[AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

[AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

Messagede Antigone » 23 Juil 2009, 18:08

A moins d'un an de la Coupe du monde de football 2010, dont l'Afrique du Sud est l'organisatrice, les mouvements de protestation envers le gouvernement se font de plus en plus nombreux.

Pour la deuxième journée consécutive, des manifestations ont dégénéré en émeutes mercredi dans le township sud-africain de Thokoza, à Johannesburg, ainsi que dans plusieurs autres quartiers pauvres du pays.
Plusieurs milliers d'habitants de Thokoza défilaient pour réclamer davantage de services publics, de logements et d'emplois. Des manifestants ont jeté des pierres en direction de la police, qui a riposté par des tirs de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes.
Le mouvement de protestations a également gagné Meyerton, au sud de Johannesburg, où des habitants ont occupé des terres agricoles afin de protester contre leur expulsion de campements provisoires. Dans le township de Balfour, ville située à 80 km au sud-est de Johannesburg , des résidents ont menacé d'incendier des bâtiments municipaux si cent personnes arrêtées lors de manifestations, mardi, n'étaient pas libérées, rapportait Talk Radio 702.
Ces violences sont les plus graves depuis l'entrée en fonction début mai du président Jacob Zuma, alors que les mouvements sociaux et menaces sur le secteur industriel se multiplient ces derniers mois. Ce dernier pourrait avoir du mal à tenir ses promesses électorales d'aide aux plus pauvres, l'Afrique du Sud étant entrée dans sa première période de récession en dix-sept ans.

Ces émeutes rappellent les violences menées contre les immigrés africains l'an dernier, qui avaient fait 70 morts et provoqué la fuite de milliers d'autres. Le pays a annoncé qu'il allait dépenser près de 102 millions d'euros pour prévenir une hausse de l'immigration illégale, et que pour la première fois un visa spécial pour la Coupe du monde sera mis en place pour les supporteurs. Pour l'obtenir, chaque visiteur devra présenter le billet de son match, en plus de l'adresse pendant son séjour en Afrique du Sud et du billet de retour. De plus, le gouvernement affirme que la police d'immigration n'hésitera pas à effectuer des contrôles pour vérifier les adresses données.

Quinze ans après la fin du régime ségrégationniste, plus d'un million de familles vivent toujours dans des bidonvilles, contre 4 millions pendant l'apartheid. Environ 43% des Sud-Africains se débrouillent actuellement avec moins de 2 dollars par jour, et près de 40% de la population active est au chômage. La misère devrait encore s'accentuer avec la récession économique, qui frappe l'Afrique du Sud, première puissance économique du continent.

(Reuters)
Antigone
 

Re: [AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

Messagede Antigone » 28 Juil 2009, 18:41

28 juillet: La police sud-africaine a dispersé avec des balles en caoutchouc, quelques 200 manifestants qui protestaient devant les bureaux de la municipalité de Thokoza, un township situé au sud-est de Johannesburg, contre les services publics déficients.

Vidéo exposant la situation:
http://www.france24.com/fr/20090728-heu ... vret%C3%A9
Ne pas prendre en compte le témoignage du responsable de la police locale rapporté dans l'article. Une manifestation réprimée à coups de tirs de balles en caoutchouc se solde nécéssairement par des blessés.

GREVE DES EMPLOYES MUNICIPAUX
Des milliers d'employés municipaux, qui réclament 15% d'augmentation salariale, étaient en grève mardi pour le deuxième jour consécutif en Afrique du Sud, où étaient à nouveau prévues plusieurs manifestations de protestation. Les syndicats Samwu (Syndicat sud-africain des employés municipaux) et Imatu (Syndicat indépendant des employés municipaux et de leurs alliés), qui représentent quelque 150.000 employés municipaux, ont prévu de continuer ce mouvement de grève au moins jusqu'à mercredi.
"Demain (mercredi), nous allons organiser une réunion pour décider si nous acceptons ou rejetons l'offre" de notre employeur qui vient de proposer une hausse des salaires de 13%, a déclaré le secrétaire général du Samwu, Mthandeki Nhlapo.

Des milliers d'employés des services de l'eau, de l'électricité, des travaux publics, de la santé, de la police et des transports publics, ont manifesté lundi dans les principales villes du pays où plusieurs incidents ont été reportés.
Douze personnes ont été légèrement blessées lors d'une manifestation à Plettenberg Bay (sud-ouest), où deux personnes ont été arrêtées pour violence, selon l'agence sud-africaine Sapa, tandis que 25 personnes ont été arrêtées pour violence et détérioration de bâtiments à Polokwane, selon la police.

Le mouvement de grève intervient au moment où les partenaires sociaux négocient, comme chaque année pendant l'hiver austral, les salaires. Cette période est depuis des années synonyme de grèves dans la principale puissance économique du continent africain.

Le 15 juillet dernier, Les représentants des l'Union Nationale des Mineurs (NUM), qui représente également les ouvriers du bâtiment, avaient accepté un accord qui mettait fin au mouvement de grève qui avait perturbé durant une semaine de nombreux chantiers, dont ceux des stades de la Coupe du monde de football 2010. La revalorisation des salaires de 12%, avait été négociée à la condition des employeurs d'interdire toute grève jusqu'à la fin de la Coupe du monde. Le syndicat demandait initialement une hausse des salaires de 13%.

Il n’aura pas fallu longtemps au nouveau chef de l’Etat, élu il y a trois mois seulement, notamment sur son programme de lutte contre la pauvreté, pour être confronté à la réalité.
Le mouvement de grève n’est pas directement lié aux manifestations qui ont enflammé les bidonvilles les plus pauvres du pays, la semaine dernière, mais les deux mouvements témoignent d’un profond mécontentement dû aux différences de niveaux de vie entre les riches et les pauvres en Afrique du Sud.

Les milliers de pauvres qui vivent dans les bidonvilles attendent des opportunités d’embauche et une amélioration des services de base. Beaucoup estiment déjà que Zuma, élu sur un programme que d’aucuns jugent "populiste", n’a pas tenu ses promesses.
"Après 15 années de démocratie, le peuple est complètement découragé", analyse Hugo van de Merwe du Centre d’études des violences et de la réconciliation (CSVR),

A l’heure où l’Afrique du Sud fait face à la crise économique mondiale, les engagements de campagne du candidat Zuma sonnent creux. Le pays est confronté à la pire récession qu’il ait connu depuis la fin de l’apartheid en 1991. Le taux de chômage s’établit officiellement à 23,5 %, mais de nombreux observateurs assurent qu’il est en réalité bien plus élevé. Près de 43 % des Sud-Africains vivent avec moins de deux dollars par jour. Les travailleurs doivent jongler quotidiennement avec l’augmentation des prix de l’essence et des denrées alimentaires.
Jacob Zuma a demandé aux différentes parties d’entamer des pourparlers, tout en se dédouanant. Après avoir affirmé qu’il fallait attendre un rebond de l’économie, le numéro un sud-africain répète à l’envi qu’il a simplement promis des solutions à court terme.
Mais Jacob Zuma a d’ores et déjà mis en garde ses concitoyens : la police a pour consigne de répondre de façon mesurée face aux mouvements pacifiques, mais elle n’hésitera pas à faire usage de la force si c’est nécessaire.

(AFP + France 24)
Antigone
 

Re: [AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

Messagede Antigone » 01 Aoû 2009, 17:23

La grêve des employés municipaux a pris fin hier.
Leurs syndicats ont obtenu l'augmentation de 13% au delà de laquelle l'Etat ne voulait pas s'engager, au lieu de 15% réclamés.
Zuma a gagné. Toutefois, l'année pourrait être longue pour le pouvoir en place. La crise économique, la pire que ce pays connait depuis 20 ans va s'approfondir. La paix sociale qui vient d'être achetée pourrait voler en éclats l'année prochaine à la même période, lorsque les syndicats seront invités à renégocier les salaires. Or cette période correspondra à l'organisation de la Coupe du monde de foot, et le monde entier aura les yeux tournés vers l'Afrique du Sud.
Il y a fort à parier que les tirs de balle en caoutchouc pourraient à nouveau se faire entendre et servir de décor à l'évolution sur les terrains des milliardaires en culottes courtes, en dépit de toutes les mesures d'encadrement de la population qui seront prises à ce moment.
Le topic est déjà ouvert...
Antigone
 

Re: [AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

Messagede Antigone » 12 Sep 2009, 19:28

Pour la première fois de son histoire, la Coupe du monde de football va avoir lieu l'année prochaine sur le continent africain. Au moment où la décision a été prise, la promesse d'un retour sur investissement semblait l'emporter sur les risques d'instabilié politique et sociale. Depuis quelque temps, ce calcul est devenu plus problématique.
Même si la passion du foot y est réelle, surtout chez les gamins, et parvient à faire oublier beaucoup d'insatisfactions et de misère, je serais surpris si ce Mondial se passait sans anicroche. Les signes de malaise sont perceptibles un peu partout dans la sociéte. Voila pourquoi je garderai un oeil ouvert sur tout ce qui pourrait se passer en Afrique et plus particulièrement en Afrique du Sud au cours de l'année qui vient.

Lu dans Courrier International - 11 septembre 2009
Coup de blues chez les Blancs

La décision de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) du Canada, qui vient d’accorder le statut de réfugié à un Sud-Africain blanc au motif qu’il était persécuté en raison de sa couleur de peau, montre que nous ne sommes pas les seuls à ne pas assumer notre passé trouble. Elle révèle également que nous ne sommes pas le seul pays à abriter des Blancs souffrant d’une totale amnésie du passé. La sœur de l’avocat de Brandon Huntley, dont le dossier a été examiné lors de cette audience absurde, une Sud-Africaine qui a quitté le pays, a même assuré à la commission canadienne que les Blancs étaient victimes d’un “génocide” en Afrique du Sud sans que personne ne conteste ses dires.
Un nombre étonnant de Sud-Africains blancs ont d’ailleurs prudemment adopté le parti de Huntley. S’ils prennent aussi leurs distances avec ses affirmations les plus stupides, ils n’en montrent pas moins que, comme lui, ils se sentent assiégés. Voilà qui semble par ailleurs confirmer à bon nombre de Sud-Africains noirs que la plupart des Blancs sont incorrigibles et ne font aucun mea culpa au sujet de l’apartheid. Qu’il subsiste une telle incompréhension mutuelle est proprement déprimant.

Pour de trop nombreux Blancs, c’est une amnésie bien commode. Mais il est un autre facteur trop souvent ignoré : l’ignorance crasse. A l’abri derrière leurs privilèges et les barrières créées par l’apartheid qui subsistent encore, nombre de Sud-Africains blancs connaissent étonnamment mal leur pays. Je suis constamment abasourdi par les lacunes dont font preuve des Blancs ayant fait des études supérieures, surtout lorsqu’il s’agit de notre histoire complexe et tourmentée. “C’est le passé, c’est mort et enterré. Tout le monde est désormais sur un pied d’égalité, alors pourquoi toutes ces plaintes ?” Telle est la posture fréquente des Blancs.

Pourtant, un certain nombre de ces griefs proviennent de Blancs et portent sur la criminalité élevée et sa violence. Comme par le passé, on ne reconnaît guère que la plupart des victimes sont noires. Le résultat, illustré à son paroxysme par Huntley, est un accès d’apitoiement sur soi-même. Les comportements de ce type se sont largement manifestés après la décision de la CISR, estimant que les Blancs étaient persécutés en Afrique du Sud. C’est une mystification qui s’échafaude sous nos yeux. C’est la même attitude que l’on retrouve dans When a Crocodile Eats the Sun [Quand un crocodile mange le soleil, 2006], le livre de mémoires de Peter Godwin, grand succès qui est resté de longues semaines dans les classements des meilleures ventes. Après avoir détaillé les expériences atroces de Zimbabwéens blancs aux mains d’“anciens combattants”, l’auteur concluait qu’“un Blanc en Afrique est comme un Juif partout dans le monde, tout juste toléré, sur ses gardes, dans l’attente du prochain raz-de-marée d’hostilité”. La comparaison est grotesque. Comparer le sort des colons blancs en Afrique à celui d’un peuple qui a subi les pogroms et l’Holocauste relève de l’hystérie.

Néanmoins, ce type de déformation n’est pas rare dans l’histoire postcoloniale. Aujourd’hui encore, aux yeux de nombreux Européens, la révolte contre l’empire colonial britannique au Kenya se résume à des violences aveugles commises par les Mau Mau contre des civils britanniques. En réalité, il y eut plus de 11 000 victimes du côté des rebelles, contre 1 700 chez les “loyalistes” et 63 officiers blancs. En tout et pour tout, 32 civils blancs ont péri.

Durant le combat contre l’apartheid en Afrique du Sud, des milliers de Noirs ont trouvé la mort et nous ne connaîtrons jamais le bilan exact. Cependant, demandez à presque n’importe quel Sud-Africain combien de civils blancs sont morts, il avancera le plus souvent qu’il s’agit de plusieurs centaines. En réalité, le major général Herman Stadler, porte-parole de la police, m’a précisé en 1990 que, pendant la lutte armée, soit entre 1961 et 1990, les combattants de la libération noire ont fait 66 victimes civiles blanches. L’aveuglement actuel se traduit notamment par une augmentation sensible du nationalisme noir. Comme par le passé, les craintes nées de l’apitoiement des Blancs sur leur propre sort pourraient bien devenir des prédictions autoréalisatrices.

L’ancien président Thabo Mbeki [il a perdu en décembre 2007 la présidence de l’ANC, le Congrès national africain] a causé des dégâts irréparables en qualifiant le fort taux de criminalité de “vue de l’esprit”. Ces propos ont largement contribué à alimenter les peurs des Blancs, qui craignent de sinistres manœuvres de dissimulation des violences dont ils seraient les cibles privilégiées. Reste une réalité incontestable. Comme cela a toujours été le cas, la majorité des victimes de crimes sont des Sud-Africains noirs et pauvres… qui, bien évidemment, ne sont pas sur le point d’obtenir le statut de réfugiés au Canada.
Dans cette atmosphère surchauffée, chargée d’accusations racistes et de contre-attaques émues, il est important de s’en tenir aux faits. Quand la peur et les préjugés prennent le dessus, le cocktail devient explosif. En Afrique du Sud, nous le savons bien.

Bryan Rostron
Antigone
 

Re: [AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

Messagede Antigone » 19 Nov 2009, 16:46

La crise économique fait lentement son oeuvre. Après un court répit, la situation sociale se dégrade à nouveau. Les tensions qui se réveillent entre les communautés est un révélateur.

IRIN Humanitarian News and Analysis - 18 nov. 2009

Afrique du Sud: Plus de 2 000 Zimbabwéens fuient, par peur des attaques

Johannesbourg — Craignant une nouvelle vague de violence xénophobe, quelque 2 500 immigrés zimbabwéens se sont réfugiés dans des bâtiments du gouvernement à De Doorns, une ville agricole située à environ 140 kilomètres de la ville du Cap, en Afrique du Sud, après que certaines de leurs habitations, construites dans un quartier informel, ont été attaquées et démolies, d'après un responsable de la police.

Les attaques ont eu lieu tôt dans la matinée du 17 novembre à Stofland, le plus grand camp de squatteurs de De Doorns, dont le nom signifie « terre de poussière » en afrikaans. Tous les déplacés zimbabwéens ont des papiers.

Le responsable du poste de police local, le commissaire Desmond van der Westhuizen, a dit à IRIN que les habitants n'étaient pas contents que les propriétaires des fermes aient employé des Zimbabwéens, qu'ils paient « moins cher », et s'étaient plaints que les agriculteurs « excluaient la communauté locale ».

La récession économique mondiale a durement frappé l'Afrique du Sud ; d'après la dernière étude du gouvernement sur la population active, 484 000 emplois ont été supprimés au cours des six derniers mois, et le chômage a atteint 24,5 pour cent pour la période de juillet à septembre 2009, contre 23,2 pour cent à la même période en 2008.

M. Van der Westhuizen a dit à IRIN que la situation était tendue depuis le 13 novembre, jour où des Zimbabwéens ont été impliqués dans une violente altercation dans un bar informel. D'après lui, « suite à cet incident, quelque 68 Zimbabwéens » ont fui la région, craignant un regain de violence xénophobe. « Mais les habitants ont menacé d'empêcher les Zimbabwéens d'aller au travail le 17 novembre [lundi matin] »

En mai 2008, une vague de violence xénophobe avait vu le jour à Johannesbourg, avant de gagner rapidement presque tout le pays, faisant plus de 60 morts et environ 100 000 déplacés. « La même région avait déjà été affectée en 2008 », selon M. van der Westhuizen. Les 68 Zimbabwéens se sont réfugiés dans les bâtiments gouvernementaux de De Doorns samedi et dimanche dernier.

Le soir du 16 novembre, la police a organisé, avec l'aide du gouvernement local et des responsables de la gestion des catastrophes, une rencontre avec les habitants du site d'établissement informel, afin de tenter de rétablir le calme. « Mais les habitants ont menacé d'empêcher les Zimbabwéens d'aller au travail le 17 novembre [lundi matin] », a dit M. van der Westhuizen à IRIN.

La police a dû tirer des balles en caoutchouc pour disperser les habitants, qui attaquaient d'autres baraques de Stofland, forçant les Zimbabwéens à fuir. « Heureusement, aucun des Zimbabwéens n'a été blessé, et ils sont tous partis volontairement, en emportant leurs effets personnels », a dit le commissaire de police.

Les autorités locales essaient de monter des tentes pour abriter les personnes déplacées, et de mettre à leur disposition des toilettes portables sur le terrain de sport de la ville. M. van der Westhuizen a dit à IRIN : « Nous mettons en place des solutions provisoires pour pouvoir les garder ici pendant une semaine, en attendant de tenter une médiation avec les habitants pour réintégrer les Zimbabwéens dans la communauté. »
Antigone
 

Re: [AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

Messagede Antigone » 23 Nov 2009, 19:14

AFP - 20 nov. 2009

La justice en mode accéléré pour le Mondial 2010

L'Afrique du Sud va créer des tribunaux spéciaux dédiés à la Coupe du monde de football en 2010, afin de juger plus rapidement les crimes et délits, en particulier concernant les étrangers, dans un pays qui connaît l'un des plus forts taux de criminalité au monde.

«Les tribunaux sont là pour accélérer le processus. Il n'y aura aucune complaisance», a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère de la Justice, Tlali Tlali, soucieux de montrer la détermination de l'Afrique du Sud face à la violence.
«Nous allons nous occuper de toutes les affaires liées au tournoi», a-t-il expliqué. 54 tribunaux ont été réquisitionnés dans les neuf villes-hôtes pour régler les cas de hooliganisme, d'attaques de gangs armés ou de vols liés au Mondial.

La criminalité augmente avec l'afflux de touristes lors de chaque Coupe du monde, a relevé le porte-parole. En Afrique du Sud, où une cinquantaine de meurtres sont commis chaque jour, près de 250.000 cambriolages par an, souvent violents, et où le taux de viols atteint des records, la justice entend se montrer particulièrement ferme.

Les cas concernant les étrangers, comme le vol dont a été victime dans son hôtel la sélection égyptienne lors de la Coupe des Confédérations en juin, seront traités en priorité.
«L'Afrique du Sud n'a pas besoin, comme héritage de la Coupe du monde, d'affaires criminelles traînant plusieurs mois, voire des années. Ceux qui sont concernés veulent retourner immédiatement dans leur pays et ne sont plus disponibles pour le procès une fois rentrés chez eux», explique l'avocat Peter Jordi.

«Décourager les criminels»

Une telle initiative, d'un montant d'un million de rands (135 000 dollars, 90 000 euros), permettra sans doute «de décourager les criminels à commettre des délits contre des étrangers» peu enclins à des poursuites judiciaires une fois qu'ils ont quitté l'Afrique du Sud, souligne-t-il.

Les tribunaux spéciaux fonctionneront de 7H45 à 23H00, du 28 mai au 25 juillet, soit deux semaines avant et après la compétition.
Outre les magistrats, avocats, procureurs et interprètes réquisitionnés au cours de cette période, des volontaires seront formés pour prêter main-forte à l'administration.
L'Afrique du Sud a déjà eu recours à un système accéléré similaire, notamment avec les excès de vitesse, réglés en une seule journée pendant les vacances scolaires. «Cela permet de montrer que les autorités s'occupent sérieusement du problème», poursuit M. Jordi, professeur à l'Université de Witwatersrand, à Johannesburg.

Depuis l'arrivée au pouvoir du président Jacob Zuma, en mai, la lutte contre la criminalité a été érigée en priorité, au point que plusieurs responsables, dont le nouveau ministre de la Police, ont ouvertement appelé les forces de l'ordre à «tuer les salauds» ou «à viser la tête».
Cette tolérance zéro a connu quelques dérapages, avec notamment la mort d'un enfant de trois ans la semaine dernière.
Pour M. Jordi, les tribunaux «spéciaux» risquent également d'aller trop loin. «La justice expéditive peut être problématique si les accusés ne disposent pas de suffisamment de temps pour préparer correctement leur défense», prévient-t-il.
Antigone
 

Re: [AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

Messagede Antigone » 13 Fév 2010, 12:54

Le Monde - 12 fev 2010

En Afrique du Sud, des émeutes éclipsent l'anniversaire de la libération de Mandela

Verre cassé, barrages sur la route désertée, magasins pillés, odeur de bière et de violence : tous les ingrédients de l'émeute sont réunis à Siyathemba. Si l'idée était d'organiser la pire anti-commémoration possible à l'occasion de l'anniversaire de la libération de Nelson Mandela, le 11 février 1990, c'est un succès. Dans le township planté à la sortie de Balfour, à une centaine de kilomètres de Johannesburg, l'humeur n'est pas à la joie.

Au poste de police de Balfour, des Casspir (blindés conçus par les services de sécurité de l'apartheid) et des canons à eau stationnent sur la pelouse. On distribue des brassées de fusils à pompe avec balles en caoutchouc. Un officier qui refuse d'être cité fait les comptes : "Les manifestants, c'est un bon millier de personnes, des garçons très jeunes. Ils ont détruit un bâtiment municipal et saccagé 25 commerces appartenant à des "étrangers". Nous avons procédé à six arrestations, mais nous sommes obligés de rester là-bas, sinon ça va repartir."

"Là-bas" : à Siyathemba, le township. A 10 kilomètres de Balfour à travers champs. Une majorité de baraques de tôle. Taux de chômage : vertigineux, comme le niveau de corruption de la municipalité. Services publics : proche de zéro. Vingt ans après la libération de M. Mandela, il n'est pas une ville, pas un village, qui ne soit bordé d'un bidonville, comme autant de reproches.

Certains se sont mués en quartiers de classe moyenne, comme dans certaines parties du célèbre Soweto, près de Johannesburg. Depuis 1994, le gouvernement a construit ou rénové dans le pays environ 500 maisons par jour pour les pauvres. C'est beaucoup, mais insuffisant, et dans les bidonvilles qui continuent de pousser à la périphérie de la prospérité sud-africaine, la colère explose.

En 2009, 83 bouffées de violence ont eu lieu pour protester contre les dysfonctionnements des services publics locaux, le chômage et la misère. Les groupes de manifestants ont repris les bonnes vieilles méthodes du toy toy (manifestation musclée ou violente), utilisées des années durant, contre le pouvoir blanc. Cette fois, l'enjeu est différent, mais gare aux dérapages. Presque partout, les manifestations ont dégénéré en violences contre les "étrangers", immigrés ou citoyens d'origine étrangère.

A Siyathemba, ces jours-ci, on réclame des emplois dans la mine d'or voisine de Burnstone, accusée de ne pas recruter localement. Mais on a attaqué tous les commerçants d'origine pakistanaise, somalienne ou éthiopienne. Planté devant l'une des rares maisons en ciment du quartier, format "boîte d'allumette", un groupe de garçons surveille des véhicules de la police stationnés en contrebas.

De la porte voisine s'échappe de la musique, du kwaito, pulsé à plein volume. Tout à coup, les policiers démarrent en trombe, blindés en tête. Un groupe de jeunes vient d'allumer des vieux pneus. Rien de méchant. Le mal est fait. Les "étrangers", qui cristallisent le ressentiment des quartiers perdus, sont tous partis. Même à la station de police, l'officier de permanence ne peut réprimer une grimace : "Ces gens (les étrangers), quand on les a vus arriver, ils vendaient des couvertures dans la rue. Quelques années plus tard, ils ont tous les magasins."

Au même moment, au Cap, on célèbre le jour où Nelson Mandela est sorti de prison. A Siyathemba, il n'y a que Teboho, 39 ans, cicatrice en travers du visage, désespérément à la recherche d'une formation de soudeur, qui s'en souvienne, presque à contrecoeur. "Le jour de sa libération, on était là, dingues de joie. On dansait. C'était le plus beau jour de notre vie. Tout allait changer. Et voilà le changement : les jeunes qui n'ont rien à faire, qui ne veulent plus aller à l'école, qui boivent ! Et pas un emploi. "

Ils en avaient fait des toy toy, à Siyathemba, surtout vers 1986, année de l'état d'urgence. Pour recommencer et se répandre, en 2009, ce ne fut pas trop difficile. A Balfour, le président Jacob Zuma est venu en juillet 2009 pour une visite surprise. Le maire, accusé de tous les maux, a filé se cacher, prétextant une maladie subite. Le président a parlé, promis, convaincu. A présent, Teboho crache son mépris : "Des promesses. Depuis, rien. On en a assez, maintenant. On ne vote plus, on fait des toy toy, et on va voir si on nous entend."

Le soir même, au Cap, le président Zuma livre devant le Parlement un discours à la nation très attendu. Il s'engage à concentrer ses efforts sur l'emploi, le logement, et les difficultés des townships. Pour exemple, il prend Balfour. Affirme que, depuis sa visite, "un certain nombre de problèmes ont été considérés avec attention". Mais il avertit : "Il n'y a aucun tort subi qui puisse justifier la violence et les destructions de propriétés."
Jean-Philippe Rémy
Antigone
 

Re: [AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

Messagede Antigone » 29 Mai 2010, 08:10

Radio Canada, avec AFP et Reuters - 20 mai 2010
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/In ... oupe.shtml

Afrique du Sud : L'hiver approche, le pays chauffe

Une grève des transports et du système portuaire sud-africains pourrait avoir des répercussions sur la prochaine Coupe du monde de soccer.
Le conflit touche notamment l'importation et l'exportation de produits tels les voitures et certaines denrées alimentaires. Les organisations sportives de la Fédération internationale de football (FIFA) affirment aussi avoir beaucoup de difficulté à transporter leur matériel en prévision du tournoi qui commence le 11 juin.

Bien que cet arrêt de travail risque de prendre fin d'ici deux semaines, l'Afrique du Sud n'est pas au bout de ses peines. Une possible grève à la compagnie Eskom, un des plus importants fournisseurs d'électricité au pays, pourrait priver des milliers de clients de courant à compter du 26 mai.

L'entreprise soutient avoir un plan d'urgence advenant une radicalisation du conflit de travail. En plus de la Coupe du monde, l'Afrique du Sud entre graduellement dans sa saison d'hiver et la demande en électricité, pour le chauffage, atteint alors des sommets.

Climat de plus en plus tendu

Depuis le début de l'année, le nombre de manifestations a considérablement augmenté en Afrique du Sud. Les autorités ont recensé au moins 54 manifestations importantes en trois mois, alors que la population en avait organisé 109 pendant toute l'année 2009.

Les sorties publiques se font surtout dans les ghettos noirs du pays, où la population se plaint du manque d'emplois, de logements et de services comme l'électricité et l'eau. Ce type de manifestations devraient d'ailleurs se multiplier considérablement d'ici la fin de la Coupe du monde, tandis que l'Afrique du Sud attend plus de un demi-million de touristes et des milliers de journalistes. Le Mondial 2010 a lieu du 11 juin au 11 juillet.
Antigone
 

Re: [AFS] La Coupe du monde des tirs de balles en caoutchouc

Messagede Antigone » 18 Juin 2010, 11:41

AFP - 17 jun 2010
http://www.la-croix.com/afp.static/page ... 6gk1or.htm

Mondial: affrontements entre police et stadiers grévistes

La police sud-africaine a tiré jeudi des balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes pour disperser quelque 200 stadiers grévistes au Cap (sud-ouest) et a procédé à plusieurs arrestations, a annoncé la police.

"Ils ont été prévenus que c'était un rassemblement illégal. On leur a donné le temps de se séparer, ils ne l'ont pas fait. Après plusieurs sommations, nous avons eu recours à des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc pour disperser la foule", a déclaré à l'AFP un porte-parole local de la police, Andre Traut.
Il a précisé que plusieurs personnes avaient été arrêtées pour rassemblement illégal. Au moins dix grévistes ont été interpellés devant les bureaux de leur employeur Stallion Security Consortium, une entreprise privée chargée par le comité local d'organisation du Mondial-2010 d'assurer la sécurité dans certains stades, selon la chaîne de télévision privée e.tv.

Les agents de sécurité protestent contre une réduction de salaire imposée par leur employeur.
Des premiers heurts avaient eu lieu dimanche à Durban après le match Allemagne-Australie (4-0), quand 400 stadiers avaient organisé une manifestation, dissoute après une intervention musclée de la police anti-émeutes.
Quelques heures plus tard, leurs collègues du Cap avaient quitté leur poste de travail, juste avant le coup d'envoi lundi d'Italie-Paraguay (1-1).

La police a pris mardi le contrôle de quatre des dix stades du Mondial de football pour éviter que le mouvement de grève ne perturbe les matches.
"Si quiconque perturbe un autre stade, nous sommes prêts dans un délai très court, à prendre en charge ce stade", a prévenu jeudi le chef de la police Bheki Cele, dont les propos ont été rapportés par l'agence de presse Sapa.
"Les matchs de la Coupe du monde 2010 de la Fifa ne doivent pas être perturbés", a-t-il poursuivi.

Les forces de l'ordre sont désormais en charge des opérations au Cap (sud-ouest), à Durban (sud-est), à Port Elizabeth (sud) et autour du stade de l'Ellis Park, dans le centre de Johannesburg.
Le chef du comité local d'organisation (Loc) du Mondial, Danny Jordaan, a loué le travail des policiers.
"Ils ont fait un travail incroyable. Au Cap, en trois heures, tout était en place et le match a débuté à l'heure", a-t-il déclaré jeudi avant les affrontements.
"Nous venons juste d'avoir une autre réunion avec la police hier (mercredi) et nous sommes satisfaits: tout est en place", a-t-il précisé.
L'Afrique du Sud, où les inégalités de revenus sont criantes, est fréquemment secouée par des mouvements sociaux qui dégénèrent parfois en violences.
Antigone
 


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