luttes peuples indigènes, Amérique centrale et du sud

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Messagede Clown » 27 Aoû 2008, 10:32

Pérou: victoire historique de la révolte indigène

Dans un cas qui retourne des échecs historiques, les aborigènes ont rompu l'alliance conservatrice à Lima et ont obtenu l'abrogation des lois qui facilitaient la privatisation de leurs terres ancestrales au profit d'exploitations minières

La révolte des communautés natives de l'Amazonie péruvienne contre le gouvernement d'Alan Garcia s'est terminée par la victoire des indigènes. Ce fut un triomphe inespéré qui casse la tradition historique de la prééminence du pouvoir central sur les groupes indigènes. Après deux semaines de protestations et une prise de routes, entreprises hydroélectriques, stations pétrolières et de puits de gaz, 65 ethnies natives de la forêt péruvienne qui regroupent 350 mille personnes, sont parvenus à faire céder le pouvoir. Vendredi, le Congrès a abrogé à une ample majorité de 66 voix contre 29 deux lois qui facilitaient la vente des terres communales des indigènes et dont la promulgation a provoqué le soulèvement indigène dans la forêt amazonienne.

Les natifs ont dénoncé qu'avec ces lois le gouvernement essaie de promouvoir la vente de leurs terres aux compagnies pétrolières transnationales et d'exploitation du bois. Le gouvernement avait promulgué ces lois comme partie du Traité de Libre Echange (TLC) avec les Etats-Unis et a tout essayé pour leur défense. Il a parié sur la répression pour abattre la révolte indigène, a déclaré l'état d'urgence et a appelé les Forces Armées, mais les indigènes se sont fermement maintenus sur le pied de guerre avec leurs lances, arcs et flèches. Dans le Congrès, le parti de gouvernement s'est retrouvé seul. Il a perdu le soutien de ses alliés de la droite et du fujimorisme, qui ont voté en faveur de la dérogatoire des deux lois, bien qu'en mettant en avant seulement des raisons formelles liées à leur promulgation avant de la défense des terres communales. Cela constitue le plus grand échec politique de Garcia des deux années de sa gestion et il survient au moment où sa popularité atteint seulement 20 pour cent.


La marche arrière du Congrès a déclenché la colère de Garcia et de son gouvernement, mais a décomprimé une crise sociale qui menaçait de s'aggraver et d'avoir une fin violente. Tandis qu'à Lima, les fonctionnaires du gouvernement n'arrivaient toujours pas à digérer leur échec et répondaient en déchargeant leur frustration en attaquant furieusement les opposants des lois abrogées, dans les villages et zones de la forêt amazonienne des fêtes massives ont éclaté. La nouvelle de la décision du Congrès a fait éclater l'euphorie parmi les indigènes, qui s'étaient rassemblé sur les places des principaux lieux habités pour attendre le vote. À peine connue la nouvelle, avec leurs visages peints, ils ont commencé à danser et à agiter leurs lances et flèches en signe de victoire. "C'est une grande nouvelle pour nous. C'est une nouvelle aube. Pour la première fois dans l'histoire, nous faisons grève et obtenons une victoire", a signalé Wrays Perez, apu (leader) de l'ethni aguaruna qui a célébré la victoire avec des milliers d'indigènes sur la place centrale de Bagua, l'un des épicentres de la protestation. A Lima, Alberto Pizango, président de l'Association Interethnique de Développement de la Forêt Péruvienne (Aidesep), qui a pris la tête de la protestation indigène, vétu avec le vêtement typique de sa communauté native était présent au Congrès pour suivre le débat et le vote auprès d'une délégation de dirigeants natifs. "C'est une décision historique. A gagné la raison et non des lois qui attentaient contre les peuples indigènes et la société nationale", a dit Pizango, tandis qu'il se retirait souriant et victorieux du Parlement.

Dans l'autre bord de cette guerre pour les terres indigènes, le président Garcia a qualifié la décision du Congrès de "recul historique". Avant le vote du Congrès, Garcia avait essayé de faire pression sur les parlementaires en exigeant la ratification des lois de la discorde et en accusant les congressistes qui avaient déjà annoncé leur vote pour la dérogation de "céder au chantage par peur". Mais ses pressions n'ont pas pu changer le cours des choses au Congrès. Vendredi a été une mauvaise journée pour le président péruvien. Tandis que le Congrès débattait la dérogation des lois pour lesquelles il avait décidé de tout jouer et que son échec était déjà annoncé, Garcia a été reçu par des sifflets et des pierres à Chiclayo, ville de la côte nord du Pérou, où il s'était rendu pour inaugurer des infrastructures routières. Garcia a du abandonner Chiclayo sans pouvoir inaugurer les oeuvres. La protestation de Chiclayo n'a rien eu à voir avec les terres des indigènes, mais avec la revendication d'augmentation de salaires des employés publics du secteur de la santé et représente l'étendue du mécontentement social contre le gouvernement.

Mais le président péruvien n'a pas été le seul qui a essayé de changer l'histoire d'un vote qui depuis deux jours était déjà annoncé défavorable pour le gouvernement. La Confédération d'Institutions Patronales Privées (Confiep), le pricipal syndicat des entrepreneurs, a émis avant le vote du Parlement un communiqué en exigeant du Congrès la ratification des lois controversées sous l'argument que leur dérogation "enfoncera le pays dans l'anarchie". Mais au final, le pouvoir politique et le pouvoir économique ont perdu en face des indigènes qui ont défendu leurs terres avec leurs lances, arcs et flèches. Un fait qui n'avait jamais été vu auparavant dans l'histoire du Pérou.

Carlos Noriega, Pagina/12, 24 août 2008.

http://www.pagina12.com.ar/diario/elmun ... 08-24.html

Traduit par http://amerikenlutte.free.fr
Clown
 

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Messagede Antigone » 08 Juin 2009, 19:19

Une cinquantaine de personnes peut-être plus ont péri depuis vendredi dans des affrontements entre la police péruvienne et des tribus de l'Amazonie. Il y a aussi cent cinquante blessés et c'est dans la province de Bagua, à sept cents kilomètres de Lima que se sont déroulés les heurts.

Deux à cinq mille indiens de soixante-cinq ethnies regroupés dans l'Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne, AIDESEP, sont mobilisés depuis maintenant deux mois contre la destruction et la pollution de leur cadre de vie, pour obtenir l'abrogation d'une série de lois adoptées l'an dernier quii permettent à des compagnies minières étrangères, dont la Perenco, groupe franco-britannique, d'obtenir des concessions dans la forêt amazonienne.
Les Indiens révoltés qui craignent d'être dépossédés de leurs terres multiplient les actions en bloquant les routes transamazoniennes et les voies d'eaux depuis des semaines.

Des bâtiments publics ont été incendiés, pillés.
Vendredi 5 juin, les manifestants ont pris trente-huit policiers en otage et les opérations de libération des forces de l'ordre se sont soldées par un bain de sang, dans les deux camps.
Soixante-douze manifestants ont été arrêtés ; leur leader, visé par un mandat d'arrêt, est entré en clandestinité.
Ces violences, qui représentent la plus grave crise depuis l'arrivée au pouvoir du président Alan Garcia, soulignent les tensions entre les élites de Lima et le monde rural pauvre.

Le gouvernement manifeste sa volonté de passer coûte que coûte, d'ouvrir la voie aux compagnies en bafouant les droits reconnus aux communautés depuis les années 1970 (par le gouvernement militaire de Velasco Alvarado) et protégés par des conventions des Nations unies.
Le président Garcia, qui passe pour un critique acerbe des régimes de gauche d'Amérique latine, s'en est pris aux protestataires, les accusant d'avoir attaqué leur propre pays, d'avoir agi comme des terroristes, et il a laissé entendre qu'ils y avaient peut-être été incités par des étrangers.

L'armée a imposé des couvre-feux, mais les milliers d'Indiens révoltés, armés de lances de bois, ont juré de maintenir leurs barrages routiers dans l'Amazonie si le gouvernement ne renonce pas à vouloir briser leur mouvement.
"Nous luttons parce que nous craignons que l'on nous dépossède de nos terres", a expliqué un manifestant de 38 ans à l'un des barrages routiers. Les indiens affirment « qu'un génocide est en cours en Amazonie ».

Ils ont reçu l'appui de nombreux secteurs de la population à travers le pays. Dès avant les événements de ces derniers jours, une mobilisation générale a été programmée pour le jeudi 11 juin.

Ce qui se passe au Pérou est une illustration dramatique d'un problème devenu crucial dans l'ensemble de l'Amérique latine : l'exploitation du sous-sol et la dévastation de l'environnement au détriment des populations autochtones et de la biodiversité. Au Brésil, au Chili, en Colombie, au Guatemala… des groupes indiens s'opposent à des entreprises d'exploitation des ressources pétrolières, minières ou forestières. En Equateur, des communautés amazoniennes ont intenté un procès « historique » à la Texaco qui a provoqué un véritable désastre écologique dans une vaste région. On n'avait jamais vu des communautés amazoniennes intenter un procès à une grande multinationale et encore moins des tribunaux se montrer sensibles à leurs arguments (une décision finale est attendue prochainement).

Plusieurs gouvernements latino-américains ont pris la mesure du problème et s'efforcent d'avancer vers des solutions négociées. C'est le cas, en Bolivie, du président indien Evo Morales qui a renationalisé les réserves d'hydrocarbures et renégocié avec les entreprises étrangères les conditions de leur exploitation, afin d'assurer une redistribution plus équitable des bénéfices, à travers notamment des programmes de développement, d'éducation et de santé pour les populations concernées.

Le président équatorien Rafael Correa a, quant à lui, proposé de geler l'exploitation d'une région entière en Amazonie pour des raisons écologiques et en échange de contreparties financières de la part de la communauté internationale.

Au Brésil, une décision récente de la Cour Suprême est venue confirmer un arrêté du président Lula reconnaissant un immense territoire à des groupes indiens dans le nord de l'Amazonie et freinant ainsi la pénétration des chercheurs d'or ou des trafiquants de bois (au total, ce sont 13% de la superficie du Brésil qui sont aujourd'hui constitués en « territoires indiens »).

Les mouvements indiens qui se sont développés dans l'ensemble de l'Amérique latine dans les dernières décennies ont obtenu des avancées importantes dans nombre de pays, y compris la reconnaissance de droits territoriaux. Le sous-sol cependant reste propriété de la nation et le plus souvent son exploitation est confiée à des compagnies nationales ou multinationales qui pillent et saccagent sans considération ni pour les occupants ni pour l'environnement.
(Reuters)
Antigone
 

Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede hoyas » 08 Juin 2009, 21:48

Suite au Bain de sang dans l’Amazonie péruvienne du 5 juin (http://
oclibertaire.free.fr/spip.php?article573), des organisations
libertaires lancent un appel à la solidarité internationale, à
l’initiative de l’Union socialiste libertaire du pérou (http://
uslperu.blogspot.com/)

En voici la traduction
(http://oclibertaire.free.fr/spip.php?breve145)

Le communiqué suivant est une initiative de solidarité libertaire
internationale avec les peuples originaires et amazoniens du Pérou
dans leur lutte en défense de leurs terres et culture ancestrale.
Celle-ci est atteinte et menacée par le gouvernement péruvien en
alliance avec l’impérialisme, les multinationales et la droite
(principalement l’APRA, l’Union nationale et le fujimorisme), à
travers des décrets législatifs inconstitutionnels et violateurs,
dans le cadre de la signature du Traité de Libre Commerce avec les
Etats-Unis. ».

Nous, Unión Socialista Libertaria, exhortons les organisations
anarchistes, libertaires et proches du monde entier à signer ce
document, à le faire vôtre et à diffuser son contenu à travers vos
espace virtuels, listes e-mail, journaux, revues, bulletins,
communiqués, peintures murales, forums, actions publiques,
culturelles, politiques, etc… avec l’objectif d’établir une
claire position libertaire et militante sur ce qui se passe au Pérou

Pour cela nous appelons les camarades libertaires à organiser, en
relation avec d’autres secteurs proches et en lutte, des
mobilisations et des rassemblements devant les ambassades du Pérou
dans chaque pays, pour dénoncer les actions de l’Etat et des
multinationales dans notre pays.

Nous en appelons à la vocation solidaire qui nous caractérise comme
révolutionnaires libertaires pour faire cause commune, pour nos
frères amérindiens et pour leur faire savoir qu’ils ne sont pas
seuls, que leurs luttes sont les nôtres, jusqu’à parvenir à la
véritable société de pleine liberté, autonomie, progrès humain,
sans exploités ni exploiteurs

Déclaration internationale libertaire

Solidarité avec la lutte des peuples de l’Amazonie du Pérou !


Les communautés amazoniennes et originaires de la forêt péruvienne
(en particulier à Loreto, San Martín, Amazonas, Ucayali, Huánuco,
Cuzco et Madre de Dios) font de nouveau sonner leurs tambours de
lutte et de résistance contre les assauts du modèle économique néo-
libéral préconisé par le gouvernement péruvien (avec le parti
apriste à sa tête) et comme une moyen de force lancent l’appel à
la rébellion populaire après la grève générale illimitée
massivement suivie depuis le 9 avril de cette année. Ces communautés
sont depuis plus de 50 jours engagées dans une lutte qui ne manquera
pas de représenter un clair exemple de courage, d’héroïsme et
d’organisation.

Ce processus intense de la lutte indigène et amazonienne a commencé
après que l’État péruvien, en contradiction avec ses propres
traités internationaux, ait violé systématiquement la Convention
169 de l’Organisation internationale du Travail (OIT), qui prévoit
une consultation préalable des peuples amérindiens ou originaires
avant toute intervention dans leurs territoires par des instances
étrangères à leurs propres communautés.

Cela signifie que le gouvernement apriste a lancé (ou plutôt, a
relancé) une nouvelle phase de pillage et de vente au plus offrant
auprès des multinationales des terres qui, de par la tradition et
l’histoire, appartiennent à chaque communauté (Awajun-Wampis,
Quechua , Arabela, Huaronis, Pananujuris, Achuar, Murunahus ou
Chitonahuas, Cacataibo, Matsés, Candoshis, Shawis, Cocama-Cocamilla,
Machiguenga, Yines, Ashaninkas, Yanesha et autres, y compris les
“sans contact” ou isolés) qui affirment leur droit à
l’existence et à la résistance.

Le rôle de l’État péruvien

La loi 20653, connue sous le nom de la Loi générale des communautés
autochtones, prise par le gouvernement de Velasco Alvarado le 24 juin
1974, reconnaît “l’existence légale et la personnalité
juridique des peuples autochtones d’Amazonie et leurs territoires,
en les déclarant inaliénables, insaisissables et
imprescriptibles”, loi confirmée dans la Constitution de 1979, puis
rayée d’un trait de plume par la Constitution de Fujimori de 1993
(qui a marqué le début de la dictature civico-militaire de
l’actuellement condamné Alberto Fujimori) ouvrant la voie à la
dépossession et au pillage par les gouvernements successifs et
ouvrant la voie à l’Accord de libre-échange (ALE) qui, avec les
décrets-lois de l’actuel gouvernement apriste, ont acquis force de
loi

Nous ne pouvons oublier le fait que, depuis la Constitution de
Fujimori de 93 elle-même, la voie a été ouverte à la spoliation
des ressources mentionnées ci-dessus. Il est donc évident qu’a
été commencé l’étranglement et l’isolement des communautés,
pendant que la cupidité des multinationales parvenait à obtenir
l’établissement de concessions en faveur d’entreprises
pétrolières, gazières, minières, du tourisme et de
l’exploitation forestière dans les régions qui ont
traditionnellement appartenu aux populations qui y sont installés.


C’est ce qui a ouvert la voie à des règlements dans lesquels
l’Etat lui-même, en esquivant les instances législatives (la
Parlement), par le biais de divers décrets-lois, déclare les
territoires des peuples autochtones : “négociables en fonction de
l’économie de marché”.

Une fois de plus, l’Etat péruvien a fait la preuve de son
caractère d’instrument de domination et d’exploitation pour les
classes dominantes de notre pays qui continuent d’exproprier non
seulement les droits politiques mais aussi les ressources propres à
nos populations amérindiennes (peuples originaires) qui aujourd’hui
se sont soulevées dans une rébellion contre le pouvoir oppresseur.

En tant que communistes libertaires, nous déclarons que le droit à
la libre autodétermination des communautés originaires est un
véritable exercice du pouvoir populaire, car ils se fonde sur des
principes communautaires, sur l’usage collectif des ressources
naturelles, et dans les méthodes communautaires de travail et de
répartition des bénéfices, qui depuis des lustres se sont
conservés dans la région amazonienne, où se trouvent 31 des 114
zones de vie et des écosystèmes dans le monde, 95% des forêts du
pays et un important potentiel pour l’eau ou l’énergie
hydroélectrique.

Les peuples de Abya Yala sur le pied de guerre

Dans le cadre de la grève générale amérindienne, s’est
déroulée une importante réunion des communautés andines dans la
région sud du Pérou, en particulier à Puno. Cette rencontre a
été “la IVème Rencontre continentale des peuples et nationalités
indiennes de l’Abya Yala” qui s’est terminé le dimanche 31 mai
dernier par l’engagement unanime de respecter la terre-mère et les
ressources naturelles pour le bénéfice de l’homme et le rejet
catégorique de la privatisation de l’eau, de la présence de
sociétés multinationales et du modèle économique néolibéral.

Tous ces principes sont inclus dans la Déclaration de Mama Quta
Titicaca (lac Titicaca situé entre le Pérou et la Bolivie), qui a
également décidé de mobiliser les organisations sociales et
autochtones au mois de juin en défense des peuples de l’Amazonie et
d’organiser des manifestation ou des rassemblements devant les
ambassades du Pérou dans chaque pays.

Il est important, également, de souligner le caractère de ce Sommet
amérindien qui porte en son essence le germe de l’auto-
organisation, que nous-mêmes, militants libertaires, défendons car
dans ses recommandations finales il est mis en avant “la
construction de peuples plurinationaux communautaires, qui se fondent
sur l’autogouvernement et la libre détermination de tous les
peuples.”

De même, il faut dénoncer le rôle rempli par les médias officiels
qui s’occupent de désinformer, de mentir et d’occulter les
mesures justes qui ont été massivement suivies dans la forêt
péruvienne, en collusion avec le gouvernement néolibéral actuel
avec à sa tête Alan García, le Vice-président et amiral en
retraite Luis Giampietri, responsable des massacres dans les prisons
au cours du premier gouvernement apriste des années 80, le Premier
ministre, Yehuda Simon, ancien dirigeant de gauche, qui a même été
emprisonné pour ses idées et qui est maintenant un gardien fidèle
de la réaction apriste.

On voit clairement que pour la bourgeoisie qui contrôle l’État
sous les ordres de l’impérialisme, la voie vers la dépossession
des communautés est également un plan visant à détruire leur
propre type d’organisation sociale et les rapports qui les lient à
leurs territoires. Cette relation dans son essence s’oppose aux
critères occidentaux de la propriété privée et pour cela
constituent un frein à l’avidité du capital transnational qui
cherchent à pénétrer ces régions, en s’en emparant en
partenariat avec l’État et en les transformant en fiefs propres à
assurer la prospérité et la domination des exploiteurs

Le président Alan García ment “subtilement” quand il dit que sur
les 63 millions d’hectares de la forêt péruvienne, seulement 12
millions appartiennent aux communautés amazoniennes, alors qu’en
fait, elles en couvrent plus de 25 millions, comme l’a affirmé le
chef de file et principal représentant des communautés en lutte,
Alberto Pizango, qui est poursuivi pour “atteinte à la sécurité
commune et perturbation des services publics”, de concert avec les
dirigeants autochtones Marcial Mudarra, les frères Saul et Servando
Puerta, Daniel Marzano et Teresita Antazu. Pizango est par ailleurs
déjà poursuivi pour “rébellion, sédition et autres” par le
procureur pénal provincial de Lima et fait l’objet d’une
troisième plainte devant le second procureur provincial pénal de
Utcubamba (Amazonas), pour “trouble à l’ordre public sous la
forme d’émeutes”.

Il est clair que l’ensemble de ce processus de poursuites et de
persécutions politiques et judiciaires fait partie des efforts de
l’État pour criminaliser les protestations populaires et de
réprimer les justes demandes sociales, en présentant les frères et
les sœurs amérindiens au public comme des “simples vandales ou des
sauvages ignorant du progrès que signifie la mondialisation”.
Pour notre part, en tant que libertaires, nous entendons que la lutte
des peuples autochtones de l’Amazonie et des Andes, dans la défense
de leurs territoires, de leurs organisations et de leurs cultures,
s’inscrit dans un programme minimum qu’implique la conquête des
revendications des peuples opprimés par l’Etat, le capitalisme et
l’impérialisme.

Cette plate-forme doit être basée sur l’utilisation de l’action
directe pour exiger l’expulsion des multinationales de leurs
territoires. Cela en défense de l’intégrité et de la durabilité
de l’habitat et de l’écosystème de la région qui, il faut le
rappeler, est l’un des "poumons" de la planète, pour un
développement soutenable et l’exploitation planifiée de la faune
et la flore sur la base de critères établis par les communautés.
Et également, pour l’auto-défense active de leurs territoires et
leur récupération.

Nous croyons que la véritable solidarité active avec les luttes
amazoniennes et indiennes passent par l’approfondissement de la
protestation populaire (agitation, propagande, grèves, arrêts de
travail, actions directes, etc.) et en incorporant dans toute plate-
forme de lutte celle des peuples originaires aujourd’hui.

Soutenir la juste protestation des peuples originaires de l’Amazonie

Bien que comme libertaires nous n’ayons rien à espérer et attendre
de l’Etat (mais de sa destruction), nous comprenons la lutte des
peuples autochtones comme la partie immédiate d’un projet de plus
grande envergure pour la libération des exploités, et en ce sens
elle s’insère dans une stratégie plus large ou un projet global de
révolution sociale.

En ce sens, nous devons appuyer les revendications qui, dans
l’immédiat portent en elles l’amélioration de leurs conditions
de vie et la maturation de leur organisation sociale, politique et
économique pour faire face à l’État et le détruire de
l’intérieur, en édifiant ces germes de pouvoir populaire qui
feront tomber ce géant aux pieds d’argile qu’est actuellement le
capitalisme, mortellement blessé au niveau mondial, par une crise
globale dont il ne pourra sortir si nous comprenons bien que cette
crise, la bourgeoisie doit la payer et non les travailleurs.

En ce sens, nous soutenons la lutte du peuple amazonien et de ses
diverses communautés pour obtenir des solutions immédiates et nous
appelons à :



-Abrogation de la loi qui attente et viole les intérêts des
communautés originaires et paysannes. C’est-à-dire l’abrogation
de la loi n ° 29317 ou la nouvelle loi sur les forêts et la faune
sylvestre, produit de la modification précipitée et partielle du
décret n ° 1090 (“Loi de la jungle”) et les décrets
législatifs connexes 1089, 1064 et 1020. C’est-à-dire, les 99
décrets imposés aux peuples qui n’ont jamais été consultés.



-Exiger le respect de l’autonomie et de l’autodétermination pour
les communautés autochtones et leur participation politique active
dans la prise de décision et l’approbation ou non, par le biais des
mécanismes de démocratie directe (assemblées populaires,
référendums, etc.) des règles légales ou de contrats de concession.



-Exiger des moyens et facilités pour que les communautés et les
peuples originaires puissent développer leurs activités productives,
de commerce et d’industrialisation, avec la perspective d’un
contrôle direct de ces processus par les habitants eux-mêmes en se
basant sur des principes d’autonomie et de socialisation.



-Exiger les moyens et les facilités nécessaires à l’ouverture et
la promotion de l’éducation et de culture dans les communautés
(par elles et pour elles). Plus d’écoles, plus d’enseignants
formés en vue de promouvoir la professionnalisation des étudiants
des populations originaires. C’est-à-dire, la construction d’un
système éducatif rationnel et de qualité, loin des tendances
concurrentielles et voraces qui commandent le marché capitaliste
mondial.



* Exiger que les plus grands bénéfices de l’exploration et
l’exploitation du pétrole et du gaz, pour les peuples originaires,
ainsi que la construction d’hôpitaux, de routes et les
infrastructures nécessaires, à condition qu’elles soient issues de
l’approbation de la population elle-même et que les mécanismes de
contrôle et d’administration soient gérés par les communautés
elles-mêmes.



-La cessation immédiate de la campagne de criminalisation de la lutte
que le gouvernement apriste et la droite péruvienne ont entrepris, la
fin du harcèlement des militants sociaux et de la création de
constantes psychosociales qui détournent l’attention sociale sur
les problèmes réels du pays.



Solidarité internationaliste avec la lutte des peuples de
l’Amazonie du Pérou !

Abogation immédiate des décrets-lois qui portent atteinte à la
souveraineté des peuples originaires !

Pour la liberté et la défense de la pensée, de la culture et de
l’autodétermination de tous les peuples du monde !


Contre l’autoritarisme de l’Etat, organisation et lutte depuis la
base !
A bas l’ALENA et les autres traités capitalistes !


Dehors les multinationales impérialistes et les bases militaires
yankee en Amérique latine !


Halte à la criminalisation des luttes et libération immédiate des
prisonniers ! Vive les luttes héroïques des peuples amérindiens
d’Abya Yala !


Nous sommes tous des Amazoniens !


Vive ceux qui luttent !



Lima, le 5 Juin 2008


Premiers signataires

1.- Unión Socialista Libertaria (Lima, Pérou) 2.- Red Libertaria Popular Mateo Kramer (Colombie) 3.- Periódico Barrikada (Uruguay) 4.- Convergencia Anarquista Específica (Chili) 5.- Corriente Acción Libertaria (Chili) 6.- Huancayo Rebelde (Huancayo, Pérou) 7.- Centro de Estudios Sociales Manuel González Prada (Huancayo, Pérou) 8.- Columna Libertaria Joaquín Penina (Argentine) 9.- Organisation Communiste Libertaire (France) 10.- Asociación Obrera de Canarias / ?ššer ?m ?hlan n T ?kanaren (Îles Canaries, Afrique) 11.- Frente de Estudiantes Libertarios (Chili) 12.- Federazione dei Comunisti Anarchici (Italie) 13.- Ateneo Autónomo de Contracultura y Estudios “La Libertaria” (Venezuela) 14.- Red Libertaria (Argentine) 15.- Antorcha Libertaria (Colombie) 16.- Revista libertaria Divergences (Belgique) 17.- Colectivo de comunicación y agitación popular “Mecha” (Colombie) 18.- Colectivo ReXiste Riot Grrrl (Colombie) 19.- Estrategia Libertaria (Chili) 20.- Federación Anarquista Uruguaya (Uruguay) 21.- Organización Socialista Libertaria (Argentine) 22.- Organización Comunista Libertaria (Chili) 23.- Colectivo Agitación Libertaria (Chili) 24.- The Anarchist International (…) 25.- Espacio Libertario (Argentine) 26.- Kolectivo Utopía Ácrata Libertario (Argentine) 27.- Colectivo ResGestae (Colombie) 28.- Fédération Anarchiste (France/Belgique) 29.- Colectivo Qespikay (Cusco, Pérou) 30.- Periódico Anarquista « El Surco » (Chili) 31.- Buffalo Class Action (États-Unis) 32.- Zabalaza Anarchist Communist Front (Afrique du Sud) 33.- Unión Solidaria y Libertaria (Argentine ) 34.- Workers Solidarity Alliance (États-Unis et le Canada) 35.- La Batalla de los trabajadores (Chili) 36.- Colectivo : Kolumna Insumisa Fraternal Anarquista (Colombie) 37.- Alternative Libertaire (France). -38.- Coordination des Groupes Anarchistes (France). 39.- Federação Anarquista do Rio de Janeiro (Brésil). 40.- Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (France). 41.- Miami Autonomy and Solidarity (États-Unis). 42.- Társadalmi Forradalom -anarcho communist portal- (Hongrie). 43.- North Eastern Federation of Anarchist-Communists (États-Unis). 44.- Colectivo de Género Libertario de Arica (Chili). 45.- Grupo Militante Libertario (Mexique)

Traduction par l’Organisation Communiste Libertaire (OCL)

http://oclibertaire.free.fr/

edit qierrot : j'ai mis à jour la liste des signataires
hoyas
 

Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede conan » 08 Juin 2009, 21:56

Je suis toujours ému d'apprendre ce genre de nouvelles. Merci Antigone.
Qu'on est LOIN de la conscience des Amérindiens dans les luttes !
Au passage, je ne sais pas si c'est très pertinent mais j'ai toujours trouvé dans la forte capacité de révolte des Amérindiens (et ce depuis toujours) le plus flagrant des démentis historiques qu'on puisse opposer aux vieux adages du Karl : ce sont bien les vieilles sociabilités de sociétés agrestes, parmi des exploités à forte majorité ruraux, qui sont les plus porteuses aujourd'hui. Parce que contrairement à la ville, la terre en tant qu'espace de liberté à conquérir, et de dignité basique (se nourrir, se loger, être indépendant sur un espace défini, préserver la dignité d'une sociabilité transversale), est bien plus porteuse en termes de lutte réelle que les révoltes urbaines d'individus exploités par le salariat et l'usine. Certes, l'usine et la ville concentrent, mais la nature de l'asservissement change. On ne dort pas dans une usine, on ne mange pas ses écrous, ses boulons et ses tuyaux. Alors qu'on peut vivre sur une terre.
conan
 

Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede skankerror » 09 Juin 2009, 01:46

conan a écrit:Ce sont bien les vieilles sociabilités de sociétés agrestes, parmi des exploités à forte majorité ruraux, qui sont les plus porteuses aujourd'hui. Parce que contrairement à la ville, la terre en tant qu'espace de liberté à conquérir, et de dignité basique (se nourrir, se loger, être indépendant sur un espace défini, préserver la dignité d'une sociabilité transversale), est bien plus porteuse en termes de lutte réelle que les révoltes urbaines d'individus exploités par le salariat et l'usine. Certes, l'usine et la ville concentrent, mais la nature de l'asservissement change. On ne dort pas dans une usine, on ne mange pas ses écrous, ses boulons et ses tuyaux. Alors qu'on peut vivre sur une terre.


Tutafait, d'ailleurs à la naissance du prolétariat celui-ci était très virulent non seulement parce que les conditions d'existence étaient très dures mais aussi parce qu'il était directement issu du monde rural et avait gardé certaines de ses valeurs.
Le dernier "Offensive" aborde le sujet : http://offensive.samizdat.net/
skankerror
 

Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede conan » 09 Juin 2009, 11:03

Je n'ai hélas pas encore lu ce numéro mais il est sans doute passionnant, merci !
Sur l'anarchisme en campagne, j'y pense mais on peut aussi citer l'Ukraine de Makhno (qui était un jeune paysan). :)
conan
 

Solidarité avec les communautés indigènes du Pérou Rassemble

Messagede chazov » 10 Juin 2009, 10:00

Solidarité avec les communautés indigènes du Pérou
Rassemblement jeudi 11 juin, paris, ambassade du pérou


La Federacion de Asociaciones peruenas en Francia, l’Asociacion Manos Limpias, l’Asociación Nuestra America en Marcha, Unipoma, l’Asociación LUPUNA, Radio latinos, le Padre Cesar Martin Terrones Capellan de la Comunidad Latinoamerica de Paris, vous invitent à exprimer votre solidarité avec les communautés indigères du Pérou en participant au Rassemblement Jeudi 11 juin de 10 à 11H "PLANTON FRENTE A LA EMBAJADA PERUANA", 50 avenue Kléber, M°Kléber

Communiqué et appel à signatures sur le site internet de France Amérique Latine Halte au massacre des communautés indigènes de l’Amazonie péruvienne

Pour la défense des droits des peuples indigènes et de la biodiversité de l’Amazonie au Pérou, patrimoine de l’humanité.

En réponse à la grève générale pacifique menée depuis 2 mois par les indigènes en Amazonie péruvienne contre onze décrets favorables aux Traités de Libre Commerce et attentatoires à leurs droits et à l’environnement, le gouvernement d’Alan Garcia a lancé vendredi 5 juin à l’aube une attaque d’une violence extrêmement grave sur les manifestants qui occupaient depuis 10 jours la route Belaunde Terri, dans l’endroit nommé la « Curva del Diablo », dans le département d’Amazonas, au nord du pays.

France Amérique Latine condamne fermement ces crimes, et demande que toute la lumière soit faite sur la responsabilité du gouvernement d’Alan Garcia, commanditaire de cette intervention armée.

Dans une démarche unitaire, et encouragée par de nombreuses organisations péruviennes à participer à une mobilisation internationale le 11 juin prochain, France Amérique Latine se joint à l’appel "PLANTON FRENTE A LA EMBAJADA PERUANA" à manifester devant l’Ambassade du Pérou jeudi matin à 10h00, au 50 avenue Kleber, 75016 Paris et vous invite à faire de même.

Organisateurs : COLECTIVO DE PERUANOS EN FRANCIA FEDERACION DE ASOCIACIONES PERUANAS EN FRANCIA ASOCIACION MANOS LIMPIAS ASOCIACION SEXTO CONTINENTE ASOCIACION NUESTRA AMERICA EN MARCHA

Vous trouverez également l’appel à signature que nous avons lancé depuis la semaine dernière, complété par les premiers signataires. N’hésitez pas à signer et à diffuser autour de vous !

Pour signer la pétition, cliquez sur le lien suivant : Communiqué et appel à signatures

En version espagnole : Comunicado y petición de firmas

Premiers signataires organisations et personnalités :

France Amérique Latine (FAL), France, Association Culturelle Lupuna, France.

ATTAC, France CETRI - Centre tricontinental, Belgique Le Cercle Bolivarien de Paris. Colectivo de peruanos en Francia Comité de Apoyo Internacional - Partido Nacionalista Peruano CAI-PNP-Paris Comite de solidarité avec l’Amérique Comite Oscar Romero SICSAL Comité Perú Association ¿Dónde Están ? El Consejo Pro-Bolivia Europa Association franco-chilienne CORDILLERA, France Europe solidaire sans frontières (ESSF, France) El Grupo de Derechos Humanos y Sostenibilidad (GIDHS), Espagne Les Alternatifs, France Le Parti Humaniste Manos Limpias Europa Mémoire des luttes Mouvement de la paix, France Nuestra América En Marcha NPA PCF Association SIMON BOLIVAR, France SODEPAZ Association "Tierra Y libertad para Arauco” », France La Union de Asociaciones Latinoamericanas en Francia (UNION)

source :
http://oclibertaire.free.fr/spip.php?breve146#forum410
chazov
 
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Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede Pïérô » 13 Juin 2009, 14:50

Gros travail à souligner de camarades de l'OCL autour de cette question.
Articles et infos sur le site de l'OCL. Dernières infos, http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article578 :

la journée de grève du 11 juin en solidarité avec les peuples amazoniens
a été massivement suivie.


La journée du 11 juin était une journée de mobilisation en solidarité avec les peuples de l’Amazonie péruvienne en lutte contre la spoliation de leurs terres, et en butte à une répression sanglante depuis le 5 juin 2009.

Mise à jour : Vendredi 12 juin, 11 heures ici (4 h du matin au Pérou)

Des dizaines de milliers à Lima

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont descendu dans les rue de Lima en solidarité avec les populations amazoniennes. “Alan genocida”, “Alan asesino, igual que el chino (Fujimori)”, étaient les slogans les plus entendus. Pour de nombreux témoins, c’était une des plus grandes manifestation de ces dernières années. A part les classiques partis de gauche, il y avait de tout : étudiants, ouvriers, amérindiens dans leurs costumes traditionnels, artistes connus et inconnus, et même des religieuses qui chantaient des chansons catholiques ! Egalement, la présence notable des policiers du syndicat Fenapol qui manifestent leur refus de la politique répressive du gouvernement.

Vers 16h, alors que la marche se trouvait à trois rues du Congrès, la police a voulu empêcher les manifestants d’approcher. Beaucoup d’entre eux n’ont pas supporté qu’on leur interdise l’accès au Parlement et ont alors forcé le barrage policier. La police a répondu en lançant des gaz lacrymogènes, souvent à tirs tendus, provoquant beaucoup de blessés. La foule se replie sur la Plazza San Martín où des groupes de théâtre de rue et d’acrobaties se manifestent. Il y a à ce moment là encore 3000 manifestants rassemblés malgré les charges et les tirs. La manifestation est alors partie dans la direction du Parque Universitario.

Les affrontements ont duré près de deux heures avec charges de la police montée et jets de pierres. Le bilan serait de 2 détenus et 3 blessés dont un grièvement (un passant qui aurait reçu une grenade lacrymo en plein visage) qui a été hospitalisé.

La manifestation s’est terminée par un meeting au cours duquel plusieurs organisations ont pris la parole et annoncés d’autres mobilisations notamment la Confederación Nacional de Comunidades del Perú Afectadas por la Minería (CONACAMI).

Les observateurs ont noté la présence de nombreux étudiants dans cette manifestation Près d’un millier de jeunes issus de divers établissements universitaires s’était regroupé sur la Plaza Dos de Mayo pour rejoindre ensuite la marche de protestation pour les évènement de Bagua.

Pour Guillermo Bermejos, représentant du mouvement social “Todas las Voces”, le fait que ces centaines de jeunes ont rejoint cette manifestation sans dépendre d’un parti ou d’un syndicat est le signe d’une rénovation politique et sociale positive. Protestation empêchée à Bagua

La protestation convoquée nationalement n’a pu être réalisée dans la petite ville de Bagua Grande, capitale de la province de Utcubamba (région de Amazonas). La journée devait débuter par une messe en l’honneur de trois civils morts vendredi dernier mais depuis les premières heures de la matinée, l’armée a entouré la seule église de la ville, et en empêchait l’accès aux paroissiens. La célébration religieuse a donc été interrompue.

Par haut-parleur, les soldats ont proclamé que les garanties étaient suspendues et il n’y a pas de possibilité de se rencontrer, même d’assister pacifiquement à une messe.

En réponse, les dirigeants du front civique et de la coordination politico-sociale ont indiqué que toutes les activités étaient suspendues et ont décrété une journée portes closes totale pour ne pas provoquer les forces de l’ordre ou de générer plus de confusion parmi la population.

Depuis très tôt le matin, les gens étaient prêts à répondre à cette journée de grève et c’est pourquoi les magasins et les marchés sont restés fermés. Une marche pacifique avec les drapeaux blancs de la paix était prévue et n’a pas pu avoir lieu.

Par ailleurs, hier, trois stations de radio locales ont été fermées par des fonctionnaires du ministère des Transports et des Communications et par la police, qui se sont emparés des l’équipements et du matériel en raison de l’absence de licence d’exploitation.

Après cela, les journalistes radio La Voz ont reçu des menaces disant « maintenant, nous arrivons » ou « c’est ton tour qui vient » et selon une hypothèse, cela viendrait des membres de l’équipe ministérielle eux-mêmes afin d’effrayer cette station qui depuis le début, soutient le mouvement de protestation de la région amazonienne.

Radio La Voz a dénoncé que l’on veuille la mêler à des actes qu’elle n’a pas commis, comme d’avoir incité le 5 juin les autochtones au meurtre de policiers Yurimaguas, Tarapoto : mobilisation massive

Sensation de calme intense durant cette journée. Les blocages de la route qui relie Yurimaguas et Tarapoto aux kilomètres 4, 17 et 34 ont été renforcés par des milliers d’amérindiens venus de zones plus éloignées, notamment de Alto Amazonas où l’état d’urgence vient d’être décrété. D’après les organisateurs de cette journée, ils étaient au total 6000 à avoir suivi l’appel à la mobilisation. La police était ici invisible. Une manifestation s’est déroulée à la mi-journée dans le centre de la ville, à l’appel d’associations, de syndicats de l’éducation et de la santé. Parmi les banderoles et slogans, la solidarité avec Alberto Pizango était particulièrement notable. Le Pérou est resté en grande partie paralysé.

A Puno, les transports ont été paralysés, toutes les routes ont été bloquées par des blocs de pierre et de bois, y compris la Panamericana Sur en direction de la frontière avec la Bolivie. Manifestations (dans le centre où des pierres ont été lancées contre la préfecture et le siège du parti Apra. Affrontements avec la police. Le casque d’un policier a même été subtilisé par des manifestants qui l’on brûlé peu après sur une place publique.
A Juliaca, aucun transport, personne n’entre ni ne sort, le marché est fermé. Dans la région, les classes n’ont pas eu lieu.

A Tacna, la direction régionale de l’éducation a décidé la suspension des cours.

A Jaen (province de Cajamarca), paralysie totale, aucune institution ni entreprise n’a fonctionné. Au cours de la manifestation qui se déroulait dans le calme, un jeune maçon awarun a été arrêté par la police, matraqué et embarqué. Une journaliste de télévision, Maritza Ramírez, qui filmait la scène a été également arrêtée. Libérée peu après, elle n’a pas retrouvé son matériel de travail avec le précieux enregistrement…

A Satipo, région de Junín (amazonie centrale), tout était paralysé et les habitants ont suivi la grève en restant chez eux. Des marches ont été organisées dans la région de Rio Negro et La Merced.

A Huancayo (Junín), des affrontements ont opposé pendant plusieurs heures la police et des étudiants. Ceux-ci avaient pris position sur la Route Centrale pour la bloquer en solidarité avec le mouvement national de protestation. Arrivée de la police, gaz lacrymogènes et ripostes des étudiants à coups de pierres et de morceaux de bois. Il a fallu des renforts de police pour venir à bout des manifestants vers 18 h. Bilan d’après la police : 5 policiers blessés, une vingtaine d’étudiants arrêtés alors qu’ils voulaient se réfugier dans l’université.

Manifestations à Pucallpa, Yarinacocha, Cuzco, aux cris de « Le sang versé, jamais ne sera oublié » Et aussi dans le région de Ucayali.

A Iquitos, la manifestation a pu compter avec la nombreuse participation des étudiants qui lui ont donné en outre une touche artistique : bougies enflammés, danses, chansons, scènes de type théâtral…

A Arequipa, les manifestants ont lancé des œufs sur le bâtiment de l’administration fiscale

Mobilisations hors du Pérou

Des rassemblements ont eu lieu à Paris, Madrid, Barcelone, Bilbao ; Rome, Turin, Bruxelles, La Haye… Et également dans la pluparts des pays d’Amérique du sud : Argentine, Bolivie, Equateur, Colombie, Uruguay… La riposte du gouvernement : un appel à manifester de l’Apra « en défense de la démocratie »

Pour bien montrer qu’il na lâche rien, le gouvernement par l’intermédiaire de son parti a lancé ce 11 juin un appel à manifester mardi prochain « en défense de la démocratie, comme une réponse politique aux actions de quelques organisations extrémiste dans le pays qui prétendent déchaîner le chaos et la violence ».

Pour le parti Apra, les Indiens sont utilisés comme « chair à canon » par des organisations de type communistes, avec des sendéristes et des membres du MRTA… tout cela avec des organisations qui travaillent dans les communautés amérindiennes et financées par des ONG européennes qui visent à provoquer une stratégie à la bolivienne qui a permis, sous prétexte de défendre les droits des Indiens, l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales.

Le parlementaire apriste Mulder qui a lancé cet appel a ajouté que les militants de l’Apra sont maintenant mobilisés pour défendre les locaux du parti (qui ont souffert de quelques attaques de feu et de pierres) et qu’ils effectueront de rondes de surveillance pour que cela cesse. Décrets contestés suspendu, dialogue : comment et pour aller où ?

Suite à la « suspension » pour 90 jours des décrets contestés par les populations amazoniennes, amérindiennes ou non, le gouvernement a assuré vouloir reprendre le dialogue avec les communautés en créant le “ Groupe National de Coordination pour le Développement des Peuples Amazoniens”, avec représentants des régions et des communautés. Mais en excluant l’Association Inter-ethnique de Développement de la Forêt Péruvienne (Aidesep) dont le porte-parole est réfugié dans les locaux de l’ambassade du Nicaragua, ce « dialogue » risque fort de tourner court ou de n’être qu’un jeu politicien pris pour amuser la galerie ou gagner du temps devant le caractère inconstitutionnel des décrets suspendus. .

Après avoir dit que les populations originaires n’étaient pas des « citoyens de première classe » et que les richesses du sol et sous-sol amazonien appartenaient à tout le Pérou et non uniquement à ceux qui y habitent, le gouvernement d’Alan Garcia multiplie les propos contradictoires qui les rendent peu crédibles sauf sur un point : il ne renonce en aucun cas à ses projets de donner toute liberté aux multinationales d’exploiter et de piller les richesses de la forêt amazonienne.

Un gouvernement affaibli et qui pour beaucoup a perdu toute légitimité mais qui tente de rebondir en s’élargissant aux deux autres partis (la droite nationale et les fujimoristes) et surtout de monter les “Péruviens” contre les “Indiens” sur le registre raciste de toujours, le progrès et la patrie contre les sauvages archaïques.

Les appels se multiplient donc pour demander le départ de ce gouvernement et la formation d’une assemblée constituante. Pendant que d’autres, et parfois les mêmes, souhaitent aller vers une grève générale indéfinie pour en finir avec ce régime et l’oligarchie.

En attendant, la lutte continue…
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Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede vroum » 17 Juin 2009, 10:10

« Tierra y Libertad » pour tous les peuples du monde !

Solidarité avec les communautés péruviennes en lutte

Pérou, vendredi 5 juin, 5 heures du matin, l'Etat montre son vrai visage : l'armée et la police attaquent par terre et par air, en utilisant des balles réelles. Il en résulte des dizaines de morts, des centaines de blessés. Les « dangereux terroristes » éliminés appartiennent à des peuples autochtones de la région Amazonas qui bloquaient pacifiquement une route près de Bagua au nord du Pérou.

Depuis, la zone est totalement militarisée, des responsables amérindiens sont recherchés par toutes les polices... Il en coûte cher de s'opposer aux intérêts des multinationales, dont l'Etat est le garant... Pourtant Alan García avait été élu en 2006 pour changer le modèle économique néolibéral en place... Ce ne sont pas les anarchistes qui s'étonneront de la trahison des promesses des politiciens, quelle que soit leur couleur.


Cela fait bien longtemps que les territoires amazoniens occupés par les peuples originels font l'objet des convoitises capitalistes. Déjà, au début du vingtième siècle, la « fièvre du caoutchouc » avait conduit aventuriers et hommes d'affaires à torturer et massacrer des communautés indigènes.

Plus récemment, après la signature d'un traité de libre commerce avec les Etats-Unis (TLC), le gouvernement péruvien avait imposé en 2008 des décrets facilitant l'implantation d'entreprises pétrolières, gazières, minières ou liées à l'exploitation forestière ou au tourisme. Depuis, les protestations et manifestations se sont amplifiées au Pérou.

Dernièrement, en mai 2009, à l'occasion de la « 4ème Rencontre continentale des peuples et nationalités indigènes de l'Abya Yala (les Amériques) », les communautés présentes ont « rejeté catégoriquement la privatisation de l'eau, la présence de sociétés multinationales, le modèle économique néo-libéral ».

L'AIDESP, une coordination de 1350 communautés au Pérou a appelé à « l'état d'insurrection » et à faire du 11 juin une journée de mobilisation populaire pour « l'abrogation des décrets encourageant les entreprises étrangères à investir dans les zones habitées par les autochtones. » C'était le 4 juin, et le 5 juin...

La Fédération Anarchiste se joint aux nombreuses organisations anarchistes d'Amérique latine et d'ailleurs pour exiger l'abrogation des décrets et l'arrêt de la campagne de criminalisation de ceux qui la réclament.


Les prédateurs qui se pressent en Amazonie ont des noms : Parenco (Franco-britannique), Petrofilera (Canada), Petrobras (Brésil), Pluspetrol (Argentine), BPZ Energy (USA), Repsol (Espagne)... Nous appelons à ne pas les laisser dans l'ombre !

La Fédération Anarchiste est bien consciente qu'au delà des intérêts directs de ces exploiteurs, les Etats protègent le désordre économique mondial. En effet, depuis quelques années, les révoltes amérindiennes prennent de l'ampleur, se coordonnent, communiquent avec les autres peuples originels, mais aussi avec ceux qui s'opposent au capitalisme. Les luttes se multiplient, les pratiques d'autonomie se développent dans tous les domaines (communication, éducation, santé, sécurité, justice...). Parmi les plus connues, rappelons celles des communautés zapatistes (1994), des communautés paysannes d'Atenco contre la construction d'un aéroport (2002), la Commune d'Oaxaca (2006). A chaque fois l'Etat produit la seule réponse qu'il connaisse, la répression ! C'est que les pratiques basées sur les « us et coutumes » amérindiens de démocratie directe non seulement se développent, mais intéressent au delà des peuples originels. Elles rejoignent certaines propositions anarchistes : autonomie vis à vis de l'Etat et des partis politiques, décisions collectives, fédéralisme...

En ce sens la Fédération Anarchiste se reconnaît dans les analyses produites lors de la rencontre d'octobre 2007 réunissant plus de soixante communautés amérindiennes des deux Amériques à Vicam (Mexique) : « Le capitalisme nous a amené la propriété privée, l'injustice, la violence et la tyrannie, les ravages d'une extermination sanglante par la croix et l'épée. Pour nous, peuples originels, le système capitaliste est totalement contraire à nos principes. Cette guerre capitaliste nous affecte tous, tous les pauvres, pas seulement les indiens. Ce monde n'aura aucune chance de continuer à exister si ce sont ceux d'en haut qui gagnent cette guerre ».


La lutte des peuples autochtones, au Pérou et ailleurs, s'inscrit dans un projet global de révolution sociale. Avec nos compagnes et compagnons magonistes de la révolution mexicaine, avec nos compagnons cénétistes de la révolution espagnole :

« Tierra y Libertad » pour tous les peuples du monde!


Secrétariat aux Relations Internationales

Fédération Anarchiste (France)
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Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede Bibo » 17 Juin 2009, 12:21

Rassemblement parisien samedi 20 juin, de 13h à 17h au Trocadero.
Bibo
 

Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede Nico37 » 17 Juin 2009, 16:29

Brochure sur l’insurrection péruvienne et le massacre d’Etat du 5 juin 2009

Insurrection massive pour le contrôle démocratique des ressources et l’autonomie au Pérou : L’état massacre les révoltéEs ! Publication d’une brochure illustrée à faire tourner très rapidement et très généreusement autour de vous pour expliquer ce qu’il se passe au Pérou en ce moment, où l’Etat massacre les AndinEs et AmazonienNEs insurgéEs pour l’autonomie et le contrôle démocratique des ressources. La lutte est en cours ! Plus d’infos sur le site de l’Organisation Communiste Libertaire http://oclibertaire.free.fr et d’Amérikenlutte http://amerikenlutte.free.fr

La brochure (en français) est sur le site d’ Indymedia Pérou : http://peru.indymedia.org/news/2009/06/44744.php

Il faut faire un clic droit sur le lien pdf et choisir "enregistrer la cible du lien sous", puis aller chez votre marchand de photocopies le plus proche avec votre clé USB, ou bien profiter de vos heures de travail et de vos accès a des photocopieuses gratuites pour propager l’information.


Terre et liberté !
Nico37
 
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Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede Johan » 18 Juin 2009, 12:33

Bruxelles et Gand: Actions de solidarité avec les peuples indigènes du Pérou

Dans la nuit du mardi au mercredi 17 juin, des individus ont lancé des boules de peinture sur l'ambassade péruvienne à Bruxelles. Avec un mot au pied du batiment: 'ASSASSINO'.

A Gand, c'est le consulat du Pérou, Koningin Astridlaan 185, qui a été occupé ce mercredi 17 en solidarité avec la lutte des peuples indigènes d'Amazonie. Les occupants ont pendu des banderoles et distribué des tracts aux passants et avaient installé devant le consulat une exposition des photos sur les évènements qui ont eu lieu ces deux derniers mois. Les occupants déclarent que cette action a lieu en solidarité avec la lutte des peuples indigènes et amazoniens du Pérou et d'ailleurs, qui sont constamment objet de répression d'Etat, lorsqu'ils luttent pour la sauvegarde de leur milieu. Le sommet de cette terreur d'Etat a été le massacre du 5 juin 2009 au Pérou. Après plus que 50 jours de protestations pacifiques, la police est intervenue sauvagement, entre 30 et 80 activistes ont été tués par des balles pendant un blocage pacifique de la route. La police a tiré sur les personnes qui bloquaient à partir d'un hélicoptère. Cette répression soutient les intérêts des compagnies occidentales (pétrolière et gazière) voulant exploiter l'Amazonie, elles portent donc la responsabilite pour la répression contre les peuples indigènes. Être neutre dans ce combat n'est pas possible, la lutte des habitants indigènes est une lutte pour toutes les valeurs partagées par tous ceux d'en bas: solidarité, égalité, autonomie et justice!

Source: Secours Rouge
Johan
 

Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede Pïérô » 20 Juin 2009, 12:02

de l'OCl , http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article583 :

Pérou Victoire indienne et populaire !

Le 18 juin 2009 restera sans doute gravé comme une des dates importantes de l’histoire moderne des luttes indiennes en Amérique latine et plus particulièrement au Pérou, pays aux multiples communautés autochtones, andines comme amazoniennes.
Après 71 jours de mobilisations, de grèves, de blocages des voies de communications, et au prix des violents affrontements des 5 et 6 juin dernier, les communautés indiennes de la région amazonienne du Nord Pérou ont fait plier le gouvernement.
Deux des principaux décrets-lois contestés ont finalement été abrogé par le Parlement le 18 juin.


Le prix politique extrêmement élevé que commençait à payer le gouvernement d’Alan Garcia lui a fait faire machine arrière, au cours des derniers jours.
D’abord en « suspendant » les décrets pour une période de 90 jours, puis en promettant d’ouvrir un nouveau débat avec les chefs des communautés. Puis, lundi 15, le premier ministre Yehude Simon, en rencontrant les apus (chefs traditionnels indiens) et en leur annonçant que le gouvernement allait révoquer les décrets. Puis ce même premier ministre annonçant sa prochaine démission dès le conflit terminé ont été les étapes de ce recul.

C’est maintenant chose faite.

L’ampleur des mobilisations internes au Pérou au delà même de la zone de conflit, les risques d’escalades dans la confrontation violente (dont les 24 policiers tués ont démontré l’extraordinaire détermination des indiens), l’onde de choc provoquée dans les communautés amérindiennes des pays limitrophes (en particulier l’Equateur mais pas seulement) et la multiplication des prises de position contraires de la part des organisations internationales (ONU) ont amené à ce qu’il faut bien appeler un recul total du gouvernement.

Ce recul est une défaite.

Il n’a pas réussi à mobiliser les “péruviens“ contre les “autochtones“ coupables de primitivisme et de sauvagerie.
Il n’a pas réussi à internationaliser la crise malgré les multiples accusations de sédition organisée par des agents de l’“étranger” et plus particulièrement l’axe du mal régional qui va de La Paz à Caracas (et sans doute jusqu’à La Havane).
Il n’a pas réussi à faire croire que derrière cette mobilisation ample et déterminée de toute une population se cachaient des « terroristes » et autres subversifs cherchant à déstabiliser le pays avec l’aide d’ONG européennes…
Il n’a pas réussi à opposer les “vrais” amazoniens et leur apus (chefs communautaires) aux organisations de défense qu’ils se sont donné : peine perdue, le gouvernement a dû céder devant les “vrais“ représentants des communautés !

Aujourd’hui vendredi 19 juin, les principales organisations à l’origine de la mobilisation ont appelé au démantèlement des barrages (axe routiers, voies fluviales, station pétrolières de pompage) et la fin provisoire du mouvement. Provisoire car les différents porte-parole des organisations amazoniennes ont bien précisé que le mouvement reprendrait si le gouvernement ne tenait pas ses promesses.

Les décrets, pris par le gouvernement et finalement abrogé par le parlement, n’étaient que la traduction à l’intérieur du Pérou de divers accords de libre-échange (TLC) avec les Etats-Unis.
Mais rien n’est réglé. Ces accords existent. D’autres accords sont en préparation avec l’Union Européenne. Depuis deux ans en effet, dans la plus grande discrétion, des pourparlers ont été engagés par les 27 pays européens en vue de parvenir à un accord d’association (ADA) avec quatre pays andins (Bolivie, Pérou, Équateur et Colombie).
Si la Bolivie, qui vient de considérer l’eau, la santé et les produits du sous-sol comme non aliénables a semble-t-il été exclue de la phase finale des discussions, il n’en est pas de même pour la Colombie et le Pérou, deux pays dirigés par des gouvernement ouvertement “néolibéraux”.

Mais cette lutte n’est pas terminée.

Seuls 2 décrets-lois ont été abrogés. Il en reste 7 autres, ce qui laisse encore au gouvernement une petite marge de manœuvre.
Ensuite, les mesures répressives et judiciaires se poursuivent. Les indiens arrêtés n’ont pas été libérés et 18 d’entre eux, poursuivis pour meurtre de policier ont été internés dans la prison de haute sécurité de Chachapoyas
Enfin, la vérité sur les disparus va devenir un autre enjeu.
Pour l’instant, les chiffres officiels donnent toujours 34 victimes : 24 policiers et 10 manifestants.
Selon les témoignages, les disparus seraient entre 40 et 60.
S’il semble évident que certains disparus sont tout simplement en fuite, de peur d’être arrêtés, les nombreux témoignages parlant de policiers embarquant des cadavres dans leur véhicules sont de toute évidence à prendre en compte. De multiples organisations demandent la mise en place d’une commission indépendante d’investigation sur les faits de disparitions et pour que toute la lumière soit faite sur les évènements.

Enfin, les luttes contre la privatisation et le pillage des ressources naturelles ne se limitent pas à la zone amazonienne. Beaucoup plus au sud, dans la province andine de Andahuaylas (région de Apurímac), les habitants bloquent une route importante et demandent une “obole volontaire” aux voyageurs pour qu’ils puissent continuer leur voyage.
Ici, la protestation a démarré il y a une semaine et les demandes sociales sont multiples : contre la privatisation de l’eau, pour plus d’instituteurs et de professeurs dans les écoles, et l’application des promesses présidentielles : baisse des prix des engrais, fourniture de matériel agricole (tracteurs), travaux d’assainissement, …. Et aussi la démission du président pour la répression qu’il a ordonné à Bagua. Ils exigent que le premier ministre vienne sur place les rencontrer pour qu’il démontre bien qu’il veut le dialogue et en demandant qu’il vienne avec de propositions concrètes et pas encore des promesses.

Décidément, l’oligarchie de Lima n’en a pas fini avec les communautés amérindiennes qui années après années ont pris conscience, non seulement de leurs droits (sociaux, historiques, politiques…) mais aussi et surtout de leur capacité à les faire respecter.

Cette bataille perdue par l’oligarchie et gagnée par les populations en lutte n’est pas la fin de la guerre.

Les décrets-lois abrogés, partiellement ou pas, la logique capitaliste d’appropriation, de pillage, de privatisation des biens communs se poursuivra tant que le cadre politique général ne sera pas notablement modifié. D’un autre côté cette victoire populaire, la victoire des communautés indiennes, est évidente. Elle est surtout importante car elle donne de la confiance, de la force pour continuer et sans doute pour amplifier les mouvements de résistance dans cette région du Pérou, dans l’ensemble du pays, et au-delà, dans ce continent où les voix des populations originaires se font entendre avec toujours plus de puissance, devenant déjà dans certaines zones, dans certains pays (Equateur, Bolivie…) un ensemble de forces structurantes du nouveau panorama social-politique.
Et même ici, dans nos vieux pays de la vieille Europe, cette lutte victorieuse ne peut que donner plus de force et d’énergie à tous ceux et celles qui savent que c’est par la lutte, et uniquement par elle, par des rapports de forces construits et opiniâtres qu’il est possible de faire reculer la barbarie capitaliste et productiviste.

Le 19 juin 2009
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Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede Bibo » 23 Juin 2009, 10:55

Ouais, enfin bon, il a fallu virer le Parti Humaniste de la manif, parce que visiblement, les gens ne savant pas qui ils sont ... :gerbe:
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Re: Révolte des indiens d'Amazonie

Messagede Antigone » 18 Juil 2009, 17:31

Lu dans Courrier International, hebdo du 16 juillet 2009.
Entretien avec Fiona Watson (chargée de campagne à l’ONG Survival International).

Quelle est la situation des tribus d’Indiens non contactés en Amérique latine ?
La situation dans cette partie du monde est extrêmement sérieuse. Ces tribus sont petites et très vulnérables. L’Amazonie est de plus en plus exploitée, notamment par des compagnies pétrolières. Regardez ce qu’il se passe en ce moment au Pérou. [Une révolte a éclaté en juin dans le nord du pays. Les Indiens (non isolés) de la région protestent contre l’exploitation abusive de leurs terres par les multinationales. Cette manifestation a été réprimée par les autorités faisant au moins 200 morts du côté des Indiens.] Partout les Indiens [isolés ou non] sont repoussés jusqu’aux limites de leurs possibilités de survie.

Pourquoi les Indiens s’isolent-ils ?
La plupart des peuples indiens dits "non contactés" sont les survivants, ou les descendants, d’actes génocidaires. Ils refusent tout contact avec le monde extérieur tant les violences, massacres et épidémies dont leur groupe a été victime sont ancrés dans leur mémoire collective. Beaucoup d’Indiens d’Amazonie occidentale sont les descendants des rares survivants du boom du caoutchouc qui eut pour conséquence, à la fin du XIXe siècle, l’extermination de 90 % de la population indienne. A cause notamment des mauvais traitements que subissaient les Indiens réduits à l’esclavage pour récolter le caoutchouc.
D’autres sont les survivants de massacres plus récents comme les Cinta Larga qui ont été victimes des patrons brésiliens du caoutchouc entre les années 1920 et 1960. Le directeur de la compagnie Arruda, Junqueira & Co avait planifié le massacre sous prétexte que les Cinta Large se trouvaient sur le chemin de ses activités commerciales. Il affréta un avion à bord duquel furent largués des bâtons de dynamite sur les villages indiens. Ses hommes de main achevèrent ensuite sauvagement les survivants. En 1975, l’un des auteurs du crime, José Duarte de Prodo, a été condamné à dix ans de prison, mais il fut gracié quelques mois plus tard. Il déclara au procès : "Il est bon de tuer les Indiens, ce sont des traîtres et des paresseux.”

Aujourd’hui, que se passe-t-il quand les Indiens se retrouvent en contact avec le monde extérieur ?
Le problème numéro un est celui de la santé. Quand des tribus non contactées sont en contact avec le monde extérieur, cela a un effet absolument dévastateur. Il y a de nombreux exemples au Brésil. Dans les années 1970 et 1980, le gouvernement avait dans un premier temps décidé de les contacter pour les assimiler à la société. La moitié des populations contactées sont décédées. J’ai parlé à un chaman qui fait partie de ces tribus. Il m’a dit qu’ils avaient perdu tous les jeunes et que, maintenant, il ne restait qu’une petite population désorientée et en perte d’identité. [La politique du gouvernement brésilien est actuellement de ne pas contacter les Indiens.]

Comment ces tribus sont-elles restées non contactées ?
Il leur reste certainement des souvenirs traumatisants de cette époque. Ces peuples ont donc choisi de s’enfuir dans les terres et d’y rester cachés. Ils ne veulent plus de contact avec les non-Indiens. Des camps, construits par la Fondation nationale de l'Indien (FUNAI) près des Indiens isolés afin qu’ils puissent prendre éventuellement contact, ont été détruits et dévalisés durant la nuit. Il y a aussi des lances laissées au milieu des chemins pour en interdire l’accès. Quand ces gens veulent prendre contact, ils viennent de leur propre volonté dans les villages.

Comment leur situation a-t-elle évolué ces dernières années ?
Au Brésil, la FUNAI a maintenant une politique adaptée à la réalité. Elle ne contacte ces Indiens que si cela est absolument nécessaire, par exemple pour les avertir d’un projet de barrage hydroélectrique sur leur terre. La FUNAI a également délimité de grandes surfaces de territoire indien protégé officiellement. Cela fonctionne bien là ou la forêt est bien préservée. Mais là où il y a beaucoup de déforestation, les résultats sont beaucoup plus mitigés. Sur place, c’est comme le Far West [une terre sans foi ni loi]. Les Indiens du Rio Pardo, par exemple, sont actuellement chassés. C’est un véritable génocide. Les gens savent qu’ils peuvent les tuer en toute impunité parce qu’il ne leur arrivera rien. Des procureurs fédéraux ont ouvert une enquête pour génocide mais je doute qu’un jour justice soit faite.

Avez-vous rencontré des tribus non contactées ?
Quand j’ai rencontré les Akunsus [un peuple récemment contacté], j’étais très triste parce que je savais que j’avais devant moi les six derniers survivants de ce peuple et que bientôt ils disparaîtraient à tout jamais de la surface de la terre.
Tout ce qui fait d’une personne un Akunsu, leur vision du monde, serait perdu à tout jamais. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je fasse connaître leur histoire au monde. Les gens s’émeuvent lorsqu’il s’agit de la disparition d’animaux, mais, ici, nous parlons d’êtres humains.

Quel est le futur pour ces populations ?
Ce sont des humains et ils ont exactement les mêmes droits que nous tous. Les gens sont de plus en plus concernés par le développement durable et notre avenir est aussi entre leurs mains. Là ou il y a de la forêt, il y a des tribus non contactées. Ils en sont les gardiens. Quand nous les aidons, quand nous les soutenons, nous aidons aussi la forêt. Pourquoi devraient-ils sacrifier leur vie pour d’autres ? Leur survie est une question de morale et d’étique. C’est très important. Si nous n’avons pas assez d’espace dans le monde pour eux, alors, quel est le but de la vie ?

Est-ce que les gens sont concernés au Brésil ?
Il y en a qui sont concernés. Beaucoup d’ONG travaillent sur ces problématiques. Mais, dans la presse brésilienne, les Indiens sont toujours présentés comme des êtres exotiques ou comme un obstacle au développement. C’est un débat qui est très polarisé. Le défi est de combler un grand manque d’information.
Davi Kopenawa, le chef de la tribu des Yanomamis est récemment venu à Londres pour faire entendre la cause des Indiens. La presse brésilienne avait fait le voyage pour l’interviewer et lui demander pourquoi il était venu à Londres pour parler de ces choses-là. Il a simplement répondu qu’au Brésil il n’avait jamais été invité.
Antigone
 

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