Sébastien Faure (entre autres) l’a bien résumée
"Les anarchistes n'accordent aucune efficacité à un simple changement dans le personnel qui exerce l'autorité. Ils considèrent que les gouvernants et les possédants, les prêtres et les moralistes sont des hommes comme les autres, qu'ils ne sont, par nature, ni pires ni meilleurs que le commun des mortels et que, s'ils emprisonnent, s'ils tuent, s'ils vivent du travail d'autrui, s'ils mentent, s'ils enseignent une morale fausse et de convention, c'est parce qu'ils sont fonctionnellement dans la nécessité d'opprimer, d'exploiter et de mentir.
Dans la tragédie qui se joue, c'est le rôle du gouvernement, quel qu'il soit, d'opprimer, de faire la guerre, de faire rentrer l'impôt, de frapper ceux qui enfreignent la loi et de massacrer ceux qui s'insurgent ; c'est le rôle du capitaliste, quel qu'il soit, d'exploiter le travail et de vivre en parasite ; c'est le rôle du prêtre et du professeur de morale, quels qu'ils soient, d'étouffer la pensée, d'obscurcir la conscience et d'enchaîner la volonté.
C'est pourquoi nous guerroyons contre les bateleurs, quels qu'ils soient, des partis politiques, quels qu'ils soient, leur unique effort tendant à persuader aux masses dont ils mendient les suffrages, que tout va mal parce qu'ils ne gouvernent pas et que tout irait bien s'ils gouvernaient."
Cette approche de la notion de pouvoir est difficile. Que tu en a été le témoin n’as rien d’étonnant. Le communisme a été ô combien fourvoyé lui aussi. Cela n’enlève rien à l’idée première. Mais elle a été fourvoyée parce qu’elle a donné le pouvoir. C’est pourquoi, à communisme, il faut ajouter libertaire.
"Les prolétaires, et plus largement les opprimé(e)s et les exploité(e)s, n'ont pas besoin de communistes, d'anarchistes ou de révolutionnaires pour se révolter et heureusement. Ni le fonctionnement de la Commune de Paris ni les soviets de Russie n'ont été théorisés avant d'exister "
Nous sommes d’accord. Le rôle du révolutionnaire est de proposer les outils et un parti n’est pas un outil dans une phase révolutionnaire. Nous avons besoin d’assurer le contrôle des moyens de production, d’assurer la distribution, etc... Nul spontanéisme là-dedans. Un programme n’apporte rien de plus, sinon que de dire ce qui est bon pour tous/tes.
Je suis le premier à regretter la confusion chez de nombreux anarchistes à ce sujet et la paresse intellectuelle qui consiste à dire "nous verrons bien". Cela fait le jeu de ceux qui, comme toi, disent "regardez comme les anarchistes sont désorganisés. Comment pourrait-on leur faire confiance ?"
Les contradictions au sein du mouvement anarchiste, si elles sont réelles, ne relèvent pas de faiblesses ou d’erreurs dans la pensée anarchiste elle-même. Elles relèvent d’oppositions plus triviales et , en tant que militant politique, tu dois comprendre cela et l’avoir déjà rencontré. Le/la militantE exemplaire n’existe pas plus que la société idéale sans problème.
Personnellement, et je ne parle qu’en mon nom sur ce forum, je m’opposerai, et combattrai avec la même vigueur la notion de parti que la notion d’état..
Autrement dit, comme individu, tu es un camarade. Comme militant d’un parti, tu deviens un adversaire.


