1968, et l’après-68

Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 12 Avr 2018, 15:50

Sous les pavés, la grève

Mai 68. Sous les pavés, la révolution !

Vendredi 13 avril - 19h00 « Sous les pavés, la grève »,
avec Ludivine Bantigny (auteure de 1968. Des grands soirs en petits matins, Seuil)
-> Au Pavillon, 54 Rue Gabriel Péri, 93200 Saint-Denis. M° Porte de Saint Denis

68 ? La plus grande grève du mouvement ouvrier au niveau hexagonal. Mais aussi, plus largement, un mouvement international qui déborde l'année 68 et qui s'étend sur toute la décennie suivante.

Certain.e.s vont commémorer 68. Sur fond de colère cheminote et étudiante, nous choisissons de renouer avec « l'esprit de mai » en le déclinant autour d'autant de questions et de rencontres avec des auteur.e.s et militat.e.s qui seront des points d'appui, 50 ans après, pour ce qui s'annonce comme un joli printemps 2018 contre Macron et son monde.

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L'Envers de Flins,
une féministe révolutionnaire à l'atelier

Versailles (78) samedi 14 avril 2018
à 17h, Mairie de Versailles, salle Montgolfier, au sous-sol, 4 avenue de Paris

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Présentation de l'éditeur

Le 3 mai 1972, Fabienne Lauret est embauchée à l'atelier couture de Renault-Flins. Issue de la génération de Mai 68, membre du groupe Révolution  !, elle est une établie, comme on appelle ces jeunes militant·es qui entraient en usine pour changer le monde. Elle y restera plus de trente-six ans.

Loin des clichés habituels, elle nous raconte la condition ouvrière moderne, la souffrance au travail, l'exploitation quotidienne.

Féministe, elle est plus particulièrement sensible à la condition des ouvrières et au sexisme dont elles sont victimes, tant de la part de leurs collègues ouvriers que de la direction patronale. La bataille qu'elle mène avec détermination est longue, rude et exige une infinie patience.

Militante CFDT, puis déléguée syndicale, elle anime ses premières grèves. Indissociables de son parcours professionnel, ses activités syndicales nous plongent au cœur des fortes luttes sociales qui ont secoué l'usine de Flins.

Élue au comité d'entreprise, puis salariée de celui-ci, elle participe au développement d'une autre conception de cette institution sociale, qui heurte les conservatismes de la direction syndicale qui succède à la CFDT et qui utilise contre elle les méthodes patronales les plus éculées.

L'Envers de Flins, parcours de vie, parcours de lutte, est aussi le témoignage vivant et fort d'une féministe ouvrière qui n'a jamais renoncé à transformer le monde.

https://paris.demosphere.eu/rv/60601
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Pïérô » 14 Avr 2018, 16:07

25 Mars 68 à Honfleur: "Je n'avais pas vu ça depuis 36 !"

Quelques semaines avant Mai 68, une grève éclate pour les salaires dans la boite d'une petite ville, Honfleur...Les autres boites suivent. Les patrons cèdent. Les autorités se planquent. La CGT a du mal a faire reprendre le travail...

Honfleur, en 1968, c'est 9000 habitants. Sans étudiants, mais avec sa jeunesse et ses travailleurs. Une grève trainée de poudre. Après les luttes des années antérieures et leur accélération en 1967, et les explosions 1968 à Caen ou à Redon, elle est un signe du mûrissement de grève générale quelques semaines plus tard....

Mais cette grève généralisée au niveau d'une petite ville n'a pas eu un grand écho. Voici toutefois de qu'en dit L'Etincelle, bulletin mensuel de la de JCR de Caen, supplément au n°29, Mars 1968.

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https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/ ... -depuis-36
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 15 Avr 2018, 13:17

l’enregistrement de la présentation/débat qui a eu lieu le 7 avril 2018 à la librairie La Gryffe à Lyon sur le livre Mai-68 à Lyon. Retour sur un mouvement d’insubordination, lié à la brochure Mai 68 à Lyon : Trimards, Mouvement du 22 mars et mémoire rétroactive.
à écouter : http://blog.tempscritiques.net/archives/2013
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Lila » 15 Avr 2018, 20:42

Colloque 1968-2018
les MaiS des féministes...
luttes des groupes femmes d’entreprises et des commissions syndicales

Colloque du Colletictif National pour les Droits des Femmes samedi 5 mai 2018
9h30-18h30 Mairie du 4ème arrondissement de Paris

« Mai 68 nous a faites ». Plus qu’un anniversaire, nous voulons « célébrer » une FILLiation, la force d’un mouvement social, sans précédent dans le monde occidental, qui a vu se dresser une génération étudiante et près de 9 millions de grévistes durant plusieurs semaines. Cette grève illimitée, la volonté, exprimée dans le monde entier, de révolutionner en profondeur l’ordre établi, ont fait se lever des hommes....et des femmes.

Actives dans les manifs, les comités de grèves ou sur les barricades, leur histoire est souvent occultée. La parole des femmes, la déferlante féministe, n’apparaissent que 2 ans après. Mais les femmes tiennent là leur expression : la marmite bout et le torchon brûle. Les féministes sont présentes partout. Y compris dans les lieux de travail où elles créeront des groupes femmes d’entreprises et des commissions syndicales en lien direct tant avec le MLF qu’avec les mouvements sociaux. C’est cette histoire là que nous voulons raconter, celle de plus d’une décennie d’espérance, de combats fous, de victoires et peut être d’illusions. Cette histoire qui nous mène à toujours lutter pour conquérir l’égalité dans un monde sans exploitation, sans racisme et sans oppression.

Pour s’inscrire (obligatoire) : https://bit.ly/2Ge75ac

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http://www.collectifdroitsdesfemmes.org ... article494
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede Pïérô » 19 Avr 2018, 19:08

27 janvier 68: les lycéens font collection de képis de policiers

Les lycéens, grâce à leur auto-organisation dans les CAL, jouent un rôle moteur dans le déclenchement de la révolte de 1968.

Le 27 janvier 1968, à la surprise générale, les lycéens sont très nombreux dans la rue (une fourchette de 500 à 1500 selon les estimations) à manifester contre l’exclusion définitive du militant de la JCR Romain Goupil du lycée Condorcet à Paris, accusé d’y mener des activités politiques, notamment celles du Comité d’Action Lycéen (CAL) 1. C’est la première grande manifestation lycéenne.

Le témoin Patrick Fillioud raconte ainsi l’évènement dans son livre « Le roman vrai de Mai 68 »: « On est stupéfaits par la mobilisation… C’est vraiment beaucoup. Les tracts ont circulé dans les bahuts, malgré les parents et les profs qui ont fait pression. Mais on est bien là nombreux, décidés et on ne recule pas devant les flics. Ils n’ont pas de casques, ils sont en képis mais quand même les « bidules » ça cogne fort. Et les mômes se défendent. On charge. D’habitude, au premier flic qui surgit, tout le monde s’enfuit, mais là, c’est l’inverse, ça nous motive. Et finalement, ces deux manifs de Condorcet, ce sont les premières où l’on tape sur les flics. Et ce sont des lycéens qui le font. Les flics crient : dispersez-vous ! Et nous, on charge, on leur rentre dedans. Les manifestants en profiteront même, pendant les affrontements au corps à corps, pour constituer une collection de képis de policiers. » 2

Comment les lycéens en sont-ils arrivés à se rassembler si nombreux et surtout à affronter ainsi la police ?

Premier élément, le baby-boom d’après guerre, fait que le poids de la jeunesse est croissant. Le nombre des élèves et étudiants a doublé en moins de 20 ans, passant de 6 500 000 à 12 850 000 entre 1950 et 1968. Le nombre des étudiants est passé de 200 000 à 500 000 en 1968. Ajoutez 2 millions d’ouvriers qui ont entre 15 et 24 ans.

Deuxième facteur: les difficultés économiques de la France et les exigences du patronat - voir l’article publié hier 26 janvier- ont conduit le gouvernement à adopter un renforcement de la sélection dans l’éducation inscrite dans le Plan Fouchet 3. Ce refus de la sélection, comme toujours au caractère de classe prononcé, mobilise dès 1967 une partie des lycéens et des étudiants.

Troisième élément: le carcan disciplinaire et moral craque. Ras le bol de cette France de la tante Yvonne et du père De Gaulle... J’y consacrerai en Février un billet. Retenons pour l’instant que le « lycée caserne » commence à être dénoncé dès 1966, et que le mot d’ordre « Liberté d’expression » y est lancé bien avant Mai 68. Dans de nombreux lycées, le port de la blouse est obligatoire, les filles sont souvent interdites de pantalon, tout comme est interdit de fumer ou exprimer des opinions politiques. Et évidemment, la mixité scolaire est encore rare…Comme l’écrit Robi Morder « Mai 68 révèle les transformations profondes de la jeunesse et de la société. Après le « blouson noir », c’est au tour du lycéen ou de l’étudiant « gauchiste » d’incarner le « péril jeune ». Les années suivantes en seront bouleversées. » 4

Quatrième élément: comme ailleurs dans le monde, la jeunesse se mobilise contre la guerre impérialiste au Vietnam. Elle admire, et pour les plus déterminés s’identifie aux combattants vietnamiens et à Che Guevara, qui vient d’être assassiné le 6 octobre 1967. Sur l’impact du Vietnam voir l’article qui sera posté le 31 janvier et sur celui de Cuba l’article qui sera posté le 29 janvier.

Les protestations et les affrontements pour la réintégration de Romain Goupil accélèrent le développement des premiers CAL. Mais leur création est antérieure. Dès 1966, les militants de l’opposition de gauche dans la Jeunesse Communiste (JC) participent activement à la création de Comités Vietnam Lycéens (CVL), liés au Comité Vietnam National (CVN). Face au succès de la compagne des CVL dès la rentrée de 1966, la direction du PCF exclue ces militants de la JC en décembre, comme elle avait exclu plus tôt l’opposition de gauche dans l’Union des Etudiants Communistes (UEC). Les CVL organisent avec un millier de participants un meeting le 28 février 1967. Mais les CVL se heurtent à l’absence de liberté d’expression dans les lycées. Les militants du CVL du Lycée Jacques Decour joueront alors un rôle important dans la création et le développement des Comités d’Action Lycéens, mobilisant immédiatement pour la liberté d’expression et contre le « lycée caserne ».

Le 13 décembre 1967, les CVL, qui existent à Paris dans les lycées Decour, Turgot, Lavoisier, Louis Le Grand, Camille See et Condorcet, entraînent dans la grève une majorité des classes de terminale et participent dans les cortèges de l’UNEF aux manifestations intersyndicales. A la suite de cette journée naissent les CAL et leur bulletin, « Liaisons ».

Le 26 Février 1968, les CAL participent à la grève appelée par la Fédération de l’Education Nationale (FEN) et manifestent notamment sous les mots d’ordre « Liberté d’expression » et « Non à la sélection ». Un grand nombre de lycées sont bloqués, avec des piquets de 50 à 80 lycéens, y compris des lycées de filles, jusqu’au Lycée La Fontaine dans le XVIème…Dans l’après-midi des centaines de lycéens se rassemblent dans la salle Lancry où prennent notamment la parole les lycéens Romain Goupil, Michel Recanati, Maurice Najman, un représentant de l’UNEF et un militant du SDS allemand. Je reviendrai dans un autre article sur l’impact des luttes de la jeunesse en Allemange sur le Mai 1968 en France. Deux jours plus tard, le 28 Février, les CVL organisent un meeting avec un millier de participants.

A la veille de mai 68, il y a une cinquantaine de CAL, dont une trentaine en Province. Le 6 mai les CAL appelant à la grève dans les lycées, par solidarité avec les étudiants victimes de la police le 3 mai au quartier latin. C’est un succès. Puis le 10 mai, des milliers de lycéen, 10 000 selon certaines estimations, se joignent aux étudiants qui tiendront face à la police presque toute la nuit. Le 13 mai, ce sont aussi environ 10 000 lycéens qui participent à la manifestation intersyndicale contre les violences policières et les arrestations.

Les CAL, surtout présents dans quelques lycées de Paris et les principales villes de province, se créent alors dans des centaines de lycées, y compris dans des villes moyennes. Ce point est important: dans les villes moyennes, sans facultés en général, c'est la jeunesse lycéenne qui a fait démarré le mouvement. Parfois avec l'appui de pions étudiants, il est vrai. Tel est le cas par exemple à Montauban. Le quotidien régional La Dépêche rapporte que 3000 lycéens paralysent la ville dès le 10 mai 1968. « Du boulot ! », « Des débouchés », « Des facs pour tous ! » scandent les jeunes manifestants entre la place Prax-Paris et la préfecture.

Au total, sur toute la France, 300 à 400 lycées sont occupés, y compris dans l’enseignement technique. Les lycéens profitent de l’occupation pour discuter et rédiger des projets sur l’organisation des études, la pédagogie, les rapports entre élèves et professeurs, les examens, l’élection de délégués, la gestion des foyers et plus généralement la liberté d’expression. Dans l’enseignement technique, où naissent des Comités d’Action de l’Enseignement Technique (CAET), les revendications concernant de plus l’insécurité, les locaux souvent vétustes, les débouchés professionnels. Le bureau national des CAL, sur la base des cahiers de revendications, rapports, et journaux émanant de 250 lycées, publiera en septembre 1968 une synthèse dans le livre Les lycéens gardent la parole. 5 L’essentiel, sur près de 60 pages, concerne des propositions pédagogiques.

Le succès des CAL est tel que les JC, après avoir exclu 18 mois avant ceux qui ont initié les CAL, reprend le sigle après la nuit des barricades du 10 Mai. Lors du premier congrès des CAL à la Sorbonne le 19 Juin 1969, le PCF tente d’en prendre la direction, mais mis en minorité, il organise la scission en créant l’Union Nationale des Comités d’Action Lycéens (UNCAL).

La plupart des compte-rendus sur les lycéens dans le mouvement de Mai 68 sont superficiels, sous-estimant les révoltes en province, tout comme les relations établies avec les classes populaires. De nombreux témoignages et travaux permettent pourtant de corriger cette erreur. C’est le cas notamment du texte détaillé et passionnant de Jacques Jacques Serieys « 1968 Rodez et Aveyron en révolution ». Il mérite d’être lu intégralement. En attendant, un extrait:

« Sur mon lycée, les délégués élèves des clubs élisent en octobre 67 le bureau du foyer socio-éducatif ; celui-ci obtient 2 heures libres et 3 salles pour le club « Information et Auto-Socio-Education » où les élèves proposent, font et écoutent les cours. Notre lieu de vie, c’est le foyer « Guevara » avec ses 8 panneaux d’information (dont défense de la nature). Lors de la « 1ère rencontre des Jeunes animateurs de foyers socio-éducatifs » à Carmaux le 28 mars 68, notre lycée compte 37 activités périscolaires (orchestre, coopérative, théâtre, bibliothèque, interdiction des brimades …). Les délégués de dortoir gèrent la salle télé. De 66 à 68, nous sortons huit journaux, surveillés de près par l’administration, le premier ronéoté à 400 exemplaires sur un lycée, le dernier imprimé à 2500 par la société Subervie et vendu sur 5 lycées. Le 8 mai 1968, le Comité de rédaction élargi (aux CAL, clubs, équipes sportives) se transformera en Comité d’Action InterLycée (CAIL).

Les Comités d’Action Lycéens se créent sur Paris mi décembre 67. Nous prenons contact par Francis Jouve, militant JCR du Pavé, créons 6 CAL début 68 avec des jeunes souvent issus de familles imprégnées du souvenir de la barbarie fasciste. Depuis 65, l’impérialisme américain les a horrifiés. Le coup d’état militaire en Grèce et la répression sanglante en Espagne les ont convaincus du danger en Europe même. Le CAL de l’Ecole Normale de Filles constituera le cœur du mouvement politique en mai 68 ; son noyau comprend Annie Zanchetta (petite fille d’antifasciste italien devenu en 1927 mineur en Belgique et fille d’un syndicaliste communiste d’EDF), Annie Tora (fille de républicains espagnols devenus ouvriers agricoles en Algérie avant d’être accueillis en 62 dans les « baraquements » de Decazeville). Marie-Jo Vittori (père dans les Brigades Internationales puis chef des maquis de l’Aveyron, oncle Aurèle tué dans les Brigades, oncle François persécuté dans la Rhur puis à Madagascar, 27 mois de cachot et 4 ans de prison, président du Secours Rouge International, brigades internationales, Résistance en Corse, sénateur communiste)… A partir du début mars les CAL se transforment en structures de masse. De nombreux lycéens les rejoignent par lien d’amitié et par solidarité de génération dans un contexte politique mobilisateur. Nous participons à la grève enseignante du 4 mars (80% de grévistes lycéens). » 6

Un autre texte du même auteur mérite lecture: Lycéens en mai 1968 3.

On peut voir aussi ici 3 un reportage en Mai 1969 de l’émission Panorama (ORTF) incluant un entretien avec trois lycéens de 17 ans, dont Nicolas Baby, de la direction des CAL, et Gabriel Culioli, alors maoïste, qui rejoindra finalement la Ligue Communiste.

Notes

1. on peut voir des séquences filmées par lui de cette agitation dans le Lycée dans son film « Mourir à 30 ans » réalisé en 1982

2. Patrick Fillioud, Le roman vrai de Mai 68, Lemieux éditeur, 28 euros.

3. voir ici 3 et ici 3 la critique qu’en fait la JCR dans Avant-Garde Jeunesse n°9

4. voir son ouvrage "1968 : Sois jeune et tais toi ! » 3

5. Le Seuil, 1968

6. texte publié dans le livre "La France des années 1968 », Editions Syllepse

Bibliographie

- Maurice Ronai, Le mouvement des lycéens, Revue Partisans, François Maspero, 1969, 180 p. (notice BnF 3 no FRBNF33106877 3)

- CAL Les lycéens gardent la parole, Le Seuil, 1968.

- Revue Partisans N° 49 de septembre-octobre 1969 est consacrée au mouvement des lycéens et donne un historique détaillé avec un volume intéressant de documents et textes des CAL.

- La victoire des lycéens, 17/18/19 février 1971, brochure “ que faire ”, série “ luttes universitaires”, Paris 1971.

- Patrick Fillioud, Le roman vrai de Mai 68, Lemieux éditeur, 28 euros.

- Michel Field, l’Ecole dans la rue,Paris, Grasset, 1973.

- Didier Leschi, 1968-1973, 5 ans de contestation dans les lycées. Contribution à l’étude des mouvements lycéens des CAL à la loi Debré, maîtrise d’histoire contemporaine, Paris X, 1986.

- Didier Leschi, « l’après-mai 68 dans les lycées » 3 séminaire « Les années 68 :événements, cultures politiques et modes de vie ». du 2 février 1998, Lettre d’information n°29

- Didier Leschi, avec Robi Morder, « Mai 68 et le mouvement lycéen », 3 Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 11-12-13, 1988

- Robi Morder, « Les Comités d’action lycéens » 3, Cahiers du Germe N° 22-23-24, 2002.

Flora Saladin, « le bac 68 », Maîtrise Histoire Paris I, 2004.

- Karel Yon, La Ligue communiste et le mouvement lycéen contre la loi Debré (printemps 1973) : rôle et place d’une “ avant-garde ”dans le mouvement de masse, mémoire de sciences politiques IEP Paris 1999.

- Claude Zaidman, Le mouvement lycéen en mai 1968, Thèse de 3° cycle, Paris V, 1978.

Filmographie
Romain Goupil, Mourir à 30 ans,1982
Raymond Vouillamoz 3, La Folie Nanterre, 3 20 mars 1969, Radio télévision suisse 3
Fièvre dans les lycées 3, Panorama, ORTF, mai 1969 http://www.ina.fr/video/CAF86015150/fie ... video.html


et photos et liens dans l'article https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/ ... -policiers
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 21 Avr 2018, 12:36

"Mai 68 et ses héritages contestataires"

Nancy samedi 21 avril
à 14h, Fac de Lettres de Nancy occupée (A028)
(repli au CCAN – 69 rue Mon Désert en cas d’expulsion de la fac)

Conférence d’Irène Pereira
Organisée par Alternative Libertaire 54

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https://manif-est.info/Conference-d-Ire ... s-522.html



Du quartier latin à la Croix de Pierre un cycle autour de mai 68

Du 21 avril au 3 juin, le diable au corps organise un cycle de reflexion et d’évenement autour de mai 68. Parce qu’il est inacceptable qu’un épisode révolutionnaire soit commémoré par l’Etat, il s’agit de mettre en place tous les outils nécessaires pour se l’approprier pleinement

Leclerc, Sega, Citroën, Macron... Mai 68 a fait l’objet de toutes les récupérations. De fait, nous aussi sommes habités par cet imaginaire des années 68. Mais nous refusons les commémorations racornies, vides de sens. Nous voulons interroger 68, nous voulons faire usage de l’histoire.
La force de Mai 68 réside peut-être dans la rencontre - réelle et symbolique - entre des mondes différents, dans les amphis, les usines, aux Beaux Arts, dans la rue. Elle résidait aussi dans leurs nouvelles manières d’habiter leurs sphères, d’habiter la ville.
C’est pourquoi nous proposons un cycle de rencontres dans le quartier Saint-Hilaire, dans nos lieux : un local d’artistes, un restaurant, un local associatif, une bibliothèque municipale. Avec chacun de ces lieux viennent les possibles qu’ils portent en eux, leurs champs d’activités, leurs propositions propres, leurs manières de percevoir la ville. Nous désirons que ces réalités se rencontrent, qu’elles s’entretissent (qu’elles bouillonnent et pourquoi pas qu’elles cheminent ensemble).

/ !\ Avertissement : nous n’oublierons pas la rue.

Rdv à :
LE DIABLE AU CORPS 100 Rue Saint Hilaire
LA CONJURATION DES FOURNEAUX 149 Rue Saint Hilaire
GALERIE TRAMPOLINE 47 Rue Saint Vivien
BIBLIOTHÈQUE DES CAPUCINS 21 Rue des Capucins
ET DANS TOUTE LA RUE SAINT HILAIRE

Du 21 avril au 3 juin 2018.
• Le 21 Avril à 18h00 : Discussion autour du livre "Trimards, "Pègre" et mauvais garcons de Mai 68", avec Claire Auzias au Diable Au Corps. Vous pouvez en retrouver un avant goût en lisant cet article https://a-louest.info/Les-mauvais-garcons-de-Mai-68-306.
• du 2 au 18 mai Exposition inspirée du livre pour enfant Véro en Mai à la Bibliothèque des Capucins.
• 12 mai 19h00 Exposition visuelle et sonore « Mai 68 à Rouen et ailleurs » au Diable au Corps.
• à partir du 12 mai Exposition photo Mai 68 Fragments recomposés par J.P. Sageot dans la rue Saint-Hilaire.
• 20 mai 15h00 Projection du documentaire La Reprise de Hervé Le Roux au Diable au Corps.
• 26 mai 14h30 Atelier « L’autorité et la pédagogie libertaire » à la Galerie Trampoline.
• 3 juin 16h00 Discussion autour du livre 1968 - De grands soirs en petits matins avec Ludivine Bantigny à La Conjuration des Fourneaux.

https://a-louest.info/50-NUANCES-DE-MAI ... ilaire-381
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 22 Avr 2018, 12:18

Les utopiques n°7 spécial Mai 68

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De Renault à la SNCF, de Besançon à Paris, des Chèques postaux à la Marine nationale, de Billancourt à Caen, de Lip à la SAVIEM, de Flins à Tours… voici des témoignages sur les années 68. Un prolongement à l’utile rappel « sous la plage, la grève »…

Suit, un panorama de « 68 dans le monde », avec des focus sur les Allemagnes, l’État espagnol, l’Italie, le Sénégal, l’Uruguay, la Tchécoslovaquie, l’URSS, le Japon et la Guadeloupe.
Si nous tenons à remettre au premier plan l’action des travailleurs et des travailleuses, parce que telle fut sa place dans cette histoire et du coup l’Histoire, il n’est pas question d’effacer toutes les autres dimensions de 68 : de l’UNEF et du Mouvement du 22 mars à l’université d’aujourd’hui, du rôle des paysans et paysannes au mouvement féministe, du cinéma aux Beaux-Arts, du front homosexuel à la révolution…
Nous le faisons en privilégiant, là aussi, la narration de vécus. Tout cela n’a d’intérêt que lié aux temps présent et futur. « Mai 68 et la CGT », « Retour sur Mai 68 », « Mai 68 un enjeu bien actuel », « Quelque chose de 68 », tracent des perspectives en ce sens.

- Dorénavant édité par Syllepse (http://www.syllepse.org), "Les utopiques" est aussi disponibles en librairie. Cette diffusion peut être améliorée par les contacts locaux que chacun et chacune peut prendre.

Contributions : Ana María Araújo, Henri Benoist, Machù Cal, Anouk Colombani, Christophe Cordier, Christine Delphy, Michel Desmars, Maryse Dumas, Jean-Pierre Duteuil, Jean-Pierre Gueguen, Daniel Guerrier, Willi Hajek, Pierre Khalfa, Daniel Kergoat, Robert Kosmann, Marie-Paule Lambert, Fabienne Lauret, Christian Mahieux, Thomas Martin, Alain Martinez, Gus Massiah, Robi Morder, Daniel Mothé, Gisèle Moulié, Gérard Paris-Clavel, Charles Piaget, Françoise Picq, Georges Ribeill, Guy Robert, Théo Roumier, Patrick Rummler, Momar Sall, Jacques Sauvageot, Cosimo Scarinzi, Jean-Pierre Thorn, Joan Zambrana, Pierre Zarka.

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http://www.autrefutur.net/Les-utopiques-sortie-du-no-7
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 26 Avr 2018, 23:52

Le Socialisme sauvage : un livre de Charles Reeve en débat à la Gryffe

Samedi 28 avril 2018
à 15h, 5 rue Sébastien Gryphe Lyon 7e.

Rencontre/débat à la Gryffe autour de « Le socialisme sauvage. Essai sur l’auto-organisation et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours » en présence de l’auteur Charles Reeve. Samedi 28 avril à 15 h.

Cet essai de plus de 300 pages de Charles Reeve n’est pas une histoire des luttes d’émancipation depuis la révolution française c’est surtout un bilan théorique de tous les surgissements de ce « socialisme sauvage » que l’auteur met en évidence dans différents épisodes révolutionnaires ou mouvements récents. Si les principes du socialisme sauvage sont la démocratie directe et une action de base indépendante des partis, il s’agit aussi de montrer comment pendant certains épisodes historiques l’auto-organisation a permis de poser les questions essentielles non seulement de la production mais aussi de la distribution et de la consommation sous le contrôle de la collectivité. Questions posées mais pas forcément résolues que l’on retrouve dans la révolution des soviets, la révolution des conseils en Allemagne et en Russie de 1905 à 1921, dans les collectivités d’Aragon pendant l’expérience révolutionnaire espagnole de 1936-1937 ainsi qu’en mai 1968 ou pendant l’épisode « apartidaire » du Portugal en 1974-1975. Chaque fois en s’appuyant sur les récits et les témoignages des participants et sur les textes théoriques qui les ont accompagnés ou suivis, Charles Reeve montre les richesses, les « possibles émancipateurs » et les limites de ces moments. En France en dehors de groupes assez restreints on connaît assez peu le mouvement des Conseils ouvriers en Allemagne de 1918 à 1921 qui a été caractérisé par des tentatives d’autogouvernement visant l’abolition des séparations, en particulier celle de la politique et de l’économique. Si en Russie et en Allemagne cet « esprit des conseils » s’est heurté au léninisme et à la social-démocratie, on le retrouve à l’œuvre dans le communisme libertaire espagnol. Il s’agit pour Reeve de montrer le fil invisible qui relie ces expériences avec les nouveaux mouvements tels celui de 2010 en Espagne, Indignados, Occupy aux USA ou Nuit Debout en 2016. Les courants anarchistes ont bien joué un rôle dans ces mouvements mais ceux-ci ne sont pas « anarchistes » car ils sont aussi empreints de contradictions et d’ambiguïtés.
En effet ces mouvements se nourrissent d’abord de la crise de la représentation, le système de délégation de pouvoir dans le capitalisme contemporain ne suscitant que des oppositions représentant des nuances morales ou conceptuelles d’un même projet libéral. Ils correspondent également à la dislocation de l’ancien mouvement ouvrier et à la prise de conscience de l’appauvrissement des classes moyennes.
Partant de ces constats Reeve questionne dans cet ouvrage la pertinence des nouvelles analyses politiques, qui se développent à partir des échecs ou des limites des théories marxistes ou en termes de « luttes de classes » depuis le Comité invisible, le Zapatisme ou « la production du commun ».
Par exemple sous l’appellation « production du commun » il y a une diversité de contenus qui comprennent des initiatives installées dans les interstices du capitalisme et cherchant à échapper à la barbarie de l’économie néolibérale mais surtout « un principe politique d’action collective, un terrain de luttes, entre autres contre les effets du libéralisme et de la privatisation de biens communs » comme l’air et l’eau. Il y a bien là une façon nouvelle de contester le capitalisme et même d’envisager son dépassement mais les auteurs (Dardot, Laval) qui défendent cette analyse sous estiment ou ignorent les expériences historiques d’auto-gouvernement et de démocratie directe, que Reeve a rassemblé sous le terme de « socialisme sauvage ».
Il y a dans cet essai de Charles Reeve la volonté de montrer les similitudes entre les mouvements libertaires et les différents courants du communisme ant-autoritaire qui demeurent après l’effondrement du communisme d’état les seules références d’un avenir possible. Pour lui il s’agit désormais de penser au présent « l’idée des conseils » sans fétichisme de la forme « conseil ».

https://rebellyon.info/Le-Socialisme-sa ... rles-19064
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 30 Avr 2018, 16:48

La révolte libertaire de Mai 68

Le mouvement de 1968 repose sur une révolte spontanée qui permet d'ouvrir l'imagination et l'utopie. Toutes les formes d'autorité et de contraintes sociales sont remises en cause.

Mai 68 apparaît surtout comme une révolte étudiante. Mais c’est avant tout une importante grève sauvage. Les témoignages sur le mouvement de 1968 sont nombreux. Mais ils se contentent de ressasser la parole des militants gauchistes. Il existe également une dimension libertaire qui insiste sur la créativité et la spontanéité de la révolte.

Pierre Peuchmaurd propose une autre lecture de ce moment révolutionnaire. Ce poète surréaliste rejette toutes les sectes idéologiques, y compris les anarchistes. Il propose un témoignage à chaud dans le livre Plus vivants que jamais.

... http://www.zones-subversives.com/2018/0 ... ai-68.html
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 30 Avr 2018, 19:26

Bouffe – présentation livres sur Mai 68 – discussion

Après la manif contre le Travail au centre-ville de Strasbourg du 1er mai

• 12h : Bouffe prix libre

À 15h (entrée libre) : Présentation croisée de
• « Trimards - « pègre » et mauvais garçons de Mai 68 », par Claire Auzias. Trimards à Lyon, loulous à Grenoble, zonards à Nantes, katangais à Paris... Ce lumpenprolétariat était l’autre face de la révolution.
• « Voyage en Outre-Gauche », de Lola Miesserof. Une exploration de l’« archipel outre-gauche », mouvement hétérogène allant des anars indépendants à l’ultra-gauche en passant par les situationnistes au cours des années post-68.
• Suivie d’une discussion ouverte avec les autrices, jusqu’à l’apéro !

https://manif-est.info/Fete-du-Molodoi- ... e-556.html
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 30 Avr 2018, 23:54

Les lycéens des années 68

Illustrant quelques épisodes du mouvement lycéen des années 1960/1970, les textes suivants sont issus de divers écrits de Robi Morder1. Ils montrent comment une génération de jeunes scolarisés a construit ses propres outils de lutte, développé l’auto-organisation et … désobéit massivement aux institutions et à leurs représentants et représentantes. Ce n’est pas sans lien avec ce qu’on retrouvera les années suivantes dans les entreprises…

... http://www.lesutopiques.org/lyceens-annees-68/
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 02 Mai 2018, 14:28

3 jours de discussions, d’expositions, d’ateliers et de spectacles aux Tanneries, pour redécouvrir l’histoire partisane et écrasée de Mai 68.

Dijon du 4 au 6 Mai 2018

Image

Comme ça n’a pu vous échapper, on sera en plein anniversaire des 50 ans de mai 68. Nous avons un temps hésité à nous mettre en grève de commémoration, écoeuré⋅es par les tentatives de réappropriation et de lifting libéral. Mais il y a pourtant un fil historique qui court de mai 68 jusqu’à nos luttes et nous avons décidé d’explorer cette histoire souterraine, de nous saisir de l’occasion pour faire écho aux mémoires vivantes, protéiformes et subversives de l’« esprit de mai ». Il s’agit de penser comment celui-ci résonne encore aujourd’hui dans nos têtes, dans nos vies et dans nos mouvements.

Qu’autant de politiciens, journalistes et autres spécialistes se répandent en indécentes célébrations officielles à propos d’un mouvement marqué par son hostilité vis-à-vis de leur autorité est aussi surprenant que lourd de sens. La machinerie mise en place pour tenter de rendre inoffensive une des révoltes les plus puissantes de ces 50 dernières années est armée de grosses ficelles. Celle-ci aura été d’abord réprimée, avec plusieurs morts et des milliers de personnes arrêtées ; puis ridiculisée en étant décrite comme une crise d’adolescence d’une génération gâtée par les 30 glorieuses ; pour finalement être en partie intégrée jusqu’à être considérée, ces dernières années, comme un symbole du “déclin moral” de notre époque par les réactionnaires de tous poils. L’intitulé même de “mai 68” est symbolique et paradoxal alors qu’au cours du mois de juin plus de 9 millions de personnes poursuivaient la plus grande grève générale et sauvage qu’a connu ce pays. Circonscrire ces “événements” dans le temps en leur fixant un début et une fin, c’est une tentative de refermer les possibles qui se sont ouverts. C‘est nier que les tensions qui ont explosé à ce moment-là dépassent le contexte de mai 68 et nous traversent encore aujourd’hui.

Au-delà du soulèvement ouvrier et étudiant, ce qui nourrit nos imaginaires c’est également le “renversement de perspective” dû à l’irruption des mouvements de libération des femmes, des homosexuel⋅les, des jeunes, des marges mais aussi de la parole, des esprits, des corps et des désirs. Ces bouleversements plus intimes mais tout aussi politiques ont alimenté des critiques et pratiques subversives contre l‘aliénation ou la normalité qui font plus que jamais écho dans notre époque.

Loin d‘en faire une icône, il s’agit pour nous de retrouver les traces, de penser ensemble les pistes qu’ont ouvert cet “esprit de mai”. Comme le dit Kristin Ross, mai 68 “ne peut être considéré indépendamment de la mémoire et de l’oubli collectifs qui l‘entoure”. Ces tentatives de renvoyer au musée nos révoltes mettent en lumière l’enjeu de la transmission. Comment communiquer nos expériences, écrire notre propre histoire ? Comment propager nos rages et partager nos imaginaires ? Quelle stratégie pour que les moments de bouleversement social comme “mai 68” ne soient pas un événement mais une lame de fond, qui imprègne à la racine réflexions et pratiques ? Fort⋅es de l’élan que nous inspire ce moment, nous vous invitons à venir partager toutes ces questions et à participer au festival du livre et des cultures libres les 4, 5 et 6 mai 2018 à l’espace autogéré des Tanneries à Dijon.

Parce qu’aujourd’hui comme hier, nous rassemble l’énergie de faire valser le vieux monde et ses mots d’ordre.

Le collectif d’organisation du festival du livre et des cultures libres.

Programme complet et infos :
https://festivaldulivre.tanneries.org/



VENDREDI 4 MAI – Soirée d’ouverture
Dès 18h, apéro & pizzas

SPECTACLE : régulièrement, Lectures (z)électroniques.

CONCERT : 20h, Alchôrale, chansons révolutionnaires.

CONCERT : 21h, Dominique Grange chanteuse active dans les mouvements des années 68 vient partager une partie de son répertoire de chanson de l’époque et des plus récentes accompagnée de Jacques Tardi et Accordzéâm.


SAMEDI 5 MAI
Ouverture à 13h.

En plus des nombreux stands d’éditeurs et de distros, venez participer aux différents ateliers, ou encore assister aux différents spectacles qui se grefferont aux activités de la journée !

DISCUSSION : 14h, Panorama des “années 68” présenté par Michelle Zancarini-Fournel.

DISCUSSION : 16h, Présentation de Race d’Ep ! Un siècle d’images de l’homosexualité de Guy Hocquenghem.

PROJECTION : 16h, les 18 Fugitives (2014).

DISCUSSION : 18h, l’Art populaire de mai 68 par Jil Daniel.

SPECTACLE : 20h, Gueuloir avec des textes de Virginie Despentes par le collectif 7′.

THÉÂTRE : 21h, Le Dehors de toutes choses par la compagnie de la Chambre Noire.

DANCEFLOOR : 22h30, Distro Party (musique tous styles provenant des bacs des distros présentes sur le festival).


DIMANCHE 6 MAI
Ouverture à 11h.

En plus des nombreux stands d’éditeurs et de distros, venez participer aux différents ateliers, ou encore assister aux différents spectacles qui se grefferont aux activités de la journée !

DISCUSSION : 11h, Transmission et luttes féministes par Isabelle Cambourakis.

DISCUSSION : 14h, Mon MLF par Marie-Jo Bonnet.

DISCUSSION : 16h, L’information libre à l’heure des réseaux sociaux.

DISCUSSION : 17h30, Symposium de revues subversives et ravissantes.

CONCERT : 19h, Maggy Bolle.

https://dijoncter.info/?festival-du-liv ... es-les-177



Le Mai 68 Nantais - Invitation du CAUN

Rouen le vendredi 4 mai 2018 à 18h

Le mai 68 nantais – étudiants, ouvriers et paysans vers la commune.

Des grèves insurectionnelles de 1955 aux affrontements devant le rectorat en 1967, l'agitation révolutionnaire qui s'empare de Nantes n'est que l'aboutissement d'un long processus. Point culminant de ce processus : un incendie de la préfecture et la désertion de la ville par les forces de l'ordre. Plus de flicailles ni de préfet, place à l'auto-gestion. Les comité de grêves composés de paysans et de travailleurs vont prendre en main l'approvisionnement de la ville mais aussi la gestion populaire des caisses de la sécu et des allocs.

On connait désormais cet épisode sous le nom de Commune de Nantes.

50 ans plus tard, des gestes, des chants, des pratiques perdurent encore à Nantes. Le Comité Autonome Univesitaire Nantais (CAUN) s'inscrit dans cette filiation et est au coeur de l'agitation à Nantes, sur le campus comme en centre-ville. Sur l'invitation de Rouen Dans La Rue, ils viennent nous raconter le Mai 68 nantais.

https://www.facebook.com/events/204283137027560/
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 02 Mai 2018, 15:03

Un aspect méconnu de Mai 68 : les « établies »

Paris samedi 5 mai 2018
à 19h30, 19h30, à la bibliothèque La Rue, 10 rue Robert Planquette, 75018 Paris

Evocation d’un parcours de vie de femme engagée dans une usine d’hommes. Mobilisations, grèves, mais aussi paternalisme, division sexiste du travail, discriminations, agressions sexuelles dans les ateliers et... machisme dans les syndicats

Fabienne Lauret - membre du groupe Révolution ! - s’ « établit » à Renault-Flins en 1972 ; elle est affectée aux ateliers-couture (tiens, tiens)... Elle est une « établie », comme on appelle ces jeunes militant·es qui entraient en usine pour changer le monde. Elle y restera plus de trente-six ans ! Récemment, de son "parcours de vie de femme engagée dans une usine d’hommes", elle a fait un livre : « L’envers de Flins. Une féministe révolutionnaire à l’atelier » sorti en 2018 aux éditions Syllepses.

Fabienne vient nous parler de luttes de classe mais aussi de luttes féministes. Car elle découvre très vite que la vie en entreprise ce ne sont pas seulement les qualifications et les salaires, les cadences, la souffrance au travail, les mobilisations, l’invention des tracts, les grèves, c’est aussi le paternalisme, la division sexiste du travail, les discriminations, les agressions sexuelles dans les ateliers et... le machisme dans les syndicats.

La présentation sera suivie d’un débat.

https://paris-luttes.info/un-aspect-mec ... -les-10020




Un autre regard sur Mai 68

JOURNÉE FESTIVE AUTOUR DE MAI 68, rencontres, expo, concerts, buvette, repas partagé, etc...

Laon (02) Samedi 5 mai 2018
Athénée l’Etoile Noire, 5 rue Saint-Jean

- A partir de 15h00 :
RENCONTRE-DEBAT avec Claire Auzias et Lola Miesseroff qui viendront nous parler de leurs livres “Trimards : "Pègre" et mauvais garçons de mai 68” (Atelier de Création Libertaire, 2017) et "Voyage en outre-gauche : Paroles de francs-tireurs des années 68" (Libertalia, 2018).

Loin des clichés abondement ressassés lors des commémorations médiatiques de mai 68, ces deux livres nous livrent une autre vision sur cette période. Ils nous rappellent que "mai 68 n’a été que le point culminant d’un mouvement de révolte des ouvriers et des jeunes qui avait débuté bien avant et s’est prolongé largement au-delà, que ce mouvement a été très actif loin de la capitale et que les étudiants ou les groupuscules maoïstes et trotskistes n’en constituaient que les composantes les plus visibles".

- Claire Auzias est historienne. Elle a écrit de nombreux ouvrages sur l’histoire des mouvements libertaires et sur l’histoire du peuple Roms.
- Lola Miesseroff avait 20 ans en mai 68. Depuis, elle n’a jamais cessé de viser à la destruction du vieux monde.

Cette rencontre se terminera par une demi-heure de chansons militantes interprétées par les “ROBINES REBELLES” (Esther au chant et piano et Claire au violon)

- A partir de 18h00 : CONCERTS
La Mordue en solo, Bonheur et Les petits papiers nous feront le plaisir d’être des nôtres et d’interpréter leurs chansons

- A 20h30 François Guernier nous rejoindra pour un concert surprise

et toute la journée : une expo d’affiches sérigraphiées reprenant des slogans de mai 68 sera proposée à l’Étoile Noire, une buvette sera ouverte pour se désaltérer et nous pourrons partager un repas avec les victuailles que chacun apportera...

des ajouts et précisions complèteront bientôt ce programme sur ce site...

https://kropotkine.cybertaria.org/spip.php?article182
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 03 Mai 2018, 19:56

Dossier dans le Monde diplomatique

Il y a cinquante ans, 1968
Une embellie en mai

La France est un pays paralysé, les banques ne fonctionnent plus, les pompes à essence sont vides. Qu’était Mai 68 ? Une révolte étudiante contre les hiérarchies, une libération festive des mœurs, certes. Mais aussi et d’abord la plus grande grève d’ouvriers et d’employés de l’histoire de France, en écho aux grands mouvements de solidarité avec les peuples du tiers-monde, et avant tout avec le peuple vietnamien. À l’occasion du quarantième anniversaire du mouvement, Laurent Bonelli remarquait que « contrairement aux commémorations de 1988 et 1998, encore dominées par la célébration de leaders étudiants, celle de 2008 laisse une place bien plus importante aux masses d’anonymes qui ont inscrit l’événement dans l’histoire et aux raisons pour lesquelles elles l’ont fait. » Ainsi « la mémoire des millions de grévistes qui paralysèrent le pays retrouve enfin une place dans le débat. » Que reste-t-il à dire, écrire ou montrer aujourd’hui ? Pour le cinquantenaire, hors de toute frénésie éditoriale, « Le Monde diplomatique » invite à une plongée dans ses archives.

... https://www.monde-diplomatique.fr/dossier/mai68
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Re: 1968, et l’après-68

Messagede bipbip » 03 Mai 2018, 22:15

Mai, joli mois de mai !

Mai soixante-huit a cinquante balais et les soixante-huitardEs ont pris de la bouteille. La réaction politique et médiatique s’apprête à en célébrer l’oubli et surtout l’abandon, fort répandu, de l’espoir d’une transformation sociale que mai portait. L’Histoire en fera le récit. La jeunesse, demain, en écrira une nouvelle version.

"Il est interdit d’interdire !”, “Sous les pavés, la plage.”, “Soyons réalistes, demandons l’impossible !”, etc. Ces fulgurances jubilatoires ont fait battre les cœurs de joie et trembler le bourgeois. Elles portaient l’aspiration à un autre monde ! Mai 68 fut le moment où les jeunes et les salariéEs prirent en main leur destin pour le changer. L’intense mouvement de révolte, de contestation des normes et du pouvoir, a enfanté des avancées culturelles et sociales qui étaient alors en germination.

Une période de luttes

Les années précédant 1968 ont vu l’explosion des luttes de libération nationale : en Algérie, au Vietnam, en Afrique. Cuba s’était libéré de la dictature et de l’emprise des USA par les armes. Le bloc de l’Est était contesté de l’intérieur par une intelligentsia. A contrario, en Indonésie, le Parti communiste et ses soutiens subissaient un massacre de masse. En Chine, après sa rupture avec l’URSS, la Révolution culturelle ébranlait la société. Che Guevara, à la Tricontinentale, lançait : “Créer deux, trois… de nombreux Vietnam. Voilà le mot d’ordre”.

Les étudiantEs du SDS (Sozialistischer Deutscher Studentenbund - Union socialiste allemande des étudiants) affrontaient la police après la mort de l’un des leurs ; les Zengakuren japonais organisaient des manifestations anti-étatsuniennes extrêmement violentes ; les étudiantEs italienNEs occupaient leurs facultés ; les étudiantEs polonaisEs protestaient contre l’interdiction d’une pièce de théâtre anti-russe : les auteurs d’une lettre ouverte au PCP, qui faisait la critique de la bureaucratie, Kuron et Modzelevski étaient emprisonnés, etc.

Partout, les étudiantEs manifestaient leur solidarité avec le peuple vietnamien qui résistait à l’agression des USA. Ces manifestations, souvent réprimées, portaient des conceptions anti-autoritaires. Aux USA, les étudiantEs refusaient la conscription et d’être complices de la guerre ; les émeutes raciales étaient nombreuses ; Martin Luther King fut assassiné.

Le Front national de libération du Sud Vietnam lançait l’offensive du Têt le 30 janvier 1968, s’attaquant aux grandes villes et aux bases étatsuniennes. Les manifestations de soutien se multipliaient dans le monde.

Le mouvement étudiant en France

Dirigée par de Gaulle, la société restait apparemment imperméable à cela. “Quand la France s’ennuie...” de Pierre Viansson-Ponté ( Le Monde du 15 mars 1968) : “La jeunesse s’ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent en Espagne, en Italie, en Belgique, en Algérie, au Japon, en Amérique, en Égypte, en Allemagne, en Pologne même. Ils ont l’impression qu’ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l’absurde à opposer à l’absurdité. Les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d’Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l’homme”.

En effet, un mouvement anti-autoritaire en faveur de la libération sexuelle menait dans les cités universitaires une contestation inédite. Dany Cohn-Bendit, à Nanterre, en était la figure de proue.

Pourtant, la lutte contre la guerre d’Algérie, le soutien au FLN de la part de certainEs, restaient dans les mémoires. De plus, le soutien à la révolution vietnamienne, l’attrait de la révolution culturelle chinoise, l’admiration pour la révolution cubaine faisaient émerger une nouvelle génération venue de l’UEC (2). Les “italiens” eurocommunistes, les pro-chinois après la rupture de la Chine d’avec l’URSS et au moment de la révolution culturelle et les trotskistes représentaient une très fine frange de la jeunesse estudiantine, mais constituaient des groupes politiques très actifs.

La population était passée de 40 à 50 millions entre 1945 et 1968. Du fait du baby-boom d’après guerre, les moins de 20 ans représentaient 33 % de la population (1). De 140 000 en 1958, le nombre d’étudiantEs était passé à 400 000 dix ans plus tard. Des universités sortaient de terre comme Jussieu à Paris et Nanterre.

Une mutation s’opérait dans la jeunesse. Elle avait l’impression d’étouffer au moment où la société de consommation pointait son nez et où des mouvements s’y opposaient, tels que les hippies, les provos ou les situationnistes.

Le mouvement ouvrier

Les travailleurs/euses de l’industrie étaient fortement organiséEs par les syndicats, d’abord par la CGT. Le taux de syndicalisation atteignait 22 %. Le PCF faisait des scores électoraux importants (22,5 % en 1967). Enfin, la composition des salariéEs de l’industrie changeait rapidement du fait de la transformation radicale des campagnes. En 1958, les agriculteurs représentaient 26,6 % des actifs pour ne plus en représenter que 15 % en 1968 (3). L’exode rural concernait d’abord la jeunesse, qui se retrouvait en masse parmi les OS (4). Cet apport profitait à la CFDT.

Un second phénomène se produisait, le nombre de chômeurs/euses passait de 195 000 en 1962 à 437 000 en 1968. Celui des jeunes chômeurs/euses était multiplié par trois.

Dans le même temps, les villes s’entouraient de banlieues formées de grands ensembles, qui logeaient les personnes venues des campagnes et des pieds-noirs rentréEs d’Algérie.

Les Trente Glorieuses avaient vu l’augmentation de la productivité aussi bien à la campagne que dans les industries mais les salaires étaient maintenus très bas et le temps de travail élevé.

Le mouvement ouvrier était très dynamique. La grande grève des mineurs de 1963 avait montré la ténacité des travailleurs/euses et le soutien de la population, l’habileté de Pompidou et l’ambiguïté de la CGT. Pendant un mois en 1967, l’occupation des usines de la Rhodiaceta eut un impact très fort dans la population, qui se solidarisa avec les grévistes. En janvier 1968, à la Saviem, près de Caen, les jeunes ouvriers débordèrent les syndicats et s’affrontèrent toute une nuit avec la police.

Les prémisses de mai à Paris

Le début de l’année fut donc marqué par l’offensive du Têt, l’émeute ouvrière à Caen, les happenings des étudiantEs de Nanterre et par les mobilisations de soutien aux Vietnamiens : “FNL vaincra !”, mot d’ordre des Comités Vietnam de base (prochinois) (CVB) et du Comité Vietnam national (CVN).

Le 20 mars, le CVN attaqua la vitrine de l’American express à Paris. Après l’action, six militants étaient arrêtés. Pour les soutenir, des étudiantEs occupèrent la salle du Conseil des professeurs le 22 mars à Nanterre. Ainsi s’identifia le mouvement anti-autoritaire, pour la libération sexuelle et contre le “mandarinat” universitaire, qui s’activait avec Dany Cohn-Bendit depuis la rentrée. Le doyen de la faculté suspendait les cours pendant deux jours.

De leur côté, les CVB organisaient des manifestations dans le quartier latin qui provoquaient des affrontements avec la police. De même, le 28 avril, l’exposition organisée par Roger Holeindre président du “Front uni de soutien au Sud Vietnam” était détruite par les CVB et Holeindre sérieusement tabassé.

Le 11 avril, Rudi Dutschke, dirigeant du SDS allemand, fut grièvement blessé dans une tentative d’assassinat à Berlin. La JCR (5) puis l’UNEF réagissaient en organisant des manifestations où l’affrontement avec la police était envisagé.

Le 2 mai, la faculté de Nanterre était occupée pour interdire la venue du mouvement Occident (6), des échauffourées se produisaient avec la police. Le doyen suspendait de nouveau les cours. Huit étudiants étaient convoqués devant le conseil de discipline. Pendant ce temps, le mouvement Occident incendiait les locaux de la FGEL (7) à la Sorbonne.

Chronologie sommaire des événements

La révolte étudiante

Du 3 au 10 mai, les manifestations étudiantes, principalement à Paris, faisaient reculer le gouvernement et obligeaient les organisations syndicales à prendre parti.

Le 3 mai, un meeting se tenait dans la cour de la Sorbonne pour protester contre les événements de la veille et interdire la venue d’Occident. Le recteur levait la franchise universitaire et appelait la police, qui interpellait les occupantEs. Dehors, spontanément, les étudiantEs manifestaient violemment, “Libérez nos camarades !” ; la police matraquait à tout-va. Les jours suivants les manifestations se poursuivaient et faisaient tache d’huile en province. “Ce n’est qu’un début, continuons le combat !” Chaque manifestation se soldait par plusieurs centaines de blesséEs et d’interpelléEs souvent passéEs à tabac.

L’UNEF et le SNESup avec le soutien de la FEN (8), réclamaient l’abandon des sanctions, le départ de la police du quartier latin et la réouverture de la Sorbonne.

Après la manifestation violente du 6 mai et les deux jours suivants marqués par des hésitations, le vendredi 10, la manifestation décidait “d’encercler la police qui encercle la Sorbonne”. La construction de barricades succédait aux discussions autour du périmètre occupé par la police. La nuit durant, les barricades furent prises par la police, qui se déchaîna contre les prisonnierEs. La population fut profondément choquée par la violence de la police.

Des jeunes ouvrierEs et des lycéenNEs des CAL (Comité d’Action Lycéen) s’étaient joints déjà aux étudiantEs, à Paris comme en province où les affrontements étaient tout aussi violents.

Le 11 mai, Pompidou cédait : les sanctions étaient levées, la police retirée et il promettait la réouverture de la Sorbonne le 13. La CGT, la CFDT et la FEN appelaient à la grève générale pour le 13.

La grève générale et les occupations

L’Histoire a parfois des clins d’œil savoureux : la grève générale et les manifestations du 13 mai marquaient le dixième anniversaire du coup d’État de 1958. Le mot d’ordre “Dix ans, ça suffit !” illustrait le sens politique du mouvement de contestation. La grève était très suivie, les cortèges très importants, la Sorbonne occupée ainsi que d’autres facultés.

Le 14, l’usine Sud-Aviation à Nantes était occupée et les grévistes séquestraient leur direction ; les Beaux Arts, qui produisirent les fameuses affiches sérigraphiées, étaient occupés ; le 15, c’était le tour du théâtre de l’Odéon d’être occupé et la grève commençait à l’usine Renault de Cléon. À partir de là, les grèves et les occupations se sont propagées. Les transports étaient paralysés. L’ORTF (9) refusait de jouer son rôle de porte-voix du gaullisme. Dans toutes les branches, les fonctionnaires, les salariéEs entraient en lutte. Dix millions de grévistes occupaient leurs lieux de travail. L’auto-organisation était à l’œuvre et l’autogestion en gestation.

L’organisation pratique de l’occupation des facultés comportait un SO (Service d’Ordre), une infirmerie, des services de nettoyage… sommaire, etc. Depuis le 6 mai, des étudiantEs en médecine et d’autres faisaient office de brancardierEs dans les manifestations. Les débats permanents dans les universités tournaient autour d’une remise en cause des cours magistraux, du “mandarinat” professoral, mais aussi sur la liberté sexuelle, le soutien aux luttes anti-impérialistes, etc. En dehors des productions d’affiches et de slogans, des journaux ont vu le jour, dont La Cause du peuple, Action, L’enragé, Les Cahiers de mai (10), etc.

L’idée qu’une révolution était en train de se produire était largement admise, révolution culturelle et révolution sociale. “Ce que représentaient juin 36 et la Libération devait être mené au bout cette fois.”

La plupart des étudiantEs comprenait l’importance du lien entre leur lutte et celle des travailleurs/euses. Acteurs/actrices d’une révolution prolétarienne, les ouvrierEs bénéficiaient d’un a priori favorable, qui portait les étudiantEs à vouloir tisser des liens avec les grévistes. La CGT refusait qu’il y ait des contacts entre les étudiantEs et les travailleurs/euses. L’argument de la sécurité dans les usines cachait mal le malaise des militantEs syndicaux. La convergence des luttes était bien présente, mais la CGT et le PCF continuaient à mettre en garde les grévistes contre les provocateurs, les “gauchistes” et les “groupuscules”.

Le 18, de Gaulle dénonçait la “chienlit”. “La chienlit, c’est lui !” était repris dans la rue ; “gaulliste !” était une insulte courante. Le PCF et la FGDS (11) ne réussissaient pas à se retrouver pour tirer les conséquences des événements. Et les occupations se poursuivaient.

Dans la Sorbonne ou à Nanterre, des célébrités, des salariéEs passaient, écoutaient, questionnaient. Sartre faisait un tabac. L’agitation était proche du mouvement perpétuel. Les murs se couvraient d’affiches et de graffitis, les discussions dans la rue et les cafés se nouaient avec passion. Invité à l’université de Berlin, Cohn-Bendit était interdit de séjour en France. Le jour même, une manifestation spontanée démarrait pour protester : “Nous sommes tous des juifs allemands !”, “Les frontières, on s’en fout !”.

L’UNEF, le SNESup, le Mouvement du 22 Mars, les Comités d’Action Lycéens appelèrent de nouveau à une manifestation de solidarité le vendredi 24 mai.

Le 24 mai, la crise politique explosa

À Paris, la manifestation s’était rassemblée à la gare de Lyon. De Gaulle parla à 20 h : il appelait à un référendum en juin. En cas de désaveu, il partirait. “Au revoir, de Gaulle, au revoir !”

La Bastille était inaccessible et les affrontements commencèrent, la manifestation dut reculer vers la Nation puis elle se dirigea vers le centre en faisant un grand détour. Elle se scinda : une partie atteignit la Bourse, le Palais Brongniart, et y mit le feu, une autre hésita à envahir le ministère de la Justice déserté, place Vendôme. L’insurrection avait gagné tout Paris. Des heurts se produisaient un peu partout. Il fut décidé de revenir dans le quartier latin où les affrontements très violents se sont poursuivis toute la nuit. La police était déchaînée.

Les manifestantEs avaient reculé devant le choix de s’attaquer aux bâtiments publics, aux bâtiments du pouvoir et d’emprunter ainsi la voie d’une fuite en avant.

L’émeute, bien que revenue au Quartier latin, avait dépassé largement le cadre étudiant et le soi-disant “cercle des gauchistes”. Elle avait gagné une frange conséquente de travailleurs/euses. Le même jour, des manifestations très violentes se déroulaient dans les grandes villes. À Lyon, un commissaire de police était écrasé par un camion lancé par les manifestantEs.

La situation était devenue incontrôlable.

Grenelle et la réapparition du personnel politique

Alors que les braises étaient encore chaudes, Séguy pour la CGT et Descamps pour la CFDT, accompagnés d’autres syndicalistes et de grands patrons, se sont retrouvés le week end des 25 et 26 mai au ministère du Travail, rue de Grenelle, à la demande de Pompidou. Le Premier ministre, le patronat et les syndicats avaient tous besoin d’un accord pour juguler la grève qui risquait de se transformer en grève insurrectionnelle. Les accords comprenaient une augmentation de 10 ?% des salaires (7 ?% pour les fonctionnaires) et de 35 % du SMIG (salaire minimum garanti), une diminution de deux heures des horaires hebdomadaires supérieurs à 48 h et d’une heure des horaires hebdomadaires compris entre 45 et 48 h, la reconnaissance des sections syndicales d’entreprise et une avance de 50 % de leur salaire remboursable par imputation sur des heures de récupération.

Le lundi 27 mai, Séguy présentait ces accords à Renault Billancourt aux grévistes, qui les rejetèrent. La lutte continuait.

Le soir du 27, l’UNEF appelait à un meeting au stade Charlety. L’enthousiasme était toujours au rendez-vous : des syndicalistes rapportaient l’ambiance dans leurs entreprises, leurs prises de position dans le sens d’aller plus loin, André Barjonet, ancien résistant, membre du PCF, secrétaire du centre d’études économiques et sociales de la CGT faisait une entrée fracassante. Il venait de démissionner de tous ses mandats. Mendès-France restait dans l’ombre du meeting, mais était supposé être éventuellement un recours possible face à de Gaulle.

Le 28 mai, Mitterrand s’offrait comme candidat à la présidence dans le cas où de Gaulle se retirait. Waldeck Rochet proposait un “gouvernement populaire et d’union démocratique à participation communiste”.

Cohn-Bendit, revenu clandestinement d’Allemagne était le soir à la Sorbonne.

Le pouvoir vacille puis fait face, le retour de la réaction

Le mercredi 29, de Gaulle quittait Paris pour une destination inconnue. Vaste moment d’incertitude. Attente, rumeurs. Le pouvoir était vacant.

Mendès-France se déclarait prêt à former un “gouvernement de transition” pour “éviter que la crise présente ne se prolonge au détriment du pays tout entier” ; la CFDT lui apportait son appui. L’après-midi, le PCF et la CGT organisaient une manifestation aux cris de “Gouvernement populaire !” Les rangs étaient serrés, mais le dynamisme n’était pas au plus haut.

Le jeudi 30 mai, de Gaulle réapparaissait : il ne partirait pas et prononçait la dissolution de l’Assemblée nationale. Dans la foulée, toute la racaille de droite et d’extrême droite, des effarouchés et les gaullistes historiques défilaient sur les Champs-Élysées. Le pouvoir avait repris l’initiative.

Le vent avait tourné, le pouvoir avait finalement résisté. La fatigue était intense. L’annonce des élections ne pouvait que soulager la gauche qui cherchait désespérément une sortie à la crise. De Gaulle la leur offrait. “Élections, pièges à cons !”

Le week-end de la Pentecôte, les 2 et 3 juin, l’essence était revenue dans les pompes jusque-là à sec. La normalisation était en marche. Le 4 juin, la reprise commençait à EDF-GDF, dans les transports, aux PTT.

Le jeudi 6 juin, une armée de gendarmes entrait de nuit dans l’usine Renault à Flins, près des Mureaux. C’était une très grande usine, comptant 10 ?000 ouvrierEs, dont une grande partie issue de la campagne, jeunes (comme la Saviem à Caen), peu syndiquéEs et plutôt à la CFDT. L’influence des maoïstes était donc moins limitée par le poids de la CGT. Le 7 au matin, les ouvrierEs amenéEs en car refusaient de travailler “le fusil dans le dos”. Les mao-spontex, principalement, se rendaient alors sur les lieux y voyant le début de la révolte ouvrière. Les 7 et 8 juin, des rassemblements et des affrontements se succédaient autour de l’usine et dans les champs. Aux Mureaux le 10 juin, Gilles Tautin périssait noyé dans la Seine en tentant d’échapper à une charge de la gendarmerie.

Le 11 juin, l’intervention de la police à Peugeot Sochaux faisait encore deux morts parmi les ouvriers : Jean Beylot tué par la balle d’un CRS et Henri Blanchet soufflé par une grenade offensive et tombé d’un mur.

Le 12 juin, les groupes “gauchistes” étaient interdits.

Durant cette période de juin, les Comités pour la défense de la République, les groupes d’Occident, du Service d’Action civique (12), les groupes gaullistes, les barbouzes et les fascistes, menaient des actions musclées contre des facultés occupées ou des entreprises encore en grève.

Les jours suivants, l’Odéon, puis la Sorbonne étaient évacués, le 16, Gilles Tautin était enterré et le 17, Renault reprenait le travail.

Les 23 et 30 juin, les élections législatives donnaient 394 sièges à la majorité présidentielle sur 485.

Une expérience historique

Les forces politiques agissantes face au pouvoir

Les groupes “gauchistes” n’ont pas tous joué la même partition. Parmi les pro-chinois, le PCMLF (13) a soutenu le mouvement étudiant, les appelant à se mettre “au service du peuple” ; l’UJCML (14), elle, a condamné l’action des étudiantEs, puis a rejoint le mouvement après le début de la grève générale et est intervenue en particulier à Flins. Le Mouvement du 22 mars est resté mobilisé jusqu’au bout. Le PSU (15), présent dans l’UNEF, a été partie prenante du mouvement. Le PCI (16) et la JCR (voir 5) avaient formulé l’idée que la jeunesse était le détonateur pour passer “de la révolte à la révolution”. Ils se sont impliqués entièrement tout au long des événements. L’OCI (17) et la FER (18) se sont désolidarisées du mouvement et sont restées à l’écart ; dissoutes comme les autres groupes en juin 68, elles obtiendront, en juillet 1970, du Conseil d’État l’annulation de leur dissolution.

L’activité de la “gauche” a été tout du long en décalage avec les événements. Au début mai, l’hostilité du PCF vis-à-vis du mouvement étudiant était clairement exprimée sous le titre “De faux révolutionnaires à démasquer” et parlait de “l’anarchiste allemand Cohn-Bendit”. En juin 1968, il imprimait une affiche où il revendiquait avoir “été le seul, dès le début, à dénoncer publiquement les agissements, les provocations et les violences des groupes ultra-gauchistes, anarchistes, maoïstes, ou trotskystes, qui font le jeu de la réaction”. Il récoltera encore 20 ?% des voix et 34 sièges. La FGDS était totalement dépassée et n’apparaissait qu’à la fin mai se proposant comme recours pour un retour à la normale. La CGT menait la même politique que le PCF et participait à l’organisation du retour au calme dans les entreprises ; le film Reprise du travail aux usines Wonder est un document emblématique.

La population était partagée. Au début du mois de mai, les destructions, en particulier de voitures, étaient condamnées. Puis, la ténacité des étudiantes et la brutalité de la police faisaient pencher la balance dans l’autre sens. À partir du moment où la grève générale a été effective, le soutien aux grévistes a été très large. Les commerçants faisaient crédit, l’épouse de de Gaulle rapporta s‘être fait insulter par un automobiliste, “un homme dans une DS ! c’est-à-dire pas n’importe qui”, qui l’avait reconnue. Les paysans attendront plus longtemps pour apporter leur soutien aux grévistes et aux étudiantEs, mais le feront ensuite, en particulier en pays de Loire où le mouvement “ouvriers-paysans” était fort (voir Les Cahiers de mai).

Mai et après

L’état d’esprit de mai était caractérisé par la volonté de changer la société dans son ensemble : l’école caserne, l’usine caserne, la chaîne, les relations familiales, la sexualité, la culture musicale, l’information, etc. Le refus de la société de consommation était vivant parmi les étudiantEs et amenait l’idée d’un retour à une frugalité portée plus tard par les “baba cool”.

Sur le modèle d’octobre 17 et/ou de la Commune de Paris (sur un mode anarchisant), l’idée que la révolution sociale était à l’ordre du jour habitait une frange relativement large parmi les personnes les plus actives. Pour elles, la révolution prolétarienne issue des usines apparaissait comme n’étant plus un mythe ou une idée lointaine. À un premier niveau, l’autogestion prônée par la CFDT avait fait de courtes expérimentations durant certaines occupations. Un peu partout dans le monde, des mouvements similaires se rattachaient à une contestation radicale de la société et offraient la confirmation que cette perspective était possible. Les années suivantes seront déterminantes pour la construction d’un rapport de force favorable, ou pas, à la mise en échec du capitalisme et de l’impérialisme, à l’échelle mondiale.

La suite sera très différente selon les lieux, selon les orientations. Le pouvoir ne se gagne pas tranquillement dans les urnes, ceux qui le détiennent ne l’abandonnent jamais de leur plein gré. Il faut le leur arracher. Il reste qu’en Europe même, des groupes allèrent jusqu’à la lutte armée.

Certains se sont brûlé les ailes. D’autres ont poursuivi leur combat dans les luttes, dans les usines, les entreprises ou dans la marginalité. D’autres encore sont rentrés sagement dans la conformité des relations sociales hiérarchisées et parfois même ont utilisé leur expérience pour se hisser plus haut dans le système.

Les victoires sociétales, qui ont eu lieu en mai 68, n’ont pas suppléé la défaite politique de transformation sociale.

Était-il possible d’aller plus loin ? La société n’était manifestement pas prête en l’état et la gauche a tout fait pour surtout ne pas devoir se poser la question. Les révolutionnaires n’avaient aucune expérience, ou si peu, et étaient extrêmement faibles. Les années suivantes ne permirent pas une structuration efficace dans un contexte de recul politique et de récession économique. Il aurait été peut-être possible de faire que le mouvement débouche sur une société plus égalitaire, plus solidaire et surtout, une société capable de s’opposer à la réaction néolibérale que nous subissons aujourd’hui.

L’objectif revendiqué par le capital est bien, aujourd’hui, le démantèlement total de l’État-social issu de la Libération et la négation idéologique des valeurs portées par le CNR (19) et par mai 68. Alors, connaître déjà le passé est un premier pas pour préparer un avenir émancipateur.

Michel Bonnard, 05-02-2018


(1) http://www.persee.fr/doc/estat_0336-145 ... _49_1_1400

(2) UEC : Union des étudiants communistes, organisation de jeunesse du PCF.

(3) http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_ ... 25_1_14467

(4) ouvrier spécialisé, qui justement n’avait pas de spécialité.

(5) JCR : Jeunesse communiste révolutionnaire, trotskistes exclus de l’UEC, liés au PCI, Parti communiste internationaliste, membre de la IVème Internationale trotskiste.

(6) Occident : Mouvement d’extrême droite, fasciste.

(7) FGEL : Fédération générale des étudiants en lettres, liée à l’UNEF.

(8) FEN : Fédération de l’éducation nationale, regroupait les différents syndicats de l’enseignement.

(9) ORTF : Office de radiodiffusion-télévision française, sous contrôle du gouvernement.

(10) Les Cahiers de mai n°1 ont rassemblé en juin 68 des documents très représentatifs sur l’auto-organisation du mouvement à Nantes : http://www.archivesautonomies.org/IMG/p ... ai-n01.pdf

(11) FGDS : Fédération de la gauche démocrate et socialiste, rassemblement des gauches hors PCF. (12) SAC : Service d’action civique, organisation de renseignements et d’intervention gaulliste.

(13) PCMLF : Parti communiste marxiste-léniniste français, maoïste pro-chinois venant à l’origine du PCF.

(14) UJCML : Union des jeunesses marxistes-léninistes, maoïstes exclus de l’UEC.

(15) PSU : Parti socialiste unifié, proche des socialistes, mais opposé à la guerre d’Algérie.

(16) PCI : Parti communiste internationaliste, membre de la IVème Internationale trotskiste.

(17) OCI : Organisation communiste internationaliste, trotskiste “lambertiste”.

(18) FER : Fédération des étudiants révolutionnaires, liée à l’OCI.

(19) CNR : Conseil national de la résistance auteur du programme “Les jours heureux” en mars 1944. Programme du CNR :

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