Veille des outils de répression

Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 15 Déc 2011, 17:35

MATHIEU RIGOUSTE : « MÊME LA TERREUR D’ÉTAT INDUSTRIELLE NE PEUT RIEN CONTRE UN PEUPLE UNI ET RÉSOLU »

Dans "Les Marchands de peur" (éditions Libertalia), Mathieu Rigouste retrace par le détail l’itinéraire emblématique de quelques omniprésents « experts » de la peur (Alain Bauer, Xavier Raufer, François Haut...) et documente l’avènement triomphant du capitalisme sécuritaire. Un ouvrage fouillé et passionnant, qu’il évoquait dans cet entretien accordé à Article11 en début d’année.

Cet entretien a été publié dans le numéro 3 de la version papier d’Article11. On profite de sa publication en ligne pour t’inciter à te rendre au débat organisé au café associatif La Commune (3, rue d’Aligre, Paris) sur le thème des Marchands de peur, jeudi à 20h30 en présence de Mathieu Rigouste. Plus d’infos ici.

***
C’est un petit livre valant parfait vade-mecum des temps ultra-sécuritaires. Il retrace précisément les itinéraires d’Alain Bauer, de Xavier Raufer et de quelques autres acteurs français du business de la peur. Et explore méthodiquement « le champ de production du contrôle », mécanique complexe permettant d’assurer de confortables profits à ceux qui en tirent les ficelles et de perpétrer l’ordre inégalitaire du monde. Le portrait d’Alain Bauer et de ses amis est ainsi l’occasion de documenter l’avènement d’un « nouveau stade de développement de l’impérialisme » : le capitalisme sécuritaire.

Ce canevas, Mathieu Rigouste le déroule brillamment dans Les Marchands de peur : la bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire (aux éditions Libertalia), peinture vivante autant qu’analyse fouillée. Dans un précédent opus paru il y a deux ans, L’Ennemi Intérieur1, l’auteur décrivait déjà comment une stratégie militaire totale, la « doctrine de la guerre révolutionnaire », mise en œuvre par la France dans ses guerres coloniales, avait progressivement contaminé les champs politique et médiatique jusqu’à devenir mode de gouvernement. Cette fois, il explique à qui profite le crime – un « conglomérat complexe de producteurs de contrôle et de marchands de menaces ». Derrière les deux livres, une même ambition : que la compréhension du monde serve d’arme à ceux qui veulent le mettre bas.


La trajectoire d’Alain Bauer évoque celle d’un Rastignac de la sécurité. Sa montée en puissance, ces trente dernières années, a été pensée de façon stratégique ?

Alain Bauer est décrit par tous ses amis comme un « homme de réseaux » ayant, depuis sa jeunesse, brigué des postes d’influence et qui a toujours cherché à évoluer dans les « hautes sphères du pouvoir ». Rappelons qu’il entre au parti socialiste à 15 ans et qu’il participe rapidement à la construction d’une gauche anticommuniste autour du soutien à Michel Rocard. Dès qu’il arrive à l’université, il rejoint la nouvelle Unef-ID et se fait élire comme représentant étudiant à la présidence de la Sorbonne – il n’a que 20 ans, et ce titre va lui permettre un temps de laisser entendre qu’il aurait été « vice-président de la Sorbonne »... Il intègre aussi à cette époque certains réseaux élitistes de la franc-maçonnerie, dans lesquels il essaie de se faire une place.

Il a donc rapidement développé une stratégie misant sur la connexion des réseaux d’influence économique et politique. Parce qu’il a compris très tôt, par sa formation politique et syndicale (qu’il recommande d’ailleurs à tous les chefs d’entreprise), que le capitalisme sécuritaire allait avoir besoin de passeurs comme lui. Il a effectivement mis en œuvre une stratégie qui lui a permis de devenir l’un des architectes de la transformation des appareils de contrôle.

Est-il pour autant le résultat exact de cette stratégie ? Je ne crois pas. Il est de toute évidence assez malléable pour se laisser apprivoiser, à gauche comme à droite, à la télévision comme dans les arcanes de la Françafrique. Alain Bauer est avant tout le nom d’une manière de penser et d’agir dont le capitalisme sécuritaire s’est saisi et qu’il manipule. Les grandes Écoles fabriquent chaque année des centaines de prototypes prêts à remplir les mêmes fonctions.

Cet homme s’est construit sur un perpétuel mélange des genres...

La bande à Bauer – citons, entre autres, Xavier Raufer, François Haut, Christophe Naudin, Yves Roucaute... – a su articuler progressivement un faisceau d’activités correspondant précisément aux intérêts politiques et économiques du développement sécuritaire. Elle réunit des inventeurs de notions qui fonctionnent comme des marchandises, des colporteurs et des promoteurs qui diffusent ces notions-marchandises dans les grands médias, des entrepreneurs de sécurité et de guerre qui cherchent à dominer le marché, des politiciens qui leur ouvrent des voies juridiques, des universitaires qui leur fournissent une légitimité d’ « experts »... Cette bande est finalement organisée de la même façon que ce que j’appelle « le consortium de la peur », conglomérat mondial et complexe de producteurs de contrôle et de marchands de menaces.

Bauer lui-même combine les différentes activités que je viens d’évoquer : il est « expert en sécurité » pour les médias, responsable de l’Observatoire national de la délinquance pour le compte du gouvernement, chargé de la chaire de criminologie du Conservatoire national des Arts et métiers, conseiller influent au PS et à l’UMP, patron d’une entreprise de sécurité qui porte son nom (AB Associates), et il vit des peurs qu’il propage. Il est à la fois le symptôme et l’un des principaux architectes de ce processus d’accumulation de profits et de transformation de l’État, centré sur les marchés du contrôle.


Quel a été son rôle dans le virage sécuritaire du Parti socialiste ?

Bien intégré aux réseaux de la gauche atlantiste, anticommuniste et néolibérale au début des années 1990, Alain Bauer est formé en 1993 par la SAIC, une vitrine de la CIA et du complexe militaro-industriel nord-américain. À son retour, il met tout en œuvre pour appliquer les recettes qu’on vient de lui enseigner, pour développer en France des marchés et des structures équivalents à ceux que les industries du contrôle ont mis en place aux États-Unis. Depuis son passage comme secrétaire général du World-Trade Centre Paris La Défense2, il est reconnu comme un « expert de la sécurité urbaine ».

Il quitte finalement le PS en 1994, mais continue à participer à des commissions de réflexion. Face à la montée électorale du FN, la gauche tente alors de s’approprier ses thématiques politiques, et notamment « l’insécurité ». Et des maires rocardiens ont recours à l’ « expertise » d’Alain Bauer ; à Vitrolles, par exemple, il s’occupe de la « sécurisation » et fait investir dans un coûteux système de vidéo-surveillance. Cela fonctionne si bien que le FN finit par prendre la ville...

C’est d’ailleurs pour ce contrat qu’il crée AB Associates, sa firme de consulting en sécurité. L’affaire se révélant juteuse, il reprend son travail de lobbying auprès du PS et mène la réflexion de 1997, qui axe la campagne du parti sur la sécurité. Celui-ci gagne les législatives au printemps et invite Alain Bauer à organiser le colloque de Villepinte, qui consacre à la rentrée de 1997 la conversion du PS à l’ordre sécuritaire. Le parti met alors en œuvre les recommandations de Bauer, et en particulier ces Contrats locaux de sécurité (CLS) qui réunissent tous les acteurs de la sécurité d’une municipalité autour des « experts ». Les CLS obligent les maires à réaliser des « diagnostics de sécurité » et des « enquêtes de victimation » pour mesurer le sentiment d’insécurité. Et AB Associates multiplie ses bénéfices en devenant l’une des principales firmes fournissant ces « services » auprès des municipalités.

Cet exemple montre bien comment s’articulent les politiques et les marchés de la sécurité. C’est une métaphore du marché de la peur, qui montre que la distinction entre les partis de gouvernement n’a aucune consistance concernant la logique de développement du capitalisme sécuritaire.

En quoi l’alliance des marchands de peur et des marchands de canons est-elle nouvelle ?

La peur a toujours été un outil fondamental pour les classes dominantes, bien avant le capitalisme. Mais tout s’est accéléré avec la transformation du contrôle en marché au cours du XXe siècle. Jusque-là, la fonction de marchand de peur était occupée par des « entrepreneurs de morale », qui permettaient de justifier périodiquement la répression des indisciplines et des révoltes. Mais ce sont les complexes militaro-industriels, édifiés dans le courant des deux guerres mondiales, qui ont généré les marchés du contrôle, devenus florissant entre les guerres coloniales et la contre-révolution post-1968.

Depuis lors, il est devenu indispensable que des professionnels de la terrorisation travaillent constamment pour définir les « menaces » – qui permettent le fonctionnement de cette économie de la provocation/répression – et les « nouvelles menaces », qui délimitent chaque fois de nouveaux secteurs d’accumulation de profits. Les marchands de peur ne sont plus seulement des légitimateurs, ils s’imposent désormais comme des acteurs économiques et politiques très puissants. À l’image de la bande à Bauer, ils sont vecteurs, mais aussi ingénieurs, entrepreneurs et gestionnaires. Ils ont même fini par jouer le rôle d’architectes sociaux et se conçoivent désormais, répètent-ils, comme les bâtisseurs d’une « sécurité globale face au chaos de la mondialisation ».

C’est une entreprise de domination totale ?

Ils parlent de « sécurité globale », mais ça ne veut rien dire. C’est juste de la rhétorique, une manière de convoquer des énergies dans un projet sans fin ; c’est une notion-marchandise, une combinaison de propagande et de publicité. Je ne connais pas non plus d’exemple de « domination totale ». Même dans l’esclavage et à l’intérieur d’un camp, il reste des traces de résistance. La totalité est un fantasme tyrannique, un mirage qui permet de faire courir éternellement ceux le poursuivent.

Cela ne signifie pas qu’il faut sous-estimer les idéologues prêchant pour une « domination totale », mais que nous ne devons pas en avoir peur : ce serait travailler gratuitement pour eux. Rappelons-nous que toute mécanique a ses limites. Et qu’à mesure que les marchés de la sécurité augmentent, les inégalités et les révoltes se développent. Au fond, les contrôleurs ne sont que les serviteurs zélés d’intérêts qui les dépassent : leurs idées et leurs corps ne leur appartiennent pas, ils sont des fusibles. Et il importe de rappeler que les machines complexes peuvent être sabotées pour peu qu’on comprenne bien leur mécanique. Cette compréhension réduit la peur qu’elles nous inspirent, elle les rend moins efficientes.

Pour saboter la peur, l’esclave commence parfois par ridiculiser le maître. C’est une forme d’insoumission et de subversion magique, qui prépare souvent le moment où il trouve la force de se libérer. Cela n’apparaît pas dans le livre, mais nos deux terribles contrôleurs, Xavier Raufer et Alain Bauer, ont reçu des petits noms dans leurs milieux : respectivement « Bonne Soupe » et « Gros Bobo ». Comme quoi on peut manger tous les soirs « à la table des grands3 », tout en restant le triste bouffon des fins de repas.


Tarnac
La construction policière de l’affaire de Tarnac est emblématique du pouvoir de nuisance de ces gens. Son fiasco final, en l’espèce, ne vaut-il pas large désaveu ?

C’est un montage étrange, en effet. Il a révélé certains mécanismes et certaines stratégies dans le bloc de pouvoir. Il a suscité de larges débats et de nombreuses rencontres, des déplacements de ligne dans certains couches sociales. Ce n’est pas rien.

Pour être efficace, un montage doit théoriquement être basé sur un « choc » émotionnel, qui fait régresser le spectateur et le prépare à digérer la propagande. Or là, « ralentir des trains », ça n’allait pas faire frémir dans les chaumières... L’essentiel repose en fait dans ce qui s’est passé ensuite - fichage de tous ceux qui apportent leur soutien aux inculpés, visualisation des réseaux de solidarité et de résistance à l’antiterrorisme. Tarnac n’est pas une barbouzerie mal ficelée, c’est un avertissement, une démonstration, l’expérimentation d’une contre-insurrection de basse intensité.

Il n’est pas très gênant pour le souverain de laisser savoir qu’il est prêt à employer la tromperie. Dévoiler la surface du contrôle fait partie de la propagande, il faut laisser percevoir la perversité des montages pour diffuser la peur et générer de l’auto-contrôle. Pour mieux en masquer la mécanique interne.

Reste la grande question au sujet de la contre-insurrection : est-ce que ça marche ? Je crois que cela dépend des intérêts dont on parle, pour qui et pour quoi faire, de comment on règle cette contre-insurrection et de comment on s’en sert. Bref, du rapport de force et de la situation. Par exemple, au sujet de l’Irak et de l’Afghanistan, les théoriciens de la contre-insurrection passent leur temps à discuter de son amélioration, hésitent entre l’axer sur la propagande ou sur la terreur4, preuve qu’elle ne leur paraît jamais vraiment convenable. La contre-insurrection est en expérimentation et en rénovation constante dans le capitalisme sécuritaire. C’est un peu son programme fétiche.

Ce qu’il faut retenir, c’est que les gestionnaires du montage de Tarnac ont perdu sur le plan de la propagande et que ce n’est pas lié à une panne de leur technologie mais plutôt à une sorte de sabotage collectif. De nombreux inconnus, un peu partout en France, se sont réunis par simple solidarité avec les inculpés, ils se sont rencontrés et entraidés pour critiquer le monde qui les entoure, le démasquer et imaginer mieux. Ce type d’amitié politique est une contre-attaque.

A la fin de l’ouvrage, tu fais un parallèle avec la stratégie de la tension à l’italienne : c’est ce qui nous attend dans les années à venir ?

Que ce soit dans cette enquête ou lors de mes travaux sur l’ennemi intérieur, mes recherches me ramènent souvent à cette stratégie de la tension qu’on a identifiée aux années de plomb italiennes ou aux méthodes du ministre français de l’Intérieur de 1968, Raymond Marcellin. Ce n’est pas un hasard, il semble que la dynamique provocation/répression (qui a dû être employée occasionnellement partout et chaque fois que l’on a voulu gouverner des peuples) a été saisie par un système de forces dans la deuxième partie du XXe siècle. Le capitalisme sécuritaire, ce nouveau stade de développement de l’impérialisme, vit – politiquement, économiquement et socialement – en générant des désordres gérables qu’il se donne pour mission de réprimer parce qu’il en tire des profits. Cette dynamique préexistait au capitalisme, mais elle l’a accompagnée et est devenue, avec l’ouverture des marchés du contrôle au cours du XXe siècle, l’une des trames principales de son développement. À moins que nous en finissions rapidement avec l’État et le capitalisme, il y a donc peu de chances que cela change dans les années à venir. Par contre, la tension change de forme en fonction de l’ennemi visé. En Italie, les attentats fascistes attribués aux anarchistes visaient l’insurrection ouvrière. Aujourd’hui, on pourrait dire que la BAC5 assure une tactique de la tension continue contre les formes de l’insoumission populaire.

Cette logique va devoir se perfectionner, se rationaliser. D’un côté, les marchés du maintien de l’ordre sont en train de se gaver de commandes en provenance de tous les gouvernements du monde effrayés par les soulèvements en Tunisie, en Égypte, en Libye... De l’autre, on peut imaginer que les mafias gouvernementales du premier monde vont aussi commencer à se méfier des forces populaires avec lesquelles elles jouent. Et qu’elles vont comprendre, cinquante ans après de Gaulle, que même la terreur d’État industrielle ne peut rien contre un peuple uni, résolu et qui n’a rien à perdre. Comme je l’explique à la fin du livre, le capitalisme sécuritaire est un système en réalité extrêmement fragile ; organisé autour de cette logique de tension, il joue en permanence avec les forces susceptibles de le renverser. Tant qu’il arrive à diriger les colères sociales contre des cibles erronées, il reste protégé. Tant qu’il évolue, aussi : par exemple, l’antiterrorisme italien des années 2000 a fini par prendre conscience que la répression brutale des anarchistes jouait parfois contre lui. Depuis, il expérimente la combinaison de la brutalité et de ce qu’il appelle des méthodes douces.

La stratégie de la tension va devoir trouver un nouvelle manière d’équilibrer le rapport entre la propagande et la somme de l’oppression et de la répression – car ceux qui la subissent ont commencé à construire une mémoire des luttes qui permet de repérer cette stratégie et de chercher des moyens de la tordre. La nouvelle figure du « casseur » mi-anar mi-lascar, qui a été déployée pendant le mouvement contre la réforme des retraites, est une illustration de ce renouvellement. Lorsque des opprimés s’associent, la tension doit changer de masque.

Tu parlais de « marchés du maintien de l’ordre en train de se gaver » : à quoi penses-tu ? Aux offres de service sécuritaire d’Alliot-Marie à un régime tunisien sur le point de tomber, par exemple ?

Des journalistes ont l’air de s’émouvoir que la France exporte du matériel de maintien de l’ordre à des dictatures – « en pleine révolution en plus ! ». Mais depuis un siècle, l’impérialisme français entretien et protège des dictatures qui le lui rendent bien, son complexe militaro-industriel vend du matériel de guerre et de contrôle, ainsi que des techniques de terreur d’État, partout où il le peut. Il continue et continuera, bien évidemment.

Pour les complexes militaro-industriels, ce « printemps des peuples arabes » est l’occasion d’une gigantesque série de transactions, de prêts et d’investissements, en terme de recherche et de développement, de fabrication, d’approvisionnement et de maintien en condition opérationnelle. C’est aussi une expérimentation gigantesque de tous ces matériels et techniques, conçus et vendus dans la dernière décennie. Khadafi aurait même testé des avions de chasse en contrôle des foules... Pour l’ensemble du monde contre-insurrectionnel, c’est passionnant : le dictateur a mené la machine au bout de sa capacité répressive, juste avant le sociocide. Il essaie finalement de répondre à la question afghane : face à l’insoumission massive et à l’insurrection généralisée, est-il efficace ou suicidaire d’arrêter complètement d’investir dans la propagande et de tout miser sur la terreur d’État ? Les gouvernements du monde entier veulent connaître la réponse. Parce qu’ils savent que leur tour viendra.


1 Aux éditions La Découverte. Ouvrage abordé ici.
2 Créée en 1969, la World Trade Center Association développe un réseau de centres d’affaires dans le monde où « les États-Unis, les marchés étrangers et les intérêts financiers peuvent se rencontrer », « favoriser et accélérer des transactions », « promouvoir la prospérité par le commerce et l’investissement » (selon leur site wtcaonline.com). Le centre d’affaires de La Défense (92) en est l’un des pôles français.
3 « Il faut choisir de rester à la table des grands – donc déceler, diagnostiquer, puis prévenir ou riposter – ou devenir une simple force supplétive. » Alain Bauer, cité dans David Servenay, « Mission Bauer : comment gérer les crises depuis l’Élysée », Rue89, 4 septembre 2007.
4 On trouve un éventail des grands débats en cours dans Georges-Henri Bricet des Vallons, Faut-il brûler la contre-insurrection ?, Choiseul, 2010.
5 Brigade anti-criminalité.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 23 Déc 2011, 21:53

Le secteur de la vidéosurveillance défend son bilan et veut redorer son image

Eternel objet de controverse, la caméra de surveillance et son utilité ont été ardemment défendues aux Assises de la sécurité de Monaco par les professionnels du secteur et des municipalités, dont certaines testent des modèles capables de détecter des situations "anormales".
« On nous voit comme Big Brother et cela fait peur, notamment parce que les gens ne savent pas trop qui est derrière ces caméras », résume à l’AFP Dominique Legrand, président de l’Association nationale de la vidéoprotection (AN2V), qui regroupe 400 utilisateurs et partenaires institutionnels, et 80 entreprises du secteur.

On compte plus de 35 000 caméras en France uniquement pour surveiller la seule voie publique – sans compter les dizaines de milliers d’autres utilisées par les entreprises.
En mars, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a fait part de sa volonté d’atteindre les 45 000 caméras d’ici « la fin de cette année ».

« On entend souvent dire dans les médias que la vidéosurveillance est liberticide, chère et inefficace, et on veut changer cette image. Mettre des caméras partout n’est bien sûr pas un acte anodin, mais il existe en France une batterie de lois extrêmement bien faites qui font que tout citoyen est relativement bien protégé », argumente M. Legrand.

Objectif protection - « Et s’il nous arrive un souci, on a tous envie d’être vidéosurveillés pour que la personne derrière la caméra nous envoie la police », selon lui. « C’est un service par l’humain, au service de l’humain. Cela n’a pas de sens de surveiller pour surveiller, l’objectif est la protection des biens et des personnes », renchérit Florent Montillot, adjoint à la mairie (UMP) d’Orléans et ardent défenseur de la vidéosurveillance, qu’il rebaptise vidéoprotection.
Avec l’aide des 109 caméras publiques et des 18 téléopérateurs qui les scrutent, Orléans a notamment connu « une diminution de 80 % du nombre de véhicules volés en 10 ans, et le nombre de voitures brûlées a été divisé par 3. Et si, avant, on avait entre 3 et 4 meurtres par an sur la voie publique, cela fait 6 ans qu’on n’en a pas eu », affirme-t-il.

Le marché de la vidéosurveillance est particulièrement florissant, « avec un taux de croissance supérieur à 20 %, depuis au moins 5 ans », résume Pierre-François Verbecque, directeur commercial vidéosécurité chez Sony.

Détection automatique d’anormalité – Certaines caméras intègrent désormais un logiciel de « détection automatique d’anormalité » qui va déclencher une alarme auprès des opérateurs du centre de vidéosurveillance en cas de situation bien définie.
La caméra peut ainsi « filtrer des apparitions » (l’alarme est donnée lorsque quelque chose entre dans un cadre défini), décompter les personnes dans un lieu donné (une alerte est déclenchée au-delà d’un certain seuil) et même repérer une personne si, en pleine nuit, elle reste de longues minutes devant un bâtiment ou un magasin.

« Nous sommes actuellement en train de tester cette technologie, et nous allons nous lancer », a indiqué Emmanuel Magne, responsable du centre de supervision urbaine de la ville socialiste de Lyon, qui compte 240 caméras sur la voie publique.

« L’idée est que l’intelligence logicielle fasse une partie du boulot, car les études prouvent qu’un oeil humain (celui de l’opérateur) ne va pas repérer une scène de crime s’il a plus de 8 écrans devant lui », indique Dominique Legrand.

« Il s’agit de passer de la technique passive à la technique assistante, mais l’homme reste toujours la partie essentielle et primordiale du dispositif. Ensuite, bien sûr, il faut qu’il y ait quelqu’un pour intervenir sur le terrain, n’oublions pas ce paramètre, car sinon tout cela ne sert à rien », rappelle M. Magne.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 25 Déc 2011, 01:28

Tous fichés, tous surveillés : le nouveau Big Brother

Dossier. Alors que les fichiers de police se sont multipliés, les géants du high-tech sont les nouveaux rois du flicage. Etat et privé amassent des milliards de données personnelles, souvent en toute illégalité. Vous avez dit Big Brother ?

L’actualité, ces derniers jours, donne le tournis. Fermeture du site de fichage de la police Copwatch; listing du service du personnel du Sidaction contenant des renseignements privés sur la personnalité des salariés, selon Libération; mise en examen de Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur, suite à l’espionnage téléphonique d’un journaliste du "Monde" qui suivait l’affaire, inquiétudes attisées par la droite sur le recensement des votants à la primaire socialiste… Si on en doutait encore, la surveillance des citoyens n’a jamais été aussi forte et insidieuse. Le fichage n'est pas nouveau, comme en témoigne la magnifique exposition des Archives Nationales, mais il bénéficie désormais d'un arsenal technologique redoutable. Aux photographies face-profil, rangées par ordre alphabétique dans des boîtes en carton, du Second Empire ont succédé aujourd’hui des techniques sans cesse plus sophistiquées, comme la biométrie ou la miniaturisation des logiciels espions. La surveillance étatique, plus forte que jamais, se double de nouveaux concurrents: les réseaux sociaux. Diablement séduisants, ils seront terriblement dangereux si leurs usagers ne leur imposent pas de limites. Les Big Brothers des années 2010 peuvent aussi prendre, plus simplement, l’allure d’un voisin de palier, membre d’un réseau de vigilance, ou celle d’un mouchard miniature, quasi invisible, et pourtant capable de stocker toutes vos données personnelles. Le "Nouvel Observateur" explore les coulisses du fichage.

Extrait du dossier "Tous fichés" paru dans "le Nouvel Observateur" en kiosque le 19 octobre 2011

Votera, votera pas ? Dimanche 9 octobre, premier tour de la primaire. Laura hésite. "J’ai envie d’y aller, mais ce qui m’embête, c’est d’être fichée comme socialiste. Les opinions, c’est secret. Qui me dit que le ministère de l’Intérieur n’y aura pas accès ?" Son petit ami ironise. "Nous sommes déjà tous fichés !" Finalement, Laura a voté, non sans s’assurer que les listes d’émargement seraient bien détruites après la proclamation des résultats. Big Brother, voilà la nouvelle peur moderne. Le climat s’y prête : des journalistes espionnés, la compagne de François Hollande surveillée par les RG, si l’on en croit "l’Express" ; bref, l’époque est au retour des barbouzes. Dans "1984", George Orwell imaginait Big Brother étatique, omniprésent, tout-puissant. Les services de police disposent aujourd’hui de technologies qui feraient frissonner l’écrivain anglais. Biométrie, puces GPS, reconnaissance faciale… Mais le flicage n’est plus l’apanage de l’Etat. Il est aussi l’œuvre d’officines privées et, surtout, des seigneurs du réseau et des rois des télécoms. Le terrorisme et l’innovation ont été ses promoteurs les plus efficaces.

Automne 2001. Les attentats contre le World Trade Center entraînent une prolifération des fichiers de sûreté. Au même moment, une poignée de génies de l’informatique, dont Mark Zuckerberg, futur patron de Facebook, cogitent sur l’internet du futur, tandis que les ingénieurs d’Apple et autres Nokia planchent déjà sur les téléphones intelligents. Dix ans plus tard, des milliards de données personnelles ont été engrangées au nom des impératifs de sécurité et de la loi du marché. Stockés dans les ordinateurs des commissariats, des services de renseignement et des entreprises high-tech : échantillons ADN, empreintes numérisées, photographies, noms, prénoms, adresses, tailles, poids, goûts… "Aujourd’hui, tout le monde est fiché au moins une fois quelque part, s’insurge Alex Türk, ex-président de la Cnil. Sans qu’on sache où, ni pourquoi, ni combien de temps."

673 000 caméras sur tout le territoire

Le nouveau Big Brother a mille visages. La vidéosurveillance, d’abord : 673 000 caméras sur tout le territoire (voie publique, commerces, gares, stations de métro, entreprises, etc.), selon le ministère de l’Intérieur. A Valenciennes (Nord), les policiers n’ont même plus besoin de descendre dans la rue pour verbaliser. Les plaques d’immatriculation sont identifiées par caméra et le PV envoyé automatiquement au domicile de l’automobiliste. Et ce n’est qu’un début. La police réfléchit à un fichier qui classerait les images de vidéosurveillance via un système de reconnaissance faciale. Il suffira que l’infraction et le suspect soient filmés pour que le logiciel puisse comparer avec les faciès répertoriés. L’outil proposera alors une liste de suspects potentiels, par ordre de ressemblance.

Les forces de l’ordre ont aussi des "oreilles" : les 63,8 millions de mobiles français. Dans les enquêtes judiciaires, une fois obtenue la commission rogatoire, les policiers n’ont plus qu’un code à entrer sur leur table d’écoute pour espionner les conversations du suspect. Les citoyens "irréprochables" ne sont pas à l’abri, eux, d’une surveillance dite "administrative". Ils se retrouvent alors dans la ligne de mire de la Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI), née de la fusion des RG et de la DST. Un épiphénomène ? Pas vraiment. En 2010, le gendarme des écoutes, la Commission nationale de Contrôle des Interceptions de Sécurité (CNCIS) a validé près de 6 000 "interceptions de sécurité" (mises sous surveillance à la demande du gouvernement de lignes mobiles, filaires ou internet) : 18% de plus que l’année précédente ! Sans compter les interceptions non validées par la CNCIS, comme on l’a vu dans l’affaire des fadettes des journalistes du "Monde".

Un quart des fichiers de police n’ont pas d’existence légale

Et puis il y a les fichiers de police, de plus en plus nombreux (37 en 2007, 58 aujourd’hui). D’après un rapport parlementaire, un quart n’ont pas d’existence légale. "Le hic, c’est que cette multiplication entraîne des doublons et accroît le risque d’erreurs, notamment les noms mal orthographiés", dit un spécialiste de la sûreté. Sans parler de l’usurpation d’identité qui frappe 210 000 personnes chaque année. Une loi en cours d’adoption vise, elle, à créer une carte d’identité biométrique où seront stockées toutes les informations du détenteur, que ce soit son état civil ou ses empreintes digitales. En clair, le premier fichage intégral de la population.

Une nouvelle race de mouchards prolifère 

Mais l’espion le plus redoutable n’est pas forcément l’Etat. Une nouvelle race de mouchards prolifère : les "mini-Big Brothers", pour reprendre le terme d’Alex Türk. Minuscules, indécelables, invisibles à l’œil nu. Ces nanotechnologies sont les nouveaux joujoux des entreprises 2.0. Il s’agit des puces électroniques que l’on trouve dans les cartes et, surtout, des logiciels des téléphones new age. Ils permettent de connaître en temps réel la position exacte d’un individu grâce à son portable, le plus redoutable des délateurs. MapMyMobiles, de la société MappingControl, propose par exemple aux parents inquiets de "savoir à tout moment où est son ado". Une version existe pour les employeurs : des boîtiers GPS placés discrètement dans les voitures de fonction suivent à la trace les employés. Mais c’est avec les réseaux sociaux que le néo-Big Brother est le plus pernicieux. Celui-là est jovial, amical, égotique. Il propose aux citoyens de se ficher eux-mêmes…[...]

Tristan Berteloot, Jérôme Hourdeaux et Boris Manenti - Le Nouvel Observateur

Fichage : Que dit la loi ?

Le fichage est encadré par la loi du 6 janvier 1978, dite "Informatique et libertés". Sauf dérogations, les fichiers ne peuvent être créés sans être déclarés auprès de la Cnil, qui peut contester leur légalité. La collecte de données privées est soumise à la publication de conditions générales d’utilisation. Les citoyens répertoriés doivent être informés sur la collecte et l’usage de leurs données personnelles. Ils peuvent aussi les consulter, les rectifier ou les supprimer, si besoin en adressant une plainte à la Cnil. Selon l’Association française des Correspondants à la Protection des Données à Caractère personnel (AFCDP), 82% des entreprises et administrations ne respectent pas les obligations prévues par la loi.

Quelques chiffres

- Le fichier de police Stic recensait 6,2 millions de noms fin 2010 et 41 millions de faits
- Le fichier national des empreintes génétique (Fnaeg) avait stocké 1,2 millions de profils fin 2010
- Le Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) répertoriait 3,6 millions d’individus début 2011
- En 2010, gendarmes et policiers ont procédé à 43.000 écoutes téléphoniques, soit 65% d’augmentation en 4 ans
- Claude Guéant s’est fixé l’objectif de 45.000 caméras de surveillance en France d’ici fin 2011
- La Cnil a totalisé 1,3 millions de fichiers déclarés fin 2009 contre 650.000 en 1999
- Chaque année près de 70.000 nouveaux fichiers sont déclarés auprès de la CNIL
- La France comptait 38,23 millions d’internautes début 2011. 20 millions sont inscrits sur les réseaux sociaux
- Les Français passent en moyenne 5 heures par mois sur les réseaux sociaux, 2 fois plus qu’il y a 2 ans
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 25 Déc 2011, 17:51

Un flic pourfend le système

Ce jeudi 20 octobre, le Tribunal administratif se penchera sur le cas du commandant Philippe Pichon, exclu de la police nationale le 20 mars 2009 par arrêté de la ministre de l’époque Michèle Alliot-Marie, pour avoir évoqué plusieurs pratiques illicites en vigueur dans la police. Et en particulier pour avoir osé dénoncer les dysfonctionnements du Système de traitement des infractions constatées (STIC).

Pichon, qui entend bien retrouver tous ses droits, conteste le bienfondé de l’arrêté ministériel. Et la juridiction administrative lui a, dans un premier temps, accordé le bénéfice du doute en ordonnant sa réintégration provisoire ; dans l’attente de cette audience de jeudi, consacrée au fond du dossier.

Outre un essai décapant publié en 2007 chez Flammarion, “Journal d’un flic”, son administration lui reproche surtout d’avoir mené campagne contre ce STIC. Véritable “casier judiciaire bis” truffé d’erreurs et de données obsolètes, et dans lequel un certain nombre de policiers viennent piocher des infos en dehors de tout cadre légal. Le STIC fiche pas moins de 5 millions de suspects et 28 millions de victimes, soit plus de la moitié de la population française.

Après avoir plusieurs fois alerté sa hiérarchie, en vain, sur ces dysfonctionnements, ayant même “évoqué la possibilité de s’en ouvrir à la presse ou dans un cadre universitaire“, Philippe Pichon aurait confié les fiches STIC de Jamel Debbouze et Johnny Halliday à un journaliste qui les lui avait demandées afin d’en démontrer le peu de sérieux – c’était dans la foulée du scandale autour du fichier EDVIGE. Et le site Bakchich.info les publia dans un article intitulé “Tous fichés, même les potes de Nicolas Sarkozy“.

Traçabilité de l’approximation

Si le STIC se révèle une encyclopédie de l’approximation et de l’erreur policière, cependant, il était déjà interconnecté à un dispositif permettant de tracer l’accès à ses registres. Permettant alors d’identifier pas moins de 610 fonctionnaires ayant interrogé le STIC au sujet de Djamel et 543 au sujet de Johnny. 24 fonctionnaires ayant imprimé la fiche de l’humoriste et 16 celle du chanteur. L’épisode avait entraîné l’ouverture d’une autre procédure, pour violation du secret professionnel, confiée elle à un juge d’instruction.

Qui reçut des explications claires de Philippe Pichon, vite suspecté. Celui-ci expliqua son “geste citoyen” en raison des nombreux dysfonctionnements du STIC, au sujet desquels il avait plusieurs fois alerté sa hiérarchie, en vain. Dans son ordonnance de renvoi, qu’OWNI a pu consulter, le juge écrit d’ailleurs que le fichier :

a été unanimement critiqué et l’est encore notamment par la CNIL qui avait relevé de singulières défaillances et avait émis 11 recommandations (…) Il appartiendra au Tribunal de se prononcer en tant que Juge du fond sur la légalité de l’acte administratif réglementaire ayant présidé à la création du STIC.

Le renvoi de Philippe Pichon devant le Tribunal correctionnel, pour violation du secret professionnel, accès frauduleux à un système automatisé de données et détournement d’informations à caractère personnel, a quant à lui été fixé au 22 mai 1012. C’est là que, par souci de cohérence, les magistrats pourraient se pencher sur la légalité du STIC.

D’ici là, il semble peu probable que le Tribunal administratif prenne le risque, ce jeudi, de confirmer l’expulsion du commandant Pichon. Lequel pourrait bien être traité en héros, au mois de mai, lorsque le débat portera sur le sérieux et la légalité de ce STIC.

Créé en 1994, légalisé en 2001, le STIC a fonctionné en violation de la loi informatique et libertés pendant six ans. Lorsque la CNIL fut enfin autorisée à le contrôler, ses découvertes la conduisirent “à faire procéder dans 25 % des cas à des mises à jour, ou même à la suppression de signalements erronés ou manifestement non justifiés” :

Par exemple, une personne signalée par erreur comme auteur d’un meurtre, ou encore un enfant de 7 ans signalé dans le STIC pour avoir jeté des cailloux sur un véhicule…

En 2008, la CNIL constata un taux record de 83% d’erreurs dans les fiches STIC qu’elle fut amenée à contrôler. Et, au terme d’une enquête approfondie de plus d’un an, la CNIL estima que plus d’un million de personnes, blanchies par la justice, étaient toujours fichées comme suspectes dans le STIC…

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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 26 Déc 2011, 20:39

Toujours plus gros, les fichiers de police sont incontrôlables Laurent Borredon 22.12.11 | 15h46

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Les fichiers de police sont comme les jardins : il faut les entretenir. Voilà tout le défi auquel ont bien du mal à faire face les ministères de l'intérieur et de la justice, à lire le rapport d'information des députés Delphine Batho (PS, Deux-Sèvres) et Jacques-Alain Bénisti (UMP, Val-de-Marne), déposé mercredi 21 décembre. Car le jardin est luxuriant : de 58 fichiers en 2009, on est passé à 80 en 2011, dont 45 % attendent d'être légalisés (ils n'étaient que 27 % dans l'attente en 2009). Et le nombre de personnes fichées ne cesse d'augmenter : le système de traitement des infractions constatées (STIC), grand fichier judiciaire, est passé de 3,96 millions de mis en cause en 2009 à 6,5 millions en 2011, et de 28 millions à 38 millions de victimes. Le fichier des empreintes génétiques (FNAEG), de 800 000 à 1,79 million sur la même période.

ILLÉGALITÉ ET MANQUE D'ENCADREMENT, DE CONTRÔLE, DE MOYENS

Les deux parlementaires sont des récidivistes. En 2009, leur premier texte avait fait date. Ils y critiquaient durement le manque d'encadrement, de contrôle, de moyens, et tout simplement l'illégalité de certaines bases de données. Ils y émettaient également une soixantaine de recommandations. Deux ans plus tard, 60% des mesures proposées n'ont pas été prises en compte. Et pas des moindres. La proposition de loi qui avait suivi le premier rapport sur l'encadrement législatif des fichiers a été enterrée.

Autre point noir majeur, les fichiers d'antécédents judiciaires de la police et de la gendarmerie. "Les recommandations sont, à de rares exceptions près, restées lettre morte", regrettent les auteurs du rapport. Ainsi du STIC : "Le flux entrant est mieux mis à jour, juge la députée des Deux-Sèvres, mais pas l'arriéré". De nombreuses fiches erronées vont ainsi être transférées dans le nouveau fichier commun police-gendarmerie, qui doit être prochainement mis en place.
Surtout, le mode d'apparition des fichiers n'a pas changé. Ils sont d'abord créés, développés, puis le ministère se préoccupe de fournir un cadre réglementaire à ces acronymes exotiques. Gesterex (terrorisme et extrémismes violents), Octopus (taggeurs), Corail (police judiciaire), etc. attendent l'arrêté ou le décret qui les régularisera.

Il existe un bon exemple des péripéties des fichiers judiciaires et de police : le FIJAISV, fichier judiciaire automatisé des auteurs d'agressions sexuelles et violentes, créé en 2004. Après plusieurs affaires de viols commis par des récidivistes en 2003, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, avait souhaité qu'à l'issue de sa peine, le violeur soit "obligé de pointer dans un commissariat, de signaler un changement de domicile". Tollé des magistrats, réticences des sénateurs. Un fichier est néanmoins créé par la loi Perben 2.

FAILLE JURIDIQUE

Sept ans plus tard, le fichier réunit 54 900 personnes, qui doivent justifier régulièrement de leur adresse, en fonction de la gravité des faits. Et comme souvent avec les fichiers, les critères d'inscription ont été élargis progressivement – dans ce cas, à tous les crimes graves. Il mêle donc aujourd'hui un grand nombre de situations, que les forces de l'ordre ont le plus grand mal à hiérarchiser : elles reçoivent, par mois, 2 500 alertes de non justification de domicile des personnes inscrites au fichier. "Trop nombreuses, [les alertes] motivent insuffisamment les services locaux de police et de gendarmerie qui doivent établir la nouvelle adresse du délinquant", notent les rapporteurs.

Quant aux délinquants les plus dangereux, qui devraient chaque mois se rendre au commissariat, une faille juridique empêche leur contrôle : il faut que le suivi soit expressément mentionné dans le jugement, ce que les magistrats oublient de faire. Aujourd'hui, seuls deux personnes fichées sont concernées… Autre bug : 9 000 personnes échappent au contrôle car il ne leur a jamais été notifié.

Dans plusieurs affaires récentes de viols, l'auteur était ainsi inscrit au FIJAISV, et en défaut de justification de domicile. Le rapport décrit le "découragement des forces de l'ordre" qui se retrouvent mises en cause lorsque ce type d'incidents est révélé au grand public. Et Delphine Batho de conclure : "Plutôt que de créer des nouveaux fichiers, comme la base de données de reconnaissance faciale que certains proposent, il vaudrait mieux travailler] à la modernisation des outils existants."

Interrogations à propos du fichier sur les Roms

Les deux rapporteurs ont tenté de trouver le fichier MENS (minorités ethniques non sédentarisées) recensant les Roms interpellés, dont Le Monde du 8 octobre 2010 avait révélé l'existence. Et ils ont bien déniché un fichier similaire à celui que nous avions reproduit.

Les chiffres sont les mêmes, mais, dans l'intitulé, il n'est plus question de "Roms", mais d'"étrangers". Dans le rapport, Delphine Batho (PS) se dit donc "persuadée qu'un fichier MENS a existé (…) et demeure troublée par certains éléments" – notamment des espaces suspects qui pourraient laisser penser que l'intitulé a été modifié a posteriori. Surtout, elle "déplore" la "persistance de mentions ethniques dans certains fichiers de la gendarmerie nationale".

Jacques-Alain Bénisti (UMP), lui, se dit "pleinement convaincu par les explications fournies" par les gendarmes. Une procédure judiciaire est en cours, à la suite de la plainte de quatre associations.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede spleenlancien » 27 Déc 2011, 21:18

Faut être abonné à Mediapart, Nico pour lire le lien. :siffle:
Sinon :
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http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/ ... spiration/
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Re: Veille des outils de répression

Messagede ivo » 28 Déc 2011, 17:24

l'usage militaire et autre du son est étudié depuis plus d'un siecle.
la reponse sur les effets secondaires est aussi immonde que d'habitude.
.^o GRAVOS MC ° SC1 ° SC2
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 31 Déc 2011, 19:06

Le grand bazar des fichiers de police

Un rapport parlementaire estime que 45 % des fichiers utilisés par les forces de l'ordre sont illégaux. L'informatisation des données crée de nombreuses difficultés.

Les fichiers de la police recensent une partie de plus en plus importante de la population. Ils suscitent des interrogations tant sur leur efficacité que sur le droit « informatique et libertés ».

Corail, Octopus, Lupin… Les fichiers de la police et de la gendarmerie portent parfois de jolis noms. Mais s'ils se développent à toute vitesse, recensant une partie de plus en plus importante de la population, ils suscitent de nombreuses interrogations, tant du point de vue de leur efficacité que de celui du droit « informatique et libertés ». C'est le sens du rapport parlementaire présenté il y a quelques jours par les députés Delphine Batho (PS) et Jacques-Alain Bénisti (UMP).

Les deux parlementaires avaient déjà pondu un premier rapport au vitriol en 2009 (voir l'interview de D. Batho sur Le Monde.fr), pointant notamment le manque de moyens, de contrôle, et l'illégalité de certains fichiers. Le texte avait été suivi d'un projet de loi qui devait donner au Parlement un rôle prééminent dans la création de ces fichiers ainsi qu'une soixantaine de recommandations. Deux ans plus tard, 60 % des recommandations n'ont pas été suivies. Quant au projet de loi, il n'a pas suscité l'enthousiasme du gouvernement et a été abandonné.

Nombreuses erreurs

Pendant ce temps, le nombre de fichiers recensés n'a cessé de croître. Ils étaient 58 en 2009 et atteignent aujourd'hui le chiffre coquet de 80. Si un important travail de mise aux normes a été entrepris, 45 % d'entre eux sont toujours dans l'illégalité, n'ayant fait l'objet d'aucune déclaration auprès de la Cnil ou attendant encore le décret qui les régularisera. Un phénomène qui tient au mode d'apparition de ces bases de données. D'abord elles sont créées, puis le ministère se préoccupe de leur fournir un cadre réglementaire, explique le rapport.

Bien sûr, nombre de ces fichiers constituent des outils indispensables au travail des enquêteurs, mais ils s'apparentent également à une véritable jungle que les ministères de la Justice et de l'Intérieur, à en croire les deux rapporteurs, peinent à maîtriser.

Parmi les points noirs figurent les fichiers des antécédents judiciaires. Ainsi le fichier Stic (Système de traitement des infractions constatées), l'un des plus importants fichiers judiciaires, regroupe 6,5 millions de personnes mises en cause et 38 millions de victimes. Problème, celui-ci comporterait de nombreuses erreurs. En 2009, une enquête de la Cnil avait révélé que « seules 17 % des fiches de personnes comportaient des données tout à fait exactes ». Or, ce fichier devrait, en 2012, être fusionné avec celui de la gendarmerie au sein d'une nouvelle base de données.

En l'absence de nettoyage complet, des données fausses seront immanquablement transférées. Et, cerise sur le gâteau, savoir si l'on figure sur un fichier d'antécédents judiciaires relève d'une procédure particulièrement complexe. « La Cnil évalue le délai moyen de réponse à un an lorsque la personne est effectivement inscrite dans un fichier », indique le rapport.

Pannes de réseau

Autre dysfonctionnement, le Fijaisv (fichier judiciaire automatisé des auteurs d'agressions sexuelles et violentes). Il assure un suivi automatisé et individualisé des auteurs de violences sexuelles condamnés par la justice, qui sont soumis par la loi à des obligations variables de justification d'adresse. Celui-ci est utilisé quotidiennement par les services de police et de gendarmerie dans le cadre d'enquêtes portant sur des crimes et délits à caractère sexuel, afin de faciliter l'identification de leurs auteurs. Si les députés n'en contestent pas l'utilité, ils pointent la lourdeur de son utilisation.

En cause, l'extension progressive des critères d'inscription à d'autres auteurs de violences. On compte aujourd'hui 54 900 personnes. Mais le mélange d'un grand nombre de situations différentes pose des problèmes de hiérarchisation. Chaque mois, les forces de l'ordre reçoivent 2 500 alertes de non-justification de domicile. En outre, 9 000 personnes inscrites n'ont jamais reçu leur notification et échappent donc au contrôle. « Le contrôle social exercé par le fichier est de fait un contrôle discontinu, même si certains délinquants sexuels sont soumis à des obligations plus fortes que d'autres », note le rapport, tout en précisant que ce fichier « est à l'origine d'un malaise certain au sein des forces de l'ordre », celles-ci vivant mal d'être mises en cause par le grand public lorsqu'il est révélé que l'auteur d'un viol était inscrit au Fijaisv et en défaut de justification de domicile.

Selon le rapport, un important travail a néanmoins été effectué ces dernières années, notamment en lien avec la Cnil. Mais la rencontre du fichage, activité policière aussi taboue qu'ancestrale, avec l'ère numérique n'a pas fini de lancer des défis. Outre la question des libertés individuelles, la modernisation pourrait aussi buter sur des contingences techniques et de moyens. Pointant « l'obsolescence du réseau » de la police, sujet « à de fréquentes coupures », les députés notent que ces dernières peuvent parfois paralyser le système informatique « pendant plusieurs jours ». De quoi réveiller la tentation des vieilles fiches cartonnées.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 01 Jan 2012, 21:07

Fichage, rafles, camps : les racines policières du 17 octobre 1961

Qu'est-ce qui a rendu possible l'explosion des violences policières du 17 octobre 1961 ?

Dans son livre qui vient de paraître, La Police parisienne et les Algériens (1944-1962 (Nouveau monde, 2011), l'historien Emmanuel Blanchard, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), prend à bras-le-corps cette question en décrivant l'emprise policière sur les
Algériens émigrés en métropole après la Seconde Guerre mondiale.

Pour comprendre ces exactions sauvages, il élargit le regard aux deux décennies antérieures et analyse, grâce à un travail d'archives fouillé, la manière dont les pratiques des fonctionnaires chargés de la sécurité ont contribué à la création d'un « problème nord-africain ».

Sa quête l'a conduit principalement aux Archives de la préfecture de police et au Centre historique des archives nationales, où se trouvent les dossiers du ministère de l'intérieur. Elle est d'autant plus intéressante qu'elle témoigne du rapport établi avec une population aux marges du national.

Car, à la Libération, les colonisés algériens acquièrent un nouveau statut. Ils deviennent, dans la terminologie administrative, des «Français musulmans d'Algérie». Autrement dit, pas des Français comme les autres, mais privilégiés par rapport aux immigrés de nationalité étrangère.

Juridiquement, entre 1947 et 1962, en métropole, ils sont considérés comme des citoyens de plein droit. Ils peuvent circuler sans passeport et n'ont pas besoin d'autorisation pour s'installer, à la différence des étrangers et même d'autres sujets de seconde zone, comme les ressortissants marocains et tunisiens, sous protectorat français.

Surtout, ils deviennent – les hommes tout du moins – des électeurs, même si tout est fait pour les contenir au plus bas de l'échelle sociale. La loi décisive date du 20 septembre 1947, son article 3 établissant l'égalité des droits. À cette occasion, le texte confirme le rétablissement de la liberté de passage par bateau et avion accordée au printemps 1946. La concurrence entre les compagnies privées fait baisser les prix et les «indigènes», attirés par la plus grande liberté et le
besoin de main-d'œuvre au nord, affluent.

Aussi utiles soient-ils à l'économie, les émigrés arrivés par milliers ne sont pas pour autant accueillis à bras ouverts.

Au milieu des années 1950, ils sont entre 250.000 et 300.000 à vivre en métropole. Peu de femmes parmi eux. Massivement illettrés, jeunes, ils occupent principalement des métiers de manœuvres et d'OS ou sont sans emploi. Ils font partie d'un sous-prolétariat traditionnellement pourchassé par les forces de l'ordre.

« Il me serait agréable que certains mots, tels “bicots”, “ratons”, soient proscrits »

Après la guerre, l'égalité dont ils sont censés bénéficier s'accompagne de la suppression de la Brigade nord-africaine (BNA). Mélangeant contrôle social et policier, ce service, créé dans les années 1920 pour surveiller les émigrés d'Afrique du Nord, avait été décimé lors de l'épuration, des représentants de la direction des étrangers ayant collaboré avec le régime nazi.

La consigne, donc, est de traiter les nouveaux Français comme des Bretons ou des Auvergnats. Cela désarçonne les gardiens de la paix, qui doivent composer avec des personnes que tout désigne comme étrangers, du parler à la religion, en passant par la culture et la pauvreté, mais qu'ils peuvent moins facilement ficher à la suite de la suppression de l'obligation de détenir une carte d'identité.

« D'une certaine façon, estime l'historien, la police se trouvait face à une population qu'elle considérait comme allogène et qui avait cependant le droit de vivre littéralement “sans papiers” sur le territoire métropolitain (...). Elle était notamment privée de ses moyens de pression habituels sur les étrangers, en particulier les procédures d'expulsion, pour ceux coupables d'activisme politique, et de refoulement, pour les nécessiteux ou autres “inadaptés” qui ne répondaient pas aux besoins de l'économie. »

Les tentatives de contournement de cet état de fait se lisent dans les documents officiels de l'époque emplis de stéréotypes. Citons le préfet Roger Léonard, dans une lettre au ministre de l'intérieur en 1948: « La question se pose de savoir s'il est opportun de laisser venir dans la région parisienne un nombre toujours croissant d'indigènes que le désœuvrement conduit à vivre de rapines et d'expédients. Il semble que l'on pourrait limiter ce droit aux seuls travailleurs nantis d'un contrat de travail régulier dont le logement serait assuré. »

Ou encore le directeur de la police judiciaire en 1947: « Des camps pourraient être aménagés afin de recevoir les Nord-Africains qui auraient attiré l'attention de nos services avant leur rapatriement. Il est évident que seraient a fortiori dirigés sur ces camps les Nord-Africains condamnés à la suite d'une infraction quelconque. »

Les usages linguistiques au sein de la police, teintés de racisme, ne suivent pas non plus les évolutions juridiques, comme l'indique en creux Edmond Naegelen, gouverneur général de l'Algérie en 1950: « Il y aurait intérêt, lorsqu'il s'agit de citoyens français musulmans, à proscrire l'expression “indigène” à laquelle les intéressés attachent un sens péjoratif qui blesse leur susceptibilité. Vous voudrez bien, en conséquence, donner à vos services toutes instructions utiles à ce sujet. »

En 1951, le directeur de cabinet du préfet Jean Baylot: « Il me serait agréable que certains mots, tels “bicots”, “ratons”, etc., soient définitivement proscrits du vocabulaire des gardiens et de tout le monde. »

« Même faites comme elles le sont généralement, les rafles sont utiles »

Au-delà des mots, les corps sont pris pour cible. Les Français d'Algérie sont particulièrement victimes de violences policières. Emmanuel Blanchard souligne que les coups et passages à tabac par les policiers, entravés dans leur rôle de contrôle des papiers d'identité, leur donnent l'impression de «surmonter leur impuissance face au nombre et à la pauvreté» de ces hommes.

Technique utilisée de longue date contre les prostituées et les homosexuels, des rafles sont organisées, moins pour effectuer des reconduites à la frontière que pour mettre en scène le pouvoir policier, autrement dit signifier la force de l'État en faisant peur. À lire dans un manuel de police de 1946, le bénéfice (pour l'institution) d'une méthode utilisée aujourd'hui contre les sans-papiers:

« La rafle est une opération de grande envergure dont l'objet est de déceler inopinément, à un endroit fixé, dans la rue ou dans un établissement public, la présence de malfaiteurs ou de suspects (...).
Même faites comme elles le sont généralement, les rafles sont utiles. Elles ont un effet psychologique indéniable sur le public et sur le malfaiteur. »

Au final, l'insertion dans le droit commun ne dure pas. Dans le but de contrer le nationalisme algérien et en réaction à la guerre d'indépendance, dont la métropole devient l'un des théâtres, des dispositions spécifiques sont réintroduites, ainsi en matière de droit à circuler et d'obligation d'identification. En octobre 1955, le décret de la création de la carte nationale d'identité est ainsi principalement pris à des fins de contrôles des « FMA » .

Les statistiques policières recourent ouvertement à des catégories ethniques proscrites juridiquement et les émigrés algériens sont fichés Dans le même temps, la rébellion s'intensifie. Et le bras de fer est recherché par les indépendantistes. Le plus souvent interdites, les nombreuses manifestations du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), vitrine du Parti du peuple algérien (PPA), sont pensées comme autant de défis à l'ordre colonial.

Quels que soient leurs engagements syndicaux (à la CGT) ou partisans (au PCF), certains n'hésitent pas à se confronter aux forces de l'ordre. À partir de 1951, « chaque défilé était l'occasion d'escarmouches et les représailles sanglantes exercées par les policiers parisiens en mai 1952 ne diminuèrent pas l'ardeur des nationalistes algériens » .

La manifestation du 14 juillet 1953, place de la Nation, au cours de laquelle la police, pour la première fois depuis 1937, ouvre mortellement le feu sur des participants, reste encore « portée disparue » en raison des lacunes historiographiques et des « méandres de la mémoire » . De même qu'il donne des pistes pour mieux décrypter cette journée, Emmanuel Blanchard en raconte une autre, également déterminante, celle de l'émeute du 30 juillet 1955 dans le «g hetto » de la Goutte d'Or.

« Le “Nord-Af”, c'est tout ce qui vit sans vivre, tout ce qui travaille sans travail »

Au tournant de l'année 1958, marquée par la chute de la IVe République et l'adoption de la constitution d'octobre, la police parisienne est visée par les attaques de l'Organisation spéciale et des groupes armées du FLN. La lutte contre les nationalistes devient l'objectif principal assigné aux agents de la préfecture, tandis que s'engage une politique « d'élimination des indésirables » fondées sur des techniques particulièrement répressives.

Un extrait d'un reportage de Paris Match, d'août 1955, est révélateur de la représentation des émigrés algériens: « Dans la lumière de l'émeute, un personnage se levait, efflanqué, flottant dans ses vêtements bigarrés, et laissant après lui une ombre famélique sur le pavé des banlieues: le Nord-Africain (...). Le mot a presque perdu son sens ethnique ou géographique à force d'assumer la pauvreté, le chômage, et l'opprobre. Le “Nord-Af”, c'est tout ce qui vit sans vivre, tout ce qui travaille sans travail, tout ce qui est sans être. »

Perçue comme misérable, cette population est dans le même temps criminalisée: la hiérarchie policière, n'hésitant pas à manipuler les statistiques pour rendre indispensable l'accroissement de son champ d'action, adapte son répertoire. De 1958 à 1962, « suspects » et autres « indésirables » sont de plus en plus souvent sanctionnés sans qu'aucune décision de justice intervienne.

Longtemps impraticables, les expulsions sont rendues possibles. Des camps d'internement sont ouverts. Plusieurs dizaines de milliers d'Algériens y passent de longs mois, voire des années. Les arrestations collectives se multiplient au point qu'à la fin de l'été 1958, la préfecture obtient la mise en place de « centres de triage » provisoires en plein Paris.

Selon l'expression du philosophe Michel Foucault, tout un « archipel carcéral » prend forme. La nomination de Maurice Papon comme préfet de police le 15 mars 1958 accélère le mouvement. C'est au « Vél d'Hiv » que sont gardés pour être fichés des milliers d'émigrés, au lendemain de la vague d'attentats dans la nuit du 24 au 25 août 1958.

Un centre « d'identification » est installé dans la foulée au bois de Vincennes, à l'emplacement actuel du centre de rétention administrative (CRA) où sont enfermés les sans-papiers en instance de reconduite à la frontière.

Avec la création au début de l'année 1960 de la Force de police auxiliaire à Paris, structure aux méthodes militaires constituée d'Algériens opposés au FLN, la guerre en Algérie traverse la Méditerranée. Le terrain d'une « bataille de Paris » se prépare. Les actes de torture ne restent plus l'apanage des forces de l'ordre au sud. « La psychose qui s'empara des policiers du fait du nombre important de leurs collègues tués ou blessés par des Algériens, conjuguée à un répertoire
d'action qui, de longue date, autorisait l'usage des armes à feu à l'encontre des populations colonisées favorisèrent la multiplication des assassinats légaux d'Algériens » , indique l'auteur.

C'est dans ce cadre que Maurice Papon lance, à l'automne 1961, la guerre contre le FLN en vue de son démantèlement, avec l'accord du général de Gaulle. Devant des gardiens de la paix, le 3 octobre, le préfet déclare :
«Vous êtes en état de guerre, les coups il faut les rendre (...). Tirez les premiers, vous serez couverts, je vous en donne ma parole. »
Difficile de concevoir permis de tuer plus explicite.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede spleenlancien » 02 Jan 2012, 18:37

USA/GB : Fusils-lasers anti-émeutes

Le ministère américain de la justice travaille sur de nouvelles armes dérivées de l’Active Denial System de l’Air Force, en vue d’en équiper les forces de police. L’une d’elles est le fusil-laser, le PhaSR qui à la fois éblouit mais expose aussi à un rayon infrarouge qui brûle la peau. De ce point de vue, il est plus pratique que la version micro-ondes, même si ce dernier pénètre mieux les vêtements.

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Suite aux émeutes de l’été dernier en Grande-Bretagne, les Britanniques ont activé de leur côté le développement d’un fusil laser qui peut projeter un mur de lumière et aveugler temporairement un groupe d’émeutiers. Ce laser, qui ressemble à un fusil et s’appelle SMU 100, peut étourdir et incapaciter des cibles jusqu’à 500m avec un mur de lumière de 3m² équivalent à la lumière du soleil. Il coûte 25.000£ et intègre une lunette infrarouge pour détecter les émeutiers dans l’obscurité.
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Modèle du fusil-laser SMU-100


http://www.secoursrouge.org/USA-GB-Fusi ... ti-emeutes
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 22 Jan 2012, 03:55

Un détenu étiqueté «ultra-gauchiste» à la prison de Seysses

JUSTICE. Dérive autoritaire inquiétante, en tremble la députée européenne EE-LV Catherine Grèze. J'en ai la chair de poule». «C'est ahurissant», s'insurge M° Christian Etelin.
L'appartenance supposée à «l'ultra gauche» d'un délinquant présumé défendu par cet avocat est mentionnée en toutes lettres sur l'ordonnance qui le place en détention provisoire à la maison d'arrêt toulousaine de Seysses.

Là n'est toutefois pas le motif de la détention dudit présumé délinquant. Ce garçon est d'abord soupçonné d'avoir mis à sac les locaux de la Protection Judiciaire de la Jeunesse à Labège le 5 juillet dernier avec trois autres jeunes gens. Ce que tous les quatre nient. L'un de ces jeunes gens vient d'ailleurs d'être libéré.

Condamnant «fermement» l'acte de vandalisme en lui-même, l'élue écologiste se garde bien de se prononcer sur le fond quant à la culpabilité réelle ou supposée du détenu étiqueté gauchiste. Elle dit juste ne pas comprendre qu'un engagement militant figure sur un document signé par un juge.

En fait, la mise-à-sac de Labège ayant été considérée à l'instruction comme un acte militant, l'appartenance supposée à cette mouvance a été entendue comme un facteur de «risque de réitération» justifiant la détention du gauchiste en question.

«Je crains qu'il ne s'agisse une nouvelle fois d'un délit d'opinion flagrant », reprend Catherine Grèze. Avant d'en saisir éventuellement la Cour européenne des droits de l'homme, elle a adressé mercredi 18 janvier une lettre pleine d'interrogations au Garde des Sceaux.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 22 Jan 2012, 17:09

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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 28 Jan 2012, 12:16

La France monte sur le podium des demandeurs d'identification d'internautes à Google

Les demandes françaises de renseignements sur les utilisateurs adressées à Google sont en augmentation. C'est ce qui ressort du dernier rapport produit par Google sur les demandes de suppression de contenu et les demandes de renseignements. Les requêtes françaises ont bondi de 27 % par rapport à la période précédente, faisant de la France le troisième pays le plus actif dans ce domaine.


Quatre mois après la précédente édition, Google a mis en ligne la nouvelle version de son rapport sur la transparence, qui permet à chacun de découvrir l'activité de tous les pays en matière de demandes de suppression de contenu ou de demandes de renseignements sur les utilisateurs, lorsqu'il s'agit des services de la firme de Mountain View. La France monte sur le podium demandes de renseignements, derrière les États-Unis et l'Inde.

Les demandes d'identification en nette progression

Sur la période s'étalant de janvier à juin 2011, les autorités françaises ont déposé 1300 demandes de renseignements sur les utilisateurs. Cela représente une progression d'un peu plus de 27 % par rapport à la période de temps précédente (juillet à décembre 2010). Cette forte hausse permet à la France de passer de la cinquième à la troisième place dans le classement des pays produisant le plus de requêtes.

Si la France a connu une augmentation notable de ces demandes, cela ne signifie pas pour autant que Google suit le mouvement. Preuve en est, à peine 48 % des requêtes sont effectivement satisfaites, intégralement ou en partie. C'est un taux en diminution par rapport au semestre précédent, puisque Google avait répondu favorablement à 56 % des cas.

Ce pourcentage, déjà faible en soi, contraste très nettement avec ceux des autres pays du top 10 des pays les plus demandeurs de données personnelles. En effet, les taux des autres pays sont nettement plus élevés : 93 % pour les États-Unis, 70 % pour l'Inde, 64 % pour le Royaume-Uni, 67 % pour l'Allemagne, 60 % pour l'Italie, 87 % pour le brésil, 63 % pour l'Espagne et 73 % pour l'Australie. Seule la Pologne, dixième du classement, est à 11 %.

Faut-il y voir la démonstration que les requêtes des autorités françaises sont abusives et infondées ? Pour Google, chaque demande est en tout cas examinée afin de "s'assurer qu'elle est conforme à l'esprit et à la lettre de la loi". Et visiblement, une bonne moitié des requêtes adressées au géant de Mountain View n'est pas, de son point de vue, conforme à la législation.

La France plus mesurée pour la suppression des contenus

À la différence des demandes d'identification, les autorités françaises se montrent plus mesurées en matière de demandes de suppression des contenus. Pour la période allant de janvier à juin 2011, seules 9 requêtes ont été formulées. C'est 14 de moins qu'entre juillet et décembre 2010. Cependant, cela a concerné 250 contenus, soit 134 de plus qu'au semestre précédent.

Au total, 78 % des cas ont été effectivement satisfaits, partiellement ou totalement. C'est un chiffre beaucoup plus bas que le score très élevé atteint en 2010 : 96 %. Il s'agit principalement de contenus à caractère diffamatoire, avec 4 affaires portant sur la recherche web de Google, 2 affaires sur la plate-forme de blogs Blogger et 2 sur d'autres services. Un seul motif porte sur la confidentialité et la sécurité.

La quasi-totalité des requêtes a été produite par l'ordre judiciaire, via des ordonnances de tribunal. Seul le motif "confidentialité et sécurité" provient du pouvoir exécutif. Google précise par ailleurs "qu'une seule ordonnance de tribunal a entraîné la suppression de 180 éléments de Google Groupes, relatifs à un cas de diffamation à l'encontre d'un homme et de sa femme".

Sur la scène internationale, la France est loin d'être le pays le plus actif dans ce domaine. L'Hexagone se situe en effet en quatorzième position, derrière le Brésil, l'Allemagne, les États-Unis, la Corée du Sud, Taïwan, l'Inde, le Royaume-Uni, la Turquie, l'Italie, l'Argentine, l'Espagne, l'Australie et le Canada.
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Re: Veille des outils de répression

Messagede Nico37 » 29 Jan 2012, 12:03

Xavier Bertrand veut publier dans la presse le nom des fraudeurs aux allocations - 28/01/2012

La proposition a été émise discrètement par le ministre du Travail lors d'un déplacement dans les Vosges, jeudi 26 janvier : Xavier Bertrand aimerait que le nom des fraudeurs aux allocations sociales soit publié dans la presse. D'abord passée inaperçue, elle fait aujourd'hui bondir le Parti socialiste.

• Ce que Xavier Bertrand propose

"Je pense que tout jugement devrait entraîner la parution dans la presse de l'identité des fraudeurs et de la nature de la fraude. Pourquoi ? Parce que je veux un effet préventif pour dissuader les fraudeurs. Il ne s'agit pas d'être dur pour être dur, il s'agit tout simplement d'être juste. Notre système verse des allocations à ceux qui en ont besoin mais on ne peut pas avoir des gens qui contournent le système de protection sociale."

Une proposition qui intervient alors que le ministre avait annoncé à l'automne sa volonté de renforcer la lutte contre la fraude sociale. En novembre, Xavier Bertrand avait indiqué que ces fraudes représentaient un manque à gagner d'environ 4 milliards d'euros. Un chiffre quelque peu exagéré, comme l'avait remarqué 20 Minutes.

• Ce qu'on en pense au PS

Quoi qu'il en soit, la dernière proposition du ministre du Travail suscite l'ire du PS. Responsable du pôle social de la campagne de François Hollande, la députée Marisol Touraine déplore que "Xavier Bertrand invente les listes de la honte". Et d'estimer que"ces propos constituent une nouvelle étape dans la stigmatisation de tous ceux qui perçoivent des allocations, et donc dans la division des Français. (...) Des paroles consternantes sur le fond, et d'une extrême gravité dès lors qu'elles sont prononcées par un ministre de la République".

• Ce qu'on en pense à l'UMP

Interrogé par RMC, le député UMP Bernard Debré qualifie cette proposition d'"aberrante". "J'apprécie Xavier Bertrand mais cette proposition est inacceptable,ajoute-t-il. On commence par les fraudeurs puis ce sera au tour des voleurs de pain, de poules (...) Je ne pense pas que stigmatiser soit une solution judicieuse. Il est vrai qu'il faut faire la chasse aux fraudeurs mais aller jusqu'à publier leur nom il ne faut pas abuser ! Mais dans quel pays vit-on ? Il y a déjà la police et la justice pour condamner ces gens !"

Membre de la commission des Affaires sociales à l'Assemblée et déléguée générale de l'UMP, Valérie Rosso-Debord, contactée par FTVi, estime en revanche qu'une telle mesure pourrait avoir "un effet pédagogique". "Un fraudeur, c'est quelqu'un qui vole l'ensemble des Français. Il me semble donc assez cohérent que les Français en soient informés."
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