La question kurde et l'anarchisme

Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede bipbip » 01 Nov 2014, 14:30

Dossier Kurdistan : Oui, le peuple peut changer les choses (l’expérience du Rojava)

Un reportage de Zaher Baher, du Kurdish Anarchists Forum et du Haringey Solidarity Group (Londres), juillet 2014.

Traduit par Alain KMS, avec Alternative libertaire.

Le texte ci-dessous est un des rares témoignages sur l’expérience d’au-organisation populaire du Kurdistan syrien. C’est la raison pour laquelle il était nécessaire de le rendre accessible aux francophones, en dépit de ses lacunes et de certaines confusions. L’auteur n’ayant pu répondre à nos questions, nous avons recoupé certaines informations avec d’autres sources (merci au journaliste Maxime Azadi, d’Actukurde.fr).

Nous avons fait le choix d’utiliser la version kurde des noms de lieu, tout en indiquant, dans certains cas, leur nom en arabe et en français.

L’intégralité du texte est reproduite, à l’exception d’un passage de géopolitique trop long et trop peu pertinent à notre sens. L’ensemble des analyses appartiennent qu’à leur auteur, et n’engagent pas Alternative libertaire.

Les notes sont de l’équipe de traduction.

http://www.alternativelibertaire.org/?D ... -le-peuple
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede leo » 01 Nov 2014, 20:35

La version complète de ce texte se trouve ici :

http://anarkistan.wordpress.com/2014/09/21/lexperience-de-louest-du-kurdistan-kurdistan-syrien-a-prouve-que-les-gens-peuvent-changer-les-choses/

Une remarque : c'est quand même assez dingue de s'emmerder à traduire un texte, très long qui plus est, qui a déjà été traduit depuis un moment et qui circule depuis des semaines dans le mouvement libertaire de solidarité avec Kobanê/Rojava...

A moins qu'on ait affaire là à un nouvel épisode de l'autisme régnant dans les groupes et à la concurrence des chapelles...
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 01 Nov 2014, 20:53

Franchement je pense pas, et il reste bien dommage en effet de passer du temps à refaire ce qui l'est déjà, tout le monde s'entendra là dessus sans problème. Je pense qu'il vaut mieux parler de manque de coordination. De ce point de vue je pense qu'il faudrait renforcer la collaboration autour d'Anarkismo http://www.anarkismo.net/index.php et du blog Anarchistes solidaires du Rojava http://rojavasolidarite.noblogs.org/ par exemple. :wink:
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 04 Nov 2014, 12:11

Le Kurdistan, la gauche kurde et l’autogestion

[Vidéo] Cem Akbalik, socialiste libertaire kurde, parle de la révolution au Kurdistan syrien, et évoque l’évolution de la gauche kurde — et ses limites — vers les idées autogestionnaires.

Se maintenant dans une situation de « ni paix ni guerre » avec le régime de Damas, se défendant à la fois contre les djihadistes de Daech et contre la menace de l’Etat turc, le Kurdistan syrien a proclamé son autonomie le 19 juillet 2012 dans la ville désormais célèbre de Kobanê. En janvier 2014, il s’est doté d’une Constitution (dite « Contrat social ») et a élu sa propre « Auto-administration démocratique ». Une stratégie de double-pouvoir qui n’est pas nouvelle de la part de la gauche kurde.

Un entretien réalisé par Guillaume et Medhi (AL Montreuil) le 9 octobre 2014.


http://alternativelibertaire.org/?Le-Ku ... kurde-et-l
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 18 Nov 2014, 02:07

Rojava (Kurdistan syrien)

« Nous avons, en substance, développé une démocratie sans État »

Interview de Saleh Muslim

Le dimanche 10 novembre, Saleh Muslim Mohamed, co-président du Parti de l’union démocratique (PYD) représentant les communautés indépendantes du Rojava (Kurdistan de Syrie) et ses branches armées, les Unités de défense du peuple (YPG) et les Unités de défense des femmes (YPJ), a visité les Pays-Bas. Muslim a parlé de la lutte du Rojava contre l’Etat islamique (ISIS) et du développement de l’autonomie démocratique au cours de la révolution du Rojava. L’artiste Jonas Staal l’a ensuite interviewé.

... http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1610
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 22 Nov 2014, 14:48

Rojava : 2 textes sur un débat toujours en cours.

Voici deux textes traduits de l’anglais sur la situation au Rojava, le Kurdistan autonome syrien, et sur l’attitude que les anarchistes devraient avoir envers le mouvement populaire (pas uniquement kurde d’ailleurs) dans cette région.

Ces deux textes sont symptomatiques du débat parfois agité qui traverse le mouvement anarchiste sur la question de la révolution en cours au Rojava, et plus globalement sur les luttes de libération nationale.

Ils sont révélateurs des méfiances, des réticences, des distances récurrentes (et parfois des renoncements honteux) ou, au contraire, des rapprochements, des solidarités, des espoirs non moins récurrents (et parfois des vaines illusions) que ce type de lutte en général et cette révolution en particulier peut susciter dans nos milieux.

Nous laissons aux lecteurs et lectrices le soin de se faire leur propre opinion comme nous nous sommes faits la nôtre… pour orienter notre action.

Ces deux textes ont été traduits à la mi-novembre 2014 par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

Ces traductions sont librement diffusables.

http://sous-la-cendre.info/2740/revolut ... s-en-cours


Rojava : Une perspective anarcho-syndicaliste.

Une perspective anarcho-syndicaliste sur la situation politique au Rojava par un membre de la Workers’ Solidarity Alliance, un groupe anarcho-syndicaliste des USA. Publié sur le site anarchiste anglais « Libcom » le 3 novembre 2014 sous le titre « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective » et visible ici en anglais : http://libcom.org/blog/rojava-anarcho-s ... e-18102014

« Le principal problème de la lutte de libération nationale pour la forme d’organisation anarcho-syndicaliste anti-étatique est qu’elle est de manière inhérente étatique. Défendant une forme d’État plus locale, le mouvement de libération nationale s’incline devant l’idée que l’État est une institution désirable – pas seulement dans sa forme courante. En tant que tel il a l’imperfection fondamentale, s’il rencontre le succès, de générer un nouvel État – qui peut être ou pas « pire » que l’oppresseur actuel, mais qui sera néanmoins une mécanisme oppressif ».

Solidarity Federation

« Les anarchistes refusent de participer aux fronts de libération nationale ; ils participent à des fronts de classe qui peuvent être ou pas impliqués dans des luttes de libération nationale. La lutte doit se répandre pour établir des structures sociales, politiques et économiques dans les territoires libérés, basées sur des organisations libertaires et fédéralistes ».

Alfredo Maria Bonanno


Au moment où nous publions nous parviennent des informations selon lesquelles l’État Islamique (EIIL) a été presque complètement repoussé en dehors de la ville de Kobanê, le quartier général du Parti de l’Union Démocratique (PYD en kurde), le parti syrien affilié à l’Union des Communautés du Kurdistan (KCK en kurde), leur co-président Saleh Muslim appelant ces développements la libération de Kobanê.[1] Heureusement car de tels progrès dans la région favorisent le fait que les anarcho-syndicalistes et les partisans de la révolution sociale de toutes tendances puissent commencer à discuter objectivement la situation au Kurdistan Occidental sans le réflexe émotionnel envers une population assiégée, faisant face à un désastre humanitaire.

Les anarcho-syndicalistes ne devraient pas avoir d’illusions à propos de la Révolution du Rojava. Depuis le tournant du millénaire il y a eu des informations sur un tournant municipaliste libertaire dans la lutte de libération nationale kurde inspiré par Murray Bookchin. Ce changement politique a été mené par le fondateur emprisonné et le leader idéologique du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK en kurde), Abdullah Öcalan, qui découvrit Bookchin alors qu’il était en prison. Le PKK, une ancienne organisation maoïste/stalinienne, s’est tourné vers le nationalisme ethnique après la chute de l’Union Soviétique et le discrédit du « socialisme réellement existant » et ainsi un tel tournant a été favorablement accueilli par beaucoup au sein de la gauche révolutionnaire. Cependant de tels processus de transformation politique ne se traduisent pas automatiquement pas une pleine adhésion au sein d’une population quelque soit sa représentation officielle dans des partis dirigeants.

Après le début du soulèvement de masse syrien, et de la guerre civile qui en résulta, un vide du pouvoir fut créé où les forces d’Assad, chef tyrannique de l’État en Syrie, laissèrent le Kurdistan Occidental, connu sous le nom de Rojava, aux kurdes. Au début l’Armée Syrienne Libre (ASL), une force d’opposition soi-disant modérée liée à l’impérialisme occidental, attaqua les forces kurdes mais fut bientôt repoussée. Dans cette situation ouverte, le PYD et ses milices armées des Unités de Défense du Peuple (YPG en kurde) et des Unités de Défense des Femmes (YPJ) décida de mettre en œuvre sur le terrain son programme, depuis déjà longtemps mûri, d’autonomie démocratique et de confédéralisme démocratique.

Comme rapporté par le Forum Anarchiste Kurde (KAF en anglais), un groupe d’anarchistes kurdes pacifistes en exil, alors que le Printemps Arabe saisissait la Syrie, il y avait le développement d’un mouvement basiste de démocratie directe, créé par les travailleurs et le peuple au Rojava et appelé le Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem en kurde). Ce fut ce mouvement qui poussa pour la mise en œuvre de « ses plans et programmes sans autres délais avant que la situation ne devienne pire ». [2] Ce programme fut très étendu et il vaut mieux citer longuement le témoignage du KAF :

« Le programme du Tev-Dem était très fédérateur, et couvrait tous les sujets de société. Beaucoup de gens du peuple, venus de différents milieux – kurde, arabe, musulman, chrétien, assyrien et yézidi – s’y sont impliqués. Son premier travail a été de mettre sur pieds toute une série de groupes, de comités et de communes partout dans les rues, les quartiers, les villages, les cantons, les petites et les grandes villes.

Leur rôle a été de s’occuper de toutes les questions sociales : les problèmes des femmes, l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé, l’entraide, les centres pour les familles des martyrs, le commerce et les affaires, les relations diplomatiques avec les pays étrangers et bien d’autres choses. Des groupes ont même été établis pour arbitrer les contentieux entre différentes personnes ou faction afin d’éviter que ces disputes n’aillent en cour à moins que ces groupes soient incapables de les résoudre.

Généralement, ces groupes se réunissent chaque semaine pour parler des problèmes auxquels les gens doivent faire face là où ils vivent. Ils ont leur propre représentant dans le conseil du village ou de la ville, nommé « maison du peuple ». […]

Ils croyaient que la révolution doit se faire depuis la base de la société et pas de haut en bas. Ce doit être une révolution aussi bien sociale, culturelle et éducative que politique. Elle doit être contre l’Etat, le pouvoir et l’autorité. Ce sont les gens dans les communautés qui doivent avoir les responsabilités décisionnelles finales. Ce sont les quatre principes du Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem) ».

À d’autres époques et endroits de tels mouvements d’assemblées démocratiques et de comités à la base de la société, ouverts au peuple, ont été connu collectivement sous le nom de Conseils Ouvriers. Si ces développements sont vrais, le Tev-Dem en était presque l’accomplissement.

Toutefois, de telles informations incluaient des comptes-rendus sur la création d’une assemblée constituante en tant que corps parlementaire législatif appelée Administration d’Auto-gouvernement démocratique. Comme New Compass, un collectif d’édition bookchiniste l’a rapporté :

« Tandis que dans de nombreuses zones la population kurde a déjà des décennies d’expérience avec les concepts de libération des femmes et de liberté sociale du mouvement kurde, ici aussi il y a bien sûr également des divergences. Certains souhaitent s’organiser dans des partis classiques plutôt que dans des conseils.

Le problème a été résolu au Rojava à travers une structure duale. D’un coté un parlement est choisi, pour lequel des élections libres sous supervision internationale doivent avoir lieu aussitôt que possible. Ce parlement forme une structure parallèle aux conseils ; il forme un gouvernement de transition dans lequel tous les partis politiques et les groupes sociaux sont représentés, tandis que le système des conseils forme une sorte de parlement parallèle. La structuration et les règles de cette collaboration sont pour le moment en discussion ». [3]

Ceci, parmi d’autres questions, met à nu la réalité de la situation politique au Rojava. Il n’est pas clair si l’établissement d’un tel appareil démocratique est une poussée de la part de certains éléments ou si c’est une partie et une parcelle du confédéralisme démocratique kurde. Avec les anarchistes le monde entier est en train de regarder vers ces développements comme une sorte de lueur libertaire dans la région. La question de l’État et de la forme de gouvernance qui est en train d’être établie doit continuer à être observée étroitement. Historiquement le programme socialiste libertaire a été pour le développement d’authentiques conseils de travailleurs et de comités comme ceux originellement mis en place par le Tev-Dem, et il y a eu d’amères combats contre l’établissement de projets d’États démocratiques parlementaires, avec des votes libres, où la participation est atomisée et le pouvoir réellement détenu par des pouvoirs exécutifs placés au dessus du peuple.

S’il y a un grand espoir pour des ouvertures libertaires dans la région, c’est l’existence des mouvements des femmes. La société kurde, comme la société mondiale dans son ensemble, a été une société profondément patriarcale au point qu’Öcalan, selon son propre aveu en 1992, est probablement un violeur, ce qui est particulièrement inquiétant concernant le culte de la personnalité développé autour de lui. [4] Bien que toujours attachées à ses enseignements, les femmes kurdes, du fait de leur propre expérience au cours des dernières décennies, ont commencé à s’organiser elles-mêmes de manière autonome. Des groupes comme le Mouvement des Femmes Libres (KJB en kurde) et l’Étoile des Unités des Femmes Libres (YJA Star en kurde) appellent à une solidarité mondiale entre les mouvements des femmes contre l’État-nation patriarcal. Comme Dilar Dirik, une activiste proche des YJA Star, le décrit dans son discours sur la formation d’un « État sans État » dans une vidéo qui a largement circulé, le mouvement des femmes kurdes, à travers son expérience du patriarcat dans le mouvement de libération nationale kurde et dans la société kurde en général, en est arrivé à la conclusion que former un nouvel État national ne devait plus faire partie du projet de libération kurde, car l’État national est de manière inhérente une institution patriarcale. Cependant, bien que de nombreux anarchistes soient d’accords avec cette analyse et sont sûrement en train d’hocher la tête, Dirik dit clairement que le mouvement n’est pas en ce moment en faveur de l’abolition générale de l’ État, mais en faveur d’organiser une autonomie démocratique malgré l’État. Comme anarcho-syndicalistes c’est notre devoir et non une critique de souligner que l’État syrien, aussi bien que le reste des États-nations qui encerclent le Rojava et qui existent dans le reste du Kurdistan, ne vont pas simplement disparaître avec le développement de leur projet pour une autonomie démocratique régionale. L’État doit être activement combattu et écrasé par les masses au sein de chaque nation et c’est la mission historique pour toutes les forces de libération révolutionnaires internationalistes.

En conclusion, le développement de la démocratie représentative sociale-démocrate, le passé nationaliste ethnique et patriarcal du PKK (Saleh Muslim, le leader du PYD, a laissé entendre qu’une guerre était nécessaire pour expulser les arabes de la zone [5]), la collaboration du PYD dans un trêve avec l’ASL et les islamistes [6], le service militaire depuis juillet [7],les différents éléments cherchant le soutien des USA et de la communauté internationale sont des raisons suffisantes pour être hésitant-e-s à mettre trop d’emphase sur la direction officielle. Les lueurs d’espoir là où elles existent sont dans la résistance et l’auto-activité des masses et des mouvements de femmes. Les processus sociaux de transformation sont compliqués et souvent les conflits et les dynamiques internes y règnent. Le programme politique mis en avant pourrait bien être décentralisateur avec de fortes potentialités vers la sociale-démocratie plutôt qu’anti-étatique et social révolutionnaire. Il y a également encore beaucoup de recherches qui doivent être faites sur l’économie et l’organisation industrielle et agraire. Cela n’empêche pas les anarchistes de défendre l’auto-défense des masses et de leurs propres organisations de lutte au Rojava contre l’État Islamique, les États locaux et l’impérialisme occidental mais nous devons faire attention de ne pas sauter en applaudissant la représentation officielle du mouvement kurde au travers de ses partis traditionnellement étatiques comme le PKK et le PYD.

Vive la lutte des masses travailleuses et des femmes libres.

Avec les opprimé-e-s contre les oppresseurs-euses, toujours !

K.B.



Sources :

[1] Les frappes aériennes ont été très très réussies. Très bientôt nous annoncerons au monde la libération de Kobanê ». Saleh Muslim. http://www.demokrathaber.net/dunya/sali ... 39595.html

[2] L’expérience du Kurdistan Occidental (Kurdistan syrien) a prouvé que le peuple peut changer les choses. En anglais : http://www.anarkismo.net/article/27301 et une traduction française ici :http://rojavasolidarite.noblogs.org/ (en date du 03/11/2014).

[3] Autonomie Démocratique au Kurdistan : http://new-compass.net/articles/revolution-rojava

[4] Dans un livre écrit par Öcalan en 1992 et intitulé « Cozumleme, Talimat ve Perspektifler » (Analyses, Ordres et Perspectives), il déclarait : « Ces filles mentionnées. Je ne sais pas. J’ai des relations avec des centaines d’entre elles. Je m’en fout de comment les gens le comprennent. Si j’ai été proche de certaines d’entre elles, comment cela aurait-il dû être ? (…) Sur ces sujets, elles laissent de coté toutes mesures réelles et trouvent quelqu’un et elles bavardent disant « on a essayé de me faire ceci ici » ou « cela m’a été fait là » ! Ces femmes sans honte veulent à la fois donner trop et ensuite développer de telles choses. Certaines des personnes mentionnées. Bonté divine ! Elles disent « nous en avons si besoin, cela serait très bon » et ensuite ce commérage est développé (…) Je le dis de nouveau ouvertement. C’est la sorte de guerrier que je suis. J’aime beaucoup les filles. Je les apprécie beaucoup. Je les aime toutes. J’essaie de transformer chaque fille en une amante, à un niveau incroyable, au point de la passion. J’essaie de les former depuis leur physique jusqu’à leur âme, jusqu’à leurs pensées. Je vois cela en moi pour poursuivre cette tâche. Je me définis moi-même ouvertement. Si vous me trouvez dangereux, ne vous approchez pas ! ».

[5] Le leader du PYD annonce une guerre avec les colons arabes dans les zones kurdes : http://rudaw.net/english/middleeast/syria/24112013

[6] Des détails sur le développement d’une alliance entre le PYD et l’Armée Syrienne Libre et des forces islamistes incluant une scission d’Al Qaïda en Syrie.

https://now.mmedia.me/lb/en/reportsfeat ... bane-kurds

http://www.ozgurgundem.com/index.php?ha ... odule=nuce

[7] La conscription commence dans les régions kurdes de Syrie, l’évasion autre part.

http://www.wri-irg.org/node/23519



Une réponse à l’article « Rojava : Une perspective anarcho-syndicaliste ».

Article envoyé par Hüseyin Civan, un membre de DAF (Devrimci Anarşist Faaliyet), un groupe anarchiste en Turquie et publié sur le site « Libcom ».

C’est une réponse à l’article « Rojava: An Anarcho-Syndicalist Perspective » écrit par un membre de la WSA (Workers Solidarity Alliance) et plus généralement c’est une réponse aux critiques concernant la participation active de DAF à la lutte au Rojava.

Le texte original en anglais peut être trouvé ici : http://libcom.org/library/response-arti ... erspective

Les effets des révolutions sociales ne sont pas limités par le seul effet de la lutte contre les pouvoirs politiques et économiques dans la région géographique où la révolution se produit. Il est important de voir leur effet sur différentes autres régions avec les changements intellectuels et pratiques que cet effet amène. Parlant de la résistance à Kobanê, la révolution du Rojava est plus importante maintenant pour voir cet effet plus clairement.

La réaction et l’attaque de l’État et du capitalisme contre ce qui est en train de se passer au Rojava sont attendues en ce moment. Toutefois, nous devons tourner nos visages vers les débats internes au sein de l’opposition sociale en même temps. Il est nécessaire de souligner que de tels débats sont une ressource importante pour la compréhension de ce qu’est l’effet du Rojava.

Depuis le début de ce processus, les attitudes des camarades anarchistes envers la compréhension du Rojava et le soutien à la résistance ont été très importantes pour se remémorer la solidarité internationale, que nous n’avons pas l’habitude de voir d’une manière si organisée. De nouveau nous avons fait l’expérience que la solidarité est notre plus grande arme.

Cette forme de solidarité qui a été créée entre les anarchistes a inévitablement fait de la résistance à Kobanê un gros titre parmi les anarchistes tout autour du monde.

L’article « Rojava: Une perspective anarcho-syndicaliste » qui a été publié sur plusieurs sites différents est un des reflets de ce gros titre. Cette évaluation de l’article est spécialement destinée à corriger l’information à propos de la Révolution du Rojava et de la Résistance de Kobanê, au lieu de souligner les aspects positifs et négatifs de l’article et de faire une simple critique.

En considérant les différents commentaires qui peuvent se former et les différentes perspectives d’organisations anarchistes dans différentes régions géographiques ; j’ai centré la critique de l’article sur le sujet d’une évaluation incomplète de la lutte kurde pour la liberté et de la Révolution du Rojava. La critique politique contre une communauté qui est prise dans une lutte à la vie à la mort sous des conditions de guerre ne peut être faite en ignorant cette condition. Encore plus si la dite critique a certains préjugés et a été formée avec des généralisations tranchantes. Et bien sûr si un énorme mouvement populaire est évalué d’une manière dégradante…



Tout d’abord il est nécessaire de déclarer que former une relation de solidarité avec la Révolution du Rojava et la Résistance de Kobanê n’est pas une relation émotionnelle, au contraire de ce que les camarades prétendent dans « Une perspective anarcho-syndicaliste ». Parce que les organisations anarchistes ne basent pas leurs relations de solidarité sur la « sympathie ». Ces relations se forment principalement en prenant en considération une perspective politique et des stratégies planifiées pour réaliser cette perspective. Par conséquent, la solidarité et le soutien à une lutte ne sont pas loin de l’objectivité.

Dans différentes parties de l’article, la critique du PKK est censée être basée sur l’histoire du parti politique – et avec des critiques telles qu’une mise en œuvre imparfaite de la « municipalité libertaire », un état incomplet de transformation sociale et des racines nationalistes ; la condition et la perspective actuelle du Mouvement kurde est laissée sous le préjugé. En faisant tout cela le préjugé est basé sur une information incomplète, consciemment ou inconsciemment. Personne ne prétend que le Mouvement kurde pour la liberté est un mouvement anarchiste. Par conséquent, les pratiques qui sont proclamées imparfaites ou ayant des défauts devraient être évaluée en prenant en considération ce fait. D’un autre coté, un mouvement populaire qui apprécie autant la « critique de l’État et du capitalisme » ne peut être négligé par les anarchistes. Cette question ne peut être uniquement liée au « municipalisme libertaire » bookchiniste. Le mouvement a référencé de nombreux camarades différents, depuis Bakounine à Kropotkine, dans ses relations théoriques avec l’anarchisme et peut interpréter le problème de l’État avec une large perspective. Par ailleurs, réaliser cette idée mène à une pratique qui est très libertaire et non-centralisée. Je pense que ce point est très important. Cette information est basée non sur des citations tirées d’articles et de livres mais sur une observation mutuelle d’organisations politiques qui partagent un terrain de lutte commun.

La condition du Rojava n’est pas telle parce qu’Assad a quitté la région ou à cause de ses prétendus arrangements avec les pouvoirs globaux. La grande transformation sociale qui s’est produite au Rojava il y a deux ans et demi est intervenue dans une conjoncture où l’activité politique forçait le Moyen-Orient à choisir la gouvernance d’un des deux coté opposé (laïcs supporteurs de coups d’État/conservateurs démocrates). Le peuple du Rojava, lorsque le « printemps » se transforma en hiver dans la région du Moyen-Orient, ne se retrouva pas dans ces deux cotés et créa sa propre solution.

Alors que la vie a été reconstruite au Rojava, la structure non-centralisée des mécanismes sociaux qui ont été créé, l’emphase insistante sur l’absence d’État, l’organisation de relations de production-consommation-distribution d’une manière aussi éloignée que possible du capitalisme, l’auto-organisation comme garantie du processus social, les communes dans trois différents cantons façonnant leur fonctionnement avec des processus de décision indépendants sont indéniablement importantes à cette époque. Plus spécialement, comment un anarchiste peut-il nier le fait que ce processus est une expérience prometteuse pour la multiplication d’exemples similaires dans différentes régions géographiques ?

Répétons pour les camarades qui persistent à ne pas comprendre. Ceci n’est pas un effort pour prétendre que c’est un processus anarchiste. Cependant les caractéristiques anarchistes du processus au Rojava feront plaisir aux anarchistes qui luttent pour une révolution sociale. Ce plaisir est loin du romantisme qui est critiqué dans l’article, il s’agit de comprendre que nos buts politiques et nos stratégies sont applicables dans un tel système, à une telle époque.

Personne ne peut prétendre que les pratiques d’un peuple sans État sont négatives pour les anarchistes qui luttent pour une révolution sociale. De telles pratiques dans différentes régions géographiques peuvent se développer dans leurs conditions authentiques Prétendre que ces luttes authentiques ne sont pas adéquates avec les principes anarchistes et réduire leur importance, c’est exhiber une compréhension de l’anarchisme qui repose sur une arrogance théorique manquant de pratique. Une autre chose dans l’article qui vaut d’être soulignée, c’est l’authenticité de ses références. Il est intéressant de référencer les expressions d’un groupe en ligne juste parce qu’ils ont les mots Kurdistan et anarchistes dans leur nom. Ce n’est pas à propos du fait que les expressions des camarades soient vraies ou fausses. Le fait politique que le groupe base ses expressions là dessus est une question problématique, alors qu’il ne montre aucune activité politique dans la région du Kurdistan tandis qu’il critique théoriquement le Mouvement kurde pour la liberté à un niveau pratique.

Tandis que le mouvement des femmes au Kurdistan est directement relié avec le mouvement pour la liberté, des commentaires qui prétendent que le mouvement des femmes est à part de cette entièreté, ou même contre elle, altèrent l’information. C’est un défaut de logique de critiquer le mouvement comme patriarcal alors qu’on met l’emphase sur l’importance du mouvement des femmes dans la lutte. Qui plus est, le défaut de logique continue lorsqu’on prétend qu’Öcalan est un violeur en confirmant cela avec des citations provenant de sites web étatiques de contre-propagande. Un autre exemple de références est à propos des « kurdes voulant une guerre pour expulser les arabes ». Quand vous prélevez une cerise dans un discours sans prendre en compte son contexte, vous pouvez l’utiliser pour soutenir un contexte à vous. Il est clair que le sujet de l’information référencée est à propos des colons manœuvré-e-s par Assad pour changer la structure démographique de la région en vue de ses objectifs d’assimilation. Comme les colons israélien-ne-s.

On peut inventer des causes quand on essaye d’être sur-méfiant-e. Toutefois, il est important de questionner la relation entre ces causes et les faits actuels. C’est une erreur d’essayer de définir le Mouvement kurde pour la liberté comme un mouvement nationaliste. Cette définition et les autres négligent la transformation du mouvement et prétendent que l’ancienne structure politique de celui-ci continue. Une perspective qui n’a pas de connaissances des pratiques de processus et a seulement des articles critiques comme source d’information est extrêmement problématique. Parce qu’une part massive de ces critiques sont formulées par des mentalités étatiques et leurs extensions. Une critique saine peut être faite en observant et en faisant l’expérience des pratiques politiques. Toute critique qui manque d’une vision géographique régionale et de caractère pratique porte en elle le danger de tomber dans l’orientalisme.



Nous parlions auparavant à propos du processus au Rojava et du fait que le mouvement n’est pas anarchiste. Une autre chose qui manque c’est l’évaluation de la lutte pour la liberté du peuple kurde à part du fait qu’ils et elles ont lutté pendant des siècles dans la région mésopotamienne. Celles et ceux qui se détournent de la vérité par correction idéologique et dévalue une lutte populaire de plusieurs siècles trahissent leurs responsabilités révolutionnaires et devraient faire attention au front sur lequel ils et elles sont en train de se placer.

Percevoir les classes dans une vision superficielle et essayer d’interpréter les luttes sociales juste comme des luttes économiques, c’est créer une hiérarchie entre les luttes des opprimé-e-s. Un point de vue anarchiste qui limite les opprimé-e-s aux travailleurs-euses et néglige les autres relations de pouvoir contredit l’histoire du mouvement anarchiste. L’histoire révolutionnaire de l’anarchisme est pleine des luttes économiques, politiques et sociales des opprimé-e-s. Négliger l’effet du mouvement sur les mouvements populaires pour la liberté depuis l’Europe jusqu’à l’Extrême Orient asiatique à différents siècles, exclure l’apport pratique de cet effet aux luttes de classes en Amérique du Sud c’est ignorer la structure intégrée du mouvement anarchiste.

Nous ne sommes pas des diseurs-euses de bonne aventure. Nous ne pouvons pas savoir ce qui arrivera au Rojava dans un mois ou un an. Nous ne pouvons pas savoir si cette transformation sociale, qui ne nous donne pas seulement de l’espoir en tant que révolutionnaires qui luttent dans une région géographique proche mais qui nourrit également notre combat dans la région où nous luttons, ira vers un futur positif ou négatif. Mais nous sommes des anarchistes révolutionnaires. Nous ne pouvons pas seulement nous asseoir de coté, regarder ce qui se passe et commenter, nous prenons part aux luttes sociales et agissons pour une révolution anarchiste.

Vive la Révolution du Rojava !

Vive la Résistance de Kobanê !

Vive l’Anarchisme Révolutionnaire !

Hüseyin Civan
(de l’organisation anarchiste turc DAF)

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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 26 Nov 2014, 01:38

Suite

Un point de vue anarcho-communiste sur le soutien à la lutte du Kurdistan syrien

Texte trouvé sur le site anarkismo.net, mis en ligne sur ce site le 1er novembre 2014 et traduit fin novembre 2014 par un membre du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

C’est une réponse au texte « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective ». Il s’inscrit dans la lignée d’une première réponse à cet article faite par un camarade anarchiste turc. Le texte « Rojava : an anarcho-syndicalist perspective » et cette première réponse d’un camarade de Devrimci Anarşist Faaliyet ont également été traduits en français et sont disponibles ici : http://sous-la-cendre.info/2740/revolut ... s-en-cours

Toutes ces traductions sont librement diffusables et nous espérons qu’elles alimenteront l’inévitable, nécessaire et légitime débat en cours sur le soutien, ou non, aux luttes de libération nationale en général et sur le soutien à la révolution au Kurdistan syrien en particulier.

http://sous-la-cendre.info/2763/2763

Une réponse anarchiste-communiste à « Rojava : une perspective anarcho-syndicaliste ».

Ce texte est une réponse à l’article « Rojava : une perspective anarcho-syndicaliste » écrit par « K.B. » et qui a été récemment publié sur le site web « Ideas and Action » de la Workers Solidarity Alliance (WSA, Alliance de Solidarité des Travailleurs) basée en Amérique du Nord. Dans l’article il y a une attaque contre la révolution du Rojava (le Kurdistan syrien) au Moyen-Orient, un évènement dans lequel le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK en Kurde) a joué un rôle clé. Cette réponse n’est pas publiée de mauvaise foi ou avec de mauvaises intentions envers la personne qui a écrit l’article ou envers son organisation mais, bien plutôt, afin de clarifier et de partager notre pensée concernant la question du soutien anarchiste à la fois aux mouvements de libération nationale et à ce qui, pour nous, est une lutte très importante et inspirante qui se déroule au Moyen-Orient. L’objectif est d’avoir un débat franc et amical qui nous emmène tous et toutes de l’avant.


LE CONTEXTE POUR UN SOUTIEN CRITIQUE.

Le PKK et ses projets ont attiré l’attention pas seulement sur la révolution du Rojava – où une part substantielle du programme du PKK est en train d’être appliqué. Le PKK a également attiré l’attention mondiale avec sa bataille héroïque contre les forces meurtrières et ultra-droitière de « l’État Islamique » (État Islamique en Irak et au Levant, EIIL), particulièrement dans des combats en Syrie.

Le PKK se dressait originellement pour un État marxiste indépendant pour le peuple kurde qui devait être créé par des moyens comme la lutte armée. Au cours des 10 dernières années, toutefois, le PKK a significativement changé ce projet, en adoptant les éléments centraux du « confédéralisme démocratique » – une approche dérivée de la pensée tardive de l’écrivain Murray Bookchin, influencé par l’anarchisme. En 2005, le leader emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, disait :

« Le confédéralisme démocratique du Kurdistan n’est pas un système Étatique, c’est un système démocratique d’un peuple sans État… Il tire son pouvoir du peuple et adopte des mesures pour atteindre l’autosuffisance dans tous les champs y compris l’économie[1].

La question des relations des anarchistes et des syndicalistes envers des mouvements comme le PKK –mouvements qui ne sont pas explicitement, ou même complètement anarchiste – est matière à controverse. Une partie substantielle du mouvement anarchiste, particulièrement le vaste réseau plateformiste et spécifiste autour d’Anarkismo.net, a soutenu le PKK, bien que de manière critique.


LOGIQUE DE SOUTIEN

En résumé de notre orientation générale, nous soutenons les luttes contre l’oppression en principe et cela inclut des luttes contre l’oppression nationale et raciale.

Concrètement, cela signifie se placer aux cotés des gens en lutte contre l’oppression et défendre leur droit à choisir des approches avec lesquelles nous pouvons ne pas être en accord. Dans le cas des luttes de libération nationale, cela signifie que nous défendons le droit des peuples colonisés à résister et à vaincre la répression impérialiste des projets de libération par le moyen de formes politico-économiques, tels que des États démocratiques libéraux ou socialistes indépendants, qui nous le voyons échoueront finalement à émanciper les prolétaires et les paysans. C’est une question de principes : s’opposer à l’oppression et se placer aux cotés des opprimé-e-s. Par conséquent, nous ne prenons pas une position « puriste » qui semble être neutre mais qui, en pratique, met les oppreseurs-euses et les oppimé-e-s sur le même plan néfaste.

Cela ne doit pas, cependant, être mal compris et signifier un chèque en blanc pour toute position ou action ou courant engagé dans de tels luttes ; nous n’acceptons pas la position qui refuse de faire toute critique ou de prendre toute position indépendante, sur la base que seul-e-s les « opprimé-e-s » peuvent décider, ou sur le fait que la « solidarité » implique le silence. Évidemment seul-e-s les opprimé-e-s peuvent décider mais ils et elles ne sont pas homogènes politiquement ou socialement et toutes les luttes sont contestées de manière interne et imparfaites. La solidarité est une affaire d’assistance teintée de camaraderie, elle n’a pas pour objet de fermer le dialogue ou d’excuser des erreurs.

En termes concrets, nous ne soutenons pas tout courant organisé dans les luttes contre l’oppression. Plus un courant organisé est proche de nos positions, plus nous le soutenons et montrons de la solidarité ; et en même temps, il y a certaines positions politiques qui sont simplement inacceptables. En termes de stratégie et de tactiques, il y a une échelle mobile et cela signifie que nous donnons, en pratique, la priorité à des relations avec certains groupes par rapport à d’autres et que nous n’établissons délibérément pas de relations du tout avec d’autres.

De plus, tandis que nous montrons de la solidarité, et que nous fournissons une aide concrète, nous ne « liquidons » pas notre politique ou notre programme, en devenant des supporters-rices inconditionnel-le-s ou des organisations de donateurs-rices. Notre objectif est simplement de s’aligner aux cotés des luttes contre l’oppression, avec également le but d’influencer ces luttes. Seul l’anarcho-communisme offre les conditions pour une reconstruction des sociétés humaines qui rendra possible une résolution complète des nombreux maux sociaux, y compris de nombreux types d’oppression.

Par conséquent, dans notre solidarité, nous nous engageons en politique en tant que force indépendante qui cherche une certaine influence. L’engagement est une question de stratégie, ses formes précises dépendent du contexte et sont, par conséquent, des questions de tactiques. Mais centralement, dans notre engagement, nous conservons notre indépendance politique et critique, et nous n’abandonnons pas nos principes (stratégie et tactiques). Concrètement, il y a des questions pratiques autour desquelles nous pouvons coopérer directement avec des courants organisés spécifiques et offrir notre solidarité (même si c’est seulement au niveau de l’élévation de la conscience), ensuite il y a de nombreuses luttes au sein des luttes des opprimé-e-s, dans lesquelles nous pouvons prendre parti ; mais nous avons à tout moment pour objectif de proposer, et de faire gagner en influence, nos méthodes, nos buts et projets.

Nous résumerons les applications concrètes de cette approche au cas du Rojava dans la conclusion mais, pour l’instant, brièvement : dans le combat contre l’État Islamique et contre l’oppression nationale des kurdes, le réseau Anarkismo.net s’aligne avec les combattant-e-s contre ces forces. Deuxièmement, le rapprochement partiel du PKK avec l’anarchisme donne une base additionnelle pour le soutien : avec toutes ses limitations, le projet du PKK est un de ceux qui, à certains égards, s’aligne avec les idéaux anarchistes. Il est loin de la constitution d’un régime autoritaire de haut en bas à la manière, par exemple, de l’Armée Rouge de Mao. À ce propos, le soutien critique envers le PKK est similaire au soutien critique que de nombreux-ses anarchistes ont envers les zapatistes (EZLN) au Mexique. La question n’est pas de savoir si le PKK est à 100% anarchiste – il ne l’est certainement pas – mais plutôt si le PKK combat du bon coté et, deuxièmement, s’il y a des éléments du programme du PKK que les anarchistes peuvent soutenir volontiers.

En bref, cette approche envers le soutien et la solidarité – et même les alliances – ne procède pas depuis la position que les anarchistes peuvent seulement et jamais s’engager qu’avec des forces qui sont purement et sans ambiguïtés anarchistes. Bien plutôt, la logique est que les anarchistes se dressent avec les opprimé-e-s contre les oppresseurs-euses – sans renoncer à leurs différences avec d’autres courants. Et la logique est également que les anarchistes devraient s’engager avec des mouvements qui sont, si ce n’est complètement anarchistes, au moins de certaines manières plus proches de nos objectifs.

La politique est une situation confuse, basée sur le débat, le conflit et le compromis. Ce n’est la question d’attendre des mouvements parfaits ou des moments parfaits mais celle d’essayer de naviguer – encore une fois sans liquider notre politique – dans une réalité plus compliquée, marquée par des gains partiels et des luttes confuses.


L’ARGUMENT RÉPUDIANT LE SOUTIEN

Par contraste, l’article dans « Ideas and Action » prend une autre posture. Il décrit le PKK sous la pire lumière possible, comme « autoritaire », « patriarcal » et « ethno-nationaliste » et va jusqu’à soulever de sérieuses accusations contre Öcalan. Les conclusions politiques dessinées par l’auteur « K.B. » sont claires : les anarchistes devraient se distancier de la révolution du Rojava et du PKK.

Ainsi, c’est en partie un jugement selon lequel le PKK et son projet ne sont ni contre l’oppression ni en aucune manière compatibles avec les buts anarchistes. Mais il tend à suivre une plus vaste ligne de raisonnement dans un secteur du mouvement anarchiste qui congédie de manière routinière tout ce qui n’est pas purement anarchiste et qui, en pratique, se confine lui-même dans l’engagement avec d’autres anarchistes. Si cette approche est correcte dans le fait de souligner les dangers d’un soutien non critique à des mouvements non anarchistes, elle répond d’une manière telle qu’elle se coupe elle-même de la possibilité de s’engager dans un quelconque mouvement et de prendre la moindre position réellement concrète sur les luttes les plus immédiates – en faveur de slogans généraux et d’appels qui n’ont pas beaucoup d’application concrète.


L’USAGE DE LA PREUVE

De manière regrettable, beaucoup des affirmations faites par « K.B. » ne dérivent pas d’un engagement équilibré envers les preuves. Tandis que l’auteur est extrêmement sceptique sur les déclarations du PKK, il ou elle est beaucoup plus crédule quand les témoignages dépeignent le PKK sous une pauvre lumière. L’exemple le plus notable est l’assertion qu’Öcalan est un « violeur ». Un examen plus poussé des sources utilisées révèle seulement des liens vers un site web ultranationaliste turc hostile au PKK – et un livre attaquant Öcalan. Même si l’auteur de ce livre ne fournit aucune preuve à part ce qu’il admet être des « rumeurs » sans confirmation.

C’est honnêtement une manière malheureuse d’argumenter – en parcourant internet à la recherche d’affirmations infondées et diffamatoires provenant de sources douteuses et en les acceptant de manière non critique. Sur d’autres points, également, le rédacteur ou la rédactrice « K.B. » fait des déclarations qui n’ont pas de bases factuelles. Le PKK et ses structures alliées sont strictement présentés comme « ethno-différentialistes ». Le nationalisme est une idéologie tendant vers une unité multiclassiste et une société de classe : dans ces phases marxistes et maintenant confédéralistes démocratiques, le PKK ne rentra jamais vraiment dans ce moule.

Si le terme « ethno-nationaliste » est utilisé pour signifier que le PKK est strictement, exclusivement, kurde, cela ne collera pas non plus avec ce qui est en train de prendre place au Rojava. Le Rojava n’est pas seulement une question de libération des kurdes : « K.B. » cite même une déclaration du Forum des Anarchistes Kurdes (KAF en anglais), dans l’article lui-même, qui montre clairement que le Mouvement de la Société Démocratique (Tev-Dem en kurde) au Rojava comporte l’implication de nombreuses personnes « avec des arrière-plans différents, y compris des kurdes, des arabes, des musulmans, des chrétiens, des assyriens et des yézidis »[2].

Ainsi, ce n’est en aucune manière le PKK étroit, et même xénophobe, que « K.B. » souhaite exposer –mais qu’en fait il présente sous un faux jour. Au contraire, cependant, Öcalan et d’autres militant-e-s du PKK[3] présentent le confédéralisme démocratique comme une part de la libération de tous les peuples du Moyen-Orient – et pas seulement les kurdes – et en sont venu-e-s à rejeter fortement le nationalisme lui-même.


METTANT DE COTÉ CERTAINS FAITS

L’auteur « K.B. » souhaite également présenter le PKK d’une manière ou d’une autre comme un mouvement « patriarcal » (c’est-à-dire dominé par les hommes). La preuve principale qui est donnée est le rôle prédominant des hommes dans les positions de direction. Mais il y a plus important dans la position d’un mouvement sur la libération des femmes qu’un décompte des têtes. Malgré le fait d’opérer dans un contexte dans lequel la subordination des femmes est activement promue par de nombreuses forces – et pas seulement par l’État Islamique – le PKK a néanmoins activement promu l’égalité pour les femmes dans ses forces armées, ses structures et son idéologie. Invoquer que la revendication pour la libération des femmes doive être portée par une sorte de mouvement des femmes « autonome » est abstrait, car un tel mouvement n’existe pas, et c’est aussi trompeur dans la mesure où la seule force qui est en train de combattre pour la libération des femmes au Rojava, c’est le PKK.

Le PKK fit œuvre de pionnier pour la libération des femmes au Kurdistan et c’est un fait que ces zones où le PKK n’a pas une présence majeure sont très patriarcales, tandis que celles où le PKK a une présence ne le sont pas. Il n’y a pas de coïncidence. C’est parce que le PKK voit la domination des femmes comme étroitement liée à d’autres formes d’exploitation et d’oppression et croit que la lutte contre l’oppression des femmes doit, par conséquent, être au cœur de toute lutte progressiste – dans ce cas pour la libération des kurdes et, finalement, des classes populaires du Moyen-Orient.

« K.B. » souligne ensuite que le PKK était à l’origine marxiste-léniniste, ou au moins influencé par cette approche dans les années 1970 et 1980. Cela peut effectivement être le cas, mais une question qui doit être posée c’est si c’est encore actuellement le cas. Les zapatistes venaient également d’une approche maoïste ; Michel Bakounine lui-même était à l’origine un nationaliste slave. Le passé n’est pas toujours un bon guide pour le présent, spécialement quand d’autres aspects du passé sont ignorés.

Les gens et les organisations changent politiquement et ce n’est pas ce qu’ils et elles étaient qui est pertinent : c’est ce qu’ils et elles disent et font maintenant qui compte. Le PKK a également changé de nombreuses manières, cela aussi fait partie de son passé. Le PKK a critiqué son passé, essayant de changer sa politique et, dans ces critiques[4] ils sont parfois brutalement honnêtes à propos de leurs propres défauts passés. Cela est très prometteur et montre une maturité politique.

Combien de mouvements – y compris les anarchistes – réfléchissent honnêtement sur ce qui ne va pas ou n’allait pas avec eux et utilisent cela pour s’améliorer ? Ainsi, alors que le PKK n’était pas parfait, et ne l’est toujours pas, ils et elles ont réfléchi et changé – cela n’amène rien de montrer qu’ils et elles étaient marxistes-léninistes il y a trente ans, comme si rien n’avait changé.


DIFFÉRENCES DE MÉTHODES ENTRE LES DEUX LIGNES

C’est en invoquant une revendication en faveur d’un mouvement des femmes, nouveau et autonome, au Rojava que « K.B. » révèle une partie importante de sa méthodologie. Les situations ne sont pas approchées telles qu’elles sont par le ou la militant-e, elles sont approchées comme le ou la militant-e aimerait qu’elles soient, ce qui signifie habituellement un schéma complètement abstrait de revendications et de programmes. Ainsi, sans égard pour les résultats de l’actuel PKK, sans égard pour le contexte, sans égard même pour ce que les femmes font dans le PKK et au Rojava, il y a une réponse déjà prête : former un mouvement de type X. Cela ne colle pas avec les réalités complexes, et cela rend très difficile le fait d’accrocher cette réalité, quand toutes les réponses existent avant que tout accrochage n’ait lieu.

À un autre niveau, la méthodologie se révèle également elle-même : si quelque chose n’est pas purement anarchiste, c’est considéré au-delà du soutien. Le problème est que les plus grands mouvements aujourd’hui ne sont pas anarchistes, ou purement anarchistes. Dire que les anarchistes ne peuvent jamais travailler avec d’autres courants – nationalistes, marxistes-léninistes, progressistes etc. – signifie simplement que les anarchistes ne s’engageront avec personne, à part d’autres anarchistes.

Mais comme la plupart des gens ne sont pas – que nous le voulions ou non – anarchistes, cela signifie que les anarchistes s’isoleront eux-mêmes et qu’ils et elles le feront avec fierté. Cela ne résout pas, mais au contraire aggrave, l’isolement des anarchistes. Cela coupe les audiences et une potentielle influence anarchiste.


ALIGNEMENTS DANS DES BATAILLES CONCRÈTES

Un troisième problème est celui de prendre parti dans des batailles clés. Toutes les batailles ne requièrent pas que les anarchistes prennent parti, mais certaines oui.

Quelles que soient les limitations des forces qui menèrent la lutte anti-apartheid, par exemple, elles étaient progressistes comparées au régime de l’apartheid ; c’étaient des mouvements qui se battaient contre un système oppressif monstrueux et qui, malgré toutes leurs limites, étaient en ce sens infiniment préférables à ce système. Dans de tels combats, les anarchistes ne peuvent sûrement pas rester neutres, comme s’il n’y avait pas de différences du tout entre les forces d’opposition populaires, comme les syndicats et les mouvements issus des communautés, et le régime d’apartheid. Avoir suggéré autre chose aurait trahi un sérieux manque de perspective.

De même, considérerons la situation du PKK et de ses structures alliées : depuis le début, dans toutes ses incarnations, le PKK a combattu contre la sévère oppression nationale des kurdes en Irak, Iran, Syrie et Turquie. Les kurdes des classes populaires sont opprimé-e-s en tant que travailleurs-euses et paysan-ne-s, mais en tant que kurdes ils et elles font face à une oppression additionnelle. Le combat contre cette oppression est progressiste et est sûrement un combat important que tout-e anarchiste peut soutenir.

Cela ne signifie pas la possibilité d’encaisser des chèques en blanc pour le PKK ; cela signifie simplement que même si le PKK etc. était ethno-nationaliste, mais combattait pour la fin de l’oppression nationale, les anarchistes devraient et pourraient encore soutenir ce combat – de manière critique, bien sûr – simplement parce que les kurdes sont opprimé-e-s en tant que peuple et que les anarchistes s’opposent à toutes les formes d’oppression. Dans la mesure où le PKK est devenu plus proche de l’anarchisme, le terrain pour un soutien critique de ce dernier est plus étendu.

En fait, alors que nous ne pensons pas que les anarchistes doivent poser des conditions pour leur soutien à des luttes populaires pour la libération nationale, il faut également noter que le PKK a, en plus de son rejet du nationalisme, également rejeté l’État – en déclarant clairement que « l’État-nation ne peut jamais être une solution »[5] – et voit la libération des femmes comme étant irrévocablement liée à l’abolition de l’État.

Ces dimensions disparaissent complètement dans l’article de « K.B. » : le PKK émerge comme aussi scélérat et sinistre que n’importe quel autre régime ; c’est presque comme si l’« ethno-nationalisme » kurde est une invention, plutôt qu’une réponse – aussi problématique soit-elle – à l’oppression kurde. Et pour emmener les choses plus loin, l’auteur découvre ensuite dans le PKK seulement des défauts et rien qui soit digne de soutien.


SOUTIEN CRITIQUE (NON AVEUGLE)

Rien de cela ne signifie soutenir aveuglément le PKK. Nous ne sommes pas d’accord avec le purisme de l’article de « K.B. » mais nous n’allons pas à l’autre extrême, en liquidant notre politique. Nous sommes d’accord que les anarchistes ne devraient pas liquider notre politique derrière toute force non anarchiste – en devenant des meneurs-euses de ban et des soutiens aveugles, ou en taisant nos critiques ou en mettant la clé sous la porte de nos activités indépendantes. Toutefois, alors que « K.B. » cherche à faire cela en isolant les anarchistes des autres forces, nous cherchons à faire cela en s’engageant, en tant que courant indépendant, avec d’autres forces.

Cela signifie clarifier nos propres points de vue, pousser en avant notre propre projet et rechercher notre propre influence. Une telle influence ne peut provenir d’un isolement puriste, elle ne peut pas venir non plus d’un soutien inconditionnel liquidationniste. Cela entraîne un engagement critique : nous sommes avec le PKK et la révolution du Rojava contre les forces de l’État Islamique, de la Turquie et de l’impérialisme occidental, mais nous ne sommes pas non plus un auxiliaire du PKK.

Par conséquent, malgré nos désaccords avec la position de « K.B. », nous sommes en fait d’accord sur le fait qu’il y a des points qu’il ou elle soulève qui valent vraiment la peine d’être évoqués.

« K.B. » note qu’il y a des structures et des projets parallèles – et potentiellement rivaux – au Rojava et une contestation autour de celles et ceux-ci. D’après certains comptes-rendus – y compris un document qui forme basiquement la Constitution du Rojava[6] – il y a deux types de systèmes/structures en place basés sur ce qui semble être des idées divergentes qui courent concurremment. Une structure est un type de parlement représentatif avec quelque chose qui s’apparente à un cabinet ; l’autre étant une sorte de confédéralisme démocratique basé sur des assemblées, des conseils et des communes. Là apparaît également une possibilité de tension se levant entre ces deux types de systèmes allant aussi de l’avant, si le Rojava survit.

Ainsi il y a une faction dans la politique du Rojava, y compris dans la direction du Parti de l’Union Démocratique (PYD en kurde, le parti-frère du PKK en Syrie), qui veut ce qui équivaut à une structure d’État – plutôt que la vision plus radicale du PKK. En pratique ils et elles sont en train de mettre en œuvre une démocratie représentative basée sur un parlement, avec les droits humains de base, où un exécutif aura beaucoup de pouvoir, mais tactiquement ils et elles ne peuvent pas l’appeler un État car il apparaît que l’idée du confédéralisme démocratique est largement partagé en tant qu’idéal parmi de nombreux-ses kurdes.

Mais il est encore possible que le Rojava devienne un système basé sur le confédéralisme démocratique parce que les assemblées, les conseils et les communes existent (et parce que clairement il y a également des gens qui veulent cela). Donc il ne nous semble pas que nous devrions fermer nos yeux sur le fait que de telles tensions et des résultats possiblement conflictuels existent et existeront en tant que tels au sein de toute révolution. Qui gagnera la haute main si le Rojava survit est cependant une question ouverte et dépend de quelles forces prennent la main au cours du processus, si elles ne sont pas balayées par l’État Islamique ou les peshmergas (les unités armées du Gouvernement Régional du Kurdistan irakien).


CONCLUSION

Le meilleur résultat dans le monde serait une révolution anarchiste globale. Mais les puissantes forces requises n’existent pas actuellement ; et elles n’en viendront pas à exister si les anarchistes persistent à vouloir garder leurs mains trop propres, en échouant à s’engager dans les moments et mouvements réels du monde.

De manière plus réaliste, le meilleur résultat dans le monde réel du Rojava serait la victoire du confédéralisme démocratique, ouvrant des espaces pour des changements plus profonds et inspirant les rebelles ailleurs. Le second serait un État dirigé par le PYD, et le troisième meilleur serait une victoire du Gouvernement Régional du Kurdistan (KRG) qui est à la droite à la fois du PKK et du PYD. Le KRG est un État avec tous ses attributs (bien que non reconnu internationalement) et qui est corrompu et ouvertement autoritaire. À la pire extrémité du spectre il y aurait la victoire du dictateur syrien, Assad, et le pire résultat serait la victoire de l’État Islamique.

Il n’y a pas de réel challenger anarchiste dans cette bataille, et pas de perspectives pour un pôle d’attraction anarchiste tant que les anarchistes ne s’engagent pas avec des forces comme le PKK. Les anarchistes kurdes et turcs-ques se sont impliqué-e-s et, d’une manière plus modeste, des groupes liés au réseau Anarkismo.net l’ont fait aussi.

L’article de « K.B. » souffre du fait qu’il est écrit dans une sorte de vide. Il est écrit comme si une sorte d’anarchisme pur est la seule chose qui peut être soutenue ce qui – en prenant en considération le fait que toute société anarchiste est dans le meilleur des cas une perspective très distante et qu’elle devra être forgée et façonnée dans la réalité de la lutte et quelle peut différer de certaines manières par rapport à la vision idéale – est une vue séparée de la réalité. Ainsi l’article est écrit en étant basé sur ce qui existe dans la tête de l’auteur et non sur ce qui est en train d’arriver dans la réalité – qui est ce avec quoi nous devons nous confronter en tant qu’anarchistes et révolutionnaires sociaux si nous voulons que nous et nos idées suscitions le moindre intérêt dans les luttes populaires progressistes.

Dans les circonstances actuelles où l’État Islamique essaye d’envahir Kobanê, même si le confédéralisme démocratique est vaincu au Rojava de manière interne par des éléments du PYD et leur mise en œuvre d’un État, cet État (d’après ce que nous avons lu sur le PYD) sera meilleur que les autres options qui sont de réelles possibilités, étant soit l’État Islamique, soit Assad ou le KRG.

Si elle était appliquée, par exemple, à l’Afrique du Sud et à l’apartheid, la position sur le Rojava présenté par l’article de « K.B. » reviendrait à dire quelque chose comme « Nous ne soutenons pas l’UDF, le FOSATU, le COSATU[7] et définitivement pas l’ANC parce qu’ils ne sont pas anarchistes » et cela aurait revenu à dire « Qui s’en fout vraiment si l’État d’apartheid gagne parce qu’il n’y a pas de lutte pour l’anarchisme ».

La position présentée dans l’article est ainsi pleine de défauts et séparée de la réalité. Bien que cela puisse paraître radical sur le papier, sa faiblesse est qu’elle présuppose l’existence d’un sujet parfaitement libertaire et révolutionnaire et qu’elle conditionne tout soutien aux mouvements populaires sur cette non entité au lieu de reconnaître que la classe ouvrière actuellement existante – et ses mouvements – est pleine de contradictions et que les anarchistes ont besoin de la rencontrer où qu’elle soit si nos idées et pratiques doivent avoir le moindre intérêt.

La lutte pour la libération nationale des kurdes devrait être soutenue comme une question de principe car ils et elles sont un peuple opprimé et, même s’ils et elles n’accomplissent pas le confédéralisme démocratique, un État dirigé par le PYD serait encore un certain gain (comme 1994 le fut en Afrique du Sud[8]) parce que les autres résultats possibles sont horribles.

Naturellement, la lutte pour la libération kurde, si elle n’est pas accompagnée par une reconstruction massive de l’économie et de la vie sociale sur la base de l’autogestion des travailleurs et du contrôle communautaire, mènera à une situation de libération nationale et de genre incomplètes pour les masses kurdes si les inégalités économiques et sociales ne sont pas résolues en même temps que celles du pouvoir politique.

Une telle solution strictement politique (c’est-à-dire si les modèles parlementaires triomphaient sur le confédéralisme démocratique) pourrait donner naissance à une nouvelle élite kurde. Quelque chose qui peut être comparé à la transition démocratique qui s’est produite en Afrique du Sud en 1994 et, bien que pas idéal, cela constituerait une avancée massive pour la classe ouvrière kurde – juste comme cela a été pour la classe ouvrière sud-africaine.

Nous sommes d’accord avec « K.B » sur le fait que c’est précisément dans l’auto-activité des masses à la base et dans celle des femmes du PKK et de ses structures alliées que résident les aspects les plus prometteurs de la lutte en direction d’une libération complète. Toutefois, ce serait une erreur de rejeter ou de refuser un soutien à des organisations comme le PKK sur la base qu’elles sont imparfaites. Bien sûr qu’elles le sont. Ce n’est pas la question. La question est si les anarchistes s’alignent aux cotés – et essayent d’influencer – les mouvements et luttes dans l’actuel monde réel, comme une question de principe (parce que ces luttes sont justes), comme une question de politique pratique (parce que sans engagement, les anarchistes resteront isolé-e-s) et comme une question d’analyse (qui s’accroche aux situations, plutôt que de les marteler pour les faire entrer dans des schémas pré-établis).

C’est là que réside finalement la différence profonde entre les deux lignes – la nôtre et celle de « K.B. ». Nous rejetons les notions qui insistent sur le fait que les anarchistes ne doivent jamais soutenir des luttes de libération nationale – ou alors seulement sous certaines conditions – tandis que nous rendons également clair le fait que nous rejetons simultanément le nationalisme. Ce qui est nécessaire, par conséquent, pour assurer la pleine libération nationale et de classe des masses kurdes et pour se garder de l’ascension d’une élite kurde oppressive, qui s’opposerait à la pleine libération de la classe ouvrière kurde sous le déguisement d’étroits intérêts nationalistes, c’est une lutte centrée sur la classe ouvrière kurde – sur un programme de la classe ouvrière – contre l’oppression nationale, le capitalisme, l’État et l’oppression des femmes, simultanément. Le programme de confédéralisme démocratique du PKK, pour nous, représente des pas en avant vers un tel programme. Cela n’est pas suffisant mais c’est un début sur lequel nous pouvons nous engager.

En résumé, en appliquant notre approche générale, nous pouvons dire de la bataille pour le Rojava : nous soutenons la lutte pour la libération nationale des kurdes, y compris le droit d’exister pour le mouvement de libération nationale ; deuxièmement nous nous opposons à la répression et aux menaces mises en œuvre par des forces allant de l’État Islamique, à l’Irak, la Syrie, la Turquie et leurs alliés orientaux ; notre soutien va, sur une échelle mobile, vers les anarchistes et syndicalistes kurdes en haut, suivis par le PKK, ensuite le PYD et nous traçons une ligne face au KRG ; en termes pratiques, nous nous offrons une solidarité (même si elle est juste verbale) et coopérons autour d’une série de questions concrètes, la plus immédiate étant la bataille pour arrêter l’État Islamique d’extrême droite et défendre la révolution du Rojava ; au sein de cette révolution nous nous alignons au coté du modèle de confédéralisme démocratique du PKK contre l’approche plus étatique des modèles du PYD, et même lorsque nous faisons cela, avec en tout temps l’objectif de proposer nos méthodes, buts et projets et de les faire gagner en influence : nous sommes avec le PKK contre le KRG, mais nous sommes pour la révolution anarchiste avant tout.



[1] http://www.freemedialibrary.com/index.p ... _Kurdistan

[2] http://www.anarkismo.net/article/27301

[3] https://www.youtube.com/watch?v=pRsw5s28jxY

[4] http://www.pkkonline.com/en/index.php?s ... &artID=204

[5] http://www.pkkonline.com/en/index.php?sys=articles Voir spécialement les articles sur « Democratic Modernity: Era of Woman’s Revolution”; “Killing the dominant male”; “Capitalism and Women”; “Women’s situation in the Kurdish society”; “The Nation-State Can Never Be a Solution”; “Briefly On Socialism”; ‘The Kurdistan Woman’s Liberation Movement’; and of course “Democratic Confereralism” .

[6] http://civiroglu.net/the-constitution-o ... a-cantons/

[7] L’United Democratic Front était une organisation politique anti-apartheid crée en 1983 et issue de l’alliance d’environ 400 groupes et associations civiques, d’étudiant-e-s, de travailleurs-euses. La FOSATU était une organisation syndicale non-raciale et démocratique créée en 1979 et elle fusionna avec d’autres syndicats en 1985 pour créer le COSATU qui reste aujourd’hui la principale confédération syndicale d’Afrique du Sud et qui a participé activement à la lutte contre l’apartheid. Note Du Traducteur.

[8] C’est en 1994 qu’on lieu les premières élections inter-raciales en Afrique du Sud àprès la chute du régime d’Apartheid. NDT.

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Pïérô
 
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 28 Nov 2014, 13:02

Un militant d’AL près de Kobanê

Du 13 au 16 novembre 2014, une délégation française (AL, NPA, PCF, Feyka) issue de la Coordination nationale solidarité Kurdistan était en mission en Turquie, dans la région frontalière de Kobanê, toujours assiégée par l’État islamique (Daech).

Objectif : exprimer de la solidarité, rapporter des témoignages, tisser des liens militants.

La vidéo ci-dessous a été réalisée dans la foulée.

Lisez le reportage de Mehdi Kabar (AL Montreuil) dans Alternative libertaire de décembre 2014, prochainement en kiosque.

http://www.alternativelibertaire.org/?U ... -de-Kobane

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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede bipbip » 02 Déc 2014, 03:35

« Ankara craignait une contagion révolutionnaire »
Quand le siège de Kobanê par les troupes de l’État islamique (Daech) a débuté, à la mi-septembre, des milliers de jeunes gens ont afflué de toute la Turquie pour renforcer la défense de la ville, assurée par les YPG et les YPJ. Les militantes et les militants du groupe Devrimci Anarşist Faaliyet (Action anarchiste révolutionnaire, DAF) en faisaient partie.
... http://alternativelibertaire.org/?Dossi ... -craignait

Audio : La lutte des femmes au Kurdistan
Pendant une semaine, en novembre 2014, une mission féministe française a voyagé au Kurdistan turc. Le 28 novembre, au centre social auto-organisé Attiéké (Saint-Denis), des militantes libertaires qui y avaient pris part ont rendu compte de cette mission, de leurs rencontres, et de ce qu’elles ont observé sur place. La soirée était organisée par le collectif Anarchistes solidaires du Rojava.
Près d’une heure de son, découpée en 14 séquences :
http://alternativelibertaire.org/?Audio ... -femmes-au
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Lila » 27 Déc 2014, 16:00

Une émission de radio (FPP) sur la lutte des femmes au Kurdistan, par des membres de la délégation féministe partie à Suruç en novembre :
http://www.vivelasociale.org/les-emissi ... -kurdistan

Deux membres du groupe féministe Solidarité femmes Kobané qui s’est rendu en novembre dans le Kurdistan turc confinant avec le Rojava, là où vivent de nombreux réfugiés ayant fui la guerre en Syrie, nous font part de ce que leur ont appris les femmes kurdes qu’elles ont rencontrées là-bas.

La participation des femmes aux combats contre Daesh et leur rôle décisif dans l’organisation du soutien aux réfugiés ne peuvent s’expliquer sans remonter aux formes d’organisation non mixtes qu’elles se sont données depuis longtemps : celles-ci leur ont permis de faire reculer significativement les manifestations de la violence masculine au sein de leur communauté, mais également de prendre part à plein titre aux structures d’organisation à la base mises en place dans cette partie du Kurdistan.
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede bipbip » 29 Déc 2014, 10:00

Kurdistan : Un nouveau Chiapas ?

« Savez-vous qu’il y a un nouveau Chiapas,au Kurdistan ? » C’est à peu près en ces termes que les militants d’Alternative libertaire ont été interpellés par un camarade de la gauche kurde en février 2014, à l’occasion du Salon anticolonial, à Paris. Dans ce lieu où fraient différentes sensibilités de gauche de l’anticolonialisme et des luttes de libération nationale (de la Palestine aux Antilles, en passant par le Tibet et le Kurdistan), l’évocation du Chiapas était sûre de faire mouche. Elle conférait à la cause kurde, légitime en elle-même faut-il le souligner, un caractère autogestionnaire, donc subversif, d’autant plus attrayant.

Que se passe-t-il au Chiapas  ? Dans cet État du sud du Mexique, l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) mène une stratégie de double pouvoir. Après l’insurrection de janvier 1994, les zapatistes ont mis en place des structures d’autogouvernement, fondées sur les assemblées populaires, pour prendre en main la plupart des aspects de la vie sociale (économie, éducation, santé, justice...).

Des dizaines de milliers d’indigènes chiapanèques ont ainsi fait sécession des institutions étatiques pour se rattacher à leurs propres institutions autonomes. Cette contre-société autogestionnaire perdure depuis plus de dix ans, dans une situation de « paix armée » entre l’EZLN et l’État mexicain, qui préfère le statu quo au risque d’une nouvelle insurrection.

Une «  auto-administration démocratique  »

Le « nouveau Chiapas » évoqué plus haut, ce sont en fait les trois cantons (Cizîrê, Kobanê, Efrîn) qui forment le Kurdistan syrien (Rojava). Ces cantons, tenus par les milices armées du Parti de l’union démocratique (PYD), organisation-sœur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, marxiste), sont devenus le refuge des minorités persécutées (Assyriens, Arméniens, chrétiens, ­yézidis...). Ces diverses composantes côtoient d’ailleurs les Kurdes au sein des YPG-YPJ, les milices d’autodéfense qui défendent le Rojava contre les djihadistes.

La Rojava expérimente, depuis janvier 2014, un système d’autogouvernement populaire laïc, social et même, au regard du contexte, féministe (voir le témoignage de Zaher Baher). Le Monde a d’ailleurs pu parler, au sujet du Rojava, de « vitrine » du PKK  [1], sans que la situation y soit idyllique, comme l’a fait remarquer Human Rights Watch en juin  [2].

Dès 2011 Le PYD y a impulsé une organisation de masse, le Mouvement pour la société démocratique (Tev-Dem), dans la perspective d’instaurer un double-pouvoir vis-à-vis de l’administration syrienne.

Les trois cantons ont proclamé leur autonomie le 19 juillet 2012 dans la ville désormais célèbre de Kobanê. Puis, en janvier 2014, ils ont proclamé une Constitution (dite «  Contrat social  ») et élu chacun une assemblée et un gouvernement cantonal baptisé «  Auto-administration démocratique  » (DSA). Sa particularité  ? Il est censé n’être que l’organe exécutif du Tev-Dem et de ses comités de base. Son ambiguïté  ? Il ne tient que grâce à la bonne volonté de Damas, qui continue de verser les salaires des fonctionnaires.

Cette stratégie de double-pouvoir de n’est pas nouvelle de la part de la gauche kurde. À la fin des années 2000, s’inspirant du Chiapas, le PKK avait déjà tenté de mettre en place, en Anatolie, des institutions autonomes concurrentes de celles de l’État turc. Mais celui-ci avait tué dans l’œuf ce mouvement de déso­béissance civile en emprisonnant près de 10.000 personnes participant au processus (maires, délégué.e.s, militant.e.s divers).

La guerre civile en Syrie a fourni au PKK l’occasion de relancer le processus dans une zone hors d’atteinte de l’armée turque.

Un parti qui reste pyramidal

Alors, le PKK est-il devenu néozapatiste ? Une nouvelle EZLN ? Hélas, on en est loin. En phase avec son projet autogestionnaire, l’EZLN est une force armée non militarisée, fondée sur l’autodiscipline et dont le commandement est élu par la base. Au contraire, le PKK, malgré une évolution ces dix dernières années, reste une organisation pyramidale, cimentée par un effarant culte du leader. Cela représente un hiatus avec la forme d’autogouvernement – louable par ailleurs – qu’il a impulsé au Rojava.

Pour lui mettre des bâtons dans les roues en 2012-2013, Ankara n’a en tout cas rien trouvé de mieux que de fournir discrètement des armes à son pire ennemi : l’État islamique (Daech). On connaît la suite : des assauts répétés contre le Rojava  ; la magnifique contre-offensive d’août 2014 pour sauver les yézidis du Sinjar.

Deux pôles politiques rivaux

Avec cette montée en puissance du PKK, le mouvement national kurde apparaît plus que jamais divisé entre deux pôles rivaux.

Le premier a son épicentre en Irak, avec le Gouvernement régional autonome installé à Erbil sous l’autorité de Massoud Barzani. Il incarne un modèle nationaliste traditionnel, laïc et patriarcal, fondé sur le business du pétrole. Enfant chéri des puissances occidentales, il tient Bagdad à distance et entretient des relations cordiales avec Ankara.

Le second pôle est celui qui gravite autour du PKK, en Syrie et en Turquie, sur un modèle aussi laïc mais plus démocratique, ­progressiste et féministe. À cette heure, il suscite une sympathie croissante de par le monde, dans les milieux de gauche et révolutionnaires, y compris libertaires.

Pour un soutien critique

Le monde entier a suivi le siège de Kobanê par Daech, et la coalition arabo-occidentale dirigée par Washington, n’a pu faire autrement que d’aider les miliciennes et les miliciens kurdes qui se sont battus héroïquement.

Comment les choses vont-elles tourner à présent ?

Les États-Unis vont-ils nouer un partenariat non dit avec le PKK, comme c’est le cas avec Téhéran ? Quel va être le deal ? Vont-ils radier le PKK de la liste des organisations terroristes ? Comment va réagir la Turquie ?

Dans ce labyrinthe géopolitique qu’est, plus que jamais, le Moyen-Orient, les alliances sont mouvantes, et les lignes de fracture se déplacent. Chaque force, dont la gauche kurde, cherche à tirer son épingle du jeu. A Kobanê, elle a forcé la main des impérialistes arabo-américains pour obtenir de l’aide et des armes. Il ne faut surtout pas que, de fil en aiguille, elle en devienne dépendante, et réduite à jouer un rôle sur leur échiquier politique.

Elle doit mener sa propre barque et, pour le moment, elle y parvient très bien. La gauche kurde incarne sans conteste la seule force autonome [3] représentant un espoir d’indépendance, de paix et de démocratie pour les peuples du Moyen-Orient. C’est dans cette mesure qu’elle mérite amplement notre soutien  : face aux fanatiques de Daech ; face à l’axe Damas-Téhéran ; face à l’axe Ankara-Washington.

Guillaume Davranche (AL Montreuil), avec Édith Soboul (SF d’AL)


[1] Allan Kaval, « La lutte contre l’État islamique impose le PKK comme puissance régionale », Le Monde du 9 septembre 2014.

[2] « Syrie : Des abus sont commis dans les enclaves sous contrôle kurde » http://www.hrw.org/fr/news/2014/06/19/s ... role-kurde, HRW, 19 juin 2014.

[3] A d’autres époques, le PKK a pu bénéficier de l’aide de l’URSS, de la Grèce ou de la Syrie, intéressées pour diverses raisons à déstabiliser la Turquie.

http://www.alternativelibertaire.org/?D ... Un-nouveau
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 31 Déc 2014, 03:16

Réflexions et rappels sur la lutte kurde, l’enjeu de Kobanê et la solidarité
Kobanê est devenue un symbole qui dépasse de loin Kobanê. Un mois et demi de combats acharnés pour défendre cette ville pratiquement sous les caméras du monde entier, ont fait que la lutte des Kurdes de Kobanê pour défendre à la fois l’autonomie territoriale et politique du Rojava et résister jusqu’à la mort aux vagues d’attaques des tueurs djihadistes cinq fois plus nombreux et surarmés, a ouvert une nouvelle séquence à plusieurs niveaux.
... http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1619



De retour du Rojava : impressions et réflexions

Janet Biehl / David Graeber

Ces derniers mois, parler du Kurdistan syrien, c’était parler de la bataille de Kobanê, de ce qui s’y joue et de sa signification. Or dans cette dernière, l’expérience sociale et politique originale de l’autonomie proclamée du Rojava occupe pratiquement tout l’espace... quand elle n’est pas justement niée ou dénigrée, au profit de considérations géostratégiques mettant en scène les seules puissances impériales, leurs intérêts et leur défense des cadres nationaux existant dans la région. D’où l’intérêt d’y revenir, pour apprendre, en savoir plus, faire connaître et de tenter de comprendre. Ce qui signifie aussi, par définition, poser des questions.

Début décembre 2014, un groupe d’une dizaine de personnes (activistes, étudiants, universitaires) de différents pays d’Europe et des États-Unis, ont visité la plus grande région du Rojava (Kurdistan de Syrie) pendant 10 jours. Tournée de personnes a priori sympathisantes et solidaires de l’expérience en cours autant que voyage d’étude du « modèle kurde » avec de multiples rencontres, discussions, visites d’écoles, de conseils communaux, d’assemblées de femmes, de coopératives et de diverses réalités nées de la “révolution du Rojava”.

Voici deux premiers ‟compte rendus” que nous avons reçu. L’un est de Janet Biehl, proche des idées de Murray Bookchin sur l’écologie sociale et le communalisme libertaire. L’autre, sous la forme d’une interview publiée dans un quotidien turc, de David Graeber, anthropologue, activiste anarchiste issu du mouvement altermondialiste et engagé dans le mouvement Occupy Wall Street, et beaucoup plus connu pour ses écrits, en particulier son ouvrage sur l’histoire de la dette.

... http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1623
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede bipbip » 02 Jan 2015, 01:26

Ce qui a vraiment changé au PKK

La gauche kurde a beaucoup évolué depuis dix ans. Si le PKK (officiellement rebaptisé Kongra Gêl en 2003) reste son centre de gravité, avec une structure autoritaire, des tendances autogestionnaires ont vu le jour, notamment dans ses organisations satellites. Une situation ambivalente mais riche de potentialités.

Pendant longtemps, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a souffert d’une très triste image : autoritaire, sanguinaire, pratiquant le culte du leader... Tout juste lui reconnaissait-on son rôle dans l’émancipation des femmes au sein de la guérilla. Cependant, aujourd’hui qu’il apparaît comme un môle de résistance au ­djihadisme, les regards sur lui changent à toute allure.

On a pu voir, dans les médias, plusieurs reportages ouvertement sympathiques, notamment sur ses unités de femmes combattantes. Et sur la Toile circulent des textes quelque peu sensationnels annonçant un « nouveau PKK » devenu quasi autogestionnaire et même « éco-anarchiste » en s’alignant sur son leader Abdullah Öcalan, converti en prison aux thèses libertaires de Murray Bookchin. C’est en tout cas la thèse défendue par quelques intellectuels anarchistes anglo-saxons comme Janet Biehl, Rafael Taylor, et David Graeber  [1].

Sans les suivre dans une vision quelque peu idyllique, il faut reconnaître que le PKK a beaucoup évolué. Ce parti a connu plusieurs périodes :
- la période de formation, de 1978 à 1984, durant laquelle le PKK fut un parti indépendantiste et marxiste-léniniste à direction collégiale, bientôt réprimé et contraint à l’exil ;
- la période la lutte armée, de 1984 à 1999, fut celle de la mutation en une guérilla puissante et hiérarchisée. Harcelé par la répression impitoyable de l’armée turque, le PKK a alors connu une dérive sectaire qui s’est traduite par la mise en place d’un culte du chef, Abdullah Öcalan (dit Apo, « l’oncle »), un contrôle de fer sur ses membres, et des pratiques internes particulière­ment violentes  : autocritique et contrition publique, exécution des dissidents, etc. [2].
- la période de latence, de 1999 à 2003, a vu le PKK, désemparé par l’arrestation d’Öcalan, appeller à un cessez-le-feu.
- la période actuelle, depuis 2003, est celle d’un repositionnement du PKK qui a répudié le léninisme, puis renoncé à fonder un État-nation pour revendiquer une autonomie confédérale du Kurdistan, par-dessus les frontières étatiques existantes. Aujour­d’hui, plusieurs tendances cohabitent au sein du parti, allant des nationalistes (assez marginaux) aux sociaux-démocrates, en passant par les fidèles du maoïsme et une mosaïque de sensibilités.

Le rôle d’Öcalan

Abdullah Öcalan pèse tant qu’il peut dans cette évolution. Dès les années 1990, il critiquait l’État-nation et s’efforçait de fixer un cadre théorique nouveau à la « question kurde ».

Ses idées ont mûri depuis son incarcération. Dans Guerre et Paix au Kurdistan (2009), puis dans Le Confédéralisme démocratique (2011), il prônait une « démocratie sans État », antipatriarcale, laïque, fédéra­liste, reposant sur les conseils populaires et la socialisation de l’économie. Bref, un programme anarchisant, inattendu sous sa plume.

Il regrettait même que le PKK ait engendré une « structure hiérarchique similaire à celle des États » et recommandait aux élus et aux cadres politiques kurdes de lire certains ouvrages de Murray Bookchin, comme Urbanization without Cities : The Rise and Decline of Citizenship [3].

Forum social mésopotamien

Cette évolution d’Öcalan a sans doute influencé le PKK, mais ­surtout ses « vitrines légales », le HDP et le DBP. On a pu l’observer en septembre 2009, lors du Forum social mésopotamien, à Diyarbakir (Kurdistan turc).

Lors de l’assemblée plénière « Gestion de la ville », les élus locaux du parti avaient suivi avec un vif intérêt l’exposé du délégué zapatiste sur l’autogestion communale au Chiapas. C’était à l’époque de la création des communes autonomes, tentative étouffée dans l’œuf par l’armée turque.

Plus récemment, lors de l’élection présidentielle d’août 2014, le HDP est apparu comme le nouveau pivot de la gauche alternative turque, son candidat, Selahattin Demirtaş, ayant reçu le soutien de diverses organisations socialistes, féministes, écologistes et LGBTI. Il a recueilli 9,8 % des voix, principalement au Kurdistan  [4].

Ce que toute cette évolution n’a pas remis en cause, c’est le rôle dirigeant du PKK, ni sa structure militarisée et hiérarchisée.

Aujourd’hui la gauche kurde est donc traversée par cette ambivalence : au centre du jeu, un parti-guide militaire ; à ses côtés, un mouvement civil avec de réelles tendances autogestionnaire ; et, planant au-dessus de l’ensemble, la figure tutélaire d’Abdullah Öcalan.

Cette évolution est porteuse de potentialités... à condition que le mouvement civil gagne une prééminence claire sur la direction militaire.

Il y a cinquante ans, l’Algérie fit l’amère expérience d’une direction militaire FLN phagocytant puis confisquant la révolution à son profit, malgré les velléités autogestionnaires des débuts de l’indépendance. On est donc encore loin, aujourd’hui, de la formule zapatiste selon laquelle « le peuple commande ».

Cela n’empêche pas l’autonomie démocratique au Rojava d’être, comme l’écrit David Graeber, « l’un des rares points lumineux – et même très lumineux – issus de la tragédie de la révolution syrienne ». Plus que jamais, la gauche ­kurde constitue un laboratoire politique de première importance pour l’ensemble du Moyen-Orient.

Guillaume Davranche (AL Montreuil), avec Mathieu Colloghan et Cem Akbalik (socialiste libertaire kurde)


[1] Voir leurs articles «  Bookchin, Öcalan, and the Dialectics of Democracy  » sur New-compass.net  ; « The new PKK : unleashing a social revolution in Kurdistan », sur Roarmag.org  ; «  Why is the world ignoring the revolutionary Kurds in Syria  ?  » sur Theguardian.com.

[2] Öcalan, à son procès, a lui-même évoqué 15.000 à 17.000 morts dans des « règlements de compte » internes au PKK ou dans des accrochages avec d’autres organisations. Ces pratiques sanglantes se sont éteintes dans les années 2000.

[3] Black Rose Press, 1992. Témoignage de Janet Biehl, veuve de Bookchin, en février 2012 (sur New-compass.net).

[4] Lire « L’AKP, colosse aux pieds d’argile ? » http://www.alternativelibertaire.org/?T ... ux-pieds-d dans Alternative libertaire de septembre 2014.

http://www.alternativelibertaire.org/?D ... n-Ce-qui-a
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede digger » 08 Jan 2015, 09:56

La Démocratie sans État : Comment le Mouvement des Femmes Kurdes a Libéré la Démocratie de l’état

Dilar Dirik


Texte inédit traduit
Texte original :Stateless Democracy: How the Kurdish Women’s Movement Liberated Democracy from the State
http://vimeo.com/107639261

“Azadî”, liberté. Une notion qui s’est emparée depuis longtemps de l’imagination collective du peuple kurde. “Le Kurdistan Libre”, l’idéal apparemment inatteignable, épouse de nombreuses formes selon où l’on se situe sur le large spectre politique kurde. L’indépendance croissante du Gouvernement Régional Kurde (GRK) dans le sud du Kurdistan (Bashur) vis à vis du gouvernement central irakien, tous comme les immenses progrès du peuple kurde dans l’ouest du Kurdistan (Rojava) malgré la guerre civile syrienne depuis l’année dernière ont réanimé le rêve d’une vie libre pour les kurdes au Kurdistan.

Mais que signifie la liberté? La liberté pour qui? La question kurde est souvent conceptualisée en termes de relations internationales, d’états, de nationalisme et d’intégrité territoriale. La liberté est cependant une notion qui transcende l’ethnicité et les frontières artificielles. Afin de pouvoir parler d’un Kurdistan qui mérite le qualificatif de « libre » tous les membres de la société doivent avoir un accès égal à cette « liberté », pas seulement au sens légal abstrait du terme. Ce n’est pas le caractère officiel d’une entité nommée Kurdistan (qu’il soit un état indépendant, fédéral, un gouvernement régional ou toute autre forme d’autodétermination kurde) qui détermine le bien-être de sa population. Un des indicateurs de la vision du peuple de la démocratie et de la liberté est la situation des femmes.

A quoi sert “un Kurdistan”, si cela se termine par l’oppression de la moitié de sa population?

Les femmes kurdes sont confrontées à plusieurs strates d’oppression comme membres d’une nation sans état dans un contexte largement féodal-islamiste patriarcal, et luttent, par conséquent sur de multiples fronts. Alors que les quatre différents états qui divisent le Kurdistan présentent de fortes caractéristiques patriarcales, qui oppriment toutes les femmes au sein de leurs populations respectives, les femmes kurdes sont en plus discriminées comme kurdes et font généralement partie de la classe socio-économique la plus basse.

Et, bien sûr, les structures féodales patriarcales internes de la société kurde empêchent aussi les femmes d’accéder à une vie libre et indépendante. Les violences domestiques, les mariages forcées des enfants et des adultes, les viols, les crimes d’honneur, la polygamie, par exemple, sont souvent considérés comme des questions privées, plutôt que comme des problèmes qui demandent un engagement sociétal et des politiques publiques actives. Cette étrange distinction entre le public et le privé à coûté leur vie à de nombreuses femmes.

Les hommes kurdes sont souvent très véhéments contre la discrimination ethnique et de classe, mais beaucoup d’entre eux rentrent à la maison après des manifestations et ne réfléchissent pas à leurs propres abus de pouvoir, à leur propre despotisme, quand ils usent de violence contre les femmes et les enfants dans leur vie « privée ». La fréquence habituelle de la violence contre les femmes kurdes, et, à vrai dire, partout ailleurs dans le monde, est un problème systémique — et donc sa solution exige des mesures politiques.

La situation des femmes n’est pas une « question de femmes » et ne doit pas être par conséquent prise en considération comme une question spécifique, d’ordre privé, qui n’intéresse que les femmes. La question de légalité des genres est, en réalité, une question de démocratie et de liberté pour toute la société; il s’agit d’un critère (bien que pas le seul) à l’aide duquel l’éthique d’une communauté devrait être mesuré. Puisque le capitalisme, l’étatisme et le patriarcat sont étroitement liés, la lutte pour la liberté doit être radicale et révolutionnaire — elle doit considérée la libération des femmes comme un objectif central et non comme une question secondaire.

Même si les femmes kurdes partagent une longue histoire de lutte pour la libération nationale avec les hommes, elles ont souvent été marginalisées y compris dans ces mouvements de libération. Alors que les féministes majoritaires des quatre états qui divisent le Kurdistan excluent souvent les femmes kurdes de leurs luttes (en attendant d’elles qu’elles adoptent les doctrines nationalistes de l’état ou en les considérant avec condescendance comme des victimes d’une culture primitive arriérée), les partis politiques kurdes dominés par les hommes, avec des structures très féodales et patriarcales, dont la vision de la liberté ne dépasse pas un nationalisme vide et primaire, réduisent souvent aussi au silence les voix des femmes.

Soutenir que les femmes kurdes ont toujours été plus fortes et plus émancipées que leurs voisines (et des sources historiques semblent le confirmer), ne devrait pas être utilisé comme une excuse pour arrêter la lutte pour leurs droits. Même si la singularité historique des femmes kurdes dans les quatre pays mérite d’être reconnue, les nombreuses manifestations terribles de violence cruelle contre elles illustrent les réalités du terrain et devraient servir comme base d’examen de la réalité. Si les femmes kurdes jouissent aujourd’hui d’un statut politique relativement élevé, cela est le résultat d’une lutte constante, sur de multiples fronts de leur part et non d’une condition offerte par la société kurde!

La participation des femmes aux luttes de libération ou révolutionnaires n’est pas propre au Kurdistan. Dans toutes sortes de contextes différents, les femmes ont toujours joué des rôles actifs dans le combat pour la liberté. Les temps de guerre, les insurrections, l’agitation sociale ont souvent offert aux femmes l’espace pour s’affirmer que la vie civile normale ne leur aurait pas permis. Leur engagement dans des postes de responsabilité sociale, que ce soit la participation à des syndicats ou le militantisme politique, légitiment souvent leurs demandes d’émancipation. Néanmoins, une fois la situation de crise terminée, une fois la « libération » ou la « révolution » considérées comme réalisées, on juge souvent nécessaire le retour à la normalité d’avant-guerre et au conservatisme pour rétablir la vie civile. Cela revient souvent à ré-instituer les rôles traditionnels sexués, au détriment des statuts nouvellement acquis par les femmes.

C’est un phénomène malheureusement tout à fait courant de voir les femmes subir un retour en arrière de leurs droits après la « libération », après la « révolution », « une fois notre pays libre », même si elles ont été des actrices énergiques de la lutte. L’espoir qu’une fois le but rassembleur de la « liberté » atteint, chacun-e dans la société vivra librement, s’est révélé être un vœu pieux — les femmes aux USA, en Algérie, en Inde, au Vietnam peuvent le confirmer. La manifestation la plus récente de ce phénomène est le statut des femmes dans les pays du soi-disant « printemps arabe ».
Bien que durant ces dernières années, nos écrans de TV étaient emplis de femmes qui manifestaient contre des régimes répressifs, et qui jouaient un rôle clé dans les mouvements, la situation des femmes a même parfois empirée depuis les soulèvements. Cela est dû au fait que, alors que le mécontentement et la désillusion générale vis à vis du système transcendent souvent les genres, les classes, les ethnicités et les religions, il est clair que ceux qui ont le plus à gagner en se soulevant sont les femmes, la classe ouvrière et les minorités et groupes opprimés. Si les mouvements sociaux ne prêtent pas attention aux spécificités, les nouveaux régimes pourraient ne former que de nouvelles élites qui opprimeront les groupes vulnérables à leur façon. Le besoin d’organisations de femmes, autonomes, indépendantes, se fait aussi sentir dans l’expérience des luttes des femmes kurdes …

La région qui a été le plus communément qualifiée de « libre » est le sud du Kurdistan. Les kurdes y jouissent d’une semi-autonomie, y ont leurs propres structures de gouvernance et n’y sont plus persécutés du fait de leur ethnicité comme le sont encore les kurdes dans d’autres régions. Le Gouvernement Régional du Kurdistan (GRK) a reçu en fait des éloges internationaux pour avoir établi une entité économiquement forte et relativement démocratique, comparée notamment au reste de l’état démembré d’Irak. Le GRK puise souvent une légitimité à travers cette comparaison avec l’Irak malgré ses structures internes profondément anti-démocratiques. Alors même que ses membres dominants ont l’esprit extrêmement tribal, autocratique et corrompu, que l’opposition est réduite au silence et que les journalistes sont assassinés dans des circonstances troubles.

Le pragmatique GRK est amical envers des régimes tels que l’Iran et la Turquie qui répriment brutalement leur propre population kurde et rejettent même les ambitions d’autonomie des kurdes en Syrie. Il est assez intéressant de noter également qu’il semble s’agir là des endroits les plus déplaisants pour les femmes kurdes.

Il est intéressant de noter également que l’entité kurde la plus semblable à un état, la mieux intégrée au système capitaliste, et qui satisfait aux exigences des puissances régionales comme l’Iran et la Turquie ainsi qu’à celles des puissances mondiales, ne montre le moindre d’intérêt pour le droit des femmes et la remise en cause du patriarcat. Cela nous en apprend beaucoup sur les manières dont les différentes formes d’oppression se recoupent, mais aussi sur le type de Kurdistan que peut tolérer la communauté internationale.

On doit certainement tenir compte du fait que le sud est une région en voie de développement, mais bien que le gouvernement dispose de nombreux outils à sa disposition pour donner du pouvoir aux femmes, il ne semble pas intéressé pour les utiliser. En théorie, on pourrait s’attendre à ce que les femmes au sud Kurdistan bénéficient d’une meilleure situation que dans les autres régions du pays, puisqu’elles vivent dans une région prospère gouvernée par des kurdes, où elles ne sont plus persécutées du fait de leur ethnicité. Même si les femmes y souffrent de moins de strates d’oppression, elles sont victimes du féodalisme tribal des partis politiques dominants, qui semblent considérer le nationalisme futile et la croissance capitaliste comme une conception adéquate de la « liberté ».

Dans le sud du Kurdistan, les femmes sont très actives dans la revendication de leurs droits, mais le GRK rechigne souvent à améliorer ses lois. La violence contre les femmes est épidémique, en augmentation même, mais le gouvernement n’en fait tout simplement pas assez pour la combattre. En 2011/12, on a enregistré presque 3 000 cas de violence contre des femmes, mais 21 personnes seulement furent poursuivies, sans parler des cas qui n’ont pas été dénoncés. Les rares hommes condamnés sont souvent libérés peu après. Parfois, les victimes de la violence féminine sont montrées du doigt et blâmées pour avoir « provoqué » les hommes. Comme la punition n’apparaît pas comme dissuasive pour la violence masculine, le système perpétue l’oppression des femmes.
L’absence d’organisations de femmes réellement indépendantes, non-partisanes, est également très problématique. De nombreuses organisations de femmes dans le sud Kurdistan sont même dirigées par des hommes! Les politiques féodales, tribales encouragent sans aucun doute des attitudes patriarcales qui représentent d’immenses obstacles à la libération des femmes. Même si la condamnation des actes de violence contre les femmes semble se développer, il n’y a pas de remise en question fondamentale du système patriarcal dans son ensemble.

Des instances de décisions autonomes de femmes sont essentielles pour garantir une représentation de leurs intérêts spécifiques. Une approche du haut vers le bas des droits des femmes est souvent inadéquate et et renforce le patriarcat de manière passive. Des projets issus de la base semblent plus efficaces pour transformer la société : Par exemple, un projet documentaire indépendant sur la mutilation génitale des femmes (qui semble pratiqué uniquement dans le sud Kurdistan) a réussi à faire modifier la loi par le GRK. Malheureusement, elle reste largement pratiquée sans châtiment.

Il est important de souligner qu’il ne s’agit nullement d’une situation qui serait originaire du sud Kurdistan. La condition des femmes a pour origine ici le manque d’intérêt des partis politiques à s’engager dans la libération des femmes. Il s’agit d’un choix politique délibéré de la part des partis dominés par des hommes. Cela ne doit pas en être ainsi!

L’idée selon laquelle « Maintenant que nous avons un ‘Kurdistan libre’, ne le critiquons pas trop » semble très répandue, même si cela se fait au détriment d’une réelle compréhension de la démocratie et de la liberté pour tous.

Demander le châtiment des violences contre les femmes et une meilleure représentation de leurs intérêts dans la sphère publique ne signifie pas que les femmes ne soient pas « loyales envers l’état ». Il semble difficile d’être loyale envers un tel état patriarcal. Les femmes ont besoin de de transgresser les affiliations partisanes et de développer un mouvement des femmes, au-delà de petites ONG. Les femmes du sud Kurdistan ne devraient pas se contenter de moins que cela, tout particulièrement depuis qu’elles disposent de davantage d’outils, d’instances et de ressources que les femmes kurdes dans d’autres régions, pour travailler en faveur d’une société plus égalitaire.

Même les militantes des partis politiques kurdes de gauche, socialistes, ont fait l’expérience que, sans instances autonomes, leurs voix sont réduites au silence dans la société patriarcale kurde. Bien que le Parti des Travailleurs du Kurdistan, PKK, soit connu pour les nombreuses femmes à des postes de responsabilité au sein de ses rangs et pour son engagement déclaré en faveur de la libération des femmes, les choses n’ont pas été toujours faciles pour les femmes dans le mouvement de guérilla. Dans les années 1980, la composition démographique du PKK, qui avait son origine dans les milieux universitaires socialistes, a été bouleversé lorsque de nombreuses personnes issues des régions féodales, rurales et moins éduquées du Kurdistan ont rejoint les montagnes après que leurs villages aient été détruits par les turcs.

La plupart de ces gens n’avaient pas été en contact avec des idéaux tels que le socialisme et le féminisme et considéraient par conséquent, le nationalisme comme principale motivation de leur combat pour la libération nationale. A l’époque, de nombreuses femmes dans le mouvement de guérilla se sont battues pour convaincre leurs camarades masculins qu’elles étaient leurs égales. L’expérience négative de la guerre acharnée des années 1980 a aussi négligé l’aspect éducatif dans l’entraînement à la guérilla, puisque la guerre était plus urgentes, mais cela a permis aux femmes de prendre conscience d’une chose: Nous avons besoin d’organisations autonomes de femmes!

Le PKK et les partis qui partagent la même idéologie réussissent à créer des mécanismes qui garantissent la participation des femmes à la sphère politique et , au delà, à remettre en question la culture patriarcale elle-même. L’idéologie du PKK est explicitement féministe et est intransigeante lorsqu’il s’agit de la libération des femmes. A la différence des autres partis politiques kurdes, le PKK n’a pas fait pas appel à des propriétaires terriens féodaux et tribaux pour atteindre ses buts, mais a mobilisé les régions rurales, la classe ouvrière, les jeunes et les femmes.

La force du mouvement des femmes qui en a résulté illustre le fait que établir des structures telles que la coprésidence (partagée par une femme et un homme) et une répartition sexuée de 50-50 dans les comités à tous les niveaux administratifs n’est pas purement symbolique pour donner une visibilité aux femmes. L’officialisation de la participation des femmes leur donne un point d’appui pour s’assurer que leurs voix ne seront pas déformées et cela a réellement remis en question et transformé la société kurde sous de nombreux aspects.

Cela conduit à son tour à une vaste popularisation du féminisme au nord Kurdistan. La lutte des femmes n’est plus un idéal parmi des cercles militants de l’élite mais un prérequis pour la lutte de libération. La domination masculine n’est pas acceptée dans ces milieux politiques, des plus hauts niveaux de l’administration jusqu’aux communautés locales de base. Cela a été obtenu à travers l’établissement d’instances autonomes de femmes au sein du mouvement.

Même si il reste beaucoup de problèmes en ce qui concerne la violence envers les femmes au nord Kurdistan, l’intérêt pour l’égalité des sexes comme mesure de liberté d’une société a, en fait, politisé les femmes, jeunes comme âgées, et a établi un mouvement des femmes incroyablement populaire. Beaucoup de femmes turques cherchent aujourd’hui l’inspiration dans le riche trésor que constitue l’expérience des femmes kurdes. Alors que la Turquie a aujourd’hui un premier ministre qui encourage les femmes à se marier jeunes, à se voiler et à faire au moins quatre enfants, et que les trois partis les plus représentatifs de Turquie comptent moins de 5% de femmes dans leurs rangs, le Parti Démocratique des Régions Kurdes (BDP) ainsi que le Parti Démocratique du Peuple (HDP) nouvellement créé comptent fièrement au moins 40% de femmes dans leurs rangs, en se focalisant explicitement sur les questions féministes et LGBT. Le mouvement des femmes kurdes lui-même critique le patriarcat au Kurdistan et souligne que les progrès obtenus à ce jour ne signifient pas la fin de la lutte.

Influencé par ce discours sur la libération des femmes, les principaux partis politiques de l’ouest du Kurdistan, Rojava, ont adopté l’idéologie du PKK et renforcent la coprésidence ainsi que la parité 50-50 au sein de leurs appareils politiques. En entérinant la libération des femmes dans tous les appareils légaux, organisationnels et idéologiques de leurs structures de gouvernance depuis la base même, y compris les forces de défense, ils s’assurent que les droits des femmes ne seront pas remis en question.

Les hommes avec des antécédents de violence domestique ou de polygamie sont exclus des organisations. La violence contre les femmes et le mariage des enfants sont illégaux et passibles des tribunaux. Les observateurs internationaux qui visitent l’ouest du Kurdistan avouent qu’ils sont profondément impressionnés par la révolution des femmes qui a émergé malgré la terrible guerre civile en Syrie.

En même temps, les cantons récemment créés dans l’ouest du Kurdistan ont intégré fermement aussi d’autres ethnies et groupes religieux au sein de leur système. Dans l’esprit du paradigme du « confédéralisme démocratique » tel que proposé par le dirigeant du PKK, Abdullah Öcalan, ils ont renoncé à la création d’ un état comme solution, puisqu’ils pensent que les états sont des entités hégémoniques par nature qui ne représentent pas le peuple. Les principaux partis politiques insistent sur le fait qu’ils ne veulent pas faire sécession d’avec la Syrie mais rechercher une solution démocratique à l’intérieur des frontières existantes, tout en incluant les minorités dans le gouvernement et en accordant aux femmes une voix égale dans la création « d’un système démocratique radical partant de la base fondé sur légalité des sexes et l’écologie”, au sein duquel différents groupes ethniques et religieux peuvent vivent sur un pied d’égalité.

Les avancées du peuple de l’ouest du Kurdistan ont été constamment attaquées par le régime syrien de Assad comme par les groupes jihadistes liés à al Qaeda qui semblent être financés et soutenus en partie par la Turquie.

Il est intéressant d’observer que l’entité kurde, la plus ressemblante à un état, la plus prospère, la mieux acceptée et établie, le GRK, est incapable de respecter le droit des femmes, alors que l’ouest du Kurdistan, malgré un embargo politique et économique et l’épouvantable situation de guerre, ne se tourne pas vers le nationalisme ou un état, mais un confédéralisme démocratique, comme solution et a déjà créé de nombreuses structures pour garantir la représentation des femmes. Les préférences de la communauté internationale sont intéressantes au plus haut point sous cet angle! Alors que le GRK est souvent loué comme un modèle de démocratie dans la région, l’ouest du Kurdistan est totalement discrédité.

Si les acteurs internationaux qui se présentent eux-mêmes comme des défenseurs de la liberté et de la démocratie au Moyen-Orient étaient réellement intéressés par la paix en Syrie, ils soutiendraient auraient probablement soutenu le projet laïque, progressiste, dans l’ouest du Kurdistan. Au contraire, les kurdes ont été exclus de la conférence de Genève II de janvier 2014. Cela s’est fait, en outre, en partie avec l’accord du GRK, qui a aidé à marginaliser les avancées dans l’ouest du Kurdistan, principalement parce que les principaux partis politiques – idéologiquement et non de manière organisationnelle – sont alliés avec le PKK, le rival traditionnel du parti GRK au pouvoir.

La cadre du GRK concernant le progrès, la démocratie, la liberté et la modernité ne remet pas en cause le système mondial capitaliste, étatiste, nationaliste et patriarcal. C’est pourquoi il semble que ce soit le genre de Kurdistan qui peut être toléré par la communauté internationale, alors que les partis politiques qui ont la capacité de perturber le système sont marginalisés.

Des événements récents illustrent les manières sexistes avec lesquelles les idéologies féministes de quelques partis politiques kurdes sont attaquées. Dans une tentative pour démontrer qu’il était un ami des kurdes, le premier ministre turc, Erdogan, a invité le président du GRK, Masoud Barzanî, dans la capitale kurde officieuse Amed (Diyarbekir). Accompagné par des chanteurs comme Sivan Perwer et Ibrahim Tatlises, connus pour leur opportunisme et leur féodalisme sexuel, une comédie d’événement a été montée à Amed. La rencontre a été avant tout une occasion pour essayer de marginaliser les kurdes de Turquie, notamment le PKK et les partis politiques légaux du Kurdistan nord, comme le Parti Démocratique des Régions (BDP).

Lors d’une cérémonie de mariage, les deux dirigeants, Erdogan et Barzanî, ont béni l’union de quelques centaines de couples, tous représentant la femme selon l’image qu’ils en ont. La plupart des mariées portaient le voile, tous les couples étaient très jeunes. Cette démonstration de conservatisme au nom de la « paix » illustrait la similarité entre les mentalités féodales et patriarcales des deux dirigeants et de leur entourage. En essayant de marginaliser le PKK, ils essayaient en réalité de marginaliser toutes les femmes kurdes. Sous cet aspect, cette cérémonie de mariage extrêmement conservatrice, était plus une insulte délibérée au mouvement des femmes kurdes qu’une représentation d’une coexistence pacifique des peuples.

Mais le partenariat intéressé entre Barzanî et Erdogan est il surprenant? La Turquie n’a pas de problème avec le GRK ou même avec les kurdes en général. Le problème est idéologique.

Selon les termes de Selahattin Demirtas, coprésident du Parti Kurde pour la Paix et la Démocratie : “Si nous l’avions voulu, nous aurions pu déjà créé dix Kurdistan. L’important n’est pas d’avoir un état appelé Kurdistan, ce qui importe, c’est que nous ayons un Kurdistan avec des principes, des idéaux.”

L’attitude des puissances régionales comme l’Iran et la Turquie, qui ont des traditions répressives vis à vis de leur population kurde respective, et le comportement des puissances internationales le démontrent : un Kurdistan qui souhaite coopérer avec ces régimes, qui maintient des liens économiques avec ces états et qui est désireux de marginaliser les partis politiques kurdes les plus radicaux au nom de son propre opportunisme, peut très bien être toléré par la communauté internationale. Une structure comme le GRK, compatible avec le cadre du système dominant est accepté, alors que des partis politiques qui remettent en cause le système capitaliste, féodal-patriarcal, étatiste sont ostracisés. Cette préférence asymétrique de la part de la communauté internationale dévoile sa réelle nature anti-démocratique. Et les femmes kurdes vivent tout cela à travers leurs propres corps.

Afin que le Kurdistan devienne une société réellement libre, la libération des femmes ne doit en aucune manière être remise en cause. Critiquer l’échec du Gouvernement Régional Kurde dans les domaines des femmes, de la liberté de la presse, etc. ne signifie pas que l’on « divise » les kurdes.Quel genre de société serait le sud Kurdistan si l’on n’apprenait pas aux gens à être critiques de peur de perdre ce qui a été obtenu au travers de tant de sacrifices? Les gens ne devraient-ils pas être critiques, même si cela signifie s’opposer à son propre gouvernement? N’est-ce pas là l’essence même de la démocratie? Ne devons-nous pas cela à tous ces gens qui sont morts pour construire une société où cela vaille la peine de vivre? Se satisfaire de moins, au nom du maintien du statu, c’est se représenter la liberté au sens le plus abstrait possible du terme. Les femmes du Kurdistan qui luttent quotidiennement méritent certainement mieux que cela.

Le nationalisme, le capitalisme, l’étatisme, ont été les piliers du patriarcat et ont souvent utilisé le corps et les attitudes des femmes pour contrôler les sociétés. Le niveau de liberté a considérablement baissé dans le système capitalisme mondial dans lequel nous vivons. Il semble, dès lors, assez tentant de se satisfaire du , étant donné qu’il est devenu une forteresse de la modernité capitaliste. Mais, en reproduisant les défauts et les lacunes du reste du monde, le GRK restreint considérablement sa conception de la liberté.

Par conséquent, les femmes ne devraient pas attendre la libération de la part d’une structure hégémonique bâti sur le modèle étatique. A partir du moment où nous considérons le fait d’organiser l’élection d’une Miss Kurdistan comme un signe de progrès et de modernité, nous reproduisons exactement les mêmes mécanismes qui ont asservi l’humanité en premier lieu. Est cela que nous appelons liberté? Un consumérisme débridé? Un nationalisme primaire? La reproduction des éléments d’un capitalisme et d’un patriarcat mondial, en les étiquetant du drapeau kurde afin de nous vanter d’être modernes?

La liberté ne se trouve pas dans les hôtels turcs, les investissements iraniens, les chaînes de restaurants, les concours de beauté sponsorisés par l’étranger, ou dans les vêtements traditionnels kurdes. La liberté ne vient pas lorsque nous pouvons prononcer librement le mot Kurdistan. La liberté est une lutte sans fin, un processus de construction d’une société éthique, égalitaire. Le vrai travail commence après que la « libération ». “Azadî” doit être être évaluée au regard de la libération des femmes. A quoi sert un état kurde si il perpétue la culture du viol, le meurtre des femmes, la maladie antique du patriarcat? Les apologistes du viol, les dirigeants sexistes kurdes, et les institutions officielles seraient-ils très différents des structures étatiques répressives si ils portaient nos vêtements traditionnels?

“Kurdistan”en lui-même n’équivaut pas à liberté. Un Kurdistan patriarcal est un tyran plus insidieux que des agresseurs habituels. Être colonisées et asservies la moitié de sa propre communauté selon des critères sexuels par ses partenaires proches est un acte encore plus violent et honteux qu’une invasion étrangère.

Par conséquent, les femmes kurdes doivent constituer l’avant-garde d’une société libre. Cela demande du courage de s’opposer à des états répressifs, mais cela demande parfois encore plus de courage de s’opposer à sa propre communauté. Car ce n’est pas réellement une simple gouvernance kurde, ni même un état kurde, qui est dangereux pour le système dominant. Une plus grande menace pour les structures hégémoniques réside dans une femme kurde consciente et active politiquement.

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Dilar Dirik est une femmes universitaire kurde licenciée en histoire et science politique, avec une maîtrise en Études internationale. Actuellement elle étudie la sociologie à l’Université de Cambridge. Elle collabore régulièrement à diverses revues et médias ainsi qu’à différentes ONG kurdes en Europe, notamment des organisations de femmes.

Le blog de Dilar Dirik http://dilar91.blogspot.fr/
Voir également de Dilar Dirik : Western fascination with ‘badass’ Kurdish women
http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2014/10/western-fascination-with-badas-2014102112410527736.html
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 11 Jan 2015, 14:03

Rojava : Fantasmes et réalités

Par Zafer Onat

Ce texte critique en anglais est tiré du site « SERVET DÜŞMANI » (http://www.servetdusmani.org/rojava-fan ... realities/) où Il a été mis en ligne le 1er novembre 2014. Il a été traduit en français en décembre 2014 par une personne du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/ . Le texte a été féminisé et il est librement utilisable par tous et toutes.

La résistance de Kobanê qui a passé ses 45 jours a maintenant causé le fait que l’attention des révolutionnaires du monde entier s’est tournée vers le Rojava. Comme résultat du travail mené par l’Action Révolutionnaire Anarchiste1 des camarades anarchistes de nombreuses parties du monde ont envoyé des messages de solidarité à la résistance de Kobanê2. Cette position internationaliste a sans doute une grande importance pour les gens qui résistent à Kobanê. Toutefois, si nous n’analysons pas ce qui est en train d’arriver dans toute sa vérité et si, au lieu de cela, nous romançons, nos rêves se transformeront rapidement en déception.

En outre, afin de créer l’alternative révolutionnaire mondiale qui est urgemment nécessitée, nous devons avoir la tête froide et être réaliste, et nous devons faire des évaluations correctes. Sur ce point laissez nous mentionner en passant que ces messages de solidarité qui ont été envoyés à l’occasion de la résistance de Kobanê démontrent l’urgence de la tâche de créer une association internationale où les anarchistes révolutionnaires et les communistes libertaires peuvent discuter les questions locales et globales et être en lien solidaire durant les luttes. Nous avons ressenti le manque d’une telle internationale durant les quatre dernières années lorsque de nombreux soulèvements sociaux eurent lieu dans de nombreuses parties du monde – nous avons au moins ressenti ce besoin durant le soulèvement qui eut lieu en juin 2013 en Turquie.

Aujourd’hui, cependant, nous devons discuter du Rojava sans illusions et baser nos analyses sur le bon axe. Il n’est pas très facile pour des personnes d’évaluer les développements qui se produisent au sein du cadre temporel dans lequel elles vivent à partir de ce qu’elles voient en ce moment. Évidemment, des évaluations faites avec l’esprits obscurci par le sentiment d’être acculéEs et désespéréEs rendent encore plus dur pour nous le fait de produire des réponses solides.

Nulle part dans le monde d’aujourd’hui n’existe un mouvement révolutionnaire efficace dans notre sens du terme ou un fort mouvement de classe qui peut être un précurseur d’un tel mouvement. Les luttes qui émergent s’amenuisent soit en étant violemment réprimées ou soit en étant entraînées dans le système. Il semble qu’à cause de cela, juste comme dans le cas d’une importante partie des marxistes et des anarchistes en Turquie, des organisations révolutionnaires et des individus dans diverses parties du monde, sont en train d’attribuer à la structure qui a émergé au Rojava un sens qui est au delà de sa réalité. Avant tout autre chose, il est injuste pour nous de charger le fardeau de notre échec à créer une alternative révolutionnaire dans les endroits où nous vivons et le fait que l’opposition sociale est largement cooptée au sein du système sur les épaules des personnes qui luttent au Rojava. Ce Rojava, où l’économie est dans une large mesure agricole et qui est encerclé par des blocs impérialistes menés d’un coté par la Russie et de l’autre coté par les USA, par des régimes répressifs, réactionnaires et collaborateurs dans la région et par des organisations djihadistes brutales comme l’État Islamique qui ont prospéré dans cet environnement. En ce sens, il est également problématique d’attribuer une mission au Rojava qui est au delà de ce qu’il est ou de ce qu’il peut être ou de blâmer ces gens engagés dans une lutte à la vie à la mort parce qu’ils et elles escomptent du soutien de la part des forces de la Coalition ou qu’ils et elles ne mènent pas “une révolution à notre goût”.

Tout d’abord nous devons identifier le fait que le processus du Rojava a des caractéristiques progressistes telles qu’un important bond en avant dans la direction de la libération des femmes, la tentative de construire une structure laïque, en faveur de la justice sociale, démocratique et pluraliste et le fait que les autres groupes ethniques et religieux aient une part dans l’administration. Toutefois, le fait que la nouvelle structure émergente ne vise pas l’élimination de la propriété privée, c’est à dire l’abolition des classes, que le système tribal demeure et que les leaders tribaux prennent part à l’administration montre que le but n’est pas la suppression des relations de production féodales ou capitalistes mais, au contraire, dans leurs propres mots “la construction d’une nation démocratique”.

Nous devons également nous souvenir que le PYD est une partie de la structure politique dirigée par Abdullah Öcalan depuis 35 ans qui vise à la libération nationale et que toutes les limitations politiques que les mouvements nationalement orientés possèdent s’appliquent aussi au PYD. De plus, l’influence des éléments qui appartiennent à la classe dirigeante à l’intérieur du mouvement kurde est en augmentation constante avec le “processus de solution”, spécialement en Turquie.

Sur ce point, il est utile d’examiner le Contrat de la KCK3 qui définit le confédéralisme démocratique qui forme la base du système politique au Rojava4. Quelques points dans l’introduction écrite par Öcalan méritent notre attention :

“Ce système prend en compte les différences éthniques, religieuses et de classe sur une base sociale.” (..)

“Trois systèmes de lois s’appliqueront au Kurdistan : la loi de l’UE (Union Européenne), la loi de l’État unitaire, la loi confédérale démocratique.”

En résumé, il est déclaré que la société de classe demeurera et qu’il y aura un système politique fédéral compatible avec le système global et l’État-nation. De concert avec cela, l’article 8 du Contrat, intitulé ” Droits personnels, politiques et libertés” défend la propriété privée et la section C de l’article 10 intitulée “Responsabilités basiques” définit la base constitutionnelle du service militaire obligatoire et déclare “En cas de guerre de légitime défense, en tant qu’exigence de patriotisme, il y a la responsabilité de rejoindre activement la défense du pays natal et des droits et libertés basiques”. Tandis que le Contrat déclare que le but n’est pas le pouvoir politique, nous comprenons également que la destruction de l’appareil d’État n’est pas visée, ce qui signifie que le but est l’autonomie au sein des États-nations existants. Quand le Contrat est vu dans son ensemble, l’objectif qui est présenté n’est pas vu comme allant au delà d’un système démocratique bourgeois qui est appelé confédéralisme démocratique. Pour résumer, tandis que les photos des deux femmes portant un fusil, qui sont souvent répandues dans les réseaux sociaux, l’une prise durant la Guerre Civile Espagnole, l’autre prise au Rojava, correspondent à une similarité dans le sens de femmes combattant pour leurs libertés, il est clair que les personnes combattant l’État Islamique au Rojava n’ont pas, en ce moment précis, les mêmes buts et idéaux que les travailleurs-euses et paysanNEs pauvres qui luttaient au sein de la CNT-FAI afin de renverser à la fois l’État et la propriété privée.

En outre, il y a de sérieuses différences entre les deux processus en terme de conditions d’émergence, de positions de classe de leurs sujets, de lignes politiques de celles et ceux qui conduisent le processus et de force du mouvement révolutionnaire mondial.

Dans cette situation, nous ne devons ni être surpris ou blâmer le PYD s’ils et elles sont même forcés d’abandonner leur position actuelle, de manière à trouver une alliance avec les pouvoirs régionaux et globaux afin de briser le siège de l’État Islamique. Nous ne pouvons attendre des personnes qui luttent à Kobanê qu’elles abolissent l’hégémonie du capitalisme à l’échelle mondiale ou qu’elles résistent longtemps à cette hégémonie. Cette tâche peut seulement être réalisée par un fort mouvement de classe mondial et une alternative révolutionnaire.

Le capitalisme est en crise à un niveau global et les impérialistes, qui sont en train d’essayer de transcender cette crise en exportant la guerre à chaque coin du monde, ont transformé, avec l’aide des politiques des régimes répressifs de la région, la Syrie et l’Irak en un enfer. Du fait des conditions où n’existe pas une alternative révolutionnaire, le soulèvement social qui a émergé en Ukraine contre le gouvernement pro-russe et corrompu a eu pour résultat l’arrivée au pouvoir des forces pro-Union Européenne soutenues par les fascistes et la guerre entre deux camps impérialistes continue. Le racisme et le fascisme se développent rapidement dans les pays européens. En Turquie, les crises politiques se succèdent les unes aux autres et la division ethnique et sectaire de la société s’approfondit. Tandis que dans ces circonstances, le Rojava peut apparaître comme une planche de salut sur laquelle s’appuyer, nous devons considérer qu’au delà du siège militaire de l’État Islamique, le Rojava est également sous le siège politique de forces comme la Turquie, Barzani et l’Armée Syrienne Libre. Aussi longtemps que le Rojava n’est pas soutenu par une alternative révolutionnaire mondiale sur laquelle se reposer, il semble qu’il ne sera pas facile pour le Rojava ne serait-ce que de maintenir sa position actuelle sur le long terme.

Le sentier, pas seulement pour défendre le Rojava physiquement et politiquement mais aussi pour l’emmener plus loin, réside dans la création de terrains basés sur la classe pour l’organisation et la lutte, et reliés à une forte alternative révolutionnaire organisée globalement. La même chose s’applique pour prévenir l’atmosphère de conflit ethnique, religieux et sectaire qui saisit un peu plus chaque jour les peuples de la région et pour empêcher les travailleurs-euses de glisser dans un radicalisme de droite face à la crise du capitalisme à un niveau mondial. La solidarité avec Kobanê, bien qu’importante est insuffisante. Au delà de celle-ci, nous avons besoin de voir qu’il est impératif de discuter de ce qu’il faut faire pour créer un processus révolutionnaire et s’organiser pour cela à un niveau international, partout où nous sommes, pas seulement pour celles et ceux qui résistent à Kobanê mais aussi pour des millions de travailleurs-euses à travers le monde entier.


1 DAF en turc, pour Devrimci Anarşist Faaliyet. C’est une des principales organisations anarchiste en Turquie.

2 http://meydangazetesi.org/gundem/2014/1 ... yanismasi/

3 Le Contrat est lisible en français ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/maxime-a ... -de-rojava. Le sigle KCK désigne le “Groupe des Communautés du Kurdistan”, un structure politique émanant du PKK, et qui regroupe le PKK de Turquie, le PYD de Syrie, le PJAK d’Iran et le PÇDK d’Irak ainsi qu’un certain nombre d’organisations sociales qui sont plus ou moins liées à ces partis frères. Le KCK est dirigé par une sorte de parlement appelé “Kongra Gelê” ou Congrès du Peuple du Kurdistan.

4 http://tr.wikisource.org/wiki/KCK_S%C3%B6zle%C5%9Fmesi

http://rojavasolidarite.noblogs.org/pos ... -realites/


Le Ministre de l’Économie du Canton d’Efrin : Le Rojava défie les normes de classe, de genre et de pouvoir.

Ce texte est tiré du site en anglais « The Rojava Report : News from the Revolution in Rojava and Wider Kurdistan » (https://rojavareport.wordpress.com/) où Il a été mis en ligne le 22 décembre 2014. Il a été traduit en français en décembre 2014 par une personne du Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation de Caen (et d’ailleurs) : http://ablogm.com/cats/

Les noms de lieux ont été repris tels quels pour des raisons de facilité. Le texte a été féminisé et il est librement utilisable par tous et toutes.

Nous l’avons traduit car, directement ou indirectement, il apporte, politiquement, économiquement et socialement, des éléments d’information et de réflexion sur la nature concrète de l’expérience démocratique en cours au Kurdistan Syrien. Or ces d’informations concrètes sont rares, souvent partielles et parfois contradictoires. Et cela devrait nous inciter, en tant que révolutionnaires, à parfois un peu plus de prudence dans nos déclarations et publications, car, sans tomber dans un purisme idéologique facile et méprisant, il ne faudrait pas non plus prendre la réalité pour ce qu’elle n’est pas.


Le Ministre de l’Économie du Canton d’Efrin : Le Rojava défie les normes de classe, de genre et de pouvoir.

L’entretien suivant a eu lieu avec le Dr. Amaad Yousef,le Ministre de l’Économie du Canton d’Efrin au Rojava (Kurdistan syrien) et il a été publié dans le journal « Özgür Gündem ». Yılmaz a parlé avec le Dr. Yousef alors qu’il prenait part à une conférence organisée par le Congrès de la Société Démocratique (DTK en kurde) dans la ville de Van le mois dernier. Le sujet de la conférence était « l’économie démocratique ». L’interview a ensuite été traduite en anglais.

-Parlons un peu d’avant la révolution. Quel était le statut des kurdes ? Quelles choses avaient-ils ?


Géographiquement, le Rojava couvre une zone de 18 300 kilomètres carrés. Il est divisé en trois cantons1. Toutefois le Rojava peut supporter une population deux ou trois fois plus grande que celle qui vit là. 60% des pauvres de Syrie étaient des kurdes. Parce qu’ils (le régime des El Assad – NDT) n’autorisaient pas l’ouverture des usines ou le développement de toute forme d’enrichissement dans la région du Rojava. Par exemple, à Efrin, il y avait près de 200 usines de transformation des olives. En dehors de cela, il n’y avait pas le moindre petit atelier. Les kurdes riches vivaient à Damas et Alep et avaient des relations proches avec le régime. Le régime a pris des terres dans certaines régions en utilisant des arabes qu’il a établis dans certaines régions sous le couvert de sa politique de « ceinture arabe »2. Cette politique fut appliquée particulièrement dans le canton du Cizîrê.

- Comme pour Efrin…

La politique du régime était quelque chose comme « laissons les gens avoir des difficultés à survivre, vendre leurs biens et leur propriété et émigrer ». Ils ont laissés les arabes venir et s’établir dans la zone. Du fait de l’embargo en place sur la région, les gens bougeaient vers Damas et Alep. Par exemple, il y avait un endroit à Damas appelé « Zorava ». Comme on le comprend à partir du nom, les kurdes ont construit cette zone avec leur propre travail. C’était un quartier sous l’administration du centre de la ville et une zone pauvre. Avant la révolution, la population kurde à Alep avait atteint un million. Presque tous et toutes vivaient à Şex Meqsut et Eşrefi. Si cette politique avait continué encore 10 ans de plus, les kurdes auraient perdu toute connexion avec leur propre géographie.

- Qu’est-ce que les kurdes vivant à Alep et Damas faisaient comme travail ?

Ils et elles travaillaient dans les restaurants, les usines, la construction, c’est-à-dire des emplois que personne ne voulait faire. Des travaux difficiles et dangereux… Tous les « sales » boulots que les arabes ne faisaient pas. 90% vivaient dans la pauvreté.

- Était-ce une politique systématique ?


Le régime a passé une loi en 2008 afin de forcer les kurdes à émigrer. Avec cette loi il était très difficile pour les kurdes de posséder une propriété. En même temps elle rendait beaucoup plus facile pour les arabes le fait d’acheter cette propriété.

- Y avait-il des écoles et des hôpitaux ?

Il y avait des écoles élémentaires et moyennes dans chaque village du canton d’Efrin. Ces écoles étaient construites pour l’assimilation. Vous ne trouviez pas un seul lycée ou école professionnelle qui étaient interdits. L’éducation en langue kurde était interdite. Les routes étaient un peu développées pour la sécurité. À Kobanê il y avait un hôpital et dans le canton du Cizîrê, dans la ville de Qamişo, il y avait un hôpital d’État mais ce n’était pas un hôpital avancé. Les patientEs sérieusement malades étaient transféréEs à Alep ou à Damas. UnE patientE à Efrin ne pouvait être traitéE à Efrin. Il n’y avait rien pour satisfaire les nécessités de la vie. Par exemple, si vous alliez acheter des vêtements pour un mariage, vous deviez aller à Damas ou à Alep.

- Si vous parliez des quelques choses qu’il y avait ?

La chose qui était développée, c’était l’usure. Dans le district de Reco du canton d’Efrin, vous saviez quelle maison appartenait à qui. Vous pouviez regarder une maison et dire que c’était celle d’unE usurierE. Il y avait une tribu arabe appelée les Boben. Le travail principal de cette tribu était l’usure. Ils et elles rendaient les kurdes sans maison et sans propriété. En échange de l’intérêt, ils et elles prenaient leur propriété et les forçaient à émigrer. La chose qui nous faisait le plus de peine avant 2011, c’était l’effondrement de la morale et de la conscience. Cette vie était très difficile pour nous…

- Quelle est la situation en ce qui concerne l’infrastructure ?

Il n’y avait pas d’élections au sein du système municipal en Syrie. Le parti Baath était nommé et choisi comme une formalité. Ceux qui voulaient être nommés distribuaient de l’argent et étaient choisis.

- Pouvez vous expliquer un peu à propos des premiers jours de la révolution ?


Le processus appelé le Printemps Arabe a duré 28 jours en Tunisie. En Égypte, la résistance continua durant 18 jours. En Libye plus de sang fut versé et Kadhafi s’en alla. Au Yémen beaucoup de sang fut versé. En ce qui nous concerne nous comptions sur une période de 3,5 ou 10 mois. Nous nous trompions sur ce sujet, toutefois tous nos autres calculs étaient bons. Si nous avions été du coté de l’opposition en Syrie, pas grand-chose n’aurait changé parce que l’approche de l’opposition envers les kurdes n’était pas différente de celle du régime.

- Quelle fut l’attitude du régime durant ces [premiers] jours ?

Les arabes disaient « Nous vous attendons. Rebellez-vous, nous sommes prêts, renversons le régime ». Nous disions « Non, nous sommes 15% de la Syrie et vous êtes 85% de la Syrie. Que 50% d’entre vous se soulève et 100% d’entre nous se soulèvera ». Ils se sont trouvés être des menteurs. Si nous avions fait comme ils voulaient que nous le fassions, le régime aurait dit « Ceux-là veulent briser la Syrie » et ils auraient organisé tous les arabes contre nous. Et les kurdes au Rojava auraient dû faire face à un génocide. Nous avons réalisé la situation. Nous disions que nous allions mettre en application notre modèle sur une fondation démocratique et sans bain de sang et que notre porte était ouverte à celles et ceux qui voulaient se joindre à nous.

-Quelle est la première tâche que vous ayez entreprise ?

Avec le début de la révolution, passé la première année, nous avions fondé un journal et une chaîne de télé. Nous avons formé une assemblée du peuple. Nous avons jeté dehors les éléments du régime qui étaient parmi nous. Nous avons mis à la porte les organisations et les gens connectés au régime mais nous n’avons pas fait de tort où que ce soit. Il était même interdit de forcer une caisse. Avant la révolution, 450 000 personnes vivaient à Efrin. Après la révolution, la population dépassa 1 million. Près de 200 000 arabes sont venuEs et se sont installéEs.

- Quelle fut votre première tâche en terme d’économie ?

Quand Efrin fut sûre et paisible, le développement du commerce rétablit son pas. Des bâtiments furent construits, des ateliers furent ouverts. De manière à mettre un système en place, un Centre de Développement Économique fut fondé dans le district central de Derik. Des branches s’occupant de choses comme le commerce, l’agriculture, les métiers, l’architecture et qui étaient connectées à ce centre furent ouvertes à Qamişlo, Kobanê et Efrin. Après cela, des associations de métiers et de commerce furent fondées.

- Qu’est ce qui existe maintenant en terme d’usines, d’ateliers etc ?

Il y a maintenant à Efrin 50 fabriques de savon, 20 usines de production d’huile d’olive, 250 fabriques de transformation de l’olive, 70 fabriques de matériaux de construction, 400 ateliers textile, 8 usines de chaussures, 5 usines produisant du nylon, 15 fabriques de marbre. 2 minoteries et 2 hôtels ont été construits. Nous sommes le premier et unique lieu de production de savon en Syrie. Nous travaillons à développer le commerce autour des produits de laiterie, des fruits et des autres produits alimentaires. Nous faisons tout cela dans les villages donc les gens retournent à leurs villages. Une nouvelle fois un barrage fut construit pour fournir de l’eau potable. Nous avons créé une marque « Made in Efrin ». Nous avons interdit la création de toute nouvelle usine d’olive dans une perspective environnementale. Nous avons également interdit les ateliers de fonderie de plomb pour protéger la santé humaine.

- Quelle est la situation concernant les droits personnels et l’organisation ?

Plusieurs organisations de droits civiques ont été fondées. Les ingénieurs, les agriculteurs-rices et les fermierEs ont formé leurs propres unions. Des syndicats ont été créés. Pour la première fois à Efrin, six instituts ont été fondés dans les domaines de la santé, du commerce, de l’agriculture, des sports, du théâtre et de la musique.

- Métiers, emploi…

Avant la révolution, il n’y avait pas de travail en dehors d’une paire de métiers. Maintenant, à Efrin, il n’y a pas de chômage avec une population de plus d’un million. Celui ou celle qui le veut peut avoir un emploi…

- Y a-t-il eu un retour des kurdes qui étaient alléEs à Damas ou à Alep comme travailleurs et travailleuses ?

Oui – tailleurs-euses, serveurs-euses, travailleurs de la construction, docteurs, enseignantEs, toutes sortes de gens sont revenus et ils et elles fournissent maintenant des services à leur propre peuple. Certaines personnes ont émigré en Europe, mais une proportion significative de travailleurs et travailleuses qualifiées sont revenus. La qualité a augmenté. Le retour des kurdes qui faisaient les métiers « les plus sales » et les plus difficiles est devenu fantastique3.

- Quelle est la monnaie et comment circule-t-elle ?

Nous continuons avec la monnaie syrienne. Les intérêts sont interdits et personne ne peut en toucher. Celles et ceux qui le font passent en procès et doivent faire face aux conséquences. Il y a des banques d’État, survivance du régime, mais elles ne travaillent pas. Nous avons travaillé autour des banques et il y a des banques dans tous les cantons. Toutefois, dans les villages, des banques de village doivent être ouvertes. Pour l’instant, les gens épargnent en mettant l’argent sous leurs matelas.

- Et les choses comme les taxes, la douane et les importations…

Nous sommes en train d’étudier le système de taxe de la Région Autonome Basque. Les taxes sont collectées et ces taxes sont distribuées aux ministères en fonction des besoins. Il y a une transparence autour de ces questions. Les citoyenNEs savent où les taxes qu’ils et elles payent sont dépensées. Cependant nous ne pouvons pas encore dire que ce système est entièrement en place.

- Comment faites vous pour vos besoins énergétiques ?

Toute notre électricité provient de l’Armée Syrienne Libre et par conséquent nous ne pouvons pas beaucoup la contrôler. Il y a des groupes électrogènes dans tout le canton et dans chaque village. Ils fournissent au moins 12 heures d’électricité [par jour]. Nous avons commencé un projet pour aménager l’énergie éolienne. Auparavant, l’eau était amenée dans des citernes. Grâce à une coopérative populaire qui a été fondée avec la municipalité, un barrage a été construit et il fournit les besoins en haut.

- Comment déterminez vous votre politique des prix ?

Efrin a subi un « siège » l’hiver dernier. Ces circonstances ont rendu les choses un peu difficiles pour nous. Un sac de farine est monté de 3000 à 6500 livres syriennes. L’administration du canton a pris une décision et a annoncé que tout sac de farine vendu plus 4100 livres syriennes serait confisqué. Après cela nous avons formé un comité et déterminé que la farine produite dans le canton d’Efrin serait suffisante pour nous-mêmes. Nous avons immédiatement commencé à faire travailler deux moulins et stoppé l’exportation de farine. De cette manière le prix de la farine a été ramené à 3500 livres syriennes. En même temps nous mettons en place des routes d’importation pour le commerce, les stocks alimentaires et les produits médicaux4.

- Comment faites vous pour la santé et l’éducation ?

Un hôpital appartenant au canton a été construit. Il y a aussi des hôpitaux privés. Maintenant il y a en moyenne près d’un millier de personnes recevant un traitement chaque jour. Il y a même des gens qui viennent d’Alep. Nous travaillons pour que, dans la période qui vient, nous comblions les déficiences technique et médicales de manière que nous puissions faire de la plus grosse chirurgie comme la chirurgie cardiaque. Il n’y a pas de factures encaissées pour les pauvres en échange des services médicaux. Les factures encaissées auprès de celles et ceux qui ont les moyens couvrent complètement les coûts de l’hôpital. Le système de salaire n’a pas encore été entièrement fixé. Cependant, certaines factures sont également prises en charge par le canton. Les écoles ont été ouvertes dans tous les villages. Maintenant nous avons des préparatifs pour ouvrir une université.

- Le gouvernement turc et quelques autres cercles prétendent que « le Rojava est sous l’oppression du PYD »5. Que dites vous de telles affirmations ?

Celles et ceux qui disent cela sont prisES dans une course de chevaux politique. Celles et ceux qui avancent cela ont des intérêts politiques à ce que ce système ne fonctionne pas. Je suis le Ministre du Commerce et de l’Économie pour le canton mais je ne suis pas un membre du PYD. Nous avons nos amiEs arabes. Nous avons des amiEs de différents peuples et différentes organisations sociales qui travaillent avec nous. Nous ouvrons le chemin pour le commerce.

- Il y en a aussi, dans les mêmes cercles, qui décrivent le système comme étant « celui de la Corèe du Nord ». Est-ce que le capital ou la propriété privée sont interdits ou menacés ?

Le capital privé n’est pas interdit mais il est fait pour s’ajuster à nos idées et à notre système. Nous développons un système autour des coopératives et des communes. Cependant, cela ne prouve pas que nous sommes contre le capital privé. Ils se compléteront l’un l’autre. Nous croyons que quand le système des coopératives est développé le capital privé moral peut être ajouté dans certaines parties de l’économie. La société du Rojava sera rendue meilleure de cette manière et éloignée du système libéral. Dans le système libéral, le gros poisson avale le petit et il n’y a pas de moralité. Dans notre canton, une Organisation du Commerce et de l’Industrie a été fondée et elle a 7000 membres. Ici il n’y a qu’une seule chose qui est interdite et c’est le capital financier.

- Il est dit que le régime paye les salaires de vos travailleurs et travailleuses. Est-ce vrai ?

Cela n’est pas vrai. Aucun de nos projets n’est financé par le régime. Maintenant, il y a, dans l’ensemble de la Syrie, d’ancienNEs employéEs de l’État qui vont s’adresser au régime en disant « Je suis en poste et je fais mon travail » et qui prennent leur salaire. Cela ne fait aucune différence qu’ils et elles fassent ou pas leur travail, ils et elles disent cela. C’est pareil dans les zones sous le contrôle de l’Armée Syrienne Libre, et c’est également comme cela dans des zones sous le contrôle d’autres pouvoirs. Les gens prenant un salaire du régime font cela dans toute la Syrie.

-Maintenant, quelle est la chose la plus bon marché et la plus chère dans le canton ?

Tout ce qui est produit dans le canton d’Efrin est bon marché. Parce que c’est une zone sûre, les loyers sont chers, cependant nous avons commencé des préparatifs de coopératives de construction et nous allons assurer le droit au logement pour tous et toutes.

- Vous avez expliqué que vous êtes en train d’instituer une « modernité démocratique » au coté de la « modernité capitaliste ». Y a-t-il des contradictions qui sont en train d’émerger ?


Afin de construire le système d’une nation démocratique, il y a besoin d’un peu de temps. Nous ne pouvons pas tout faire en un jour. Afin de créer ce système, nous avançons jour après jour. Nous travaillerons jusqu’à ce que nous y arrivions et nous agirons toujours par rapport à un compas moral. Nous protègerons les droits des pauvres et des sans pouvoir, des coopératives et des communautés contre le riche.

- Où sont les femmes dans ce système que vous avez décrit ?

Je peux confortablement répondre que les femmes sont le cœur de ce système. Il fonctionne avec un système de quota de 40% de femmes. Les femmes ont eu un rôle dans la sphère économique depuis le début. En fait les femmes ont eu un grand rôle dans tous les aspects du processus révolutionnaire et dans la construction de ce système.

- Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez ajouter ?

Je peux dire ceci aux gens du Kurdistan du Nord (c’est-à-dire la partie du Kurdistan située en territoire turc – NDT). Le Rojava est un tube respiratoire pour le Nord. Et le Nord est un tube respiratoire pour le Rojava. Nous devons travailler ensemble de manière à construire ensemble en suivant ce principe et montrer ses développements. Nous devons faire des efforts ensemble afin de construire le système de la nation démocratique.

- De quoi avez-vous le plus besoin ? Avez-vous un appel pour le gouvernement turc ?


Nous avons besoin que le gouvernement turc ouvre la porte de la frontière.


1 Ces 3 cantons sont le long de la frontière avec la Turquie, qui les place sous blocus, et ils sont séparés entre eux par des zones contrôlées par les djihadistes du Front Al-Nosra ou de l’État Islamique ou par des unités de l’Armée Syrienne Libre.

2 Le régime syrien a favorisé, dans les années 60-70, l’installation de populations arabes afin de mettre en minorité les kurdes dans certaines parties du Kurdistan syrien. Cette politique de colonisation intérieure a pris le nom de “ceinture arabe”.

3 Le retour des kurdes vers le canton d’Efrin est loin de tenir uniquement à d’hypothétiques raisons matérielles, économiques ou politiques. La situation économique du canton d’Efrin est précaire et hormis quelques produits de base dont l’auto-production semble suffisante ou en passe de le devenir, tout le reste doit être importé au prix fort par des filières de contrebande. Cette situation a entraîné il y a peu un appel à la solidarité humanitaire internationale de la part de l’administration du canton, particulièrement en ce qui concerne la situation médicale qui est apparemment très dégradée faute de médicaments et de matériels en quantité suffisante. La situation économique, matérielle des populations du canton d’Efrin n’apparaît pas meilleure que celle des quartiers kurdes de Damas et Alep.

La différence semble surtout concerner la situation sécuritaire des populations. À Damas, elles vivent sous la botte répressive du régime El Assad et dans des zones où des combats intermittents se produisent entre le régime et la rébellion syrienne et à Alep les combats n’ont pratiquement pas cessé soit entre la rébellion et le régime soit entre différentes factions de la rébellion (pour la plupart hostiles aux kurdes). Les kurdes y vivaient retranchéEs, au sens militaire du terme, dans leurs quartiers communautaires, subissant suivant les périodes soit les attaques des troupes du régime, soit celles de tel ou tel groupe rebelle, ou alliance fluctuante et réversible de groupes rebelles, plus ou moins islamistes. Plus que des raisons économiques, c’est cette situation qui semble avoir poussé de nombreux-ses kurdes à aller chercher refuge dans le canton d’Efrin, relativement épargné par les combats terrestres, à part ponctuellement sur sa bordure, et qui n’est pas bombardé par l’aviation du régime.

Cette absence de bombardements, cette situation de « ni paix ni guerre » entre le régime et les territoires kurdes constitue d’ailleurs une zone d’ombre. Le régime est parti des territoires kurdes plus qu’il n’en a été chassé et ce départ a fait l’objet de tractations occultes entre le régime et la direction du PYD. En se retirant des territoires kurdes en 2012, le régime a récupéré une force de frappe militaire qu’il a rapidement retourné contre la rébellion et il a créé, aux portes de la Turquie, un territoire autonome kurde, un véritable cauchemar pour le gouvernement turc qui veut la chute du régime mais est toujours confronté, en Turquie même, aux aspirations autonomistes de la partie kurde de sa propre population. Du coup, le gouvernement turc a poussé les factions islamistes présentes en Syrie (qu’il arme, finance et soutient logistiquement en sous-main) à attaquer militairement les territoires kurdes, ce qui a également contribué à soulager militairement le régime El Assad. Les kurdes y ont quant à eux et elles gagné des territoires autonomes, mais fréquemment attaqués militairement, où ils et elles peuvent mener leur expérience démocratique et aussi apparemment l’assurance que le régime ne les bombarderait pas.

En tout état de cause, et non sans raisons, le mouvement kurde a choisi de ne lier son sort qu’à lui-même et pas au régime ni à la rébellion, celle-ci n’a d’ailleurs jamais rien proposé politiquement aux populations kurdes discriminées en terme de reconnaissance sociale et culturelle et en terme d’autonomie politique régionale et les éléments islamistes qui gangrènent la rébellion ont rapidement attaqué unilatéralement les enclaves kurdes, confirmant ainsi les craintes kurdes quant au type de « libération » que la majeure partie de la rébellion leur réservait. NDT.

4 Le canton d’Efrin est en grande partie enclavé par le territoire turc et le gouvernement turc a placé sous blocus les cantons autonomes kurdes. La situation au sud du canton, la partie qui débouche sur le territoire syrien, semble assez mouvante. L’Armée Syrienne Libre (ASL) y est présente, et les relations de celle-ci avec le canton kurde sont parfois conflictuelles. Des forces djihadistes, comme le Front Al-Nosra, très hostiles aux populations kurdes, sont également de plus en plus présentes et elles semblent chercher à chasser progressivement les forces de l’ASL des abords du canton (qu’elles attaqueront tôt ou tard si elles en ont finalement la possibilité géographique). Les routes commerciales dont il est ici question doivent donc vraisemblablement être entendues plus comme d’onéreuses filières de contrebande, ou des échanges limités et de proximité avec les zones proches tenues par l’ASL, que comme de véritables routes commerciales libres et ouvertes. NDT.

5 Le PYD est le principal parti kurde en Syrie et un des principaux déclencheurs de la dite « révolution démocratique » au Kurdistan syrien. C’est un parti frère du PKK du Kurdistan de Turquie. Son fonctionnement semble assez vertical et autoritaire. Ses bases politiques sont socialisantes, laïques, antisexistes et promeuvent la coexistence démocratique et autonome des différentes communautés ethniques, culturelles et religieuses présentes au Kurdistan syrien. Il est très implanté dans l’administration des cantons et il contrôle la direction des YPG (mixtes) et des YPJ (composées uniquement de femmes), les unités militaires chargées de la défense des cantons.

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