Veille des outils de répression

Re: Veille des outils de répression

Messagede ivo » 03 Fév 2012, 11:24

Quand Twitter, Skype et Google se mettent à la "géocensure"
fr info
La censure se répand sur les outils de communication en ligne.

Google, Twitter, Skype… Récemment, ces trois grands services de communication sur Internet ont décidé de resserrer le contrôle sur le contenu qu’ils véhiculent pour satisfaire des Etats.

Twitter

Twitter va désormais offrir la possibilité aux autorités administratives ou judiciaires des pays qui le souhaitent de bloquer les messages contraires aux règlementations locales. On pense immédiatement, comme Reporter sans Frontières, aux tweets échangés lors des printemps arabes qui n’auraient sans doute pas pu circuler librement avec une telle disposition.

Skype

Skype, le logiciel de téléphonie et de chat, a décidé lui aussi de se doter d’une fonction de censure. Par exemple, la version chinoise de Skype peut filtrer les conversations écrites parlant du Dalai Lama.

Google

Le géant Google, lui, a décidé de relocaliser la fréquentation de sa plateforme de blogs « Blogger ». Concrètement, lorsque l’on cherchera désormais un site sur Blogger en se connectant depuis la France, on sera naturellement redirigé vers l’espace français de Blogger avec un accès restreint aux blogs étrangers. Evidemment, cette disposition ne concerne pas que la France mais tous les pays qui expriment le besoin de mieux contrôler les fréquentations numériques de leurs citoyens.

Géocensure

Ce glissement progressif vers une sorte de « géocensure » s’explique par une logique économique. Du point de vue des entreprises concernées, il s’agit seulement de se conformer aux lois en vigueur dans les pays où ces services s’exportent. Twitter, par exemple, s’en explique en déclarant : « Au fur et à mesure que nous nous développons à l'international, nous irons dans des pays qui ont des positions variables sur la liberté d'expression».

Il serait trompeur de penser que seules la Chine ou la Corée du Nord sont concernées. En France, par exemple, la nouvelle loi sur le génocide arménien et toutes les lois mémorielles constituent d’excellents motifs légaux de censure électronique.

En fait, plus une technologie se démocratise et plus le besoin de contrôle semble devenir inéluctable. Un peu comme si la liberté d’Internet était soluble dans la mondialisation.
.^o GRAVOS MC ° SC1 ° SC2
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 05 Fév 2012, 18:38

Perquisition musclée chez l’extrême gauche M.-O. N.

Trois jeunes militants nancéiens d’extrême gauche ont déposé plainte la semaine dernière pour des violences policières.

Le 26 janvier vers 7h30, à Nancy, quatre policiers se présentent au domicile de trois colocataires. Ils frappent à la porte. « Ils nous disaient "police, police", mais nous n’avions pas le moyen de savoir si c’était vrai. On pensait que c’était une bande d’extrême droite », témoignent deux jeunes gens présents, habitués à en découdre avec ces ultras. Ils jettent un œil par le judas, « mais on ne voyait rien, on a remarqué après que le judas avait été obstrué ». Au bout d’une demi-heure de tambourinage sur une porte fermée, les fonctionnaires sortent un pied-de-biche pour ouvrir. « Ils sont entrés l’arme à la main », poursuivent les militants. « Dans la chambre, j’étais assis sur le lit, les mains en l’air. Un policier est venu une arme à la main, il a poussé la jeune fille qui se trouvait devant moi. Il m’a donné une grande gifle dans le visage. Toujours les mains en l’air, je me suis couché sur le lit. Le policier a mis son arme sur ma tempe gauche. Puis il a rangé son arme et a mis son poing sur ma tempe », témoigne un jeune homme de 20 ans. Les policiers cherchaient un militant du CNT impliqué dans une bagarre avec des autonomes lorrains.
Ils ont fouillé l’appartement, relevé les identités avant de repartir. « On n’a jamais su ce qu’ils cherchaient », assurent les jeunes. Le lendemain, ils ont déposé une plainte dans un commissariat nancéien.
« Nous avons agi dans le cadre d’une enquête judiciaire sur instruction du parquet dans le strict respect des règles du code de procédure pénale », explique Lionel Razurel, directeur départemental de la sécurité publique. « Les fonctionnaires ont décliné leur profession, ils ont frappé et attendu une demi-heure pour qu’on leur ouvre alors qu’ils entendaient du bruit à l’intérieur. Il n’y a jamais eu de violence », répète le DDSP. La plainte a été enregistrée au parquet de Nancy. Le procureur de la République tranchera sur la suite à donner.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 09 Fév 2012, 02:26

LE PARFAIT MANIFESTANT

Depuis le temps que des générations de militants cherchent un manuel de bonne conduite en manif, on ne peut que saluer le texte de cette anonyme du Val de Suse, publié très récemment dans le journal italien "Invece". En 20 points, tous les fondamentaux sont abordés, de l’habillement (fleuri, de préférence) aux slogans (sympathiques, c’est mieux). Une Bible, pas moins...

Rédigé par une dame italienne très respectable et nullement excitée, le texte qui suit est une réaction aux délires politico-médiatiques qui accompagnent la répression du mouvement « No-Tav », en lutte contre l’entreprise politico-mafieuse qui vise à détruire un peu plus le Val de Suse (TAV est l’acronyme italien de « train à grande vitesse »). 21 personnes sont encore en prison à la suite de la rafle opérée le 26 janvier en liaison avec les bagarres du 3 juillet (une manif avait marché jusqu’aux grillages protégeant le fortin de la police édifié là où devrait commencer le chantier)1.

***

LE PARFAIT MANIFESTANT

1. Il ne DOIT pas s’habiller en noir ou en marron foncé ou en bleu marine (on ne sait jamais).

2. Il doit marcher de manière digne et/ou danser, sautiller, faire la ronde (mais il ne faut PAS que tout le monde se couche par terre… ça gênerait la progression du cortège).

3. Il doit lancer des slogans créatifs, ironiques, sympathiques. Rimés ou sous forme de sonnets, c’est encore mieux.

4. Dans les slogans, il ne doit pas faire référence à des situations antipathiques, blessantes envers les forces de l’ordre, ni faire allusion même vaguement à d’imaginaires désagréments. Les slogans agressifs sont l’antichambre du blacklockage.

5. Il vaut mieux que les manifestants défilent en costume de petit cochon, de Cendrillon, de Donald, etc., de manière à ce que tout le monde s’amuse. Si la manif ressemble à un carnaval, personne ne s’inquiètera.

6. Le bon manifestant doit aider les vieilles dames à traverser la rue.

7. Le bon manifestant doit veiller à ce qu’aucun de ses voisins de défilé ne se laisse aller à des gestes coléreux du genre : cracher, se curer le nez, péter, agiter les bras de manière désordonnée. En de tels cas, il doit avertir les forces de l’ordre et faire arrêter les violents.

8. Attention : il est inutile de faire tout cela si par la suite on jette un regard méchant. Pas de regards méchants… ça met les gens de mauvaise humeur.

9. Le bon manifestant ne doit utiliser aucune espèce de couvre-chef, de manière que son cuir chevelu puisse accueillir la rencontre avec la raisonnable matraque d’autodéfense. L’utilisation du casque, en plus de mettre les gens de mauvaise humeur, est un geste de provocation sans équivoque… Il s’oppose au bon travail des forces de l’ordre et peut être utilisé comme une arme terrible (je connais un casque qui à lui seul a détruit un quartier entier). Et puis pourquoi mettre un casque et se couvrir le visage si on a sa conscience pour soi ? Qui est en paix avec soi-même n’a pas besoin de paravent ; d’ailleurs, les vrais sages se promènent avec une pancarte portant leurs nom, prénom et adresse écrits en gros caractères et tendent la tête à l’ennemi. S’ils en ont une autre, ils tendent aussi l’autre tête.

10. Le bon manifestant doit être en mesure de respirer de très nocifs gaz lacrymogènes sans faire d’histoires. S’il tousse, il doit mettre sa main devant la bouche (mais sans se couvrir le visage). Mettre un masque anti-gaz est considéré comme un comportement vraiment mal élevé ! Évidemment, suite à ça, les forces de l’ordre se sentent obligées d’envoyer les gaz lacrymogènes.

11. Le bon manifestant doit aimer les forces de l’ordre, les respecter, les inviter à dîner, leur offrir une rose, les courtiser avec gentillesse, les écouter et les accompagner à la maison sans exercer aucune pression.

12. Une alternative : il peut considérer les forces de l’ordre comme une maman, leur obéir, ne pas les critiquer et les aider à faire le ménage.

13. Le bon manifestant doit considérer que les black blocs ne sont pas des jeunes vraiment en colère (comme quelques fous l’insinuent) mais bien l’incarnation du mal à l’état pur. Ils ne sont pas humains, ils apparaissent et disparaissent au milieu d’une mer de langues de feu, ils existent depuis des milliers d’années, s’infiltrent partout (même entre les carreaux de la salle de bain) et se souillent des crimes les plus horribles et indicibles : l’autre jour, j’ai vu un black block qui piétinait le géranium d’un jardin d’immeuble !

… Et qui nous dit qu’ils n’ont pas pris part à la crucifixion de Jésus ?

14. Donc, l’idéal serait d’apporter un lasso de cowboy... Et dès qu’on voit un black block, on le prend au lasso et on le remet aux forces de l’ordre qui lui parleront longuement et, devant une tasse de thé et des petits fours, essaieront gentiment de lui faire comprendre qu’il se trompe.

15. Il ne peut pas y avoir de confusion : le bon manifestant s’habille de couleurs vives et joyeuses, avec des images de fleurs, de petits lapins, d’arc-en-ciel, etc. Très à la mode : le style alternatif-inoffensif.

16. L’idéal serait que le bon manifestant repère les black blocks de manière préventive. Méfiez-vous des gamins et des gamines très jeunes… ce sont presque tous des black blocks en herbe envoyés directement par Satan. On dirait des mineurs mais ce sont de perfides vampires d’au moins 150 ans chacun.

17. Donc, le bon manifestant déteste les black blocks et considère les banquiers, les notaires, les financiers, les armateurs, les commerçants, les pharmaciens, les sociétés pharmaceutiques, le FMI, etc. comme ses frères, tous unis dans les malheurs de ce monde voleur… Au fond, ne sommes-nous pas tous précaires dans cette vie incertaine ? Et dans ce cas, pourquoi brûler le 4x4 d’un pauvre expert-comptable… la vitrine d’un pauvre bijoutier… la poubelle d’un pauvre poubellier ? Nous sommes tous dans le même bateau, moi et ma petite maman, toi et Briatore2. Non… heu… Briatore est dans son bateau à lui... mais c’est quand même un bateau.

18. Le bon manifestant abhorre, déteste, se dissocie, dénonce, est horrifié, frissonne d’horreur, est horripilé devant… la violence. Le bon manifestant sait que l’exploitation désormais totale par les patrons N’EST PAS de la violence : c’est un comportement répréhensible à considérer au maximum en levant le sourcil. La vraie violence qui menace les braves gens… ce sont les actions des black blocks. On ne sait pas en vertu de quelle logique mais tout le monde le dit et donc c’est comme ça.

19. Le bon manifestant exprime son point de vue de manière PACIFIQUE. Les défilés ne doivent en aucune manière inquiéter les citoyens qui, sans eux, auraient profité d’une belle journée de shopping. Ils ne doivent pas angoisser les malheureux qui ont déjà tant de difficultés à joindre les deux bouts, et encore moins attrister les pauvres commerçants du centre-ville, notoirement indigents. Et puis (horreur), vous rendez-vous compte que dans une manifestation agitée il peut se trouver aussi des personnages innocents, purs, sincères et courageux, comme les représentants de la presse et de l’information ?

20. En somme, le bon manifestant doit être présentable aux yeux des politiciens et des patrons. Si les manifestants se comportent mal, il est clair que les politiciens se sentent en devoir de ne pas les écouter et de les envoyer au lit sans dîner. Les puissants NE DOIVENT PAS penser avoir affaire à une manifestation de gens vraiment en colère, ce n’est pas bien. Eux ne sont ni des criminels ni des délinquants et ils s’indignent beaucoup en voyant des actes de terrifiante violence tels que le lancer d’une brique ou l’incendie d’une poubelle. Il ne faut pas se plaindre si ensuite (comme à Gênes) leurs subordonnés démolissent des milliers de jeunes et en tuent quelques-uns. Les forces de l’ordre en tenue anti-émeute (justement) prennent peur lorsqu’ils sont confrontés à une bande d’adolescents loup-garous. Et tout le monde sait que quand on a peur (à raison), on réagit mal.

Enfin, sur la base de tout que j’ai entendu à la télé au sujet des manifestations d’aujourd’hui, je pense qu’il n’existe qu’une solution logique : à partir d’aujourd’hui, dans les manifs, il convient de faire défiler directement et uniquement les forces de l’ordre et les militaires. Comme ça, nous aurons des cortèges tranquilles, parfaits et rassurants. Doux comme l’huile de ricin.


1 Une pensée pour Gabriela, en particulier, qui participa aux Nuits du 4 août, et qui a froid dans sa prison pour femmes de Turin, où le chauffage est cassé.

2 Briatore : manager de Formule1, exemple de nouveau riche arrogant à l’italienne, dont le yacht a été placé sous séquestre pour fraude fiscale.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 09 Fév 2012, 21:33

Les anars français formés à la violence en Grèce: histoire d'une intox 07/02/2012

La police française est formelle : les plus radicaux des activistes français iraient se former à la violence de rue dans une Grèce en crise… Démontage d’une intox.

Un réseau “préterroriste” et “international” menace l’Europe. C’est ce que décrit un rapport classé confidentiel défense, rédigé par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) en juin 2008. D’après ce document, titré “Du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau préterroriste international : regards sur l’ultragauche française et européenne”, des gauchistes et des anarchistes français, nés à la politique avec les manifestations anti-CPE de 2006, se seraient depuis convertis à l’action violente en fréquentant les réunions et les manifs de Barcelone, de Milan ou d’Athènes. Surtout d’Athènes où, depuis qu’un policier a abattu le jeune Alexis Grigoropoulos (15 ans) le 6 décembre 2008, le puissant mais dispersé mouvement anarchiste affronte régulièrement la police à coups de pierres et de cocktails Molotov.

C’est au cours des émeutes qui suivent la mort de l’adolescent qu’un incident particulier alerte les policiers de la DCRI. Le 19 décembre 2008, un groupe de vingt cagoulés force l’entrée de l’Institut français d’Athènes, casse des vitres et lance un cocktail Molotov qui explose dans le hall. Avant de repartir, ils taguent sur la façade des slogans qui s’adressent à la France : “Étincelle à Athènes, incendie à Paris, c’est l’insurrection” (en français). “Liberté pour les combattants emprisonnés par l’Etat français” (en grec). Il est question des neuf Français de Tarnac, arrêtés un mois plus tôt lors d’une procédure antiterroriste à grand spectacle, accusés de sabotage sur une voie SNCF.

L’ultragauche, une menace terroriste pour la France ?

Ce n’est pas le premier geste de solidarité des anarchistes grecs avec les mis en examen français. Le 3 décembre, avant le début des émeutes grecques, un engin incendiaire artisanal abîmait la façade de l’Agence France Presse à Athènes. Un groupe considéré comme terroriste en Grèce, la Conspiration des cellules de feu, revendiquait l’attentat au nom de “la solidarité avec les camarades français”. Depuis, en juillet 2011, sept membres de cette Conspiration ont été condamnés à des peines allant jusqu’à trente-sept ans de prison. Ils n’ont tué personne mais ont revendiqué plusieurs actions violentes, comme l’envoi en novembre 2010 de colis piégés à Angela Merkel, Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy et des ambassades européennes.

Cependant, depuis les attentats des Cellules de feu en Grèce, aucune bombe n’a explosé en France. Mais le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, laisse entendre que c’est seulement une question de temps. En juillet 2010, dans Le Figaro, il affirme que les “mouvements contestataires” français “vivaces et se regroup(a)nt au gré des circonstances (…) ont suivi de très près les émeutes en Grèce, accompagnées d’assassinats politiques”. Cela signifie-t-il que des Français ont pris part aux émeutes grecques ? Qu’ils ont contribué aux assassinats politiques ? Squarcini ne le précise pas. Mais des ultragauchistes français anonymes lui répondent dans une lettre ouverte ironiquement signée du “comité central de l’ultragauche ultra-organisée”.

“En Grèce, écrivent-ils, ce ne sont pas des anarchistes qui ont tenté de prendre d’assaut le Parlement mais des grévistes conséquents.”
Dans le journal alternatif Article 11, on lit ceci : “Sur l’affirmation que lesdits mouvements ‘ont suivi de très près les émeutes en Grèce, accompagnées d’assassinats politiques’ – si toi aussi tu t’intéresses à la révolte grecque, envoie-moi un mail à cette adresse : j’aitrouvéunP38parterre.qu’est-cequejenfais@gmail.com”

Quatre mois après l’avertissement de Squarcini, le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux à l’époque, fait monter l’ultragauche sur le podium des trois menaces terroristes qui pèseraient sur la France. Sur France 2, il déclare : “Il y a tout d’abord l’ETA”, l’organisation séparatiste basque, puis ensuite “ceux qui viennent de l’ultragauche”, en précisant : “Regardez ce qui s’est passé à Athènes avec le colis (piégé) destiné au président de la République français”. Puis il conclut en citant “l’islamisme radical”, “une menace forte”.

Le gouvernement s’en est persuadé : la Grèce agit comme foyer de contagion. Comme l’Algérie des années 1990, comme l’Irak ou l’Afghanistan des années 2000, elle mijoterait un chaudron d’activistes violents et prêts au combat au-delà de leurs frontières. Il est vrai qu’en Grèce, même si elle est loin de se généraliser, la lutte armée n’est plus un tabou. En 2010, elle fait six morts, dont deux assassinats délibérés : le chef de la sécurité du ministère de l’Intérieur tué en ouvrant un colis piégé ; un journaliste abattu par balles. Les quatre autres décès sont accidentels : trois employés de banque dans un incendie provoqué par des cocktails Molotov et un adolescent de 15 ans qui a trouvé dans une poubelle un sac contenant une bombe. Cette violence révolutionnaire grecque pourrait-elle s’exporter en France ? Aujourd’hui, comme Squarcini et Hortefeux, les polices européennes s’en inquiètent.

Chaque année, l’Office européen de police, Europol, rend un rapport sur l’état de la menace terroriste. En 2011, sans surprise, il désigne la Grèce. Derrière la vague de colis piégés attribués à la Conspiration des cellules de feu, Europol observe une “coordination internationale accrue” et prédit une extension de la violence grecque à toute l’Europe : “L’augmentation des arrestations en Grèce va déboucher sur des procès importants qui pourraient déclencher des attaques de soutien à travers l’Europe. C’est pourquoi l’on peut s’attendre à ce que la violence anarchiste continue à se développer en Europe.”

Selon son rapport de 2009, un réseau transeuropéen s’est déjà organisé pour étendre l’anarchie.

“Des liens établis existent entre anarchistes français, grecs et italiens, comme le démontre une affaire dans laquelle un citoyen grec, conduisant une voiture immatriculée en France, avec des personnes de nationalités belge, grecque et italienne à bord, a été arrêté alors qu’il taggait les murs du palais de Justice de Bruxelles.”
Certes, rien à voir avec la Conspiration des cellules de feu. Mais une conspiration des cellules du tag fait déjà fantasmer. En avril 2010, France Info diffuse un reportage intitulé “L’ultragauche à l’école grecque”. Le reporter revient d’Athènes où les manifestants accueillent de jeunes Français qui les soutiennent. L’animateur le lance ainsi : “Vous rentrez d’Athènes où des militants de la mouvance anarchiste proposent de former leurs homologues français aux méthodes, aux techniques de la guérilla urbaine.”

Dans le sujet, le reporter ne fait parler aucun “élève” ni aucun “formateur” mais introduit les notions de “filières grecques” et de “camps d’entraînement” qui rappellent l’univers djihadiste. Il termine en nous interpellant : “Vous vous souvenez, au moment de l’affaire de Tarnac, on se demandait ce que pouvait bien faire Julien Coupat à Thessalonique. Eh bien, on se pose moins la question aujourd’hui.”

Reposons-nous la question quand même. Les anarchistes français vont-ils vraiment se former à la guérilla en Grèce ? Fin novembre, nous débarquons à Athènes dans le quartier mi-popu mi-bobo d’Exarchia aux murs couverts d’affiches politiques. C’est le fief historique du mouvement anarchiste. Dans un lieu occupé, dans un café ou dans un potager urbain autogéré, des adeptes de la bataille de rue discutent sans fin avec des universitaires postsituationnistes. A Exarchia, les insurgés européens viennent parler, organiser des manifs, imprimer des journaux, préparer des banderoles, parfois des cocktails Molotov. Sur la place, des jeunes habillés en noir, leur couleur politique, vont et viennent, boivent des bières et discutent. Ce soir, cinquante personnes écoutent un concert de solidarité avec les “prisonniers politiques”. Du gros son avec Assassin de la police, reprise de NTM par un groupe grec.

Ici pas de police

Sur un scooter à l’arrêt, Jeanne (1), une Franco-Grecque anarchiste de 35 ans, les cheveux noirs et un piercing à la lèvre. Elle aime se définir comme un “pilier de la place” et nous explique le métabolisme d’Exarchia. La place représente un village fortifié, un refuge politique où l’anarchiste boit sa bière en paix. Ici, pas de distributeur de billets, pas d’agences immobilières et, surtout, pas de police.

“La police reste à l’extérieur. S’ils passent par la place et s’arrêtent un peu trop longtemps au feu rouge, ils peuvent vite recevoir des pierres.”
Comment faut-il s’y prendre pour rejoindre un camp d’entraînement ? Jeanne fait un geste de la main comme si elle éloignait une mouche : “Ici on apprend à faire des cocktails Molotov à 12 ou 13 ans mais on n’est pas organisés. Il n’existe pas de formations. C’est un fantasme des flics : ils ont tenu les mêmes propos sur les Italiens qui venaient ici que sur les Français : comme si on avait quelque chose à leur apprendre.”

Deux jours plus tard, au même endroit, une autre militante nous a fixé un rendez-vous. Réfléchie, posée, sans signe vestimentaire marqué, cette étudiante grecque passe inaperçue au milieu des groupes de jeunes en noir et de punks à chiens. Elle participe à des revues, des groupes de réflexion et des manifs. Elle s’étonne de l’importance que les juges étrangers accordent au “voyage en Grèce” . “Pendant une manif, un Italien a été blessé. Il ne voulait surtout pas que cela se sache : il craignait que les services de renseignement italiens apprennent sa présence à Athènes.”

En Italie, mais aussi en France, les services secrets accordent une attention particulière aux jeunes anars passés par la Grèce ou en lien avec des activistes grecs. Devant les tribunaux, ces liens sont présentés comme des éléments à charge. A Paris, Jérôme(1), militant anticapitaliste de 30 ans interrogé par la police dans une affaire de dégradation, s’étonne lui aussi de cette chasse aux amis des Grecs. Derrière l’épouvantail des filières grecques et des camps d’entraînement à la guérilla urbaine, il diagnostique surtout “la construction policière d’un ennemi intérieur”. “Ces dernières années, je suis allé aux Etats-Unis, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, dans plein de pays. Mais dès qu’on met le pied en Grèce, la police isole ce voyage des autres pour le considérer comme une particularité dangereuse. La Grèce n’est pourtant pas le seul pays qui connaisse des émeutes et des bombes... En Corse, au Pays basque, il y a aussi des actions violentes et des assassinats.”
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 10 Fév 2012, 22:45

La surveillance numérique : une arme de guerre (presque) assumée
Aperçu du salon sur la sécurité intérieure des États et place de la cybersurveillance comme moyen de sécurité

J’ai eu la chance de pouvoir aller à Milipol 2011, salon dit « de la sécurité intérieure des États », qui se déroulait du 18 au 21 octobre porte de Versailles, à Paris. C’est l’un des plus grands regroupements mondiaux de représentants industriels et politiques liés à cette thématique. Hormis la presse, seuls les acteurs de cette sphère y sont en théorie admis. Pas de Monsieur et Madame Tout-le-monde, pas de grand public. Parmi les « personnalités », Marine Le Pen et Claude Guéant y ont apparemment fait une apparition. Parmi les exposants dont le nom parlera peut-être au lecteur, on citera la DGA, Renault Trucks, SigSauer, Flash-Ball, Trovicor et Bull-Amesys. Tous ont une place sur le marché de « la sécurité intérieure des États ».
Ce salon, dont les stands les plus ludiques sont ceux proposant de s’entraîner à viser avec tel fusil mitrailleur ou telle arme de poing, a également donné l’occasion de mesurer l’importance croissante occupée par les technologies de surveillance de masse des flux de communication comme outil de guerre. Une importance très facilement perceptible mais qui semble mal assumée par les fabricants de ces technologies d’espionnage.
Pour cette raison, et du fait que le grand public n’y est pas admis (pourtant l’État, c’est nous, non?), un petit aperçu de ce salon me paraît indispensable. Toutes les photographies de cet article ont été prises lors du salon.

Fais voir ton gros calibre
Première impression: c’est intimidant, et ça fout mal à l’aise. On commence par des tenues spéciales destinées aux militaires et des fusils mitrailleurs flambants neufs, exposés comme des oeuvres d’art. À l’honneur également, des véhicules de police blindés et éventuellement surmontés d’une mitrailleuse. Pour soigner le détail, quelques écrans proposent des animations type jeu vidéo ou mauvais film américain, mettant par exemple en scène les explosions provoquées par des mitrailleuses d’hélicoptère exposées dans le même stand. Chaque marque rivalise d’ingéniosité pour mettre en valeur ses produits.

C'est beau, non ?

Ce qui occupe une bonne moitié du salon est donc une débauche de haute technologie conçue pour tuer. Une sorte de grand magasin de jouets mais avec de « vrais » jouets, quoi. Comme les petits, on peut venir soupeser, palper et tester le viseur d’une arme dernier cri.
Toute cette haute technologie est le luxe de l’armement. L’exposition de luxe matériel est un levier classique du marketing qui joue sur certains travers du caractère humain pour le pousser à se focaliser sur son envie primaire de posséder un nouvel objet. Milipol, c’est encore plus fort que ça : la plupart de ces objets luxueux ont la particularité d’être conçus pour tuer. Résultat : à l’envie consumériste primaire s’ajoute la poussée de testostérone et le sentiment de puissance qu’on peut observer sur certains mâles venant tâter les armes avec un air satisfait comme si leur virilité s’en trouvait décuplée. Sur les stands les plus soignés, l’arme est même tendue à l’intéressé par une charmante hôtesse, dont le mouvement des doigts sur la crosse ne manquera pas d’éveiller l’inconscient de certains.

Tu la sens ma grosse intelligence ?

Pour parfaire l’ambiance, certains arborent fièrement leur apparat de « représentant de l’ordre public » : tenue du RAID, costume militaire, etc. Si certains de ces représentants sont vraiment fiers de faire partie de la caste virile du salon du fait de la force à laquelle ils ont accès, comment s’étonner de voir certains dégénérés de la BAC perpétrer des excès de violence ou certains CRS s’enorgueillir de la branlée qu’ils ont mis à des Indignés pacifiques ?
J’allais oublier un détail : la place du 9 novembre 1989, face au lieu de l’exposition, était étrangement ornée de dizaines d’affiches publicitaires pour le jeu tout nouveau Battlefield 3.

Un oeil sur les stratégies des États

Faire croire que le salon n’est peuplé que d’écervelés en manque de baston serait toutefois irrespectueux pour les participants ne répondant pas à cette description et omettrait un élément clé : les produits exposés entendent répondre à une stratégie réfléchie et définie par les États, puisqu’ils sont les principaux clients de ces technologies.
Observer les produits mis en avant par les fabricants donne une petite idée des stratégies auxquelles ils répondent. On trouve donc, à ce salon :
beaucoup d’armes de guerre conventionelle anti-infanterie, très puissantes pour certaines (fusils de précision qui t’arrachent un bras en une balle, mitrailleuses pour hélicoptères, armes de poing et armes automatiques en tout genre, robots tout-terrain surmontés d’une mitraillette, …)
des équipements de protection passifs pour les théâtres de guerre (visières et gilets parre-balles) et les violences urbaines (tenues de CRS « blindées », …)
des véhicules, de la moto de police standard BMW au véhicule blindé léger, en passant par le 4×4 de police aux vitres grillagées et surmonté d’une tourelle avec mitrailleuse (j’ai bien dit 4×4 de police, pas militaire, hein)
quelques rares stands sans connotation guerrière, l’un d’eux présentant par exemple un appareil de mesure du taux d’alcoolémie par examen de l’épiderme
pour terminer, les moyens de surveillance des communications électroniques, qui occupent environ un quart du salon à eux seuls.
La sécurité intérieure des États, c’est donc en tout premier lieu la guerre. Mais la guerre contre qui ? Certains éléments rendent la réponse à cette question particulièrement floue. Par exemple, ce 4×4 de police – entité civile censée protéger la population – surmonté d’une arme capable de décimer par dizaines des personnes, civiles elles aussi a priori. Le véhicule blindé aux motifs de camouflage militaires mais avec un fond bleuté pour garder un peu le look « police » me semble également un produit particulièrement pervers.

Il faut que je revoie ma définition du mot "police", je crois...

La frontière semble donc bien poreuse entre baston sanglante et maintien de la sécurité de la population civile… La stratégie des États visant à assurer leur « sécurité intérieure » semble consister à armer davantage les forces de police qu’à se soucier du sort des populations. Et si, à l’instar de l’Égypte, la Tunisie, le Yémen, le Bahrein et la Syrie, c’était les « forces de l’ordre » qui allaient être amenées à représenter la menace la plus dangereuse pour la population ?
Dans ce flou artistique, les technologies d’espionnage de masse des télécommunications sont loins d’être en reste. L’ambiance sur les stands associés y est même bien plus tendue que dans le reste du salon, surtout lorsque des journalistes y pointent le bout de leur nez.

Des armes de guerre à ne pas dévoiler

Un quart du salon : c’est l’espace occupé par les seuls stands liés aux télécommunications. Parmi eux, j’ai pu observer une dizaine d’exposants de divers pays proposant des solutions d’interception, de stockage et d’analyse de flux réseaux résultants de l’activité humaine. À côté de ces stands où la tension était perceptible, le reste du salon dégageait une ambiance « magasin de jouets » presque relaxante. Pas ou peu d’objets exposés, des regards menaçants à la vue d’un appareil photo, et des représentants particulièrement désagréables avec les journalistes. Pas de doute, ici on propose des produits qui doivent rester cachés et connus uniquement par un public très restreint.
Les brochures publicitaires permettaient tout de même d’apercevoir les caractéristiques des solutions d’interception proposées. Sans surprise, les points quasi-systématiquement mis en avant sont les suivants :
capacité d’interception de flux réseau à très haut débit (j’ai noté le chiffre de 10Gbit/s)
captation de tous les vecteurs usuellement utilisés par les humains pour communiquer (messagerie instantanée, réseaux sociaux, e-mails, webmails, voix sur IP, …)
outils d’analyse et de corrélation des données pour rechercher des individus particuliers ainsi que leurs liens sociaux.
Aucun doute ici non plus : on propose du massif, on met en avant la capacité de passer à l’échelle à la fois en terme de nombre de personnes surveillées et en termes de protocols analysés. Plus concrètement, il est très clair que plus d’une entreprise dans le monde fournit des solutions capables de mettre sur écoute la population d’un pays entier. En plus, certaines d’entre elles ont eu la chance de les tester et les affiner chez les dictateurs d’à côté. Pour changer de Bull-Amesys, qui ne présentait d’ailleurs bizarrement pas son système Eagle, je mentionnerais la société Trovicor, ex-filiale de Nokia-Siemens, apparemment présente dans plusieurs régimes dictatoriaux du Moyen-Orient (cela mériterait d’ailleurs davantage d’investigations).

Ça a le mérite d'être clair : c'est fait pour intercepter des quantités énormes de trafic

Plus effrayant et plus intriguant, une entité italienne nommée « Hacking Team » part d’un constat simple : les données les plus sensibles sont souvent échangées par des canaux chiffrés et sont donc difficiles voire impossibles à intercepter. Qu’à cela ne tienne, Hacking Team propose tout bêtement à ses clients d’installer un logiciel espion sur les machines des personnes dont on souhaite surveiller l’activité. Je n’ai aucun détail technique sur les performances et la furtivité de ce logiciel, mais la brochure vante son indétectabilité par tout type d’anti-virus moderne. C’est une porte de plus qui s’ouvre vers l’installation de logiciels sur des matériels à l’insu des propriétaires. Rappelons-nous que les autorités allemandes ont récemment eu recours à un cheval de troie permettant d’espionner les conversation Skype, et que cette technique est mise en pratique en Chine depuis un bout de temps.
Je n’ai malheureusement ni pu tout retenir ni pu tout photographier. Une énième passe sur ma série de photos me rappelle une autre technologies observée : la localisation tri-dimensionnelle en temps réel des personnes en grâce à leur téléphone portable.

Extrait de la plaquette publicitaire de Hacking Team

En conclusion, nous sommes en présence de vendeurs de matériel permettant de mettre tout un pays sur écoute et de faire des analyses performantes de ces écoutes, dans un salon amalgamant allègrement matériel de guerre et sécurité des populations civiles dans un flou particulièrement malsain. Et ce salon, censé être autour de la thématique de la sécurité des États (et donc des populations), est interdit au grand public. Enfin, les journalistes, bien qu’autorisés, sont particulièrement mal vus et la plupart des vendeurs de matériel d’interception des flux réseaux restent muets comme des carpes – voire agressifs – face aux questions des journalistes.
Quelques entreprises et quelques oligarchies d’État s’organisent peu à peu pour mettre des millions de gens sur écoute, et le « grand public » ne doit surtout pas le savoir. Je ne comprends pas, moi qui pensais que tout ça était fait pour assurer notre sécurité… Je deviens schizophrène : je suis un citoyen tout ce qu’il y a de plus lambda, et je vais peut-être être surveillé par des armes de guerre tel un ennemi de la population.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 11 Fév 2012, 15:11

Paris placée sous haute vidéosurveillance Julien PEYRON

Pro et anti-caméras de surveillance se déchirent à Paris, alors que s'ouvre l'ère de la "vidéoprotection" dans la capitale. Outil de sécurité indispensable pour les uns, les caméras sont, pour les autres, aussi liberticides qu'inutiles.

Jusqu’à présent, elles surveillaient surtout la circulation automobile, mais petit à petit, les caméras de vidéosurveillance de Paris vont se tourner vers les habitants et les touristes de la capitale. En accord avec la mairie, le Premier ministre, François Fillon, a lancé fin décembre un vaste plan de "vidéoprotection" pour Paris. Celui-ci prévoit de doter la ville de plus de 1 100 caméras de voie publique et de haute technologie d'ici juin 2012, contre un peu plus de 300 appareils aujourd’hui, pour la plupart dépassés et dédiés essentiellement à la surveillance routière.

Longtemps honnie par les élus de gauche, la vidéosurveillance a désormais les faveurs de nombreuses agglomérations de France, y compris de villes administrées par les socialistes, comme Lyon ou Toulouse. À Paris, le maire socialiste Bertrand Delanoë s’est associé à la préfecture de police pour parsemer les arrondissements de centaines de caméras afin d’"améliorer la sécurité des Parisiens", selon l'un de ses communiqués.

" Je ne veux pas qu’une caméra surveille quel journal j’achète "

Ce soudain engouement pour la vidéosurveillance ne plaît pas à tout le monde et divise même au sein de la majorité municipale : les élus écologistes de la capitale se sont prononcés contre ce plan "liberticide", lors de son vote, en 2009. Au premier rang des opposants figure Sylvain Garel, président du groupe Europe-Écologie-Les Verts (EELV) au Conseil de Paris. Contacté par FRANCE 24, il dit craindre que ce plan soit le début d’une ère tout sécuritaire. "On se dirige vers un monde à la ‘Big Brother’. Je ne veux pas qu’une caméra me filme quand je sors dans la rue ni qu’elle surveille quel journal j’achète".


L'emplacement des caméras a été négocié entre la préfecture, la mairie de Paris et les maires d'arrondissements. Il a été décidé de n'en installer aucune aux abords des centres de sans-papiers et d’aide aux toxicomanes, pour ne pas "cibler" ces populations.

L'élu assure qu’il existe une différence de taille entre ces nouvelles caméras et celles qui surveillent les couloirs de bus, pour l’installation desquelles les écologistes avaient ferraillé lors du premier mandat de Bertrand Delanoë. "Les caméras des couloirs de bus n’identifient pas les gens, elles verbalisent simplement des numéros d’immatriculation. On est bien loin d’une atteinte aux libertés", tempête-t-il.

En dépit de la défection de leurs alliés habituels au Conseil de Paris, les socialistes entendent bien faire de Paris une ville "vidéoprotégée". L’adjointe au maire de Paris en charge de la sécurité, Myriam el-Khomri, indique à FRANCE 24 n’avoir "pas de problème idéologique avec les caméras". "Elles ne constituent pas à elles seules une politique de sécurité, mais il ne faut pas rejeter les nouvelles technologies", argumente-t-elle. Elle fait également valoir la création d’un comité d’éthique, chargé de vérifier la bonne utilisation des images enregistrées. "Un simple cache-sexe", pour Sylvain Garel.

"Les caméras seules ne résoudront pas le problème de la délinquance"

Au-delà des querelles partisanes, les plans de la mairie posent la question de l’efficacité réelle des caméras de vidéosurveillance. Un débat vieux comme l’invention de la caméra, dans lequel pro et anti-vidéosurveillance se renvoient les rares études sur le sujet. Le dernier rapport d’envergure sur la question, daté de 2008, est l’œuvre de l’institut The Campbell Collaboration, basé à Oslo (Norvège). Il pointe à la fois les limites des caméras de surveillance, appelées CCTV dans le monde anglo-saxon, pour leur "impact modeste" en matière de lutte contre la délinquance tout en soulignant leur relative efficacité en ce qui concerne la résolution des enquêtes.

Le major Christophe Sounac espère "trouver le bon équilibre entre le respect de la vie privée et l'obligation de faire respecter l'ordre public".

"Il faut dire la vérité, les caméras seules ne résoudront pas le problème de la délinquance, mais elles peuvent être utiles en matière de dissuasion et d’investigation", plaide Myriam el-Khomri. Elle précise que la mairie a insisté auprès de la préfecture de police pour que le lancement de ce plan ne soit pas accompagné de réduction dans les effectifs de police, "la caméra sans homme est aveugle".

Sylvain Garel y voit lui un geste désespéré de la part de socialistes, "traumatisés par l’échec de 2002 [la défaite du candidat socialiste Lionel Jospin à la présidentielle, ndlr] et l’incapacité à répondre à l’offensive sécuritaire de la droite". "Si on considère qu’un Parisien sur 10 000 projette de voler le sac à main d’une vieille dame, pourquoi surveiller tous les autres en permanence ?", s’interroge-t-il, tout en se prononçant en faveur du rétablissement de la police de proximité, "car la seule solution, c’est la prévention".

Londres, un (contre-)exemple pour Paris

Lors du lancement officiel du plan de vidéosurveillance, François Fillon a souligné "le retard de Paris sur les grandes capitales européennes". La capitale française ne tient en effet pas la comparaison avec Londres, qui compte parmi les villes avec le réseau de CCTV le plus développé au monde et scrute chaque jour ses habitants grâce à près d’un million de caméras. Une spécificité dont la mégapole britannique n’a pas à rougir, selon Peter Neyroud, chercheur à l’institut de criminologie de l’université de Cambridge. "À Londres, la plupart des personnes se moquent d’être filmées et observées, les gens veulent simplement que les autorités ne conservent pas ces données trop longtemps", avance cet ancien haut gradé de la police britannique.

L'agent britannique ne comprend pourquoi certains s’opposent à ce que Paris suive l’exemple londonien. "En France, vous êtes déjà filmés quand vous prenez le métro ou que vous faites vos courses dans votre supermarché de quartier. Être désormais surveillé dans la rue par les autorités, ce n’est pas la mer à boire !" Concernant l’efficacité de la vidéosurveillance, il considère qu’aucune étude n’a été menée avec assez de sérieux pour faire école, pas même celle conduite en 2009 par la police londonienne, qui concluait qu’en une année, chaque tranche de 1 000 caméras permettait de ne résoudre qu’un seul crime.

La mairie de Paris assure toutefois ne pas vouloir suivre le chemin de Londres, qualifié même de "contre-exemple" par Myriam el-Khomri. "Il y a beaucoup trop de caméras, beaucoup trop d’images, elles ne sont donc pas exploitées", analyse-t-elle. Paris veut ainsi créer son propre modèle : un réseau limité de caméras, surveillé de près par des équipes de policiers spécialement formées à ce nouvel aspect de leur métier.


" À Londres, nous avons trois niveaux de caméras. Dans le centre-ville, elles sont essentiellement consacrées la prévention d’actes terroristes. Dans les rues commerçantes, comme Oxford Street, elles servent à lutter contre les vols et les bagarres. Dans les quartiers plus excentrés, elles sont gérées en collaboration entre les policiers et les associations de quartier pour rassurer la population. " Peter Neyroud, chercheur à l’institut de criminologie de l’université de Cambridge.

" Vidéopatrouille "

Pour l’heure, seules 200 nouvelles caméras ont été raccordées au réseau de la police de Paris. Certains policiers, spécialement accrédités, sont désormais assignés à la surveillance d’écrans de contrôle dans les "centres de visualisation", qui ont été implantés dans tous les commissariats d’arrondissement.

"C'est la police de demain ! Avant on n'avait que les oreilles des collègues sur le terrain, via les talkies-walkies, maintenant on va être leurs yeux aussi", s’enthousiasme le major Christophe Sounac, qui se voit désormais comme un "aiguilleur de l'information". Dans son centre de visionnage du commissariat du XIIIe arrondissement, qu’on dirait sorti d’une tour de contrôle d'aéroport, il dit ne pas comprendre les opposants à la vidéoprotection. "Ils seront bien contents qu'on puisse utiliser les images le jour où ils se feront agresser".

Les policiers qui travaillent dans le "centre d'information et de commandement" du commissariat du XXIIIe arrondissement de Paris considèrent que le plan de vidéosurveillance ne porte pas atteinte à la vie privée. Ils soulignent notamment le fait que les images sont floutées à partir du premier étage des immeubles.

Son supérieur, le commissaire divisionnaire et chef du 3e district de Paris, Serge Quilichini, vante lui aussi les mérites des caméras, qui donnent à ses équipes "un coup d’avance sur les délinquants". Avec l’arrivée des vidéopatrouilles, les habituelles patrouilles de cinq hommes vont devenir des patrouilles de 4 + 1, pilotées par un homme dans le centre d'information et de commandement. "On ne partira plus le nez au vent.”

Tandis qu’un de ses hommes inspecte les images des caméras pointées sur le pont d’Iéna, entre la tour Eiffel et le Trocadéro, à la recherche de vendeurs à la sauvette, il balaye les accusations d’atteinte à la vie privée. "On ne va pas s'éterniser sur Monsieur Singh, simple touriste indien, mais sur les malfrats. Les policiers ont vraiment autre chose à faire que de surveiller les honnêtes gens dans la rue, on veut simplement qu'ils puissent se balader tranquillement sur la voie publique."

Bien que ce haut gradé assure que le programme de vidéoprotection ne sera pas associé à des réductions d’effectifs, il se murmure toutefois, au sein du centre de contrôle, que le développement des caméras s’accompagne bien d’une baisse du nombre de policiers déployés sur le terrain. L’un d’eux attend le départ de son chef pour se risquer à un commentaire : "À terme, cela pourrait manquer d'humanité. Avec toutes ces caméras, on se dirige vers la disparition du policier de proximité qui connaît son quartier et ses habitants…"
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 12 Fév 2012, 13:18

Comment la police a effacé ma vidéo d'arrestation (mais pas tout à fait) Emmanuel Raoul, propos recueillis par Camille Polloni

En septembre, un journaliste télé, sur son temps de congé, filme l'interpellation d'un Indigné dans le métro. La police lui confisque son téléphone et efface la vidéo, qu'il a finalement réussi à récupérer.

Depuis quelques années, les relations entre les forces de l’ordre et ceux qui les filment ou les photographient, qu’ils soient simples passants, militants ou journalistes, se compliquent. Nous avons déjà parlé ici de plusieurs épisodes conflictuels. Très récemment, le site Copwatch Nord-Île de France a été interdit par la justice. En janvier dernier, faute de carte de presse, un journaliste des Inrocks est emmené au commissariat lors d’une manifestation. En juin 2010, le Syndicat national des journalistes porte plainte après qu’un journaliste de France 3 affirme avoir été giflé par un policier en civil lors d’un déplacement du président Sarkozy. D’autres altercations sont régulièrement rapportées.

Emmanuel Raoul est journaliste sur une chaîne d'information. L’après-midi du dimanche 18 septembre, alors qu’il se promène avec sa compagne, il tombe sur une interpellation dans les couloirs du métro parisien et se met à filmer avec son téléphone portable. Un policier l’en empêche, confisque son téléphone et efface ses images. La hiérarchie policière rappelle régulièrement aux fonctionnaires qu’ils ne doivent pas s’opposer à être filmés ou photographiés sur la voie publique s'ils n'appartiennent pas à la liste des fonctionnaires protégés, et surtout n’ont pas à détruire les vidéos. Emmanuel Raoul a réussi à récupérer la sienne en restaurant les fichiers de son téléphone. Il a accepté de nous la transmettre et de raconter l’épisode.



Alors que je me déplace dans les couloirs du métro, Gare de Lyon, avec ma compagne et son fils, nous tombons sur une vingtaine de jeunes “Indignés” espagnols en train de se faire interpeller par des policiers. La scène se déroule au pied d’un escalator. Au moment où nous arrivons, la situation est très tendue, un policier menace le groupe, bombe lacrymogène à la main, puis se saisit violemment d’un de ces jeunes, qu’il emmène à l’écart.

Sachant que ces “Indignés” revendiquent la non-violence, nous nous étonnons de l’attitude “virile” de l’agent. Mon réflexe de journaliste et de citoyen est de documenter cette scène, en la filmant avec mon téléphone portable. Trente secondes après, le policier qui procède à l’interpellation se jette sur moi, arrache le téléphone de mes mains et le confisque. Voici le dialogue retranscrit :

- Policier 1 : “Regarde là, là là là, prends-le prends-le!”
- Emmanuel Raoul : “Je suis journaliste, je suis journaliste”
Un deuxième policier pousse le téléphone avec sa main.
- Policier 2 : “Et alors? Est-ce que vous accepteriez qu’on vous filme pendant votre travail? Non?”
- E.R : “Y’a pas de souci je suis journaliste.”
- Sa compagne : “Sors ta carte”
Emmanuel Raoul filme les indignés à genoux. Un policier attrape son téléphone et le lui retire.
- ER : “Oh oh, je suis journaliste, oh! J’ai ma carte de presse”
- Le policier : “Vous ne me filmez pas, vous n’avez pas le droit de me filmer!”

Non seulement le policier part avec mon téléphone et refuse de me le rendre durant de longues minutes, mais il efface aussi la vidéo que je viens de tourner. Pendant ce temps, un de ses collègues me prend à part, me palpe et contrôle mon identité (carte d’identité et carte de presse), en refusant de m’indiquer dans le cadre de quelle procédure, enquête ou fichier de police ces données seront conservées.

Quand le premier policier revient, bombe lacrymogène à la main, son visage à quelques centimètres du mien, il hurle qu’il refuse d’être filmé, invoquant le risque pour lui, sa femme fonctionnaire de police et leurs trois enfants, d’être harcelés si son visage est affiché sur Internet. Il ajoute que si je diffusais ces images sans son consentement, il pourrait porter plainte mais que “ça ne changerait rien” pour sa famille. Et d’ajouter : “si je vous casse le nez, vous pouvez porter plainte, vous aurez quand même le nez cassé”. Certes il s’agit d’appuyer son discours mais c’est aussi, à mon sens, une tentative d’intimidation, voire une menace physique rendue crédible par son état d’excitation et d’énervement.

Le téléphone m'est rendu, sans la vidéo, puis les agents nous font la morale, nous accusant d’être des parents irresponsables car nous nous mêlons de cette affaire alors que nous sommes en compagnie d’un enfant de onze ans (qui assiste à toute la scène, à la fois médusé et bien sûr effrayé). En tant que citoyens et parents, nous sommes surtout choqués de voir que des agents de la force publique enfreignent les lois et se comportent d’une manière aussi agressive à l’égard de simples témoins.

Le policier m’accuse d’être partial et de ne pas avoir “vu le début”. Il m’explique que les “Indignés” ont fraudé, passant les tourniquets sans titre de transport et qu’au moment de les interpeller plusieurs d’entre eux se sont rebellés. Lorsque nous avons quitté les lieux, des dizaines de policiers étaient arrivés en renfort. Puis le groupe de jeunes a été laissé libre de quitter les lieux, sans être poursuivis. Une question me taraude donc : pourquoi tout cela ?

J’ai conscience que les policiers ont un métier difficile, extrêmement stressant, mais si un agent perd ainsi son calme face à un groupe de jeunes non-violents et de simples témoins, comment se comportera-t-il dans un contexte autrement plus tendu et menaçant ?

La semaine suivante, je me suis rendu à l’Inspection générale des services pour déposer un signalement. “En effet, il a fait un peu de zèle”, m’a répondu l’officier, m’assurant “pourtant on leur dit, ils ont des consignes” et que l’IGS allait retrouver les agents en question pour leur rappeler les règles. En sortant de son bureau, je demande à être tenu au courant des suites : “Ben non, pourquoi?” conclut-elle.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 13 Fév 2012, 23:09

Carte d'identité sécurisée : face cachée et chiffre voilé : Ficher 45 millions de personnes pendant 15 ans

Après l’Assemblée nationale, le Sénat va examiner en deuxième lecture la proposition de loi sur la carte nationale d’identité sécurisée. Un dispositif qui va entraîner à terme le fichage centralisé de 45 millions de personnes qui devront délester leurs données biométriques sur ce titre garni d'une à deux puces. Derrière, se profile cependant le risque d'un fichier de police exploité par données biométriques, dont la reconnaissance faciale.


La future carte d’identité sécurisée intègrera deux puces, l’une obligatoire, l’autre optionnelle. La puce « régalienne » abritera dans sa mémoire les données biométriques de la personne identifiée. La puce optionnelle permettra de s’identifier en ligne par signature électronique. Identité protégée, vie simplifiée applaudissait Claude Guéant.

Le texte avait cependant provoqué quelques remous lors de son passage devant les députés. Hésitant entre sécurité et respect des libertés individuels, seuls 11 parlementaires étaient présents pour voter ce fichage de 45 millions de personnes âgées de 15 ans et plus. Parmi les données biométriques aspirées, la taille, la couleur des yeux, les empreintes digitales, la photographie en plus de l’Etat civil. Un fichage d’une durée de 15 ans, orchestré dans la base TES (Titres électroniques sécurisés) commune avec les passeports.

Au Sénat, le premier rapport parlementaire de François Pillet (UMP) apportait d’utiles précisions sur les chiffres instrumentalisés pour enclencher ce surplus législatif. Ces chiffres sont ceux issus du CREDOC, pour qui il y aurait chaque année 210 000 cas d’usurpation d’identité.

Un chiffre déclaré, estimé, non constaté

Un chiffre choc, fort, musclé encore repris récemment dans une proposition de loi du député Jean Grenet qui réclame le doublement des peines en cas d’usurpation d’identité en ligne (« l’usurpation d’identité a touché, en 2009, près de 210 000 personnes et connaît, depuis maintenant vingt ans, une très forte progression », un «phénomène d’autant plus préoccupant qu’il se développe de façon exponentielle sur Internet » où « les conséquences en sont plus dommageables encore, du fait du caractère « viral » qu’une telle usurpation peut prendre sur les réseaux »)

Un « chiffre supérieur à celui des cambriolages du domicile principal (164 000), des vols automobiles (127 000) ou des falsifications et usages frauduleux de chèques ou de carte de paiement (120 000) » reprend de son côté le sénateur Pillet... avant de dévoiler l’arrière cuisine de ces données trop rapidement secouées.
« Cette évaluation repose sur une enquête, réalisée auprès de 1 000 puis 2 000 personnes de plus de quinze ans, sélectionnées selon la méthode des quotas et auxquelles a été posée la question suivante : « depuis 1999 avez-vous été victime d’une usurpation d’identité, c’est-à-dire l’usage à des fins malhonnêtes de données personnelles afin de contracter un emprunt, de prendre une carte de crédit ou de réaliser toute action interdite par la loi avec votre identité ». Le nombre de réponses positives a ensuite été rapporté à la population française, puis divisé par le nombre d’années écoulées depuis 1999, pour obtenir le chiffre de 210 000 usurpations d’identité par an ».
Un chiffre, des biais

Les travaux de l’observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et de Pierre Piazza, maître de conférences en science politique à l’université de Cergy-Pontoise, permettent cependant de relativiser ces 210 000 cas d’usurpations chaque année.

D’un, « la question posée repose sur une définition très large de l’usurpation d’identité, puisqu’elle porte sur « usage de données personnelles » et non pas exclusivement sur son identité civile » ce qui peut inclure par exemple les arnaques à la carte bleue, des chèques volés…

De deux, difficile de demander à des personnes de conserver en mémoire ce qui s’est passé dans les dix dernières années ou au-delà.

De trois, l’enquête glane des déclarations non des faits constatés. Un biais « aggravé lorsque le chiffre de 210 000 usurpations d’identité est rapporté aux chiffres des cambriolages ou des vols automobiles constatés par les services de police et de gendarmerie, qui correspondent, eux, à des infractions ayant donné lieu au dépôt d’une plainte ou fait l’objet d’un signalement ». À titre de comparaison, selon l’ONDRP, « les services de police et de gendarmerie ont constaté 13 900 cas de fraude documentaire à l’identité » pour l’année 2009 (chiffre qui rend compte des données recueillies par les autorités, non des fraudes effectivement commises).

Un fichage centralisé et exploité par données biométriques

Plus grave que ces chiffres tordus, embrumés, voilés : avec une base de 45 millions de personnes enregistrées, les tentations sont fortes de faire de ce monstre un fichier de police.

En première lecture au Sénat, les parlementaires avaient exigé que le fichier central sur lequel repose le titre sécurisé ne puisse être exploité aux fins de recherches criminelles. Pour garantir l’étanchéité, les sénateurs optaient pour la technique du lien dit « faible » qui interdit le rapprochement univoque entre une donnée biométrique et une identification… mais qui dans le même temps permet de détecter 99,9% des cas d’usurpation de titre.

Problème : toujours en première lecture, à l’Assemblée, les députés ont détruit ces barrières. Ils ont autorisé les forces de l’ordre à remonter à l’identité à partir des données biométriques. Or, voilà : les développements futurs sont exaltants en la matière, comme la reconnaissance faciale à la volée. En comparant des images captées avec la base biométrique, il est alors possible de connaître les heures de passage de Mme Michu voire de pister son périple en couplant tous les dispositifs de collecte.

Lors des débats, les députés de l’opposition s’étaient émus de ces risques : « vous avez évoqué avec les industriels, monsieur le rapporteur, la possibilité de reconnaissance faciale des individus dans la rue, dans les transports en commun ou lors de manifestations. Il s’agit d’un progrès de la biométrie lourd de conséquences, car chacun pourrait être reconnu et identifié sur ses éléments biométriques. (…) Ce dispositif ouvre vers un avenir assez inquiétant et qui ne relève pas seulement de la science-fiction ».

Claude Guéant, serein sur les garanties juridiques, leur répondra surtout que « la reconnaissance faciale, qui n’apporte pas, à l’heure actuelle, toutes les garanties de fiabilité nécessaires, est une technologie qui évolue très rapidement : on peut donc penser que, très bientôt, elle sera aussi fiable que la reconnaissance digitale ». Puisque c‘est fiable, c’est donc sûr et peu importe ces menues questions liées à la big brotherisation sociale.

Réintroduire le lien faible et cloisonner la reconnaissance faciale

En seconde lecture au Sénat, le rapporteur UMP vient de remettre les points sur les i pour dire tout le mal qu’il pense de ce glissement. « Les députés ont jugé utile d’autoriser la recherche d’identification d’un individu à partir des empreintes digitales enregistrées dans le fichier central, voire – dans la mesure où ils ne l’ont exclue, par reconnaissance faciale » (Le rapport). Pour le sénateur Pillet, ce fichier central est du coup « susceptible de constituer, s’il n’est pas entouré des garanties requises, une bombe à retardement pour les libertés publiques ».

La Commission des lois au Sénat, celle chargée de préparer le texte avant son vote a ainsi rétabli le dispositif du lien faible tout excluant que le fichier central puisse faire l’objet d’un système de reconnaissance faciale. Le texte sera maintenant discuté en séance publique les 3 et 15 novembre 2011.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 17 Fév 2012, 22:39

ALAIN BAUER OU LE PARADOXE SÉCURITAIRE JEAN MARC MANACH

Alain Bauer, figure incontournable du virage sécuritaire de ces dernières années, déplore aujourd'hui à mots couverts la politique menée par les ministres qui se succèdent à l'Intérieur.

Alain Bauer, figure incontournable des politiques sécuritaires de ces 15 dernières années, critique aujourd’hui, à mots couverts, l’instrumentalisation politicienne qui en est faite. Comme en témoigne le Livre blanc sur la sécurité publique qu’il a remis à Claude Guéant la semaine passée. A défaut de savoir si ses avis sont entendus, force est de constater son impuissance, les ministères de l’Intérieur successifs n’ayant de cesse de faire le contraire de ce qu’il dit, ou de refuser de l’écouter.

Nommé président de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), en 2003, lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur, puis président de la Commission sur le contrôle des fichiers de police, puis de la Commission nationale de la vidéosurveillance, Alain Bauer est considéré comme le Mr sécurité de Nicolas Sarkozy. Après avoir contribué au virage sécuritaire du parti socialiste, au sein duquel il a longtemps oeuvré.

Homme de réseau issu du parti socialiste, “antistalinien primaire” et ancien Grand Maître du Grand Orient de France, Alain Bauer a commencé à travailler sur la police alors que Michel Rocard était premier ministre. Il a ensuite été recruté par la Science Application International Corporation (Saic), “machine de guerre privée et secrète du Pentagone et de la CIA” spécialisée, notamment, dans les technologies de sécurité. En 1994, il créé son propre cabinet privé de conseil en sécurité, AB Associates.

A qui profite le chiffre ?

Interrogé par OWNI sur la politique du chiffre, décriée depuis des années, Alain Bauer est des plus clairs : “la politique du chiffre n’a aucun intérêt : ce qui compte c’est la performance et le résultat. L’objectif n’est pas de faire des croix, et je ne considère pas que les fumeurs de shit valent un assassin“.

“N’importe qui peut faire dire n’importe quoi aux chiffres“, avait ainsi expliqué à TF1 Alain Bauer qui, en tant que président de l’ONDRP, dont le coeur de métier est précisément le recueil et l’analyse statistiques des données policières, sait de quoi il parle :

Politiciens et journalistes sont complices d’un processus de simplification qui conduit à de la désinformation. Ils adorent n’avoir qu’un chiffre à communiquer, qui monte ou qui baisse. Le problème est qu’un vol de chewing-gum, qui vaut “1″ en statistique, n’est pas égal à un homicide qui, pourtant, vaut également “1″.

Alain Bauer expliquait ainsi qu’”en matière de délinquance, il existe trois catégories d’infractions, et trois seulement : les atteintes aux biens (vol de voiture, de téléphone etc…), les atteintes aux personnes ( vol avec agression, coups, viol, homicide…) et les escroqueries économiques et financières (chèque volé, vol de carte de crédit…) (qui) ne peuvent pas se cumuler” :

Donc, le principe de délinquance générale, même s’il est systématiquement utilisé, n’a jamais rien voulu dire. La gauche a eu le malheur de connaître une forte progression et même le plus haut taux historique jamais enregistré en matière de criminalité, en 2001, avec 4,1 millions de crimes et délits. Ensuite ce chiffre est redescendu, mais ce chiffre global n’a aucune signification réelle. En revanche, on peut dire que pour les atteintes aux personnes, gauche ou droite, le résultat est marqué par une forte progression des violences.

En janvier dernier, Brice Hortefeux n’en était pas moins venu présenter sur TF1 le bilan chiffré de la lutte contre l’insécurité, graphique statistique à l’appui, montrant une hausse de 17,8% de la “délinquance globale” de 1996 à 2002, suivi d’une baisse de 16,2% depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au poste de ministère de l’Intérieur :

Or, et comme OWNI l’avait alors démontré, dans le même temps, les violences physiques avaient, elles, explosé de 90% depuis 1996 (voir Plus la délinquance baisse, plus la violence augmente)…

Vidéosurveillance : mais où sont passées les caméras ?

En 2001, “sur la base d’un échantillon“, explique-t-il aujourd’hui, Alain Bauer avait estimé que les 3/4 des caméras de vidéosurveillance n’avaient pas été déclarées, et qu’elles étaient donc hors la loi :

On estime à 150 000 le nombre de systèmes installés dans des lieux ouverts au public, mais seuls 40 000 ont été déclarés. Tous les autres sont donc illégaux. Quant aux systèmes nouveaux, 10 % – sur environ 30 000 – ont fait l’objet d’une déclaration.

Président de la Commission nationale de la vidéosurveillance depuis 2007, Alain Bauer se dit incapable de chiffrer le nombre de caméras en France, “même au doigt mouillé, parce qu’on n’est pas obligé de toutes les déclarer“.

Celles qui ont été déclarées, par contre, ont explosé : depuis 1995, 674 000 caméras ont été validées par les commissions préfectorales chargées de vérifier leur licéité, soit une augmentation de près de 200% par rapport au chiffre avancé par Michèle Alliot-Marie en 2007, lorsqu’elle s’était fixée comme objectif de tripler le nombre de caméras sur la voie publique d’ici 2009 :

On évalue à 340 000 les caméras autorisées dans le cadre de la loi de 1995, dont seulement 20 000 sur la voie publique (et) j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de l’exprimer, je veux tripler en deux ans le nombre de caméras sur la voie publique, afin de passer de 20 000 à 60 000.

L’objectif, martelé depuis par Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux et Claude Guéant, a été sévèrement relativisé lorsque la Cour des comptes, en juillet dernier, a révélé que les chiffres que lui ont confié les responsables de la police et de la gendarmerie faisaient état de seulement 10 000 caméras, pour un budget de 600 millions d’euros par an. Contacté par OWNI, le ministère de l’Intérieur, lui, martèle le chiffre de 35 000, tout en refusant de nous en donner la comptabilité, chiffrée, se bornant à renvoyer aux propos tenus par Claude Guéant dans la presse.

Alain Bauer, lui, attend 2012 avec impatience : “les autorisations accordées aux caméras avant 2007 seront toutes soumises à renouvèlement, on aura donc une idée précise du stock“. L’estimation du nombre de caméras est d’autant plus importante qu’elle permettra aussi, et au-delà du seul chiffre, de mesurer leur efficacité.

Or, Alain Bauer ne cache plus ses réserves à ce sujet, au point de critiquer ouvertement ceux qui pensent que, comme par magie, l’installation de caméras permettrait de résoudre tous les problèmes, comme il l’avait déclaré l’an passé sur France Inter :

Bruno Duvic : Alain Bauer, est-ce qu’on a précisément mesuré quand les caméras de vidéosurveillance étaient efficaces et quand elles l’étaient moins ?

Alain Bauer : Oui oui, on a de très nombreuses études sur la vidéoprotection, essentiellement anglo-saxonnes, qui montrent que dans les espaces fermés et clairement identifiés c’est très efficace, mais que plus c’est ouvert et moins on sait à quoi servent les caméras, moins c’est efficace, pour une raison simple, c’est qu’elles descendent rarement des poteaux avec leurs petits bras musclés pour arrêter les voleurs : la caméra c’est un outil, pas une solution en tant que tel…

Alain Bauer explique aujourd’hui à OWNI qu’il plaide ainsi depuis des années pour qu’une étude indépendante mesure scientifiquement l’efficacité de la vidéosurveillance, et qu’elle soit menée par des chercheurs et universitaires, y compris critiques envers cette technologie, à l’instar de Tanguy Le Goff ou d’Eric Heilmann. En 2009, ces derniers, en réponse au ministère de l’Intérieur qui venait de publier un rapport censé prouver l’efficacité de la vidéosurveillance en matière de prévention de la délinquance, avaient rétorqué, a contrario, que “rien ne permet de conclure à l’efficacité de la vidéosurveillance pour lutter contre la délinquance” (voir Vidéosurveillance : un rapport qui ne prouve rien). Etrangement, le projet d’étude scientifique et indépendante d’Alain Bauer aurait rencontré “peu d’enthousiasme” au ministère…

Les erreurs dans les fichiers de police ? Un “ problème d’informaticiens ”

C’est peu dire que les problèmes posés par les fichiers policiers soulèvent eux aussi “peu d’enthousiasme” place Beauvau. Président de la commission sur le contrôle des fichiers de police, Alain Bauer connaît là aussi bien le sujet. En 2006, il avait ainsi dénombré 34 fichiers policiers en 2006, et 45 en 2008. En 2009, les députés Delphine Batho (PS) et Jacques-Alain Bénisti (UMP), mandatés par l’Assemblée suite au scandale du fichier Edvige, en avaient de leur côté dénombré 58, dont un quart ne disposant d’aucune base légale. En mai 2011, OWNI en répertoriait pour sa part 70, dont 44 créés depuis que Nicolas Sarkozy est arrivé place Beauvau, en 2002.



Interrogé par OWNI cette explosion du nombre de fichiers, qu’il est censé contrôler, Alain Bauer explique que “la mission du Groupe de contrôle des fichiers était précisément de révéler notamment ceux qui existaient sans déclaration, puis de faire en sorte que les projets soient tous déclarés” :

Une partie de cette “inflation” est d’abord une révélation. Pour ma part, je suis favorable a une législation par type de fichiers comme je l’ai indiqué à la commission des lois de l’Assemblée nationale.

Cette mesure, consistant à débattre, au Parlement, de la création de tout nouveau fichier policier, figurait également en bonne place des 57 propositions formulées par Batho et Bénisti, dont la proposition de loi, bien que faisant l’objet d’un rare consensus parlementaire, et adoptée à l’unanimité par la commission des lois de l’Assemblée, a copieusement été enterrée sur ordre du gouvernement.

L’autre grand sujet d’inquiétude concernant ces fichiers est le nombre d’erreurs qui y figurent : en 2008, la CNIL avait ainsi constaté un taux d’erreur de 83% dans les fichiers STIC qu’elle avait été amenée à contrôler, tout en estimant que plus d’un million de personnes, blanchies par la Justice, étaient toujours fichées comme “défavorablement connues des services de police” dans ce fichier répertoriant plus de 5 millions de “suspects“, et plus de 28 millions de victimes.

“La Justice n’envoie que 10% des mises à jour, mais ça changera avec le logiciel en 2012“, rétorque Alain Bauer, qui renvoie à la fusion programmée du STIC et de JUDEX (son équivalent, au sein de la gendarmerie), prévue pour 2012, au sein d’un Traitement des procédures judiciaires (TPJ) censé, notamment, moderniser le logiciel de rédaction de procédure développé voici une quinzaine d’année, et doté d’une interface type MS-DOS quelque peu dépassée.

“L’objectif sera (aussi) d’avoir une équipe pour gérer le stock“, et donc les milliers, voire millions d’erreurs encore présentes dans les fichiers policiers, reconnaît Alain Bauer, un tantinet fataliste : “nous on recommande, mais c’est le ministère qui décide” . Et puis, “c’est un problème d’informaticiens“…
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 19 Fév 2012, 11:43

Les fichiers de police, vus à la télé

Dix vidéos de l’Ina pour revenir sur le traitement télévisé des fichiers de police, de “l’affaire des fichiers informatiques” en 1990 à l’extension du Fnaeg en 2001.

Dans le Livre blanc sur la sécurité publique, remis ce mercredi au ministre de l’Intérieur, Alain Bauer et Michel Gaudin proposent de créer un fichier de reconnaissance faciale. Cette idée était déjà évoquée en juin par le Directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard. Aujourd’hui, Claude Guéant l’encourage et salue “l'évolution des technologies de reconnaissance faciale développées par des entreprises françaises”. Après le Fichier automatisé des empreintes digitales et celui des empreintes génétiques, un troisième grand répertoire devrait voir le jour.

Comme le montrait Owni en mai, 44 des 70 fichiers de police existants ont été créés depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur en 2002, dans un contexte international propice à ce développement (lutte contre le terrorisme, avancées techniques, intensification du contrôle). Dans les archives de l’Ina, on retrouve quelques épisodes marquants de l’extension des fichiers en France. Tout n’étant pas numérisé ou forcément objet de reportages télévisés, la sélection ci-dessous n’est pas exhaustive.

• 1980 : La mise en place de la Cnil

“Un téléphone, un simple téléphone, VOTRE téléphone peut un jour, si vous n’y prenez pas garde, vous menacer.” A en croire Antenne 2, en 1980, l’inquiétude ne porte pas tant sur les fichiers policiers que sur le fichage commercial, issu de la vente par correspondance et du démarchage téléphonique. Il faut dire qu’à cette date, juste après la loi informatique et libertés de 1978, les “125 000 fichiers sur ordinateurs” évoqués par Patrick Poivre-d’Arvor servent davantage aux entreprises qu’aux fonctionnaires de police, encore limités aux fiches cartonnées.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) aura donc “l’énorme travail de défendre le citoyen contre les aspects négatifs de l’utilisation de l’ordinateur”. Dès son lancement, elle a pour mission de garantir à chacun le droit d’accès et de rectification des données le concernant.

• 1990 : “L’affaire des fichiers informatiques”

En 1990, deux décrets officialisent l’automatisation de fichiers déjà existants : les données liées aux décisions de justice et les dossiers des renseignements généraux. Ils provoquent une polémique, mélangeant la peur de l’informatisation et la mention possible par les RG de “l’origine ethnique (...), les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes”.

“L’affaire des fichiers informatiques sème la zizanie dans le monde politique”, affirme le reportage. Michel Rocard est obligé de reculer et annule le décret, en n’omettant pas quelques piques au passage. La décision sera finalement validée l’année suivante.

A l’époque, et c’est toujours le cas, les inquiétudes se concentrent sur les fichiers de renseignement, qui ne concernent pourtant qu’une infime minorité de la population par rapport à d’autres, mais font état de données sensibles. La vidéo suivante indique la procédure prévue pour prendre connaissance de ces informations.

En 1990, il n’est pas encore possible de consulter soi-même sa fiche, comme l’explique Michel Monegier du Sorbier, magistrat de la Cnil : “Nous vérifions si dans le dossier il y a des informations dont l’enregistrement est interdit par la loi. Et s’il y a de telles informations, nous en ordonnons la suppression. [...] Nous nous trouvons devant une lacune de la loi qui ne nous permet pas de communiquer à l’intéressé ce que nous avons dans le dossier.”

• 1997 : “Gestion des violences” à la Préfecture de police

En 1997, la Cnil “alerte sur le fonctionnement des sites internet”, interdit aux sociétés d’autoroute de répertorier les plaques d’immatriculation aux péages, mais autorise la Préfecture de police de Paris à créer le fichier Gevi (“Gestion des violences”), comprenant des signes physiques particuliers, l’origine ethnique et l’opinion politique.

• 2000 : Fichage illégal chez Renault

Fil rouge de l’histoire des fichiers, la découverte de systèmes de traitement illégaux dans des entreprises est régulière (Décathlon, Alstom...) En 2000, c’était chez Renault.

• 2001 : L’extension des prélèvements ADN

Créé en 1998 par le gouvernement Jospin, le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg) avait vocation à répertorier les auteurs d’infractions sexuelles. Il s’est progressivement étendu des condamnés aux suspects, et des crimes à presque tous les délits, jusqu’à concerner 1,2 millions de personnes fin 2009.

En 2001, après l’affaire Guy Georges, une première brèche s’ouvre : l’Assemblée vote “en catimini”, “au petit matin” selon le reportage, l’extension du fichage ADN aux auteurs d’homicides volontaires, d’actes de torture et de barbarie, de violences entraînant un handicap permanent et d’actes de terrorisme. A cette date, rien n’est prêt, comme le montre la visite dans les locaux censés accueillir les prélèvements.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede ivo » 21 Fév 2012, 12:25

«Avec cette loi, tout condamné devient un homme dangereux»
http://www.liberation.fr/politiques/010 ... picks=true
INTERVIEW Christine Lazerges, présidente du Club droit justice et sécurité, s'élève contre le projet de loi sur l'exécution des peines examiné à l'Assemblée.

Violeur de joggueuses, récidivistes, jeunes délinquants, depuis dix ans, la droite parle beaucoup de «dangerosité» pour justifier sa politique pénale. Ce concept qui a fait irruption dans le code pénal en 2008, s'est révélé bien pratique pour mettre en place, entre autres, la rétention de sûreté. La semaine dernière, François Hollande, a joué la rupture et a annoncé qu'il l'abolirait s'il était élu, tout comme il supprimerait les peines planchers.

En attendant, ce lundi, l'Assemblée nationale fera à nouveau son miel de la «dangerosité». Les députés examinent en deuxième lecture la loi sur l'exécution des peines. Avec ce projet de loi, le gouvernement prévoit de créer 24000 places de prison supplémentaires, dont 7000 pour les courtes peines... mais aussi d'évaluer la «dangerosité» des détenus.

Selon Christine Lazerges, présidente du Club DJS (Droit justice et sécurité) avec lequel elle a publié le Manifeste pour la justice (1), cette loi élargit encore la figure du délinquant dangereux. Professeure de droit pénal à Paris I, elle vient de publier La dangerosité saisie par le droit pénal (2).

Qu'est-ce que la «dangerosité» dont la droite nourrit ses discours depuis dix ans?

C'est une notion qui rompt avec les principes fondamentaux du droit pénal. Le durcissement de la peine n'est plus fonction de la culpabilité d'un homme et de l'infraction qu'il a commise, mais dépend de sa dangerosité supposée, c'est-à-dire de sa probabilité à récidiver à l'avenir. A l'extrême, cela donne la rétention de sûreté, la «peine après la peine», votée en 2008, qui permet d'enfermer un homme au-delà de la durée pour laquelle il a été condamné car des experts le considèrent encore dangereux. Il faudrait d'ailleurs expliquer aux Français que cette loi est complètement inutile pour lutter contre la délinquance: en trois ans, elle n'a concerné qu'une seule personne. On est dans la simple illusion d'une société sécurisée. En agitant la dangerosité, on bâtit sur du sable une société de la peur.

La loi sur l'exécution des peines, examinée à l'Assemblée aujourd'hui, est-elle une nouvelle étape?

C'est encore une loi démagogique et déclarative qui a pour objet de créer de la peur. Cette fois, c'est la petite délinquance qui devient à son tour une population dangereuse – elle y avait jusqu'à présent échappé: voilà qu'il faut construire 7000 places de prison dédiées aux condamnés à de courtes peines, que paradoxalement la loi pénitentiaire de 2009 préconisait d'aménager (bracelet électronique, semi-liberté, placement à l'extérieur, ndlr...).

La loi prévoit de généraliser le «diagnostic à visée criminologique» utilisé en prison pour adapter la prise en charge des détenus en fonction de leur passé et de leur risque de récidive...

Le rapport de l'Assemblée nationale prône une évaluation systématique des détenus, selon les caractéristiques de leur personnalité, qu'il classe dans des catégories extravagantes comme:«Degré de dangerosité a priori supérieure». On peut y lire: «Si l'évaluation de la dangerosité est complexe, elle n'en demeure pas moins possible et incontournable pour lutter contre la récidive.» C'est aberrant: tout expert psychiatre, sociologue ou criminologue sait très bien qu'évaluer la dangerosité revient à faire une estimation de probabilité très imprécise...

Mais d'autres pays utilisent ces calculs de probabilité.

La France s'aventure dans ces chemins hasardeux à l'heure où les chercheurs anglo-saxons, qui les ont inventés, en reviennent! Des travaux montrent aujourd'hui que ces notions de dangerosité stigmatisent et cumulent les handicaps pour la réinsertion des condamnés. Elles ne servent en rien la lutte contre la récidive. Ce n'est rien d'autre qu'un fichage tout au long de la vie...

Tous les pays sont-ils séduits par la «dangerosité»?

Il est très intéressant d'observer que chaque Etat a ses figures dangereuses. La Grande-Bretagne s'intéresse beaucoup à la dangerosité supposée des marginaux, des incivils, entre déviance et délinquance:
dès lors qu'on provoque un trouble de voisinage, on fait l'objet d'«orders» et d'une surveillance policière. En Italie, les dangereux sont les mafieux et les terroristes, pour lesquels on est prêt à bafouer quelques libertés fondamentales. En Belgique, la seule figure dangereuse est le délinquant sexuel, notamment depuis l'affaire Dutroux.


En France, «l'homme dangereux» a d'abord été le délinquant sexuel, puis le récidiviste...

Puis le jeune, et désormais tout le monde! Selon le projet de loi réexaminé aujourd'hui à l'Assemblée, brutalement, toute personne condamnée à quelques mois d'emprisonnement est désormais considérée comme potentiellement dangereuse.
Des courtes peines qui souffrent bien souvent de troubles du comportement lourds...

La «dangerosité» est-elle une invention récente?

Elle revient de façon récurrente depuis la nuit des temps... A la fin du XIXe siècle, l'école positiviste italienne identifiait des «criminels-nés» dont il fallait débarrasser la société. En France, on reléguait les récidivistes dans les colonies. Mais après la Seconde Guerre mondiale, le droit pénal a au contraire considéré que la resocialisation des délinquants était possible. Malheureusement, nous revenons aujourd'hui sur cette ambition humaniste. En Allemagne (où la détention de sûreté a d'ailleurs été créée en 1933...), une nouvelle école, pour l'instant tout à fait minoritaire, a fondé «le droit pénal de l'ennemi». Pour elle, il y a deux types d'hommes: les délinquants les moins dangereux pour lesquels on doit respecter les droits fondamentaux; et les autres, si dangereux qu'ils perdent leur citoyenneté: terroristes, délinquants sexuels... Ce sont les ennemis. Ceux pour lesquels on pourrait s'autoriser à contourner les règles fondamentales du procès pénal. Ce serait le renoncement à l'égale dignité des hommes.
.^o GRAVOS MC ° SC1 ° SC2
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 22 Fév 2012, 22:49

La nouvelle carte d'identité électronique se profile Dominique Richard 21 février 2012
La proposition de loi devrait être adoptée la semaine prochaine. Elle va donner lieu à la création du plus grand fichier français.

La nouvelle carte d'identité sera dotée d'une puce électronique qui contiendra des renseignements personnels. Le fichier a pour vocation de recenser 40 à 50 millions de personnes.

L'idée d'une carte d'identité électronique n'est pas nouvelle. Elle était déjà à l'ordre du jour à la fin des années 1990, à l'époque du gouvernement de Lionel Jospin. En 2005, le projet était quasiment finalisé. Mais devant la levée de boucliers qu'il avait suscitée, le ministre de l'Intérieur d'alors, Nicolas Sarkozy, l'avait remisé aux oubliettes. Ressuscité l'an dernier sous la forme d'une proposition de loi sur la « protection de l'identité », il devrait être adopté à la fin du mois par l'Assemblée nationale. Même si le Sénat risque aujourd'hui de supprimer, provisoirement, certaines de ses dispositions.

Fraudes en hausse

Cette nouvelle carte d'identité sera obligatoirement dotée d'au moins une puce électronique, dite régalienne. Celle-ci contiendra divers renseignements : nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse, taille, couleur des yeux. Mais elle comprendra aussi des données biométriques : empreintes digitales de huit doigts (au lieu de deux précédemment) et photographie du visage du titulaire. Ces informations seront centralisées dans une gigantesque base de données qualifiée par le sénateur UMP François Pillet de « fichier des honnêtes gens ». Ayant vocation à recenser de 40 à 50 millions de personnes, ce sera à terme le plus grand de l'Hexagone.

Le nouveau rectangle de plastique a notamment pour but de combattre les usurpations d'identité. En 2009, une enquête du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc) avait révélé que plus de 200 000 fraudes de cette nature se produisaient chaque année. 4,2 % des personnes interrogées lors d'un sondage disaient avoir été victimes d'un vol de leur identité au cours de la dernière décennie. Un chiffre supérieur à celui des cambriolages. En lien avec le Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines, le chercheur Christophe Naudin avance pour sa part que 6 % des documents fournis pour obtenir des prestations sociales sont des faux.

Les derniers chiffres officiels publiés par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales ne confirment pas, tant s'en faut, l'ampleur de ce phénomène. Il n'est pas niable cependant que la fraude gagne du terrain, même si le lobby des industriels de la sécurité électronique a sans doute quelque peu tendance à forcer le trait.

Les entreprises françaises sont les leaders mondiaux du secteur. Et le lancement d'un marché de cette nature ne peut que renforcer leur force de frappe à l'exportation.

Les failles du passeport

La carte d'identité biométrique ne vaut pas requiem pour les usurpateurs. Même si le ministère de l'Intérieur reste taisant sur le sujet, il s'avère que certains des passeports biométriques délivrés depuis 2009 seraient des faux. Aujourd'hui, l'authentification numérique ne parvient pas à détecter des documents papier falsifiés, comme des actes de naissance. Rien ne dit pourtant que la nouvelle carte d'identité sera accueillie au bazooka. En quinze ans, les mentalités ont énormément évolué, et l'opinion s'est d'autant plus adaptée à l'informatisation de la société que celle-ci a grandement facilité les démarches du quotidien.

Les nombreuses mises en garde lancées par les défenseurs des libertés individuelles n'ont jamais freiné le succès de Google, Facebook et autres téléphones portables. Des outils dont l'usage n'en finit pas de laisser des traces aussi visibles que les pas d'un trappeur sur la neige immaculée.

Reste que ce n'est pas tant le principe de la carte d'identité électronique que les conditions d'accès au fichier ainsi constitué qui posent question. Contrairement aux sénateurs, les députés ont en effet prévu d'autoriser sa consultation par la police judiciaire sur réquisition de la justice. En 2005, la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) avait pourtant évoqué des « atteintes excessives à la liberté individuelle », les préoccupations sécuritaires ne justifiant pas « la conservation de données biométriques ».

Une seconde puce

Aujourd'hui, l'inquiétude d'associations comme la Ligue des droits de l'homme est d'autant plus grande que le système porte en lui le risque d'intégration de différents logiciels informatiques. La carte d'identité pourra abriter, mais seulement si son utilisateur le souhaite, une seconde puce à caractère privé qui lui permettra de s'identifier sur le Net grâce à une signature électronique, l'objectif étant de sécuriser les achats en ligne ainsi qu'un certain nombre de téléprocédures administratives.

Mais rien ne garantit que les deux puces resteront indéfiniment étrangères l'une à l'autre et qu'il n'existera pas à plus ou moins long terme un identifiant unique permettant d'avoir accès à l'ensemble des données qu'elles renferment. Sans parler des possibilités techniques de les décrypter et de lire leur contenu à plusieurs centaines de mètres de distance. Big Brother n'est pas toujours aussi loin qu'on l'imagine.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 24 Fév 2012, 03:52

De quelques techniques « modernes » pour embastiller… Courant Alternatif

De même qu’au confessionnal on punit le péché par intention, au tribunal on sanctionne par anticipation depuis la loi Estrosi de 2010 qui a créé le délit de participation à une « bande violente ». Derrière ces mots, ce sont de plus en plus des milieux politiques qui sont ciblés par le pouvoir. Et l’appartenance à ces milieux (voire la simple fréquentation de certaines personnes) constitue, avec le refus de prélèvement d’ADN et l’accusation de s’être organisé-e « en réunion », le tiercé gagnant de l’institution judiciaire pour enfermer qui dérange l’ordre établi.

Aucun Etat ne tolère qu’on échappe à son emprise, dès lors qu’on est tombé dans son collimateur. C’est pourquoi sur le territoire français, « en raison des nécessités de l’enquête ou à titre de mesure de sûreté », une-e juge d’instruction peut placer quelqu’un sous écrou sans qu’il ait été statué sur sa culpabilité. Nombre de juristes le soulignent, cette privation de liberté qui est prononcée « à titre exceptionnel », et justifiée par l’intérêt social et la bonne administration de la « justice », attente aux « garanties fondamentales des droits de la personne » et à la présomption d’innocence censées être à la base du système judiciaire français. Elle n’en est pas moins très à la mode.

Une détention « provisoire », ça peut durer

La prison, c’est avant tout un lieu d’enfermement des pauvres, on le sait, et la détention provisoire est, de façon notoire, « traditionnellement » longue en France : rester deux ans en prison avant d’être jugé-e n’a rien de rare.
Mais la préventive constitue aussi le troisième temps fort du scénario suivi aujourd’hui par le pouvoir pour criminaliser certains milieux militants et justifier la répression à leur encontre. Ce scénario a deux finalités : noircir l’image des personnes visées pour convaincre de leur dangerosité, et présenter l’Etat comme l’efficace défenseur d’un ordre menacé [1]. On assiste ainsi d’abord à une mise en spectacle de l’action répressive – notamment par un impressionnant déploiement de forces d’intervention surarmées, lors d’interpellations et de perquisitions [2]. Puis des déclarations politiciennes et campagnes médiatiques viennent grossir la réalité des faits reprochés aux inculpé-e-s. Enfin, la prolongation de leur détention provisoire vise à démontrer que l’on tient vraiment des « coupables » – et comme nul ne veut croire à une réalité aussi choquante que l’emprisonnement d’innocent-e-s, le refus persistant de les libérer contribue à convaincre qu’il y a forcément anguille sous roche.
La détention provisoire n’est certes pas une invention sarkozienne. Baptisée « préventive » jusqu’à la loi du 17 juillet 1970, on a changé son épithète dans l’illusoire dessein de souligner son caractère exceptionnel [3], et une dizaine de réformes sur le sujet sont intervenues depuis pour afficher toujours cette même volonté… bidon : en 1997, la population carcérale française était encore composée à 41 % de prévenu-e-s (52 % en 1984). De même, en 2000, la loi Guigou a créé un juge des libertés et de la détention provisoire (JLD) censé être plus « indépendant » que le « classique » – le rôle du JLD dans l’« affaire d’Outreau » suffit à montrer qu’il n’en est rien.
En matière correctionnelle, pour être mis-e en examen on doit, selon la législation actuelle, encourir une peine d’une durée au moins égale ou supérieure à trois ans d’emprisonnement ; et, pour être ordonnée ou prolongée, la détention provisoire doit constituer l’unique moyen de parvenir à un ou plusieurs des objectifs suivants (art. 144 du code de procédure pénale modifié en 2009) :
« 1° conserver les preuves ou les indices matériels qui sont nécessaires à la manifestation de la vérité ;
2° empêcher une pression sur les témoins ou les victimes ainsi que sur leur famille ;
3° empêcher une concertation frauduleuse entre la personne mise en examen et ses coauteurs ou complices ;
4° protéger la personne mise en examen ;
5° garantir le maintien de la personne mise en examen à la disposition de la justice ;
6° mettre fin à l’infraction ou prévenir son renouvellement. »

Dans les faits, le libellé très vague de ces objectifs aide à multiplier et prolonger la préventive, au point que la France a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme pour ses abus [4]. « Toute personne arrêtée ou détenue [...] a le droit d’être jugée dans un délai raisonnable, ou libérée pendant la procédure », dit en effet la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Et l’Observatoire international des prisons (OIP) souligne de son côté : « Définie par la loi comme devant être l’exception, la détention provisoire est trop souvent prononcée au détriment du contrôle judiciaire et au mépris de la présomption d’innocence. Véritable peine sans jugement, [elle] constitue de nos jours une grave atteinte aux libertés fondamentales. »
L’article 145-1 du code de procédure pénale modifié en 2002 précise qu’en matière de délits « la détention provisoire ne peut excéder quatre mois si la personne mise en examen n’a pas déjà été condamnée pour crime ou délit de droit commun soit à une peine criminelle, soit à une peine d’emprisonnement sans sursis d’une durée supérieure à un an et lorsqu’elle encourt une peine inférieure ou égale à cinq ans » ; et que, dans les autres cas, « à titre exceptionnel » là encore, le JLD peut décider de prolonger la détention, de quatre mois en quatre mois, jusqu’à un an au total. Mais, toujours dans les faits, divers dispositifs permettent aisément de s’asseoir sur les délais légaux. Ainsi, le système des « audiences-relais » [5]. Ou encore le délai de vingt jours dont bénéficie la chambre d’instruction pour répondre à la demande de remise en liberté que peuvent déposer les prévenu-e-s lorsque le juge d’instruction ne les a pas interrogé-e-s pendant quatre mois.
Surtout, la détention provisoire peut durer jusqu’à deux ans (toujours par prolongation de quatre mois) en cas de « terrorisme », d’« association de malfaiteurs », d’« infraction commise en bande organisée » – des chefs d’inculpation à géométrie très variable puisqu’ils concernent désormais des personnes et des actes extrêmement variés quant aux buts poursuivis (les dernières lois sécuritaires ne font plus de distinction entre atteinte à la personne et atteinte aux biens, donc entre crimes et délits), et pour lesquels les peines encourues atteignent facilement dix ans d’emprisonnement.
Et puis, pour maintenir en détention, il existe plein d’autres petits trucs à disposition des juges. Par exemple, les « garanties de représentation », que l’on résume à tort à la possession ou non d’un domicile et d’un travail. En réalité, les exigences des tribunaux en la matière sont bien plus grandes vu qu’il s’agit avant tout de prouver que l’on est intégré-e à la société, donc que l’on vit en « bon père de famille », partant en « bon citoyen » : ce qui compte vraiment, c’est d’avoir à charge une famille et de posséder une situation professionnelle assez accrocheuse pour dissuader de passer les frontières sitôt libéré-e.
Résultat : avec l’introduction de nombreux chefs d’inculpation et l’aggravation des condamnations par le biais des lois sécuritaires tombées en cascade, depuis une décennie principalement (voir CA n° 215), la durée des détentions provisoires ne cesse de s’allonger. En 2005, la Commission de suivi de la détention provisoire dénonçait déjà dans son rapport annuel cette réalité, la préventive étant passée en moyenne de 6,4 mois en 2002 à 7,1 mois en 2005 ; elle critiquait également l’insuffisance des raisons entraînant sa mise en pratique, ainsi que les conditions dans lesquelles celle-ci s’effectuait.

Un antiterrorisme en plein… boom !

La politique sécuritaire actuelle qui sévit en France comme ailleurs dans le monde, en particulier parce que la « crise » économique entraîne une contestation grandissante, traduit la volonté pour les tenants du système de criminaliser toujours davantage les personnes qui se mobilisent contre l’ordre établi – jusqu’aux classes moyennes en voie de précarisation, ciblées dès lors qu’elles « s’indignent » contre le sort qui leur est fait. Après avoir peaufiné les méthodes coercitives dans les cités populaires, le champ répressif s’est ainsi élargi à la jeunesse lycéenne et estudiantine. De là l’adoption d’une panoplie de lois sécuritaires, soutenue par une intense propagande médiatique – et le rapide glissement du sécuritaire à l’antiterrorisme, grâce à l’étiquetage « ultra-gauche » par lequel le pouvoir forge comme bon lui semble l’image d’un ennemi invisible et diffus, donc d’autant plus dangereux [6]. En juin 2008, le rapport de la Direction centrale des renseignements généraux intitulé Du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau préterroriste international : regards sur l’ultragauche française et européenne énumérait toutes les actions attribuées à la « mouvance anarcho-autonome » en assurant : « Les faits et comportements observés sur notre territoire sont similaires à ceux recensés à la fin des années 1970 qui avaient été précurseurs de la constitution du groupe Action directe. »
De là les montages policiers et l’instrumentalisation politique de certaines affaires, comme Tarnac, sous les chefs d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » ou de « dégradations en réunion en relation avec une entreprise terroriste » (Julien Coupat est ainsi resté en préventive plus de six mois, en dépit d’une mobilisation militante et du soutien de personnalités politiques et médiatiques).
Le pas franchi entre le sécuritaire et l’antiterrorisme n’a rien d’anodin pour les personnes qui en subissent les effets, étant donné les moyens exorbitants que détiennent les juges antiterroristes  [7]. Les six inculpé-e-s qui vont passer en procès ensemble à la mi-mars, à Paris, pour quatre affaires regroupées par le juge Brunaud autour d’une dépanneuse de police ont été les premières à en faire la pénible expérience (on y reviendra dans un prochain CA). Elles ont effectué entre cinq et treize mois de détention provisoire, et sont restées ensuite sous contrôle judiciaire (avec interdiction d’entrer en contact entre elles pour la plupart et de sortir du territoire français sans autorisation, pointage une fois par mois au commissariat ou au tribunal, ainsi que suivi par un contrôleur judiciaire tous les mois ou tous les trois mois pour justifier de leurs activités professionnelles).
Aujourd’hui, l’antiterrorisme a sa police, sa section spéciale au parquet… et ses dispositions réglementaires. La circulaire (parue le 13 juin 2088) de Rachida Dati, alors ministre de la Justice, a en effet élargi le champ des poursuites en matière de terrorisme, au prétexte d’« une résurgence de faits en lien avec la mouvance anarcho-autonome » et de violences commises « à l’occasion de manifestations de soutien à des prisonniers ou des étrangers en situation irrégulière ». Cette circulaire, qui demande aux parquets locaux confrontés à de tels faits et violences d’« informer dans les plus brefs délais la section antiterroriste du parquet de Paris […] pour apprécier de manière concertée l’opportunité d’un dessaisissement à son profit », a donné à la police (en particulier la brigade anticriminalité) un sentiment de toute-puissance dont elle use et abuse depuis : interventions brutales en de multiples occasions avec flashballs, tasers, etc. ; fouilles non autorisées ; provocations afin d’inciter à l’outrage et de pouvoir inculper pour rébellion… Il s’agit d’instaurer un climat de peur et de pousser à la faute (voir, pour un bref historique ; mais aussi, pour ce qui tend à devenir du quotidien basique, par exemple ).
Désormais, des enquêteurs de la section antiterroriste (SAT) de la brigade criminelle travaillent sur les dégradations de distributeurs bancaires, les collages d’affiches ou les occupations d’agences commerciales par des « anarcho-autonomes ». Ils appuient leurs recherches sur des photos de militant-e-s – identifié-e-s par la Direction centrale du renseignement intérieur et la Direction du renseignement de la préfecture de police en région parisienne – qui proviennent pour beaucoup des manifs organisées en soutien aux affaires de Tarnac et de la dépanneuse de police à Paris. Les personnes suspectées, souvent interpellées au hasard et mises en garde à vue sans suite, se voient demander leur ADN ; et leur fréquent refus de ce prélèvement entraîne une perquisition à leur domicile (visant à le collecter contre leur gré sur leurs affaires)… et un procès.

Un ADN aux mille attraits sécuritaires

Ah, le prélèvement d’ADN, quelle formidable invention !
1° Si vous le refusez, vous êtes poursuivi-e en justice pour un délit indépendant de celui (ou plutôt de la présomption de celui) qui vous a collé dans les pattes de la « justice », et passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 000 € d’amende et un an de prison ferme ;
2° En dépit de votre refus, la police va prélever votre ADN (à partir d’un gobelet ou d’une fourchette utilisés pendant la garde à vue…) « aux fins de l’enquête » ;
3° Tant que vous persistez dans votre refus, vous êtes convocable à tout moment pour une nouvelle demande de prélèvement, et sanctionnable en cas de rejet ;
4° Si votre ADN ne peut vous être pris que dans le cadre d’une procédure judiciaire en cours, être relaxé-e du délit pour lequel on vous a fait une demande de prélèvement n’empêchera pas la « justice » de vous poursuivre pour le refus que vous y avez opposé…

Une situation aussi kafkaïenne a incité des personnes à porter leur cas devant la Cour européenne des droits de l’homme.
En plus du fichage de la population et donc de l’accentuation du contrôle social qu’ils favorisent (un « bon citoyen » n’ayant rien à se reprocher, accepter le prélèvement relèverait du civisme), les tests d’ADN ont d’autres effets pervers. Notamment d’inciter les avocat-e-s qui les considèrent comme une preuve scientifique dans l’absolu à s’en remettre à leurs résultats (sans prendre en compte les conditions dans lesquelles les prélèvements sont réalisés ni les manipulations dont ils peuvent être l’objet). Et pourtant, attendre ces résultats avant de déposer un appel contre une mise en détention, par exemple, sur la conviction que le tribunal se « résoudra » à une libération dès qu’il sera en leur possession introduit un nouveau critère – « scientifique » et non plus juridique – qui a pour conséquence de faire admettre comme normale la prolongation de la détention provisoire. Car, s’ils ont obligation de rendre publics les résultats des tests d’ADN, les juges n’ont aucun délai à respecter pour ce faire.

Tout ce qui précède met en évidence une réalité : face à l’actuel dispositif policier et judiciaire, seul l’établissement d’un véritable rapport de forces social est susceptible de freiner sa mise en œuvre. On remarque d’ailleurs sans peine, lors des luttes qui se mènent dans les secteurs agricole ou industriel, que lorsqu’il y est recouru à la force la répression est sans commune mesure avec celle qui frappe une certaine jeunesse radicalisée. Cela, parce que les luttes paysannes ou ouvrières recueillent une assez large adhésion (on a récemment constaté que le combat des Conti « parlait » aux gens) ; et que, face à un tel soutien, même tacite, la police et la « justice » ne peuvent frapper autant que le pouvoir le voudrait [8].

Vanina

Notes
[1] Ces objectifs se contredisent puisque l’Etat veut faire ressortir à la fois sa maîtrise d’un danger qu’il a amplifié et la solidité de la société face à ce danger.
[2] Les manifestations de solidarité envers les inculpé-e-s sont en butte à la même logique répressive.
[3] Depuis cette loi, les personnes qui ont été placées en détention provisoire peuvent demander une indemnité en compensation du préjudice subi lorsque leur procès aboutit à un non-lieu, une relaxe ou un acquittement ; mais, afin de s’éviter de tels désagréments, les tribunaux se débrouillent en général pour donner des peines qui couvrent le temps passé en préventive.
[4] Si, d’après la loi, les prévenu-e-s ont la possibilité de faire appel de l’ordonnance de placement, cet appel est très souvent rejeté – sur l’argument que l’instruction n’est pas terminée, que la peine encourue dépasse deux ans ou que subsiste ne serait-ce qu’un seul des « objectifs  » énoncés plus haut pour justifier la mise en détention.
[5] Dans ces audiences, le tribunal appelle un dossier, salue l’avocat de la partie civile et son désir de persévérer dans sa poursuite, et « confirme le calendrier de procédure », interrompant par là la prescription… qui court à nouveau sur trois mois.
[6] Par exemple, dans l’action à la PJJ de Labège (voir page suivante) qui n’a pas été revendiquée, le juge a affirmé à propos d’un des inculpés qu’il était « connu pour son appartenance à la mouvance ultra-gauche », puis qu’il avait « admis son appartenance au mouvement d’extrême gauche dont les tracts ont été retrouvés sur les lieux » alors que ces tracts n’étaient, au dire de la presse et de la « justice » elle-même, pas signés.
[7] Les juges jouissent d’un important pouvoir discrétionnaire : blocage à leur guise du courrier des prévenu-e-s (pendant une dizaine de jours, puis une autre dizaine) ou des permis de visite. Et, pour tenter d’affaiblir les résistances, le système judiciaire et pénitentiaire bénéficie de bien d’autres moyens – comme une grosse lenteur dans la délivrance des mandats versés aux prévenu-e-s, ou des livres et vêtements qui leur sont apportés au parloir.
[8] Six ouvriers de l’usine Continental ont été condamnés en appel, le 5 février 2011, à des amendes de 2 000 à 4 000 euros… pour le saccage de la sous-préfecture de Compiègne en 2009. Et la mobilisation (en partie à visées électoralistes, bien sûr) autour de Xavier Mathieu, lors de son procès le 4 janvier 2012 pour refus de prélèvement d’ADN, « relance le débat sur le fichage ADN », ont titré beaucoup de journaux.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 01 Mar 2012, 00:01

Convocations, visite des RG : la dure vie d'un lycéen militant au NPA Marie Kostrz

En Seine-et-Marne, un lycéen engagé subit les pressions de son proviseur qui, l'accusant de prosélytisme, a fait venir les renseignements intérieurs.

« Des tracts contre le gouvernement tu distribueras ? Au bureau du proviseur on t'abonnera ! »

Tel pourrait être le titre de la leçon assénée depuis cinq mois par le proviseur du lycée Jules Ferry à Stéphane Barth, élève de terminale à Coulommiers (Seine-et-Marne). Sans qu'elle ne s'ancre pour autant dans sa tête.

Stéphane Barth, alias « le communiste » pour ses camarades de classe, s'est découvert une passion pour l'engagement militant à l'automne 2010. A l'époque, un mouvement contre la réforme des retraites mobilise son lycée :

« Nous avons été au moins 400 élèves à descendre dans les rues de Coulommiers, c'était quelque chose ! »

Son éveil politique ne s'est jamais assoupi depuis. Seul, il a commencé à orner les murs de son établissement d'affiches « qui abordaient un peu tous les thèmes, comme l'éducation ou le féminisme » et qu'il finançait avec son « argent de poche ». Jusqu'en février 2011, où il rejoint le NPA.

Devant le lycée, interdit de distribuer des tracts

Devant le bahut planté sur les hauteurs venteuses de la petite ville, les exclamations enjouées fusent à l'évocation de Stéphane Barth. Grâce à son engagement, il jouit d'une petite renommée parmi les élèves. L'un d'eux plaisante :

« Tout le monde le connaît, il distribue souvent des tracts à la fin des cours. »

Mais inciter ses camarades à réfléchir sur la politique actuelle ne plaît pas à la direction du lycée Jules Ferry. A l'automne 2011, Stéphane Barth s'est fait une première fois tirer les oreilles :

« Le proviseur m'a dit que je n'avais pas le droit de distribuer des tracts du NPA sur le trottoir devant Jules Ferry car selon le cadastre, il lui appartient et c'est interdit d'avoir une activité politique au lycée. »

Le garçon s'entête : pourquoi ne serait-il pas autorisé à y exercer cette activité si, au même endroit, l'administration fait une entorse au règlement en acceptant que les lycéens fument ?

Les tracts, une « source d'émeutes graves »

Ses demandes de salle, où il souhaiterait organiser une réunion apolitique sur la réforme du lycée engagée par l'Education nationale, sont systématiquement refusées.

Fin novembre, il reçoit une nouvelle convocation, avec cette fois une invitée d'honneur : sa mère. Contactée par Rue89, cette dernière regrette la réaction « exagérée » de la direction :

« Lorsque je suis venue au lycée, la vice-proviseure m'a dit que la distribution de tracts pouvait être source d'émeutes graves, qu'elle allait appeler la police si cela se reproduisait.

On a l'impression que c'est un terroriste alors que quand on voit Stéphane, il n'a rien à voir avec ça tout de même ! »

Nouvelle convocation et menace de procès


L'entrée du lycée Jules Ferry à Coulommiers, en Seine-et-Marne (Marie Kostrz/rue89)
Emmitouflé dans son manteau noir, une écharpe grise enroulée autour du cou, le blondinet qui franchit la grille du lycée après cinq heures de devoir surveillé (le bac approche) ne revêt pas, il est vrai, la panoplie du dangereux révolutionnaire.

Mains dans les poches, cheveux coupés courts et petites lunettes sur le nez, il rejoint d'un pas calme ses copains. Réunis en petit cercle, ils papotent, fument et rigolent sous la pluie. Scène ordinaire des années lycée.

Parmi eux se trouve un des alliés de Stéphane Barth. Le lycéen, qui souhaite rester anonyme, a tenu à créer un comité de mobilisation. L'idée est venue à quelques jeunes après une nouvelle convocation de Stéphane pendant laquelle, selon lui, le proviseur adjoint l'a menacé d'un procès en diffamation.

Quand les services de renseignements débarquent

L'ami explique :

« Je voulais mettre en avant les libertés des lycéens, même si je n'ai aucun engagement politique. Ce qui arrive à Stéphane est intolérable, on devrait pouvoir s'exprimer beaucoup plus librement. »

La création du comité, annoncée dans une nouvelle affiche, n'a fait que monter la pression d'un cran. Le 9 décembre, Stéphane est de nouveau sommé de rejoindre le bureau du proviseur. Driss, qui appartenait aussi au comité, se souvient :

« Nous étions deux à venir avec lui mais une fois dans le couloir de l'administration, la secrétaire nous a demandé de retourner en cours. »

Là, Stéphane se retrouve en face de Francis Beltran, proviseur, de ses deux adjoints et... de deux hommes rattachés à la Direction centrale de la sécurité publique. Il s'agit de la seconde branche des renseignements intérieurs avec la DCRI.

« Ils pensaient que je voulais créer une cellule du NPA »

Stéphane, qui avoue avoir été un peu déstabilisé de se retrouver seul face à cinq adultes, se souvient :

« J'ai tout de suite voulu prendre des notes mais ils m'ont dit que ce n'était pas la peine. Ils voulaient en savoir plus sur la création du comité, ils pensaient que je voulais créer une cellule du NPA alors que je suis le seul à être encarté. »

Il ajoute :

« L'un des deux agents est Bruno Machet, qui m'avait déjà contacté quelques mois plus tôt. Il m'a dit qu'il fallait que je me méfie des groupuscules qui envoient les militants au casse-pipe.

Puis qu'il ne fallait pas que je prenne ça comme une menace, mais que ce n'était pas trop dur de m'attaquer en justice s'il le voulait. »

Une belle intimidation pour un militant en herbe : l'affiche que les jeunes avaient collée dans le lycée pour annoncer la création du comité n'était pas légale car elle nommait l'établissement, ce qui est interdit.

Pour les lycéens, une pression « honteuse »

La Direction centrale de la sécurité publique affirme qu'il ne s'agissait que d'une visite de routine :

« C'est la direction de l'établissement qui nous a prévenus que Stéphane Barth faisait beaucoup de prosélytisme dans le lycée, qu'il demandait des salles, distribuait des tracts. Nous nous sommes déplacés car c'est notre rôle. »

A Jules Ferry, cette mésaventure horripile élèves comme professeurs. Justine, élève de terminale, trouve cette pression « honteuse » :

« Ça me fait mal au cœur pour Barth parce qu'il donne tout son cœur pour défendre ses idées, qu'il invite au dialogue et au débat sans jamais obliger qui que ce soit à le suivre. »

« La direction n'a vraiment rien d'autre à foutre »

Côté professeurs, l'incompréhension est aussi partagée. L'un d'eux témoigne :

« Stéphane a énormément progressé depuis qu'il est engagé politiquement, c'est devenu un bon élément de sa classe. »

Un autre regrette que la direction « n'ait vraiment rien à foutre de plus important » que d'embêter « un agneau pareil » :

« Stéphane a un comportement citoyen et respectueux des institutions et non violent. Il s'est retrouvé face à une incompréhension de la direction qui est passée à un stade de répression. C'est allé beaucoup trop loin par rapport à ce qu'il a fait. »

Le proviseur : « Dehors ! »

Il dénonce les procédés employés :

« Il a été convoqué sans avocat, sans ses parents. Il n'y aucun témoin dans cette histoire. »

Difficile en effet de recouper les informations. La Direction centrale de la sécurité publique refuse que Bruno Machet détaille les propos qu'il a tenus durant l'entretien.

Le proviseur n'est pas plus enclin à me rencontrer. A peine entrée dans le bureau de la secrétaire, Francis Beltran, imposante armoire à glace en costume, m'adresse un grand geste brusque :

« Dehors ! Vous n'auriez pas fait déjà deux fois le tour du lycée si vous étiez venue me parler. »

J'étais présente sur les lieux depuis dix minutes top chrono.

L'ordre d'empêcher les mobilisations ?

Jean-Baptiste Fondu, membre du comité exécutif et du bureau des jeunes NPA, assure que c'est la première fois qu'un lycéen militant subit un tel acharnement. Les pressions, cependant, sont selon lui monnaie courante.

Pour lui, c'est moins le parti que tout opposant à la politique actuelle qui est visé :

« On voit apparaître toute une série de proviseurs qui agissent comme de vrais relais du ministère de l'Education nationale et qui ont pour ordre d'empêcher les mobilisations. »

Stéphane Barth assure que si la direction « pense qu'il est maté, elle se trompe ». Il est loin de baisser les bras.


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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 02 Mar 2012, 04:19

http://regardeavue.com/echec-a-la-tourelle

Ce vidéo-tract a été réalisé par des habitants de Montreuil.

À Montreuil l’ ASVP (Agence pour la Surveillance de la Voie Publique ) est un service de vigiles au service de la mairie. Les ASVP seraient censés « assurer le respect de certaines règles communes de l’espace public, et principalement de constater les infractions au stationnement voire de verbaliser les habitants qui contreviennent aux règles relatives à la propreté de l’espace publique. »

Un « groupe mobile » est composé d’ASVP « volontaires » . Leur mission consiste par exemple en « interventions à la déchetterie » ou en « interventions de surveillance suite à des intrusions »…. Ce qui très concrètement signifie chasser de la déchèterie tous ceux qui pour survivre y font de la récup’, chasser avec tous les moyens, y compris la violence physique, ceux qui occupent des maisons vides pour y habiter.

Le 31 janvier, une fois de plus, les ASVP chassent les occupants d’une maison appartenant à la mairie. Les ASVP, dirigé par Denis Hochard et sous l’oeil bienveillant du commissaire de Montreuil, cassent l’intérieur de la maison appartenant à la mairie. Les ASVP, dirigé par Denis Hochard et sous l’oeil bienveillant du commissaire de Montreuil, cassent l’intérieur de la maison pour rendre l’espace inhabitable. Dominique Voynet, maire de la ville, appelée d’urgence au téléphone par une voisine qui voulait dénoncer les violences du service municipale, déclare être déjà au courant, mais : « les habitants sont des politiques et j’ai déjà assez d’ennemis à Montreuil »!

Encore une fois la gestion de l’espace et le nettoyage urbain qui va avec se dessine, aussi, comme nettoyage idéologique. Tous ce qui gêne les projets des promoteurs et politiques est effacé à coup de barre de fer.
Plusieurs dizaines de témoignages sur les violences de l’ASVP ont été déjà récoltés.

contact : vraimentmontreuil@rocketmail.com
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