Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux...)

...Sans Papiers, antifascisme...

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Messagede bipbip » 08 Avr 2017, 15:43

2ème édition de notre brochure « Les nouveaux masques du nationalisme », revue et augmentée

Au printemps 2016, nous diffusions une petite brochure de 8 pages sur « Les nouveaux masques du nationalisme », qui avait comme objectif premier de mettre en garde contre les tentatives de l’extrême droite de s’inviter dans le mouvement contre la loi Travail, et aux assemblées de Nuit Debout en particulier. Un an après, alors que la campagne électorale nous montre une fois de plus combien la présence des idées et des formations d’extrême droite s’est banalisée dans l’espace public, nous avons en partie revue (et augmentée de 4 pages) notre brochure, afin de donner à celles et ceux qui s’opposent à l’extrême droite quelques clés pour comprendre ce phénomène, dans un format facile à diffuser. Vous pouvez télécharger cette brochure en cliquant sur l’image ci-contre, ou bien la commander ici (1,5 euros l’exemplaire, 15 euros les 10, 25 euros les 20).

Image

Sommaire de la brochure

Qu’est-ce que « l’extrême droite » ?
une vision inégalitaire du monde
le racisme et le sexisme pour définir une identité
le nationalisme pour assurer la cohésion du groupe
le traditionalisme comme « discours de vérité »
l’autoritarisme pour l’imposer à toutes et tous
une famille confuse mais pragmatique
une vigilance antifasciste toujours plus nécessaire

Une « nouvelle » extrême droite ?
Un ravalement de façade
Tous « anti-système »
Une liberté d’expression très sélective
Une « dissidence » en carton
De nouveaux concepts pour polluer l’espace public
Un « anti-antifascisme » bien pratique

http://lahorde.samizdat.net/2017/04/05/ ... augmentee/
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede Pïérô » 11 Mai 2017, 13:47

Tribune

Pour un nouveau front antifasciste

Une telle coalition ne pourra se faire que sur le refus de collaborer avec les partis de gouvernement qui recyclent depuis trente ans les idées du Front national.

Image

Face à l’échec du «front républicain», il faut un front antifasciste. Emmanuel Macron a été largement élu dimanche, mais avec une abstention massive et un résultat record pour le Front national (FN) qui engrange près de 11 millions de voix, soit deux fois plus qu’en 2002. La stratégie du front républicain face à l’extrême droite n’a pas seulement vacillé dans les urnes, elle a été publiquement rejetée par une partie significative de la gauche refusant d’appeler à voter Macron. On aurait pu croire, au soir du premier tour, qu’il ne s’agissait que de la lubie d’un homme, Jean-Luc Mélenchon, mauvais perdant, refusant de se prononcer, préférant appeler à une consultation des membres de son mouvement, La France insoumise. On a rapidement vu qu’il n’en était rien. Dès le soir du 23 avril, des manifestations, appelées notamment par Génération ingouvernable et le Mouvement inter-luttes indépendant (Mili), se donnent comme slogan «Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron». Dans les jours qui suivent, le mouvement s’étend, des lycées sont bloqués, donnant parfois lieu à des affrontements avec des groupuscules fascistes. Les syndicats tergiversent, la CGT en tête, qui appelle à faire barrage au FN, bien sûr, mais pas au prix du ralliement à celui qui représentait, pour les travailleurs, le pire du quinquennat finissant. Certaines sections CGT, FSU ou SUD appellent même à battre les deux candidats. Le 1er Mai voit le retour à Paris d’un cortège de tête autonome déterminé, dans la continuité des manifestations contre la loi travail, renvoyant dos à dos Le Pen et Macron. Enfin, venant donner à cette rupture un parfum d’officialité, les membres de La France insoumise se prononcent majoritairement pour le vote blanc, nul, ou l’abstention. Comme si de larges pans de la gauche de la gauche, celle des urnes comme celle de la rue, celle des lycées comme celle des syndicats, face à l’injonction de se plier à la stratégie du front républicain, répondait comme le Bartleby de Melville «j’aimerais mieux pas» - et ajoutait «on vaut mieux que ça».

Face à cet outrage aux bonnes mœurs républicaines, les réactions ont été d’une rare vigueur. Durant l’entre-deux tours, les tribunes se multiplient, de toutes parts, pour rappeler à l’ordre ceux qui seraient trop tièdes, des dessins font des abstentionnistes les complices de pogroms à venir, un «forum républicain» est même organisé «contre l’abstention» - comme si c’était là le problème et non le vote FN. Pendant ce temps, dans l’indifférence presque générale, des personnalités de la droite dite républicaine appellent à voter Le Pen, et de larges pans de l’électorat Fillon basculent non vers le vote blanc, mais vers le vote brun. Alors que le FN s’apprêtait à engranger le plus haut nombre de voix de son histoire, principalement grâce à l’afflux des voix de droite, on a fait aux abstentionnistes de gauche, affichés ou présumés, le pire des procès possibles, celui de trahir l’antifascisme. L’accusation n’est pas mince : l’antifascisme est un élément fondateur de la gauche d’après-guerre, et son abandon serait vu à raison comme le signe précurseur des pires errements. Mais refuser d’appeler à voter Macron, est-ce trahir l’antifascisme ? Pas nécessairement, à en croire les organisations antifascistes qui luttent pied à pied contre l’extrême droite tout au long de l’année. Nombre de ces organisations, telles le collectif Action antifasciste Paris-Banlieue ou La Horde, ont refusé de rejoindre le front républicain et ont appelé aux manifestations Ni Le Pen ni Macron. Ces antifascistes seraient-ils alors eux aussi des traîtres à l’antifascisme ?

Ces procès en trahison révèlent surtout une grande confusion sur l’antifascisme. Le mouvement antifasciste actuel s’est constitué, à partir des années 80, en réaction à la montée de l’extrême droite. Il a dès le départ été très méfiant vis-à-vis des stratégies de front républicain et de l’antiracisme moral incarné en France par SOS Racisme. Depuis cette période, tandis que les partis de gouvernement, en particulier le PS, agitent la menace du FN pour rallier à eux à peu de frais la jeunesse et les classes populaires, des organisations issues de l’autonomie et des mouvements des banlieues dénoncent ce qu’elles voient comme des manipulations. L’antifascisme radical qu’elles défendent entend lutter en même temps contre l’extrême droite et le système capitaliste, sécuritaire et raciste qui la nourrit et s’en nourrit. Dans cette perspective, impossible de construire un front antifasciste avec des partis de gouvernement qui reprennent le vocabulaire, les idées et une partie des politiques de l’extrême droite. Or, les quinquennats successifs de Sarkozy et de Hollande ont constitué une accélération dans l’adoption d’une politique extrême. Les prisons sont surpeuplées, les étrangers sont raflés et expulsés, les quartiers populaires sont soumis à un ordre policier, les mouvements sociaux sont violemment réprimés, l’état d’urgence est devenu permanent, les lois sécuritaires successives ont rogné les libertés publiques, l’islamophobie se répand, et la situation des salariés et des précaires n’a cessé de se dégrader tandis que les profits des actionnaires ont atteint des records. Macron, qui dit vouloir être «le président des patriotes» et qui est directement responsable de la politique économique pro-patronat de Hollande, ne saurait alors être un barrage face à l’extrême droite, pour les antifascistes, tant il participe pleinement au processus de fascisation de la société française.

De toute évidence, on ne peut plus s’en remettre à la stratégie de front républicain pour faire barrage au FN. Cependant, il n’y a pas de fatalité à ce que cet échec profite à l’extrême droite. Tout dépendra de la capacité de la gauche à construire un front antifasciste offensif, ralliant les millions de personnes de gauche qui ont refusé de voter Macron dimanche ou qui ont voté pour lui à reculons. Un tel front ne pourra se faire que sur le refus de collaborer avec les partis de gouvernement qui recyclent, depuis trente ans, les idées du FN, et avec ceux qui héritent de ces partis, Macron en tête. Ce sera contre eux, et non avec eux, que l’on pourra faire reculer l’extrême droite.

Samuel Hayat Chercheur en Science politique


http://www.liberation.fr/debats/2017/05 ... te_1568374
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede Pïérô » 18 Juil 2017, 23:16

Nos deux cennes sur l'antifascisme

«L’antifascisme ne triomphera que s’il cesse de trainer à la remorque de la démocratie bourgeoise. Défions nous des formules «Anti». Elles sont toujours insuffisantes, parce que purement négatives. On ne peut vaincre un principe qu’en lui opposant un autre principe, un principe supérieur (GUÉRIN, Daniel. 1945) ».

Dans un rapport écrit pour l’association londonienne Chatham House, Mathew Goodwin identifie six façons possibles de réagir aux partis et aux groupes populistes de droite ou fascisant : les exclure, désamorcer leur message, adopter dans une certaine mesure leur rhétorique et leur politique, les confronter avec des principes, se tourner davantage vers les gens de la base et faire un travail de proximité, et encourager le dialogue parmi les différents groupes à un niveau interculturel (1).

Le rôle des médias

Les journalistes sont toujours à la recherche de ce qui sort de l’ordinaire. L’émergence de groupes comme la Meute, les soldats d’Odin , Storm Alliance ou Atalante Québec, pour ne nommer que ceux-ci, représente une aubaine pour eux et elles. Dans un contexte où les médias traditionnels se mènent une lutte féroce pour obtenir des exclusivités et pour s’accaparer la plus grande part des revenus publicitaires, il ne faut pas s’attendre à ce que la couverture médiatique soit autre que sensationnaliste. Pour ces groupes, cette dernière est de la publicité gratuite qui leur permet de se développer et de gagner de la crédibilité. Il est donc essentiel d’opposer à l’extrême-droite un discours inclusif et de ne pas leur céder la rue. Ainsi, les journalistes devront minimalement couvrir les deux points de vue. C’est déjà un début vers la débanalisation de l’extrême-droite.

Populaire , mais non populiste

Bien des raisons amènent une frange toujours plus grande de la population à décrocher de la politique, que se soit la valse des corrompus ou l’indifférenciation des partis politiques au gouvernement. Il est impératif de ranimer l'espoir en un avenir meilleur en proposant autre chose que l’ordre de privilèges et d’exploitation que nous impose l’État et le capitalisme. Nous devons recréer une «volonté collective», pour reprendre une expression de Gramsci, en renforçant le pouvoir d’agir des individus, des groupes et des communautés et ce, au détriment du capital et des classes dirigeantes. Pour que les classes laborieuses et populaires recommencent à gagner, nous devons tout d’abord croire en nos propres moyens et croire que la lutte est non seulement possible, mais nécessaire.

Pour contrer la montée du populisme et de l’intolérance, la gauche sociale doit s'en prendre aux talons d’Achille de l’extrême-droite. Le discours de l’extrême-droite est basé sur les émotions et le ressentiment. Elle n’a aucune alternative positive à proposer par rapport au chômage, au sous-emploi, à la précarité engendrée par l’économie capitaliste. Alors que l’extrême-droite peut chuchoter à l’oreille du travailleur (blanc et de sexe masculin) qui a perdu son emploi qu’il s'est fait «volé » celui-ci par un ou une immigrant-e, elle n’a en revanche rien à proposer sur la façon dont il pourrait obtenir un autre emploi, encore moins comment il pourrait payer ses dépenses et mettre du pain sur la table. Dans une autre occasion, elle décrira les personnes issues de l’immigration comme des «profiteurs et des profiteuses», ou encore des «parasites lâches et paresseux». Alors, des voleurs et des voleuses de job ou des paresseux? Il faudrait se brancher. Comme nous pouvons le constater le discours de l’extrême droite ne fait pas toujours dans la cohérence. Par conséquent, pour contrer la division du peuple entre "eux"et "nous"que tente d'imposer l'extrême droite, la gauche doit reconstruire une classe unie autour de valeurs progressistes et résolument contre l’oligarchie et les démagogues racistes. À la xénophobie, nous devons opposer la solidarité internationale, au sexisme le féminisme, à l’irresponsabilité écologique la conscience de l’urgence climatique, à l'autoritarisme et le culte du chef les formes d'organisaton libertaires. À la logique autoritaire des populistes et à la délégation de pouvoir de la démocratie libérale nous devons privilégier l’auto-organisation et l’autogestion.

Pour vaincre la droite populiste et les groupes néo-fascistes,il faut plus que leur opposer des leaders populistes de gauche ou adopter une partie de leur rhétorique. Car si la gauche construit l'alternative politique autour d’un Bernie Sender (USA), d'un Jean-Luc Melanchon (France) ou d'un Gabriel Nadeau-Dubois (Québec), elle relèguera forcément l'éducation populaire et l’auto-organisation au second plan. En voulant encarter les individus dans un parti politique et canaliser leur colère légitime vers les urnes on ne pourra qu’emprunter des chemins déjà connus , voués à l’échec du fait notamment de l’emprise de la finance, ainsi que la crise écologique. Malheureusement , cette impasse contribuera qu’ à paver la voie au despotisme et aux oligargues, ainsi qu'au sentiment d'impuissance des groupes sociaux opprimés.

S’intéresser et trouver des solutions aux problèmes quotidiens

Nous voyons au sein du collectif anarchiste Emma Goldman les actions sociales libertaires comme des actes de propagande par le fait, destinées à susciter une prise de conscience chez les «Have-not» de ce monde (jeunes sans avenir, femmes, personnes LGBTQ, personnes racisé-e-s, chômeurs et chômeuses de longue durée, employé-e-s exploité-e-s, retraité-e-s, mouvements étudiants). Il s'agit d'animer le désir de passer à l'action ; qu'ils et elles puissent s'auto-organiser et former ensemble un front commun face à la discrimination des gouvernements et l’arrogance des capitalistes. Au Saguenay, l'organisation d'événements de cette nature, voir les marmites autogérées (distribution de nourriture gratuite), les marchés gratuits, l'Espace social libre et bien d'autres,- en plus de répondre à des besoins visibles et concrets – ont visé la construction de liens de solidarité et d'entraide, la ré-appropriation de l'espace dans la ville et l'éducation populaire sur l'austérité et ses impacts.

Selon nous, ce qui est primordial c'est de bâtir, sans attendre la permission des «autorités», un monde de coopération et d’entraide. De s’organiser là où nous sommes, soit :nos lieux de vie, de travail et d’étude et de tisser des liens entre les différents groupe de la société. De plus, il est pour nous impératif que ce travail soit réalisé parallèlement au développement de liens avec les groupes touchés par les inégalités.

l'Autodéfense populaire

Malheureusement face à la haine ,l’intolérance et les menaces réelles à l’intégrité physique d’individus issus de groupes minoritaires, il n’est pas toujours possible de discuter avec les personnes qui se sont rapprochés des groupuscules d'extrême-droite. Comme nombre d'organismes vivants, dont les roses et leurs épines, nous devons développer notre propre système d'autodéfense – non pas pour attaquer mais pour défendre la vie... Comme nous visons un changement sociétal et la libération, nous nous opposons bien sûr radicalement aux institutions sur lesquelles reposent plus de 400 ans de domination colonialiste, capitaliste et patriarcale. Puisque la police se positionne très clairement du côté de nos exploiteurs et de nos oppresseurs, nous ne pouvons compter que sur nos propres moyens pour assurer notre sécurité. Nous ne pouvons rester les bras croisés devant les menaces des nouvelles chemises noires et les agressions racistes, homophobes, sexistes et de toutes autres natures.

En somme, nous considérons qu'il est pressant de valoriser un projet de société alternatif et égalitaire à travers des actions sociales libertaires ayant un impact réel sur la vie des gens pour combattre efficacement le fascisme à sa racine. N'oublions pas que les groupuscules fascistes représentent un pic d'intensité dans le continuum raciste de la trame canado-québécoise. Pour lutter, nous devons construire nos réseaux de solidarité avec les principaux groupes touchés. Nous n'attendons ni l'approbation des élites du monde politique, ni l'adoption de nouveaux projets de lois. Ce nouveau monde que nous espérons, nous voulons le construire par nos propres moyens, de manière antiautoritaire et par la démocratie directe. Nous voulons l'égalité et la liberté, mais nous ne sous-estimons pas la menace violente et haineuse posée par les groupuscules de l'extrême-droite. Nous préconisons à cet effet l'auto-défense populaire.

« Ce n'est pas une miette de pain, c'est la moisson du monde entier qu'il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploité ». - Louise Michel

Collectif Anarchiste Emma Goldman


(1) GOODWIN, Mathew "Right Response: Understanding and Countering Populist Extremism in Europe" A Chatham House Report, London, 2011
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 07 Sep 2017, 21:03

Interview: La Cultura del Barrio

Parce-que la lutte antifasciste ne peut se résumer à la diffusion d’informations et à une présence militante dans la rue (manifestations, rassemblements, stickers), nous voudrions proposer des interviews de militantes et militants divers et variés afin de présenter une autre vision de l’antifascisme.

L’antifascisme existe sous différentes formes, et notamment dans la culture. Groupes de musique, centres culturels, cinéastes, dessinateurs, documentalistes, tatoueurs… Nombreux sont celles et ceux qui font vivre leur art tout en s’engagent politiquement pour s’opposer aux flots d’idées nationalistes et extrémistes qui circulent parmi nous.

La Cultura del Barrio est un lieu autogéré à Buenos Aires dans lequel sont organisé des cours de sport mais aussi des expositions, des débats, des concerts, etc. Nous avons voulu les rencontrer pour qu’ils nous présentent leurs activités, qu’ils nous parlent du contexte argentin et comment leur militantisme prend forme à travers ce lieu.

Bon visionnage !

La Horde

... http://lahorde.samizdat.net/2017/09/07/ ... el-barrio/
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 23 Sep 2017, 18:43

Existe-t-il un danger fasciste en France ?

Ugo Palheta interroge cette possibilité dans un essai pour les éditions La Découverte, à paraître au premier trimestre 2018. On a parlé dérives autoritaires, essoufflement du modèle capitaliste et FN avec le sociologue.

... https://www.streetpress.com/sujet/15041 ... -en-france
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 25 Sep 2017, 10:25

Besançon ce lundi 25 septembre 2017

Débat : « Le retour du fascisme dans la France contemporaine – les nouvelles origines du Front National » avec Gérard Mordillat

19h à la Librairie L’Autodidacte, 5 rue Marulaz – entrée libre

Qu’est ce que le fascisme?

Est-il d’actualité en France aujourd’hui?

Gérard Mordillat avec les éditions Démopolis ont eu l’idée utile de rééditer un des texte fondateur d’une des idéologies qui vont marquer le XXème siècle : la première édition intégrale du « Fascisme » de Benito Mussolini datée de 1932 et 1933 pour la traduction française (lien vers Démopolis). L’actualité révélant un retour de l’idéologie fasciste sous des formes nouvelles, il est toujours nécessaire d’en connaître les bases.

Gérard Mordillat avec l’aide d’Hélène Marchal met ce document en perspective dans le contexte de la montée du fascisme en France et en Europe et propose une analyse du « retour du fascisme dans la France contemporaine ».

Image

Pour Mussolini, le fascisme est une forme de nationalisme qui exalte le rôle central de l’État. Une idéologie sociale se prétendant ni de droite ni de gauche. Contrairement au nazisme, le fascisme ne repose pas initialement sur l’antisémitisme ; cela viendra après sa conquête du pouvoir. […]

En Grèce, en Hongrie, en Autriche, en Slovaquie, en Norvège, voire aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Suisse ou en Belgique… une poignée de nostalgiques se réclame aujourd’hui du nazisme. Des partis néonazis désignés comme tels obtiennent des voix aux élections et sont représentés dans les chambres élues. Fort heureusement ce n’est pas le cas en France où le national-socialisme d’Hitler n’est pas de retour à l’assemblée nationale ni au sénat. En revanche dans le programme du Front National de Marine Lepen, à travers des formes nouvelles et dans des circonstances différentes, on peut constater un retour du fascisme de Mussolini, une sorte de postfascisme ou de néofascisme.

Qu’un parti néofasciste, même s’il refuse de se définir comme tel, soit devenu l’un des premiers partis politiques en France n’est pas anodin et ne saurait être considéré comme un simple phénomène du jeu politique ordinaire. La question est brutale : quelles forces économiques, sociales et politiques peuvent-elles engendrer un tel parti dans la France contemporaine?



A noter que le débat sera suivi en seconde partie de soirée, vers 21h par la projection du dernier film de Gérard Mordillat : MÉLANCOLIE OUVRIÈRE

https://cabesancon.wordpress.com/2017/0 ... mordillat/
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 27 Sep 2017, 14:16

Un peu d’histoire : Les racines du fascisme

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.

Comprendre le retour de l’extrême droite implique de se poser la question de ce qu’est le fascisme ? Cet article revient sur deux moments importants de la naissance de ce mouvement politique. Chose peu connue, c’est en France que ses bases idéologiques sont élaborées, et que c’est à partir de milices anti-ouvrières armées par le patronat allemand et italien que naît ce mouvement.

Pour commencer, pour mieux comprendre l’extrême droite, un peu d’histoire s’impose. D’où vient le fascisme ? Celui-ci en tant que mouvement ne nait pas ex-nihilo. Il se développe lentement au niveau idéologique à la Belle époque, alimenté par des penseurs qui vont mêler à la pensée purement réactionnaire et contre révolutionnaire des éléments de mobilisation populaire de masse qui appartenaient au mouvement ouvrier. Enfin, les mouvements fascistes en tant que tels prennent leur source dans les milices anti ouvrières qui répriment les mouvements révolutionnaires au sortir de la Première guerre mondiale, principalement en Allemagne et en Italie.

Genèse de l’idéologie fasciste

Les idées qui vont faire le lit du fascisme se développent dès la fin du XIXème siècle, principalement en France. Ces idées sont celles d’une droite qui va se prétendre révolutionnaire, rejetant radicalement la démocratie parlementaire. Selon une théorie de l’historien Zeev Sternhell, ce serait au sein de la droite révolutionnaire française qu’apparaitraient les bases de l’idéologie fasciste.

Jusque-là, la droite extrême était profondément contre révolutionnaire, c’est-à-dire qu’elle défendait un ordre ancien correspondant plus ou moins à l’Ancien Régime, au rétablissement de la monarchie absolue, de l’aristocratie et du règne de l’Eglise, bref, de l’ancien ordre bouleversé par les révolutions bourgeoises du XIXeme siècle.

Au contraire, à la racine du discours fasciste se trouve une volonté de modernisation, en rupture avec cette ultra droite conservatrice. Ce courant de pensée se caractérise tout d’abord par un refus de la démocratie parlementaire bourgeoise, présentée comme corrompue, abâtardie, ou contrôlée par des minorités telles que les juifs. Le mode de vie, le rationalisme et la mesquinerie bourgeoise sont dénoncés vigoureusement. La solution que voudraient les fascistes pour lutter contre cette « décadence » serait un régime autoritaire, basé sur un gouvernement de surhommes, sur le culte de la force, du combat et du rejet de l’intellectualisme.

Pour compléter cette panoplie, il faudrait bien entendu un chef prestigieux et charismatique, à même de dompter les masses. Ici la communauté politique de référence n’est pas l’aristocratie ou la classe ouvrière, mais la nation, voué à s’unir autour du chef. Bien entendu, cette union est interclassiste et profondément réactionnaire, à même de séduire les éléments petit bourgeois devenant nationalistes par peur d’être déclassés.

En termes idéologiques, les idées de cette droite révolutionnaire s’inspirent des philosophies anti rationalistes de Nietzsche et de Bergson. Ses principaux penseurs sont Gustave Le Bon, Barrès ou encore Maurras, et dans une certaine mesure Georges Sorel, pourtant syndicaliste révolutionnaire français mais théorisant dès le 19eme siècle l’action violente comme méthode de prise du pouvoir face à un régime corrompu.

On note aussi que c’est à ce moment que le nationalisme bascule à droite, alors qu’il était plutôt de gauche jusqu’ici. Une des premières étapes de cette mutation est l’agitation autour du général Boulanger, qui en 1887 faillit aboutir à un coup d’état. C’est aussi au cours de l’affaire Dreyfus que l’agitation nationaliste et réactionnaire atteint son paroxysme avec comme mot d’ordre l’antisémitisme, dont la Ligue des Patriotes de Déroulède est un bon exemple.

Un autre mouvement moins connu qui préfigure le fascisme est la Fédération des syndicats jaunes dirigée par Charles Biétry. Cette fédération de syndicats, financée par le patronat, se monte pour contrer l’influence de la CGT, syndicat révolutionnaire à l’époque. Les Jaunes reprennent tous les poncifs de cette droite révolutionnaire, tout en prônant une vigoureuse politique de collaboration avec le patronat. En cette période de luttes, les attaques de la CGT font rapidement mettre genou à terre au syndicat qui sombre dans l’oubli quelques années après sa création en 1902, après avoir compté plusieurs centaines de milliers d’adhérents. Il faut rajouter à cette liste l’Action Française de Charles Maurras, qui bien que royaliste, défend une version de la monarchie proche du fascisme.

C’est dans cette droite révolutionnaire, qui n’est pas encore à proprement parler fasciste, que tous les éléments politiques du fascisme vont se mettre en place. Dans une très large mesure, ce sont ces mouvements qui ont une influence déterminante sur les droites allemandes ou italiennes qui vont donner naissance au fascisme.

L’influence des milices anti ouvrières

C’est après la Première guerre mondiale que les mouvements fascistes à proprement parler vont apparaitre. En Allemagne et en Italie, ils naissent dans des conditions relativement similaires.

En Italie, règne une intense frustration après la victoire des Alliés. En effet, si l’Italie est du côté des vainqueurs, elle a subi des défaites humiliantes face à l’empire austro-hongrois telles que celle de Caporetto en 1917 et ne fait que des gains territoriaux mineurs. Après l’armistice, règne une agitation nationaliste intense qui va donner naissance au fascisme, préfiguré par la prise de la ville de Fiume dans l’Adriatique par des miliciens regroupés autour du poète Gabriel d’Annunzio.

Dans le même temps, lors de l’hiver 1919-1920, une intense agitation révolutionnaire balaie l’Italie. Elle se manifeste par des grèves insurrectionnelles qui culminent dans l’occupation armée d’usines, notamment à Turin. Pour contrer la menace de la révolution sociale, le patronat finance assez rapidement des milices appelées squadre d’azione ou squadristi. Leur objectif est d’attaquer partout où ils le peuvent les syndicats, partis et militants ouvriers, pour casser toute agitation sociale et briser toute perspective de révolution. Chaque milice locale est dirigée par un ras, nom des chefs fascistes.

Composés presque exclusivement d’anciens combattants, le fascisme né de ces milices en tant que courant politique : c’est tout d’abord les Faisceaux italiens de combat, qui unifient dès mars 1919 les squadristes, sous la houlette de Benito Mussolini. Leur programme très social à l’origine devient pro-capitaliste dès le début des années 1920. Ce groupement, qui est un hybride entre le mouvement politique et la milice, s’institutionnalise et se transforme dès 1921 en Parti National Fasciste, qui prend rapidement le pouvoir dès novembre 1922 avec la bénédiction des élites italiennes.

En Allemagne, la naissance du nazisme se fait dans des conditions similaires. A la fin de la guerre, en novembre 1918, alors que l’Allemagne signe l’armistice dans des conditions très dures, une révolution éclate. D’une grève générale naissent très rapidement des conseils de soldats, de marins et d’ouvriers qui prennent de l’importance dans de nombreuses villes, tentant de prendre le pouvoir comme à Berlin en janvier 1919 avec l’insurrection spartakiste qui est vite écrasée par les paramilitaires nationalistes et le gouvernement social-démocrate ou à Munich où les conseils ouvriers prennent brièvement le contrôle de la région.

Cette révolution est combattue et finalement écrasée par la classe dominante. Celle-ci est alliée au SPD, le vieux parti social-démocrate allemand, qui prend la tête du gouvernement. En échange de quelques réformes, il participe activement à la répression de l’agitation révolutionnaire. Néanmoins, les principaux outils de la répression sont les Corps Francs (Freikorps) qui sont des milices paramilitaires chargées d’attaquer les « éléments subversifs ». Composées d’anciens combattants démobilisés, elles sont financées et armées par les industriels, les junkers (propriétaires terriens) et l’armée. Parmi leurs innombrables crimes, on peut citer l’assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg en janvier 1919 avec la complicité du gouvernement social-démocrate ou encore l’assassinat de Gustav Landauer. Ces milices vont compter jusqu’à trois millions de membres.

C’est de ces groupes que nait le mouvement nazi. Ainsi, Adolf Hitler, encore militaire, est envoyé par l’armée en 1919 pour infiltrer le DAP (Deutsches Arbeiter Partei), parti d’extrême droite dont les membres sont pour la plupart membres des Corps Francs. Assez rapidement, ce parti connait une très forte croissance et va jusqu’à absorber une partie des miliciens des Corps Francs. Il change de nom pour devenir le NSDAP (National-Socialistisches Deutsches Arbeiter Partei). Contrairement à l’Italie, il se divise en deux branches, l’organisation politique (PO), dirigée par Adolf Hitler, et la branche militaire, des milices, les SA (Sturm Abteilung), conduites par Ernst Röhm. En 1921, les corps francs sont dissous et une grande proportion de leurs membres rejoint les SA.

Si les racines du mouvement sont similaires, les nazis mettent beaucoup plus de temps à prendre le pouvoir. Ils reçoivent un coup d’arrêt en 1923 après une tentative de coup d’état ratée à Munich (le putsch de la brasserie) et Hitler est condamné à plusieurs années de prison. Ce n’est qu’en janvier 1933 que les nazis prennent le pouvoir dans un contexte de crise économique généralisée.

Dans les deux cas, le fascisme nait de la rencontre de plusieurs éléments : une idéologie moderne de droite révolutionnaire, et surtout des milices anti-ouvrières créées dans un contexte bien particulier : l’humiliation nationale liée à la fin de la première guerre mondiale. On peut aussi constater que ces mouvements sont financés dès le début par la bourgeoisie, et ce dans une perspective d’étouffement et d’écrasement de la révolution ouvrière. Cette orientation restera inscrite dans l’ADN du fascisme.

Lien vers le livre : https://editionsacratie.com/temps-obscu ... en-europe/

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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 07 Oct 2017, 13:41

Histoire / Les liens méconnus entre le fascisme et les classes dominantes

Les liens méconnus entre le fascisme et les classes dominantes

Le fascisme est enseigné dans tous les manuels d’histoire, et ses atrocités largement documentées. Ce que l’on ne dit plus, c’est que ce sont les bourgeoisies italiennes et allemandes qui l’ont largement soutenu, afin de rétablir l’ordre. Les responsabilités de la classe dominante dans l’émergence du fascisme sont ainsi soigneusement mises de côté…

Un peu d’histoire

Dans la plupart des discours, y compris chez les révolutionnaires, le fascisme est vu comme un problème avant tout moral, un mal absolu, qui mène à l’écrasement et à la ruine de tout ce que nous défendons. Ce discours n’est pas faux, mais il ne nous semble pas suffisant. En effet, pour nous, le phénomène qu’est le fascisme ne peut pas seulement être compris en termes moraux, mais aussi par rapport à ses liens avec le capitalisme comme système économique, ainsi que par sa place dans la lutte entre les différentes classes sociales

Ici, nous allons beaucoup nous appuyer sur les analyses de Daniel Guérin publiées dans Fascisme et grand capital. Ce livre examine l’ascension et le règne des partis fascistes dans les années 1920 et 1930 d’un point de vue économique et social. D’ailleurs, nous pouvons retrouver des mécanismes similaires dans les programmes des partis d’extrême droite de nos jours, bien qu’heureusement ceux-ci ne soient pas encore au pouvoir dans notre pays.

Daniel Guérin part d’un constat simple : au-delà du bla-bla, de la rhétorique anticapitaliste des fascistes et des nazis, ces partis ont entretenu des liens étroits avec la grande bourgeoisie, surtout avec les magnats de l’industrie lourde, très liés à l’industrie de guerre. Ces liens se retrouvent tout au long de l’histoire des fascismes, de leur naissance à leur chute finale face aux Alliés lors de la Seconde guerre mondiale.

Cette relation avec la bourgeoisie était donc déjà présente à la fondation des partis fascistes. Comme nous l’avons évoqué, en Italie et en Allemagne, le parti fasciste de Mussolini et le NSDAP (le parti nazi) naissent des milices anti-ouvrières mises sur pied pour lutter contre les communistes et le mouvement ouvrier (squadri et Corps Francs) à la fin de la Première guerre mondiale. Equipées par l’armée, ces milices sont alors largement financées par le patronat et permettent d’écraser dans l’œuf la révolution sociale en Italie et en Allemagne.

Ces liens avec le patronat se poursuivent et se développent dans les années suivantes. Les partis fascistes, en plus d’organiser des milices, prétendent assez rapidement exercer le pouvoir, en balayant au passage la démocratie parlementaire. Dans cette optique, ils sont financés secrètement ou ouvertement par des industriels, à titre individuel, mais aussi collectif comme par des syndicats patronaux. Dans le même temps les mouvements fascistes poursuivent leur politique d’agression contre le mouvement ouvrier.

En plus de financer ces partis, la bourgeoisie offre un coup de pouce décisif à Hitler et Mussolini dans leur prise de pouvoir. Ils sont invités au gouvernement par les élites politiques bourgeoises. La fin des régimes parlementaires en Italie et en Allemagne n’est pas tant une défaite de la « démocratie » face au coup de force fasciste que la remise du pouvoir aux fascistes par les gestionnaires de ces démocraties parlementaires sans aucune lutte ni résistance.

Ainsi en 1922, lors de la fameuse Marche sur Rome qui voit la prise de pouvoir de Mussolini, les Chemises noires, coincées à 70 km de la capitale italienne sans transports, sont amenées à Rome par des autocars affrétés par le gouvernement, sans lesquels ils n’auraient jamais pu prendre la ville. Plutôt que le triomphe d’un coup de force fasciste, c’est une opération de communication qui médiatise la cérémonie de remise des clés aux nouveaux gestionnaires de l’Etat que sont les fascistes. De même, en 1933 en Allemagne, les nazis qui ne sont pas majoritaires au parlement sont invités à participer au gouvernement par le conservateur Von Papen, avec le soutien de la bourgeoisie, de l’Armée et des junkers (grands propriétaires terriens). Le NSDAP commençait pourtant à reculer dans les élections. A méditer au regard de la situation politique de nos jours.

Une fois au pouvoir

N’oublions pas que les fascistes ont fait de l’anticommunisme un de leurs principaux axes de campagne, prétendant protéger la « Nation » contre le péril collectiviste. Ce discours est agréable aux oreilles du patronat qui est alors soucieux de mater un mouvement ouvrier en plein développement. Dès leur arrivée au pouvoir, les partis communistes sont les premiers à être interdits et sévèrement réprimés par les fascistes. En Allemagne la répression va même jusqu’à la déportation en camp de travail de plusieurs dizaines de milliers de militants communistes en prenant comme prétexte l’incendie du Reichstag.

Les syndicats et principalement les syndicats rouges sont très rapidement interdits sous prétexte de nuire à « l’harmonie nationale ». Ils sont immédiatement remplacés par des syndicats fascistes de collaboration, dirigés d’une main de fer par des cadres liés directement au pouvoir. Inutile de dire que ces syndicats ne sont pas très souvent en grève, ni particulièrement revendicatifs. L’exemple le plus avancé est le « Front du travail allemand » mis en place par les nazis. Celui-ci remplace les syndicats, mais se place toujours du côté des directions contre les revendications des salariés. Très mal considéré par ces derniers, il constitue un échec politique.

A cette liquidation des partis et syndicats ouvriers s’ajoute une épuration au sein même des partis fascistes. En effet, les fascistes avant leur ascension au pouvoir ont tenu des discours anticapitalistes, promettant une certaines justice sociale et la punition des patrons vautours. Certains militants venus de la classe ouvrière, souvent au chômage, ont cru à ces discours. Peu après l’arrivée au pouvoir des partis fascistes, afin de rassurer les responsables des industries finançant le mouvement, ces courants sont purgés. C’est le sens de la Nuit des longs couteaux de 1934 en Allemagne, qui voit la liquidation de la SA, dirigée par Ernst Röhm. Celle-ci demandait une « seconde révolution », c’est-à-dire une révolution sociale suivant la révolution nationale, ce qui était inacceptable pour l’aile la plus à droite du mouvement et la grande bourgeoisie. La contestation interne est écrasée dans le sang et la SA est dissoute. Nous constatons la même logique en Italie avec l’abandon rapide des références sociales du fascisme, ou encore en Espagne, lorsque les phalangistes « sociaux » sont purgés par Franco.

L’arrivée au pouvoir des fascistes se traduit aussi par une politique économique pro-patronale. Sous prétexte de réformer l’économie, les diverses branches de l’industrie sont regroupées en corporations qui contrôlent les prix, la production et les salaires. Bien entendu, ces institutions « paritaires » sont gérées par les représentants du patronat, avec l’assentiment des gouvernements fascistes.

Cette nouvelle organisation du travail aboutit tout naturellement à une baisse des salaires des ouvriers, qui n’ont plus le droit de se mettre en grève. Selon Guérin, les salaires baissent d’entre 20% et 30% après l’arrivée au pouvoir des fascistes en Allemagne et en Italie.

La politique économique des fascistes n’arrête pas ici ses mesures en faveur de la bourgeoisie. C’est toute une série de politiques de relance et de grands travaux qui, dans une perspective keynésienne, permettent de dynamiser la demande et la consommation. Ainsi Mussolini fait assécher des marais et construire des autoroutes. Néanmoins, la plus grande partie de la relance se fait par le réarmement avec des commandes militaires, des recherches, le développement de l’arme blindée, de l’aviation, de la marine et des travaux de fortification. Ce réarmement permet de faire tourner à plein régime la sidérurgie, le charbon, le bâtiment, mais aussi le textile et d’autres secteurs de l’industrie légère. La relance de l’industrie est financée par la création monétaire, les fascistes faisant tourner la planche à billets, remplissant au passage les poches des industriels. De nos jours, le programme économique du Front National, contient des mesures qui ressemblent étrangement à la relance fasciste.

Ces grandes politiques de relance sont aussi orientées vers une politique étrangère impérialiste agressive. Cette politique d’expansion territoriale, en plus de regonfler le moral national, permet aux bourgeoisies des pays fascistes d’acquérir de nouveaux marchés, dans une période de protectionnisme suivant la crise de 1929.

Pour conclure, nous pouvons dire que malgré un anticapitalisme de façade, les régimes fascistes ont apporté un soutien substantiel à leurs bourgeoisies nationales, tout d’abord en attaquant les organisations ouvrières avant d’arriver au pouvoir, puis en gérant l’état pour le compte de cette classe à partir de 1922 en Italie et de 1933 en Allemagne.

Le fascisme n’entre pas en contradiction avec le capitalisme. Au contraire, il fonctionne en lien avec la bourgeoisie : il constitue une forme de gestion nationale du capital, qui peut être séduisante pour la bourgeoisie en période de crise politique et sociale. C’est un régime qui émerge lorsque la forme républicaine de la démocratie bourgeoise n’est plus à même de sauvegarder les intérêts vitaux de la bourgeoisie.

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.

Lien vers le livre : https://editionsacratie.com/temps-obscu ... en-europe/


http://www.19h17.info/2017/10/03/liens- ... ominantes/
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede Pïérô » 16 Oct 2017, 10:38

Lausanne, mardi 17 octobre 2017

Anarchisme et antifascisme

Choix de textes pour une discussion critique

Pour cette séance, nous proposons de réfléchir autour de la question de l’antifascisme, tant dans ses dimensions historique qu’actuelle, et notamment autour de la possibilité d’émettre une critique anarchiste de ces groupes, que cela soit dans leurs idées ou dans leurs pratiques.

Comme d’habitude, un petit apéro suivra la discussion (amenez ce que vous voulez !)

Nous proposons ici un choix de textes qui critiquent certains aspects historiques et actuels de la lutte antifasciste, d’un point de vue révolutionnaire et antiautoritaire. La composition même de cette brochure a suscité de vives tensions entre nous. C’est dire si le thème du fascisme et de son anti- est extrêmement délicat, qu’il implique d’importantes considérations historiques, morales et émotionnelles.

Une des premières difficultés devant laquelle toute personne désirant traiter ce sujet se trouvera confrontée est celle de la définition du fascisme. Ce terme désigne une multitude d’événements, de mouvements ou de régimes dont il est pour le moins difficile de dégager une unité temporelle ou géographique. En effet, nous est-il possible de cerner une certaine continuité entre, par exemple, les premiers fasci italiens, le national-socialisme allemand, les dictatures d’Amérique latine et l’émergence actuelle de groupes identitaires ou des états d’urgence actuels ? Doit-on traiter le fascisme dans ses dimensions situées et historiques ou pouvons-nous l’englober dans un système plus général ? Quels sont les liens à faire entre les différentes formes que l’État a pu ou peut prendre, et de quelle manière ? Est-il possible d’appréhender les différentes composantes du phénomène fasciste d’une manière globale sans pour autant relativiser les horreurs qu’il a produites ni banaliser ce terme ? La tension entre la prise en compte d’un contexte historique donné et l’analyse plus large qui peut en être tirée est notamment un des points qui peut créer des discordes.
Les textes présentés ici ne représentent aucunement une position collective. Nous les avons avant tout choisis pour susciter un débat et inciter à la discussion. Il ne s’agit pas pour nous de créer une polémique, mais plutôt d’essayer d’initier ou de poursuivre une réflexion proprement anarchiste sur un thème qui semble aujourd’hui reprendre de l’importance, tant dans nos milieux que dans l’espace public. Une tentative d’échanger, de réfléchir ensemble, sans positions expertes ou consommatrices, afin de se construire une critique. De se donner les moyens de s’emparer d’un débat controversé sans se laisser dicter des positions par les « spécialistes ». Une tentative, surtout, de sortir de la dichotomie fascisme/démocratie qui semble être pour beaucoup la seule alternative possible. Les textes choisis font écho à de vives discussions qui ont animé et animent encore de nombreuses anarchistes en Espagne, en Italie, en Allemagne, certainement moins prégnantes dans notre espace linguistique.

« Cette collection de textes ne prétend évidemment pas être une quelconque “vérité” ; il ne s’agit pas d’une “bible” à vendre ou à adorer. Ces textes existent pour être lus, pensés, discutés. Entre nous autres qui voulons tout changer, le débat est essentiel pour surmonter les nombreux obstacles – aujourd’hui plus nombreux que jamais – que le pouvoir place en travers de notre chemin, de notre lutte. Mais nous ne voulons pas d’un débat sans conséquences, d’une discussion de couloir pour rentrer chez soi “en y voyant plus clair”. Si l’on n’est pas disposé-e à aller jusqu’au bout mieux vaut ne pas commencer. Si la réflexion ne se transforme pas en action ce n’est qu’une simple pirouette mentale, inoffensive, innocente, stupide. Nous voulons de la réflexion et de la discussion pour avancer dans la lutte, écartant les obstacles du milieu et identifiant l’ennemi avec chaque fois plus de précision. Nous nous retrouverons dans le processus de libération que chacun entreprendra. Nous cherchons des compagne-on-s, pas des troupeaux. »
ici

[Extrait de l’introduction à la brochure Contra el antifascismo – textos revolucionarios contra
el antifascismo, publiée en 1999 par SINmesura, traduite en 2005 par le Petit peuple du
cagibi (Grenoble, France).]

La brochure est disponible au CIRA ou à télécharger ici : https://renverse.co/home/chroot_ml/ml-g ... fa_web.pdf

CIRA ; Avenue de Beaumont 24, CH-1012 Lausanne. Depuis la gare, prendre le métro m2, arrêt Hôpital/CHUV.

http://www.cira.ch/actualites
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 03 Fév 2018, 16:43

L'extrême droite c’est quoi ?

L'extrême-droite, c'est la fin du syndicalisme : Le syndicalisme est né d'un rapport de force entre salarié.es (dominé.es) et un patron (dominant). Pour l'extrême-droite, patron et salarié.es ont des intérêts communs dans l'entreprise, mais aussi dans le soutien à l'Etat, au pays, à la Nation, au dogme, à la religion, au chef. Certains groupes d’extrême-droite amalgament leur refus de la « mondialisation néo libérale » et celui de l’existence de la lutte de classe.

L'extrême-droite divise les salarié.es et la population

Tout le discours repose sur un basique « eux » et « nous ». La désignation de boucs émissaires étrangers au groupe comme cause de déclin, de l’unité et du fonctionnement du groupe « majoritaire ». on y retrouve le racisme, le sexisme, l homophobie, l antisémitisme…. Groupe contre groupe alors que tout n'est pas si simple. L'extrême droite ne cherche qu'un bouc émissaire responsable de tout ce qui ne va pas.

L extrême-droite n'est pas « anti-système »

L'extrême-droite réécrit une histoire du pays et/ou de la Nation fantasmée, d’où une propagande galopante complotiste ( nouveaux mots, « les médias nous mentent », « c était mieux avant »…). Elle milite pour un repli de l’éducation et de l’enseignement selon des critères réactionnaires : On croit en des lois intangibles ; à un pays éternel, une religion.

L'extrême-droite n'est pas « le premier parti des chômeurs.es et des précaires »

C'est l'abstention, comme l'ont prouvée les différentes élections. Son discours, lorsqu'elle parle « des précaires » n'est que pour les opposer aux réfugiés et aux migrants. Dans la réalité, les pratiques de l'extrême-droite, c'est la fermeture du Secours Populaire comme à Hayange et à Hénin-Beaumont. Ses militant.es sont absent.es du secteur associatif solidaires et des actions humanitaires.

L'extrême-droite, c'est « le régime de la Peur »

Une éloge du nationalisme dont découle naturellement une glorification des valeurs martiales, de l’armée. Une obsession de la sécurité nationale envers les ennemis extérieurs mais aussi intérieurs, d’où une obsession sur le sujet de la criminalité .Primauté de la police sur la justice (discours sécuritaire), mieux à même de faire « justice » que les lois et les juges.

L'extrême-droite, c'est le « culte du chef »

L’extrême-droite est dirigé par un chef. « Celui-ci sait ». Il sait « les désirs de son peuple » puisqu’il représente le « pays réel » contre les élites. L'expression de « pays réel » est née en 1900 sous la plume de Charles Maurras (Action française). Suivant le degré de fanatisme de la population et l'idéologie du parti d’extrême droite, il mettra en place un style de gouvernement pouvant aller du type autoritaire à la pire dictature totalitaire.

L'extrême-droite, c'est « le mépris pour les sciences, les intellectuels et les arts »

Pour les adeptes de la pensée d’extrême droite, les sciences et les arts sont les émanations vivantes du « système », les intellectuels leurs gardiens du temple. C’est pourquoi chaque dictature d’extrême-droite tend à créer « sa » propre science, à contrôler les intellectuels, voire à les réprimer, et à créer son art « revivifié ».


http://www.visa-isa.org/content/l-extre ... c-est-quoi
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 10 Fév 2018, 17:02

Présentation du livre Temps Obscurs en présence des auteurs

Sète samedi 10 février 2018
à 19h, 21 Rue Pierre Sémard, 34200 Sète

Ces dernières années les courants nationalistes semblent avoir gagné du terrain en Europe à la faveur de divers succès électoraux. Néanmoins, la dynamique de l'extrême droite européenne est elle similaire au fascisme des années 30? Pour y répondre, le livre "temps obscurs" propose une analyse du nationalisme et de l'extrême droite.

https://herault.demosphere.eu/rv/8112
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede Nico37 » 11 Fév 2018, 14:28

Fondation Feltrinelli: « nous sommes indignés par votre aveuglement politique » Les invités de Mediapart 02/02

Des universitaires ont adressé une lettre ouverte à la Fondation Feltrinelli, réputée de gauche, qui invite successivement Florian Philippot et Alain de Benoist, en pleine campagne électorale italienne, pour parler de ce que « gauche » et « droite » signifient. «Tout en reconnaissant pleinement à la Fondazione Feltrinelli son rôle d’actrice culturelle, nous tenons à protester vivement contre la légitimation que vous offrez aux positions politiques de Florian Philippot et d’Alain de Benoist, en les invitant.»

(...)
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 28 Fév 2018, 01:42

Idéologie : l’extrême droite a-t-elle vraiment rompu avec le fascisme ?

Pour la plupart des commentateurs médiatiques et pour beaucoup à l’extrême gauche, l’affaire est pliée : Le Front National n’est plus fasciste… Cette affirmation, qui n’est jamais vraiment argumentée, pose pourtant sérieusement problème. En effet, l’idéologie et le programme de du FN n’ont jamais vraiment rompu avec ses fondamentaux fascistes….

A en croire les commentateurs médiatiques, ce serait une évidence : l’extrême droite d’aujourd’hui aurait rompu avec l’idéologie fasciste historique, tant dans le fond que dans la forme. Si ce constat est partiellement vrai concernant la forme du discours (notamment la symbolique) dans les principales organisations nationalistes, nous considérons pour notre part que ces organisations n’ont pas fondamentalement rompu avec l’idéologie du fascisme. On peut caractériser l’idéologie fasciste qui sous-tend ce projet par au moins trois aspects spécifiques.

Le premier pourrait être appelé « anticapitalisme romantique ». Il s’agit d’un discours qui attaque certains aspects de l’économie capitaliste, tout en en défendant d’autres. En apparence, le discours est très radical. Il est contre la finance, les banques, en opposant la morale et la spiritualité au matérialisme. L’usure pratiquée par les banques par exemple est dénoncée comme étant antichrétienne, contraire au travail honnête. Il ne s’agit pas d’une critique de fond du mode de production capitaliste, néanmoins : il y a dans le fascisme une volonté affichée de gérer le capital en retrouvant un équilibre raisonnable avec le travail – bref, en revenant par la force à un statut quo national.

A cela se joint une critique du matérialisme qui permet de renvoyer dos à dos les théories révolutionnaires issues du marxisme et le libéralisme : ces idéologies ne seraient que les deux faces d’une même pièce niant la spiritualité, le sacré, les grands mythes mobilisateurs. Cette critique remonte très loin, on la retrouve chez les royalistes voyant dans la Révolution française l’œuvre du diable.

Mais revenons aux critiques de la finance, très à la mode actuellement. Celles-ci ont beaucoup d’influence: par leur démesure, les excès des banques et de leur personnel semblent un symbole parfait des excès du capitalisme. Même si elles ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Naturellement, les fascistes surfent sur une vague qu’ils n’ont pas lancée. On trouve difficilement thème plus consensuel que la critique des « dérives » de la finance ! De François Hollande à Marine Le Pen, de François Bayrou à Jean-Luc Mélenchon, tous les politiques français prétendent combattre cet ennemi très pratique car toujours très lointain. Ainsi, François Hollande disait en janvier 2012 : «Dans cette bataille qui s’engage, mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Cet adversaire c’est le monde de la finance.»

Bien sûr, ce combat n’engage à rien. Les fascistes se sont toujours appuyés sur un capitalisme national pour mener à bien leur politique. Ce discours sur les banques est inséparable du thème de l’antisémitisme (et plus généralement du complotisme), qu’il soit assumé ou non. L’idée de base est la suivante : une petite élite coupée du peuple réel détiendrait toutes les clés du pouvoir. Très homogène, elle partagerait des rituels et des codes secrets lui permettant de contrôler les populations via les médias, l’économie et l’administration.

On retrouve ici, au mieux, une déformation grossière de certaines analyses marxistes. On peut légitimement parler « d’anticapitalisme des imbéciles » : par un coup de baguette magique, le monde incroyablement complexe de la grande bourgeoisie, dont des factions sont bien sûr en guerre ouverte, devient un ensemble unifié. Du même coup, tous les rouages du système en place (institutions étatiques, police, petit patronat, etc) peuvent être récupérés puisqu’ils ils ne seraient que « manipulés » par en haut. Ces thèses, séduisantes parce que simplistes, reposent sur une vision extrêmement manichéenne et pessimiste de la société, coupée des réalités matérielles.

Diviser pour mieux régner

Un deuxième aspect important du projet fasciste est lié au premier. Il pourrait être résumé par la locution « diviser pour mieux régner ». Il s’agit du racisme, exprimé ouvertement ou non. Si l’antisémitisme et ses diverses variantes vise une élite qui menacerait « par le haut » la cohésion du peuple, en l’appauvrissant d’une main et en l’endoctrinant d’une autre avec des théories antinationales (marxisme, féminisme, humanisme), d’autres formes de racisme existent.

La plus répandue aujourd’hui est probablement l’islamophobie. Très répandue dans la majeure partie de l’extrême droite, l’islamophobie s’exprime plus librement, car elle est plus récente et donc quasiment pas définie pénalement dans les pays occidentaux. Elle découle des conceptions économiques du projet fasciste évoquées plus haut. Nous allons la décrire plus en détail un peu plus tard.

Un troisième aspect concerne la militarisation de la société dans une période préfasciste. Pour prouver qu’ils sont une alternative crédible au « système » en décomposition, les fascistes brisent les solidarités populaires pour en reconstruire d’autres, artificielles, autour de thèmes nationaux. La militarisation ne se fait pas forcément par le biais de milices en uniforme patrouillant les rues pour casser de l’immigré et du gauchiste et assurer l’ordre moral (bien que cela puisse être le cas, comme en Grèce ou en Hongrie). La défense du port d’arme par exemple, si les armes sont concentrées dans les parties les plus réactionnaires de la société, peut être un thème de campagne fasciste. Il s’agit de promouvoir l’autodéfense contre la « racaille », ou l’honneur militaire, etc. En Allemagne les organisations néonazies des années 1950 et 1960 se composaient en clubs de sport ou en associations de reconstitution militaire pour pouvoir s’entrainer sans tomber sous le coup de la loi. En France, on retrouve une démarche semblable dans certaines villes de garnison où des groupes nazis recrutent uniquement parmi les jeunes militaires blancs. On peut aussi penser aux identitaires, connus pour avoir défendu des personnes ayant assassiné ou blessé par arme de jeunes immigrés, toujours sous le prétexte de la légitime défense. Derrière cette logique paramilitaire ou plus bassement para-policière, il y a la volonté de préparer les instruments de la future prise du pouvoir, et l’appui éventuel aux forces armées.

Les minorités sont naturellement des cibles directes du fascisme, surtout une fois que celui-ci est arrivé du pouvoir. Pour créer une communauté nationale homogène, les minorités doivent être détruites, soit physiquement soient en étant assimilées et en renonçant à leur identité dans la sphère publique. En France, le Front National s’appuie pour cela sur un discours républicain, laïque et assimilationniste, pour justifier son centralisme et son racisme. C’est le sens du slogan historique « La France, aimez-la ou quittez-la » : l’individu doit se fondre dans un ensemble plus vaste au destin historique, tourné vers un même but. Il faut néanmoins noter que cet aspect particulier se retrouve aussi dans des mouvements de droite non fascistes, comme le gaullisme, qui revendique un culte de la nation et du chef charismatique.

Une fois au pouvoir, le programme idéologique du fascisme ne peut prendre qu’une seule voie. Pour sortir de la crise économique, la guerre est la seule option qui permet à la fois de mobiliser la population, de justifier les mesures les plus violentes contre elle, et de relancer l’industrie en ouvrant de nouveaux marchés. On constate donc que les programmes des partis nationalistes défendent toujours une vision expansionniste et impérialiste, très centrée sur l’armée.

En somme, l’idéologie fasciste est un saut qualitatif vers la barbarie et la militarisation : la gestion du prolétariat change de forme et de dimension, pour s’adapter à des besoins différents. Sous couvert d’une révolution sociale, donnant à chaque individu une chance de se réaliser dans le grand destin de la nation, le fascisme renforce le pouvoir de la bourgeoisie et prépare la guerre impérialiste. Pour le prolétaire à la base de la société, la « révolution nationale » prend la forme de grands discours, de changements de symboles et de mobilisations patriotiques : mais les conditions de vie ne peuvent que, au mieux, se maintenir dans un statu quo social autoritaire, et au pire sombrer avec l’effondrement de l’économie et la militarisation. Comme dit Tancredi dans le roman Le Guépard, « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ».

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.

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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede bipbip » 08 Mar 2018, 21:31

Comment l’extrême droite a pris d’assaut Internet

L’extrême droite a su atteindre un caractère de masse non pas dans la rue, mais dans une grande communion de planqués derrière leur écran qui déversent leur bile et leur haine. Un petit décryptage des ressorts de la fachosphère…

Toute personne passant un peu de temps sur les réseaux sociaux l’aura remarqué : l’extrême droite y est omniprésente. Blogs, forums, commentaires et surtout réseaux sociaux tels Facebook, Youtube et Twitter sont submergés par des centaines de milliers de messages allant des théories les plus farfelues aux appels à la haine et aux insultes.

La présence de l’extrême droite sur internet est démesurée par rapport à son poids réel dans la société. Ce courant politique en a fait un axe de communication, censé compenser la mauvaise presse qu’il aurait dans les médias. L’extrême droite s’appuie ainsi sur un troisième territoire en plus du local et de l’international : le numérique, qui présente une grande perméabilité aux idées fascisantes, plus particulièrement sur les réseaux sociaux que les américains appellent de manière plus exacte « médias sociaux ».

Par ailleurs, l’une des différences entre l’extrême droite de nos jours et le fascisme historique repose sur le nombre de militants. Les partis nazis et fascistes étaient des organisations de masse comptant des centaines de milliers voire des millions de personnes dans leurs sections, milices et organisations satellites.

Ce n’est pas le cas de l’extrême droite de nos jours. Ainsi en France, sa base militante est assez réduite. Les groupuscules fascistes comptent au mieux quelques milliers de militants. De même le Front National ne revendique que 57 000 adhérents à jour de cotisation en 2016, un chiffre surestimé et bien loin des millions d’électeurs le soutenant à chaque scrutin. De plus, tous ces adhérents ne sont pas forcément des militants actifs, ce qui fait que le FN a des difficultés à entretenir une présence de terrain sur l’ensemble du territoire, et a bien souvent recours aux militants d’autres groupuscules tels que les Identitaires…

Internet revêt donc une importance particulière pour l’extrême droite qui parvient sur ce territoire virtuel à recruter massivement, ce qu’elle ne parvient pas à faire sur le terrain. Si le caractère de mobilisation permanente des masses se rencontrait dans les années 1930 durant les défilés aux flambeaux et l’enrôlement massif dans les milices, il semble avoir retrouvé à notre époque son équivalent sous la forme d’un courageux engagement derrière son écran dans les rangs de la fachosphère…

Ce phénomène a produit un nouveau vocabulaire, employé par ce que l’on appelle désormais la « fachosphère » – c’est-à-dire l’ensemble des sites et des commentateurs reliés à l’extrême droite. Pour eux, leurs opposants seraient des « bobos », des « sionistes », des « gauchiasses » ou des « mondialistes », les journalistes deviennent des « journalopes » à la solde des « merdias », le milieu associatif serait « collabo », etc. Ce vocabulaire en dit long sur la fachosphère, qui se caractérise par son extrême violence verbale, allant jusqu’au « troll », c’est-à-dire à la provocation volontaire dans le but de faire réagir. Notons aussi les retournements de sens : les néofascistes deviendraient de nouveaux résistants, alors que les antifascistes seraient des fascistes de gauche ou des collabos.

Les codes d’internet

Pour autant, l’extrême droite a bien assimilé les codes propres à internet, ce qui permet à ses différentes composantes de développer des stratégies de communication très efficaces. Celles-ci permettent de s’adresser à une partie de la population insensible à la propagande politique traditionnelle, notamment dans la jeunesse des campagnes et des périphéries urbaines. En s’appuyant sur des communicants professionnels et des commentateurs très réactifs, les organisations d’extrême droite sont parvenues à agrandir rapidement leur audience en adoptant une démarche de pionniers. Le format vidéo ou l’emploi de blogs thématiques ont par exemple été utilisés à fond. Nous pouvons distinguer plusieurs moyens employés de manière complémentaire pour obtenir une audience maximale :

D’une part, la mise en place de sites à forte audience : Parmi les plus connus, nous pouvons citer Fdesouche (lié au Front National) , Novopress (500 000 visiteurs uniques par mois, lié au Bloc Identitaire), ou encore Egalité et Réconciliation, le site d’Alain Soral qui se situe au niveau d’un site professionnel tel qu’Atlantico. Ces sites sont tous mis à jour très régulièrement. Ils se rapprochent de sites professionnels et de par leur audience et leur qualité technique.

D’autre part, une stratégie du coucou sur les sites d’actualité tels que le site du Monde, Youtube ou certains quotidiens régionaux. Les militants nationalistes utilisent les commentaires sur les sujets « stratégiques » comme la délinquance ou l’immigration afin d’occuper le terrain et de gagner en notoriété. On assiste au développement de stratégies assez élaborées, comme par exemple ces faux commentaires de « racailles » censés provoquer les commentaires racistes.

Enfin, on constate aujourd’hui une forte présence des nationalistes sur les réseaux sociaux tels Facebook ou Twitter qui sont pour eux des outils de recrutement et de mobilisation. On note un usage massif de fausse rumeurs qui se répandent comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux et font ainsi le « buzz », donnant plus d’écho à leurs idées. Parmi des milliers d’exemples, on peut citer la rumeur de l’accident de Brettigny lors duquel des « racailles » auraient dépouillées les cadavres ou encore la rumeur lancée par Farida Belghoul sur l’enseignement de la théorie du genre ayant entrainé des journées de retrait de l’école.

Une surabondance

Cette surabondance s’explique aussi par l’anonymat relatif existant sur internet, qui permet de déverser un discours bien plus difficile à assumer dans la rue. Ce qui a pu conduire à des déconvenues : ainsi, les manifestations appelées par certains groupes activistes tels que les Identitaires ou la Dissidence ont souvent été des flops monumentaux, rassemblant généralement quelques dizaines de sympathisants. Même en étant massivement relayées en ligne, ces initiatives ratées montrent qu’il est encore difficile de passer d’un militantisme virtuel à une prise de risque physique, et que la masse virtuelle peine à se transformer en force militante…

Si elle est très fragmentée, la fachosphère se structure autour d’une opposition à différentes thématiques. Des néonazis, des libéraux conservateurs, des complotistes et des sionistes antimusulmans peuvent se retrouver sur des campagnes communes, le débat de fond passant au second plan. Ces campagnes s’organisent sur le modèle du lobbying, saturant les espaces de discussion « neutres » de messages identiques, harcelant et diffamant les opposants du projet nationaliste.

De Sniper à Black M, les rappeurs jugés « antifrançais » ont par exemple été harcelés par des campagnes identitaires visant à faire annuler leurs concerts. Il en va de même pour les journalistes trop critiques ou pour les youtubeurs progressistes. Les réseaux sociaux sont quant à eux saturés de fausses informations, appelées « hoax », relayant des rumeurs racistes pour entretenir une atmosphère de quasi guerre civile. Il est très difficile de tenter de rétablir la vérité face au partage massif de ces fausses informations. A tel point que certains médias s’inquiètent, ces « fake news » ayant marqué la campagne présidentielle américaine de 2016 puis les élections françaises de 2017.

De par ses codes simples d’accès, ses blagues de mauvais goût et sa capacité à jouer sur les émotions et sur les peurs, la fachosphère a acquis un poids considérable sur internet, façonnant une partie de l’opinion et imposant ses thématiques. Grâce à certaines personnalités en vue comme Eric Zemmour ou Marion Maréchal Le Pen, elle a pu tisser des ponts avec les déçus de la droite libérale, et prétendre à l’hégémonie culturelle.

Il s’agit d’une tendance de fond s’appuyant sur un discours médiatique anxiogène et une actualité saturée par les questions sécuritaires. Mais une contre-hégémonie essaie aujourd’hui de se développer : les dernières années ont bien heureusement vu apparaître une série de blogs, de chaînes Youtube et de médias indépendants produisant un discours d’émancipation sociale, et déconstruisant méthodiquement les mensonges de l’extrême droite.

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.


Lien vers le livre : https://editionsacratie.com/temps-obscu ... en-europe/


http://www.19h17.info/2018/03/08/commen ... -internet/
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Re: Lutte antiFasciste (réflexions, textes, appels généraux.

Messagede Pïérô » 09 Mar 2018, 12:04

Projection-débat « The Antifascists »
Documentaire de Patrik Öberg et Emil Ramos

Paris, mercredi 14 mars 2018
à 19h30, Librairie du Monde libertaire - Publico, 145 rue Amelot

Une guerre sociale est en train de se dérouler dans les rues d'Europe. Ce documentaire nous embarque derrière les masques des groupes militants qui luttent contre le fascisme.
En 2013, un groupe armé de nazis attaque une manifestation pacifique à Stockholm et plusieurs personnes sont blessées. En Grèce, le parti néo-nazi Aube Dorée est devenu le troisième parti aux élections et à Malmö, l'activiste Showan Shattak et ses ami.e.s sont attaqués au couteau par un groupe de nazis.
Dans ce portrait, des antifascistes de Grèce et de Suède donnent leur avis sur leur militantisme tout en questionnant sa violence et sa radicalité.

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http://www.librairie-publico.info/?p=3057
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