

Dans une enquête publiée en janvier dernier, L’Espion du Président (Robert Laffont), les journalistes Olivia Recasens, Christophe Labbé et Didier Hassoux exhument un élégant propos de Bernard Squarcini, le « squale » de Sarkozy, qui avait été chargé par le président de fusionner les services de renseignement intérieur : « J’ai réussi à mettre en commun la rigueur des ST et le bordel des RG. J’ai récupéré deux mémères, j’en ai fait une belle blonde. Que beaucoup, dans le monde, voudraient avoir dans leur plumard. »

Selon ces journalistes, la DCRI, pour mener ses investigations, peut notamment s’appuyer sur un « groupe des opérations spéciales », où certains techniciens sont spécifiquement chargés des « sonorisations », d’autres ont pour mission de « casser » des ordinateurs et de siphonner des disques durs ou encore de procéder à des écoutes illégales depuis une base en Essonne – le tout dans des conditions douteuses de légalité.

D’où aussi une série de questions sur la transparence et le contrôle de ce « FBI à la française » :

pourquoi la création de ce puissant service unifié de renseignement intérieur n’a-t-elle fait l’objet d’aucune consultation du parlement ?
pourquoi l’accumulation des questions à propos des failles éventuelles des services ne débouche-t-elle sur aucun débat, alors que, dans n’importe quel pays, selon certains, elles auraient mené à la création d’une commission d’enquête, ou au moins d’une mission d’information parlementaire ?
et à propos de Parlement, alors que de nouvelles lois pour lutter notamment contre l’apologie du terrorisme sont annoncées par le président-candidat Sarkozy, pourquoi continuer à empiler des textes réglementaires sans s’assurer au préalable de leur degré réel d’application (ce qui était la démarche de la commission sénatoriale à laquelle les auditions des chefs des services ont été refusées) ?

Pragmatisme revendiqué

Du côté de l’opposition, dans ce domaine du renseignement, un Groupe d’étude et de réflexions sur le renseignement a exploré pendant près d’un an les développements souhaitables au cas où les socialistes viendraient au pouvoir. Ces propositions – qu’on prendra comme un élément de débat plus qu’un véritable programme du candidat du PS, François Hollande – sont résumées dans un « essai » publié l’an dernier par la Fondation Jean Jaurès, sous la signature de Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère et secrétaire national du PS chargé de la sécurité, et Floran Vadillo, un chercheur spécialiste du renseignement.

Les auteurs se réclament d’un « pragmatisme revendiqué, allié au rappel de principes et d’objectifs incontournables », qui permet seul de « concilier efficacité et impératifs démocratiques », ne souhaitant pas « enfermer les services dans un carcan administratif ou politique que favorisent bien souvent ces exercices programmatiques ».

« Le temps n’est plus comme en 1978, où le Parti socialiste semblait totalement ignorant de ces sujets et laissait libre cours à ses peurs et phantasmes », écrivent-ils en préambule. Ils rappellent que le programme commun de la gauche, par exemple, se contentait de promettre que « les polices parallèles seront dissoutes ; le S.D.E.C.E. [ancêtre de la DGSE] sera supprimé », et d’envisager des mesures presque aussi drastiques à l’encontre de la DST et des RG – fondus en 2008, sur décision du président Sarkozy, pour former la DCRI.

« Aujourd’hui, ajoutent-t-ils, dans le cadre de la préparation de l’échéance électorale de mai 2012, le réalisme est de mise sans pour autant que soient reniées les valeurs que porte la gauche (…). Si les services de renseignement ne jouissent pas de la capacité de “sauver le monde”, de renverser les rapports de force ; à l’inverse, l’image qu’ils renvoient parfois d’officines spécialisées dans les “coups tordus” ne correspond pas à la réalité, en dépit de la forte tentation que peut exercer ce genre de pratiques. »

Outils régaliens

Les auteurs affirment que les services de renseignement, « outils régaliens par essence », sont nécessaires à la bonne marche de l’Etat, à la sécurité du territoire national, ou à la défense de la démocratie et des citoyens ; leur autre fonction étant de venir en appui d’une politique de sécurité, d’une politique internationale, d’un positionnement stratégique de la France dans le monde, sur son territoire et face à différentes entités nationales et infranationales : « Les services doivent, pour cette raison, bénéficier de directives claires… Leur potentiel réside dans l’intérêt que leur porte l’autorité politique, la place qu’elle leur réserve dans son processus d’information et sa prise de décision. »

Dans cette optique, Urvoas et Vadillo regrettent la marginalisation du premier ministre ; elle a, sous Nicolas Sarkozy, atteint « un niveau d’intensité jusqu’alors inconnu », le président de la république ayant « personnalisé l’usage des services de renseignement », et ainsi « jeté le soupçon sur le plus anodin de leurs agissements, et sur sa propre légitimité à intervenir dans ce domaine ».

A gauche en revanche, relèvent-ils, « on plaide invariablement pour une conception plus équilibrée qui réserverait au chef de l’Etat une primauté décisionnelle, tout en protégeant la fonction d’éventuelles crises et en assurant une capacité de contrôle démocratique, juste contrepoint à l’irresponsabilité politique de l’hôte de l’Élysée ».

Le suivi du parlement

D’où la série de propositions que formulent les auteurs, d’abord d’ordre général :

vote d’une loi créant un corps juridique à la « communauté française du renseignement » et précisant les modalités de coordination et de contrôle des services spécialisés ;
reconfiguration du Conseil national du renseignement et du rôle du Coordonnateur national ;
création d’un Secrétariat général du renseignement rattaché au premier ministre (constitué à partir de l’actuelle structure de renseignement présente au sein du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, SGDSN).

Sur le plan du contrôle parlementaire (qui n’est pas assuré pour le moment, l’actuelle délégation ne s’occupant que du fonctionnement et des moyens des services, et non de leur activité, et étant soumise au secret-défense) :

élargissement de la composition de la délégation parlementaire au renseignement (dont la création a constitué un progrès, mais qui n’a exercé aucun contrôle réel) ;
création, sur le budget du Parlement, d’un Comité de suivi des services de renseignement placé auprès de la DPR et chargé (en tant qu’expert) du contrôle effectif des activités de renseignement.

Culture du renseignement

En matière de formation, recherche, recrutement, ils proposent une série d’inflexions :

reconfiguration et élargissement des missions de l’Académie du renseignement (qui sera intégrée au secrétariat général du renseignement) ;
efforts accrus pour une mobilité au sein de la fonction publique des membres des services (pour recruter en inter-ministériel) ;
formation par l’Académie des primo-accédants aux services de renseignement (avec création d’un cycle de formation initiale) ;
structuration d’un réseau d’experts et d’universitaires, interlocuteurs privilégiés des services ;
développement d’une culture nationale du renseignement (par des sessions ouvertes à certains chefs d’entreprise, hommes politiques, universitaires, journalistes) ;
développement des études de renseignement (retour d’expériences, recherches universitaires, etc.) ;
nomination des directeurs de service pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois (pour inscrire l’action dans la durée) ;
organisation de la communication des services de renseignement (actuellement embryonnaire).

L’étude propose également une série de mesures à destination des services eux-mêmes, comme une évaluation de la réforme de juin 2008 portant création de la DCRI, la création d’une Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), des efforts accrus concernant le recrutement et la formation des membres de la Sous-direction à l’information générale ou SDIG (la fraction des RG rescapée de la fusion au sein de l’ex-DST), qui devra en outre intégrer la direction du renseignement de la police parisienne (DRPP), ou encore le retrait de la compétence de lutte contre l’immigration clandestine à cette même DRPP, et la restauration de la compétence générale de la gendarmerie nationale.

Agents militaires

Les services dépendant du ministre de la défense n’ont pas été oubliés par les réformateurs socialistes qui préconisent une meilleure gestion des ressources humaines de la DGSE, avec la structuration d’un réseau d’experts ; des efforts également concernant le recrutement à la Direction du renseignement militaire (DRM) qui devra être plus ouvert ; une évaluation de l’activité de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), etc.

La dernière série de propositions concerne « l’intelligence économique », avec un renforcement du rôle défensif des services de renseignement dans ce domaine longtemps ignoré ou sous-estimé ; la création d’une Agence française de l’information ouverte en matière économique ; le renforcement de la coordination des préfets en matière d’intelligence économique, avec des dispositifs régionaux d’alerte et de veille ; ou encore le vote d’une loi encadrant les activités privées d’intelligence économique ...

On trouvera, toujours sous la signature de Jean-Jacques Urvoas une notice explicative plus récente datée du 19 janvier dernier, sous le titre « La RG, la SDIG et après ? Rebâtir le renseignement de proximité ».
Notes

[1] La Dépêche du Midi, 27 mars 2012.

[2] Ainsi que se le demande entre autres François Heisbourg, conseiller à la Fondation pour la recherche stratégique, auteur du récent Espionnage et renseignement : le vrai dossier (Odile Jacob).

[3] Lire David Dufresne, Tarnac, magasin général, Calmann-Lévy, Paris, 2012.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 08 Avr 2012, 08:29

Bernard Squarcini, le SAV du renseignement 27/03 Olivier Tesquet
Décryptage | Le grand patron de la DCRI, très critiquée lors de l'affaire Merah, sait y faire avec les journalistes d'investigation. Et avec L'Elysée, dont il est devenu un précieux porte-parole.

Jeudi 22 mars, 11h27. Le Raid lance l’assaut final contre l’appartement toulousain de Mohammed Merah, après 32 heures de siège. A peine le forcené a-t-il été abattu que la Direction centrale du renseignement intérieur, la DCRI, est prise dans le collimateur. Le « FBI à la française », créé à l’initiative de Nicolas Sarkozy en 2008 par fusion des RG (Renseignements généraux) et de la DST (Direction de la surveillance du territoire), n’aurait pas été capable de repérer le jeune homme, pourtant fiché – et entendu par les policiers du renseignement – depuis 2011. Le lendemain, c’est le grand patron, Bernard Squarcini, qui démine le terrain dans Le Monde. « Nous ne pouvions pas aller plus vite », se défend-il. Etonnant – et assez peu courant – de voir le directeur d’une structure réputée pour son mutisme monter au créneau dans une pleine page.

Dans L'Espion du Président, le livre d'enquête récemment consacré au « système » Squarcini, Olivia Recasens et Christophe Labbé du Point et Didier Hassoux du Canard Enchaîné décrivent le luxe de précautions qui entourent chacun de leur entretien avec l'un des 4 000 fonctionnaires de la DCRI, tous soumis au secret défense : « parcours sécurisés », ajustements de dernière minute, cabines téléphoniques. S'ils parlent, ils risquent la radiation. Le patron, lui, n'hésite pas à se montrer disert quand les circonstances l'imposent. Ne devant rendre de comptes qu'à l'Elysée, il a toute latitude pour jouer la partition du porte-parole.

Dans son enquête Tarnac, Magasin Général, le journaliste David Dufresne brosse le portrait d’un homme affable qui alimente savamment – et selon les besoins du moment – son cortège d’investigateurs de tous poils : « Un flic qui fait le spectacle, une source surinformée qui garantit le bon mot qui tue, un patron à gouaille, c’est toujours utile. » Depuis Montréal, Dufresne – qui a rencontré Squarcini à plusieurs reprises – nous dépeint un « personnage politique, malin, avec de la faconde, qui sait adapter son discours. » Gérard Davet, journaliste d'investigation au Monde (et accessoirement visé par les fameuses fadettes), dépeint de son côté un homme bavard mais aussi langue de bois qu'un responsable politique : « Depuis que je le connais, c'est à dire 20 ans, il a toujours parlé aux journalistes. Mais si vous lisez bien ses déclarations, il n'évoque jamais le cœur de son métier, il ne brise jamais le secret-défense. »

« C’est le service parapluie. » David Dufresne.

Passé aux RG (où l’on pratique le renseignement « ouvert ») avant de prendre la direction de la DST (où personne ne sait sur quoi travaille son voisin, comme à la DCRI), Squarcini désarçonne, louvoie, entre habileté et cynisme. Pour les enquêteurs du sérail, le Squale remplit un rôle de directeur de la communication, il organise le service après-vente. « Ils [les messieurs du renseignement] ont besoin de s’exprimer sur Merah », estime Gérard Davet. « C’est le service parapluie », renchérit Dufresne. « Ça ne me dérange pas qu’il voie des journalistes, mais ça me dérange si les journalistes ne dissèquent pas la construction de l’info. »

Le storytelling dans le plus pur style des hommes politiques rôdés au media training ? Dans l’affaire de Tarnac, Squarcini avait accepté de rencontrer Dufresne pour « exonérer son service » (l’expression est de l’auteur, ndlr). Dans le cas de Merah, il s’est répandu avec force détails dans Le Monde pour justifier son action, pile un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle. Il sait que son destin est lié à celui de Nicolas Sarkozy, qu’il a décidé de servir fidèlement.

Désormais, l’espionnage de journalistes justifie tout au plus un entrefilet sur le site du “ Figaro ”.

Ce que personne ou presque n’a relevé, c’est que ce même 22 mars, le Squale (son surnom) de Levallois-Perret (le siège de la DCRI) a réclamé l’annulation de sa mise en examen dans l’affaire des fadettes... du Monde (quelques heures plus tôt, la justice avait décidé d'abandonner les poursuites contre le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, ndlr). Or, c'est ce scandale au sein du Landerneau médiatique – les factures téléphoniques des journalistes du quotidien épluchées par la police – qui avait provoqué l’ire de l'opposition, réclamant sa tête en décembre. Désormais, tous les yeux sont rivés sur Toulouse, et l’espionnage de journalistes justifie tout au plus un entrefilet sur le site du Figaro. Et puis c’est tout.

Après avoir écouté Le Monde, Squarcini lui parle. C’est le service police du quotidien qui, dès la fin de l’intervention du Raid, a sollicité Squarcini, et obtenu l’accord de la Place Beauvau.Son intervention aura suscité au moins autant de questions qu’elle a offert de réponses. En attendant sa prochaine sortie, pour les réclamations, vous pouvez envoyer un mail à etat-major.dcri@interieur.gouv.fr. Une bonne adresse de SAV.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 12 Avr 2012, 20:18

La vidéosurveillance s'installe à Marseille. 12/04, AFP

Un centre de supervision urbaine (CPU), contrôlant les images de 53 caméras de vidéosurveillance déjà installées dans l'hypercentre de Marseille, a été inauguré jeudi, première étape d'un vaste programme visant à la mise en place de 1.800 caméras à la fin 2014.

"C'est un outil exceptionnel", qui permettra "une plus grande réactivité" des forces de police et de la justice, et "un meilleur contrôle", a affirmé le sénateur-maire (UMP), Jean-Claude Gaudin.

En mai, il y aura 108 caméras, puis 180 d'ici à la fin de l'été, 360 début 2013, année durant laquelle Marseille sera capitale européenne de la culture (10 millions de visiteurs sont attendus, selon M. Gaudin), avant d'atteindre le chiffre de 1.800 au total fin 2014.

Pour l'instant limitées au centre-ville, installées à des "points stratégiques", ces caméras seront présentes à terme "dans tous les arrondissements", a précisé M. Gaudin.

Le CPU, exploité 24 heures sur 24 et sept jours sur sept par 38 agents répartis en six équipes, fonctionne dans les faits depuis le 1er avril dans des locaux provisoires, à la Friche de la Belle de Mai, avant son installation définitive dans le quartier de la Joliette.

Il a déjà permis "deux interpellations à la suite de flagrants délits", s'est félicité le directeur la police municipale de Marseille, Marc Labouz.

"Les résultats sont exceptionnels: les images sont des supports de preuves remarquables", a souligné M. Labouz, précisant qu'à Paris, en trois mois, pas moins de 700 interpellations en flagrant délit avaient été réalisées grâce à un tel système.
Nico37
 
Messages: 8488
Enregistré le: 15 Sep 2008, 10:49

PrécédenteSuivante

Retourner vers France

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun-e utilisateur-trice enregistré-e et 0 invités