De la question de la justice dans l'anarchisme

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede kuhing » 25 Fév 2012, 21:30

Pïérô a écrit:Pourtant le terme de "nature humaine" n'est pas du tout employé dans ce texte, et je pense que l'auteur a justement conscience du problème que tu soulèves, en même temps que çà invite à réfléchir un peu pour ne pas rester dans l'abstraction.



il est dit clairement :

" Ne nous leurrons pas : la déviance est humaine "

ce qui revient au même.

Et désolé; voir les termes "droit" "justice" "police" accolé à celui d'anarchisme est pour moi une aberration que je ne peux pas avaler et encore moins lorsque c'est au nom d'un prétendu "réalisme" versus "idéalisme".
J'ai trop entendu de réactionnaires avancer cet argument du "réalisme" pour discréditer les anarchistes et je n'ai pas l'intention de m'aligner sur eux pour leur faire plaisir.
D'autant que se passer de "droit" de "justice" de "police" dans une société anarchiste peut se démontrer par A+B.
On y reviendra peut-être.


je répète : pour moi ce texte, c'est de la merde.
kuhing
 

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede Pïérô » 25 Fév 2012, 23:03

kuhing a écrit:
Pïérô a écrit:Pourtant le terme de "nature humaine" n'est pas du tout employé dans ce texte, et je pense que l'auteur a justement conscience du problème que tu soulèves, en même temps que çà invite à réfléchir un peu pour ne pas rester dans l'abstraction.



il est dit clairement :

" Ne nous leurrons pas : la déviance est humaine "

ce qui revient au même.

Pas du tout, d'autant que les anarchistes, toutes sensibilités confondues, jouent un peu de cette posture, et donc dans ce monde je n'ai pas peur de me déclarer déviant, et ce n'est pas un problème de "nature humaine", mais bien un positionnement politique et révolutionnaire. Alors dans l'autre monde il y aura des qui se battrons pour revenir à l'exploitaion à leur profit, et çà n'est pas pour moi non plus lié à une "nature humaine". La question ne réside pas à faire de la philo abstraite mais bien d'avancer dans le domaine du projet libertaire. Tu annonces que tu n'as pas tout lu, mais portes un jugement à l'emporte pièce, alors que je pense et dis que çà amène à reflexion, et qu'il y a là des éléments pour un débat et une élaboration collective, même si l'on est pas d'accord avec ce qui est avancé dans les deux textes, pourtant un peu différents dans l'approche. Dans cette attitude un peu plus pragmatique je pense qu'il y a là matière à avancer, et reste, comme je l'ai dit plus haut, plutôt interrogatif par rapport aux corps constitués et à la spécialisation dans ce domaine.
Avatar de l’utilisateur-trice
Pïérô
 
Messages: 22439
Enregistré le: 12 Juil 2008, 21:43
Localisation: 37, Saint-Pierre-des-Corps

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede kuhing » 26 Fév 2012, 09:03

Pïérô a écrit: . Alors dans l'autre monde il y aura des qui se battrons pour revenir à l'exploitaion à leur profit.



Une fois installé dans un système non marchand ce sera mathématiquement impossible.

La révolution qui abolira tout moyen de quantifier le travail par les échanges monétaires sera une processus chimique irréversible sans qu'il soit nécessaire de remettre en place ni droit, ni police, ni justice.

On peut approfondir la question au besoin.

Et je ne comprends pas la nuance que tu appliques dans le fait que "la déviance soit humaine" et que cette déviance soit en rapport avec la nature humaine.
Par ailleurs, encore une fois, "déviant" par rapport à quelle norme ? établie par qui ?

Je ne me bats pas pour changer un mode répressif par un autre.
kuhing
 

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede Winston » 26 Fév 2012, 22:22

Pour la question de la deviance :

les individus en se regroupant forment des normes, qui ont pour but de former un modus vivendi, normes qui parfois sont la raison du regroupement, ou tout du moins permettent l'objectif qu'ils se sont fixés dans les interactions avec les autres individus. Selon l'importance que le collectif donne a une/des normes, cela aura pour consequence que l'individu y adherant sera a priori integré dans le groupe ou si il n'y adhere pas, sera mis a l'ecart, exclus ou non-intégré, selon differentes modalités.

Il est clair pour moi qu'il faut entendre la deviance soit par rapport au contexte qui l'entoure, soit aux criteres auxquels adhere l'observateur ou tout du moins a ceux qu'il a decidé d'appliquer dans le cadre de son observation.
Il serait donc erroné de voir la notion de deviance comme une notion forcement negative, par exemple pour un observateur posant un critere non-raciste, observer les actions non-raciste d'un individu, dans un environnement raciste, peut lui amener a conclure que l'individu est deviant par rapport a la norme qui l'entoure, ou juger que l'environnement de l'individu observer est deviant par rapport aux normes qu'il applique.
Il faut comprendre que l'utilisation du mot deviant/deviance, est d'abord a analyser par rapport aux criteres normatifs que l'observateur a decider d'appliquer (ou auxquelles il adhere, les deux generalement se confondant, si l'observateur indique pas la "distorsion").

Il faut aussi prendre en compte le fait que l'anarchisme est dans le domaine de la politique, j'entends par la, une vision, de facon simplifiée : qui pense le collectif/le vivre ensemble/les modalites du regroupement etc...on est dans la recherche de ce qui lie l'individu et le collectif.
L'anarchisme est dans ce cadre une construction normative, elle cherche a avancer une autre approche de la norme, dans ce qu'elle doit/peut etre, dans ses modalité de "creation" et d'application.

L'anarchisme avance d'autres normes auxquelles les individus doiventt adherer ou respecter pour voir emerger l'objectif souhaité, ceux qui en dévient entrave l'emergence ou la stabilité de ce projet (ici il s'agit pas de dire quoi faire des deviants, mais juste de constater un fait).

De meme il faudrait aussi se mettre d'accord sur : si on croit qu'une societe parfaite est possible a terme?
Si c'est le cas il faut juste se contenter d'expliquer comment y arriver.... tache deja en soi ardue vu l'objectif fixé.
Si on admet qu'on est plutot dans la notion de mieux, que de bien, il faut admettre que comme toute les societes, la societe anarchiste produira forcement aussi des deviants, cad ceux qui veulent autre chose, ne sont pas satisfait de la situation pour de "bonnes ou mauvaises" raisons. Toute norme produit des deviants, a partir du moment ou les individus ont le choix de se determiner par eux-meme, or la norme est necessaire pour produire du collectif.
si on veut le moins de norme possible, il faut reduire a un maximum la possibilité de produire du collectif et l'importance du collectif dans la vie d'un individu, mais ca veut dire aussi faire accepter des renoncements tres consequent.

L'un des problemes c'est de présupposer que la nouvelle societe produira du gagnant-gagnant pour tous, car ca reste une notion tres subjective qui depend du jugement individuel de chacun, ca ne se decrete pas. Ce qui peut paraitre un bon compromis pour beaucoup ne l'est pas forcement pour tous, il ne faut pas non plus oublié que les conflits mettent en jeux parfois, ou meme souvent plusieurs strates de problematiques ou par exemple les problemes materiaux se confondent avec des problematiques affectives ou sont intrinsèquement lié.

Il est aussi pas question de nier les effets de la structure sociale, mais il ne faut pas non plus en exagerer les effets, un anarchiste "produit" pas forcement un anarchiste, ni un fasciste un fasciste. Les individus ne sont pas des robots que l'ont programme, et ont quand meme une marge pour se determiner autre que par les determinismes sociaux que l'on a décelé. Une "bonne" education ne mene pas forcement aux resultats que ceux qui l'ont determiné, attendaient.

Si l'on admet qu'une societe n'est jamais parfaite, ni que les individus peuvent le devenir (parfait), il faut aussi admettre d'envisager les reponses possibles face aux consequences que cela pourrait engendrer, d'autant plus si les consequences sont collectives.

En ce qui concerne la nature humaine :
Je considere qu'il y'en a une, et qu'elle reside en un melange ou se confonde, libre arbitre et determinisme sociale, et dans ce cadre, il me parait pas etonnant que face a des normes certains se situent contre et les combattent, c'est pour moi au coeur de la notion de norme qui fait appelle a la part de la structure sociale, mais qui fait appelle aussi a la notion de libre arbitre, l'individu a la^possibilité du "dissensus".
Ce dissensus et ses consequences peuvent etre qualifié de "mauvais" selon le point de vu ou on se place, il est evident que dans le texte l'auteur/les auteurs analysent le deviant par rapport a leurs normes anarchistes, de la meme facon qu'un groupe anarchiste exclus un individu aux propos/comportements nazis, cet individu transgresse une norme etablie par le collectif, le rendant "non-elligible" a l'integration dans le groupe.

Quand l'auteur dit : la deviance est humaine, ca me choque pas, ca etabli juste les consequences d'un fait au niveau macro, le lbre arbitre de l'individu, la possibilité de facon reflechi ou non de faire qu'un individu agisse contre le consensus accepté par la plupart.

Ce qui me derange dans la notion de nature humaine se confond avec des jugements de valeurs comme "bon ou mauvais", mais si on me dit que c'est dans la nature humaine de ressentir des emotions, d'avoir la possibilité de penser différemment d'un autre, je vois pas le probleme.


Et pour finir, un point sur le vocabulaire.
Ce n'est pas parce que certains veulent imposer le sens qui les arrange, que la notion a perdu de son utilité, sinon tu peux supprimer liberté egalité solidarité etc... de ton vocabulaire, ainsi qu'anarchisme. Il y'a dans ces mots des acceptions utiles et necessaire, il s'agit pas d'insulte ou plus generalement de mot du domaine du qualitatif, ou il existe des alternatives, ou les mots sont facilement interchangeable.

Si je prends la notion de justice, ca designe a la fois l' appareil organique instrument d'un etat, que la notion d'egalité de traitement d'un point de vu normatif voir economique.

Si je prends la notion de droit :
ca peut etre la possibilité reconnu ou que devrait reconnaitre, une societe/collectif qu' a un individu de penser d'agir ou pas dans un sens.
C'est aussi grosso modo comme cela qu'on appelle la construction normative d'une societe/collectif.

Les problemes que posent l'aspect organique de la justice police droit, c'est lie au rapport avec la construction normative d'une societe et son effectivité.
On peut supposer que la societe que l'on se projette sera parfaite, et qu'elle "produira" des individus parfaits, a ce moment la, inutile de se poser de questions tout va toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Si on admets que toute construction normative a sa part "d'artificiel", qu'on admet le libre arbitre de chacun > malgres tout les determinismes "favorables", l'individu peut s'ecarter de l'equilibre faisant consensus.
La possibilité du dissensus amene a reflechir sur comment s'en premunir de facon a ce que cela menace pas la construction sociale désirée. Et cette question se pose pour toute societe/collectif, et il s'agit de garantir l'effectivité de la construction, que cela ne reste pas que des declarations d'intentions, l'anarchisme dans sa conception sur certains points ne peut cohabiter avec des choix comme ceux de l'ED par exemple, autrement dit il y'a des normes anarchistes qui ne peuvent pas cohabité avec d'autres normes.

L'une des interrogations que l'on pourrait avoir si on reflechi sur ce probleme, c'est comment faire pour qu'un individu ou un groupe d'individu ne puisse pas brutalement ou progressivement imposer leurs choix aux autres.

Par exemple :
Un individu balance des batteries polluante dans une riviere a chaque fois qu'elles sont uséees. A force ca pollue la riviere et ceux qui boivent l'eau ont des problemes de santé les forcant a faire des km pour s'approvisionner en eau ailleurs.

Il faut trouver d'ou vient le probleme, et puis apres qui est le responsable, ca demande du temps qu'on aurait pu consacrer a autre chose.
Les individus concernés peuvent tenter la mediation pour qu'il cesse, lui parler a lui ou a la communauté qui l'abrite pour qu'il arrete et l'amener a tenter de reparer les dommages qu'il a fait.

Si il nie en bloc ou refuse de discuter.
C'est a la charge des individus ayant eu le probleme, de l'amener par leurs propre moyen a l'arreter et de decider des types de mesures a prendre contre cet imbecile pour qu'au moins il cesse ses conneries ?
Et si la disproportion des forces sont aleurs desavantages ?
Faire appelle aux autres membres ? oui mais qui la communauté doit croire sur quelle base ?
Le temoignage de l'un ou les denegation de l'autre qui est peut etre juste le bouc emissaire d'un probleme dont on recherche desesperement un coupable...?
Si on connait avec certitude le responsable ?
C'est quoi la mesure appropriée pour un gars qui s'entete a refuser tout dialogue ?

Et si par hasard les mesures prises par les concernés sont particulierement violentes, faut comprendre que les gars ont perdus un de leur proche empoisonné par les conneries de l'imbecile, et plusieurs des leurs sont malades.
La disproportion de la reaction peut amener les proches de l'imbecile a se sentir eux meme touché, voir a chercher a obtenir des reparations et produire un cercle vicieux.

De simple probleme non resolu peuvent a terme faire que ca devient un probleme qui met en danger l'equilibre collectif, ou chacun va prendre un parti, avec impossibilité de demeler le vrai du faux, parce que tout ceux qui apporteront des elements contraires a la position choisie, seront soupconné de rouler pour ceux d'en face.... chacun pensant que la mauvaise foi des autres ne peut plus permettre de les traiter vraiment sur un pied d'egalite amenant des incidents ponctuels qui vont encore plus clivé.

L'atout qu'a une constitution organique de la justice, c'est la neutralité qu'elle peut representer davant les partis au conflit, on lui accorde le credit d'etre impartial, et ce qu'elle aura etabli permet de comprendre le conflit en lui meme, au milieu de la mauvaise foi que les partis pourraient adopter pour se defendre, et de le trancher.
Le fait de decider a l'avance des consequences par exemple d'une atteinte a une personne et les modalités de son applications, c'est d'eviter que certains avec "la main trop lourde", loin de regler le probleme ne fait que l'aggraver et amener un cercle vicieux d'inimitié.

Si c'est aux individus de trancher les conflits eux meme, ca peut tres vite derapé, il y'a aussi la difficulté d'etablir les faits, si le systeme se base uniquement sur l'opinion de la communauté, sans s'assurer qu'un enqueteur neutre etablisse les faits, la question va surtout se reporter sur la credibilité des personnes, et le risque de voir la communauté reagir contre le moins "populaire", sans compter les risques de manipulations que les mieux en vu pourraient se permettre, tous ayant conscience qu'en cas de probleme, c'est lui qu'on ecoutera et implicitement les gens eviteront d'avoir des problemes avec lui, hesiteront a s'opposer a lui, entrainant sournoisement le retour d'une hierarchie sociale.

La question de la justice ne se limite pas qu'a ce que le systeme actuel en a fait, et c'est pas pour rien que dans la plupart des cultures des rituels de justice des modalites de justice ont ete etabli.
Les raisons de s'opposer, d'etre en conflit, pour moi il y'en aura toujours, le systeme anarchiste permettra d'en faire disparaitre, mais d'autres persisteront, et peut etre meme apparaitront, aucun systeme est parfait, chaque probleme amene des difficultés propre a lui, chaque systeme produit ses deviants, certains certes moins que d'autre.

Bon j'arrete la, j'ai deja fait trop long.
Cela dit pour moi ces textes sont interessants, et ont le merite d'esquisser autre chose qu'une abstraction qu'on a du mal a se figurer.
Et ca me parait important d'essayer de figurer les choses de maniere precise ou presque, de toute facon ce sont des propositions et dans ce cadre ca laisse matiere a debat, ce qui me parait etre l'essentiel.
Winston
 
Messages: 156
Enregistré le: 25 Avr 2011, 10:28

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede Zardoz » 28 Fév 2012, 12:14

Salut,

J’ai suivi avec attention l’échange de posts sur les modalités d’application techniques et pratiques d’une justice respectueuse des principes libertaires. Je ne sais pas si mon intervention dans ce débat s’avèrera pour vous éclairante étant donné que mon approche est surtout philosophique. Mais je pense néanmoins qu’il y a dans ce débat une question qui reste incontournable dès que l’on aborde le sujet de la justice.

Socrate, qui n’avait rien de libertaire, en apprenant ce projet, aurait eu vite fait d’attirer l’attention de son interlocuteur vers le fondement de son projet : le sens de la justice, fut-elle libertaire ou bourgeoise. Un juriste, pour donner son sens à lui de la justice, dira qu’elle est contenue toute entière dans le catalogue des lois et des différents codes. Socrate aurait ri au nez du juriste en lui montrant facilement qu’il confond la justice avec le Droit.

Me trompe-je si j’affirme que la Justice bourgeoiso-libérale est injuste, non parce qu’elle est bourgeoise ou libérale mais, parce qu’elle méconnaît les principes élémentaires de la justice ? Puisque les magistrats et les juges ne peuvent rendre la justice qu’au nom du Droit, jamais au nom de la justice. Il y a un sens de la justice, que connaissent bien les opprimés, qui n’entre pas dans la tête du juriste apprenant son Droit ou de tous les fonctionnaires-larbins de la Justice bourgeoise chargés de l’appliquer.

La plus grande faille de l’institution judiciaire en société marchande est qu’elle repose sur une association mensongère entre la justice (concrète) et le Droit (Justice abstraite), la faiblesse humaine et l’habitude à suivre le courant social se chargeant de faire respecter les procédures judiciaires même si celles-ci n’ont de la justice que l’apparence. Les amiantés qui ont gagné récemment leur procès en Italie contre la société Eternit, dont la plupart reposent déjà dans leur tombe, les autres ayant un pied dedans, savent bien que leur procès gagné n’est qu’un simulacre de justice.

Et le mot « simulacre », pour évaluer la valeur de la Justice des sociétés marchandes, n’est point du tout exagéré puisque c’est toute la Justice bourgeoise (marchande) qui repose sur la fiction que la loi du talion répare les torts causés ou subis. Or, comment évaluer, encore plus chiffrer, le tort subi par un amianté ? Durckheim avait déjà relevé le problème, dérivé de la vertu fictionnelle de la loi du talion, mais il l’a rapidement esquivé en l’estimant nécessaire, la loi du talion, puisqu’elle est souvent spontanément exigée par les victimes surtout en cas de blessures, ou sévices, morales.

Mais si la fiction égalisatrice de la loi du talion focnnionne très bien pour compenser la perte d’un objet, puisque dans ce cas-là le remplacement d’une valeur d’usage par une autre de même nature s’impose aisément à chacun pour solutionner le problème, dans le cas de dommages causés aux personnes la loi du talion n’a que peu d’effet puisque des dommages psychologiques ou physiques ne se remplacent pas par des valeurs d’usage et qu’une souffrance infligée à l’auteur d’une injustice, sauf dans des cas exceptionnellement rares, n’est jamais parvenue à le sensibiliser à la souffrance d’autrui. Parce que la Justice marchande n’est pas en mesure de dire ce qu’est la justice, ses effets n’éteignent jamais la soif de justice des victimes ni ne rendent l’auteur d’un acte injuste plus juste.

Ne pensez pas que je cherche à philosopher le problème de la justice libertaire pour le plaisir, mais sa résolution, il me semble, n’adviendra pas sans résoudre au préalable la question du sens de la justice.

Camus, qui de nouveau n’avait pas grand-chose de libertaire, dans « l’homme révolté », a associé l’injustice à la perte de sens. Si je me fais giflé sans raison, j’ai subi une injustice parce que j’ai vécu un acte qui ne comporte aucun sens. Et c’est, dans la foulée, le sens que j’accorde à la vie qui se transforme puisque je sais maintenant que je vis dans un monde où je peux me faire giflé à tout moment sans raison. Une simple gifle sans motif perturbe profondément la victime, surtout si elle est un enfant, parce qu’elle a subi qu’elle que chose qu’elle sait n’avoir par mérité, qui n’avait donc aucun sens. Et cette exigence du sens, du pourquoi, se manifeste encore plus vivement dans le cas des viols et des homicides gratuits. Bien souvent, ce n’est pas le dommage corporel qui pose problème aux victimes, dans la mesure où le dommage corporel ou matériel se remplace, mais les séquelles psychologiques qui sont d’ordre existentiels. Une femme violée, un élève raqueté, ont toutes les chances de poursuivre leur vie dans la peur permanente ou la frustration chronique. C’est là, selon moi, la plus grande injustice causée à une victime : lorsque le psychisme est attaqué, ou détruit. Et rien n’a été prévu dans les Codes de lois pour apaiser la douleur psychique des victimes hormis leur donner l’occasion de mettre en pratique une justice marchande.

La justice bourgeoise est une justice de marchands qui applique des peines d’enfermement en réponse à la peine des victimes : œil pour œil, peine pour peine. Et si la peine des victimes est incompressible, il ne leur reste plus qu’à se consoler de leur douleur en souhaitant voir leur agresseur souffrir autant, sinon pire, qu’eux. Ce qui n’aide pas les victimes à diminuer leur peine puisque si elles cherchent une consolation dans la souffrance de son agresseur elles s’aliènent dans une haine qui a toutes les chances de tourner à l’obsession destructrice.

Pour conclure, je pense vraiment que le plus grand dommage subi par une victime, si l’on accepte de considérer les dommages matériels comme mineurs, est de se voir plongé subitement, après un viol, une agression, un enlèvement, etc., dans un monde insensé dans lequel les pourquois n’obtiennent jamais de réponse.

En un mot, l’injustice est ce qui dégrade la dignité humaine, la justice consiste à la préserver ou lui redonner sa place perdue. Comment ? J’essaierai de lancer des pistes dans un message suivant si celui-ci appelle vos remarques, mais c'est sur la piste de la justice restauratrice que j’aurais voulu vous inviter.

Zardoz
Zardoz
 
Messages: 9
Enregistré le: 25 Fév 2012, 00:34

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede SchwàrzLucks » 28 Fév 2012, 12:43

Zardoz a écrit: Or, comment évaluer, encore plus chiffrer, le tort subi par un amianté ? Durckheim avait déjà relevé le problème, dérivé de la vertu fictionnelle de la loi du talion, mais il l’a rapidement esquivé en l’estimant nécessaire, la loi du talion, puisqu’elle est souvent spontanément exigée par les victimes surtout en cas de blessures, ou sévices, morales.

Mais si la fiction égalisatrice de la loi du talion focnnionne très bien pour compenser la perte d’un objet, puisque dans ce cas-là le remplacement d’une valeur d’usage par une autre de même nature s’impose aisément à chacun pour solutionner le problème, dans le cas de dommages causés aux personnes la loi du talion n’a que peu d’effet puisque des dommages psychologiques ou physiques ne se remplacent pas par des valeurs d’usage et qu’une souffrance infligée à l’auteur d’une injustice, sauf dans des cas exceptionnellement rares, n’est jamais parvenue à le sensibiliser à la souffrance d’autrui. Parce que la Justice marchande n’est pas en mesure de dire ce qu’est la justice, ses effets n’éteignent jamais la soif de justice des victimes ni ne rendent l’auteur d’un acte injuste plus juste.



Ton post n'est pas inintéressant mais tu fais dans ce passage une erreur.
La loi du talion, comme tu le dis plus loin, c'est "oeil pour oeil, dent pour dent", soit la vengeance. Or ici, la loi du talion reviendrait à dire "vous avez exposé X à de l'amiante sciemment, nous allons faire de même pour vous jusqu'à ce que mort s'en suive". Là, il est sujet de réparation, quoique l'exemple me paraît mal choisi pour illustrer ça.

Un exemple plus clair : Mr X m'a volé mon vélo. Si je soumets ce cas à la justice et qu'elle l'oblige à me rembourser ce vélo, ça n'a rien d'une vengeance et ça n'est pas la loi du talion puisque je ne vais pas lui voler son vélo en représailles. Par contre, ça répare son vol puisque je récupère mon vélo (ou son équivalent monétaire). S'il est condamné à être emprisonné pour son acte (que ce soit avec sursis ou pas), on n'est plus dans le domaine de la simple sanction/réparation mais l'on passe à la punition, à la vengeance.
De même, imaginons que Mr X (eh oui, encore lui) massacre ce que les champs de Mr Y contiennent. (exemple concret vu chez les zapatistes) Mr X. peut être contraint à aider Mr Y dans ses champs jusqu'à ce qu'il ait recouvert l'équivalent de ce qui a été détruit. Là encore cela relève de la réparation, alors que si on le fout en taule pour ça, comme l'institution judiciaire que l'on connaît en a l'habitude, c'est de la vengeance, de la punition.
SchwàrzLucks
 
Messages: 406
Enregistré le: 18 Oct 2010, 21:39

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede Zardoz » 28 Fév 2012, 14:39

La loi du talion peut être motivée par le sentiment de la vengeance, mais elle repose sur un principe abstrait, qui n'est pas un sentiment, et qui est celui de l'égalisation des dommages. En enlevant à l'un la somme nécessaire au remboursement du vélo d'un autre qu'il a détruit, le dédommagement monétaire fera du tort au portefeuille de l'un pour réparer le dommage matériel de l'autre en pensant que les torts peuvent s'égaliser, voire s'annuler, en passant de l'un à l'autre.

Le dédommagement te paraît juste parce qu'il est fondé sur un principe d'égalité : ce que j'ai perdu, je dois le récupérer. Mais celui/celle qui me dédommage, il/elle ne perd rien ? Si je suis dédommagé de mon dommage matériel, je ne perds rien. Mais mon "accusé", il ne perd rien dans l'affaire ? A la fin de la procédure judiciaire, c'est le fautif qui supportera la perte. Donc, il n'y a pas d'égalisation des dommages puisqu'à partir du moment où un dommage est causé il faut bien que quelqu'un l'assume.

Le point sur lequel je veux juste essayer d'attirer l'attention c'est sur la fiction de l'égalité incluse dans la loi du talion : dommage matériel pour dommage monétaire ou dommage matériel pour dommage matériel.

Je vais revenir sur le sujet ce soir en essayant de concentrer mes idées de façon à les présenter le plus clairement possible sans perdre de temps. Mais c'est Marx, dans le Capital, qui a comparé la Justice bourgeoise à une justice de marchands habitués à l'échange marchand qui, lui aussi, est fondé sur un principe abstrait de l'égalité.
Zardoz
 
Messages: 9
Enregistré le: 25 Fév 2012, 00:34

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede Zardoz » 28 Fév 2012, 21:16

Tu as écrit : la loi du talion, c'est la vengeance. Mais la vengeance n'exclut pas de crever un oeil pour une dent, ou d'arracher une dent pour un oeil. La loi du talion ne veut ni plus ni moins, elle exige l'égalité dans les dommages causés. Même si la loi du talion est appliquée dans un esprit de vengeance, le principe qui règle son fonctionnement est l'égalité de traitement.

Quant à l'origine de la Justice bourgeoise, Marx a donné son avis dans son chapitre 2 du Livre 1 du Capital à propos des échanges. Entre la note 38 et 39, il explique que l'échange marchand exige de la part des échangistes de "se reconnaître réciproquement comme des propriétaires privés. Ce rapport juridique, qui a pour forme le contrat, légalement développé ou non, n'est que le rapport des volontés dans lequel se reflète le rapport économique. Son contenu est donné par le rapport économique lui-même. »

Cette affirmation de Marx se conclue par une note, la 39. Si tu la lis, tu trouveras ceci : « Bien des gens puisent leur idéal de justice dans les rapports juridiques qui ont leur origine dans la société basée sur la production marchande, ce qui, soit dit en passant, leur fournit agréablement la preuve que ce genre de production durera aussi longtemps que la justice elle-même. »

Le rapport juridique, la Justice bourgeoise, est fondé sur le rapport économique qui suppose l’égalité implicite de l’échange marchand entre une valeur d’usage et sa contrepartie monétaire ou une valeur d’usage différent. Dans ce chapitre, tout le travail de Marx consiste à montrer que la valeur d’échange, le prix, est abstraitement et socialement déterminée, donc toujours relative et jamais absolue alors qu’il n’existe aucune égalité entre des valeurs d’usage différente.

D'où l'impossibilité de monnayer, ou de quantifier, en monnaie ou en biens, le produit du travail individuel à son juste prix. Comment égaliser le produit du travail du tourneur avec celui du maçon ?

Marx répond au 2ème paragraphe à propos du double caractère du travail présent dans la marchandise : « le travail du tailleur, qui fait l'habit, se distingue de celui du tisserand, qui fait de la toile ». Comment, alors, le capitaliste fait-il pour égaliser le produit de travaux utiles de diverses qualités ? Comment fait-il pour affirmer qu’une telle quantité d’habits vaut une telle quantité de toile ? En ne prenant en compte « dans la production d'une marchandise que le temps de travail nécessaire en moyenne ou le temps de travail nécessaire socialement ». Autrement dit, en payant le travail individuel des producteurs salariés au prix du marché et non en fonction de leurs besoins.

Quant à prétendre que la loi du talion est une justice de marchands, c’est moi qui le conclus par le principe qui le sous-tend : l’égalité abstraite.
Zardoz
 
Messages: 9
Enregistré le: 25 Fév 2012, 00:34

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede Winston » 29 Fév 2012, 22:46

Si je pars de ton premier sujet zardoz, je ferais la distinction entre 2 elements dans la notion de justice, la notion abstraite, le traitement egale de tous par tous en general plutot dans le domaine des libertes ou de l'economie, l'aspect plutot moral, plus global, bref la question politique et la construction normative qui en decoule, et le second la question de la resolution des conflits, question "organique" plus specifique, dont la loi du talion a ete pendant un temps un des principes guidant la resolution de ces conflits.

On ne peut dissocier les deux, selon l'equilibre du systeme, certains conflits ne surviendront pas, mais il me parait difficile de croire qu'une societe puisse exister sans conflit, de meme il faut aussi analyser les possibilités reel de dissensus et de voir les modes de resolution de conflit qui permettrait d'eviter d'en arriver la.
Une societe bourgeoise donnera forcement une construction normative bourgeoise qu'elle fera appliquer, comme toute autre systeme, le respect des normes est au coeur de l'existence de chaque collectif. Mais si tu cherches la notion de justice de facon aboslue ou du moins plus generalisée, elle se situe plus dans la facon de choisir les normes, leur nature, la resolution des conflits n'etant qu'un des elements des nombreuses application.
Avoir une egale repartition des ressources, ca se decide pas vraiment dans un "tribunal" ou autre instance de resolution des conflits.
Voir la resolution des conflits que sous l'angle des dommages/reparations me parait limité, et me parait pas etre le lieu principal de la "Justice", mais qu'un des lieux la constituant.

L'enjeu d'un mode de resolution des conflits ne se situe pas forcement qu'aux niveaux des partis au conflit, mais aussi au niveau du collectif theatre de ces conflits, parce que meme si on est pas touché directement par un probleme, on peut se sentir concerner pour diverses raisons, se sentir responsable ou/et solidaire par exemple, un conflit a en son sein une dimension collective plus ou moins grande.
On peut donc imaginer que selon l'importance et la nature du conflit l'echelle a laquelle il se deroule, un probleme non-resolu peut a la longue s'etendre et fragiliser tout l'equilibre du collectif, d'autant plus si cette collectivité fonctionne sur des principes libertaires qui demandent un certain degre de confiance/reconnaissance des membres la constituant.
Il y'a une dimension symbolique dans la resolution des conflits, par exemple dans beaucoup de cas, meme dans notre systeme, les gens ne cherchent pas forcement une reparation materiel, mais la reconnaissance des actes/faits et de leurs consequences, par celui qui en est l'auteur, et par le collectif.

Juste une parenthese, dans la loi du talion, on peut y voir un principe d'egalité, je dirais plutot d'equilibre, mais aussi un principe de responsabilité, ce qui fait qu'elle puisse demander un oeil pour un oeil, me semble moins guidé par le principe de reparation que de responsabilité, qui, elle (reparation), demanderait de compenser les inconvenients de la perte de l'oeil sous une forme ou une autre, si un oeil est demandé pour un oeil, c'est une forme d'egalité qui s'appuie sur la responsabilité qui recherche l'equivalence des pertes, mais non sa compensation/reparation, c'est de la vengeance codifiée.

Mais je crois que tu te trompes sur le fait de dire que la loi du talion se confond avec le systeme actuel ou tout autre systeme maintenant le principe de la reparation des dommages causé a autrui
Winston
 
Messages: 156
Enregistré le: 25 Avr 2011, 10:28

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede Zardoz » 02 Mar 2012, 19:45

Salut Winston,

Au plus j’essaie de te répondre, au plus je me rends compte de la complexité du sujet qui tient à la sociologie et l’anthropologie du Droit. Pour ne pas compliquer la discussion, je te propose de poursuivre sur l'analogie de principe, réelle ou supposée, entre le Droit et la loi du talion.

Je ne dis pas que ces deux système judiciaires soient identiques, mais les deux, étonnamment peut-être, sont fondés sur deux principes analogues : la proportionnalité et l’automaticité de la sanction.

Pour ce qui est du principe de proportionnalité dans le Droit bourgeois, la Charte européenne des droits fondamentaux, adopté en mars 2000 et renforcé de pouvoirs contraignants par le Traité de Lisbonne, établi à l’article 49 le principe de la proportionnalité des peines et des délits. D’ailleurs, la balance n’est-elle pas un lieu commun du symbolisme du Droit bourgeois avec le bandeau de l’impartialité sur les yeux ? Ce qui montre bien que l'égalité est ce qui fonde le droit bourgeois.

Durkheim, dans « La division sociale du travail », qui est pourtant un penseur purement bourgeois, faisait remarquer ceci : « nous ne mesurons plus d’une manière aussi matérielle et grossière ni l’étendue de la faute, ni celle du châtiment (comme c’était le cas avec la loi du talion) ; mais nous (les juristes bourgeois) pensons toujours qu’il doit y avoir une équation entre ces deux termes (faute et châtiment). (…) C’est la preuve que nous sommes restés fidèles au principe du talion, quoique nous l’entendions dans un sens plus élevé qu’autrefois [page 88 de la version électronique sur le site "les classiques des sciences sociales - http://classiques.uqac.ca/classiques/Du ... vail_1.pdf}». Pour le Droit bourgeois, « l’égalité n’est pas dans la nature, précise Durkheim. Cette œuvre de justice est la tâche qui s’impose aux sociétés supérieures (page 12 de la même version}». La Justice bourgeoise se veut fonder sur le principe de l'égalité.

Durkheim va même plus loin en affirmant que « la réparation du dommage causé (fondé sur le même principe de proportionnalité) a tout l’air d’être assimilée au châtiment du meurtre et d’être regardée comme une application de la loi du talion » (page 131). Une application de la loi du talion dont le principe de fonctionnement demeure analogue : l'égalité comme principe de justice.

Quant à l’automaticité des peines, dans le Droit bourgeois comme dans la loi du talion, elle s’applique quelque soient les motivations du fautif. Le voleur affamé sait que le simple fait de voler le condamne, comme les blessures dans le talion appellent automatiquement des blessures quelque soit la motivation de l’auteur.

En fait, Durkheim voit dans le principe de proportionnalité du Droit bourgeois une « œuvre de vengeance ». « Ce qui le prouve, écrit-il plus loin, ce sont les précautions minutieuses que nous prenons pour la proportionner aussi exactement que possible à la gravité du crime ; elles seraient inexplicables (les précautions minutieuses pour proportionner la peine) si nous ne croyions (de nouveau les juristes bourgeois) que le coupable doit souffrir parce qu’il a fait le mal et dans la même mesure {page 88}".

Pour Durkheim, et il me semble aussi, il y a analogie de principe (proportionnalité et automaticité) entre la loi du talion et le Droit bourgeois. La seule différence réside dans le but visé par ce même principe, le talion vise à satisfaire une vengeance, le Droit bourgeois à défendre la société.

Qu’en penses-tu ?

En réalité, je ne cherche pas à semer le trouble dans les esprits mais à tenter de répondre à la question de base de ce sujet de discussion : c’est quoi la justice ? l’égalité des traitements ?

Personnellement, je ne le pense pas. Mais pour ne pas alourdir le sujet je préfère te laisser me contredire si tu vois dans mon texte des erreurs de raisonnement.

Zardoz
Zardoz
 
Messages: 9
Enregistré le: 25 Fév 2012, 00:34

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede digger » 03 Mar 2012, 08:20

Voilà un débat bien intéressant sur le fond et sur la forme.
Il est abordé sous différents aspects, pas seulement sous l’aspect "politique". J’ai été travailleur social pendant une trentaine d’année et je ne sais toujours pas grand chose de la "nature humaine".
J’ai appris comment on utilise, et pourquoi, certains concepts ou certaines idées des sciences humaines et sociales. Chaque idéologie a sa propre définition de l’être humain, mais aucune ne repose sur un savoir réel. ("L’être humain sera "meilleur" si..." )
Il faudrait faire une différenciation entre ce que l’on peut nommer "déviance" ou "a-sociabilité" et pathologies .
Dans le premier cas de figure sont concernés tous les comportements non admis par les normes sociales dominantes. Une société libertaire, moins "normatives", égalitaire, ferait disparaître ou rendrait inutile, la plupart de ces comportements. C’est je crois, la position de Kuhing.
Reste les "pathologies", par exemple le cas extrême de la psychopathie. Ce genre de pathologie n’est pas liée à une quelconque forme d’organisation sociale. La question n’est donc pas de lier la forme d’organisation politique avec l’aspect curatif, mais d’examiner la réponse sociale à ces pathologies.
Pour moi, être libertaire, c’est apporter une réponse humaniste à chaque problème.
Le problème de le "loi du talion" est sa systématisation. Elle doit avoir une limite qui est cette réponse humaniste. La loi américaine est fondée en grande partie sur cette "loi du talion" et c’est sur elle que se fonde l’argumentation des partisans de la peine de mort.
Je suggère que ce débat continue et que les personnes intéressées l’approfondissent et le mettent en forme. C’est exactement le genre de dossier de fond qui pourrait paraître dans l’A.R, en une ou plusieurs fois, autour d’un travail collectif.
Ce forum est riche de réflexions et nombre de thèmes abordés pourraient être synthétisés et publiés.
digger
 
Messages: 2149
Enregistré le: 03 Juil 2011, 07:02

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede Zardoz » 03 Mar 2012, 11:48

L'idéal serait peut-être que des personnes qualifiées sur le sujet, ou susceptibles de se former suffisamment pour rédiger les principes fondateurs, forment un groupe (physique ou virtuel) de travail théorique.

Mais il faut aussi comprendre que tout différent, mineur ou majeur, est toujours d'origine privé et que s'il trouve une solution privée il n'y a pas à prévoir d'institutions officielles appelée "justice" (libertaire ou bourgeoise). Ce sont les particuliers qui, ne trouvant pas de solution à leur litige, s'adressent à une autorité extérieure aux particuliers pour obtenir justice. Ce qui implique de posséder un ascendant moral sur les particuliers pour qu'ils se dirigent spontanément vers une institution judiciaire susceptible de répondre à leur demande de justice. La pratique judiciaire d'une institution (libertaire ou bourgeoise) doit impérativement inspirer confiance aux particuliers dans leur demande de justice, sinon ils ne se présenteront jamais spontanément vers l'institution judiciaire même si elle est libertaire. C'est la confiance dans ses principes de justice qui doit, et attirera, les particuliers à s'adresser dorénavant à une justice libertaire, encore plus pour les anarchistes eux-mêmes.

La question à poser, il me semble, est donc : comment rendre justice à quelqu'un (libertaire ou non) qui demande justice parce qu'il estime avoir été lésé dans son sens de la justice ? Et cette question implique la possibilté de débouter un plaignant au motif que sa demande ne satisfait pas aux préceptes élémentaires de justice. Toute décision judiciaire demandera des motivations à fournir aux plaignants et aux accusés. Ce qui nous ramène à la base fondamentale du sujet à laquelle personne dans la discussion ne s'est lancé : qu'est-ce qu'une décision juste sinon une décision fondée sur un principe juste reconnu par tous, ou au moins par la mojorité d'entre tous ? Quels seraient le, ou les, principe(s), fondateur d'une justice pleinement libertaire applicable à toutes les situations mineures ou graves ?

Pour moi, ce principe fondateur doit résider dans la dignité humaine à préserver ou à restaurer.

Maitenant, pour éviter de théoriser dans l'abstait comme le font les juristes bourgeois, l'idéal est peut-être aussi de travailler sur des cas concrets de litiges et différents mineurs entre particuliers anarchistes ou non. C'est en tout cas de l'expérience que la justice libertaire doit sortir.
Zardoz
 
Messages: 9
Enregistré le: 25 Fév 2012, 00:34

Re: De la question de la justice dans l'anarchisme

Messagede Zardoz » 03 Mar 2012, 14:14

digger a écrit: J’ai été travailleur social pendant une trentaine d’année et je ne sais toujours pas grand chose de la "nature humaine".


Je ne pense pas qu’il faille se demander si la nature humaine est bonne ou mauvaise, parce qu’il n’existe pas de définition de la nature humaine qui tienne pour tout le monde. Le propre de la nature humaine est d’être imprévisible puisqu’elle est née pour la liberté, pas d’être bonne ou mauvaise. Ce qui compte c’est l’acte et sa valeur sociale et éthique, pas de avoir si l’auteur de cet acte est un ange ou un démon.

Soutenir que la nature humaine est bonne ou mauvaise est déresponsabilisant dans les deux cas, puisque la liberté n’intervient plus dans la définition de l’être humain. Ce qui est de nature à responsabiliser c’est de savoir que l’être humain est né pour agir en toute liberté et que le mal ou le bien qu’il fera sortira de l’usage de sa liberté, pas de sa nature bonne ou mauvaise.
Zardoz
 
Messages: 9
Enregistré le: 25 Fév 2012, 00:34

Précédente

Retourner vers Débats théoriques

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun-e utilisateur-trice enregistré-e et 1 invité