Bon effectivement j'ai lu aussi le dossier d'AL qui n'est pas exhaustif sur tout ce qui concerne le travail ( le pourrait-il?)mais traite seulement des classes sociales et des formes que prennent d'une part la lutte des classes , d'autres part l'organisation et la reconnaissance d'appartenance aux classes sociales, ...
J'improvise une réponse pour poursuive le débat, réponse sur le pouce, donc qui risque de ne pas être strictement rigoureuse ... désolé, j'espère que mon effort d'écriture sera tout de m^me respecté:
Tu dis
Or beaucoup de jeunes aujourd'hui ne se reconnaissent tout simplement plus dans le discours classique ouvrier de lutte de classe, pour la simple (et bonne) raison qu'ils sont en rupture totale avec cette société et son esclavage économique, qu'ils ne veulent plus composer avec elle et subir l'humiliation d'un taf de merde !
Je ne pense pas que la raison que tu donnes soit bonne. Je dirais que c'est ton souhait mais il y a pour moi des raisons plus négatives :
D'abord je vais citer Antigone qui a écrit dans un autre topic (
viewtopic.php?f=10&t=2552&start=0&st=0&sk=t&sd=a):
"
Les mentalités ont changé sous l'influence du libéralisme triomphant de ces 15 à 20 dernières années.
A force de flexibilité, de mobilité, de précarité, la génération des 20-40 ans n'a plus qu'une relation distante avec les moyens de production. Et même si la culture d'entreprise tente d'y remédier, le monde du travail est de plus en plus perçu comme un lieu qu'onn'a plus les moyens de choisir et avec lequel plus aucun lien durable ne peut s'établir. Il ne sert qu'à obtenir de quoi subsister et c'est tout."
Ensuite j'ajoute que les techniques de management, les échecs des luttes sociales induites par le syndicalisme d'accompagnement, et l'absence d'alternative sociale crédible jouent un rôle.
S'il est bien d'être plutôt sorti de l'ère des religions du livre ( Bible, Torah, Coran, Marx, Bakounine, ...), il y a une vacuité d'alternative collective et le système a gagné le fait suivant, le rejet des effets du système des conditions de travail, de la perte de sens, se traduisent aujourd'hui plus facilement dans un repli individuel, une individualisation des problèmes, un retour contre-soi ( suicide, depression, ...) que dans la construction d'une résistance collective.
Enfin je pense aussi qu'il y a depuis les années 80 une large adhésion au système (qui commence toutefois à se tasser suite à la mise en évidence des pbs écologiques notamment et à la dégradation des conditions de travail, de vie et "pouvoir d'achat"). Large adhésion avec des zones de décrochages, comme tu le soulignes, où les idées révolutionnaires peuvent trouver un écho mais attention aussi les idées d'extrême droite ou religieuse.
Large soumission surtout a un système qui arrive tout de même à donner des espoirs factices et qui a su jouer de l'écroulement du système de l'URSS pour sonner le clairon de la fin de l'histoire et s'ériger en loi naturelle, qui ne peut être soumis à la loi de la pesanteur sur notre planète? Et bien la question du capitalisme est posée sous les m^mes formes aujourd'hui. Et donc je pense qu'il y a une large soumission à l'exploitation capitaliste, supportée parce qu'en retour quand sonne la fin du boulot on peut souvent avoir quelques loisirs et une vie de famille, m^me si il y a une perte de sens... et puis aussi parce qu'il y a une large répression au travail des salariés (management serré , harcelement, peur de perdre son emploi, répression anti-syndicale), qui pousse à se taire et se soumettre plutôt que de se battre. Aussi parce que par exemple le syndicalisme s'est souvent decridibilisé en se contentant d'accompagner les reformes ...
Tu dis
Les classes n'existent et se définissent que par l'exploitation capitaliste qui les crée. Elles existent bel et bien ; mais les gens qui sont contraints d'être identifiés par ce moule ne peuvent espérer sortir de ce carcan par la reproduction d'une lutte adoptant au capitalisme son identification des gens à leur "utilité" capitalistique ("travailleurs"), à des taches spécifiques (division du travail).
Oui les classes sociales existent, c'est un fait , le système capitaliste l'implique. Les patrons sont un groupe organisés avec leurs syndicats, leurs armes financières, leur pouvoir économique et aussi celui des Etats qui s'ils ne sont pas assimilables aux patrons et financiers (cf Gaston Leval, l'éat dans l'histoire), leurs garantissent des lois favorables et sont des alliés objectifs, il y a même perméabilité entre la classe capitaliste et les castes étatiques gouvernantes.
Ils ont identifiés leurs intérêts, les moyens de les garantir et de les développer par des projets de société qui les divisent parfois mais ils sont souvent d'accord sur l'essentiel : profit, propriété, libéralisme, etc...
Des franges intermédiaires existent avec les artisans , ayant tantôt des intérêts communs avec les capitalistes ( baisse des charges, des impôts , gel des salaires) tantôt des intérêts commun avec les salariés contre les intérêts financiers par exemple.
Face à cela les travailleurs sont plutôt dispersés, peu syndiqués, ont parfois du mal à se reconnaître clairement comme une classe et à s'unir pour résister voire pour gagner des victoires partielles. L'isolement et le repli individuel se développent. Au delà des étiquettes syndicale, le syndicalisme est divisé entre des stratégie d'accompagnement et de lobbying et un syndicalisme de lutte et de transformation sociale qui a du mal à formuler son projet.
Globalement les travailleurs ont intérêt à améliorer leurs revenus et leur "pouvoir d'achat", leur confort, santé, mode de vie, etc... autant d'intérêts communs mais parfois opposés au moins en apparence quand les capitalistes utilisent par exemple le dumping social et les délocalisations
Si nous souhaitons sortir du capitalisme, il y a bien à tenir compte de cette réalité et à participer activement d'une part aux luttes des travailleurs, d'autre part à participer dans les mouvements sociaux à formuler un projet alternatif au capitalisme.
Les travailleurs doivent s'organiser pour resister à partir de la réalité de leur exploitation, dans leurs lieux de travail et de vie.
"L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes" disait AIT au 19ème siècle.
Alors oui "travailleurs" parce que " capitalistes" en face, malgré tout être humain et dans la cause des travailleurs il faut bien sûr intégrer celle des femmes, de la liberté d'orientation sexuelle, de la lutte anti-raciste , de l'"écologie", etc...
Parce que la lutte contre une oppression permet d'évoquer les autres et que dans la lutte économique le capitalisme est aussi servi par les autres oppressions.
Face à celà les travailleurs doivent bien s'organiser dans le cadre de la réalité de leur oppression, ce que tu appelles "moule" pour espérer vivre miieux ou moins mal et pourquoi pas si nous y contribuons, à abolir et fonder une autre société, non pas à partir de rien mais de ce qui aura été bâti, conquis, élaboré au cours de cette lutte.
Synthétiquement tu peux trouver un tel projet dans le préambule des statuts des IWW (syndicalistes-revolutionnaires):
"
L'IWW est une organisation syndicale pour tous les travailleurs, un syndicat dédié à l'organisation des travailleurs sur leur lieu de travail, dans leurs industries et leurs communautés. Les membres des IWW organisent les travailleurs pour obtenir de meilleures conditions aujourd.hui et construisent pour demain un monde économique démocratique. Nous voulons que nos entreprises fonctionnent au profit des ouvriers et des communautés plutôt que pour une poignée de patrons et leur exécutif.
Nous sommes les Travailleurs Industriels du Monde parce que nous nous organisons industriellement. Ceci signifie que nous organisons tous les travailleurs produisant les mêmes biens ou fournissant les mêmes services dans un syndicat, plutôt que de les diviser par secteurs d.activité, ainsi nous pouvons mettre en commun notre force et faire triompher nos revendications ensemble. Depuis que l'IWW a été fondé en 1905, nous avons apporté des contributions significatives aux combats des travailleurs à travers le monde et nous sommes fiers de notre tradition visant à nous organiser indépendamment de critères sexuels, ethniques et raciaux bien avant que de telles méthodes soient courantes."
Bon après tout ça ce n'est pas une vérité absolue, le mouvement ouvrier à souvent échoué aussi... et il n'est pas suffisant de lutter pour ses conditions de vie et de travail pour changer la société et abolir le capitalisme, mais c'est une condition indispensable pour le faire de mon point de vue.
Si l'on veut changer la société à mon avis il faut selon un vieux terme socialiste (l'anarchisme est issu ou pour le moins parent du mouvement socialiste du 19ème siècle) "remplacer le gouvernement des hommes par l'administration des choses".
C'est à dire que l'activité économique humaine doit avoir pour la satisfaction des besoins individuels et collectifs.(besoins non reductible à de la simple consommation).
Au delà de ça il faut des protections individuelles, des droits permettant l'émancipation et la réalisation des individus dans leur sphère privée et les protégeant (par exemple, à gros traits, violence conjugales, enfance, etc...) ... Mais il ne faut pas tout réguler non plus ... sans être naïf ... l'abolition de la classe capitaliste ne fera pas cesser brutalement les comportements humains qui lui préexistent ( violence, vols, ...) c'est une vieille chimère ...
Combattre le capitalisme consiste à inventer autre chose que lui. Le prolétariat existe : il faut donc en sortir.
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pour sortir du prolétariat (déf: n'avoir que notre force de travail pour subsister), il faudrait que les moyens de subsistance ( manger , boire, avoir un toit, etc...) puissent s'obtenir autrement qu'en travaillant ... alors comment?
en faisant travailler les autres à notre place? en devenant capitaliste à son tour?
Le plus logique est pour moi ce qui s'inscrit dans la continuité du mouvement ouvrier :
se battre travailler tous moins et autrement pour pouvoir avoir plus de temps pour se réaliser, s'émanciper, jouir de libertés et de plaisirs raisonnés.( entendre par là : qui ne nous aliènent pas). Donc je proposerai plutôt un dépassement du prolétariat plutôt qu'une sortie.
Si tu entends la sortie par une sortie immédiate du prolétariat dans le cadre du système capitaliste. je poursuivrai le débat par d'autres arguments. Précise.