Une révolution par l'exemple ?

Une révolution par l'exemple ?

Messagede Picohertz » 02 Mar 2012, 00:32

Bonjour/Bonsoir à tous !

Ça faisait un petit moment que je ne m'étais pas connecté et j'en suis désolé (mon lycée a d'abord absorbé tout mon temps libre avant que ce ne soit mon départ en Bretagne qui m'éloigne de ma connexion internet).

J'évoquais dans mon post de présentation la possibilité de créer une société anarchiste autarcique qui serait une forme de résistance non violente au capitalisme en proposant un autre système viable et que pourrais librement rejoindre ceux qui s'en revendiquent.
J'aimerais développé un peu plus abondamment ce sujet ici, après lecture de
plusieurs éléments intéressants dessus, dont le topic de ce même forum vers lequel vous m'aviez dirigé.

L'idée

Je l'ai déjà mentionné, l'objectif principal d'une telle société serait d'offrir l'asile à ceux qui ne se reconnaissent pas d'un système auquel ils prennent part malgré eux, pour la simple raison qu'il faut bien vivre et que même si le capitalisme en dégoute beaucoup, on croit sentir souvent cette idée fausse que «c'est la règle, on y peut rien».
On ne peut condamner ceux qui participent à un système qui les dégoute si on ne leur propose pas une alternative qui ne les mette pas en péril : la révolution «frontale» si je puis dire, n'est en effet pas exigible, et surtout pas de personnes qui en ont d'autres à charge et qui ne peuvent renoncer au système comme on renonce à un contrat, car les conséquences ne s'en feraient pas ressentir que sur eux mêmes.

Une alternative donc, au système capitalisme d'exploitation de l'homme par l'homme. Un État dont les valeurs fondamentales seraient la libre circulation du savoir et autres œuvres intellectuelles et la mise à disposition de tout ce dont l'homme a besoin par la société.
Cet état laisserait sa porte ouverte à n'importe qui en ferait la demande et assurerai la protection de ses citoyens menacés : il servirait donc de refuge politique autant que d'expérience révolutionnaire.

L'idée est qu'une telle société croisse en nombre d'adhérents (et pourquoi pas en territoire, mais il ne faut pas oublier qu'un de ces objectifs est la non violence) jusqu'à s'imposer comme un modèle une fois qu'elle aura prouvé qu'elle permet :
  • de nourrir la population tout autant que le système capitaliste (et même probablement mieux) ;
  • une plus grande liberté et un temps de travail diminué sans sacrifices sur la qualité de vie ;
  • la libre circulation des hommes, des techniques et des idées ;
  • d'empêcher l'esclavagisme sous n'importe quelle forme ;
  • une production plus respectueuse des hommes et de l'environnement
    car non tournée vers le profit maximum.

Alors on pourra imaginer sincèrement que les citoyens des autres états se scandaliseront de l'esclavagisme dans lequel ils sont plongés car il sera alors évident qu'il ne s'agit pas d'une norme, qu'il ne s'agit pas de «la règle du jeu» ou du moins qu'on peut la modifier. À ce moment là, une révolution internationale sera bien plus facile car elle disposera d'un exemple concret de réussite et de l'assurance qu'il est non seulement juste mais aussi réaliste de demander mieux de la part de la société qu'une répartition basée sur une hiérarchie quelconque.

Il ne faut donc pas voir dans une telle entreprise une volonté de faire la révolution "dans son coin" en abandonnant le reste de l'humanité à son sort mais bel et bien une forme de révolution, par l'exemple, qu'on ne pourrais discréditer en invoquant le danger de la violence ou du prosélytisme puisqu'elle ne chercherait pas à s'imposer au monde comme le seul modèle valable mais à lui ouvrir les yeux en validant une bonne fois pour toute cette affirmation qu'on a déjà vu bien des fois : "un autre monde est possible".

L'organisation d'une telle société
Il m'apparait évident comme je l'ai déjà dit, qu'une telle société ne peux pas à la fois refuser le système capitaliste et être "compétitive" en terme de production, au sens où elle ne se serait pas tournée vers la surproduction et l'export. La conséquence en est qu'au vu des critères de puissance actuellement en vigueur, une telle société disposerai de peu de poids sur la scène internationale, ce qui la rendrait particulièrement vulnérable en cas de blocus commerciaux ou autre sanction économique, ce à quoi elle serait effectivement exposée puisqu'elle se propose d'héberger n'importe quel réfugié politique mais aussi de soutenir les luttes qui se déroulent hors de ses frontières pour des idées dont elle se revendique, ce qui ne manquerai pas de tendre les relations qu'elle entretiendrait avec les autres pays.
Ainsi, pour garantir son existence et s'affranchir d'un système qu'elle rejette, une telle société doit être en mesure de fonctionner de façon autonome pour les productions les plus basiques que sont l'agriculture la production d'eau potable et celle d'énergie.
Il serait en outre souhaitable qu'elle dispose de ses propres réseaux de télécommunications (et notamment son propre FAI) afin de ne pas être mise en danger par la censure de ses moyens d'expression, en son sein comme vers l'extérieur.
En cela j'ai parlé de société autarcique, peut être à tord, pour dire non pas qu'elle devrait fonctionner en circuit fermé mais simplement qu'aucune pression économique externes ne devrait être en mesure de la briser.

L'autosuffisance agricole et énergétique ne me semble pas insurmontable pour peu que le site soit adapté. Je ne crois pas que le productivisme soit nécessaire à se prémunir des famines et je crois également que le progrès de la robotique contribuera dans le futur d'une telle société à diminuer la pénibilité des corvées engendrées par cette activité. D'autre part je pense (et pour le coup je me suis vraiment penché sur la question en détail) que parvenir à une production locale d'énergie 100% renouvelable n'est qu'une question de volonté politique, tant les progrès technologiques qui nous en séparent sont minces et seraient vite acquis si l'accent y était mis.

Quant à l'indépendance en terme de réseau de télécommunication, il ne s'agit là que d'une bagatelle technologique qui n'a rien d'insurmontale.

L'eau potable pose plus de problèmes, j'y reviendrai.

Les autres formes de productions, moins nécessaires, pourraient être commercées avec le reste du monde dans les cas où une production locale serait impossible.

Principales difficultés

Je l'ai évoqué, l'eau potable apparaît comme une ressource difficile à obtenir et dont la restriction serait bien plus menaçante que celle de n'importe quelle autre ressource. Il s'agit de plus d'une ressource rare et convoitée qui pourrait susciter des apétits dangereux si une telle société en possédait sur son "territoire" en abondance.

Une autre difficulté est celle de la sécurité. Cette société ne pourrait se résoudre à payer une taxe foncière qui exigerait d'elle d'être rentable, c'est à dire de surproduire ce àa quoi elle cherche justement à échapper. Elle aurait donc à craindre des tentatives de la déposséder de ses terres par la force, sans parler du terrorisme fanatique qui ne manquerait pas de la viser en tant qu'asile politique.
Une solution serait de la doter d'une force militaire de protection mais il me semble qu'on l'installerais alors sur une pente dangereuse et éloignée des idées pacifistes initiales.
Une autre possibilité est de s'installer dans un terrain suffisamment hostile et sauvage (comme une ile) pour ne pas attirer la convoitise mais cela semble évidemment très insatisfaisant.

Voila, j'ai a peu près résumé l'essentiel de mon point de vue sur la question, il y a encore beaucoup de choses à en dire mais j'ai mis beaucoup de temps à écrire ce post et mes yeux commencent à se fermer d'eux même donc je m'arrête pour cette fois.
Picohertz
 
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Re: Une révolution par l'exemple ?

Messagede digger » 04 Mar 2012, 10:47

Vaste sujet qui peut t’occuper un moment. :)
C’est le titre d’un chapitre d’un gros livre qui reste à écrire, intitulé "Comment fait-on la Révolution ?"
ChacunE ici, ou dans le milieu libertaire, ou révolutionnaire en général, a une idée sur la question selon ses sensibilités.

Cette question précise a été abordée sous différentes formes dans le FAR. Elle se pose partout et tu la trouveras sous une forme ou sous une autre dans de nombreux sujets, selon tes centres d’intérêts.
C’est une question de stratégie incontournable à un moment ou à un autre de tout mouvement. Il se pose aujourd’hui au mouvement d’occupation américain, à plus petite échelle.
Comment fait-on une révolution ? Et bien sûr, les militants US se trouvent devant des réponses multiples.

J’aime bien la définition de la révolution proposée par Claude Guillon  (Qu’est ce qu’une révolution communiste et libertaire ? http://claudeguillon.internetdown.org/article.php3?id_article=43%20) :

"La révolution est le projet collectif de la libre association d’individus libres, qui commencent à changer le monde dès maintenant. "

Cela signifie en clair que chacunE la mène là où il est, selon ses sensibilités, avec les personnes qui l’entourent, selon le contexte dans lequel il/elle agit et avec les moyens dont il/elle dispose.
Cela fait partie de ma conception, mais tu en trouveras d’autres, ici comme ailleurs.

La révolution, c’est comme la cuisine. Il n’y a pas une recette unique mais une combinaison infinie d’ingrédients que chacunE peut associer selon ses désirs. L’important, c’est le résultat final, après quelques échecs et gueules de bois.

Bon courage.
digger
 
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