Handicap Et Révolution

Handicap Et Révolution

Messagede Spike » 27 Mar 2012, 14:55

Voici un texte sur lequel je travaille depuis 6 mois et qui sera amené à évoluer selon vos questions, remarques et commentaires. Merci à ceux qui prendront le temps de le lire!

][center]HANDICAP ET REVOLUTION.[/center]


INTRODUCTION: QU' EST-CE QUE LE HANDICAP?

Qu'est-ce que le handicap? Cette question qui semble au premier abord totalement légitime, ne l'est pas du tout en réalité. Tout d'abord parce que plusieurs études sérieuses ont déjà été menées sur le sujet et que selon les critères de classification et les catégories qui en découlent, le nombre de personnes handicapées en France fluctue entre quelques milliers et douze millions! Ensuite parce que, définir une personne handicapée comme étant une personne ayant une déficience mentale ou motrice, c'est accepter l'idée qu'il existe des individus parfaitement sains et normaux, c'est faire l'impasse sur le vécu et les sensations personnelles que chacun de nous éprouve en vivant avec son handicap, et c'est également faire le jeu de ceux qui désirent nous ranger dans des cases sans que nous puissions en sortir. Non seulement cela permet de justifier toutes les idéologies fascistes, mais cela contribue à hiérarchiser l'espèce humaine et a briser la solidarité qu'il peut parfois exister. Le handicap fait parti de nous, mais nous ne pouvons y être réduits. Nous ne sommes pas des anormaux. Nous sommes des variantes uniques du génome et de l'Humain et nous ne devons jamais oublier que les individus ne sont handicapés que par la vision d'autrui.

I-LE HANDICAP AU SEIN DU MODE DE PRODUCTION CAPITALISTE

Jours après jours le capitalisme laisse de plus en plus de gens sur le trottoir... Des exclus... des parias...
Aujourd'hui, les handicapés sont au rang de ceux là...
De ceux qu'on dit vouloir intégrés, mais qui ne seront jamais tout à fait comme les autres, et dont les conditions de vie sont finalement totalement niées.
Nous devons ainsi quotidiennement faire face aux regards accusateurs, aux jugements hâtifs et aux remarques blessantes rappelant les heures les plus sombres de notre histoire, nous ramenant ainsi au rang de sous-hommes. Mais finalement il n'y a rien de surprenant à cela, puisque cette attitude est cautionnée par l'Etat. En effet, avec un taux de chômage atteignant les 20% (1) nous constituons la population la plus touchée par celui-ci et nous sommes également les personnes les plus discriminées en France (2)! Il ne faudrait pas non plus oublier que certains d'entre nous ne peuvent pas faire face à tout cela car les endroits où ils vivent ne sont pas adaptés pour qu'ils puissent se déplacer, ou bien parce qu'ils n'arrivent pas à affronter le regard des autres.
Alors bien sûr nous pouvons demander de l'aide... Une aide occasionnelle que nous trouvons lorsque nous voulons traverser un trottoir, ou encore retirer de l'argent au distributeur. Mais qui prendra le temps de faire notre connaissance et de nous aider pour aller voir un concert ou un film que nous avons envie d'aller voir? Plus grand monde... Sûrement par peur de ne pas savoir comment s'y prendre, peur des responsabilités que cela implique ou peur du regard des autres. Ainsi, nous devons constamment faire appel aux même personnes au risque qu'elles soient lassées et épuisées. Mais vous êtes vous déjà demandé ce que ça fait de toujours devoir demander de l'aide, de toujours être discret afin que, malgré tout ce qu'on demande, on ne s'impose pas? Cette aide peut prendre différentes formes, car selon le types de handicap, il peut par exemple s'agir d' aide pour se déplacer ,manger, écrire, s'habiller, prendre une douche ou bien mettre en place une sexualité...

Aujourd'hui, la sexualité des personnes handicapées est un sujet tabou. Pourtant nous ne sommes pas des êtres assexués et nous avons également droit au plaisir. Il est indéniable qu'une sexualité épanouie permet de ce construire psychologiquement et humainement. Dans les réunions où la question de la sexualité des personnes handicapées est abordée, la seule réponse apportée est souvent celle de la prostitution.

Mais analysons concrètement la situation.

Selon l'article 1 du décret du 5 novembre 1947 de la loi Française, la prostitution désigne "l'activité d'une personne qui consent habituellement à des rapports sexuels avec un nombre indéterminé d'individus moyennant rémunération". Ici le terme de "rémunération" peut être pris au sens large: argent mais également objets à valeur marchande ou même services (3). Bien qu'elle existait bien avant le Moyen-Age, la prostitution s'est considérablement développé avec l'avènement des sociétés marchandes (4). Dans celui-ci trois types de personnes différentes interviennent: les prostituées de sexe majoritairement féminin, les clients et les proxénètes de sexe essentiellement masculin. D'après l'article 225-5 du code pénal, (5) toute personne qui aide, assiste, protège, embauche des personnes, exerce une quelconque pression à des fins de prostitution ou tire profit d'actes sexuels rémunérés, est considéré comme proxénète. Cependant en France, malgré sa démarche abolitionniste, la prostitution n'est pas interdite et les proxénètes continuent à exploiter les prostitué(e)s.
Mais, depuis le milieu des années 70, des collectifs de prostitué(e)s se sont constitués afin de contrer le discours abolitionniste qui fait d'eux et d'elles des victimes, et ainsi faire entendre leurs voix. Cependant, ces collectifs affirment ne pas être consultés, ni par le gouvernement ni par les associations abolitionnistes, lorsqu'une décision qui les concernes est prise. Ces collectifs, tel le STRASS (Syndicat des TRAvailleurs du Sexe) en France, réclament que la prostitution soit reconnue comme un métier à part entière, que les travailleurs(euses) du sexe ne soient plus considéré(e)s comme des inadapté(e)s sociaux(ales) et qu'ils et elles puissent bénéficier de tous les droits inhérents à l'exercice de leur profession, qu'un titre de séjour soit délivré à tou(te)s les prostitué(e)s étrangers(ères) victimes d'exploitation, la multiplication des campagnes de prévention contre le Sida et autres IST, ainsi que l'abolition des lois sur le racolage passif et le proxénétisme qui, non seulement ne mettent pas fin au "proxénétisme d'exploitation" (ou "de contrainte"), mais qui de plus criminalise encore davantage les prostitué(e)s. Néanmoins, ces collectifs ne nient pas que la traite des femmes et la prostitution forcée existent et se battent justement pour l'indépendance des prostitué(e)s et la criminalisation des proxénétisme de contrainte (6).
Mais le monde de la prostitution est un monde complexe qui nécessiterait une étude beaucoup plus approfondie...
Au premier abord, l'assistance sexuelle peut ressembler à de la prostitution mais en y regardant de plus près on s'aperçoit qu'il n'en est rien.
Une enquête menée en 2009 par la sexo-pedagogue Anne Doat montre qu'en France la demande pour la mise en place d'aidant(e)s sexuel(le)s est très importante:

Questionnaire (7)

Question
Pensez-vous que cette fonction peux-être utile en France?
Oui: 90%
Non: 0
Ne sais pas: 10%


Etes vous favorable à l'organisation d'une association en France?
Oui: 90%
Non: 0%
Ne sais pas: 10%

Pour vous, cette fonction d'assistant sexuel est ce de la prostitution?
Oui: 10%
Non: 70%
Ne sais pas: 20%

Une forte majorité des personnes interrogées lors de cette enquête disent que l'assistance sexuelle n'est pas de la prostitution. Or, le lieu commun est de croire que la plupart des prostitué(e)s sont exploité(e)s par des proxénètes. Mais à l'image de ceux mis en place en Suisse, en Belgique, en Allemagne et en Hollande, les assistant(e)s sexuel(le)s français(es) seront des personnes volontaires, travaillant essentiellement dans le milieu médical, ce qui garantira leur indépendance financière et qui connaîtront ainsi les pathologies liées au handicap. Ainsi, l'argent ne sera donc pas l'élément de motivation premier des assistant(e)s sexuel(le)s qui bénéficieront également d'une formation médicale de 500 heures, concernant les besoins sexuels des personnes handicapées. Du fait que l'argent généré par l'assistance sexuelle ne constituant pas les principaux revenus de ces personnes, l'argent pourrait être supprimé. De plus cette assistance ne s'adresserait qu'aux personnes très lourdement handicapées. Ces quelques précisions permettent de différencier la prostitution de l'assistance sexuelle. Cependant si à ce jour les partisans de l'assistance sexuelle demandent une exception à la loi, ce n'est pas pour rapprocher l'assistance sexuelle de la prostitution, mais bien parce qu'aujourd'hui tout intermédiaire entre la personne handicapée et l'assistant(e) sexuel(le) est considérée comme proxénète.
S'il est vrai que la demande pour une assistance sexuelle est essentiellement masculine et s'adresse donc en priorité aux femmes, ce qui reproduit le schéma de l'exploitation patriarcale, il me paraît absurde d'en tenir les personnes handicapées pour responsables, car la grande majorité d'entre nous, du fait du combat quotidien qu'ils et elles doivent mener pour survivre au sein du capitalisme, ne sont pas politisés. Cependant l'absence de l'affirmation des besoins sexuels féminins peut être éclairée par plusieurs éléments, car en plus de devoir, comme toute les femmes, faire face au sexisme régnant dans nos sociétés et qui s'exprime dans la publicité, les magazines, les religions, le monde du travail ou les insultes , la femme handicapée doit affronter "la tyrannie de la norme et de la normalité" (8), qui voit en elle une femme diminuée incapable d'avoir des enfants et de s'en occuper. S'il est communément admis qu'en France une femme sur dix est victime d'agressions sexuelles ou de maltraitance dans son milieu familial, ce qu'on sait moins par contre c'est qu'une femme handicapée sur trois doit faire face à ce type de violence au sein de sa famille et il en est de même dans les institutions (9). Ces violences familiales et institutionnelles peuvent s'expliquées de différentes manières: du fait de leur handicap ces femmes sont souvent plus fragile et plus dépendantes que les autres ce qui mène souvent à la surprotection, ainsi elles n'ont pas appris à dire non et se sentent coupables de ce qui arrivent. La dépendance induite par le handicap est également souvent retourné contre ces femmes par les personnes qui abusent d'elles et, ayant une mobilité considérablement réduite, elles ne peuvent pas agir aussi aisément que les femmes valides, aussi bien physiquement que juridiquement, contre les actes de leurs agresseurs car elles ne sont pas prises au sérieux par les autorités compétentes (10). Malheureusement, le mépris et la violence envers la sexualité des personnes handicapées existent aussi dans d'autres pays...(11) Bien évidemment l'assistance sexuelle ne remplacera jamais une relation amoureuse dans laquelle chacun se donne pleinement l'un à l'autre, mais elle pourrait permettre d'éveiller des sentiments inconnues pour des personnes pour qui la construction d'une vie affective est compliquée, car pour nous, personnes handicapées, s'il est évident que chacun fait ce qu'il veut de sa vie sentimentale, on a parfois l'impression que personne handicapée ne peut pas être un(e) partenaire potentiel, et derrière chaque refus subsiste le doute d'être rejeté à cause de notre handicap, ce qui est extrêment culpabilisant. Cependant, afin d'éviter toute confusion entre prostitution et assistance sexuelle, il me semble préférable que celle-ci soit assurée bénévolement. Mais l'assistance sexuelle n'est qu'une réponse parmi d'autres auxquelles il nous faut réfléchir. Cependant, bien qu'il soit théoriquement illégal d'interdire toute personne handicapée d'avoir des rapports sexuels (12), cette pratique est violemment réprimée par les institutions...
Mais la violence envers les femmes handicapées au sein des institutions spécialisées ne s'arrête pas là puisque derrière la négation de leur sexualité se cache aussi la peur et la négation de leur maternité. C'est ainsi que les femmes handicapées y sont stérilisées de force (13).

Les différentes structures pouvant accueillir les personnes handicapées peuvent être classées en deux catégories (14):

-Les établissements pour enfants:




• IME (Institut médico-éducatif )


• IEM (Institut d’éducation motrice)


• SESSAD (15)(Service d’éducation spéciale et de soins à domicile )


• CAMSP et CMPP (Centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP) et Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP))

• Etablissements pour enfants et adolescents polyhandicapés


• ITEP (Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique)


• Institut d'éducation sensorielle


• CAFS (Centre d’accueil familial spécialisé)




Réadaptation professionnelle
Etablissement de réadaptation/rééducation professionnelle pour adultes handicapés 

Sous cette appellation sont regroupés les centres de préorientation qui proposent, à partir d'un diagnostic préalable, l'orientation des personnes handicapées notamment dans les centres de réadaptation professionnelle. Ils sont dotés de moyens techniques d'apprentissage et de formation générale. Ils ont pour objectif de faciliter la réinsertion sociale du travailleur handicapé en vue de l'exercice d'une profession en milieu protégé ou en milieu ordinaire de travail.


• ESAT (Etablissement et service d’aide au travail)


• Entreprise adaptée (EA)


• SAVS (Service d’accompagnement à la vie sociale


• Foyer de vie ou occupationnel


• Foyer d'hébergement


• FAM (Foyer d’accueil médicalisé)


• MAS (Maison d’accueil spécialisée) 


Si le placement de la majorité d'entre nous dans l'un ou l'autre de ces lieux d'accueil dépend, de notre âge, de notre autonomie et de nos capacités physiques et intellectuelles, le regard que nous portons sur les institutions où nous avons grandis semble unanime: si une solidarité et une fraternité face à l'adversité et la différence naissent souvent au sein de ces lieux de vie que sont les IEM ou IME, ces structures sont aussi et surtout des lieux où nous sommes mis à l'écart du monde extérieur, et où nous n'avons aucun pouvoir de décision sur tout ce qui régit nos vies. Ces institutions permettent notre scolarisation et ont également l'avantage de regrouper une équipe médicale spécialisée qui nous encadre et qui répond aux besoins qu'occasionnent nos handicaps. Mais, en plus de ne pouvoir choisir quelles personnes nous voulons pour notre accompagnement, comme toute personne choisit ses médecins, la distance mise entre nous et les encadrants (médecins et éducateurs), au nom de de la professionnalisation, nous empêche de créer des relations véritablement amicales. Dans certains de ces établissements se trouve un internat, parfois également ouvert le week-end et une partie des vacances, dans lequel, les règles de vie qui sont adoptées sont parfois tellement éloignées de celle de la société qu'elles rendent encore plus difficile la confrontation avec le monde réel. Certains alors, y passe la semaine car leur famille étant domiciliée trop loin, ils ne pourraient être scolarisés et d'autres, dont la famille n'arrive plus à affronter le handicap y passe leur vie...(16)

Il existe aujourd'hui plus de 2000 établissements en France (environ 1450 ESAT et 650 EA) pouvant spécifiquement accueillir des travailleurs handicapés (17).
Suite à la loi du 11 février 2011, les Etablishments et Services d'Aide par le Travail (ESAT) ont remplacés les Centres d'Aide par le Travail (CAT). Si le nom a changé, les conditions d'exploitations sont sensiblement les même.
Les ESAT sont des structures médico-sociales ouvertes à tous types de handicap. Cependant les places au sein de ces institutions sont prioritairement destinées à ceux d'entre nous qui ne peuvent pas travailler, à temps plein ou à temps partiel, de manière indépendante, ni dans une entreprise ordinaire ou adaptée, ou bien travailler à domicile. Ceux qui y sont acceptés sont âgés d'au moins vingt ans et ont une capacité de travail inférieur ou égale à 33%. L'orientation en ESAT se fait par l'intermédiaire de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) et plus particulièrement au sein de la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) (18).
Après une période d'essai de 6 mois qui a pu être renouvelée une fois, le ou la travailleur(euse) handicapé(e) signe un contrat d'aide et de soutien par le travail, contrat qui le lie à l'ESAT pendant un an. Mais le travailleur(euse) n'acquiert pas pour autant le statut de salarié et si cela lui permet en théorie de ne pas être mis(e) à la porte, en cas de litige cela affaiblit considérablement ses moyens de défense: pas de comité d'entreprise, pas de syndicats, pas de délégué du personnel, mais uniquement un conseil d'établissement, et impossibilité de recourir aux prud'hommes en cas de renvoi (19). Bien qu'une des premières missions de l'ESAT soit de développer les capacités de ceux d'entre nous qui y travaillent pour qu'ils puissent peu à peu travailler en milieu ordinaire, en analysant la situation, on s'aperçoit que, pour les rares qui parviennent à s'extirper du monde particulier des ESAT, grâce à une "mise à disposition" pour une entreprise ordinaire qui ne peut excéder une durée de 2 ans par contrat, ces établissements deviennent souvent des lieux de replis après un licenciement qui peut être notamment dû à un manque de productivité, un manque d'autonomie etc... Cependant les ESAT sont des entreprises en parti subventionnées par l'Etat, et comme toutes entreprises ils ont des obligations de rendement et de productivité, sous peine de voir leurs subventions baissées et, à plus long terme, de devoir fermer (20). En travaillant 35 heures par semaine, la personne handicapée perçoit une "rémunération garantie", qui n'est pas considérée comme étant un salaire et ne cotise donc pas au chômage. Cette rémunération garantie est comprise entre 55% et 110% du SMIC et se compose d'une part financée par l'ESAT, qui ne peut être inférieur à 5% du SMIC, et d'une "aide au poste" versée par l'Etat, qui ne peut être supérieure à 50% du SMIC. Si le financement du travailleur(euse) handicapé(e) par l'ESAT est comprise entre 5% et 20% du SMIC alors l'aide au poste sera égale à 50% du SMIC. Si la rémunération de ce(tte) travailleur(euse) par l'ESAT est supérieure à 20% du SMIC, alors l'aide de l'Etat diminue de 0,5% à chaque fois que la subvention de l'ESAT augmente de 1%. Ainsi, ceux et celles d'entre nous qui travaillent en ESAT bénéficient généralement d'une rémunération allant de 70 à 90% du SMIC, qui est complétée par une Allocation Adulte Handicapé (AAH) qui permet d'arriver au montant du SMIC. Lorsqu'une personne travaille à temps partiel, la "rémunération garantie" est réduite proportionnellement (21).
Les Ateliers Protégés devenus depuis 2005 les Entreprises Adaptées (EA), sont des structures devant employer au moins 80% de personnes handicapées qui sont elles aussi subventionnées par l'Etat qui verse une "aide au poste" égale à 80% du SMIC brut par mois. Mais, contrairement aux ESAT, au sein des EA le code du travail est en vigueur et tout salarié dispose de toutes les conditions de représentation ordinaires (CE, syndicats etc...). Lorsqu'il travaille dans ce type d'entreprise, le ou la salarié(e) handicapé(e) ne peut être payé en-dessous du SMIC, mais sa rémunération ne peut excéder 130% du SMIC (22).
Pour autant il faut également savoir que lorsqu'une personne handicapée, travaillant en ESAT, en EA ou en milieu ordinaire, gagne un salaire supérieur au SMIC, l'Allocation Adulte Handicapée lui est purement et simplement retirée!

Mais la vie à l'extérieur n'est pas beaucoup plus facile. Que l'on ait ou non passé plusieurs années dans des institutions, il est toujours difficile de ne pas être infantilisé et de se faire respecter, surtout quand on a constamment besoin d'aide. Faire appel à un(e) Auxiliaire de Vie Sociale (ou Scolaire tout dépend des besoins) (AVS), c'est faire entrer dans nos vies une ou plusieurs personnes qui nous sont totalement inconnues et leurs dévoiler une partie de notre intimité matérielle et physique et perdre ainsi presque toute vie privée. Ces personnes sont de plus en plus souvent recrutées parmi les chômeurs de longue durée et connaissent donc extrêmement mal le handicap et toutes ses variations. Or ce métier demandant un engagement énorme et beaucoup de temps afin de mieux comprendre la personne handicapée et ses besoins, ne peut pas être accomplit dans une démarche uniquement alimentaire. Mais c'est pourtant ce qui arrive et nous sommes alors réduit à l'état de simples objets. Plusieurs causes peuvent expliquer cette attitude méprisante: le manque de formation professionnelle, le minutage général de la prestation, les tâches ingrates qu'il faut parfois effectuer, la peur du handicap, le fait que ce travail soit sous-payé... Les trop faibles moyens qui leurs sont alloués et le fonctionnement interne de ces entreprises font qu'il est difficile de répondre à toute la demande existante. Ainsi, pendant une journée un(e) AVS voit un grand nombre de personnes et ne peut donc pas construire des relations amicales allant au-delà du handicap avec les personnes dont elle s'occupe. Et même avec ce service qui devrait nous mener vers plus d'autonomie, tous nos besoins vitaux, comme se lever, manger, se laver, se coucher, dépendent de la disponibilité des AVS (23).

On se rend finalement compte que la personne handicapée n'a pas sa place au sein du néolibéralisme et de son corollaire économique le capitalisme, car elle ne répond pas aux normes morales, nous sommes souvent infantilisés et débilisés par le regard des autres, physiques, car certains d'entre nous ont besoin d'aide pour tous les gestes de la vie quotidienne, esthétiques à cause des traces que laisse le handicap sur nos corps et économique puisque, quand nous ne sommes pas au chômage, notre faible niveau d'instruction nous destine à des emplois précaires et que notre force de travail est généralement plus faible que celle d'un autre travailleur, nous sommes donc moins rentables pour la société. Or, si notre situation financière est souvent critique, nous avons besoin de moyens considérables pour nos soins supplémentaires (kiné, hospitalisation), notre vie quotidienne (Auxiliaires de Vie Sociales, fauteuil roulant manuel ou électrique) et notre autonomie (voiture adaptée, accessibilité de notre logement etc...). Par le social-darwinisme économique qu'il impose et sur lequel il est construit, le capitalisme nie les besoins élémentaires de millions d'hommes et de femmes et fragilise encore davantage des personnes déjà affaiblies par leur situation physique, psychique ou économique. Ainsi, il n'est pas rare d'entendre que des parents ont attenté à la vie de leur enfant handicapé car il ne supportaient plus le poids du handicap. En brisant toutes les possibilités de vie décente et d'autonomie, la société capitaliste fait de nous des "assistés". Mais qui sont les plus assistés: les personnes handicapées qui vivent avec 720€ par mois ou les banques du monde entier qu'on a renfloués à grands coups de milliards d'euros?

II-HANDICAP ET REVOLUTION

Aujourd'hui le handicap est entouré de tabous. La sexualité en est un, la scolarité en est un autre et le handicap dans son ensemble peut aussi en devenir un. Mais ces tabous, tout comme le mensonge de la normalité, ont été créés par la bourgeoisie conservatrice et c'est elle qui par sa vision des choses détermine ce qui nous est possible et ce qui nous est impossible, ce qui est vivable et ce qui ne l'est pas. En effet, lors de la révolution industrielle l'arrivée des machines dépeupla les campagnes et mit fin aux entreprises artisanales familiales dans lesquelles les personnes handicapées avaient leur place. Ainsi, l'ouvrier chargé de la production des machines ne devait avoir aucune déficience qui l'empêcherait d'utiliser ces machines. Puis, l'exigence grandissante de productivité, les cadences de travail et les normes de production finirent par totalement exclure les personnes handicapées du processus de production (24).

Ainsi, le capitalisme est la cause première de notre handicap et le combat quotidien que nous devons y mener pour survivre est épuisant et ne nous laisse donc que peu de temps pour développer une conscience révolutionnaire. Parfois, le handicap réduit ainsi considérablement l'accès à la culture puisque beaucoup d'ouvrages essentiels sont tous simplement introuvables en caractères agrandis, en braille ou sur CD. Enfin, l'influence des oeuvres caritatives religieuses, n'est probablement pas négligeable dans la non politisation des personnes handicapées. Pourtant, comme je l'ai précédemment montré avec les 220 méthodes d'action non violente (25), nous avons totalement notre place dans le processus révolutionnaire. En période révolutionnaire nous pourrons être impliqués dans toutes actions de soutien moral et pratique envers ceux qui en auront besoin et nous pourrons assurer la formation des nouveaux militants. Il nous faut donc détruire le capitalisme pour bâtir un monde nouveau dont les bases ont été pensées il y a plusieurs siècles.

Au sein du capitalisme nous sommes une force productive, le plus souvent imposée au patronat par les quotas de 6% de personnes handicapées obligatoire dans toute entreprise d'au moins cents salariés, qui est fortement précarisée (manque de formations, chômage) et exploitée (salaire inférieur au SMIC dans les ESAT). Dans la grande majorité des cas nous vendons notre force de travail à des entreprises et nous ne possédons pas les moyens de production sous forme de biens. Nous faisons donc parti du prolétariat. En tant que prolétaires nous faisons donc parti de la classe ayant tout intérêt dans la révolution.

Or jusqu'à ce jour les institutions réformistes fortement bureaucratisées nous ont toujours laissé que des miettes, se souciant beaucoup plus de leurs intérêts personnels que de ceux du peuples et des personnes handicapées. Au contraire, les grands bouleversements sociaux et culturels, et ce dans tous les domaines, ont toujours été le fait de révolutions.

Aujourd'hui que ce soit dans la vie quotidienne ou dans nos combats face au capitalisme nous sommes isolés car les rares luttes impulsées dans le domaine du handicap sont le plus souvent menées pour les personnes handicapées et non pas par les personnes handicapées.
Actuellement beaucoup de personnes handicapées sont affectées par la solitude. mais la réflexion personnelle et collective, le partage, la solidarité, l'entraide et l'amitié que nous retrouvons dans des groupes d'action et de formation ainsi que dans le syndicalisme révolutionnaire, permettent de se construire petit à petit au contact des autres tout en combattant l'emprise quotidienne du capitalisme en reprenant peu à peu le contrôle de nos vies.

Mais pour que nous renversions le capitalisme lors de la révolution, nous devons construire une organisation de masse. Pour que cette organisation soit véritablement unitaire, il faut qu'elle fédère tous les courants de pensées révolutionnaires traversant le prolétariat tout en préparant la gestion socialiste de la société par les travailleur(euse)s eux (elles)-même sans justifier l'existence d'une avant-garde pouvant s'avérer contre-révolutionnaire.. Cette organisation ne peut donc être le parti politique, même révolutionnaire, car il nécessite l'adhésion à une idéologie précise. Il faut donc que cette organisation soit indépendante de tous partis politique. Or, historiquement cette organisation c'est le syndicat. Mais aujourd'hui le mouvement syndical est divisé. Cependant pour instituer un rapport de force favorable à notre classe nous devons être unis, ce qui implique la réunification de toutes les structures syndicales portant un projet révolutionnaire: CGT, SUD, CNT, FO, FSU et autres syndicats oppositionnels afin de construire le front unique révolutionnaire.

Pour renforcer cette unité les différentes professions seront regroupées par syndicat d'industrie (26) qui en plus d'empêcher le corporatisme, enrayera efficacement la stratégie de division des travailleurs en empêchant leur mise en concurrence, leur permettra de connaître l'ensemble du fonctionnement de leur branche et facilitera la reprise en main de l'économie par les travailleur(euse)s lors de la révolution. Quant à nous, nous pourrons alors créer des liens de camaraderie et trouver une place dans la reconstruction de la société, tout en menant nos luttes avec des valides à nos cotés et ainsi mettre fin à la barrière valides / handicapés qu'il peut parfois exister.
De part sa nature polymorphe, le handicap se trouve au point de rencontre entre différents corps de métiers: les transports, le bâtiment, le médical... Grâce à sa dimension interprofessionnelle, aboutira à une meilleure coordination des différents secteurs d'activité où le handicap doit être pris en compte et facilitera également notre regroupement afin de porter nos revendications d'une seule voix.

Cette solidarité naissante sera renforcée par la redynamisation des Bourses du Travail (27) au sein desquelles les prolétaires sont organisés au niveau local, ou nous pourront commencer à mettre en pratique nos principes en mettant en place des services d'entraide socialisés tels que des formations professionnelles, des écoles, des cantines collectives, etc qui courcircuiteront celles de l'Etat et ainsi permettre l'édification d'une contre société ouverte au plus grand nombre et ce, dans toutes ses activités: loisir, travail, éducation... Nous pourrons ainsi développer des liens avec des camarades géographiquement proches de nous ce qui rendra encore une fois possible une meilleure appréhension du handicap (28).

III-LE HANDICAP EN SOCIETE ANARCHISTE

La société libertaire étant ouverte à tous, nous y trouveront naturellement notre place. C'est alors seulement que nous serons l'égal de tous et que nous pourront pleinement prendre les décisions nous concernant. Pour que cela soit possible, nous devrons sensibiliser toute personne au handicap er cette sensibilisation, même partielle, pourra dissiper une peur éventuelle et être décisive dans certains domaines comme l'accessibilité des bâtiments.
Ainsi, tous les lieux devront être accessibles aux plus handicapé(e)s d'entre nous, car tout endroit qui nous sera accessible le sera aussi à toute personne n'ayant aucune difficultés. La mise en commun de nos expériences respectives du handicap sera alors nécessaire lors de la rénovation ou de la construction de nouveaux bâtiments, ou l'utilisation d'ascenseurs et de rampes d'accès devra être systématique.

Alors qu'aujourd'hui prendre les transports en communs relève du parcours du combattant, ils pourraient tous nous être accessibles si tous les arrêts étaient munis d'un ou plusieurs ascenseurs en état de marche, si l'accès à la rame nous était favorisé par une construction au ras du sol et proche du quai et si les places handicapées étaient plus nombreuses. En effet, là où aujourd'hui il n'y a que deux places accessibles par TGV ( dont une seule destiné à un fauteuil), la multiplication des places adaptées, une trentaine par rame, 20 avec des sièges pour les personnes handicapées pouvant se transférer et qui pourraient être utilisées par des valides lorsqu'elles ne sont pas nécessaires, et 10 réservées pour les personnes ayant un handicap plus lourd, devraient nous permettre de vivre de façon plus spontanée en facilitant grandement notre autonomie.

La disparition de l'argent, en plus de mettre fin à la hiérarchie entre riches et pauvres, garantira une plus grande égalité entre les hommes en remettant les besoins humains au centre de la société. Cela mettra également fin à la prostitution telle que nous la connaissons et la question de l'assistance sexuelle serait résolue, puisque les personnes assurant cette activité, le ferait uniquement par plaisir ce qui permettra de construire une relation sur de véritables sentiments
Ainsi, l'aide qui nous sera quotidiennement apportée naîtra à partir de relations d'entraide plus saines envers les personnes handicapées, car elles ne seront plus guidées par un quelconque rapport à l'argent. De ce fait, cette aide serait assurée par une ou plusieurs personnes qui nous voient évoluer au quotidien et qui appréhenderaient jours après jours, les changements physiques et psychologique de notre handicap. Une confiance mutuelle et une connaissance de l'un et de l'autre, se construirait alors entre nous et les personnes désirant nous aider.

Tout individu étant petit à petit sensibiliser au handicap, nos besoins et nos envie seront de mieux en mieux compris(es) et respecté(e)s et nous pourront bénéficier du temps nécessaire à notre apprentissage et à la découverte de nouvelles choses. Alors qu'aujourd'hui un enfant handicapé scolarisé en milieu ordinaire n'a le choix qu'entre la négation de son handicap, parce qu'après tout "c'est un enfant comme les autres", ou le regard misérabiliste renvoyant l'image du "pauvre handicapé", au sein de la société libertaire les enfants valides et handicapés seront constamment mélangés, non pas comme c'est le cas aujourd'hui, pour faire disparaître la peur du handicap chez ceux qui n'y sont pas confrontés mais bien pour que chacun puisse s'épanouir pleinement au contact de l'autre. Alors qu'aujourd'hui une très faible proportion d'enfants handicapés sont scolarisés en milieu ordinaire (29), dans la société libertaire tout enfant, quelque soit son handicap, aurait droit à une scolarisation aux côtés des valides. Mais le partage des connaissances ne subira aucune limite d'âge, puisque toute personne désirant approfondir ses compétences dans un domaine ou en découvrir d'autre pourra effectuer une formation.

L'éducation parentale pourrait être assurée par plusieurs personnes afin de soulager une éventuelle famille pour qui le handicap de leur enfant devient trop lourd en tenant compte des envies de l'enfant et des personnes qui souhaitent s'engager. Ceci permettrait une meilleure connaissance du handicap dans l'ensemble de la société.
Enfin, afin que toute personne handicapée autonome puisse vivre là où elle le souhaite, il faudrait que toute habitation soit de plein pied. Pour les actes les plus difficiles (coucher, douche, etc...) qui peuvent nécessiter de l'aide, nous pourrions créer une "équipe de veille" constituée de volontaires, dont les membres changeraient plusieurs fois par jour et que les personnes handicapées pourraient contacter à chaque fois que cela est nécessaire. Cette aide ponctuelle pourrait également être facilité si certains moments de la vie quotidienne, repas notamment, se déroulaient les uns avec les autres.

SEULE UNE REVOLUTION SOCIALE PERMETTRA L'ENTIERE EMANCIPATION DES PERSONNES HANDICAPEES, ET CETTE EMANCIPATION SERA L'OEUVRE DE L'ENSEMBLE DE NOTRE CLASSE!!

Merci à toutes les personnes ayant participées de près ou de loin à l'élaboration de cet article et à toutes celles qui prendront le temps de le lire.

Spike (2011)

NOTES: [/justify]
(1): http://www.inegalites.fr/spip.php?article549&id_mot=90
(2): http://www.slideshare.net/gduboz/les-di ... -handicaps
(3): http://www.sosfemmes.com/sexwork/sexwork_droit.htm
(4): Claudine LEGARDINIER : "La Prostitution" ed. Milan p.6,7
(5): http://www.legifrance.gouv.fr/affichCod ... e=20111013
(6): http://site.strass-syndicat.org/wp-cont ... lients.pdf
(7): http://www.quelsexe.com/article.php?ar=21
(8): Expression emprunté au livre de J. Vanier et J Kristeva Leur Regard Perce Nos Ombres ed. Fayard 2011
(9): http://informations.handicap.fr/art-new ... 3-3278.php
(10): http://www.haxy.be/610/
(11): http://www.handicaps.ca/index.php?optio ... Itemid=187
(12): http://www.rue89.com/rue69/2011/04/09/p ... aux-197981
(13): http://www.feministes.net/sterilisation_handicapees.htm et http://lesrapports.ladocumentationfranc ... 6/0000.pdf
(14): Pour de plus amples informations sur les différentes structure existantes vous pouvez consulter la page: http://www.mdph77.fr/le-glossaire-des-etablissements
(15): Le SASSAD ainsi que les CMPP / CAMSP sont ici mentionnés à titre purement indicatifs, car on ne vit pas dans ces deux institutions.
(16): A lire par exemple sur le sujet: Alexandre Jolien: Eloge De La Faiblesse ed. PUF 1999
(17): http://www.handeco.org/
(18): cf Guide du handicap mars-avril 2010, ed. ESF p.95 à 100
(19): http://www.atoute.org/n/forum/showthread.php?t=117309
(20): http://www.cat-lebocage.com/index.php?p ... nesat2.php
(21): http://adapeiardeche.fr/index.php?optio ... &Itemid=81
(22): http://www.unapei.org/article/le-milieu ... l-les.html et http://etapes2.pagesperso-orange.fr/han ... _droit.htm
(23): http://blog.van-proosdij.fr/2011/06/14/ ... damentaux/
(24): http://quefaire.lautre.net/archives/art ... t-handicap
(25): http://anarchietotale.free.fr/220method ... lence.html
(26): Le syndicalisme d'industrie consiste à rassembler l'ensemble des métiers d'un même corps de métiers par branches professionnelles plutôt que par entreprise, et ce quelques soit le niveau de professionnalisation des travailleur(euse)s, ce qui permet une plus grande solidarité.
(27): A propos des Bourses du Travail, voir la fiche de formation n°1 du CSR ou l'article des Redskins Limoges: http://redskins-limoges.over-blog.org/a ... 21477.html
(28): Pour en savoir plus sur les stratégies syndicalistes révolutionnaire, voir le site du CSR: http://syndicaliste.fr/
(29): http://www.webcastors.net/icom/fiches/a ... sation.pdf
Modifié en dernier par Spike le 28 Mar 2012, 17:48, modifié 1 fois.
"UNE SEULE CLASSE OUVRIERE, UN SEUL SYNDICAT, UN SEUL FRONT, UN SEUL BUT : UNE SOCIETE SANS CLASSES NI ETAT! "
Avatar de l’utilisateur-trice
Spike
 
Messages: 64
Enregistré le: 31 Oct 2011, 17:20

Re: Handicap Et Révolution

Messagede digger » 27 Mar 2012, 18:23

Gloups. Je l'ai lu en diagonale . Déjà, bravo pour le boulot.
C'est une question à laquelle j'ai été confrontée comme éduc. La notion de handicap était traitée dans le cadre social existant. Sous forme, la plupart du temps, de demande de reconnaissance du handicap. Le handicap étant seulement considéré sous l'angle économique (degré d'incapacité à produire et donc à obtenir un travail salarié). Dans une société autre que capitaliste, la question se poserait en d'autres termes.
J'essaierais de relire tout cela plus attentivement.
digger
 
Messages: 2149
Enregistré le: 03 Juil 2011, 08:02

Re: Handicap Et Révolution

Messagede Christine » 27 Mar 2012, 18:53

Des remarques en vrac :

"les individus ne sont handicapés que par la vision d'autrui."
Non, les personnes handicapées le sont par "la société" qui n'offre pas les structures matérielles et en aides humaines leur permettant d'accéder à toutes les activités possibles.

Le capitalisme n'est pas responsable de l'exclusion des handicapé-es, pas plus qu'il ne l'est de l'oppression des femmes par exemple. Par contre, il n'a aucun intérêt économique à améliorer les choses
Être anars lutte de classe doit pas nous empêcher de penser la multiplicité des oppressions (et la convergence des luttes)

La sexualité. Des tas de gens n'ont pas de vie sexuelle et/ou amoureuse épanouissante (qu'illes soient en couple ou isolé-es). Le problème n'est pas l'aide sexuelle mais des relations entre les humains qui ne soient pas basées sur la performance.
Ce serait quoi, une aide sexuelle bénévole ? De la charité sexuelle ?
Je mets un bémol à cette affirmation pour les personnes qui n'ont pas d'accès autonome à la masturbation.
Avatar de l’utilisateur-trice
Christine
 
Messages: 134
Enregistré le: 28 Nov 2009, 23:57
Localisation: Sarthe(en haut à gauche)

Re: Handicap Et Révolution

Messagede Spike » 28 Mar 2012, 17:45

Gloups. Je l'ai lu en diagonale . Déjà, bravo pour le boulot


Oui je suis conscient que ce texte est long (et pourtant j'ai essayé de faire court, mais du coup il est plus dense), mais en même temps vu que rien n'a jamais été écrit sur le sujet, même dans les cercles militants, je ne pouvais pas traité ça en trois mots.

Dans une société autre que capitaliste, la question se poserait en d'autres termes.


Tout à fait et c'est ce que j'essaie de faire et je te garantis que ce n'est pas facile même pour moi qui vit le handicap au quotidien.

"les individus ne sont handicapés que par la vision d'autrui."
Non, les personnes handicapées le sont par "la société" qui n'offre pas les structures matérielles et en aides humaines leur permettant d'accéder à toutes les activités possibles


Oui mais le regard (ou plutôt l'absence de regard) des gens à conditionné la construction de la société. De plus si les regards (au sens littéral du terme) portés sur le handicap évoluait et que certaines personnes arrêtaient de nous considérés comme des handicapés, je suis persuadé que la situation serait toute différente.

Le capitalisme n'est pas responsable de l'exclusion des handicapé-es, pas plus qu'il ne l'est de l'oppression des femmes par exemple. Par contre, il n'a aucun intérêt économique à améliorer les choses
Être anars lutte de classe doit pas nous empêcher de penser la multiplicité des oppressions (et la convergence des luttes)


Ah et ce serait qui ou quoi qui opprime les personnes handicapées pour toi?
C'est sur un critère de manque de productivité que nous ne trouvons pas de travail, nous ne répondons pas au normes physique et morale établies par la bourgeoisie qui à construit le capitalisme qui voudrais tous nous faire rentré dans un moule précis, nous sommes écrasés par la loi du plus fort qu'induit le libéralisme et son penchant économique qui est le capitalisme, qui nie totalement les caractéristiques de chaque individu et qui réduit tout à une simple question de volonté....

La sexualité. Des tas de gens n'ont pas de vie sexuelle et/ou amoureuse épanouissante (qu'illes soient en couple ou isolé-es).


Mais là on ne parle même pas d'une vie sexuelle qui n'est pas épanouissante, mais bien d'une vie sexuelle qui se réduit souvent à néant!

Le problème n'est pas l'aide sexuelle mais des relations entre les humains qui ne soient pas basées sur la performance.


Si t'as des pistes de réflexion je suis preneur...

Ce serait quoi, une aide sexuelle bénévole ? De la charité sexuelle ?


Quand une personne a une relation sexuelle avec une autre personne appelles-tu ça de la charité sexuelle? Je ne pense pas. Alors pourquoi le faire quand cela s'applique à une personne handicapée?
Une assistance sexuelle gratuite permettrait de remettre les besoins humains au centre de la relation, permettrait d'avoir une relation désirée par les deux personnes qui ne serait pas parasité par l'argent et dans laquelle l'assistant(e) serait spécialement formée et saurait comment réagir face au handicap.
Enfin il me parait évident que nous préférerions tous avoir des relations sexuelles sans avoir recours à ce type d'assistance. Je ne considère pas l'assistance sexuelle comme le summum des relations pour les personnes handicapées. Mais bien que je ne sois pas spécialement d'accord sur la monétarisation de ce genre de relations, je soutiens la mise en place d'une telle assistance car je n'ai pas de meilleure solution. Et un début de solution, même imparfaite, c'est toujours mieux que rien.

Merci pour vos réponses et si vous en avez d'autres n'hésitez pas!
"UNE SEULE CLASSE OUVRIERE, UN SEUL SYNDICAT, UN SEUL FRONT, UN SEUL BUT : UNE SOCIETE SANS CLASSES NI ETAT! "
Avatar de l’utilisateur-trice
Spike
 
Messages: 64
Enregistré le: 31 Oct 2011, 17:20

Re: Handicap Et Révolution

Messagede digger » 28 Mar 2012, 19:32

J’ai relu (encore trop vite) mais un truc m’est apparu. Tu considères (ou la formulation laisse penser que) les personnes handicapées comme réunies (ou devant l’être) dans un même combat, en l’occurrence anticapitaliste. Le capitalisme étant responsable de la mise à l’écart des formes de handicaps, comme non- productifs, donc non intéressants.
Mais je ne pense pas qu’il y a égalité devant le handicap, pas plus qu’ailleurs, selon la classe sociale à laquelle tu appartiens. Etre handicapéE milliardaire n’est pas être handicapéE smicardE. Et il doit y avoir des handicapéEs capitalistes.
L’inégalité est à mon avis plus complexe que le seul handicap face à une société capitaliste, mais est aussi à rechercher au sein de la classe sociale frappée de handicaps. Ou , autrement dit, si tu as les moyens matériels de ne pas vivre du salariat, tu gommes une grande partie de la dévalorisation que te colles la société capitaliste. Et peut-être tu regarderas avec le même mépris l"’assistéE" qui lui/elle devra survivre avec les miettes qu’on lui accorde, qui n’aura pas les moyens d’adapter son appart pour être plus autonome, etc...

Bon, et sur un autre plan,

Il faut donc que cette organisation soit indépendante de tous partis politique. Or, historiquement cette organisation c'est le syndicat.


Je suis totalement d’accord avec ton analyse mais doute de la solution avancée. Le sujet a déjà été abordé ailleurs. Ce n’est pas un sujet de polémique parce que le travail pour l’unification syndicale n’est pas incompatible mais complémentaire avec la construction d’un mouvement de masse hors partis politiques et hors syndicats comme le mouvement d’occupation US (qui collabore, comme lors du blocage des port, avec la base syndicale)

Voilà, trop vite encore....
digger
 
Messages: 2149
Enregistré le: 03 Juil 2011, 08:02

Re: Handicap Et Révolution

Messagede toma » 29 Mar 2012, 17:42

Comme Digger, je connais le handicap surtout par mon taf (même si on m'a dit quelques fois que j'étais un handicapé de la vie :wink: ), j'ai vécu pendant plusieurs années dans divers lieux de vie où j'ai fait l'éduc, alors je connais plutôt le handicap mental (ou "social") plutôt que sensoriel ou physique. Et c'est justement pour évoquer cette alternative (les lieux de vie) que j'interviens. Dans la mouvance libertaire des années 60, il y a plusieurs personnages qui ont aidé à la dé-psychiatrisation des personnes handicapées, je pense à Jean Vanier avec les communautés de l'Arche (communautés chrétiennes, mais j'y ai vécu 2 ans et j'en suis sorti sans dieu ni maître...), Deligny qui a accueilli des enfants autistes dans les Cévennes, Sigala avec le Coral et tout le mouvement de l'anti-psychiatrie etc... Et il reste encore 400 lieux de vie en France, mais ça tend à s'institutionnaliser.

Je pense que c'est aussi à partir de ces expériences qu'on peut réfléchir le handicap et la manière dont on peut l'accompagner au quotidien, quand il y en a besoin. Dans tous les cas, pour l'avoir vécu, on oublie très vite le handicap de la personne accompagnée, très vite la personnalité de chacun et les points communs prennent le dessus ; et ce n'est plus son handicap qui fait la particularité de l'un ou l'autre, mais ses goûts, ses idées, ses envies, son sens de l'humour : sa personnalité.

Et je crois que c'est un peu notre "combat" à chacun de nous défaire des identités que nous ont collé nos origines, la famille, l'école, la société et tenter d'exprimer ce qu'on est, et d'être vu tels que nous sommes (en tout cas, sans être réduit à ceci ou cela).

Voilà ce qui me vient là tout de suite... mais l'initiative est excellente et la discussion intéressante.
Avatar de l’utilisateur-trice
toma
 
Messages: 42
Enregistré le: 21 Nov 2011, 19:31

Re: Handicap Et Révolution

Messagede Spike » 30 Mar 2012, 17:22

Tu considères (ou la formulation laisse penser que) les personnes handicapées comme réunies (ou devant l’être) dans un même combat, en l’occurrence anticapitaliste. Le capitalisme étant responsable de la mise à l’écart des formes de handicaps, comme non- productifs, donc non intéressants.


Oui tu as tout à fait raison. Effectivement le handicap n'est pas l'apanage d'une seule classe sociale qui serait le prolétariat. Alors oui il y a des personnes handicapées qui vivent avec presque rien et qui sont capitalistes et d'autre qui ont de l'argent et qui le sont aussi tout comme il y a des prolos qui triment en usine et qui vont soutenir Sarkozy ou l'autre truie du FN. Cependant, je pense que par la précarité dans laquelle nous sommes par notre faible niveau d'instruction (peu de personnes handicapées font des études supérieures et ont le bac), le chômage que nous subissons, les emplois sous qualifiés que nous obtenons etc... si une conscience de classe doit se développer chez nous ce doit être une conscience prolétarienne.
Effectivement, je considère également que le handicap doit être quelque chose qui nous unis, un autre facteur unificateur. Tu penses que j'ai tort?

Il faut donc que cette organisation soit indépendante de tous partis politique. Or, historiquement cette organisation c'est le syndicat.

Je suis totalement d’accord avec ton analyse mais doute de la solution avancée. Le sujet a déjà été abordé ailleurs. Ce n’est pas un sujet de polémique parce que le travail pour l’unification syndicale n’est pas incompatible mais complémentaire avec la construction d’un mouvement de masse hors partis politiques et hors syndicats comme le mouvement d’occupation US (qui collabore, comme lors du blocage des port, avec la base syndicale)


Ecoute, pour moi il faut un minimum d'organisation et je ne pense pas que les événements récents me donnent tort. Si on regarde le cas des révolutions arabes ont s'aperçoit que des dictateurs ont été virés du pouvoir pour être remplacés par des fondamentalistes religieux. L'une des raison (mais peut être pas la seule) de cela c'est que les manifestants n'étaient pas unis par un projet commun. Idem pour les Indignés: au sein des indignés il y avait des gens avec une certaines conscience de classe prolétarienne et d'autres qui pouvaient être issu de la bourgeoisie et qui n'étaient pas satisfait de la politique actuelle. Cela ne mènera à rien selon moi. Et si on n'extrapole un peu, on peut se demander qu'est-ce que les autonomes ont apportés à notre mouvement? Pas grand chose me semble t-il.
Aujourd'hui je me reconnais dans les théories SR, et pour moi c'est le syndicat qui doit cimenter l'ensemble de notre classe avec ses différentes tendances, autours d'un projet révolutionnaire. Mais l'existence du syndicat qui doit être la structure capable de nous rassemblé ne doit pas pour autant empêcher l'existence d'autres structures plus spécifiques dans leur action.
Dans la mouvance libertaire des années 60, il y a plusieurs personnages qui ont aidé à la dé-psychiatrisation des personnes handicapées, je pense à Jean Vanier avec les communautés de l'Arche (communautés chrétiennes, mais j'y ai vécu 2 ans et j'en suis sorti sans dieu ni maître...), Deligny qui a accueilli des enfants autistes dans les Cévennes, Sigala avec le Coral et tout le mouvement de l'anti-psychiatrie etc... Et il reste encore 400 lieux de vie en France, mais ça tend à s'institutionnaliser.


Tout d'abord, fait attention aux mots que tu utilises: certaines structures fermées que je mentionne dans mon article comme les MAS sont appelées "lieu de vie" mais sont plus des structures d'enfermement je pense. Les lieux de vie auxquels tu fais référence sont plus alternatifs. D'ailleurs pour mon article j'ai lu la correspondance de Jean Vanier avec Julia Kristeva et j'aimerais bien vivre quelques temps dans une arche pour voir comment ça se passe, même si l'Arche ne s'adresse pas à mon type de handicap. Le métier d'éduc doit y être très différent de celui d'éduc dans les établissements comme les IEM non?
D'ailleurs en prenant un peu de recul sur mon texte, et aussi parce qu'on me l'a fait remarquer, je prends conscience que je n'ai pas abordé l'intégration des personnes handicapées psychiques, mais c'est vrai que cela me parait compliqué. De par ton expérience aurais-tu quelques pistes de réflexion à ce sujet?

Et je crois que c'est un peu notre "combat" à chacun de nous défaire des identités que nous ont collé nos origines, la famille, l'école, la société et tenter d'exprimer ce qu'on est, et d'être vu tels que nous sommes (en tout cas, sans être réduit à ceci ou cela).


Oui c'est vrai et c'est pas facile! C'est aussi pour ça que j'ai écris cet article et si ça peut servir à d'autres et bah tant mieux.
"UNE SEULE CLASSE OUVRIERE, UN SEUL SYNDICAT, UN SEUL FRONT, UN SEUL BUT : UNE SOCIETE SANS CLASSES NI ETAT! "
Avatar de l’utilisateur-trice
Spike
 
Messages: 64
Enregistré le: 31 Oct 2011, 17:20

Re: Handicap Et Révolution

Messagede digger » 30 Mar 2012, 19:28

Effectivement, je considère également que le handicap doit être quelque chose qui nous unis, un autre facteur unificateur. Tu penses que j'ai tort?


Je ne crois pas beaucoup aux "facteurs unificateurs", que ce soit le handicap ou autre chose. Si facteur(s) unificateur(s) il y avait, alors il existerait une conscience de classe et une lutte des classes. Les smicards, etc....Ce n’est pas ce que je constate.

D’accord sur les "révolutions arabes. Idem sur les autonomes, pour des raisons différentes. Un Minimum d’organisation, bien sûr. Je dirais même un maximum.
Et j’ai dit aussi que ce n’était pas un sujet de polémique pour moi, puisque l’action syndicale peut et doit être menée en lien avec des mouvements de masse.
Si, par exemple une grosse entreprise ferme et est occupée par les ouvrierEs, ce n’est pas que l’affaire de celles et ceux qui vont se retrouver au chômage mais celle de toutEs les habitants de la localité. Tout le monde en pâtira, à un degré ou à un autre.
Ou lorsque les agents de la SNCF (ou les profs) se mettent en grève parce qu’ils demandent des moyens supplémentaires pour assurer le service public, ce n’est pas seulement leur affaire mais celle de toutEs.

Avant-hier deux syndicats des transports new-yorkais appuyés par les militants de Occupy Wall Street ont maintenu ouvertes 20 stations de métro, rendues gratuites pour les usagers. Il y a eu des dizaines de collaboration entre la base syndicale et le mouvement d’occupation depuis le début du mouvement. Les syndicalistes seuls n’auraient pas pu mener une opération sur une telle échelle et l’action apparaît comme celle des employés et des usagers.

Le mouvement US ne s’est jamais appelé "indignéEs" , il en a repris la stratégie. Il est aussi hétérogène que d’autres mouvements européens ou arabes, mais l’organisation horizontale et le mode de prise de décision en A.G n’empêche pas, jusqu’à aujourd’hui, une certaine radicalité . Peut-être parce que les gens se sentent impliqués du début à la fin et ne sont pas seulement invités à rejoindre un mot d’ordre.

L’apolitisme est compris comme indépendance dans la prise de décision et non comme le refus de collaborer sur des actions précises avec des orgas politiques ou syndicales. C’est ce qui n’a pas été compris en France et sans doute en Espagne. Et la collaboration est toujours discutée avec la base, jamais avec la hiérarchie. En outre, tout le monde peut lancer une action revendiquée comme Occupy Quelque Chose et elle fait partie du mouvement si elle en respecte les principes de bases.

Ce mouvement est pour moi l’expérimentation grandeur nature d’une nouvelle forme de résistance populaire qui commence à revitaliser le syndicalisme américain (la base). Ce sera long. Mais ils ont déjà parcouru du chemin et ils se préparent à ressortir de leur boîte.

Nous sommes loin du handicap. Mais la diversité reconnue est une richesse et nous recherchons trop souvent une "unité" (souvent illusoire), ou une "norme"
digger
 
Messages: 2149
Enregistré le: 03 Juil 2011, 08:02

Re: Handicap Et Révolution

Messagede Spike » 31 Mar 2012, 01:08

Nous sommes loin du handicap. Mais la diversité reconnue est une richesse et nous recherchons trop souvent une "unité" (souvent illusoire), ou une "norme"


Mais la diversité sans l'unité n'est pas bien utile et justifierait de mener des action pourles personnes handicapées et non pas avec elles.
Quant aux "facteurs unificateurs" et ce que tu en dit, je suis globalement d'accord, mais n'oublie pas que dans le cadre du handicap tout est à construire. Une conscience de classe ça s'insuffle, ça s'apprend et ça se gère et c'est pas en restant enfermé dans une structure adaptée 300 jours par an que ça se développe. Ca s'apprend au contact du réel et je pense que c'est à des gens comme toi (à travers ton rôle d'éducateur) et moi que revient le rôle d'amener progressivement les personnes handicapées qui le peuvent à développer une conscience de classe.
"UNE SEULE CLASSE OUVRIERE, UN SEUL SYNDICAT, UN SEUL FRONT, UN SEUL BUT : UNE SOCIETE SANS CLASSES NI ETAT! "
Avatar de l’utilisateur-trice
Spike
 
Messages: 64
Enregistré le: 31 Oct 2011, 17:20

Re: Handicap Et Révolution

Messagede digger » 31 Mar 2012, 06:21

n'oublie pas que dans le cadre du handicap tout est à construire


Tout est à construire dans tous les domaines. Et bien sûr "construire avec" et non "pour", tu as parfaitement raison. Mais si tu construis avec, alors tu feras obligatoirement face à la diversité. Si tu construis "pour", le risque est grand former des catégories imaginaires et/ou caricaturales. (les femmes, les immigrés, les handicapés....). Ce sont les femmes (les immigrés, les handicapés...) qui doivent s’organiser, mais la lutte des femmes ne signifie pas grand chose. La femme n’existe pas plus que le prolétaire ou le révolutionnaire.

Mais la diversité sans l'unité n'est pas bien utile


Tu as raison, et la difficulté consiste à rechercher le ou les points d’unité. Une idée reçue consiste à penser que ce ou ces points d’unité, plus petit dénominateur commun, conduit à des luttes molles réformistes. Je ne suis pas d’accord avec cette idée et c’est une des raisons pour laquelle je suis avec attention le mouvement US. La recherche du point d’unité est le processus qui conduit à la création de la dynamique, du mouvement. Un point d’unité trouvé et la mise en place d’une forme d’action pour atteindre l’objectif fixé ensemble est la première étape indispensable de la conscientisation de la force collective sans quoi la conscience de classe est inutile. L’unité, c’est agir ensemble et non une conscience de "ressembler à".
c'est à des gens comme toi (à travers ton rôle d'éducateur) et moi que revient le rôle d'amener progressivement les personnes handicapées qui le peuvent à développer une conscience de classe.


Trop tard. J’ai laissé tomber il y a une dizaine d’année. Je suis saisonnier smicard précaire maintenant (pépinières, taille de vigne, verger...) Ce qui est bien meilleur pour mon bronzage. Quant au milieu éduc, (sans généraliser), c’est un milieu bourgeois. Au début ( il y a une trentaine d’année quand la profession s’est développée) , les besoins en personnel ont drainé des personnes venant de milieux sociaux divers. Avec son institutionnalisation et son intellectualisation, elle est devenue un milieu fermé et sclérosé. Il doit rester quelques poches dans le milieu associatif où il y a encore quelques libertés d’action.

C’est à des gens comme toi qu’il appartient de créer le mouvement. Je n’ai aucun conseil à te donner. Je pense seulement que le syndicalisme révolutionnaire est un engagement de long terme et que la création parallèle d’une forme d’organisation autour du handicap est une forme d’action de court terme, venant des personnes concernées, autour de point(s) d’unité à rechercher ensemble, mais qui serait probablement dans un premier temps de nature révolutionnaire. C’est le mouvement ou la dynamique créé qui conduira, ou pas, à cet aspect révolutionnaire. Toi, tu agiras dans cette optique à plus long terme, tes compagnons et compagne de route pas forcément.

C’est ce que j’appelle reconnaissance de la diversité et elle ne doit pas empêcher l’unité autour d’actions déterminées en commun.
digger
 
Messages: 2149
Enregistré le: 03 Juil 2011, 08:02

Re: Handicap Et Révolution

Messagede toma » 31 Mar 2012, 10:45

Avant de revenir sur le fond (je veux prendre le temps d'y réfléchir), je voulais confirmer ce qu'a dit Digger, il n'y a pas grand chose à attendre des éducs'... et il a bien dit pourquoi. J'ai moi aussi quitté ce milieu depuis quelques mois et n'y reviendrait que dans un cadre qui me convient, c'est-à-dire en vivant avec les personnes accompagnées, comme je l'ai toujours fait. Ce qui n'est pas dans l'air du temps, car des lois ont été promulguées pour empêcher toute initiative individuelle et la création de structures alternatives. L'action sociale devient un marché comme un autre (absorption des petites assos par les plus grosses, restructurations etc etc.) et ceux sont les grosses associations bien institutionnalisées, reconnues (avec des Comités d'Administrations influents, politisés, qui souvent travaillent aussi dans la finance, l'assurance ou l'immobilier...) : machines bien huilées mais qui tourne à vide...

Il faudrait revenir à quelque chose de plus free-style, comme dans les années 60, basé sur l'engagement, le partage et la communauté (mais avec les connaissances et l'expérience acquises depuis). Si un jour, des compagnons voulaient m'accompagner dans cette galère... qui se ferait sans cadre légal, sans subventions et sans salaires... ... ... on peut toujours rêver.

Ceci dit, je prendrai le temps de te répondre Spike au sujet de l'Arche et de l'intégration des personnes en situation de handicap mental (pour reprendre la novlangue du Social). Il y a beaucoup à dire, en particulier sur la pénalisation de la maladie mentale, faute de structures adaptées, nombre d'enfants et d'adultes commettent des passages à l'acte et finissent en prison ou en CER alors que ceux sont des troubles psychiques qui les ont mis dans cette situation. Et même, on attend que l'ado (par exemple) est commis assez de délits pour pouvoir judiciariser son cas, et l'exclure du secteur médico-social (avec un grand "ouf" de soulagement).

Bref, je réfléchis à tout ça, et j'en rajoute une tartine après.
Avatar de l’utilisateur-trice
toma
 
Messages: 42
Enregistré le: 21 Nov 2011, 19:31

Re: Handicap Et Révolution

Messagede Spike » 01 Avr 2012, 02:25

C’est à des gens comme toi qu’il appartient de créer le mouvement. Je n’ai aucun conseil à te donner. Je pense seulement que le syndicalisme révolutionnaire est un engagement de long terme et que la création parallèle d’une forme d’organisation autour du handicap est une forme d’action de court terme, venant des personnes concernées, autour de point(s) d’unité à rechercher ensemble, mais qui serait probablement dans un premier temps de nature révolutionnaire. C’est le mouvement ou la dynamique créé qui conduira, ou pas, à cet aspect révolutionnaire. Toi, tu agiras dans cette optique à plus long terme, tes compagnons et compagne de route pas forcément.


Ah ok je comprends ce que tu veux dire et c'est dans cette optique que le Groupe Action Handicap (GAH), dont j'ai déjà posté le manifeste doit se créer, mais manque de temps, de personnes intéressés et donc peut être d'un peu de motivation, on patine...

Trop tard. J’ai laissé tomber il y a une dizaine d’année. Je suis saisonnier smicard précaire maintenant (pépinières, taille de vigne, verger...) Ce qui est bien meilleur pour mon bronzage. Quant au milieu éduc, (sans généraliser), c’est un milieu bourgeois. Au début ( il y a une trentaine d’année quand la profession s’est développée) , les besoins en personnel ont drainé des personnes venant de milieux sociaux divers. Avec son institutionnalisation et son intellectualisation, elle est devenue un milieu fermé et sclérosé. Il doit rester quelques poches dans le milieu associatif où il y a encore quelques libertés d’action.


Durant mes recherches pour mon article j'ai beaucoup lu et obtenu des témoignages de personnes handicapées mais très peu d'éduc' spé. Pourrais-tu donc m'en dire plus sur cette sclérose que tu as constaté. Moi ce que je reproche principalement aux éducs actuellement c'est de mettre trop de la distance entre eux et les personnes qu'ils / elles aident au nom d'une plus grande professionnalisation...

Bref, je réfléchis à tout ça, et j'en rajoute une tartine après.


Oui, prends ton temps ;).
"UNE SEULE CLASSE OUVRIERE, UN SEUL SYNDICAT, UN SEUL FRONT, UN SEUL BUT : UNE SOCIETE SANS CLASSES NI ETAT! "
Avatar de l’utilisateur-trice
Spike
 
Messages: 64
Enregistré le: 31 Oct 2011, 17:20

Re: Handicap Et Révolution

Messagede digger » 01 Avr 2012, 12:05

Pourrais-tu donc m'en dire plus sur cette sclérose que tu as constaté. Moi ce que je reproche principalement aux éducs actuellement c'est de mettre trop de la distance entre eux et les personnes qu'ils / elles aident au nom d'une plus grande professionnalisation...


Il peut y avoir beaucoup de choses dans cette attitude. Une défense pour ne pas se faire "bouffer" émotionnellement par toutes les détresses rencontrées. La recherche d’un recul pour avoir une vue "objective" – ne pas porter de jugement sur les personnes, ne pas s’y attacher ou au contraire les rejeter...

C’est un boulot difficile, sans grands repères, basé sur la relation, avec beaucoup d’approches et de domaines différents. Les sciences humaines n’ont de science que le nom (et l’adjectif). On vient dans ce travail souvent avec la volonté d’aide et "aider" quelqu’un est une notion floue.
ChacunE se raccroche à ce qu’il peut, selon la nature de la boîte dans laquelle il/elle travaille, les moyens qu’on lui donne, sa hiérarchie, et ses collègues.

Il y a aussi la pesanteur du système où l’Etat ou les collectivités territoriales (régions ou départements) jouent un grand rôle par le financement de prix de journée, de nombre de places, etc, et demandent en contrepartie des "résultats" souvent inchiffrables.

Le milieu "travailleur social", que je préfère à éducateur (je n’ai jamais éduqué qui que ce soit), est un milieu à part, avec la conscience très d’être confronté le plus souvent à des situations qui le dépasse, sans solution réelle, mais condamné à jouer les pompiers de service.

L’exemple le plus flagrant actuellement est l’hébergement d’urgence. Ce terme est stupide en lui-même puisque le toit est et doit rester un droit inaliénable pour touTEs en permanence. La racine du mal n’est pas le manque de places en centres mais la situation économique, et le système qui en est responsable. L’urgence ne résout rien.

Idem pour le retour à la vie professionnelle, qui est un leurre vu la situation de l’emploi. Alors on oriente vers des stages qui fournissent de la main d’oeuvre à bon marché aux entreprises, ou vers des formations inutiles, sans débouchés, qui font fonctionner des centres de formation, qui n’ont de formation bien souvent que le nom.

Le travail social est confronté à tous les maux sociaux auxquels il ne peut pas grand chose.

Où as-tu posté le manifeste du Groupe Action Handicap ?
digger
 
Messages: 2149
Enregistré le: 03 Juil 2011, 08:02

Re: Handicap Et Révolution

Messagede Spike » 01 Avr 2012, 16:27

Il peut y avoir beaucoup de choses dans cette attitude. Une défense pour ne pas se faire "bouffer" émotionnellement par toutes les détresses rencontrées. La recherche d’un recul pour avoir une vue "objective" – ne pas porter de jugement sur les personnes, ne pas s’y attacher ou au contraire les rejeter...


Le milieu "travailleur social", que je préfère à éducateur (je n’ai jamais éduqué qui que ce soit), est un milieu à part, avec la conscience très d’être confronté le plus souvent à des situations qui le dépasse, sans solution réelle, mais condamné à jouer les pompiers de service.


Oui je comprends ce que tu veux dire, mais justement l'un des maux auquel les travailleurs sociaux peuvent être confrontés, c'est la solitude et rien que ça, ça ne peux se résoudre avec des relations froides et distantes....


Où as-tu posté le manifeste du Groupe Action Handicap ?


viewtopic.php?f=77&t=5300&p=64310&hilit=Groupe+Action+Handicap#p64310

En fait Piero l'avait fait tourné, je n'étais pas encore sur le FAR à l'époque^^. Ce n'est pas moi qui ai créé le GAH, mais j'en fais parti.
"UNE SEULE CLASSE OUVRIERE, UN SEUL SYNDICAT, UN SEUL FRONT, UN SEUL BUT : UNE SOCIETE SANS CLASSES NI ETAT! "
Avatar de l’utilisateur-trice
Spike
 
Messages: 64
Enregistré le: 31 Oct 2011, 17:20

Re: Handicap Et Révolution

Messagede Spike » 15 Avr 2012, 00:26

L'article a été relayé sur le site des Redskins Limoges :v: !

Quelqu'un m'a demandé comment on pouvait intégrer les personnes atteintes d'un trouble mental dans ce type de projet révolutionnaire et je n'ai pas su convenablement répondre.
Il est pour moi évident qu'elles sont toutes leur place et leur légitimité dans ce type de mouvement, mais il est également évident que cela dépend de l'importance du handicap...
Avez-vous des pistes de réflexion à ce propos?
"UNE SEULE CLASSE OUVRIERE, UN SEUL SYNDICAT, UN SEUL FRONT, UN SEUL BUT : UNE SOCIETE SANS CLASSES NI ETAT! "
Avatar de l’utilisateur-trice
Spike
 
Messages: 64
Enregistré le: 31 Oct 2011, 17:20

Suivante

Retourner vers Débats théoriques

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun-e utilisateur-trice enregistré-e et 2 invités