Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede georges » 07 Juin 2009, 00:58

Nico37 a écrit: (faudrait que je retrouve la chrono que j'avais faite pour le tract de l'éphémère comité de soutien tourangeau)


Je pensais le retrouver ici http://www.soutien11novembre.org/spip.php?article129
mais non, il reste juste l'autopromotion des "collectifs" tourangeaux :wink:
georges
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede poolpikan » 09 Juin 2009, 01:12

http://www.acrimed.org/article3152.html

un bon petit article d'acrimed au sujet des manipualtions médiatique autour de cette "affaire".
Le problème n'est pas gauche-droite. Il est haut-bas.
poolpikan
 
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Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede CARNUS » 09 Juin 2009, 17:35

Par Benjamin
"Il y a eu mille petits soulèvements, et tout cela fait une seule guerre, incessante entre nous-même et nos esclaves, une guerre silencieuse, une guerre honteuse dont personne ne parle et dont les historiens répugnent à faire le récit.Il y a déjà eu des guerres entre nations, entre cités, entre partis et même entre frères... mais cette foi c’est un monstre qui est en nous, dans nos tripes, et qui lutte contre tous les partis, toutes les nations, toutes les villes."
in Spartacus, Howard Fast (Cicero à Helena à propos du mystère de la révolte des esclaves).
« Julien Coupat » libéré, c’est un point de focalisation de l’attention publique qui se défait… personne ne s’en plaindra à commencer par lui qui pourra peut-être ainsi espérer se défaire du costume absurde que tant de bonnes âmes se sont efforcées de lui tailler.
Il n’a pas manqué de chroniqueurs en mal d’inspiration, de pseudo-journalistes en peine de scoops crapuleux pour boucler leurs fins de mois… Tout aura une nouvelle fois été convoqué depuis sa libération surprise. Tout. Le vieux fond poujado-frustré de certains journalistes de la presse d’opinion, tant en vogue sous le régime présent, n’aura pas manqué d’écrire parmi ses plus belles pages à notre propos. Il y a quelques semaines encore, certains reporters détritivores ont su lécher les mains des enquêteurs jusqu’à obtenir quelques « révélations exclusives » toutes droit sorties des archives secret-défense de la DCRI, doublant ensuite de leurs propres mensonges, les approximations et les amalgames grossiers des « agents des services » en goguette dans la campagne limousine. Et on aura aussi eu droit aux voix souffreteuse de certains épigones de la chronique journalistique et à leurs ratiocinations sur l’irresponsabilité de toute pensée qui n’épargne pas l’ambiance surannée de nos vieilles démocraties.
On nous parle d’ « argent » en « contradiction avec (nos) propres idées », de « fils à papa qui n’assument rien », d’intellectuels « pas sympathiques », « pédants », ou manquant sérieusement d’ « originalité », ou bien encore qui ne « proposent rien » (en effet nous ne voulons pas offrir de programme à un quelconque suffrage…). Au delà de nous accuser de ne pas assumer « nos idées », on ose même nous reprocher, à nous, de faire trop de bruit, quand tant d’autres moins « biens nés » et moins bien entourés sont interpellés, tabassés, enfermés en silence…
Je ne m’arrêterai pas sur chacun de ces morceaux de bravoure, ils valent à peine l’énergie que demande leur lecture.
Ce dont il importe de parler à la suite de cette libération inopinée, ce n’est rien d’autre que ce que nous nous sommes efforcés de mettre en avant envers et contre toute focalisation exclusive sur le personnage « Julien Coupat », ou sur celui de « la bande de Tarnac ». Si toute cette foire doit avoir servi à quelque chose c’est à retourner l’opération de communication du pouvoir contre son principe même. Mais comment ?
L’opération de sidération permanente qui est au cœur du style de gouvernement sarkosyste, sans être elle-même particulièrement novatrice sinon efficace, repose sur la stigmatisation de populations cibles qui sont désignées comme l’autre absolu du cœur virtuel de la « citoyenneté républicaine ». Ce cœur virtuel sans qu’il soit jamais désigné comme tel est sans conteste blanc, européen, chrétien, entrepreneur, respectueux des lois, de la propriété et de l’argent. Il n’est évidemment plus de bon ton de le scander tout haut, même si on semble s’en cacher de moins en moins. Cette identité se dit donc en creux, au fil des figures qui sont désignées comme son opposé, ses « ennemis intérieurs », on renouvelle bien le vocabulaire, moins les principes… il y a eu le « juif », « l’anarchiste », « le rital », « le blouson noir », « le fellaga », il y a aujourd’hui les « bandes de jeunes de cité », les « noirs et les arabes », les « clandestins », les « islamistes », les « anarcho-autonomes », les « pirates », les « étudiants ultras », les « grévistes-voyous ».
Ces « figures » ne fonctionnent que tant qu’elles restent irrémédiablement séparées dans l’imaginaire collectif. Au delà de l’entreprise de terreur (ou d’ « intimidation » selon l’interprétation qu’on fait des textes européens) menée par le pouvoir pour maintenir en état de sidération l’ensemble de la population, ce que craignent les réseaux de pouvoir -sans lesquels Sarkozy n’est rien- c’est bien que l’hétérogénéité (réelle) des ennemis de l’état des chose présent, ne se constitue en puissance consciente de renversement. Non pas un quelconque revival du grand soir mais la constitution en des points divers de nouages qui alimentent une intelligence collective diffuse et constituent positivement les forces capables de survivre au délitement des formes politiques existantes. Les mots pour dire ces forces sont pléthore. Ou bien manquent encore cruellement. Ils sont au mieux ceux du passé, au pire ceux du pouvoir, de l’occident globalisé. Abstenons nous de vouloir épingler ces forces à notre tour.
Ces forces que l’on sent palpables au détour de chaque tour dans les quartiers populaires, de chaque cafétéria de grande banlieue, dans les facs bloquées, les usines occupées, les foyers Sonacotra, les villages qui résistent à la touristification, les anciennes colonies, les hôpitaux psychiatriques… partout où la force des choses, la colère ou le bon sens mènent les uns et les autres à sentir ce qui les distingue radicalement de la figure du « bon citoyen » (français ou européen qu’importe)… au nom duquel on surveille, on « sécurise », on ment, on tabasse, on extorque, on vend des armes, des centrales nucléaires, on exploite, on acculture, on affame, on rend stérile, on expulse, on enferme, on tue.
Ce que l’on veut conjurer par dessus tout c’est le spectre du soulèvement. Lent, progressif, par saccades mais soulèvement bien réel, de ce qu’on finira bien un jour par devoir re-nommer « peuple ». Pas celui dont on se réclame mais bien celui qui partout, tout le temps, échappe à la normalisation et au contrôle, surgit là où ne l’attend plus.

Voir en ligne : http://www.mediapart.fr/club/blog/benja ... e-l-europe

Benjamin, qui tenait l'épicerie de Tarnac, est un des inculpés du 11 novembre, et vous pouvez discuter avec lui sur son blog à l'adresse ci-dessus !

Denis (ourf!)
CARNUS
 

Manifestation le 21 Juin à Paris

Messagede georges » 09 Juin 2009, 23:14

Image

Deux nouveaux appels pour la grande manifestation du 21 Juin à Paris :



Le pouvoir panique. Il se débat, gesticule ; sans hasard, il frappe
aveuglément : -Tarnac, Villiers-le-bel, les séquestrateurs de Caterpillar
ou les coupeurs d’edf. Les facs bloquées, les profs obstinés, les «
casseurs » de continental, les « terroristes » de l’ultra-gauche, les
cheminots « preneurs d’otage », tellement d’ « exemples ». Le lynchage
médiatique, la police, les gardes-à-vue, les inculpations, les procès, les
amendes, la prison. Ce n’est pas seulement une réponse à tous ceux qui
s’organisent pour survivre et contre-attaquer, c’est aussi un symptome :
-il n’y a plus que le recourt permanent à la police qui puisse retenir le
pathétique effondrement de cette société. Le gouvernement craint les
cagoules, parce qu’il sait que la révolte n’a plus de visage. Parce que
les bandes sont devenues la forme la plus élémentaire de solidarité, il
met tout en oeuvre pour les atomiser. Mais ces attaques insistantes
pourraient aussi bien devenir une formidable opportunité. Alors qu’ils
rêvent de nous voir seuls, isolés et désarmés, il est temps, enfin, de
nous retrouver.

RENDEZ-VOUS LE 21 JUIN, à 15h MANIFESTATION PARIS - RER LES HALLES -
Fontaine des innocents


http://www.soutien11novembre.org/IMG/pdf/noirA4.pdf


___________________________________________________



Des comités de soutien aux inculpés de Tarnac, à ceux qui luttent

On se bat aujourd’hui, comme hier, comme avant-hier, comme toujours, des
hommes et des femmes se battent, pour leurs droits, pour garder leur
emploi, pour travailler moins ou moins durement, pour des salaires moins
rachitiques ; partout on se bat pour la liberté, pour son hôpital ou
contre la prison, pour trois sous, pour des médicaments, pour l’honneur,
pour les allocations, on se bat pour ses amis, sa soeur, son père, son
frère ou sa mère, pour sauver la recherche, pour l’idée qu’on se fait de
l’éducation ou de la psychiatrie ; pour plus d’avantages, pour moins de
soucis, on se bat pour sa survie, on se bat parce qu’on ne veut pas crever
ou parce que l’on crève de rage, ou bien encore parce que le mépris des
gouvernants et des patrons, des juges et des contrôleurs sociaux, des
cabinets d’études, des experts, des connards patentés et de ceux qui vous
expliquent qu’il faut patienter encore, encaisser un petit peu plus, sous
peine de payer de sa peau – parce que le mépris qu’on nous oppose est si
évident et si insolent, on se bat aussi sans savoir bien pourquoi mais
parce que ça vous tombe dessus ; partout, toujours, on se bat. Les raisons
ne sont pas à discuter, la force qui les habite se charge de leur donner
raison. Mais à coup sûr on se bat aujourd’hui avec plus de sérieux
qu’hier, avec plus de sérieux qu’il y a dix ans, on se bat avec plus de
sérieux qu’on ne l’avait fait depuis longtemps. On n’est moins prêts à se
faire virer, massacrer ou affamer sans conséquence. Quand une
délocalisation comme il y en a tant entraine la destruction d’une
préfecture (Continental), quand les employés d’ErDF et de GrDF rappellent
par les faits qu’être employé dans les secteurs de l’énergie c’est aussi
être en mesure d’éteindre la machine, quand on sort le canon pour garder
son hôpital (Carhaix), voilà qui est sérieux, voilà qui a le mérite de
rappeler que l’histoire est une puissance dont les hommes peuvent à chaque
instant se ressaisir, au grand dam de ceux qui en sont, temporairement,
les vainqueurs.

A ce sérieux du peuple, et comme en miroir, répond le mépris des
gouvernants et des gestionnaires, leur mépris sans limite, et ceci est
leur forme de sérieux propre, c’est le sérieux des gouvernants. A ce
sérieux du peuple, à ce sérieux qui est plein d’histoire, qui est plein de
l’histoire du peuple, à ce sérieux qui est le retour de l’histoire, les
gouvernants opposent leurs airs de bouffons grimaçants, leurs airs de
courges satisfaites à Saint Tropez, la nouvelle petite Marie-Antoinette
présente son caniche à la presse, on organise comme de rien des sommets
sur l’immigration, à Vichy bien sûr. Mais cela n’est pas tout. Il faut au
sérieux vacillant de nos petits maîtres une quille, comme en ont les
bateaux, une quille pour ne pas basculer trop fort, à la première vague.
Et cette quille, c’est la peur. Au fait tout simple, au fait très
élémentaire, et de toujours, que des hommes et des femmes se battent, on
invente des noms de croquemitaine. C’est ainsi qu’on produit sur la scène
médiatique les « casseurs », les « bandes » et les « terroristes », les «
jeunes des cités » ou les « clandestins », comme on présentait jadis les «
sorcières » au public avant de les brûler. Par un usage savant et
crapuleux des nomenclatures, le journal de 20h et les discours des
ministres ont rebaptisé, pour les lui rendre étrangères et odieuses, des
techniques de lutte qui ont toujours appartenu au peuple, et notamment au
mouvement ouvrier : il est devenu banal d’appeler une simple grève une «
prise d’otages », on a même essayé récemment de qualifier un sabotage sans
danger « d’attentat terrroriste ». Contre les sorcières, c’est bien connu,
tout est permis. La prison bien sûr, avec ou sans procès, les contrôles
judiciaires exorbitants, qui fixent les lieux d’habitation et les trajets
autorisés, interdisent à l’ami de voir l’ami, au frère de voir la soeur ;
et, quand « l’ennemi intérieur » est suffisamment avéré, par sa mauvaise
naissance par exemple, les vexations infinies, les attaques de la police,
à l’occasion le massacre. Tout ceci, les dénonciations publiques, les
fabriques d’épouvantails, les dispositions pénales et militaires, visent
d’abord à défaire les liens, les liens non-neutres, qu’il y a entre les
êtres, les liens politiques. Les liens ne cessent pas quand on le leur
demande, ils ne connaissent pas de Grenelle,l’amitié est la chair du
politique – ou bien le politique est une insanité. Evidemment, nous avons
besoin de bien plus qu’une manifestation, il nous faut des liens plus
durables et plus joyeux, à la mesure du sérieux de la situation. Mais
cette manifestation-là pourrait être une première rencontre, c’est notre
invitation. Faites comme chez vous.

RENDEZ-VOUS LE 21 JUIN, à 15h MANIFESTATION PARIS - RER LES HALLES -
Fontaine des innocents


http://www.soutien11novembre.org/IMG/pdf/crochetA4.pdf
georges
 

soutien aux inculpés de l'antiterrorisme

Messagede georges » 10 Juin 2009, 16:35

Petit film projeté lors d'un concert de soutien aux inculpés de l'antiterrorisme (de Tarnac et d'ailleurs), le 7 juin à Paris.
Le film revient rapidement sur le déroulement de l'affaire, et reprend les propos de plusieurs tracts et interventions de comités de soutien.

georges
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede Nico37 » 10 Juin 2009, 23:52

http://numerolambda.wordpress.com/2009/06/10/tarnac-moutons-noirs

Le principal suspect des "inculpés du 11 novembre" avait un fil à la patte. Les policiers de la SDAT, la brigade antiterreur, l'ont filé à l'ancienne, mais aussi en collant une balise GPS sur sa voiture. Et il semble bien que dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, les relevés topographiques de cette laisse électronique aient convaincu les policiers que la présence de son véhicule au dessus des voies ferrées, où allait avoir lieu un incident sur les caténaires, était le signe de leur culpabilité — confirmant leurs lectures subversives.

Pour une instruction du parquet anti-terroriste, visant de soi-disant ultragauchistes pourchassés par une poignée d'ultrasécuritaires, ça n'est pas très étonnant. Après tout, si cette «association de malfaiteurs» devait être présentée comme crédible, il fallait employer tous les moyens pour les localiser et les prendre en flag — ils n'ont pas été pris en flag, dommage, mais ont été localisé à tout moment. Non, le plus surprenant c'est que le recours à un tel mouchard — c'est bien plus qu'un simple micro espion, à vrai dire — n'est absolument pas prévu en tant que tel dans le code de procédure pénale (CPP). Ça fait partie de l'arsenal que peut requérir le juge pour "faire éclater la vérité", comme on dit en principe. Pourtant, placer le véhicule d'un simple suspect sous surveillance GPS peut être tout autant attentatoire à ses libertés qu'une écoute téléphonique — qui, elle, est bien plus encadrée.
La filoche électronique, un truc clandestin qui mérite une petite mise en lumière.

--
Dans l'affaire de Tarnac, Libé met le couvert dès le 15 novembre. «La cellule invisible mise au jour», sans conditionnel... Soit trois jours après le coup de filet hypermédiatisé du 11 novembre à Tarnac — souvenez-vous de cette Une ravageuse que n'aurait pas renié. Valeurs actuelles: «L'ultragauche déraille». Rectifié tant bien que mal début décembre par un Laurent Joffrin pathétique: «Des terroristes, vraiment ? » ("des journalistes, vraiment?" répond Acrimed).

Bref — les flics, cités entre guillemets, livrent les premiers éléments «à charge» à Libé :

«C’est dans cette communauté de vie que les cinq suspects d’actes de sabotage ont été arrêtés : le leader supposé Julien C., sa compagne Yldune L., 25 ans, le Belge Benjamin R., 30 ans, et sa copine de 29 ans Gabrielle H. ainsi que Manon G., 25 ans. Le procureur et les enquêteurs n’ont pas de preuve en béton contre ces «subversifs», pas d’ADN, pas d’empreinte digitale, même pas de téléphonie. «Et pour cause, notre ami Julien C. est un pro de la clandestinité qui n’utilise pas de portable et change de voiture comme de chemise», explique un policier qui le surveille depuis six mois : «Il emprunte parfois des téléphones à des gens dans la rue pour appeler, même un jour à un magistrat à Rouen».»

Ah oui, l'info qui vaut le détour: «subversifs» par leurs lectures et leurs fréquentations, ça on le savait, et en plus par leur méfiance des technologies — ils n'utilisent pas de téléphone mobile, première erreur ! C'est sans doute ce qui a convaincu le juge Thierry Fragnoli d'autoriser une filature avec localisation géostationnaire — tout en confirmant ses soupçons de luddisme qui pèse sur les copains de Tarnac... Car avec la triangulation d'un téléphone GSM, la localisation est même plus précise qu'une position relevée par satellite. Libé l'écrit donc le 15 novembre:

«La nuit du 7 au 8 novembre, les policiers de la SDAT et de la DCRI suivent à distance la Mercedes de Julien C. et Yldune L. qu’ils ont piégée avec une «balise électronique». (...) La Mercedes s’arrête vingt-cinq minutes entre 4 et 5 heures du matin sur le pont ferroviaire de Dhuisy en Seine-et-Marne [sous la ligne TGV-Est] et puis repart.»

Un rapport de la SDAT, publié dans Mediapart dès le 22 novembre, n'évoque pas directement cette surveillance électronique et ne donne pas d'éléments sur les moyens déployés. Mais la présence du véhicule à proximité des voies, à deux reprises dans la même journée, semble avoir convaincu les policiers que cette présence était un signe qu'ils avaient participé au «sabotage» des caténaires. Le commune de Dhuisy est en
effet traversé par la ligne du TGV-Est — facile à vérifier. Extrait du rapport policier (publié ici par Mediapart):

«En effet, cette surveillance montrait Julien Coupat et Yldune Levy circulant à bord d’un véhicule Mercedes immatriculé (…) 76 qui, après avoir quitté la région parisienne, opéraient de nombreux allers et retours dans la campagne seine-et-marnaise aux abords de la commune de Duisy (Seine-et-Marne) tout l’après midi du 7 novembre puis dînant sur la commune de Trilport (Seine-et-Marne). (...) Cet arrêt à proximité d’une voie ferrée, cible potentielle de la mouvance anarcho-autonome, nous conduisait à procéder à des recherches sur cette voie une fois les objectifs éloignés. Ces recherches n’amenaient la découverte d’aucun engin explosif, mais au passage du premier TGV, vers 5 heures, une gerbe d’étincelles d’une intensité anormale et un mouvement d’oscillation sur la caténaire étaient observés. Un rapprochement était immédiatement opéré avec l’idéologie de blocage des axes de circulation et des flux de communication (...).»

Si le flag n'a pas pu être établi ce jour-là — la preuve concrète que les deux suspects ont balancé un objet sur les lignes TGV juste avant l'incident —, c'est peut-être aussi parce que les policiers n'étaient pas présents sur les lieux à ce moment précis. Il semble que non, selon un copain journaliste, la filature était continue, mais ils changeaient souvent de bagnoles. Le recours aux balises électroniques n'a pas eu le temps de jouer son rôle: confondre les suspects. On comprends d'ailleurs pourquoi les flics au coeur de l'enquête osent aujourd'hui pester contre leurs chefs de la place Beauvau, qui ont préféré envoyer les robocops arraisonner la ferme de Tarnac avant d'avoir des preuves réellement «à charge».

Les balises GPS «du commerce» ressemblent à de vulgaires gadgets pour maris ou patrons largués. On appelle ça plutôt un «traceur» en langage d'espion de seconde zone, tapez 2 ou 3 mots clés et vous trouverez votre bonheur.

Mais quid du contexte règlementaire de l'usage d'une telle balise dans les mains de la PJ — pas forcément réservée aux gros bras de l'antiterreur.

Et bien un traceur de géolocalisation relève de l'article 81 du code de procédure pénale. Trouvaille? Pas vraiment. Ça ne dit pas grand chose : «Le juge d'instruction procède, conformément à la loi, à tous les actes d'information qu'il juge utiles à la manifestation de la vérité. Il instruit à charge et à décharge.» Il peut donner «commission rogatoire aux officiers de police judiciaire afin de leur faire exécuter» les mêmes «actes d'information nécessaires». Seul truc, il faut que tout ceci soit consigné dans le dossier, c'est à dire mentionnée dans le dossier à laquelle aura accès la défense («il est établi une copie de ces actes ainsi que de toutes les pièces de la procédure ; chaque copie est certifiée conforme (...), toutes les pièces du dossier sont cotées», etc.) Si ce n'est pas dans la procédure, ça peut faire annuler toute l'enquête.

Alors oui, il doit y avoir des mesures dérogatoires pour les lois antiterroristes qui permettent de placer des micros et des balises un peu partout sous couvert de cet article 81. Mediapart a même balancé le 22 avril, sans être démenti, que «des hommes des «services» se seraient dernièrement intéressés de près au parloir de la prison de la Santé. En clair : on les soupçonne d’avoir placé des micros espions dans le lieu même où Julien Coupat se rend à chacune des visites qu’il reçoit (...).
Réponse officielle de la police : «La procédure antiterroriste prévoit de pouvoir sonoriser une pièce, sur demande exprès du magistrat. Si tel est le cas, cela devrait apparaître dans le dossier d’instruction, lui-même couvert par le secret d’instruction. »

Pourtant, une balise GPS — qui peut selon certains être assez miniaturisé pour se loger dans une micropuce empoisonnée à injecter sous la peau—, répond au même principe technique que le «bracelet électronique mobile». On connaît le bracelet électronique fixe, qui permet de maintenir une personne à domicile, qui donne l'alerte dès qu'un périmètre est dépassé (article 723-9 du CPP). Mais la SEM, la surveillance "mobile" — articles 706-53-14 et suivants du CPP, créé en 2006 par l'ex-garde des Sceaux Pascal Clément —, est pour l'instant un joujou qui ne s'applique qu'aux personnes condamnées. Celles en liberté conditionnelle, comme celles — qui ont purgé leur peine — bientôt concernées par la scélérate "rétention de sûreté" adoptée en février 2008 [1].

Normal, me direz-vous, que la protection constitutionnelle soit plus forte quand un individu plutôt qu'un véhicule est soumis à ce traçage invisible... Mais il y a sûrement des failles juridiques à exploiter pour les avocats de personnes victimes de ces méthodes de surveillance, méthodes qui offrent autrement plus de capacités de nuisance — pour les droits de la défense, s'entend — que deux pandores planqués dans une caisse banalisée.

La même ambiguité plane autour du fameux "logiciel espion" prévu dans le projet de loi LOPPSI, que nous avons présenté un peu vite, dans un précédent billet, comme un "mouchard". Justement, ce n'est pas un mouchard au sens de "microphone planqué". Un micro planqué n'a d'utilité
judiciaire que s'il est installé à l'insu de la personne. Il entre, lui aussi, dans le cadre de l'article 81 du CPP. Soit. Mais un "logiciel espion" — un rootkit, ou encore un virus troyen, pour employer des termes de pros de l'intrusion furtive —, installé à l'insu de le personne visée, a un pouvoir de nuisance sur la vie privée du suspect incomparable à celui d'un simple mouchard. C'est une perquisition électronique. Une extension claire et nette du domaine de la perquisition. Pourtant, une "perquize" est un acte judiciaire hyperencadré qui s'effectue, sauf cas extrêmes, en présence de la
personne mise en cause.

On imagine bien l'énorme complexité technico-judiciaire de ce "rootkit" : il devra pouvoir jouer le rôle d'un mouchard invisible sur les faits et les actes reprochés, ou la préparation de tels actes; mais devra être dans le même temps complètement sourd et aveugle dès que l'ordinateur servira à autre chose — écrire une lettre où des opinions politiques ou religieuses sont proférées, par exemple —, car pénétrer dans un ordinateur sans autorisation, ça viole des principes constitutionnels d'ordinaire inviolables. Il y aurait de quoi être schizo — mais un logiciel n'est pas schizophrène.

Bien sûr, on va nous enfumer en expliquant que ces logiciels furtifs seront "configurables" pour ne pas menacer outre-mesure l'intimité de la personne. Ce sera faux. On va comparer ça à une simple écoute "de situation" ou de "comportement", comme de coller un micro sous le bureau
d'un chef mafieux ou de placer un méchant dealer sur écoute. Et bien non: ce n'est pas du tout la même chose. Et on imagine le pire lors des
débats parlementaires pour aller expliquer la différence à nos chers représentants...

Alors, la balise GPS est-elle à la liberté de mouvement ce que le "spyware" de la LOPPSI est à la vie privée et au secret des correspondances ? Sans doute pas tout à fait. Les juristes trancheront. On est quand même mal barré.

« S’il devait y avoir une jurisprudence Coupat », lâche William Bourdon, l'avocat d'un des prévenus de Tarnac interrogé par Mediapart, ordonnance
du juge Fragnoli à l'appui, «alors ce serait la voie ouverte pour démoniser et criminaliser tous les mouvements sociaux très contestataires ».


[1] Aparté — Le juge Fragnoli aurait quand même pu provoquer jusqu'au bout le principal "mis en cause" en lui proposant, lorsqu'il l'a libéré fin mai et placé sous contrôle judiciaire, un placement sous bracelet électronique. Pas le truc mobile avec GPS, hein — c'est donc réservé aux personnes condamnées — le bracelet fixe est en effet un recours possible en cas de contrôle judiciaire (article 138 du CPP), ça remplace le pointage hebdomadaire au commissariat. Mais le chef des ultragauchistes l'aurait envoyé chier — la loi ne l'impose pas: il faut «l'accord de l'intéressé recueilli en présence de son avocat».
Lire aussi une très bonne source: « Julien Coupat est-il filoché ? », sur le blog de Georges Moréas, «Commissaire principal honoraire de la
Police Nationale».


Julien Coupat est-il filoché ?

C’est le genre de question piège qu’on vous pose généralement entre le fromage et le dessert, et il y a quelques jours, ça n’a pas manqué ! Et si sa libération était un piège des poulets ! a renchéri quelqu’un. J’ai levé mon verre. Un rayon de soleil s’est accroché à la robe pourpre d’un Saint-Amour 2005 ; dans le ciel, un avion traçait un sillage vers l’ouest ; la pollution était normale : bien trop élevée. J’avais envie de répondre un truc du genre j’en sais rien et j’en ai rien… Et puis, je me suis dit que le contrôle judiciaire valait bien une petite réflexion.

Que je vous livre. Sous toutes réserves.

Le principe de droit est fixé par l’article 137 du Code de procédure pénale : « La personne mise en examen, présumée innocente, reste libre. Toutefois (…) elle peut être astreinte à une ou plusieurs obligations du contrôle judiciaire (…) Elle peut, à titre exceptionnel, être placée en détention provisoire ».

Dans la pratique, il faut bien admettre qu’après sa mise en examen un présumé innocent devient vite un présumé coupable. Ce qui a été le cas pour Julien Coupat. À tel point qu’à l’issue de sa détention provisoire on a entendu des commentaires du genre : Vous voyez bien qu’il est innocent, puisqu’il est libéré ! Et que le procureur de Paris a dû se fendre d’une explication pour assurer que la fin de sa détention provisoire « ne saurait être interprétée comme le signe de l’absence ou l’insuffisance de charges ».

Donc, après six mois d’emprisonnement, le voici placé sous contrôle judiciaire. Avec des obligations piochées dans l’article 138 du CPP (plus de 2 pages dans le Dalloz) et qui en soit n’ont rien d’extraordinaires. Il est astreint à résidence, il doit pointer toutes les semaines, ne pas voir ou parler aux autres mis en cause, et verser une caution de 16.000 €. On peut trouver qu’il s’agit là d’une somme élevée, mais son montant doit en principe être raccord avec ses ressources. Elle est considérée comme « une garantie de représentation ». Une fraction pourra lui être remboursée s’il satisfait aux obligations du contrôle judiciaire et le reste sera éventuellement utilisé pour dédommager la partie civile (la SNCF est-elle partie civile dans cette affaire ?). En cas de non-lieu ou d’acquittement, cette deuxième fraction lui sera intégralement remboursée.

Mais dans son malheur Julien Coupat a de la chance : il semble avoir échappé au bracelet électronique. Considéré comme une mesure d’application de la peine, ce bijou moche réservé à l’origine aux condamnés peut maintenant garnir la cheville d’un suspect mis en examen.

La personne placée sous contrôle judiciaire supporte nombre d’obligations, d’interdictions…, mais le juge d’instruction a lui des devoirs : Il ne peut porter atteinte à la liberté d’opinion ni aux convictions politiques (si, si !) et religieuses, ni faire échec aux droits de la défense (art R.17 du CPP).

Alors, pour en revenir à la question de base, Coupat est-il filoché ? il me semble qu’une surveillance policière, physique ou à l’aide d’écoutes téléphoniques ou tout autre moyen plus ou moins sophistiqué, porterait forcément atteinte aux droits de la défense. En tout cas, cela donnerait du grain à moudre à ses avocats.

Mais les policiers ont-ils les mêmes contraintes que le juge ? Dans la mesure où ils sont officiers de police judiciaire, la réponse est oui. C’est le cas pour les enquêteurs de la sous-direction antiterroriste de la PJ. Mais ceux qui sont à l’origine de l’affaire appartiennent à la DCRI, un service de contre-espionnage et de renseignements dont les fonctionnaires sont à la fois OPJ et… agents secrets. Alors, la réponse est mitigée. Rien ne les empêche, si ce n’est la morale, l’éthique, de mettre en œuvre toute la panoplie du parfait petit contre-espion : écoutes administratives, micros, caméras, mouchards informatiques, etc. Aucun risque, puisque leur activité est en grande partie couverte par le « secret-défense ». Entendons-nous bien, je ne remets pas en cause l’intégrité des fonctionnaires de la DCRI, mais il faut bien admettre que dans une démocratie, la justice et le secret d’État ne font pas bon ménage.

La création de ce service a d’ailleurs engendré une ambiguïté dont nombre de policiers sont parfaitement conscients. Et de l’ambiguïté naît le doute, voire la défiance…

Pour couper court à ces bruits, au mois de mars, Bernard Squarcini, le patron de la DCRI, a répondu à une interview du Point. Hervé Gattegno lui demande si cette enquête sur des sabotages de voies ferrées relevait réellement du terrorisme : « Ce n’est pas à la police d’apprécier les qualifications pénales retenues contre ces suspects, mais à la justice. Le cadre juridique a été choisi par le parquet, l’enquête est menée par un juge d’instruction, qui a prononcé des mises en examen. La DCRI surveillait ces individus depuis longtemps (…) Assez pour savoir que ce groupe se situait dans les prémices de l’action violente ; le stade où les choses peuvent basculer à tout moment (…) Dans l’affaire de Tarnac, il n’y a pas de délit d’opinion mais un long travail de renseignement. Le problème, c’est que nous avons dû l’interrompre quand la SNCF a déposé plainte : on ne pouvait pas laisser se multiplier des actions qui bloquaient des milliers de passagers dans les gares. Quand le ministère de l’Intérieur et la justice nous l’ont demandé, nous avons communiqué nos éléments… ».

Autrement dit, sous la pression des autorités politiques on est passé directement d’un travail classique de RG à une action judiciaire afin d’éviter que les TGV prennent du retard. J’exagère à peine.

En l’état, Coupat et ses amis ne sont pas soupçonnés d’avoir voulu faire dérailler un train, mais uniquement d’avoir détérioré des caténaires SNCF. Des actions fréquentes de la part des groupements antinucléaires tant en France qu’en Allemagne, et qui donnent généralement lieu à des enquêtes judiciaires relativement banales. Ainsi, la française Céline Lecomte qui a bloqué pendant une heure un train transportant de l’uranium en Allemagne.

Bernard Squarcini a créé au sein de la DCRI un service chargé d’évaluer les coûts de fonctionnement « pour que les contribuables sachent que leur argent est bien utilisé ».

On aimerait lui poser la question : ces « terroristes » méritaient-ils un tel déploiement de moyens policiers ? Et combien ça nous a coûté ?

Désolé, je me suis éloigné du sujet. C’est à cause du Saint-Amour…
Nico37
 
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* L’antiterrorisme, du Service d’Action Civique à Tarnac

Messagede georges » 14 Juin 2009, 21:52

L’antiterrorisme, du Service d’Action Civique à Tarnac

"Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique."

Guy Debord



Ami lecteur, amie lectrice, tu es en train, sans même t’en apercevoir, de passer du côté obscur et sauvage de la résistance. Oui, sache qu’en ouvrant ces pages, en lisant des bouquins subversifs ou participant à des manifs ou des AG, en te rebellant, tu deviens un contestataire et donc oui ... un dangereux terroriste.

Une vieille histoire

Certain-es ont pu découvrir avec le spectacle de la Division Nationale Anti-Terroriste déboulant dans le village des supposés saboteurs SNCF, et les inculpations et incarcérations qui s’en sont suivies, comment la justice d’Etat peut être démesurée et politique.

D’autres n’ont pas attendu pour en faire les frais. On peut penser à Isa, incarcérée de janvier 2008 à janvier 2009 car son ADN correspondrait à l’un de ceux retrouvés sur des bouteilles d’essence placées sous une voiture de flics un jour de mai 2007. Juan et Damien sont encore en prison pour les mêmes accusations. Tous les trois sont sous mandat de dépôt criminel dans le cadre d’une instruction anti-terroriste.

Et pourtant, l’anti-terrorisme n’est pas nouveau. C’est même, selon certain-es, une forme de gouvernement où tout est bon pour alimenter les peurs d’un pouvoir en recherche de coupat-bles. Car l’anti-terrorisme repose sur la peur. Créer l’ennemi, le penser, le matérialiser fait partie d’un combat idéologique. Et c’est pas nouveau.
Nous récoltons ce qu’ils ont semé

Les plus ancien-nes se souviennent du Service d’Action Civique ou de la paranoïa d’un Marcellin, ministre de l’Intérieur dans les années 70, qui voyait des complots subversifs partout. De Giscard, qui créa le plan Vigipirate en 1978 [1]. Celles et ceux du début du mitterrandisme peuvent se remémorer les moments où l’on plaça des armes chez des « terroristes irlandais ». C’est en 1986 (suite aux attentats commis à Paris), sous la cohabitation Chirac/Mitterrand, que fut officialisée la centralisation des enquêtes dirigées par des magistrats spécialisés dans l’anti-terrorisme. La gauche se gardera bien d’abroger ces lois liberticides. Le 11 septembre 2001 accélère les choses. Loi de sécurité quotidienne (nov. 2001, D. Vaillant), multiplication des délits susceptibles de passer sous la qualification terroriste, loi Perben, renforcement des moyens mis à disposition de la police et assimilation terroriste des violences urbaines (loi antiterroriste, N. Sarkozy, déc. 2005).

Et maintenant ?

L’insistance de l’actuelle Ministre de l’Intérieur sur l’ultra-gauche, ses mouvances et autres nébuleuses sent le réchauffé. Pour reprendre les mots d’un des neuf de Tarnac : « Qui s’étonne de tout ça ? Franchement ? »

Si beaucoup de monde ne s’étonne pas, c’est justement que les gens se sont habitués, il faut croire, à l’omniprésence policière, à ces militaires fusil à la main qui occupent les gares, à ces lois d’exception qui deviennent banales, aux gardes à vue qui se multiplient et aux prisons qui explosent. Et on peut se demander qui fait peur à qui ou qui terrorise qui ?

Enfin, il ne faudrait pas non plus oublier que ce message est avant tout destiné à ceux et celles qui, de près ou de loin, pourraient s’y reconnaître. C’est même là l’essence de la propagande d’Etat : vous faire peur, vous faire réfléchir à deux fois avant de tenter une quelconque action (directe). L’anti-terrorisme se base sur le préventif : « Frapper avant de se faire frapper », d’où la suspicion, la surveillance, le fichage, les garde à vue prolongées et la détention provisoire [2]. Depuis 1996 et la naissance du délit « association de malfaiteurs dans une entreprise terroriste », tout devient possible©, et surtout l’amalgame, quand des supposés émeutiers se retrouvent avec de supposés terroristes, quand être dans le répertoire d’un présumé coupable fait de vous un suspect. Car ami lecteur, amie lectrice, tu n’es plus supposé innocent-e, mais bien présumé-e coupable.

C.G.

Article publié dans le numéro 12 - février 2009

Notes :

[1] Plan actualisé en juillet 1995, juin 2000 et mars 2003. Il a été déployé pour la première fois en 1991.

[2] Qui peut aller jusqu’à deux ans pour la qualification « association de malfaiteurs dans une entreprise terroriste ».


http://labrique.lille.free.fr/spip.php?article960
georges
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede kuhing » 15 Juin 2009, 15:50

Viens de recevoir ça du copain de Digne , Paulo.
Il demande de diffuser largement.
je sais pas si c'est déjà passé :

---------------------
> MANIFESTATION A PARIS
> DIMANCHE 21 JUIN
> 15H00, LES HALLES
>
> Plusieurs appels et affiches ont été réalisés :
> - Des comités de soutien aux inculpés de Tarnac, à ceux qui luttent
> - Fête de la cagoule
>
> ------------------------------------------------------------------------
> Des comités de soutien aux inculpés de Tarnac, à ceux qui luttent
> ------------------------------------------------------------------------
>
> On se bat aujourd’hui, comme hier, comme avant-hier, comme toujours, des
> hommes et des femmes se battent, pour leurs droits, pour garder leur
> emploi, pour travailler moins ou moins durement, pour des salaires moins
> rachitiques ; partout on se bat pour la liberté, pour son hôpital ou
> contre la prison, pour trois sous, pour des médicaments, pour l’honneur,
> pour les allocations, on se bat pour ses amis, sa soeur, son père, son
> frère ou sa mère, pour sauver la recherche, pour l’idée qu’on se fait de
> l’éducation ou de la psychiatrie ; pour plus d’avantages, pour moins de
> soucis, on se bat pour sa survie, on se bat parce qu’on ne veut pas crever
> ou parce que l’on crève de rage, ou bien encore parce que le mépris des
> gouvernants et des patrons, des juges et des contrôleurs sociaux, des
> cabinets d’études, des experts, des connards patentés et de ceux qui vous
> expliquent qu’il faut patienter encore, encaisser un petit peu plus, sous
> peine de payer de sa peau – parce que le mépris qu’on nous oppose est si
> évident et si insolent, on se bat aussi sans savoir bien pourquoi mais
> parce que ça vous tombe dessus ; partout, toujours, on se bat. Les raisons
> ne sont pas à discuter, la force qui les habite se charge de leur donner
> raison. Mais à coup sûr on se bat aujourd’hui avec plus de sérieux
> qu’hier, avec plus de sérieux qu’il y a dix ans, on se bat avec plus de
> sérieux qu’on ne l’avait fait depuis longtemps. On n’est moins prêts à se
> faire virer, massacrer ou affamer sans conséquence. Quand une
> délocalisation comme il y en a tant entraîne la destruction d’une
> préfecture (Continental), quand les employés d’ErDF et de GrDF rappellent
> par les faits qu’être employé dans les secteurs de l’énergie c’est aussi
> être en mesure d’éteindre la machine, quand on sort le canon pour garder
> son hôpital (Carhaix), voilà qui est sérieux, voilà qui a le mérite de
> rappeler que l’histoire est une puissance dont les hommes peuvent à chaque
> instant se ressaisir, au grand dam de ceux qui en sont, temporairement,
> les vainqueurs.
>
> A ce sérieux du peuple, et comme en miroir, répond le mépris des
> gouvernants et des gestionnaires, leur mépris sans limite, et ceci est
> leur forme de sérieux propre, c’est le sérieux des gouvernants. A ce
> sérieux du peuple, à ce sérieux qui est plein d’histoire, qui est plein de
> l’histoire du peuple, à ce sérieux qui est le retour de l’histoire, les
> gouvernants opposent leurs airs de bouffons grimaçants, leurs airs de
> courges satisfaites à Saint-Tropez, la nouvelle petite Marie-Antoinette
> présente son caniche à la presse, on organise comme de rien des sommets
> sur l’immigration, à Vichy bien sûr. Mais cela n’est pas tout. Il faut au
> sérieux vacillant de nos petits maîtres une quille, comme en ont les
> bateaux, une quille pour ne pas basculer trop fort, à la première vague.
> Et cette quille, c’est la peur. Au fait tout simple, au fait très
> élémentaire, et de toujours, que des hommes et des femmes se battent, on
> invente des noms de croquemitaine. C’est ainsi qu’on produit sur la scène
> médiatique les « casseurs », les « bandes » et les « terroristes », les «
> jeunes des cités » ou les « clandestins », comme on présentait jadis les «
> sorcières » au public avant de les brûler. Par un usage savant et
> crapuleux des nomenclatures, le journal de 20h et les discours des
> ministres ont rebaptisé, pour les lui rendre étrangères et odieuses, des
> techniques de lutte qui ont toujours appartenu au peuple, et notamment au
> mouvement ouvrier : il est devenu banal d’appeler une simple grève une «
> prise d’otages », on a même essayé récemment de qualifier un sabotage sans
> danger « d’attentat terrroriste ». Contre les sorcières, c’est bien connu,
> tout est permis. La prison bien sûr, avec ou sans procès, les contrôles
> judiciaires exorbitants, qui fixent les lieux d’habitation et les trajets
> autorisés, interdisent à l’ami de voir l’ami, au frère de voir la soeur ;
> et, quand « l’ennemi intérieur » est suffisamment avéré, par sa mauvaise
> naissance par exemple, les vexations infinies, les attaques de la police,
> à l’occasion le massacre. Tout ceci, les dénonciations publiques, les
> fabriques d’épouvantails, les dispositions pénales et militaires, visent
> d’abord à défaire les liens, les liens non-neutres, qu’il y a entre les
> êtres, les liens politiques. Les liens ne cessent pas quand on le leur
> demande, ils ne connaissent pas de Grenelle,l’amitié est la chair du
> politique – ou bien le politique est une insanité. Évidemment, nous avons
> besoin de bien plus qu’une manifestation, il nous faut des liens plus
> durables et plus joyeux, à la mesure du sérieux de la situation. Mais
> cette manifestation-là pourrait être une première rencontre, c’est notre
> invitation. Faites comme chez vous.
>
> RENDEZ-VOUS LE 21 JUIN, à 15h - MANIFESTATION
> PARIS - RER LES HALLES - Fontaine des innocents
>
> --> http://manifdu21juin.com
> --> l'affiche : https://soutien11novembre.org/IMG/jpg/CROCHETA2-2.jpg
>
>
> ------------------------------------------------------------------------
> Fête de la cagoule
> ------------------------------------------------------------------------
>
> Le pouvoir panique. Il se débat, gesticule ; sans hasard, il frappe
> aveuglément :
> Tarnac, Villiers-le-bel, les séquestrateurs de Caterpillar ou les coupeurs
> d’EDF. Les facs bloquées, les profs obstinés, les « casseurs » de
> continental, les « terroristes » de l’ultra-gauche, les cheminots «
> preneurs d’otage », tellement d’ « exemples ».
>
> Le lynchage médiatique, la police, les gardes-à-vue, les inculpations, les
> procès, les amendes, la prison. Ce n’est pas seulement une réponse à tous
> ceux qui s’organisent pour survivre et contre-attaquer, c’est aussi un
> symptôme :
> il n’y a plus que le recourt permanent à la police qui puisse retenir le
> pathétique effondrement de cette société.
>
> Le gouvernement craint les cagoules, parce qu’il sait que la révolte n’a
> plus de visage. Parce que les bandes sont devenues la forme la plus
> élémentaire de solidarité, il met tout en oeuvre pour les atomiser.
>
> Mais ces attaques insistantes pourraient aussi bien devenir une formidable
> opportunité. Alors qu’ils rêvent de nous voir seuls, isolés et désarmés,
> il est temps, enfin, de nous retrouver.
>
> RENDEZ-VOUS LE 21 JUIN, à 15h - MANIFESTATION
> PARIS - RER LES HALLES - Fontaine des innocents
>
> --> http://fetedelacagoule.com
> --> https://soutien11novembre.org/IMG/jpg/NOIRA2-2.jpg
> --> https://soutien11novembre.org/IMG/jpg/A ... etit-2.jpg
>
>
> ------------------------------------------------------------------------
> Note à propos des "pages qui ne marchent pas"
> ------------------------------------------------------------------------
>
> En cette période de généralisation du contrôle, nous vous proposons en
priorité
> des liens en httpS, c'est à dire des liens avec des connexions "sécurisées",
un
> peu comme quand on se connecte à sa banque. Il est possible que votre
navigateur
> râle en visitant ces sites ; si c’est le cas :
> - lisez et suivez les recommandations de cette page [1]
> - ou enlevez le S de https et ça devrait aller
>
> Pour aller plus loin, si vous souhaitez anonymiser votre surf, découvrez le
> projet Tor [2].
>
> [1] http://wiki.boum.org/Boum/CertificatSSL
> [2] http://www.torproject.org
>
kuhing
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede georges » 15 Juin 2009, 18:23

kuhing a écrit:Viens de recevoir ça du copain de Digne , Paulo.
Il demande de diffuser largement.
je sais pas si c'est déjà passé :

Oui l'annonce de la manifestation a été diffusée ici juste après la libération de Julien viewtopic.php?f=9&t=894&st=0&sk=t&sd=a&start=560#p32619
puis avec 2 nouveaux communiqués viewtopic.php?f=9&t=894&st=0&sk=t&sd=a&start=600#p34299 disponibles aussi en tract et/ou affiche.
georges
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede CARNUS » 15 Juin 2009, 19:03

Salut Kuhing, j'ai reçu la même chose, ça prouve que Paulo est sur la liste interne du comité de soutien de TARNAC, celle d'origine .

il y a aussi celle-là :

Si vous souhaitez être tenu au courant de
ce qui se passe autour de "l'affaire de Tarnac" et de l'anti-terrorisme,
abonnez-vous à notre bulletin d'information :

https://boum.org/mailman/listinfo/diffusion

Et Georges, il y a un petit plus, avec la fête de la cagoule, un conseil interéssant concernant les mails sécurisés.
CARNUS
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede CARNUS » 18 Juin 2009, 17:32

Dans le Journal des libertés et des détentions:

Affaire Tarnac, première pièce sur l'incompétence de la juridiction anti-terroriste
Pour répondre aux fantaisistes criminogènes des tenants de l'anti-terrorisme, nous publions la première pièce sur l'incompétence de la juridiction et sur la divagation de la qualification:

http://orailec.free.fr/CSA/texte4.pdf


Fragnoli, incompétent !, retourne chez ta mère ! (arf!)
CARNUS
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede georges » 18 Juin 2009, 18:06

CARNUS a écrit:Dans le Journal des libertés et des détentions:

Affaire Tarnac, première pièce sur l'incompétence de la juridiction anti-terroriste
Pour répondre aux fantaisistes criminogènes des tenants de l'anti-terrorisme, nous publions la première pièce sur l'incompétence de la juridiction et sur la divagation de la qualification:

http://orailec.free.fr/CSA/texte4.pdf


La "réponse" de Fragnoli est ici viewtopic.php?f=74&t=894&start=615#p33443 précédée des commentaires du journaleux de Médiapart.
georges
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede CARNUS » 18 Juin 2009, 22:28

Un peu de dérision, voire d'autodérision ....

Les connivences spontanées et informelles des individus qui émergent ici et là sont la hantise de ce pouvoir qui n'a de cesse
de vouloir tuer dans l'oeuf toute velléité de révolte, de remise en cause fondamentale du capitalisme.

Alors le mot "solidarité" est quelque peu impropre pour définir ce qui se met en marche peu à peu, de manière diffuse
encore mais qui révèle une volonté réelle d'en finir avec ce système. Celles et ceux qui sont réprimés pour avoir eu l'audace
de l'exprimer (même modestement) renforcent les autres dans leur volonté et leur détermination !

"Toutes les lois sont scélérates.
Tous les jugements sont iniques.
Tous les juges sont mauvais.
Tous les condamnés sont innocents"
LIBERTAD

Si la veulerie et l'atonie devaient être hélas la règle, alors, nous devrions envisager une France à la porte de laquelle serait inscrite :

" ARBEIT MACHT FREI"

(c'est ce qu'ils veulent !!!!)

Béatrice CARNUS
CARNUS
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede georges » 18 Juin 2009, 23:52

CARNUS a écrit:
Affaire Tarnac, première pièce sur l'incompétence de la juridiction anti-terroriste
http://orailec.free.fr/CSA/texte4.pdf


Juste pour info, une nouvelle requête en incompétence va bientôt être déposée auprès du juge antiterroriste après le premier rejet de la demande présentée plus haut.
georges
 

Re: Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Messagede CARNUS » 20 Juin 2009, 20:32

Deux ou trois choses que j'avais à vous dire, par Yildune Lévy

LE MONDE | 20.06.09 | 13h27 • Mis à jour le 20.06.09 | 15h50

C'est un homme, dans un bureau, comme tant d'autres hommes dans tant d'autres bureaux auxquels il ressemble sans ressembler à rien. Celui-là dispose d'un pouvoir spécial, certainement dû au fait que son bureau occupe le dernier étage d'une quelconque tour d'un palais de justice.
On dit qu'il instruit, qui ? quoi ? Il instruit. Il écroue. Il interroge. Il rend des ordonnances, de pâles ordonnances, où quelques articles de loi, une poignée de formules convenues et de considérations vagues se concluent par d'impénétrables mesures de contrôle judiciaire. Benjamin, certainement trop apprécié comme épicier à Tarnac, sera assigné à résidence chez sa mère en Normandie, où il n'a jamais vécu, à 30 ans. Manon et moi, qui partagions tout à Fleury, n'avons plus le droit de nous voir maintenant que nous sommes "libres". Julien peut se mouvoir dans toute la couronne parisienne, non traverser Paris, au cas où lui viendrait la tentation de prendre d'assaut l'Hôtel de Ville, sans doute.
Tel ami qui le visitait au parloir de la Santé doit se garder de le croiser désormais, sous peine de réincarcération. L'homme au bureau construit un dédale de murs invisibles, un labyrinthe d'impossibilités factices où nous sommes censés nous perdre, et perdre la raison. Il y a un ordre dans cet écheveau d'absurdités, une politique de désorientation sous les accents neutres du judiciaire.
On nous libère en prétextant qu'il n'y a pas de "risque de concertation frauduleuse" pour ensuite nous interdire de nous voir et nous exiler ici ou là, loin de Tarnac. On autorise un mariage tout en en faisant savamment fuiter le lieu et la date. On fragnole (1), à coup sûr, mais pas seulement.
C'est par ses incohérences qu'un ordre révèle sa logique. Le but de cette procédure n'est pas de nous amener à la fin à un procès, mais, ici et maintenant, et pour le temps qu'il faudra, de tenir un certain nombre de vies sous contrôle. De pouvoir déployer contre nous, à tout instant, tous les moyens exorbitants de l'antiterrorisme pour nous détruire, chacun et tous ensemble, en nous séparant, en nous assignant, en starifiant l'un, en faisant parler l'autre, en tentant de pulvériser cette vie commune où gît toute puissance.
La procédure en cours ne produit qu'incidemment des actes judiciaires, elle autorise d'abord à briser des liens, des amitiés, à défaire, à piétiner, à supplicier non des corps, mais ce qui les fait tenir : l'ensemble des relations qui nous constituent, relations à des êtres chers, à un territoire, à une façon de vivre, d'oeuvrer, de chanter. C'est un massacre dans l'ordre de l'impalpable. Ce à quoi s'attaque la justice ne fera la "une" d'aucun journal télévisé : la douleur de la séparation engendre des cris, non des images. Avoir "désorganisé le groupe", comme dit le juge, ou "démantelé une structure anarcho-autonome clandestine", comme dit la sous-direction antiterroriste, c'est dans ces termes que se congratulent les tristes fonctionnaires de la répression, grises Pénélope qui défont le jour les entités qu'ils cauchemardent la nuit.
Poursuivis comme terroristes pour détention de fumigènes artisanaux au départ d'une manifestation, Ivan et Bruno ont préféré, après quatre mois de prison, la cavale à une existence sous contrôle judiciaire. Nous acculer à la clandestinité pour simplement pouvoir serrer dans nos bras ceux que nous aimons serait un effet non fortuit de la manoeuvre en cours.
Ladite "affaire de Tarnac", l'actuelle chasse à l'autonome ne méritent pas que l'on s'y attarde, sinon comme machine de vision. On s'indigne, en règle générale, de ce que l'on ne veut pas voir. Mais ici pas plus qu'ailleurs il n'y a lieu de s'indigner. Car c'est la logique d'un monde qui s'y révèle. A cette lumière, l'état de séparation scrupuleuse qui règne de nos jours, où le voisin ignore le voisin, où le collègue se défie du collègue, où chacun est affairé à tromper l'autre, à s'en croire le vainqueur, où nous échappe tant l'origine de ce que nous mangeons, que la fonction des faussetés, dont les médias pourvoient la conversation du jour, n'est pas le résultat d'une obscure décadence, mais l'objet d'une police constante.
Elle éclaire jusqu'à la rage d'occupation policière dont le pouvoir submerge les quartiers populaires. On envoie les unités territoriales de quartier (UTEQ) quadriller les cités ; depuis le 11 novembre 2008, les gendarmes se répandent en contrôles incessants sur le plateau de Millevaches. On escompte qu'avec le temps la population finira par rejeter ces "jeunes" comme s'ils étaient la cause de ce désagrément. L'appareil d'Etat dans tous ses organes se dévoile peu à peu comme une monstrueuse formation de ressentiment, d'un ressentiment tantôt brutal, tantôt ultrasophistiqué, contre toute existence collective, contre cette vitalité populaire qui, de toutes parts, le déborde, lui échappe et dans quoi il ne cesse de voir une menace caractérisée, là où elle ne voit en lui qu'un obstacle absurde, et absurdement mauvais.
Mais que peut-elle, cette formation ? Inventer des "associations de malfaiteurs", voter des "lois anti-bandes", greffer des incriminations collectives sur un droit qui prétend ne connaître de responsabilité qu'individuelle. Que peut-elle ? Rien, ou si peu. Abîmer à la marge, en neutraliser quelques-uns, en effrayer quelques autres. Cette politique de séparation se retourne même, par un effet de surprise : pour un neutralisé, cent se politisent ; de nouveaux liens fleurissent là où l'on s'y attendait le moins ; en prison, dans les comités de soutien se rencontrent ceux qui n'auraient jamais dû ; quelque chose se lève là où devaient régner à jamais l'impuissance et la dépression. Troublant spectacle que de voir la mécanique répressive se déglinguer devant la résistance infinie que lui opposent l'amour et l'amitié. C'est une infirmité constitutive du pouvoir que d'ignorer la joie d'avoir des camarades. Comment un homme dans l'Etat pourrait-il comprendre qu'il n'y a rien de moins désirable, pour moi, que d'être la femme d'un chef ?
Face à l'état démantelé du présent, face à la politique étatique, je n'arrive à songer, dans les quartiers, dans les usines, dans les écoles, les hôpitaux ou les campagnes, qu'à une politique qui reparte des liens, les densifie, les peuple et nous mène hors du cercle clos où nos vies se consument. Certains se retrouveront à la fontaine des Innocents à Paris, ce dimanche 21 juin, à 15 heures. Toutes les occasions sont bonnes pour reprendre la rue, même la Fête de la musique.

Etudiante, Yildune Lévy est mise en examen dans l'"affaire de Tarnac".

(1) Il manque assurément au vocabulaire français un verbe pour désigner la passion que met un assis à rendre, par mille manœuvres minuscules, la vie impossible aux autres. Je propose d'ajouter pour combler cette lacune à l'édition 2011 du Petit Robert le verbe "fragnoler" d'où découlent probablement le substantif "fragnolage", l'adjectif "fragnolesque" et l'expression argotique "T'es fragno !" dont l'usage est attesté et ne cesse de se répandre.
CARNUS
 

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