je fais un peu long mais c'est que je veux répondre au premier message du topic de Luco en essayant de balayer un peu tout ce que je pense sur la question que je crois comme toi Luco fondamentale. Par contre je ne dirais pas que c'est le tendon d'achille de l'anarchisme mais plutôt celui des anarchistes d'aujourd'hui. En effet, il ne reste pas grand chose dans la réalité des conceptions économiques du marxisme alors que l'anarchisme a légué des formes d'organisation économiques assez répandues encore aujourd'hui même si beaucoup ont dégénérées: mutuelles et coopératives notamment. En outre il faut dire que pas mal d'auteurs ont essayé de répondre à tous ces problèmes: Proudhon mais aussi Kropotkine, Berckman ou Guérin...
Venons-en aux faits, la première chose que je voudrais dire c'est que si le capitalisme s'est maintenu par la force brutale de l'Etat on ne peut, et ce serait même dangereux, on ne peut s'en tenir là. Je crois que le capitalisme s'est maintenu en raison de la relative efficacité, mais efficacité quand même, des mécanismes du marché en matière de production. La preuve c'est que le capitalisme est bien le seul modèle économique à être caractérisé par des crises de surproduction (même si ces crises sont aussi dûes à la faible rétribution du travail).
Donc, tout projet anti-capitaliste doit proposer une alternative au marché. Le marché c'est l'établissement d'un prix dit d'équilibre par la confrontation d'offre et de la demande solvable (seuls ceux qui peuvent payer interresse l'entrepreneur). En théorie: offre faible avec demande forte = pris élevé et inversement. En clair c'est une méthode de rationnement des biens par les prix en même temps qu'une méthode d'incitation à produire ce qui est rare et de désincitaion à produire ce qui est trop répandu. Je rentre pas dans les détails mais disons tout de suite qu'entre la théorie et la réalité du marché les choses sont bien moins évidentes (situation de monopole, cartel, entente, contradictions diverses et variées...)
A présent, ce qu'il faut comprendre c'est que tout mécanisme de marché pour fonctionner à peu près comme décrit ci-dessus a besoin de la propriété privée des moyens de production. Car sans elle, pas d'incitation à produire, car pas de profit privatisable possible. Donc tout marché exige l'Etat seul outil capable de garantir les droits de propriété grâce au monopole de la violence légale. je pense donc que tout socialisme de marché est voué à l'échec. certains, comme les coopérativistes les plus "révolutionnaires" imaginent un marché ou s'affrontent des coopératives ouvrières mais dans ce cas (en supposant que l'Etat garant de la propriété privée et du respect des contrats accepte de jouer ce rôle: ce qui est impossible car il aurait trop à y perdre en tant que classe dirigeante mais bon...) en supposant donc que ça tienne debout cela conduirait à l'autoexploitation des travailleurs et à terme la reformation de toute la merde dans laquelle on est aujourd'hui. En ce qui concernela yougoslavie il faut bein dire que c'est un échec car l'autogestion titiste n'était en réalité qu'une autonomie accordée aux travailleurs pour exécuter les ordres, appliquer le plan décider par l'Etat. En outre ces plans ne se fixaient pas comme objectifs la satisfaction des besoins de la population mais bien évidemment... la conquête de marchés internationaux (l'Etat sera toujours l'Etat!). Dans un tel contexte comment les travailleurs et travailleuses pouvait-il-elles trouver une quelconque motivation à participer au processus de production? l'autogestion pour fonctionner doit être intégrale c'est à dire économique, technique mais aussi et peut-être même surtout politique.
En somme, et pour faire vite, l'équation économique anti-capitaliste exclu forcément le marché. Ou alors il faut rétablir l'esclavage : je pense d'ailleurs que c'est à peu de chose près ce qu'à fait l'URSS.
Pour ma part je ne désavoue pas la notion de planification c'est bien la seule voie non-capitaliste possible. Reste à savoir QUELLE planification. Seule la planification répond, ou plutôt EXIGE, la propriété collective des moyens de production. Mais là encore, tout dépend de QUELLE propriété collective.
Les expériences marxistes qui ont jalonnée le 20è siecle reposaient je crois sur une conception bien précise de ces deux notion. Pour faire vite encore une fois: Planification centralisée et propriété étatique des moyens de production. là je dois dire 2 choses: 1- je crois que le marché tire son efficacité productive essentiellement de fait qu'il décentralise et donc multiplie considérablement les centres de décisions économiques. 2- le marxisme a toujours confondu propriété collective et propriété étatique des moyens de production. je pense pour ma part que la propriété étatique des moyens de production n'est en réalité qu'une propriété hyper-privée des moyens de production!
pourquoi toute planification centralisée ne fonctionne pas? Tout simplement parce que quelques individus ne peuvent embrasser dans leur plan la complexité (en terme de diversité mais aussi de changements!) des besoins des individus. Ainsi en URSS très vite il est apparu que la population a manqué de tout un tas d'objet indispensable à la vie quotidienne. de toute façon je crois que les besoins des individus fait toujours partie des derniers soucis de toute classe dirigeante.
Bref, en application de la bonne vieille théorie anarchiste, je pense que la planification de la production doit être l'oeuvre des producteurs ET CONSOMMATEURS eux-mêmes. Je mets en exergue ET CONSOMMATEURS car la planification doit bien évidemment prendre en compte les besoins des inactifs (retraité-e-s, étudiant-e-s, handicapé-e-s, etc.). MAIS, pour la planification soit fidèle au mouvements, changements des besoins dans le temps et l'espace elle doit être décentralisée c'est à dire au plus près des besoins eux-mêmes.
C'est la raison pour laquelle la commune devrait être la véritable échelle de la planification. C'est la raison pour laquelle je pense que la fédération des unités de production en économie anarchiste doit être plus cantonnée à des taches d'éxécution conformément aux besoins exprimés par les communes et leur fédération. En somme, la fédération politique doit l'emporter sur la fédération économique. fédération politique des communes qui donc permet d'allouer les ressources entre surcapacité et sous-capacité de production selon les communes.
Donc chaque commune a pour tâche d'évaluer les besoins et organiser la production nécessaire à leur satisfaction. Il y a donc une relocalisation radicale de l'économie (ce qui au passage est une des principales clés pour faire face à la crise écologique). Et faire appel aux autres communes en cas d'incapacités particulière dans le cadre du contrat fédératif qu'elle aura conclue avec elles.
Pour ce qui est de l'évaluation des besoins Kropotkine déjà envisageait des instituts de statistiques communaux qui peuvent mesurer l'écoulement des marchandises dans les magasins (comme le font les entreprises actuelles) ou organiser des sondages (les entreprises actuelles font ça aussi sauf que ça s'appelle "étude de marché").
Pour ce qui est de la régulation de la demande, outre le fait qu'il est probable que dans une société libertaire la consommation sera beaucoup plus raisonnable qu'aujourd'hui (pas de création de besoin par l'offre, satisfaction à vivre dans la collectivité et pas consoler sa solitude et misère personnelle par l'accumulation d'objets sans intérêts), la régulation de la demande peut se faire par le rationnement. sachant que le rationnement ne s'appliquera que pour les biens de haute-technologie par exemple. je veux dire qu'il est évident à mes yeux que dans un tel système la prise au tas sera une réalité pour tous les produits de première nécessité, alimentaires notamment (pâtes, pain, viande, etc.). Le degrès de communisme libertaire atteint sera alors mesurable au nombre d'article soumis à rationnement dans chaque commune: moins il y en a plus l'anarchie est développée!
Quoi qu'il en soit, l'enjeu de tout projet communiste libertaire c'est de se passer du marché pour vraiment abolir la propriété privée des moyens de production source de tous nos maux économiques actuels et passés.
Voilà sinon pour ce qui est des positions des orgas, je peux dire que la CGA (j'y suis adhérent) n'a pas de position commune détaillée sur les questions économiques en société anarchistes. Mais cela est du au fait qu'elle n'a été créée qu'il n'y a que peu de temps encore. A mon sens le débat aura lieu et débouchera sur une position commune. Pour l'instant la CGA a dans ses principes un texte sur le communisme libertaire. je pense que cette référence orientera l'organisation sur quelque-chose de proche de ce je viens d'écrire ici.

)