de conan » 01 Aoû 2009, 19:00
Pour ma part, je dirais plutôt que les moyens justifient la fin. Ce sont les moyens employés (en particulier la non-violence collective) qui donnent toute leur dignité, leur force et leur légitimité aux fins que nous nous proposons - et proposons du même coup aux gens qui souhaiteraient nous rejoindre.
Sur la violence, bien entendu la violence systémique est la plus grande, elle est si vaste que le commun des gens ne la voit même pas, ou s'il la voit, s'y résout sans broncher, la voyant au mieux, par une sorte de cynisme minable, comme un "mal nécessaire".
Car le commun des mortels est éduqué "commun" seul Homme, au sein de postulats idiots d'une pensée commune, unique, présentés comme une évidence : "le droit va toujours avec des devoirs", "la démocratie c'est quand la majorité impose sa loi", "sans patrons comment le monde tournerait-il", etc...
Face à cette violence instituée de la société marchande, il faut impérativement répondre par la non-violence. La violence physique prônée comme moyen est certes compréhensible quand la rage l'emporte, mais elle est aussi efficace et pathétique qu'un gamin jetant des pierres à un soldat doté d'une mitrailleuse lourde.
L'anarchisme, qui pose comme postulat qu'il est intolérable que des humains en contraignent d'autres, est particulièrement adapté pour répondre à cette question, et s'oppose sur ce point, à mon sens, radicalement aux communistes historiques. Il oppose la non-violence comme fin et comme moyen. Mais un moyen conséquent, consistant à empêcher la contrainte. Or, pour empêcher une contrainte, il faut opposer une résistance. Ce qui ne signifie pas blesser, tuer, mais s'opposer, y compris physiquement s'il le faut, à la violence. Et on ne s'oppose efficacement que par le nombre.
Par exemple, un capitalo accapareur de ressources naturelles, de machines et de la vie de milliers de gens, vire ces milliers de gens. Les gens se défendent et menacent de démolir leur outil de travail. Ce n'est pas de la violence. Ils refusent de laisser entrer des miliciens dans l'usine pour les en déloger. Ce n'est toujours pas de la violence. Ils s'emprent des machines pour autogérer leur boîte en expropriant le capitalo : ce n'est toujours pas de la violence, c'est l'installation d'un germe de monde où les ressources naturelles, qui appartiennent à tout un chacun, ne sauraient être accaparées par personne.
S'ils menaçaient d'attenter à la vie du patron par contre, ce serait de la violence.
Tant qu'ils ne prônent pas l'agression physique comme moyen, tant qu'ils défendent des libertés qu'ils prennent légitimement, y compris par la force physique, les gens qui se révoltent ne peuvent être dits violents, ils sont en légitime défense.
A condition que, dans le feu de l'action, ils ne se laissent pas emporter par l'adrénaline en tabassant gratuitement, en lynchant, en exécutant. Dans un monde anarchiste, où nul ne contraint, les ex-patrons, ex-flics et ex-bourreaux de toute sorte devront tous avoir leur place.
J'ai bien conscience qu'en posant comme postulat essentiel à l'anarchisme que la capacité à dépasser la violence, l'exclusion, l'enfermement ou les exécutions pour offrir à tou-te-s un monde débarrassé de violence, bref en prônant la non-violence collective contre quelque forme de domination que ce soit, je peux passer pour un naïf, ou "je te tends l'autre joue" ou autre. Ici même sur ce forum j'ai déjà pu entendre souvent cela. Pour ma part, je vois ce point comme essentiel pour propager nos idées. Définitivement, les gens doivent savoir que l'anarchisme se définit, dans ses fins comme dans ses moyens, avec une exigence implacable, contre la violence.