Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Berckman » 06 Jan 2009, 19:30

Dans "le monde" d'aujourd'hui...

Non à la banalisation des législations d'exception !, par Michel Terestchenko

Au cours d'un colloque qui se tint à Berlin à la fin des années 1990, le professeur de droit Günther Jakobs recommandait que nos sociétés démocratiques établissent une distinction entre le droit pénal des citoyens et le droit pénal de ceux qu'il appelle "les ennemis de l'ordre public" : "Celui qui veut être traité comme une personne, expliquait-il, doit de son côté donner une certaine garantie explicite qu'il va se comporter comme une personne. Si cette garantie fait défaut, ou même si elle est formellement refusée, le droit pénal n'est plus la réaction de la société contre l'un de ses membres, mais devient la réaction contre un ennemi."

Une telle distinction, qui entend légitimer l'instauration d'une législation de combat, présuppose que tout citoyen soit en mesure d'apporter la preuve que son comportement - non ses actes, serait-il simplement soupçonné de les avoir commis - ne constitue pas une menace potentielle pour la société. Si l'on devait suivre une telle recommandation, s'instaurerait un ordre du soupçon généralisé auquel personne ne pourrait échapper, mettant en cause la présomption d'innocence et les principes fondamentaux de notre conception du droit. S'agit-il là de simples divagations d'un universitaire, conduisant à appliquer à tout citoyen la distinction établie par le juriste Carl Schmitt entre l'ami et l'ennemi ?

Il y a, hélas, tout lieu de craindre que non si l'on considère l'évolution des mentalités gouvernementales et des pratiques judiciaires. Je parle ici de la France, non de l'Allemagne. On en voit un triste exemple dans le sort réservé à Julien Coupat et à sa compagne, Yldune Lévy. Tous deux ont été incarcérés, le 16 novembre 2008, avec plusieurs membres d'une prétendue "cellule invisible", pour leur responsabilité présumée dans le sabotage contre les lignes TGV, qualifiée d'"entreprise terroriste", mais ils sont les seuls à être aujourd'hui encore maintenus en détention sans qu'aucune preuve formelle ait pu, semble-t-il, être apportée à leur participation à cette action. Une action, au reste, qui, en seraient-ils responsables, ce qui n'est pas établi, ne relève nullement de l'intention de faire régner la terreur par un attentat contre des civils innocents, sauf à tomber dans une lamentable et effrayante dérive sémantique. C'est pourtant là le point décisif, car c'est principalement sur la base de cette qualification des faits que la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a décidé, vendredi 26 décembre, de maintenir Julien Coupat en détention préventive. Quant à Yldune Lévy, elle n'a toujours pas été auditionnée par un juge d'instruction, un mois et demi après son arrestation.

A l'origine de cette étrange rigueur, une circulaire, datée du 13 juin 2008, de la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la justice, qui s'inquiète de la "multiplication d'actions violentes commises sur différents points du territoire national susceptibles d'être attribuées à la mouvance anarcho-autonome". Il est demandé aux parquets d'"apporter une attention particulière à tous faits (des inscriptions - tags - jusqu'aux manifestations de soutien à des étrangers en situation irrégulière) pouvant relever de cette mouvance afin d'en informer dans les plus brefs délais la section antiterroriste du parquet du tribunal de grande instance de Paris pour apprécier de manière concertée l'opportunité d'un dessaisissement à son profit". Dans un communiqué intitulé "La direction des affaires criminelles voit des terroristes partout" (26 juin 2008), le Syndicat de la magistrature soulignait le risque que cette circulaire pouvait faire courir, celui "de permettre une extension quasi illimitée d'une législation d'exception" et "de renforcer la répression à l'encontre des différents acteurs du mouvement social". Une inquiétude aujourd'hui amplement justifiée par les faits.

Nous apprenons, en effet, que Julien Coupat et Yldune Lévy, incarcérés l'un à la prison de la Santé et l'autre à Fleury-Mérogis, sont traités comme des détenus particulièrement surveillés (DPS), auxquels s'appliquent des mesures de précaution liées à leur prétendue dangerosité.

C'est ainsi que, selon une révélation du Canard enchaîné du 17 décembre, "depuis un mois, à la maison d'arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, la nuit, toutes les deux heures, la lumière s'allume dans la cellule d'Yldune Lévy, présumée d'"ultragauche" saboteuse de caténaires SNCF (...). Officiellement, c'est "pour la protéger d'elle-même". En réalité, comme le concèdent des juges en privé, il s'agit d'abord d'"attendrir la viande" de cette "dangereuse terroriste"".

A la question posée par le journal Libération (11 décembre) : "Comment s'expriment leurs velléités terroristes ?", le contrôleur général Christian Chaboud, responsable de la lutte antiterroriste, a répondu : "De par leur attitude et leur mode de vie."

Avec l'altération des rythmes de sommeil, c'est ainsi une des méthodes de privation sensorielle utilisée à grande échelle par les forces américaines dans le cadre de la "guerre contre la terreur", qui serait employée en France à l'endroit d'une personne présumée innocente. Le but est toujours le même : briser la résistance psychique du détenu. Or de telles pratiques, dont la capacité destructrice est indéniable, sont qualifiées, en droit international, d'actes de torture. C'est à ce titre qu'elles font l'objet d'une prohibition inconditionnelle.

Nul besoin d'entrer dans le fond du dossier ni d'être lié à la mouvance de l'ultragauche pour dénoncer et condamner ces méthodes dont l'apparition et la légitimation sont inévitables dans une société où le discours de la menace et de la peur conduit à bafouer les règles de la justice ordinaire. A quoi bon s'indigner de la législation d'exception mise en oeuvre par l'administration Bush à Guantanamo sur des centaines de prétendus terroristes si nous entrons à notre tour dans la même régression, serait-elle de moindre gravité, à la faveur d'un consensus plus ou moins tacite ? Au-delà de décisions de justice qui éveillent, pour le moins, notre perplexité - même si nous ne savons pas tout et qu'une certaine prudence s'impose -, au-delà du traitement carcéral réservé à ces détenus, qui sont toujours, faut-il le rappeler, présumés innocents, et qui soulève notre indignation, au-delà même du développement de l'esprit sécuritaire dont nous devons refuser les pièges parce qu'il ébranle la garantie que la démocratie doit apporter à la défense des libertés publiques fondamentales, c'est d'abord la "métaphorisation" de la notion de terrorisme qu'il faut rejeter absolument.

Lorsque le langage cesse d'établir et de garantir notre relation de confiance avec le monde, il y a tout lieu de craindre que la société vacille dans son ensemble. La justice en particulier. Notre devoir de vigilance a dans les temps présents, ici et ailleurs, trouvé assez de raisons de s'exercer pour que nous exigions que notre démocratie demeure respectueuse des principes qui la constituent et qu'aucune forme de torture, serait-elle psychologique, ne s'exerce à l'endroit de quiconque. Au surplus, l'extension immodérée de la justice d'exception est une dérive dont personne ne peut désormais être assuré qu'il n'en soit un jour victime.

Michel Terestchenko est philosophe et auteur "Du bon usage de la torture" (La Découverte, 216 p., 15 euros).
Berckman
 

Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede georges » 07 Jan 2009, 22:43

Communiqué du collectif parisien de soutien aux inculpés du 11 novembre à Tarnac

11 novembre au matin, les usagers du rail sortent de la terreur : on vient d’arrêter les « commandos anti-TGV ». Michèle A.M. parade, sa belle prise est exposée par les médias, embarqués depuis le début dans l’opération. Deux jours plus tard, on semble plutôt reprocher aux interpellés d’avoir eu « l’intention » de commettre de tels actes. Ainsi allaient-ils finalement pouvoir devenir une sorte de « cellule », appartenant à une « nébuleuse », qui s’en serait, tôt ou tard, pris aux vies humaines. Magie de l’antiterrorisme : à mesure que les faits se dématérialisent, l’affaire s’aggrave.

La lutte antiterroriste ne s’intéresse pas tant aux actes qu’aux sujets qui pourraient les commettre. Un sujet, cela se fabrique. A partir de vies bien réelles, avec leurs particularités, leurs habitudes, leurs liens. Ces liens constituent d’ailleurs un objet d’investigation privilégié. C’est ainsi que la police construit une « mouvance », un « réseau », ou n’importe quel autre chien de mot signifiant une appartenance diffuse. Ce type d’objet a toujours convenu aux méthodes de la flicaille. Il offre un caractère inépuisable qui fait tout son charme. Les enquêtes n’ont plus de fin, elles sont extensibles à volonté, la menace est permanente, omniprésente.

Fabriquer un sujet terroriste, cela consiste en des procédures concrètes. Annoncer des menaces futures, leur fabriquer des appellations. Faire arrêter neuf personnes au petit matin, par des flics cagoulés, armés jusqu’aux dents. Les conduire dans des locaux spéciaux. Là, les garder quatre jours en cellule. Quatre jours ponctués d’interrogatoires nombreux et interminables, aux termes desquels n’importe qui serait prêt à avouer que sa grand-mère a conçu les attentats contre le World Trade Center. Pas d’avocat, si ce n’est à la fin, quand on aura eu le temps de les questionner sur ce qui est essentiel dans cette affaire : ce qu’ils vivent, ce qu’ils lisent, qui ils fréquentent, avec qui ils baisent. Il faut savoir s’ils ont manifesté, un jour, à Vichy, s’ils ont compris ou commis quelque ouvrage et pourquoi ils n’habitent pas, seuls, dans un appartement, mais vivent et s’organisent ensemble. Il n’y a plus alors qu’à extraire de cela les éléments adéquats et les retraduire dans le jargon de l’antiterrorisme. Produire ainsi, assortie de détails pittoresques, l’image de neuf clandestins, organisés en cellule, disposant d’un chef, et s’abreuvant d’un manuel de lutte armée.

Qu’importe que le fameux bréviaire secret se trouvât déjà en possession de plusieurs milliers de lecteurs, qui avaient pu se le procurer dans n’importe quelle librairie. Qu’importe qu’il fût impossible même aux journalistes venus accréditer cette thèse de confirmer tant soit peu ce portrait de clandestins reclus, coupés du monde. Le terme de « terrorisme » a le pouvoir de changer l’eau en vin, et pour ceux à qui on l’applique, chaque aspect de l’existence devient l’objet de soupçons si ce n’est une preuve accablante.

La réalité à partir de laquelle on a construit ici des terroristes, cette réalité, la justice peut toujours la trouver criminelle ; pour notre part, nous trouvons encore heureux que 3000 personnes s’opposent physiquement à la tenue d’un sommet ministériel sur l’immigration à Vichy, et honorable d’être solidaires de ses amis en garde à vue.

La SNCF recensait en 2007 vingt-sept mille actes de malveillance contre son réseau ferré. Le sabotage à proprement parler est un acte encore banal, dans toute grève bien menée – et le mouvement cheminot de l’automne dernier est encore venu le rappeler. Pour autant, et malgré la vive terreur que semble provoquer un blocage efficace du trafic ferroviaire, on n’avait pas encore brandi, dans de tels cas, la catégorie « terroriste », et l’arsenal judiciaire et policier exceptionnel qui l’accompagne. Ce qui s’est passé le 11 novembre est une provocation objective, qui a valeur de test. Il va de soi que si l’affaire s’éteint doucement dans le silence, tandis que croupissent en prison ceux qu’on a si grossièrement désignés à la vindicte universelle comme terroristes, rien n’empêchera que ce silence soit interprété comme un assentiment général donné au procédé, et à ses applications à venir. Ici, comme en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, il est clair que l’antiterrorisme n’est pas une série de lois d’exception que chaque pays s’accorde mais bien la base d’un nouveau régime de gouvernement mondial.

Nous annonçons la création d’un comité de soutien à Paris. Il visera à soutenir matériellement et moralement les 9 personnes arrêtées le 11 novembre, dont 2 sont encore aujourd’hui en prison.

Il s’engage dans une défense commune, de l’ensemble des arrêtés, quelque soit leurs chefs d’inculpation. Il refusera de communiquer plus particulièrement sur telle ou telle personne. Il ne perdra pas de temps à s’étendre sur la réalité des faits qui leur sont reprochés, et donc sur la question de l’innocence ou de la culpabilité des inculpés. Le comité de soutien se donne pour principe de refuser la présence des média à ses réunions, et s’autorisera à communiquer avec eux selon ses propres termes et conditions.

Plus que le soutien aux neufs mis en examen, le comité vise à tout faire pour que la machine antiterroriste – qui s’était mise en marche bien avant ce jour-là – ne puisse pas continuer son travail d’écrasement dans l’assentiment général. Cela passe par l’attaque du montage politique et médiatique visant la création d’un nouvel ennemi de l’intérieur : la « mouvance anarcho-autonome ». Le comité affirme son soutien aux 6 personnes prises depuis, janvier 2008 dans le tourbillon judiciaire qui accompagne cette fabrication – tous sont mis en examen dans le cadre d’une instruction antiterroriste : Ivan et Bruno pour avoir transporté des fumigènes artisanaux, Isa et Farid pour avoir convoyé du chlorate et des plans d’établissement pénitentiaire ; Juan, Isa et Damien sont aussi soupçonnés d’une tentative d’incendie d’un véhicule de police, et sont pour cela incarcérés depuis plusieurs mois sous le coup des assises antiterroristes.

L’objectif immédiat du comité est la libération de toutes les personnes incarcérées et la fin des poursuites judiciaires à l’encontre des inculpés.

Liens:: http://infokiosques.net/mauvaises_intentions
georges
 

Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Pïérô » 08 Jan 2009, 20:00

Deuxième réunion publique du "comité de sabotage de l'anti-terrorisme"‏

Samedi 10 janvier 2009 à 17h Paris / Ile-de-France
à Montreuil à la Parole Errante, 9 rue François Debergue, (1ere a gauche sur l'avenue Gabriel Peri). métro Croix de Chavaux

où l'on s'organisera entre autre pour,
- du 15 au 25 Janvier, 10 jours d'agitation contre les lois antiterroristes
- le 31 janvier, manifestation nationale à Paris
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Nico37 » 10 Jan 2009, 23:14

Lettre ouverte à tous ceux qui soutiennent les inculpés du 11 novembre
par Benjamin, l’un des emprisonnés de Tarnac.

http://www.soutien11novembre.org/spip.php?article126

jeudi 8 janvier 2009,

Salut à tous,

C’est après trois semaines de décompression et un temps de réflexion, de lecture intensive de tout ce qui s’est dit sur cette affaire pendant que nous étions au trou, que j’entame l’écriture de cette lettre.

Je suis sorti de Fresnes voilà un peu plus de trois semaines maintenant, un peu déboussolé. Je ne m’attendais plus à être libéré aussi vite devant ce qui semblait être un traquenard si bien orchestré. Retrouver l’air du dehors et l’horizon du monde ont bien sûr été un grand soulagement, on s’habitue si vite à voir son existence bornée par des murs et des grilles, qu’il semble que ça fait des siècles quand bien même ça ne fait au fond que 2 ou 3 semaines. Je remercie du fond du cœur tous ceux qui se sont démenés pour nous sortir de là. Je suis sûr que malgré tout l’arbitraire qui entoure les décisions de justice, cette pression nourrie par les comités, les parents, amis et tous ceux qui ont senti à raison que cette affaire les concernait au plus près a eu un effet conséquent. J’aurais aimé pouvoir le faire d’une seule voix avec mes camarades co-inculpés mais comme vous le savez il nous est interdit de rentrer en contact d’une quelconque manière sous peine notamment de retourner en prison.

Mais je suis hanté d’une certitude : cette libération relève d’une « chance » inespérée, chance qui remonte à loin, celle d’une part d’être né blanc, d’avoir eu l’opportunité d’être diplômé, d’avoir des parents et des amis issus de cercles « privilégiés » dont la mobilisation a sans nul doute plus de chance d’être entendue que si j’étais né ailleurs et dans un autre milieu.

Je suis hanté bien sûr par le fait que deux de mes amis et camarades soient toujours incarcérés pour des motifs aussi rocambolesques, mais aussi par la pensée que des centaines d’autres personnes croisées notamment au cours de ma courte détention n’ont jamais eu cette « chance » et pour cause. Les prisons françaises ont englouti au cours des dernières années toute une frange de la jeunesse de ce pays, cette frange jugée inassimilable, sans cesse harcelée, toujours « déjà condamnée » et qui refuse toujours de rentrer dans les rangs étouffoirs de cette société. Un fait saute aux yeux quand on fréquente les cours de prison, une très claire majorité de détenus est composée par des jeunes des quartiers populaires, dont certains ont été abonnés aux séjours en prison. On remarque aussi le nombre effarant de personnes détenues, pour des périodes souvent très longues, sous le régime de la détention provisoire, régime dit « exceptionnel ». 6 mois, 9 mois, 1 an, 2 ans, 3 ans, sans procès et bien souvent sans preuve tangible. C’est qu’il est sans doute plus compliqué d’avoir des ‘témoignages de moralité’, des garanties de représentation recevables quant on vient de Villiers-le-Bel, Aubervilliers ou Bagneux, quand vos parents sont considérés comme étrangers, qu’ils ne maîtrisent pas la langue des magistrats et des media ou quand ils ne justifient pas d’une activité professionnelle stable et surtout reconnue.

Pas de misérabilisme toutefois, la solidarité se forge aussi derrière les murs des prisons, la politique pénale de ce gouvernement est en train de fabriquer une bombe à retardement. Plus on bourrera jusqu’à la gueule les geôles de ce pays, plus des destins vont s’y croiser et dresser des ponts entre tous ces milieux si savamment séparés à l’extérieur.

Le rapprochement entre les traitements politiques, policiers et médiatiques (cette triade tend à devenir une expression consacrée, peut être faudrait-il penser à les fusionner officiellement !), de l’affaire de Tarnac et celle de Villiers-Le-Bel l’année dernière est pertinente à plus d’un titre…

Novembre 2005 (Clichy sous Bois), CPE, élection présidentielle, Villiers-le-Bel, LRU, … deux parties de la jeunesse que tout a priori oppose, nourrissent conjointement la paranoïa du pouvoir.

La réponse ne se fait pas attendre et prend les même traits. D’un côté « lutte contre le règne des bandes » pour justifier la répression dans les quartiers après les émeutes, de l’autre, fabrication de toutes pièces d’une « mouvance anarcho-autonome », de « groupuscules d’ultra-gauche », comme repoussoirs à la révolte diffuse qui essaime au fil des mouvements de la jeunesse étudiante ou « précaire ». Dans les deux cas, une politique de communication de longue haleine pour dessiner les contours de « l’ennemi intérieur », qui débouche bruyamment sur des opérations coup de poing sur-médiatisées. Démonstrations de force démesurées, curées médiatiques, embastillements purs et simples. Faut-il le rappeler, outre les inculpés et incarcérés multiples de novembre 2005, cinq personnes sont toujours incarcérées après le coup de filet de Villiers-le-Bel et attendent un procès qui ne vient pas, faute de preuves. Aujourd’hui c’est notre tour, mais la chasse aux dits « anarcho-autonomes » est ouverte depuis plus d’un an, six personnes au moins ont déjà été interpellées et entendues devant les juridictions anti-terroristes depuis décembre 2007 pour des faits ou des suspicions qui n’avaient jamais relevé d’un tel régime juridique jusque là. L’étau se resserre et tous les coups semblent désormais permis.

Il a déjà été développé largement dans les communiqués des comités de soutien à quel point le recours aux outils de l’anti-terrorisme représente un glissement significatif des procédés de gouvernement et de la « gestion » de la contestation. Des scénarii déjà vus dans plusieurs pays au cours des dernières années (USA, Royaume-Uni, Allemagne, Italie…) débarquent avec fracas en France et signent l’entrée dans un régime où l’exception devient la règle. Ces procédures n’ont la plupart du temps rien à voir avec le « terrorisme » et ce quelle que soit la définition qu’on en donne, elle répondent à la logique millénaire de « en réprimer un pour en apeurer cent ». En d’autres temps on en aurait pendu « quelques-uns » à l’entrée de la ville, pour l’exemple.

Dans notre cas, il est très vite apparu que « l’affaire des sabotages de la SNCF » n’était qu’un prétexte opportun pour déployer au grand jour une opération de communication et de « neutralisation préventive » prévue de longue date (depuis l’arrivée de MAM au ministère de l’intérieur). La rapidité de la mise en branle de « l’opération Taïga » et l’absence quasi totale d’éléments matériels au dossier, même après les perquisitions et les interrogatoires croisés, dévoile très vite à qui n’est pas occupé à hurler avec les loups, la grossièreté du montage policier. Il aura pourtant été fait de sévères efforts d’assaisonnement de cette histoire un peu fadasse, un « groupuscule en rupture de ban et s’adonnant à la clandestinité », un « chef incontesté », son « bras droit », ses « lieutenants », des « relations amicales » ménagées dans le village par « pure stratégie ». Mais rien n’y fait les gens croient définitivement et heureusement plus « à ce qu’ils vivent qu’à ce qu’ils voient à la télé ».

Une fois répondu pour chacun à la question de sa participation ou non aux « actes de dégradation » sur les caténaires de la SNCF, reste cet immense gloubi-boulga qu’est l’accusation de « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ». C’est d’ailleurs le seul chef d’accusation qui pèse sur la plupart des inculpés dont moi-même.

Ce chef d’inculpation repose sur un faisceau d’informations et d’hypothèses disparates, réunies par les services de renseignement, mais que seule une prose policière pour le moins imaginative permet d’articuler entre elles d’une manière aussi unilatérale. Les liens d’amitié, politiques chacun à leur manière, deviennent sans l’ombre d’un doute des affiliations organisationnelles voire hiérarchiques. On fait d’une série de rencontres, de la participation de quelques uns à des manifestations, de la présence de certains autres relevée au cours des mouvements sociaux qui ont émaillé les dernières années, les présages de la raison d’être strictement ‘politique’ (au sens le plus classique et plat du terme) d’un « groupe » identifiable et isolable comme « cellule » (cancéreuse ?). Cela est une contre vérité absolue et détermine un certain nombre de contre-sens vis à vis de ce dont nous avons été diversement porteurs au fil des années.

Le délit « d’association » permet d’englober d’un seul coup l’entièreté de l’existence des personnes visées et tout peut y devenir un élément à charge : lectures, langues parlées, savoir-faire, relations à l’étranger, mobilité, absence de téléphone portable, rupture avec son ‘plan de carrière’ où avec son extraction sociale, vie amoureuse et j’en passe.

L’utilisation de ces outils « antiterroristes » n’est finalement rien d’autre que l’indice de l’agressivité propre à tout pouvoir qui se sait de toutes parts menacé. Il ne s’agit pas tant de s’en indigner. Il s’agit en tout cas de ne pas, ou plus, être dupe de cette opération de police politique. Elle n’est que la tentative, des tenants du pouvoir, de communiquer au « corps social » leur propre paranoïa, qui, elle, n’est peut être pas totalement sans fondement.

On parle beaucoup autour de cette affaire de l’essai intitulé « L’insurrection qui vient » et tout le monde y va de son hypothèse pour dire QUI est derrière cette signature qu’est le « comité invisible ». Cette question n’est intéressante que d’un point de vue strictement policier. Le choix éditorial d’anonymat qui a été fait doit être entendu, à mon avis, non comme une particulière paranoïa des auteurs (même si elle se trouverait aujourd’hui cent fois justifiée) mais par l’attachement à une parole essentiellement collective. Non pas la parole d’un collectif d’auteurs qu’on pourrait dénombrer, mais une parole qui s’est forgée dans les aléas d’un mouvement où la pensée ne saurait plus être attribuée à tel ou tel en tant qu’auteur.

Ce livre suscite beaucoup de désaccords, voire de réprobation y compris parmi nous qui avons pourtant fait l’effort de le lire et le comprendre. Il me semble que c’est l’objet même de l’écriture politique : mettre ce qui demande a être débattu sans délai au centre, le rendre incontournable, quitte à être cru et sans nuance.

Tous ceux qui, par ailleurs, prétendent savoir QUI est l’auteur de ce livre mentent purement et simplement ou prennent leur hypothèse pour la réalité.

Les « lectures » récentes de ce livre, notamment celle de la police et de quelques criminologues de salon posent à beaucoup la question de la « radicalité ». Cette « radicalité » nous est renvoyée à nous comme trait d’identité, voir comme chef d’inculpation qui ne dit pas son nom. Je ne me sens pas particulièrement radical, au sens d’être prêt à accorder les constats, les pensées et les actes (ce que plus personne ne fait malheureusement et depuis longtemps). Par contre la situation est radicale et l’est de plus en plus. Elle détermine des mouvements de radicalisation diffus, qui ne doivent rien à quelque groupuscule que ce soit. Chaque jour dans mon activité d’épicier notamment ou quand je sers au bistrot, ou bien encore quand j’étais en prison, je discute, j’écoute ce qui se dit, se pense, se ressent, et je me sens parfois bien modéré face à la colère qui monte un peu partout. Ce gouvernement a sans doute raison d’avoir peur que la situation sociale lui échappe, mais nous ne servirons pas sa campagne de terreur préventive, car le vent tourne déjà. Il vient de Méditerranée.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, de doutes à lever, de manipulations à déjouer, mais tout ça ne fait que commencer. Ainsi ma position est en phase avec celle des comités de soutien qui fleurissent un peu partout : abandon des charges de « entreprise terroriste » et « d’association de malfaiteurs », libération immédiate de Julien et Yldune et de tous ceux et celles qui sont incarcérés à ce titre, pour commencer…

Viendra le moment où on devra bien nous rendre des comptes pour le préjudice énorme qu’on nous a fait subir, à nous, à Tarnac, mais aussi pour ce qui n’est qu’une provocation supplémentaire à l’encontre de tout ce qui ne se résigne pas au désastre en cours.


OU SONT LES TERRORISTES ?

« Entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur » : c’est la définition du terrorisme dans le code pénal. Une telle entreprise, concertée et de grande ampleur, est menée sous nos yeux depuis des mois. Pour l’intimidation, les moyens sont nombreux et variés : contrôles au faciès dans la rue, rondes menaçantes des GPSR (Groupes de protection et de sécurisation des réseaux) avec leurs chiens d’attaque dans le métro, filtrage des issues des cités par la police, surveillance des banlieues depuis le ciel par des drones à vision nocturne. Sans compter l’intimidation des journalistes, menacés de perdre leur place sur appel téléphonique d’en haut.

Pour ce qui est de la terreur, la récente irruption des forces spéciales cagoulées et surarmées, à l’aube, dans un petit village de Corrèze a été filmée et photographiée, si bien que la France entière a pu imaginer l’effroi des enfants devant le surgissement de ces extra-terrestres. On n’a pas oublié la mort de Chulan Zhang Liu, cette fillette chinoise qui s’est jetée par la fenêtre, l’an dernier, tant elle était terrorisée par un contrôle de police à la recherche de sans-papiers. Ni les adolescents qui poussent l’indiscipline jusqu’à se pendre dans leur prison. Ni les fillettes du collège de Marciac terrorisées par les chiens renifleurs. Sans oublier la terreur des malades mentaux qui peuplent les prisons et les bancs publics par grand froid, et auxquels le chef de l’État a promis des mesures techno-médicamenteuses appropriées à la menace qu’ils représentent.

La lutte antiterroriste, avec ses sœurs cadettes que sont la lutte contre l’immigration clandestine et la lutte contre la drogue, ces luttes n’ont rien à voir avec ce qu’elles prétendent combattre. Ce sont des moyens de gouvernement, des modes de contrôle des populations par l’intimidation et la terreur. Ceux qui tiennent aujourd’hui en mains l’appareil d’État ont conscience de l’impopularité sans précédent des mises à la casse qu’ils appellent des réformes. Ils savent qu’une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine. Ils mettent en place un système terroriste pour prévenir et traiter les troubles graves qu’ils prévoient. Les événements de Grèce viennent encore renforcer leurs craintes, dont on peut penser qu’elles sont assez fondées. Car, comme il est écrit à l’article 35 de la constitution de 1793, « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Eric Hazan et Alain Badiou

Texte paru dans Politis, le 24 décembre 2008
Modifié en dernier par Nico37 le 11 Jan 2009, 22:35, modifié 1 fois.
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Paulanarc » 11 Jan 2009, 01:26

Qui était à la réunion à la parole errante ? Je vois pas la manif de jeudi dans l'agenda, c'est volontaire ?
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Re: LIBERATION IMMEDIATE DES INCULPES DE TARNAC

Messagede Roro » 11 Jan 2009, 04:40

Pour la manif' du 31 janvier, un rassemblement/manif' sera organisé à Bordeaux, suivi d'un débat à l'athénée libertaire avec l'Envolée. Horaires et lieux précis plus tard.
La Nature n'a fait ni serviteurs ni maitres, c'est pourquoi je ne veux ni commander ni recevoir d'ordres.
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Olé » 11 Jan 2009, 11:31

Sympa la lettre... par contre je pense qu'il fait une erreur en parlant du livre "l'insurrection qui vient" et en tenant ces propos:
"Tous ceux qui, par ailleurs, prétendent savoir QUI est l’auteur de ce livre mentent purement et simplement ou prennent leur hypothèse pour la réalité."
Cela sous-entend que lui le sait, et donc c'est s'exposer à nouveau à des emmerdes car ces benêts de policiers font un rapprochement fantasmatique sur les incidents des voies ferrées, enfin bon.
Olé
 

Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Nico37 » 12 Jan 2009, 13:54

Tarnac: La piste des incendies d'ANPE

Par Stéphane JOAHNY


Le groupe de Tarnac ne se serait pas attaquer qu'aux caténaires. Même si les avis divergent en haut lieu, des vérifications sont actuellement en cours pour tenter de déterminer si les mis en cause du groupuscule d'extrême-gauche peuvent être impliqués dans une série d'incendies et de tentatives qui avaient visé des ANPE et des antennes Assedic entre 2005 et 2007 un peu partout en France.

L'enquête sur le groupe de Tarnac s'élargit. "Piste sérieuse" pour les uns. "Allégations" pour les autres. Même si les avis divergent en haut
lieu, des vérifications sont actuellement en cours par les policiers de la Sdat (sous-direction antiterroriste) pour tenter de déterminer si les mis en cause de Tarnac peuvent être impliqués dans une série d'incendies et de tentatives qui avaient visé des ANPE et des antennes Assedic entre 2005 et 2007 un peu partout en France.
Dès janvier 2006, la mouvance "autonome" avait été suspectée après que des engins incendiaires avaient embrasé en pleine nuit une agence pour l'emploi à Rennes, fin novembre 2005, puis, en janvier 2006, une antenne Assedic à Lens, une ANPE à Toulouse, une autre à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire) et une dernière à Caen. Des tentatives avaient également été relevées à Paris, Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), Perpignan, Pau et Cenon (Gironde). D'autres faits ont encore été répertoriés à Saint-Herblain (Loire-Atlantique) - quatre cocktails Molotov contre une agence de l'ANPE en mars 2006 - mais surtout à Toulouse, au printemps 2007: bombe incendiaire, cocktails Molotov et bidon d'essence enflammé visant la cité administrative, des locaux du Medef, du Trésor public, de la mission locale de l'ANPE, un centre de rétention...

L'autre casse-tête des enquêteurs concerne trois des quatre sabotages de la SNCF perpétrés dans la nuit du 7 au 8 novembre dans l'Yonne, l'Oise et la Seine-et-Marne. Filés par la police cette nuit-là, Julien Coupat et son amie sont soupçonnés d'avoir saboté la ligne TGV Paris-Strasbourg en Seine-et-Marne. Mais qui a posé des fers à béton aux trois autres endroits ? Ces quatre opérations ont été revendiquées en Allemagne (JDD du 14 décembre), au nom de la "lutte anticapitaliste et antinucléaire".

Les gendarmes n'ont "aucune certitude"

Autre interrogation, le mode opératoire: selon une source proche de l'enquête, les gendarmes en charge du volet technique du dossier n'ont à ce jour "aucune certitude" sur la méthode (perches isolantes, système de cordes...) utilisée par les saboteurs pour accrocher un fer à béton sur des caténaires alimentées à 25.000 volts.

Parmi les neuf mis en examen dans ce dossier dont la qualification "terroriste" suscite la controverse, Julien Coupat et Yildune Levy sont les deux derniers à être maintenus en détention. Pour lui, à la prison de la Santé à Paris. Pour elle, à Fleury-Mérogis, dans l'Essonne. Leurs avocats ont déposé, vendredi, deux nouvelles demandes de remise en liberté qui devraient être examinées en milieu de semaine.

"Pour motiver le précédent refus de libérer Yildune, explique le défenseur de la jeune archéologue parisienne, Me Steeve Montagne, on a mis en avant le fait qu'elle n'avait pas encore été entendue par le juge. Cette audition a eu lieu ce jeudi. Pendant trois heures, ma cliente a répondu à toutes les questions du magistrat sur son voyage aux Etats-Unis et surtout sur le déroulement des faits, les 7 et 8 novembre derniers. Elle nie une quelconque participation." Toujours selon son avocat, la jeune femme au prénom atypique - le nom d'une étoile - assume son engagement politique et sa participation à diverses manifestations (pour les sans-papiers, contre le fichier Edvige et la biométrie) mais "ne se reconnaît pas dans le schéma policier de l'ultra-gauche". Etudiante à la Sorbonne, domiciliée chez ses parents dans le 20e arrondissement de Paris, elle ne descendait que "très occasionnellement" à Tarnac, où vivaient l'ancienne compagne de Julien et leur fille de 3 ans et demi. "Elle n'a pas perdu pied en prison, insiste Me Montagne. Elle est très entourée par sa famille et essaie de
lire beaucoup..."

Le combat de Gérard Coupat

A son fils, qu'il a encore visité à la Santé vendredi, Gérard Coupat a lui aussi apporté des livres. Dont plusieurs pavés de Michel Foucault
consacrés à la prison, comme Surveiller et punir... "Je sens que c'est très dur pour lui", insiste l'ancien médecin dont le domicile, dans les
beaux quartiers de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), voisine celui de Michèle Alliot-Marie, qu'il voue aux gémonies depuis les déclarations de la ministre sur l'"ultra-gauche". L'homme en est convaincu: son fils est innocent. "Julien est bien trop futé pour aller faire ça alors qu'il sait qu'il est surveillé par la police depuis des mois. Et puis je lui ai posé la question, lors du premier parloir. Il m'a dit: C'est pas moi." Julien ne m'a jamais menti!" Gérard Coupat n'hésite pas à dénoncer une "barbouzerie", un "montage policier" destiné à effrayer les enfants des classes moyennes qui voudraient se révolter...

Pour son fils unique, Gérard Coupat rêvait de Polytechnique. Il en avait les moyens. Pas l'envie. Après l'Essec, il a choisi le chemin de la
philosophie, de la sociologie politique, du militantisme et de l'écriture... Est-il l'auteur, comme l'accusation le soutient, de L'insurrection qui vient, cet essai signé d'un "comité invisible" qui fait presque figure de pièce à conviction ? "Cela vient de son environnement, reconnaît Gérard Coupat, mais Julien n'en est pas l'auteur unique." Celui qui a voté Bayrou puis Royal à la dernière présidentielle tente de résumer
les convictions de son fils et de ses amis : "Ils n'ont pas envie qu'on leur refourgue une société qui est en train de crever, un capitalisme en fin de cycle. Ils veulent un autre mode de vivre ensemble, qu'ils essaient de mettre en oeuvre à Tarnac. Mon fils est un mec bien!"
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Paulanarc » 12 Jan 2009, 18:07

Quelle connerie... Qu'est ce qu'ils n'ont pas encore inventé.

Edit: Effectivement
Modifié en dernier par Paulanarc le 12 Jan 2009, 19:14, modifié 1 fois.
Paulanarc
 

Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Nico37 » 12 Jan 2009, 18:41

Euh inventé, non :?:

Le n° 3 des Echos de la Taïga est sorti : http://soutien11novembre.org

Vive le sabotage ! Dimanche 11 Jan 2009

Le 11 novembre 2008, 10 personnes sont arrêtées à Tarnac et aussitôt, toute la presse annonce que ce sont les auteurs des actes de sabotage qui ont causé de nombreux retards de trains le week-end précédent.
La France est rassurée et la propagande anti-terroriste du gouvernement commence : Ces jeunes vivant en communauté dans un petit village tranquille étaient en fait d'odieux anarchistes « d'ultra gauche » en lien avec le réseau terroriste européen !

Le contexte

Michelle Alliot Marie sait de quoi elle parle : le groupe était soi-disant suivi de très près par la police depuis 6 mois. En effet, suite aux quelques affrontements entre flics et une partie de la population couronnant la victoire de Sarkozy aux dernières élections présidentielles, le gouvernement n?en peut plus des "jeunes gauchistes". Pire encore, le dernier sommet de Vichy concernant les politiques européennes de contrôle de l'immigration le 4 novembre a été le théâtre de nouvelles rixes entre les forces de l?ordre et "les casseurs" dénoncés à l?unisson par les organisateurs officiels. Trois policiers blessés et une trentaine d'arrestations, les choses ne pouvaient en rester là : il fallait vite trouver des boucs émissaires, le terme "casseurs" n'étant peut-être plus assez effrayant pour la France maintenant habituée à ce genre d'événements. C'est donc la faute aux "anarcho-autonomes", "anarchistes de gauche" et autres "extrémistes d'ultra gauche".


La mascarade

C'est là qu'interviennent nos anarchistes "anti-technologie" (selon un spécialiste sur France Info). Ils seraient de source sûre les auteurs des sabotages de caténaires SNCF faits avec des fers à béton. Les preuves ? Et bien sachez que ceux-ci avaient les horaires de trains chez eux, un manuel d'escalade et comble de tout : de la littérature anarchiste. Malgré le délit d'opinion à peine caché, les coupables sont trouvés. La presse s'efforce de découvrir qui sont ces mystérieux anarchistes et l'on a droit à un magnifique travail d'explication de ce qu'est l'anarchisme, l'anarcho-syndicalisme et plus rarement l'autonomie qui certes semble documenté mais fait toujours marrer le premier ou la première qui y regarde de plus près ! Les journaux de gauche essaient de relativiser les faits, Mélanchon (Parti
de Gauche) ira même jusqu'à soutenir le droit à être anarchiste (il faut bien qu'une fois de temps en temps ils ne racontent pas exactement la même chose qu'à droite) mais il s'agit bien dans tous les cas de terroristes.

Lorsque le 2 décembre la cour d'appel de Paris ordonne la remise en liberté de 8 des personnes arrêtées, rien ne va plus : la police perd la face et les nombreux rassemblements et les initiatives de comités de soutien sont à leur tour réprimés.


Les « soutiens »

Le plus révoltant dans cette histoire n'est pas tant la réaction de l'Etat qui aura les anarchistes dans le pif jusqu'à son abolition, mais bien la réaction des syndicats présents à la SNCF. Un grand Ouf ! est poussé en coeur lorsque la police révèle que les cheminots ne sont pas dans le coup. La question n'est pas ici de juger de la pertinence des actions menées en novembre dernier mais de dire stop une
bonne fois pour toute à ce déluge d'amalgames crapuleux de la part de l'Etat et honteux de la part des centrales syndicales. Le sabotage n'est pas du terrorisme !

L'occasion était trop belle pour l'Etat, et les syndicalistes ont foncé tête baissée : dire que le sabotage est du terrorisme, c'est préparer le terrain à une répression féroce des prochaines grèves dures, c'est piétiner l'héritage de la classe ouvrière et ses moyens de lutte historiques, c'est faire rentrer dans le crâne des salariés à grand coups de pompes qu'une grève ça se fait sans dégâts, en prévenant à l'avance pour pouvoir être remplacés et surtout que ça se négocie avec les spécialistes dans les bureaux. Car l'enjeu est bien là : le sabotage, c'est l'action directe à l'état pur.

Rédigé par Emile Pouget dans les années 1910, le livre Le Sabotage a été un classique de la littérature anarcho-syndicaliste, mouvement de grande ampleur au sein de la vielle CGT du début du siècle. Dans ce livre, l'auteur rassemble toutes les pratiques qui tendent à ralentir la production, résister, se faire entendre par les exploiteurs.

Le sabotage, c'est travailler "comme à coups de sabots", dit-il. Comme l'action directe, il n'est donc pas nécessairement violent. Cela peut être le "go canny" anglais (vas-y mollo !) ou l'expression "à mauvais salaire, mauvais travail !". La grève du zèle ou l'art d'appliquer les règles jusqu'à l'improductivité, le boycott, la mise hors service des machines sont autant d'outils que s'est donnés la classe ouvrière pour résister et agir sans délégation, de façon directe. Le sabotage, c'est le moyen que se donnent les travailleurs de ne pas se soumettre ni aux patrons, ni aux directions syndicales qui ne pourront jamais adopter de telles méthodes tant qu'elles iront parader devant les ministres et passeront des accords qui trahissent les intérêts des travailleurs.

Le sabotage c'est se réapproprier son outil de travail, c'est révéler l'importance de tout employé, car quand il cesse de se soumettre, rien ne va plus ! Le sabotage c'est un siècle de pratiques syndicales, de piquets de grèves et d'émancipation par l'action, c'est la prise en charge de l'avenir des travailleurs par eux mêmes.
Alors si cela c'est terroriste, nous en sommes !

Groupe d'Anarchistes de Lille et Environs (GDALE)
Site : http://lille.cybertaria.org/rubrique16.html
Contact : 1groupeanarlille(a)no-log.org
GDALE c/o CCL 4,rue de Colmar 59000 LILLE


Paris normandie Samedi 10 janvier
Mathieu a tourné la page

Son fils dans les bras, Mathieu, avec les neuf de Tarnac, peut compter sur un solide comité de soutien

Derrière la porte de cette maison du quartier du Mont-Riboudet, un principe rappelle à l'ordre : « Chaque chose à sa place, une place pour chaque chose. » Clin d'œil de prétendus terroristes, auteurs potentiels d'actions subversives ? « Simplement nécessaire lorsque l'on vit en communauté », sourit Mathieu, un des locataires, arrêté à Tarnac dans un fracas médiatique le 11 novembre dernier. Deux mois après sa garde à vue d'une centaine d'heures, et sa mise en cause dans le cadre de l'enquête sur les sabotages SNCF, la vie a repris pour le jeune Rouennais. « Avec en filigrane cette affaire entre les mains de la justice, qui risque de durer plusieurs années. » « Et le sentiment d'avoir été victime de lois d'exception (Perben-II), qui donnent toute latitude à la police. »

Autour d'un café dans la cuisine, entouré de ses colocataires et de deux amis, le jeune homme de 27 ans assure avoir déjà tourné la page. « Même si le quotidien est compliqué par la garde à vue et les restrictions de déplacement. Pour ma compagne (Aria), Elsa et Bertrand (tous trois mis en cause), qui passent actuellement des partiels, ce n'est pas simple. »

Prochaine étape judiciaire pour Bertrand, le 21 janvier où il est convoqué à Paris devant le juge. Un rendez-vous qu'il peut aborder « sereinement » selon son avocat, Me Cédric Alépée, « en l'absence totale de charge ». « Reste à savoir comment le juge va considérer le second fait (refus de se soumettre à un prélèvement ADN). »


L'avocat va néanmoins demander le statut de témoin assisté pour son client, « ce qui lèverait la mise en examen ». En attendant, Mathieu s'occupe de son fils et s'implique dans des projets communautaires comme la cantine librairie, qui devraient ouvrir au printemps à la Croix-de-Pierre.

P. MO.
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Re: LIBERATION IMMEDIATE DES INCULPES DE TARNAC

Messagede Roro » 13 Jan 2009, 02:26

Roro a écrit:Pour la manif' du 31 janvier, un rassemblement/manif' sera organisé à Bordeaux, suivi d'un débat à l'athénée libertaire avec l'Envolée. Horaires et lieux précis plus tard.


Samedi 31 janvier à 14h sera organisé devant le palais de justice de Bordeaux un rassemblement en soutien à Julien, Yldune, Isa, Damien et tous les autres.

La manifestation sera suivie d'un débat avec l'Envolée, groupe de lutte anti-carcérales, à 17h à l'athénée libertaire.
La Nature n'a fait ni serviteurs ni maitres, c'est pourquoi je ne veux ni commander ni recevoir d'ordres.
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Re: LIBERATION IMMEDIATE DES INCULPES DE TARNAC

Messagede Roro » 13 Jan 2009, 02:31

Samedi 17 janvier aura lieu un concert de soutien aux engeolés de Tarnac avec Mopish Moment. Le concert aura lieu à l'athénée libertaire de Bordeaux à 18h.
La Nature n'a fait ni serviteurs ni maitres, c'est pourquoi je ne veux ni commander ni recevoir d'ordres.
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Re: LIBERATION IMMEDIATE DES INCULPES DE TARNAC

Messagede niouze » 13 Jan 2009, 21:25

quelque date de réunion pour le sud est
Ville: VIGAN ETC ETC...

Face à la crise, l'Etat nous dévoile son plan de relance. A l'ordre du jour : répression policière,
sociale et économique au moyen de contrôles divers, fichages, distillation
de la peur par le biais de la “ menace terroriste ”, etc. Buts recherchés : dissuader,
diviser, discréditer tout mouvement de contestation, et, bien entendu,
consommer aveuglement et turbiner docilement, sous l'oeil policier. Seuls comportements
autorisés : soumission, délation, résignation ; ils sont
mêmes fortement conseillés, dans un souci de retour à la croissance.
Bref, un monde qui nous insupporte. Le besoin de s'organiser collectivement
se fait sentir, de la survie quotidienne à l’élaboration des conditions
de notre émancipation. Les gens tombés sous les griffes de l’Etat
sont nombreux, et la solidarité avec ces camarades est nécessaire. Aussi,
afin d'apporter soutien aux incarcérés, de porter haut notre colère,
une série de discussions est proposée à partir du 14 janvier
jusqu'à la fin du mois. Seront abordés : les contours de la répression,
les “ affaires ” en cours, les solidarités à créer, les
luttes qui secouent le monde.
Pour que se diffuse la révolte !



Mercredi 14 janvier à 19h, librairie Scrupule
[26, rue du Fbg de Figuerolles], à MONTPELLIER

Jeudi 15 janvier à 18h, au local de la Casa
Nostra [rue de la Forge], au VIGAN

Samedi 17 janvier à 19h, à la yourte
de La Borie, à 5km ST JEAN DU GARD
[dir. St Etienne VF]

Vendredi 23 janvier à 19h, au transfo [rue de
l’Albarède], à GANGES

Samedi 24 janvier à 18h, à la Maison IV de
Chiffre, [26 rue des teinturiers], à AVIGNON

Mardi 27 janvier à 18h, à la VI E I L L E VALLETTE,
[30160 Robiac Rochessadoule]

Vendredi 30 janvier à 18h, à la salle des associations
[place du Foirail], à MENDE



...VERS LA GUERRE SOCIALE
DE L’ANTITERRORISME...
niouze
 

Re: LIBERATION IMMEDIATE DES INCULPES DE TARNAC

Messagede Pïérô » 16 Jan 2009, 12:39

Le comité de soutien Tourangeaux est enfin formalisé,
et appelle à rassemblement le samedi 24 janvier à Tours.

Libération des inculpés de Tarnac !
La contestation n’est pas un crime !


Une fois de plus, la loi est allègrement violée suite à l’inculpation pour terrorisme
de 9 personnes, dont 2 actuellement encore en détention préventive, dans
le cadre de l’enquête sur les dégradations de caténaires de la SNCF.

2 choses frappent lorsque l’on regarde les faits:
-la disproportion entre les moyens utilisés par l’Etat et la gravité des accusations
portées d’un coté (lois antiterrorisme, accusations de terrorisme et d’association de
malfaiteurs), et la réalité des faits reprochés de l’autre (de simples dégradations)
-l’acharnement médiatique et judiciaire dont sont victimes des individus normalement
présumés innocents, maintenus en prison sans le moindre élément à charge, et
dont le seul « crime » avéré est pour l’instant de vivre “différemment” et d’écrire des
textes révolutionnaires.

On assiste ici à une campagne de manipulation visant à faire monter dans le pays la peur et l’hostilité envers tous
ceux qui remettent en cause l’ordre établi.
Tout mouvement de révolte peut aujourd’hui devenir la cible de l’acharnement de l’Etat; toute personne y prenant
part peut devenir un criminel.
Comme exemples de cette criminalisation de toute forme de contestation, on peut citer pour exemple les travailleurs
en grève réprimés, les lycéens en lutte ou les manifestants ayant soutenu les émeutiers grecs matraqués et
arrêtés, les syndicats comme SUD-Rail montrés du doigt ou soupçonnés de terrorisme, l’association Droit Au Logement
condamnée à une amende de 12 000 €, les faucheurs volontaires d'OGM...

On assiste aujourd’hui à la mise en place d’un véritable délit d’opinion totalement inacceptable !!!
Nous exigeons la libération immédiate des “inculpés de Tarnac” et l’arrêt de toutes les poursuites pour "terrorisme" à leur encontre !
Nous revendiquons le droit à s’opposer à l’ordre établi: la contestation n’est pas un crime !

Nous appelons à un
Rassemblement :
samedi 24 janvier a 14h30
place Jean Jaures (Tours)


Résistons ensemble !!!

Comité contre la criminalisation de la contestation : soutientarnac37@hotmail.com
Premiers signataires: Alternative Libertaire, Coordination des Groupes Anarchistes, Nouveau Parti Anti capitaliste, Les Verts, Solidaires/SUD 37, Les Amis de Demain le Grand Soir, CARP 37, Alternatifs 37
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Sed » 16 Jan 2009, 13:27

[effacé par l'auteur]
Modifié en dernier par Sed le 20 Mar 2009, 12:43, modifié 1 fois.
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