La question kurde et l'anarchisme

La question kurde et l'anarchisme

Messagede JPD » 27 Déc 2009, 22:17

La question kurde et l’anarchisme
Répression en Turquie



Le 24 décembre, plus de 80 personnes sont raflées dans le territoire kurde de Turquie. C’est la troisième opération de ce type en moins de deux semaines. Nous publions une interview de camarades anarchistes de Turquie qui donne un éclairage sur les enjeux de cette résistance sociale et politique au cœur d’une des zones les plus explosives de la planète. L’interview est suivie d’un point sur l’interdiction du DTP et la répression en cette fin décembre 2009.

A lire sur http://oclibertaire.free.fr/
traduction OCL
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Phébus » 28 Déc 2009, 01:26

Salut,

Je me suis permis de mettre votre traduction en ligne sur Anarkismo: http://www.anarkismo.net/article/15360
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede chaperon rouge » 28 Déc 2009, 01:41

Au fait, comment on fait pour soumettre une traduction dans Anarkismo autrement que dans les commentaires?
GUERRE À LA GUERRE, À BAS TOUTES LES ARMÉES
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Phébus » 28 Déc 2009, 02:53

C'est la même chose que pour publier un texte. http://www.anarkismo.net/publish

Idéalement, tu publie ta traduction, puis tu va dans l'original et tu dis en commentaire qu'il y a une traduction de disponible en donnant l'URL de la traduction. Après, un éditeur [moi, par exemple! :siffle: ] va devoir approuver le texte et peut-être entrer les codes html pour le lier à l'original si tu ne l'a pas fait toi-même.

D'ailleurs, si jamais vous voyez des traductions de textes d'Anarkismo qui n'ont pas été publié sur le portail, ce serait gentil de les ajouter [ou de me les signaler]. Aussi, si vous voulez publier sur le site, ne vous gênez pas. Tout contenu anarchiste social ne contredisant pas la déclaration de principe est bienvenu.
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede bipbip » 05 Sep 2014, 10:35

Pourquoi un confédéralisme démocratique ?

Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) est classé sur la liste noire des Etats-Unis et bien nombre de pays membres de l'OTAN. En effet, en Turquie une guerre presque invisible se poursuit depuis ces 30 dernières années avec les Kurdes faisant plus de 17.500 assassinats politiques simplement classés en "cas non-résolu".

Fondé en novembre 1978, le PKK est considéré comme force de défense en aucun cas le PKK attaque. Le PKK lutte également contre le trafic de drogue et le pillage de sites archéologique du Kurdistan

Cependant, il est intéressant de s'intéresser à la ligne politique du PKK, formulée comme le "confédéralisme démocratique" qui se propose comme une alternative à ce trio: le capitalisme, l'Etat-nation, l'industrialisme, qui sont remplacés par une « nation démocratique, une économie communautaire, et une industrie écologique ».

Il est claire que le capitalisme, l'Etat-nation et l'industrialisme actuel conduisent l'humanité à la catastrophe, tant sur le plan économique que social ou environnemental.

Donc, le leader kurde Abdullah Ocalan propose trois projets pour affronter la modernité capitaliste: d'abord une république démocratique, ensuite une autonomie démocratique, enfin un confédéralisme démocratique et écologique. Ce dernier projet, soit le confédéralisme démocratique exige une "société démocratique, écologique et l’égalité des sexes". Si on résume encore, ce confédéralisme est "la démocratie radicale sans l'Etat."

Voici quelques rares extraits du livre "Le Confédéralisme-Démocratique" d'Abdullah Ocalan, le leader des Kurdes, emprisonné sur l'Ile d'Imrali depuis 1999 en Turquie à perpétuité pour avoir défendu les droits du peuple Kurde. Son avion s'était fait arrêté au Kenya alors qu'il était en route pour rejoindre Nelson Mandela et y trouver son soutien.

"A l'époque de la formation du PKK, dans les années 1970, le climat politique et idéologique internationale était caractérisé par le monde bipolaire de la Guerre Froide et le conflit entre socialisme et capitalisme. (...)"

"Le PKK n'a jamais considéré la question Kurde comme un simple problème d’ethnicité ou de nationalité. Nous concevions notre mouvement comme un projet visant à libérer et à démocratiser la société.

"Le droit à l'autodétermination des peuples comprend le droit à un Etat propre. La fondation d'un Etat ne permet cependant pas d'augmenter la liberté d'un peuple, et le système des nations Unies, fondé sur les Etats Nations, a démontré son inefficacité. Les Etats-Nations se sont ainsi mis à représenter de sérieux obstacles faces aux évolutions sociales. Le confédéralisme-démocratique est le paradigme inverse, celui des peuples opprimés. Le confédéralisme-démocratique est un paradigme social et non étatique. Il n'est pas contrôlé par un Etat (centrale), il représente les aspects organisationnels et culturels d'une nation démocratique. Le con fédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la population, et ce sont les communautés concernées qui y maîtrisent le processus décisionnel. Les niveaux les plus élevées ne sont présents qu'afin d'assurer la coordination et la mise en oeuvre de la volonté des communautés qui envoient leur déléguées aux assemblées générales. Pour assurer un gain de temps, ils font office à la fois de porte-parole et d'institution exécutive."

"Les limites entre ce que les tribus considéraient comme leur territoire n'étaient pas encore fixe, le commerce, la culture ou la langue n'étaient donc pas restreints par celles-ci. Longtemps, les frontières territoriales demeurèrent fluctuantes. A peu près partout dans le monde, les structures féodales prédominaient et de temps en temps apparaissaient de monarchies dynastiques ou de grands empires multiethniques, aux frontières changeantes et comprenant différentes langues et communautés religieuses tels que l'Empire romain, l'empire Austro-Hongrois, l'empire Ottoman ou encore l'empire Britannique."

"Nous reconnûmes également un lien de causalité entre la question Kurde et la domination mondiale imposée par le système capitaliste moderne. Sans remettre en question ce lien, toute solution aurait été impossible. Nous aurions continué à être indépendants, sous de nouvelles formes."

Pour "résumé", le PKK prône un pouvoir horizontale accessible aux plus près des habitants qu'ils soient arabes, turcs, iraniens, assyriens ou chaldéens et non un pouvoir verticale et centrale inaccessible aux petits peuples et aux habitants même dans leur localité. Il s'agit d'une représentation extrême des minorités et d'une décentralisation extrême jusqu'à effacer le rôle important du Président et cela éviterait bien des problèmes tels que le lobbying ou la corruption.

Malheureusement, les pays occidentaux ne proposent que le modèle de l'Etat Nation comme alternative étatique au peuple Kurde dont le credo serait comme en Turquie à l'époque Kemaliste "uniformiser pour mieux régner ». Il est hors de question de créer un pan-Kurde comme alternative à la détresse et l'oppression du peuple Kurde en mettant à mal un autre peuple.

Pour illustrer cette idée, en Rojava (Kurdistan de Syrie) qui est autonome depuis 2012, trois cantons ont été créés (canton de Kobane, Jezire et Efrin) et un système de co-maire a été mis en place dans ses cantons prônant la place de la femme. Tous les peuples autochtones sont représentés : Arabes, Assyriens, Chrétiens, Chaldéens, Alaouites et Kurdes.

Au Kurdistan, en Turquie et en Syrie, une véritable révolution sociale est en marche depuis de nombreuses années, bien qu’aucun média ne semble vouloir s’intéresser à ce phénomène.

Il est évident que si les Kurdes avaient "joué" la carte du nationalisme la région serait le théâtre de violents affrontements entre ethnies et d'une guerre civile.

Par conséquent, la folie des grandeurs est le fruit de l'imagination des capitalistes et impérialistes et nous pouvons l'observer à travers divers exemples (le Grand Lyon, le Grand Paris, le Grand New -York, la Grande Arménie, le Grand Israël, le Grand Kurdistan ...) allant à l'encontre de l'idéologie de base du PKK.

Enfin, il est regrettable qu'aucun géopoliticien qui se dit spécialiste du Moyen-Orient n'ait pu ramener cet aspect primordial sur l'échiquier du Middle-Est.

Par Eden Dersim

http://www.actukurde.fr/actualites/682/ ... tique.html



Le nouveau PKK a déclenché une révolution sociale au Kurdistan

Les positions et références politiques du parti de libération nationale kurde PKK, en guerre ouverte avec la Turquie, ont commencé à changer à la fin des années 1990, lorsque son leader Abdullah Öcalan, emprisonné à vie, dans le contexte post-soviétique de l’écroulement du « socialisme réellement existant », découvrit les réflexions théoriques de l’écologie sociale développées par le militant et intellectuel anarchiste-communiste étatsunien Murray Bookchin.

Le PKK a fait siennes et adapté les idées de l’influent et controversé théoricien anarchiste, ainsi que celles d’autres intellectuels et mouvements (comme les zapatistes) et les a intégré à sa propre proposition, le confédéralisme démocratique. Ce dernier a commencé à être mis en application dans les structures organisationnelles du mouvement de libération kurde et dans les territoires dans lesquels il a une présence, en fondant la Confédération des peuples du Kurdistan (KCK) et en impulsant une nouvelle dynamique : un mouvement de transformation sociale de type assembléiste et fédéraliste, prenant en charge la « question nationale » et essayant d’y apporter une réponse politique tournant le dos au schéma de l’État-nation et à ses impasses.

... http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1574
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede JPD » 29 Sep 2014, 21:25

Allocution d’Alternative libertaire soutenue par l’OCL à la manifestation parisienne de la gauche kurde du 27 septembre 2014, en solidarité avec le Kurdistan syrien.


2.000 à 3.000 personnes avaient répondu à l’appel de la Fédération des associations kurdes de France (Feyka), samedi 27 septembre 2014, et ont défilé en soutien à la ville de Kobanê, assiégée par l’État islamique (Daech).

Toute les tendances de la gauche kurde étaient là, dont de forts contingents de sympathisant.e.s du PKK et du PYD (organisation-sœur du PKK en Syrie). Et, bien évidemment, des dizaines de drapeaux à l’effigie du leader emprisonné Abdullah Öcalan.

Si ce culte du leader donne généralement froid dans le dos aux militantes et aux militants français, plusieurs délégations d’organisations (PCF, NPA, AL, OCL...) avaient passé outre et étaient présentes, en solidarité avec une lutte aussi urgente que légitime.

A l’arrivée de la manifestation place du Châtelet, plusieurs déclarations de solidarité ont été lues.

Ci-dessous, celle d’Alternative libertaire, soutenue par l’OCL.



Aujourd’hui, Kobanê, au Kurdistan occidental, est assiégée par les forces barbares de l’État islamique – Daech.

Aujourd’hui, Kobanê se bat pour la liberté, pour la démocratie et pour les droits des femmes.

Aujourd’hui, Kobanê se bat héroïquement, malgré le double jeu du gouvernement turc, malgré les atermoiements de la coalition dirigée par Washington.
Aujourd’hui, Kobanê est devenu le symbole de la résistance de la Rojava syrienne, mais pas seulement.

Si Kobanê tombe, ce n’est pas seulement toute la Rojava qui sera menacée, c’est aussi un modèle politique et social : celui du confédéralisme démocratique et de l’autonomie démocratique, édifié depuis le 19 juillet 2012.

C’est pourquoi, sous le drapeau des Unités de protection populaire (YPG) qui défendent Kobanê, on trouve côte à côte des miliciennes et des miliciens kurdes, arabes, turcs, qu’ils soient musulmans, yézidis, chrétiens ou athées. Toutes et tous se battent côte à côte contre les fanatiques.

C’est pourquoi la défense de Kobanê et de la Rojava syrienne intéresse non seulement le peuple et la diaspora kurde, mais aussi toutes et tous les partisans de l’émancipation, les féministes, les anticolonialistes et les anticapitalistes.

Kobanê doit pouvoir compter sur les milliers de jeunes gens, révolutionnaires, syndicalistes, anticolonialistes, libertaires qui sont venus de toute la Turquie pour défendre la ville, et qui aujourd’hui sont bloqués à la frontière par l’armée turque.

Car Kobanê et le Kurdistan n’ont pas pour seul ennemi l’État islamique.

Ils ont d’autres ennemis, plus sournois, qui aimeraient que Daech fasse le « sale boulot » à leur place : Bachar el-Assad et Recep Tayyip Erdoğan.
Quant aux États-Unis, après avoir longtemps hésité, ils ont bombardé les forces de Daech qui assiègent Kobanê. Cependant, il faut savoir que s’ils ne souhaitent pas la victoire de Daech, ils ne souhaitent pas non plus la victoire du modèle politique et social que représente la Rojava.

On parle aujourd’hui d’une possible intervention terrestre contre Daech dans la région de Kobanê. Pourtant, ce serait une catastrophe si, demain, au nom de la lutte contre le djihadisme, l’armée turque occupait militairement la Rojava. Ce serait la fin de l’autonomie populaire, le démantèlement des milices d’autodéfense, la prison pour les révolutionnaires.

Le peuple kurde a besoin d’armes pour défendre Kobanê et la Rojava. Il n’a pas besoin de subir l’occupation de l’armée turque ou américaine.

Vive Kobanê libre, vive le Kurdistan libre, vive la révolution.
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede JPD » 06 Oct 2014, 20:54

Tract distribué ici et là samedi



Aux côtés de la résistance de Kobanê !
Ne laissons plus les Kurdes seuls !
Leur lutte est la nôtre !



Depuis le 15 septembre, les habitants majoritairement kurdes de la région de Kobanê font face à une gigantesque offensive militaire des djihadistes de l’État Islamique (EI).
Depuis près de 3 semaines, les combattant-e-s des Unités de défense du peuple (YPG) et des femmes (YPJ) résistent avec des effectifs et surtout un armement totalement inférieurs : armes légères adaptées à la guérilla contre des chars, des blindés, des lance-missiles, de fabrication russe et étatsunienne, tout droit sortis des arsenaux des armées de Damas et de Bagdad.
Ils et elles ont dû céder du terrain et abandonner 70 villages au terme de très violents combats et de très lourdes pertes, de part et d’autre. Cette offensive a provoqué l’exode de 200 000 personnes de l’autre côté de la frontière, malgré les interdictions et blocages des autorités turques qui ont finalement dû reculer. Elle a provoqué des massacres, des kidnappings, des disparitions, des décapitations (le 1er septembre : 10 têtes coupées – 3 femmes et 7 hommes, 6 Kurdes et 4 Arabes – et exposées dans un village à 15 km à l’ouest de Kobanê).

Mais cette offensive a aussi provoqué une formidable mobilisation des Kurdes en Turquie et dans la diaspora : manifestations de masse dans les villes, opérations villes-mortes, rassemblements de milliers de personnes sur la frontière, infiltration de plusieurs centaines de volontaires pour défendre la ville.
Malheureusement, ces soutiens et renforts sont loin d’être suffisants.
L’assaut sur Kobanê, lancé sur trois fronts – ouest, sud et est – bénéficie en effet d’un complément décisif au nord grâce à la Turquie qui a verrouillé la frontière et déployé sa police et son armée pour bloquer les renforts et surtout les acheminements en armes (antichars surtout) susceptibles d’inverser le rapport de forces.

Les Kurdes encerclés par les djihadistes
et l’armée turque

Aujourd’hui, les djihadistes sont aux portes de la ville. Malgré la résistance farouche des combattants hommes et femmes, des habitants restés pour se battre et des jeunes volontaires venus de l’autres côté de la frontière, les forces de l’EI semblent pouvoir prendre prochainement la ville de Kobanê et se livrer à un massacre de masse. De leur côté, les YPG-YPJ affirment qu’ils ne se rendront jamais et qu’ils se battront rue par rue, maison par maison.
Cette ‟“victoire” des djihadistes – qu’elle que soit l’issue finale – n’est que le résultat tragique des derniers développements en Irak et en Syrie : la montée en puissance de l’entité appelée EI, elle-même conséquence de l’effondrement des régimes en place et du soutien apporté par les pétromonarchies du Golfe persique et la Turquie aux divers mouvements armés de l’islam politique en Syrie comme en Irak qui donneront naissance à l’EI, et par voie de conséquence, l’absence, ou la trop grande faiblesse, d’oppositions laïques, anticoloniales et anticapitalistes..
La Turquie, qui a été parmi les principaux appuis des djihadistes depuis 2011, entend profiter de la situation pour s’imposer comme la première puissance régionale, affaiblir ou liquider la résistance kurde et briser l’émergence d’une nouvelle réalité sociale-politique dans la région porteuse d’une alternative aux découpages et aux États-nations issus de la domination coloniale, et, des islamistes aux dictatures, aux formes les plus totalitaires et barbares de la domination politique.
Les États-Unis et les pays occidentaux, parfaitement informés de ce qui se jouait, ont laissé leurs ‟alliés” dans la région armer, entraîner, encadrer, financer des dizaines de groupes djihadistes qui se sont rassemblés dans l’EIIL (puis EI), pour, à l’époque, faire tomber les régimes de Bachar al-Assad et de Nouri al-Maliki.
Mais aujourd’hui, le monstre semble avoir échappé à ses créateurs et se retourne contre eux.

Les quelques bombardements réalisés par la coalition arabo-étatsunienne du « front syrien » sur les forces djihadistes assiégeant Kobanê, pourtant parfaitement visibles, complètement à découvert, ont été volontairement dérisoires et symboliques et n’ont eu aucun effet sur le terrain. Ils ne peuvent s’interpréter autrement que comme un blanc-seing laissé à l’EI et à la Turquie pour affaiblir puis liquider les forces kurdes de Kobanê, c’est-à-dire de l’ensemble du Rojavayê Kurdistanê.

Les Kurdes, seuls une fois de plus

Une fois de plus les Kurdes se sont retrouvés seuls. Pas seulement parce qu’abandonnés et en manque de soutien, mais aussi en butte à une puissante coalition d’intérêts convergents visant à empêcher toute modification des frontières et de la réalité socio-économique de la région.
De l’État turc aux pétromonarchies, du régime de Bachar al-Assad à celui de Bagdad, des USA aux djihadistes, de l’‟Occident” au régime iranien, s’il y a un point qui les rassemble tous – au-delà des apparences, des langages, des références et des conflits qui les opposent – c’est bien que le Kurdistan ne doit pas exister et que le projet de transformation et de remises en question porté par la gauche kurde (pouvoir communal, démocratie d’assemblées populaires, écologie sociale, anti-patriarcat,…) ne doit pas avoir le moindre début de réalité.

L’Etat turc vient de se donner un cadre légal pour une intervention terrestre visant « tous les groupes terroristes » présents en Syrie et en Irak. Ce qui lui permet de continuer à jouer sur tous les tableaux dans la nouvelle situation : rejoindre officiellement la coalition anti-EI, mais aussi continuer d’aider les djihadistes qui lui conviennent et surtout établir une ‟zone tampon” de sécurité sur le côté syrien de la frontière (qui possède jusqu’à 870 km de long), c’est-à-dire la possibilité d’imposer son ordre précisément là où se trouvent les 3 cantons qui forment le Rojava.

La direction du PKK a fait savoir depuis plusieurs jours que si la Turquie laissait les djihadistes commettre un massacre à Kobanê, cela signifierait purement et simplement la fin du processus de résolution du conflit kurdo-turc.

La ‟”nouvelle” coalition des pompiers pyromanes dirigée par les États-Unis et à laquelle l’État français s’est rallié, prétend combattre pour éliminer les djihadistes avec des bombardiers et des drones, comme en Afghanistan, au Palistan, en Somalie, au Yémen... Or sur le terrain, ce sont les mouvements de la gauche kurde qui sont en première ligne, en Irak comme en Syrie ; ce sont eux qui se battent depuis deux ans en Syrie contre les islamistes, ce sont eux qui sont intervenus en Irak au mois d’août dernier pour sauver des milliers de Yézidis réfugiés dans les monts de Sinjar et pour stopper l’offensive djihadiste qui menaçait la capitale de la région autonome kurde.

Contre les dictatures sanglantes de Damas et de Bagdad, contre les djihadistes, contre les pétromonarchies, la lutte kurde ouvre la voie de l’autonomie des peuples

Mais il est vrai qu’ils le font à leur manière : en ne faisant aucunement confiance aux États et aux régimes en place. Ce sont eux qui poussent et aident les populations kurdes et non-kurdes, les nombreuses minorités (ethnico-linguistiques et religieuses) de cette vaste région à s’engager directement dans la résistance, à se battre, à s’organiser par elles-mêmes, à s’armer militairement et politiquement, à s’auto-défendre socialement, à coordonner leurs milices populaires, à ne compter que sur leur propre force et mobilisation pour protéger leur territoire et leurs vies et repousser les djihadistes.
Les différents pouvoirs en place l’ont bien compris : cette invitation à l’autodétermination et à l’organisation autonome des luttes et de la vie sociale contient un redoutable parfum de liberté, une menace de sécession et d’insubordination.
C’est cette menace de ruptures dans les relations de pouvoir établies (clientélisme, corruption, féodalisme, patriarcat, étatisme, obéissance à des systèmes de croyances et de transcendances extra-sociales…) – et en conséquence la possibilité d’en créer, d’en inventer de nouvelles, sur des bases tout autre –, que la coalition ‟arabo-occidentale” entend effacer à tout prix, quitte pour cela à ce qu’elle soit liquidée dans le sang, par djihadistes, autres milices ou armées régulières interposées.

Si nous appelons à mobiliser et à amplifier la solidarité avec la résistance de Kobanê et plus généralement avec la lutte du peuple kurde, c’est d’abord parce qu’il y a urgence et que chaque jour, chaque heure compte. Et si cette urgence nous concerne, c’est parce que ce mouvement de libération du Kurdistan, dans le sens le plus large de mouvement social et populaire – avec ses caractéristiques plutôt positives et d’autres plus discutables et critiquables – nous apparait aujourd’hui, dans cette région du monde, comme la principale force susceptible non seulement de contrecarrer la double barbarie des islamistes et des régimes en place, mais aussi d’introduire dans les zones kurdes et bien au-delà suffisamment d’éléments de transformation et de rupture à partir desquels il devient au moins possible – et pensable – de postuler des formes d’égalité, d’ouvrir des espaces politiques autonomes d’appropriation du commun et d’avancer des perspectives intelligibles et audibles de libération sociale et politique.
C’est là une condition non suffisante mais nécessaire pour faire reculer les barbaries à l’œuvre, pour rendre de nouveau l’air respirable et ce monde habitable ici aussi.

Le 3 octobre 2014

Organisation Communiste Libertaire
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede bipbip » 10 Oct 2014, 01:40

Un message des anarchistes sur place : « La révolution l’emportera à Kobanê ! »

Des camarades de l’Action anarchiste révolutionnaire (DAF) se sont portés au secours de la ville de Kobanê http://www.alternativelibertaire.org/?R ... narchistes, assiégée par l’État islamique (Daech). Une partie a pénétré dans la ville. D’autres sont restés dans un village sur le territoire turc, Boydê. Ils et elles nous envoient ce message.

De Boydê, le 8 octobre 2014. 24e jour du siège de Kobanê par l’État islamique (Daech). Tandis que, dans tous les villages frontaliers, des militantes et des militants font rempart de leurs corps pour dissuader les attaques, toute la population, dans toute la région, s’est dressée pour empêcher la chute de Kobanê.

Depuis près de trois semaines, nous faisons office de boucliers humains dans le village de Boydê, à l’ouest de Kobanê. Ces deux derniers jours, les explosions et le fracas des armes se sont intensifiés dans les banlieues et dans le centre-ville. En même temps, les soldats turcs ont augmenté leur pression. Toutes celles et ceux qui approchaient la frontière, d’un côté comme de l’autre, ont été ciblés par des grenades lacrymogènes. Le village où nous nous trouvons a subi une attaque de ce type mardi. Plusieurs personnes ont également été blessées par des tirs à balles réelles.


Image

Chaîne humaine au village de Boydê

Ces attaques sur les villages frontaliers signifient que les hommes de Daech sont, eux, autorisés à franchir la frontière. Le soutien de la République turque à Daech est évident ici. Bien sûr, ce n’est pas seule chose qui est évidente.

Nous avons appris qu’un des commandants de Daech dirigeant l’offensive sur Kobanê a été abattu par les YPG-YPJ [1] Pourtant, les combats n’ont pas diminué en intensité ; ils n’ont presque pas cessé de la journée.

Nous savons à présent que les explosions que nous entendons sont le fait des YPG-YPJ. Les miliciennes et les miliciens ont déserté les rues du centre-ville pour prendre les djihadistes en embuscade et, semble-t-il, cette tactique a fonctionné.

Dans les réunions, au village, certaines rumeurs font sensation. L’une d’elle est la crainte qu’inspirent les combattantes des YPJ aux djihadistes. En effet, Daech incarne l’État, la terreur, le massacre… mais aussi le patriarcat. Et les djihadistes craignent de ne pouvoir être considérés comme « martyrs » s’ils sont tués par une femme. D’où leur peur d’affronter les YPJ. Il faut dire que quand elles les rencontrent, les combattantes sont sans pitié. Cette lutte des YPJ, c’est celle de la liberté contre le patriarcat.

Ces deux derniers jours, le soulèvement au Kurdistan et dans les villes d’Anatolie donne un sentiment d’invincibilité du peuple organisé. Ce soulèvement renforce la confiance à Kobanê, dans les villages frontaliers et dans toute la Rojava [2] Chaque fois qu’un frère ou qu’une sœur tombe, notre douleur est vive, mais plus vive encore notre colère et notre détermination. Les cérémonies funèbres qui débutent à genoux se muent rapidement en danses effrénées, le martèlement de nos pas fait trembler la terre et transforme notre peine en une véritable rage.

C’est tout ce dont nous avons besoin ici. Pour la liberté et la révolution que nous espérons, en dépit de tout.

Vive la résistance populaire de Kobanê !
Vive la révolution dans la Rojava !
Vive l’Action anarchiste révolutionnaire !

(traduction Alternative libertaire)



Un message complémentaire reçu le 9 octobre au matin :

KOBANÊ EST PARTOUT !

Ce matin, des camarades de l’université d’Istanbul ont repoussé une attaque de partisans de Daech, protégés par la police. Un étudiant a été grièvement blessé. Des camarades de DAF et d’autres organisations révolutionnaires ont contre-attaqué. La police a placé trois d’entre nous et quatre autres étudiants révolutionnaires en garde à vue.

Nous ne laisserons pas tomber Kobanê !
Les bandits de Daech ne passeront pas !
La répression ne nous découragera pas !
Bijî berxwedana Kobanê



[1] Yekîneyên Parastina Gel : Unités de protection populaires. Les YPG regroupent les combattants kurdes, et les YPJ les combattantes.

[2] Rojava : Kurdistan syrien.

http://www.alternativelibertaire.org/?U ... histes-sur
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede leo » 11 Oct 2014, 14:03

Kurdistan / Libération des peuples

Pourquoi le monde ignore-t-il les révolutionnaires Kurdes de Syrie ?

par David Greaber

Anthropologue et militant anarchiste étatsunien

Au beau milieu de la zone de guerre en Syrie, une expérience révolutionnaire et démocratique est détruite par les djihadistes de l’État islamiste. Le reste du monde, et une grande partie de la "gauche", ne semble pas se rendre compte que c’est un scandale.

http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1588
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede digger » 11 Oct 2014, 14:39

Le parallèle que fait D.Graeber entre la situation de l’Espagne et le Kurdistan est intéressante et la répond à la question du titre de l’article. En 1936-39, les démocraties, et en premier lieu la France et l’Angleterre, préféraient l’établissement d’un régime franquiste à celui révolutionnaire et libertaire. Tout comme l’URSS stalinienne. Il en va de même aujourd’hui au Kurdistan. Le modèle kurde, tel que le décrit Graeber, est bien trop dangereux pour les états-nations, quelle que soit leur régime, et pas seulement pour la Turquie, l’Irak et la Syrie, mais aussi pour l’Europe, qui n’a pas réglé, loin s’en faut, ses questions "nationales".
Daech fait le boulot contre les Kurdes, ce que ne pouvaient se permettre de faire les turcs. Il sera toujours temps de s’occuper de Daech après, au nom de la démocratie et de la défense des valeurs. La politique internationale est tout aussi cynique au XXIème siècle qu’elle ne l’était au XXème.
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 20 Oct 2014, 07:10

Une ‟Révolution” attaquée – l’Alternative au milieu de la guerre en Syrie
La résistance acharnée de Kobanê face aux djihadistes commence à être connue mondialement. Mais ce qui est en jeu est beaucoup moins connu : l’autonomie des régions kurdes et une expérience inédite d’auto-organisation populaire au niveau communal qui cherche à redéfinir les formes de gouvernement et d’administration en alliant respect des multiples formes d’appartenances, libération sociale et libération des femmes.
... http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1592
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede leo » 23 Oct 2014, 10:15

Kobanê, la lutte des Kurdes et les dangers qui la guettent
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede bipbip » 25 Oct 2014, 12:34

Soutien communiste libertaire international au Kurdistan syrien

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Le réseau communiste libertaire international Anarkismo solidaire de la résistance kurde

La révolution initiée par nos camarades au Rojava (Kurdistan syrien), issue d’un mouvement beaucoup plus large pour la libération du peuple kurde et, au-delà, de tous les peuples du Moyen-Orient, doit inspirer toutes celles et ceux qui aspirent à une société libre, égalitaire et juste, sans dominants ni dominés.

C’est une expérience de démocratie directe qui jette les bases d’un socialisme libre et autogestionnaire, respectueux de l’environnement et de l’autonomie des peuples. Les socialistes libertaires du monde entier sentent bien que cette révolution est aussi la leur.

Or, aujourd’hui, cette révolution fait face à la triple menace de l’impérialisme, de l’autoritarisme d’État et d’une réaction obscurantistes, fanatique et ultra-conservatrice, née de la décomposition provoquée par l’invasion et l’occupation du Moyen-Orient.

Alors que cette réaction obscurantiste se bat avec des armes obtenues grâce à l’impérialisme, l’armée turque érige une clôture de tanks et de canons, plaçant la population kurde entre le marteau et l’enclume.

Les camarade du Rojava se battent, les armes à la main, dans le cadre d’une large mobilisation populaire contre cette triple menace et ce siège inique, pour défendre ce qu’ils et elles ont acquis par la lutte : l’autonomie et la liberté. Mais ils et elles ne sont pas seuls. Derrière eux, des millions d’hommes et de femmes libres se rassemblent, les soutiennent, et nous nous serrons les coudes dans la lutte pour un monde nouveau, qui déjà grandit dans nos cœurs.

La résistance héroïque menée à Kobanê s’inscrit dans la longue histoire de ceux et celles qui, un jour, ont crié « No Pasarán ! »

De partout dans le monde, nous déclarons que cette lutte est notre lutte. Nous sommes avec vous, prêts à apporter le peu que nous pouvons dans ce combat pour la transformation sociale universelle, plus nécessaire que jamais.

Nous exigeons la fin de la répression, la libération des détenus politiques et des prisonniers de guerre, y compris Abdullah Öcalan, la fin de la criminalisation internationale des révolutionnaires kurdes, et le respect de l’autonomie des communautés qui reprennent leur destin en main.

Nous sommes unis dans la lutte pour l’émancipation de toutes les formes d’oppression et d’exploitation, pour la construction d’une société nouvelle, libertaire et égalitaire. Nous soutenons votre combat révolutionnaire pour abolir la violence de l’État, du capitalisme, de l’impérialisme et du patriarcat.

Solidairement,
• Periódico Solidaridad (Chili)
• Front de Trabajadores Ernesto Miranda - FTEM (Chili)
• Workers Solidarity Movement (Irlande)
• Federazione dei Comunisti Anarchici - FdCA (Italie)
• Organisation Socialiste Libertaire (Suisse)
• Collectif communiste libertaire de Bienne - CCLBienne (Suisse)
• Alternative libertaire (France)
• Anarchist Communist Melbourne Group (Australie)
• Federação Anarquista Gaúcha (Brésil)
• Acción Libertaire Estudiantil (Colombie)
• Militantes Sindicales y Sociales por una Corriente Libertaire (Argentine)
• Melissa Sepúlveda, président de la Fédération des étudiants de l’Université du Chili (Chili)
• Zabalaza Anarchist Communist Front (Afrique du Sud)

http://www.alternativelibertaire.org/?1 ... communiste

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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 26 Oct 2014, 01:56

Résistance kurde et Révolution sociale au Rojava

Voici 2 entretiens sur la lutte des peuples du Rojava, kurdistan syrien, en guerre contre Daesh (Etat Islamique)
Manifestation de soutien à la résistance kurde à Paris samedi 11 Octobre 2014 : Un camarade anarchiste kurde nous parle de la révolution à Rojava et du "confédéralisme démocratique", le projet politique porté par les forces kurdes progressistes, PKK et PYD : Autogestion, égalité entre tous les peuples (Arabes, Acadiens, Assyriens, Turkmens, kurdes, yézidis..), égalité entre hommes et femmes. Nous avons aussi discuté des positions de la Résistance face aux états imperialistes de la coalition.

émission à écouter sur Sons en luttes : http://www.sonsenluttes.net/spip.php?article762
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Re: La question kurde et l'anarchisme

Messagede Pïérô » 27 Oct 2014, 10:50

Reportage sur Kobanê avec l’Action Anarchiste Révolutionnaire

Il est évident qu’on ne peut pas nier la réalité, à savoir que les politiques opportunistes du capitalisme mondial et de la République Turque se trouvent derrière les tentatives d’attaque de Kobanê depuis 2 ans. Nous nous sommes entretenus sur la Révolution au Rojava et de la résistance de Kobanê, avec Abdülmelik Yalçin et Merve Demir, membres de l’Action Anarchiste Révolutionnaire (DAF), solidaire avec les populations de la région, et présents à Suruç (ville des réfugiés au bord de la frontière turco-syrienne) depuis le premier jour de la résistance, afin de lutter contre ceux qui veulent faire de l’ombre à la révolution populaire.

Vous avez réalisé pas mal d’actions depuis la résistance de Kobanê. Vous avez publié des affiches et des tracts. A part cela, vous avez joué un rôle actif en réalisant des chaines de boucliers humains, à Suruç et dans les villages près de la frontière de Kobanê. Quel était votre objectif en allant à la frontière ? Pouvez-vous nous raconter ce que vous y avez vécu ?

MD : Parallèlement à la Révolution au Rojova, la fracture entre les populations qui se trouvaient au Kurdistan, sur la frontière turco-syrienne. La République Turque a même essayé de construire un mur pour casser les effets de la révolution (au Rojava sur la population kurde de Turquie). Pendant qu’en Syrie se déroulait des guerres d’opportunisme du capitalisme mondiale et des pays avoisinant, au Rojova, le peuple Kurde a fait un pas de plus vers la révolution populaire. Ce pas a servi à l’ouverture d’un vrai front pour la liberté des peuples. Regardant ce qui se passait particulièrement à Kobanê, et dans tout le Rojova, en tant qu’anarchistes révolutionnaires, il nous était impossible de ne pas nous intégrer partie prenante de ce processus. Etre solidaire avec les peuples qui résistaient à Kobanê, est un point assez important, dans une conjoncture où les frontières des pays disparaissent. Nous étions au 15ème mois de la Révolution de Rojova. Pendant ces 15 mois, nous avions été très actifs, organisant un grand nombre d’actions unitaires, et réalisé de nombreuses affiches et tracts. Lors des dernières attaques contre la révolution de Kobanê, parallèlement à nos travaux d’affiches et tracts, nous avons organisé beaucoup d’actions de rue dans divers quartiers. Mais il nous était nécessaire d’être présents à la frontière de Kobanê, pour saluer la lutte pour la liberté du peuple Kurde, et contre les attaques des gangs de l’EI qui sont de purs produits de violence. Nous sommes partis d’Istanbul, le soir du 24 septembre vers la frontière de Kobanê. Rejoindre nos camarades qui nous ont précédés. Nous avons commencé à former un bouclier humain, dans le village de Boydê, situé à l’Ouest de Kobanê. Comme nous, des centaines de volontaires venus de divers endroits de l’Anatolie, de la Mésapotamie, formaient ce bouclier humain, tout le long de la frontière de 25km, dans des villages comme Boydê, Bethê, Etmankê, Dewşan. L’un des objectifs de ces boucliers humains, était d’empêcher les aides d’armement, de renforts en hommes, et de logistique de la République Turque dont le soutien à l’Etat Islamique était connu de tous. Avec ces veilles qui durent encore aujourd’hui, la vie dans les villages de la frontière s’est transformée en une vie communautaire, malgré les conditions de guerre. Un autre objectif de nos veilles de boucliers humains était également d’intervenir pour le passage et le soutien du peuple de Kobanê qui a été obligé de fuir les attaques qui ciblaient Kobanê, mais qui se faisait bloquer et devait attendre aux passages frontaliers durant des semaines, subissant de temps à autre les attaques des gendarmes. Les premiers jours de notre garde, avec ceux qui venaient d’Istanbul nous avons coupé les grillages de la frontière et nous sommes passés à Kobanê.

Pouvez-vous nous raconter ce que vous avez vécu après votre arrivée à Kobanê ?

AY. Dès notre passage à la frontière, nous avons été accueillis avec un grand enthousiasme. Dans les villages à la frontière de Kobanê, toute la population était dehors, de 7 à 77 ans. Les combattants de l’YPG (unités combattantes de l’armée populaire) et YPJ (unités combattantes féminines) ont tiré en l’air, debout sur les toits, dans des rues, pour saluer le fait que nous anéantissions les frontières. Nous avons fait une marche dans les rues de Kobanê. Puis nous avons discuté avec le peuple de Kobanê et les combattants YPG/YPJ qui défendent la révolution. C’est très important de traverser, de cette façon, les frontières mises par les Etats entre les peuples. Cette action a été réalisée en pleine guerre.

Il y a eu beaucoup d’informations sur les attaques faites par la gendarmerie et la police sur les populations à la frontière et sur les veilles de bouclier humain. Par ces intimidations, quel est l’objectif de la République Turque ?

A.Y. : Oui, L’Etat turc a en continue, une politique d’attaque contre les paysans de la frontière et les habitants de Kobanê qui essayent de traverser. Parfois les attaques sont multipliées, et parfois elles durent des jours. Chaque attaque a un prétexte et il est évident que chacune d’elle a un objectif bien particulier. Nous avons observé que quasiment à chaque attaque de gendarmes, il y avait des transferts de véhicules par la frontière. Nous ne savons pas le contenu de ces véhicules qui fournissent l’EI (Etat Islamique). Mais nous pouvions le deviner en faisant le parallèle avec l’intensité des attaques, s’il s’agissait de renforts humains, d’armes ou encore parfois de vivres pour subvenir aux besoins quotidiens de l’EI. Ces transferts se faisaient parfois par des véhicules qui portaient des immatriculations officielles, et d’autres fois par des gangs de "contrebandiers" soutenus par l’Etat. De plus, ces gangs soutenus par l’Etat, extorquent les biens des habitants de Kobanê qui attendent à la frontière. Et la gendarmerie, à la frontière, donne un droit de passage moyennant une commission d’environ 30%. Les politiques de l’Etat envers les populations de la région fonctionnaient déjà de cette façon, depuis de longues années. Mais prétextant les conditions de guerre ces politiques sont devenus encore plus visibles. Cette visibilité et les attaques ont pour but d’intimider les gardes de bouclier humain et les peuples frontaliers.


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Même si l’Etat turc le niait, l’existence et le fonctionnement du soutien à l’EI étaient relativement connus. Mais vous dites que lors de ce processus sa participation a prise des proportions visibles à l’oeil nu. C’est à dire l’existence d’un environnement où l’Etat ne cache plus son soutien. Comment fonctionne le soutien de la République Turque à l’EI ?

M.D. : La République turque a nié son soutien à l’EI, avec insistance. Mais ironiquement, à chaque intervention de négation, un nouveau transfert était organisé à la frontière. La plupart de ces organisations étaient d’une grande visibilité. Par exemple, des véhicules différents, laissaient à la frontière, et à plusieurs reprises, des « paquets de secours ». Nous avons été témoins de passage de dizaines de « voitures de service » à vitres fumées passer la frontière à la Porte de Mürşitpinar (ville turque frontalière syrienne). Personne ne se demande ce qu’il y a dans ces voitures car nous savons tous que tous les besoins de l’EI sont satisfaits par cette voie.

Pourriez-vous nous parler de l’importance actuellement historique de l’appropriation de la Résistance de Kobanê et de la Révolution au Rajova, surtout dans ce processus, pour les anarchistes révolutionnaires ?

A.Y. : Il ne faut pas penser la Révolution au Rojova et la Résistance à Kobanê séparément de la lutte pour la liberté que le peuple Kurde mène depuis des dizaines d’années. La lutte pour la liberté du Peuple Kurde, a été lancée comme un problème dont la source viendrait du peuple et non de l’Etat, et pendant des années, elle a été qualifiée sur les terres où nous vivons de « Problème Kurde ». Nous tenons à le répéter à nouveau, ceci est la lutte du peuple Kurde pour la liberté. Il y a un seul problème ici, et c’est le problème de l’Etat. Le peuple Kurde mène un combat d’existence contre la politique ségrégationniste et destructive exercée depuis des siècles par les pouvoirs politiques successifs dans cette région. Avec le slogan « PKK est le peuple, le Peuple est ici », le sujet politique prend forme chez chaque personne une par une, et l’identité de la force organisée est claire. Depuis qu’avec cette perception, nous avons concrétisé la lutte, dans différentes zones, de l’individu à la société, la relation que nous avons bâtie avec le peuple Kurde et l’organisation du peuple Kurde est une relation de solidarité mutuelle. Cette relation solidaire, est une relation que nous avons fondée en regardant par le prisme de la lutte pour la liberté des peuples. Dans les luttes pour la liberté, le mouvement anarchiste a été toujours un déclencheur. Dans une période où le socialisme ne pouvait pas sortir du continent européen, alors qu’une théorie comme « Le droit des peuples à disposer d’eux mêmes » n’existait pas encore le mouvement anarchiste s’est habillé des luttes pour la liberté des peuples dans différents endroits du monde. Pour comprendre cela, il faut regarder l’effet de l’anarchisme sur les luttes populaires dans un éventail large, de l’Indonésie au Mexique. De la révolution au Rojava,au combat des Zapatistes du Chiapas, les luttes des peuples pour la liberté ne correspondent pas aux descriptions des luttes nationales classiques. Parce qu’il est évident que concept de « nation » est lié à l’Etat. C’est pourquoi les luttes entreprises par les peuples pour s’organiser sans Etat doivent être étudiées en dehors de la notion « nationale ». Cependant, nous ne faisons pas la démarche de considérer la Résistance de Kobanê par des rapprochements avec d’autres processus historiques. Certains groupes font des renvois à d’autres processus historiques et leurs trouvent des ressemblances avec la Résistance de Kobanê. Mais il faut bien comprendre que la Résistance de Kobanê, c’est la Résistance de Kobanê ; et la Révolution au Rojava, c’est la Révolution au Rojava. Si on tient absolument à faire des parallèles avec la Révolution du Rojava, mais en regardant par le prisme d’une révolution populaire, dans ce cas, il faut aller regarder du côté de la révolution populaire de la péninsule ibérique.

Même si la Résistance à Kobanê se fait près de la frontière de l’Etat turc, de nombreuses actions et manifestations de solidarité on été faites au quatres coins du monde. Comment interprétez-vous les effets de la Résistance de Kobanê, ou, en vérité, la Révolution au Rojava, avant tout sur l’Anatolie, et bien sûr au Moyen Orient et dans le reste du monde ? Quels sont vos prédictions sur ces effets ?

M.D. : Les appels au « serhildan » (terme turc spécifique désignant les nombreux mouvements populaires d’insurrection kurde contre l’Etat turc depuis les années 90’ sur le slogan « Edi Bese » : Assez !) ont d’abord trouvé réponse dans les villes d’Anatolie, à commencer par les villes du Kurdistan. Dès le premier soir, les populations ont salué la Révolution au Rojava et la Résistance de Kobanê qui combat l’EI assassin et son soutien à l’Etat turc. L’Etat a commencé par attaquer les « serhildan » avec les forces des milices paramilitaires (nota : groupuscules d’extrême droite fomentés par l’Etat turc). Lors de ce processus de « serhildan » l’Etat qui terrorise les rues du Kurdistan, à travers les contra-hizbul, a assassiné 43 de nos frères. Ces assassinats sont le signe de la peur de l’Etat turc de la Révolution au Rojava, et du fait que cette révolution survienne dans ses terres. Une autre peur du capitalisme mondial et de l’Etat turc qui attaque dépité par crainte, est bien sur ; le Moyen Orient. Malgré tant de pillages, de violences, une révolution populaire a pu exister dans le Moyen Orient. Et cela met sans dessus dessous les plans du capitalisme mondial. Un grand chamboulement, car malgré les conditions de guerre, malgré toutes les carences, une révolution populaire a pu fleurir à Rojava. Cette révolution est la réponse apportée à tous les doutes sur la possibilité d’une révolution dans cette région et partout dans le monde, et a consolidé la foi en la révolution chez les peuples de la région et dans le monde. De toutes façons, le but de toutes les révolutions populaires dans l’histoire est de donner naissance à une révolution sociale qui se mondialise. Dans cette perspective nous avons fait un appel de solidarité à l’anarchisme mondial, pour la Résistance de Kobanê et la Révolution au Rojava. Suite à notre appel, les anarchistes de partout dans le monde ont réalisé des actions, en Irlande, en Allemagne, Bruxelles, Amsterdam, Paris, New York… Nous saluons par cette occasion toutes les organisations anarchistes qui ont entendu notre appel et qui ont organisé des actions, qui sont descendues dans la rue, ainsi que celles qui nous ont rejoint à la frontière pour des gardes de bouclier humain.

Depuis le premier jour des attaques de l’EI, Les médias, surtout celles soutenues par l’Etat turc, ont fait couler beaucoup d’encre, en annonçant que Kobanê était sur le point de tomber. Mais depuis un peu plus d’un mois, elles semblent avoir enfin compris que Kobanê n’est pas tombée et ne tombera pas. En tant que journal Meydan, nous saluons votre solidarité avec Kobanê. Voulez-vous ajouter quelque chose ?

M.D. : Nous, anarchistes révolutionnaires, avons vu encore une fois la foi inébranlable en la révolution sur des terres qui vivent dans des conditions de guerre, nous l’avons vécu, nous le vivons. Ce qui se passe au Rojava est une révolution populaire ! Cette révolution, où les frontières disparaissent, les Etats deviennent inefficaces, les plans du capitalisme mondial sont détruits, se socialisera sur notre géographie. Nous appelons tous les opprimés qui sont dans les quatre coins de notre géographie, à regarder par la fenêtre des opprimés, avec cette conscientisation, à agrandir la lutte organisée pour la révolution sociale. C’est la seule solution pour faire vivre dans des géographies plus larges la révolution sociale dont les fondations se sont bâties au Rojava. Vive la Résistance de Kobanê ! Vive la Révolution au Rojava !

Source : Meydan (la place), gazette mensuelle anarchiste http://meydangazetesi.org/gundem/2014/1 ... i-kawayiz/.

http://paris-luttes.info/reportage-sur- ... c-l-action
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