
Un tweet : "en conclusion, dans l'état d'urgence, le problème c'est pas l'urgence, c'est l'État!"


Le Conseil constitutionnel persiste à banaliser un régime d’exception
Comme on pouvait s’y attendre, le Conseil constitutionnel a validé, pour l’essentiel, le régime d’exception qu’impose l’état d’urgence en matière de manifestations et de fermetures de lieux de réunion.
Il a aussi considéré que les perquisitions ordonnées par l’autorité administrative n’affectent pas « la liberté individuelle au sens de l’article 66 de la Constitution » et considère qu’un simple recours indemnitaire contre l’Etat, sans annulation de la mesure elle-même, constitue une voie de recours.
Certes, le Conseil constitutionnel a émis un avis négatif sur les saisies en matière informatique pratiquées à l’occasion des perquisitions administratives. On doit s’en féliciter et inciter, en conséquence, les personnes qui en ont été victimes à entamer les recours nécessaires.
Cependant ces décisions du Conseil, comme les précédentes, entérinent la mise à l’écart du juge judiciaire et rendent inutile toute constitutionnalisation de l’état d’urgence tant elles cautionnent déjà l’arbitraire et l’impunité de l’Etat.
La LDH ne cessera pas, pour autant, son action de telle manière à ce que la France respecte ses engagements internationaux et que l’Etat de droit retrouve pleinement sa place.
Ligue des droits de l’Homme
http://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article1809Etat d’urgence : l’exceptionnel risque de devenir la règle
L’état d’urgence est prolongé et risque de l’être encore … jusqu’aux élections de 2017 à moins que la nouvelle loi antiterroriste révisant la procédure pénale, qui devrait être votée en mars, satisfasse le pouvoir et ses flics. Néanmoins, l’état d’urgence ne sera plus exceptionnel mais une donnée inscrite dans notre constitution (1).
Un bilan transitoire de l’état d’urgence absolument « stupéfiant »
Du 14 novembre au 22 janvier, il y a eu 3189 perquisitions administratives dont environ la moitié a eu lieu de nuit ; autre chiffre significatif traduisant l’activité des flics : 406 assignations à résidence. Ensuite, le pouvoir s’est gargarisé de chiffres qui pouvaient laisser à penser à l’efficacité de cet état d’urgence au regard de la lutte antiterroriste : 200 poursuites judiciaires engagées, 382 interpellations dont 332 gardes à vue, 541 armes saisies dont 41 de guerre, etc.. En fait, ces chiffres recouvrent dans leur immense majorité des délits liés au trafic voire la consommation personnelle de drogues (bien souvent du cannabis), à des vols ou recels, à des infractions à la législation des armes, etc.. Nos sécuritaires justifient ces chiffres et défendent ce bilan en avançant la porosité entre radicalisme, terrorisme et économie souterraine. Or, il suffit de prendre connaissance du nombre d’infractions liées au terrorisme pour constater que cette argumentation ne tient pas une seconde : 25 infractions, seulement, liées au terrorisme ont été relevées dont 21 délits d’apologie du terrorisme (punis par la loi récente de 2014), apologie faite le plus souvent sur les réseaux sociaux. Il reste donc seulement 4 procédures pour terrorisme transmis au parquet antiterroriste de Paris, qui, s’il est surchargé de travail, ne l’est pas grâce à cet état d’urgence. On peut même avancer qu’il n’y avait pas besoin d’état d’urgence pour obtenir ces 4 procédures, l’application des dernières lois sécuritaires devait largement suffire. A ce jour, une seule personne est inculpée pour terrorisme.
Maintenant il est intéressant de constater que ces perquisitions ont été essentiellement menées dans les premières semaines avec une moyenne de 120 par 24 heures, alors que nous en sommes actuellement à moins de 20. D’autre part, la moitié des perquisitions a été menée sur la base d’informations fournies par les services de renseignement. Celles-ci furent effectuées de nuit avec l’appui des forces d’intervention qui n’ont pas hésité à casser, entre autres, les portes d’entrée ! L’autre moitié des perquisitions a été menée à l’instigation des flics, gendarmes sur des objectifs non prioritaires n’ayant rien à voir avec le djihadisme.
A ce propos, nous apprenons du 2ème rapport de la commission parlementaire de contrôle sur l’application de l’état d’urgence qu’une partie des perquisitions aurait été décidée après exploitation du FSPRT (Fichier de traitement des signalés pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste), un fichier secret, nouveau, créé en mars 2015 et recensant les personnes signalées pour radicalisation. Il ne s’agit donc plus du fameux fichier « S » (voir CA 256) qui a disparu des radars.
Concernant maintenant les contestations en justice des assignations à résidence, les juges administratifs ont prononcé 6 suspensions, une suspension partielle et une annulation. A noter que 17 assignations à résidence contestées en justice administrative ont été abrogées par le ministre de l’Intérieur à la dernière minute avant la décision du tribunal ; l’Etat ayant eu peur de se faire désavouer. 15 affaires ont été portées devant le Conseil d’Etat et pour la première fois depuis la proclamation de l’état d’urgence, le Conseil d’Etat a décidé, le 22 janvier, de suspendre une assignation à résidence et a condamné l’Etat à verser 1500 euros à la personne concernée dans une affaire rocambolesque digne des pieds nickelés. Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, s’en est félicité en déclarant que c’était la preuve que nous étions toujours dans un Etat de droit (administratif ?)…
La fonction actuelle de l’état d’urgence
Alors, l’état d’urgence et sa et ses prolongation(s) futures n’ont pas pour fonction première et principale d’éradiquer le terrorisme. Il est difficile, même si Cazeneuve dit le contraire, de prévenir les actes de terrorisme sur le « modèle » du 13 novembre car « les mesures de sécurité ne sont efficaces qu’après coup, et que le terrorisme est, par définition, une série des premiers coups » (2)
Après un tel bilan, certains, à Gauche, espéraient que l’état d’urgence allait s’arrêter le 26 février. Dès début janvier, JJ Urvoas, député PS, rapporteur de la commission parlementaire, déclarait, à la vue du bilan, que la prolongation de l’état d’urgence ne semblait pas justifiée. Et pourtant, 15 jours après, nous étions sûrs que nous en avions encore pour au moins 3 mois. Il faut dire que Valls a placé la barre très haute en déclarant à la BBC que l’état d’urgence serait prolongé « jusqu’à ce qu’on puisse se débarrasser de Daech ». Il semble que cet argumentaire soit la base pour justifier l’une des stratégies possibles envisagées par Hollande de prolonger l’état d’urgence jusqu’aux élections de 2017. Dans 3 mois, nous serons à la veille de l’Euro de football… qu’il faudra protéger car, évidemment, ce sera une cible potentielle des djihadistes. De toute façon, la stratégie électoraliste prioritaire d’Hollande est de suivre au plus près l’opinion publique sondée chaque semaine. Nous en sommes encore à 2/3 des citoyens français en âge de voter qui se déclarent favorables à la prolongation. Les grands médias mais aussi les actes individuels de fous de Dieu (ou pas d’ailleurs) ou supposés tel, sont là pour entretenir les braises de la peur. Mais en absence d’actes de terreur nouveaux sur le territoire français, Il est toujours possible que cette peur, justifiée juste après le 13 novembre mais bien entretenue depuis, baisse d’intensité et passe clairement au second plan des préoccupations des français après bien évidemment le chômage. Dans ce cas, Hollande pourra toujours changer de stratégie en s’appuyant sur la nouvelle loi modifiant le code de procédure pénale nous faisant glisser dans un Etat permanent de plus en plus policier.
Future extension des pouvoirs de la police et du Parquet
Malgré la succession de lois antiterroristes depuis 20 ans, un projet de loi vient d’être transmis par le gouvernement au Conseil d’Etat pour avis.
Ce projet de modification du code de procédure pénale ne devrait pas être prêt avant le 10 février. Le pouvoir ne parvenant donc pas à le faire adopter avant la fin de l’état d’urgence prévue initialement le 26 février, il semblait évident que cet état d’urgence serait prolongé car la fonction assignée à cette nouvelle loi sera de donner des outils performants au parquet, aux préfets et à la police afin de « réduire la nécessité de l’état d’urgence ».
D’après « Le Monde » qui a pu consulter cet avant-projet, il s’agit de faire passer des procédures qui sont aujourd’hui d’exception dans le droit commun. Un exemple : les perquisitions de nuit qui pourront être ordonnées par le préfet dès l’enquête préliminaire dans des affaires de terrorisme (ou supposées comme tel !), y compris dans les logements et seront même possibles de façon préventive lorsqu’il s’agira de « prévenir un risque d’atteinte à la vie ou à l’intégrité physique ».
Les flics devraient, à la seule demande d’un préfet, pouvoir fouiller les bagages, les voitures et contrôler l’identité de n’importe qui, n’importe où et à tout moment. Il fallait jusqu’ici une présomption d’infraction ou une autorisation d’un parquet sur un périmètre délimité et une durée limitée. Aujourd’hui, les flics et gendarmes peuvent retenir une personne sans pièce d’identité pendant 4 heures. Cette retenue devrait être étendue à toute personne, même mineure, en possession d’une pièce d’identité et hors la présence d’un avocat. D’autre part, l’utilisation des armes à feu par les pandores devrait dépasser largement l’actuelle « légitime défense ». N’oublions pas non plus la loi
prévoyant de renforcer la sécurité dans les transports publics (voir la rubrique Big Brother de ce numéro).
Nous reviendrons sur ce projet de loi le mois prochain, mais son tempo par rapport au 26 février et la crainte de l’Elysée dans la survenue d’un nouvel attentat explique en partie la prolongation de l’état d’urgence jusqu’au 26 mai.
Vers un nouveau mode de gestion de l’Etat ?
Il est encore trop tôt pour répondre à cette question. Notons que c’est la première fois qu’un président de la République soit aussi impopulaire battant d’ailleurs son prédécesseur Sarkozy à tel point qu’il ne devrait même pas se qualifier pour le second tour de la présidentielle de 2017 ; une première ! Pour un homme d’Etat qui voudrait avoir l’envergure d’un Mitterrand, cela en est trop !
Alors, cela doit expliquer en partie l’état d’urgence, la déchéance de la nationalité, … la répression et le contrôle exercés par l’Etat en général alors que celui-ci n’est pas réellement menacé que ce soit par des mouvements sociaux d’ampleur nationale cruellement absents et même par le terrorisme djihadiste. Malheureusement pour ces « socialistes », assurer la sécurité par une augmentation du pouvoir des flics et de l’administratif n’est pas payant électoralement car le bon peuple préfère toujours l’original – le FN et la Droite dure- que la photocopie socialiste même si en la matière la technologie a fait d’énormes progrès. Les socialistes gèrent toujours l’Etat pour faire ce que la Droite n’aurait pas pu se permettre sans d’importantes mobilisations. Il est certain, dans la période actuelle, que l’Etat a besoin de se légitimer autrement. C’est ainsi que la gestion de l’Etat tend à se faire par la peur et la remise en cause de certains aspects de l’Etat de droit qui glisse vers un Etat de type policier. Mais nous ne vivons pas (encore ?) dans une démocrature.
Seule la montée de mouvements sociaux sur des bases de classe demeure nécessaire pour reprendre espoir de vivre dans un monde meilleur. Mais, en attendant, même si nous ne faisons pas que d’attendre, nous devons nous mobiliser contre cet état d’urgence et aussi contre la guerre que mène ce qui reste de la puissance à caractère colonial française au Moyen Orient, en Afrique, guerre qui a débuté bien avant les premières attaques de Daech sur le sol français. N’oublions jamais que la plupart de ces guerres (depuis la première guerre du Golfe en 1990) ont été menées par le pouvoir aux mains de ces va-t’en-guerre que sont les « socialistes ».
Denis, Reims le 25 janvier 2016
(1) Nous ne reviendrons pas ici sur la déchéance de la nationalité possible pour les binationaux qui sera prochainement inscrite dans la Constitution, ce thème ayant été traité dans notre numéro 256.
(2) extrait du texte « de l’état de droit à l’état de sécurité » par Giorgio Agamben publié dans Le Monde du 24 décembre 2015
10 arguments contre l'état d'urgence
1- L’état d’urgence est inutile
Depuis 1986, une vingtaine de lois antiterroristes ont été votées, la plupart du temps en réaction à des attentats : en 1986, en 1996, après le 11 septembre 2001, après les attentats de Madrid (2004) ou de Londres (2005). Ces lois n’ont pas empêché que des attentats soient commis en France, par contre elles ont multiplié les mesures d’exception et les régimes particuliers...
2- L’état d’urgence frappe principalement les mouvements sociaux, les quartiers populaires et les musulman-e-s
Depuis le 13 novembre 2015, des manifestations de mal logé-e-s, de femmes, de réfugié-e-s, d’écologistes, de salarié-es ont été interdites … des militant-e-s sont poursuivi-e-s pour avoir bravé l’interdiction. Des militant-e-s des mouvements sociaux, des musulman-e-s ou supposé-e-s l’être, des habitant-e-s de quartiers populaires ont été assigné-e-s arbitrairement à résidence et/ou ont subi des perquisitions violentes et des humiliations, sans lien avec le terrorisme. L’Etat refuse réparation à certaines victimes collatérales des attentats, comme les habitant-e-s de l’immeuble pris d’assaut par le RAID à St Denis ou les victimes d’abus policiers.
3- La déchéance de la nationalité dans la constitution est une menace pour 3,7 millions de binationaux
Réclamée par l’extrême droite, cette mesure crée deux catégories de citoyens alors que selon la constitution, les citoyens sont libres et égaux en droit. Elle est d’autant plus grave qu’elle pourrait être étendue ultérieurement à d’autres délits que le terrorisme.
4- L’état d’urgence et la déchéance sont inefficaces
D’après les statistiques officielles, les autorités ont procédé à 3 242 perquisitions entre le 14 novembre 2015 et le 29 janvier 2016. 4 perquisitions ont abouti à l’ouverture d’une enquête pénale pour une infraction effectivement liée au terrorisme selon le droit français. Quant à la déchéance de nationalité, tout le monde s’accorde pour dire qu’elle n’arrêtera jamais un terroriste.
5- L’état d’urgence a été, est et sera toujours dangereux pour la démocratie
La loi sur l’état d’urgence a été votée en 1955, en pleine guerre d’Algérie. C’est sous couvert de l’état d’urgence que, le 17 octobre 1961, le préfet Maurice Papon a fait assassiner des centaines d’Algériens à Paris. Et c’est encore sous l’état d’urgence que, le 8 février 1962, le même Papon fait interdire une manifestation pour la paix, ce qui conduira à l’assassinat par la police de 9 militants à Charonne. Cette loi a été appliquée ensuite contre la révolte des banlieues en 2005 par le Ministre de l’Intérieur Sarkozy. Depuis son instauration le 13 novembre au soir, elle a servi contre les réfugié-e-s et leurs soutiens, contre les féministes, les écologistes, les musulmanes et musulmans (ou supposés tels), et des syndicalistes. L’histoire nous montre que toutes les lois d’exception servent à durcir le pouvoir et à réprimer la population. Si l’état d’urgence était inscrit dans la constitution, un gouvernement autoritaire aurait les mains libres pour frapper durement les opposant-e-s.
6- Avec l’état d’urgence, l’armée s’installe dans le paysage
Avec cet état d’exception sans fin (car le terrorisme est aussi sans fin), l’Etat mobilise inutilement des dizaines de milliers de policiers et de militaires, patrouillant des heures dans les rues uniquement pour laisser croire à la population qu’elle est protégée. Ce climat de militarisation durable de la société nourrit la peur de l’autre. La sur-mobilisation des forces répressives réduit la capacité de faire face au terrorisme que l’on prétend combattre.
7- L’arbitraire policier et étatique est renforcé, le contrôle du juge est affaibli
C’est un acte de défiance à l’égard des juges qui font leur travail dans des conditions précaires. C’est une grave erreur de limiter son contrôle face aux attentats. Les lois existent, mais les moyens manquent, chaque fait divers le démontre ! L’état d’urgence consacre ainsi à la fois la marginalisation du juge et l’accroissement des atteintes aux libertés sur des critères vastes et flous d’ordre public.
8- Le gouvernement crée un régime d’exception
Inscription de l’état d’urgence dans la constitution, prolongation de l’état d’urgence jusqu’à l’adoption d’une nouvelle loi anti-terroriste qui renforce les pouvoirs de la police : le gouvernement multiplie les régressions démoratiques. Un complexe militaro-sécuritaro-numérique se met en place, débouchant sur une société de contrainte et d’hyper surveillance. La loi de renseignement et le renforcement du contrôle sur Internet en sont l’illustration.
9- L’état d’urgence devient la règle
La loi sur le crime organisé et le terrorisme qui arrive en débat va encore plus loin. Elle permettra, sans le contrôle du juge et hors l’état d’urgence, les perquisitions de nuit, les contrôles d’identité, la fouille des bagages, la garde à vue arbitraire pendant 4h sans avocat. Un policier pourra ouvrir le feu contre un individu armé qui ne le vise pas, ou garder son arme de service 24h sur 24 … Le « délit prédictif » est introduit dans l’état d’urgence : le simple soupçon qu’une personne pourrait commettre un délit pourra suffire à justifier une assignation à résidence, ou une perquisition.
10- L’Etat renforce la répression et fragilise la cohésion
La guerre est la cause du terrorisme. Au lieu de militariser la société, de réprimer les mouvements sociaux comme les 8 de Goodyear, de laisser le ver raciste frayer son chemin, il faudrait rechercher la paix, abolir le contrôle au faciès et les camps de rétention, introduire dans la constitution le droit de vote des étranger-es et ouvrir de nouveaux droits sociaux, réduire les inégalités ...
Premiers signataires : AC !, ACORT, ACTIT, ADTF, AFA Idf, AMF, APEIS, ATF, ATMF, ATTAC, BAN, CAPJO-Europalestine, CCIF, CEDETIM, CFPE, CGT 75, CNT RP, collectif 3C, collectif des désobéissants, collectif des sans voix 18e, collectif Jamais déchu(e), collectif Ouioui, COPAF, CRLDHT, CSP 75, CSP 93, DAL, Droits devant !, Ecologie sociale, Emancipation Tendance Intersyndicale, FASTI, FADJ-DIDF France, Femmes égalité, Filles et Fils de la République, Fondation Copernic, FTCR, FUIQP, GISTI, HALEM, Initiative Décroissante pour le Climat, IPAM, MAFED, MCTF, MNCP, MRAP, PSM, REMCC, Réseau pour une Gauche Décoloniale, SAF, Syndicat de la Magistrature, SNPES PJJ-FSU, Union Syndicale Solidaires, Solidaires étudiant-e-s, SUD Aérien, SUD Éducation, SUD PTT, Sortir du colonialisme, Survie, UJFP, UTIT …
Avec le soutien de : Alternative libertaire, CGA, Décroissance IDF, EELV, Ensemble, NPA, Parti pirate, PCOF, PG, Résistance, PIR ...
http://rebellyon.info/Contre-la-nouvell ... ecuritaireLe 1er Mars, J.J Urvoas (ministre de la justice) a présenté au parlement la nouvelle loi sécuritaire dite "de lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leurs financements". Cette loi vise à instaurer un état d’urgence permanent et vient s’ajouter à la modification de la Constitution. Elle va renforcer les moyens de contrôle et d’espionnage de la population par l’état et ses nervis, en s’asseyant sur les droits et libertés individuels. En transférant une grande partie des prérogatives de la justice à l’autorité administrative et policière, et en faisant glisser le peu qui en reste des mains des juges d’instructions à celles des procureurs qui ne sont pas indépendants, elle bafouera le peu qui reste de l’état de droit et de la garantie démocratique de séparation des pouvoirs.
Tout ça pour quoi ? L’état d’urgence a montré son inefficacité contre le terrorisme : depuis 1986, une vingtaine de lois antiterroristes ont été votées, elles n’ont pas empêché que des attentats soient commis en France, par contre elles ont multiplié les mesures d’exception et les régimes particuliers… Les autorités ont procédé à 3242 perquisitions entre le 14 novembre et le 29 janvier, et seulement 4 ont abouti à l’ouverture d’une enquête pénale liée au terrorisme (qui auraient de toute façon vu le jour par les voies classiques). Par contre, il a montré son efficacité dans la répression des mouvements sociaux et politiques et dans l’accentuation de la ségrégation et de la stigmatisation raciste.
Pour se justifier, l’état et les postillonneurs de service martèlent que nous sommes en guerre contre des barbares à l’étranger et sur le territoire français. Ce discours repose sur deux enfumages : car le terrorisme est moins lié à la guerre en Syrie et ailleurs qu’au néo-colonialisme pratiqué en France et en Europe. Les terroristes se servent de la guerre pour justifier leurs actes, mais même sans guerre, ils les commettraient sous d’autres prétextes et peut-être d’autres formes. Quant à l’état d’urgence permanent, il n’est qu’hypocritement lié aux attentats. Les partisans d’une société sous contrôle ont saisi l’aubaine pour mettre en place en quelques mois ce qui leur aurait pris des années. Ils ont toujours su trouver de bonnes raisons pour installer leur appareil sécuritaire, cette loi n’étant que la dernière née d’une longue série. Cette exploitation cynique de la violence devrait provoquer l’indignation et le rejet, mais la peur fait tout accepter.
Gouverner par la peur
Comme toujours, on nous ressort cette vielle rengaine comme quoi il faudrait choisir entre liberté et sécurité. Les gouvernements successifs prétendent avoir trouvé la réponse en affirmant que « la sécurité est la première des liberté ». Sauf que la répression, le flicage et la surveillance généralisés ne peuvent pas empêcher le terrorisme.
Le travail tue plus que le terrorisme (accidents, suicides, maladies...), mais ça ne provoque pas le même sentiment de peur, car on nous persuade que c’est la fatalité, que ces morts sont inhérentes à la vie, alors qu’elles sont pour la plupart dues à l’avidité des capitalistes. Loin de combattre ces crimes, les gouvernements font passer des lois qui accentuent l’insécurité et la dangerosité du travail !
Le capitalisme crée volontairement un climat anxiogène , qui amène la soumission, et permet de contrôler la population par ses peurs et ses angoisses.
Peur du chômage qui fait accepter la surexploitation au travail.
Peur de ne pas être conforme et de ne pas correspondre aux normes sociales du moment, cette peur qui crée le consumérisme de produits dont le besoin a été créer artificiellement.
Peur du terrorisme et de l’insécurité qui fait accepter un renoncement à nos libertés individuelles et collectives et un renoncement à penser par nous même. Et qui fait accepter le racisme institutionnel (états, patrons, administrations, police, médias...) et la violence qui en découle.
Peur de l’autre, de « l’étranger », du « différent », qui menacerait la pureté d’une identité mythique et fantasmée, et qui fait accepter une dérive vers une société autoritaire imposant des normes et où toute contestation deviendra impossible .
Vers une société de contrôle et de répression
Depuis le début de l’état d’urgence, nombre de manifestations de mal-logé-es, de réfugié-es, pro-palestinienes, d’écologistes, de salarié-es, ont été interdites. Des militant-es ont été poursuivi-es pour avoir bravé cette interdiction et risquent de la prison (la manifestation contre la COP21 a été interdite et réprimée violemment, débouchant sur plusieurs centaines d’arrestations et 317 gardes à vue). D’autres ont été assigné-es à résidence arbitrairement. Cette nouvelle loi s’inscrit dans une volonté globale de criminaliser et museler toute forme de contestation. Cette volonté qui s’est déjà affirmée en dehors de l’état d’urgence notamment avec la condamnation à 9 mois de prison ferme pour les 8 de Goodyear.
Parallèlement, la violence d’état s’est abattue sur les quartiers populaires et les musulman-e-s ou supposé-es tels . La police a multiplié les actes racistes, perquisitions violentes sans lien avec le terrorisme, humiliations...Avec cette loi, la violence deviendra pérenne et légale.
Sur les terroristes
Selon Axel Honneth (sociologue), la vie en société et le rapport à soi que ça implique dépendent de trois formes de reconnaissance :
La reconnaissance affective qui donne à l’individu confiance en soi et lui permet de participer à la vie publique.
La reconnaissance juridique et politique. Dans une société, c’est en étant reconnu comme un sujet universel, porteur de droit et de devoir, qu’un individu acquiert le respect de soi et des autres.
La reconnaissance sociale. Elle permet de se rapporter positivement à ses qualités particulières, à ses capacités concrètes, et à certaines valeurs décrivant son identité culturelle. Cette reconnaissance est indispensable à l’estime de soi.
« Si l’une de ces trois reconnaissances fait défaut, l’offense sera vécue comme une atteinte menaçant de ruiner l’identité de l’individu tout entier ».
Où est la reconnaissance juridique et politique quand la police pratique les contrôles aux faciès et est coutumière des actes racistes ? Quand la justice condamne généralement plus sévèrement certaines catégories de la population ?
Où est la reconnaissance sociale quand les employeurs pratiquent la ségrégation à l’embauche, et bloquent les perspectives d’avenir ? Quand l’obtention d’un logement est soumise à des critères racistes ? Quand l’identité culturelle de toute une partie de la population est méprisée et stigmatisée. Quand on ne peut pas être citoyen-ne français-e à part entière et en même temps rester respectueu-se de ses racines ?
Où est la reconnaissance affective quand on nous met dans la tête comme seul rêve de faire de l’argent et comme seules valeurs l’égoïsme et la réussite individuelle ? Quand la fraternité est ridiculisée et l’autre vu comme un objet qu’il faut utiliser pour réussir ou comme un concurrent qu’il faut éliminer ?
La société prive donc des personnes de leurs estime, respect et confiance en elles. Ce qui ne peut que conduire à la catastrophe, la violence répondant à la violence.
- Tant qu’il y aura une culture dominante considérée comme la seule valable et que les autres seront méprisées et écrasées
- Tant que des gens seront considérés comme impossible à intégrer dans la société parce que trop différents
- Tant que des gens, français depuis plusieurs générations, seront toujours considérés comme des étrangers et que la politique de la France sera « les étrangers il faut les soumettre ou c’est eux qui nous soumettront »
- Tant qu’on reléguera toute une partie de la population dans des territoires qui ressemblent de plus en plus à des ghettos encadrés par une police militarisée
- Tant qu’on dépossédera des gens de leur identité et de leur histoire
- Tant que la société créera un vide existentiel que les gadgets high- tech ne combleront jamais
Il y aura toujours des gens prêts à ce faire embrigader par toutes sortes de fanatiques totalitaristes.
- Tant que des gens ressentiront l’humiliation d’être considérés comme des citoyens de seconde zone
- Tant que les brimades racistes feront partie de leur quotidien
- Tant que la société considérera que la réussite financière et la gloire sont les seuls buts valables dans la vie alors que l’écrasante majorité n’y aura jamais droit
- Tant que ceux qui nous dirigent et qui décident pour nous nous voleront notre dignité
- Tant qu’une partie de la population sera privée de perspective d’avenir, qu’elle n’aura pas de futur donc pas d’espoir et rien à perdre
- Tant que la colère contre cette société se transformera en rage aveugle
Il y aura des gens prêts à mourir en faisant un maximum de dégâts avant. Et ça n’est pas un état d’urgence permanent qui pourra y changer quoi que ce soit. Au contraire ça ne peut que jeter de l’huile sur le feu.
Petit à petit, on nous entraîne vers une société policière où régnera la violence au quotidien (violence d’état, violence terroriste, violence au travail...). Exclusion, racisme, enfermements communautaristes seront la norme. Une société où toute contestation sera devenue impossible et où il n’y aura plus d’espace pour exister que celui qu’on voudra bien nous concéder.
Pour nos libertés, pour une société fraternelle, ne cédons pas à la peur, rejetons l’état d’urgence et les lois sécuritaires !
Manifestation samedi 12 mars à 14h30 place des Terreaux à l’initiative du collectif Lyonnais contre l’état d’urgence, dans le cadre d’une journée nationale
http://www.nousnecederonspas.org/
http://www.stopetatdurgence.org
L'état d'urgence : Inefficace et dangereux
L'état d'urgence a été adopté immédiatement après les attentats du 13 novembre 2015.
Il permet aux préfets et à la police d'agir sans l'autorité du juge judiciaire, qui est le garant des libertés individuelles. Sous le choc à l'époque, peu ont émis des doutes.
Il est temps de réfléchir aux conséquences de cette nouvelle politique gouvernementale.
L'état d'urgence est inefficace
Les moyens d'agir existaient déjà
En matière de lutte antiterroriste, les lois sécuritaires se sont multipliées et donnent aux juges et aux policiers des pouvoirs d'enquête et d'intervention très importants (perquisitions, gardes à vue prolongées, écoutes, etc.). L'infraction d'« association de malfaiteurs en vue d'entreprise terroriste » permet déjà d'agir en amont, avant tout passage à l'acte. La preuve : l'intervention de Saint-Denis s'est faite à l'initiative d'un juge et non dans le cadre de l'état d'urgence. A quoi sert l'état d'urgence ?
Pratiques arbitraires, dérives sécuritaires
Les 3000 perquisitions et 400 assignations réalisées en 3 mois n'ont mis en évidence que 25 infractions liées au terrorisme et n'ont donné lieu qu'à une seule mise en examen ! Mais on ne compte plus les portes défoncées, les appartements détériorés, les familles et voisins traumatisés, les personnes empêchées de travailler pendant des semaines...
Tous ceux qui ont été perquisitionnés à tort peuvent en témoigner, comme les écologistes assignés à résidence pendant la COP21 à cause de l'état d'urgence, les 300 manifestants arrêtés, pour la plupart des militants du Droit au logement ou des syndicats...
Ils ne sont ni terroristes, ni djihadistes, mais ce sont bien eux qui ont été visés.
L'état d'urgence est dangereux
Et demain, à qui le tour ?
Si l'on se rassemble en soutien aux Kurdes, la manifestation est interdite ; en soutien aux salariés de Goodyear qui veulent garder leur emploi, la manifestation est interdite ; en soutien aux demandeurs de logements, la manifestation est interdite. Le gouvernement profite de la panique pour faire taire toute contestation. Ça n'empêchera aucun attentat, mais ça fait reculer les droits de tous les citoyens. Et cela donne des gages aux terroristes qui veulent affaiblir la démocratie.
La démocratie mise entre parenthèses ?
L'état d'urgence met à mal la séparation des pouvoirs et amoindrit le contrôle des juges et du parlement. La déchéance de nationalité, sans efficacité sur des terroristes suicidaires, remet en cause l'égalité entre les citoyens et stigmatise une partie de la population. Les libertés de réunion, de manifestation sont menacées.
Ces dispositions sont inspirées de l'extrême droite et on voit trop bien comment elles pourraient être utilisées demain par un pouvoir autoritaire.
Que faire face au terrorisme ?
L'arrestation des coupables demande des enquêteurs spécialisés, un travail de terrain, pas un couvre-feu général. Mais la réponse sécuritaire ne peut suffire : il faut agir sur l'état de notre société.
Répondre à l'urgence sociale
L'état d'urgence ne sera d'aucune utilité face au désespoir social. Pour couper l'herbe sous les pieds des recruteurs djihadistes, il faut une société où chacun puisse être reconnu et respecté : de l'école à l'entreprise, dans sa ville et en France, où les droits au logement, à la santé et à l'éducation soient assurés. Ce sont les vraies urgences à résoudre pour éviter que de jeunes Français aillent mourir en Syrie ou chez nous.
Et à notre niveau, que pouvons-nous faire ?
Il nous faut retisser du lien social alors que la société exclut et divise.
Il nous faut aussi nous défendre ensemble, défendre nos droits et nos libertés, le droit de manifester, de revendiquer des améliorations.
Il nous faut agir au quotidien et redonner du sens à la démocratie : nous occuper des choix qui sont pris sans nous, en notre nom.
Débat
Pour cela nous vous appelons à un débat le vendredi 11 mars 2016 à 19h, avec
• Mohamed Ben Saïd, FTCR (Fédération des tunisiens pour une citoyenneté des deux rives)
• Sergio Coronado, Député EELV des français établis hors de France
• Dominique Noguères, Avocate, membre du Comité central de la Ligue des droits de l'Homme
à 19h, Ecole maternelle Jean Zay (68 Route d'Aulnay à Bondy)
Observatoire local de l'état d'urgence, pour la défense des droits et libertés
L'observatoire rassemble des citoyens et des organisations : Alternative libertaire Seine-Saint-Denis, Amicale CNL des locataires LBM de la Noue (Bondy Nord), Bondy autrement, Collectif des demandeurs de logements, Europe Ecologie Les Verts, Ligue des Droits de l'Homme, Parti Communiste Français, Union nationale lycéenne.
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