la Retirada et l'exil

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Messagede barcelone 36 » 27 Jan 2013, 21:17

M. Harlem Désir, un peu d’histoire ! (com. FA)

http://www.federation-anarchiste.org/sp ... rticle1115
Communiqué

M. Harlem Désir, un peu d’histoire !


Ignorance de l’histoire ou déni de l’histoire, les propos de Harlem Désir, le 21 janvier 2013, dans Mots croisés, sur France 2, à propos de l’accueil réservé aux réfugiés espagnols en 1939, sont inacceptables. Comment oser dire que ces Espagnols étaient fiers de la solidarité de la France ?

Comparant la gratitude qui serait celle de Maliens de 2013 envers la France à une présupposée gratitude des Espagnols républicains de 1939 à l’adresse du même pays qui aurait été accueillant pour eux, Harlem Désir a tenu ces propos : « Juste avant cette émission, j’étais à Montreuil où nous organisions une réunion de solidarité avec le peuple malien et j’ai vu des hommes et des femmes, beaucoup de Maliens de France, qui étaient à la fois inquiets, pour leur pays, comme ont pu l'être des réfugiés, vous savez, des Espagnols ou autres qui ont été accueillis en France au moment où leur pays traversait des drames et des guerres, et qui en même temps étaient fiers de la solidarité de la France, qui étaient soulagés, qui étaient reconnaissants. »

Or, même si en 1936 et 1937, il y eut une petite solidarité envers les Républicains espagnols en guerre civile, celle-ci a vite été interrompue par le gouvernement de gauche.

La Fédération anarchiste tient à rappeler que, parmi les 500 000 réfugiés espagnols fuyant le franquisme, après avoir, pour nombre d’entre eux, mené un âpre combat contre les forces franquistes, mais aussi contre ses alliés nazis et les supplétifs de Salazar, au moins 330 000 se sont retrouvés dans des camps de concentration (appellation officielle).

La solidarité n’était pas de mise, sauf chez certains militants de gauche, des anarchistes et quelques entités caritatives. En métropole et au Sahara colonisé, le gouvernement recevait ces Espagnols antifascistes, sans l’avoir anticipé – alors que les évènements présageaient une arrivée massive –, dans les camps de la honte du sud du pays. 17 000 personnes y périrent, ne parvenant pas à lutter contre le vent froid, la pluie, l’insalubrité, le manque d’eau potable, l’insuffisance des équipements sanitaires, la typhoïde, la tuberculose, le paludisme, le désespoir. Au Sahara, les conditions de vie étaient encore pires et certains y croupirent jusqu’en 1942. Rappelons aussi que les révoltes étaient punies d’emprisonnement dans des espaces disciplinaires et que les punitions brutales pouvaient semer la mort.

Là, il est question de l’attitude du gouvernement républicain jusqu’en 1940. Quant à celui de Vichy, il a livré des Espagnols au régime franquiste et aux nazis qui les ont déportés dans les camps d’extermination.

Pour rendre la monnaie de la pièce de la solidarité à la France, nombre d’espagnols exilés, dont de nombreux anarchistes, se sont battus contre l’occupation nazie, rejoignant la Résistance ou les Forces libres : les hommes de la 2e division blindée de Leclerc, commandée par le capitaine Raymond Dronne, la Nueve, qui, comme son nom l’indique, était composée en majorité d’Espagnols, ont été les premiers à rentrer dans Paris, le 24 août 1944, au soir.

Aussi, M. Harlem Désir, la Fédération anarchiste vous invite à revisiter votre Histoire de France, l’histoire de ces républiques et celle du comportement de ses représentants.



Secrétariat aux relations extérieures de la Fédération anarchiste.
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la Retirada et l'exil

Messagede bipbip » 11 Avr 2013, 13:58

Journée « Mémoires de l'exil » dimanche 14 avril 2013

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Messagede bipbip » 13 Fév 2014, 03:31

La Retirada, en espagnol « Retraite », un mot somme tout trop banal pour désigner ce qu'ont enduré nos camarades espagnols lorsqu’ils eurent à fuir la barbarie franquiste...
Sur la Retirada

La Retirada, en espagnol « Retraite », un mot somme tout trop banal pour désigner ce qu'ont enduré nos camarades espagnols lorsqu’ils eurent à fuir la barbarie franquiste...

Un bref rappel historique

Après la victoire du « Frente popular » en février 36, le prolétariat espagnol avec la CNT anarcho-syndicaliste (Plus d’un million et demi de militants en 36), la Fédération Anarchiste Ibérique (plusieurs dizaines de milliers de militants ) et, dans une moindre mesure avec l’UGT (Centrale socialiste - un million d’adhérents) et le POUM (petite formation marxiste de gauche de quelques milliers de militants s’opposent à la tentative de coup d’Etat fasciste de Franco et des généraux félons soutenus par la bourgeoisie et l’Eglise espagnole…
En Catalogne, dans le Pays Valencien, dans certaines parties de l’Aragon, dans les Asturies, en Castille, la classe ouvrière va faire reculer l’entreprise fasciste. En Andalousie, dans les grandes villes, les choses ne tourneront pas à l’avantage du peuple en armes…
La guerre civile va dès lors s’installer dans tout l’Etat espagnol et va s’accompagner de la collectivisation des terres et des industries par le prolétariat emmené par le CNT et la FAI… Le communisme libertaire est à l’ordre du jour en Catalogne, dans la région de Valence, dans certaines parties de l’Aragon. Des expériences collectivistes se feront jour dans les Asturies ou en Castille… Cette dynamique révolutionnaire va rencontrer des oppositions à l’intérieur et à l’extérieur de l’Etat espagnol.

A l’intérieur…

Outre la rébellion franquiste, d’autres forces vont s’opposer à l’élan révolutionnaire qui a chassé d’une grande partie du pays la « réaction ». Dans les zones ainsi libérées, les partis dits « démocratiques » et/ou « républicains » vont tout mettre en œuvre afin de torpiller la révolution prolétarienne en marche. L’autogestion généralisée, la reprise des entreprises et des terres par celles et ceux qui y travaillent, le contrôle des villes et des villages par les patrouilles ouvrières en armes, tout cela déplaît fortement à la bourgeoisie républicaine de gauche, aux étatistes qui voient le pouvoir leur échapper…
Le PCE (Partido Communista de Espańa) et le PSUC (Partit Socialist Unificat de Catalunya) s’emploient à faire capoter la révolution afin de préserver, au niveau international, une unique « Mecque » révolutionnaire : Moscou avec à sa tête le sinistre Staline !
Tout sera bon pour les uns et les autres pour affaiblir la révolution sociale : décrets gouvernementaux républicains limitant les libertés nouvelles arrachées par la classe ouvrière, renforcement du PCE et du PSUC (quelques milliers d’adhérents en 1936) par d’anciens militants de la petite bourgeoisie en se faisant des défenseurs de la restauration de l’Etat et de la petite propriété, assassinats de militants révolutionnaires par les communistes du cru aidés par les sbires russes et européens (la clique du stalinisme international) présents sur le sol espagnol…

A l’extérieur…

De Moscou, les directives qui partent ne laisseront jamais dans l’ombre un but avéré : faire échouer, avant tout, la révolution sociale qui s’y déroule ! Au demeurant, la défense de la « République », la restauration de l’Etat, l’abolition des décrets révolutionnaires qui avaient instauré la propriété collective, tout cela n’est que prétexte à une vaste entreprise de prise du pouvoir par les communistes autoritaires. La défense de la République avec l’arrivée de Juan Négrin au pouvoir cachera mal la main mise de l’URSS sur les événements ibériques…
La non-intervention de la France et de la Grande Bretagne s’explique, là aussi, par une certaine méfiance des gouvernements sociaux démocrates et/ou conservateurs vis-à-vis de la révolution espagnole. Elle prive le « peuple en armes » d’un atout considérable face au surarmement des franquistes et à l’engagement à leurs côtés des « Mussoliniens » et des « Hitlériens »… Le « Plutôt Franco que le front populaire… » de la fin 1944 trouve ici sa justification !
Si tous les Etats, entre 1936 et 1939, s’accordaient à soutenir les belligérants Espagnols, les uns favorables à Franco, les autres au gouvernement « républicain », TOUS rejetaient l’hypothèse révolutionnaire et préféraient … la stabilité d’une monarchie constitutionnelle à haute teneur autoritaire à « l’instabilité et au spontanéisme » d’une fédération autogestionnaire et libertaire de régions libres… La propriété privée des moyens de production, de communication et d’échange plutôt que le communisme libertaire en quelque sorte !

Prolégomènes de la « Retirada »…

En 1938, à l’avant-veille de la seconde guerre mondiale, le dictateur Franco obtient des pouvoirs accrus en Espagne. Les combats, dans le pays, tournent à l’avantage des troupes franquistes sur quasiment tous les fronts. Signalons que la « militarisation » des milices par la volonté « républicaine » des dirigeants communistes va entraîner une perte d’efficacité certaine, efficacité liée à l’élan révolutionnaire qui accompagne, à l’intérieur d’une guerre civile, le camp qui se bat pour accomplir son destin : en finir avec l’exploitation de l’Homme par l’Homme et l’aliénation étatique.
Ainsi, à la fin de l’année « la messe est dite ». Dès le début janvier 1939, les premiers exilés fuient le pays. En deux semaines seulement, 100 000 réfugiés vont passer le col d'Arès, à Prats de Mollo. Tous les points de passage sont concernés. Le col du Perthus, la route de Cerbère voient passer les foules. Ces exilés représentent en grande majorité des militants et des militantes de la cause révolutionnaire et libertaire et leurs familles car c’est ce camp qui était largement majoritaire de l’autre côté de la frontière ! Parler « d’exode républicain », si cela représente une catégorisation de l’Histoire tendant à faciliter le travail des chercheurs c’est en revanche, et dans une certaine mesure, une falsification des représentations catégorielles réelles de l’exilé.

Les passages par la frontière...

Arrivés dès le 27 janvier 1939 par le col d'Arès, les premiers réfugiés sont stoppés à Prats de Mollo où ils s'installeront comme ils pourront dans la ville. A partir de cette date, le mouvement ne va jamais cesser de s'accélérer…
Le 29, des convois partent en direction du camp de triage du Boulou.
Le 31 janvier, le ministre de l'intérieur se rend à Prats de Mollo pour assister à cet exode.
Pour accueillir ces réfugiés quatre camps de concentration sont construits à la hâte dans la vallée du Tech. Les abris sont faits de branches et de feuilles... Il est nécessaire d’acheminer en urgence 30 tonnes de nourriture par jour pour faire survivre cette marée humaine.
35000 réfugiés sont, à cette date, toujours internés dans les camps de Prats de Mollo
Le 13 février, la frontière est officiellement fermée, gardée par les soldats de Franco.
La vague de froid qui s'abat sur le pays va rendre les conditions d’internement insoutenables…
Ces camps seront définitivement fermés fin mars, mais cet hiver fut considéré comme un calvaire par ces espagnols fuyant Franco.
Par ailleurs, Cerbère a vu arriver une masse considérable d'espagnols en janvier 39.
Franchissant la frontière, ils furent internés de la même manière dans des camps créés de toutes pièces : Argelès-sur-mer et ailleurs…
Là, ils durent subir les affres des épidémies.
250 000 réfugiés passeront par le camp d'Argelès durant l'hiver 1939.
Rien qu'au mois de mars 1939, ce n’est pas moins de 77 000 personnes qui furent internées à Argelès. Un autre camp fut ouvert à Saint Cyprien qui accueillit 90 000 personnes.
A Saint Laurent de Cerdans, autre lieu de passage, 70 000 réfugiés arrivèrent au village. 5000 purent être logés sur place, en particulier dans une fabrique de sandales transformée en dortoir.
Les camps de Rivesaltes (Joffre) et de Leucate accueillirent des dizaines de milliers de réfugiés !
Au total, en quinze jours seulement, c'est plus de 450 000 combattant-e-s contre le franquisme qui arrivent dans le département et qui, pour beaucoup, rejoindront la lutte contre le fascisme international.
450 000 personnes qui luttaient de l’autre côté de la frontière pour construire une société sans Etat, sans exploitation et sans aliénation !
Ces Femmes et ces Hommes qui écrivirent une page de l’Histoire de la lutte contre le capitalisme et contre les trahisons des gouvernants (tous les gouvernants), ces Femmes et ces Hommes qui parvinrent à transformer un temps l’Utopie en Réalité, ces Femmes et ces Hommes méritent le respect de toutes et tous.
Il ne se revendiquaient pas « républicains » mais révolutionnaires, anarchistes, anarcho-syndicalistes, libertaires, fédéralistes, autogestionnaires… Il n’est pas bon de « travestir » l’Histoire ! Il est même inconséquent de circonvenir la lutte des ces êtres épris de justice sociale, de liberté individuelle et collective, de solidarité et d’entraide au champ étriqué de la défense de la « République ». L’affiliation « noir & rouge » et l’engagement libertaire, anarchiste et anarcho-syndicaliste de la grande majorité de celles et ceux qui passèrent la frontière ne se démentirent pas lors de leur arrivée sur la terre française… Internationalistes elles et ils étaient, internationalistes elles et ils restèrent !

De nos jours...

De nos jours, 70 ans après, une grande partie de ces familles est toujours installée dans la région. Le Camp Joffre est en ruine. Le lieu a pourtant servi, jusqu’à il y a peu de temps, de camp de rétention pour d’autres exilés. Aujourd’hui près de Perpignan, à Torremilla, d’autres damnés de la terre, des Sans Papiers, se retrouvent privés de liberté, parqués, cernés de murs et barbelés, avec pour toute compagnie des hommes en armes…
Aujourd’hui… La lutte continue !…


Groupe Puig Antich Février 2009

http://www.c-g-a.org/article/sur-la-retirada

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Re: la Retirada

Messagede bipbip » 13 Fév 2014, 03:42

Les 75 ans de la Retirada

CONFERENCES, EXPOSITIONS, PROJECTIONS.
20, 21, 25, 27 et 28 Février 2014
Médiathèque Intercommunale du Pays de Mirepoix
Minuit dans le siècle en Espagne. Histoires de chair et d’os.
Programme PDF : http://www.fondation-besnard.org/IMG/pd ... x_2014.pdf

Du 20 au 23 février. Argelès-Sur-Mer, La Jonquera, Colliure.
Programme PDF : http://www.paroleslibres.lautre.net/IMG ... 2014-2.pdf
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Re: la Retirada

Messagede bipbip » 01 Avr 2014, 01:40

Retirada : le film de l'exode d'un peuple

Film à voir en ligne : http://www.lindependant.fr/2013/02/22/f ... 730042.php
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Re: la Retirada

Messagede Pïérô » 09 Juin 2014, 03:10

Le 18 juin à Saint-Pierre-de​s-Corps (37)
Rencontre-échange sur les questions liées à la Retirada mais aussi à la période 1936-1939.
à 18 heures dans la salle 5 du passage Chabrier.
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Re: la Retirada

Messagede bipbip » 25 Juin 2014, 02:06

jeudi 26 juin 2014, Marseille

Discussion sur le Maquis

La vie à la montagne, fin de la guerre civile en Espagne et l’exil, les camps de réfugiés dans le Sud de la France, début de la guerre, résistance, groupes d’anarchistes dans
la résistance française, la propagande, les attentats contre Franco...

Plus d’info :
https://www.diagonalperiodico.net/blogs/imanol

19h30, Acratos, 7 rue Mazagran, 13001 Marseille


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Re: la Retirada

Messagede Alex » 19 Jan 2015, 13:46

"Les combats, dans le pays, tournent à l’avantage des troupes franquistes sur quasiment tous les fronts. Signalons que la « militarisation » des milices par la volonté « républicaine » des dirigeants communistes va entraîner une perte d’efficacité certaine, efficacité liée à l’élan révolutionnaire qui accompagne, à l’intérieur d’une guerre civile, le camp qui se bat pour accomplir son destin : en finir avec l’exploitation de l’Homme par l’Homme et l’aliénation étatique."

Je suis franchement dubitatif devant cette version.

Faut arrêter de mettre tout et n'importe quoi sur le dos des staliniens. Une guerre, a fortiori contre une armée professionnelle, ne se gagne pas par "l'élan révolutionnaire", mais avec des chars, des canons, des avions. Toutes les choses qui ont manquées à l'Espagne républicaine et qui ont finalement signé son arrêt de mort.
Notons au passage que l'URSS a expédié du matériel en Espagne (T-26, avions...). Ce qui ne minimise en rien les crimes odieux dont les staliniens se sont rendus responsables.
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Re: la Retirada

Messagede abel chemoul » 19 Jan 2015, 16:25

il faut aussi dire que les espagnols (du côté républicain) sont particulièrement mauvais au combat: héroïques, bravaches, courageux mais peu disciplinés selon les observateurs internationaux de l'époque. Sans compter quelques bras cassés comme Malraud et son esquadrille qui ne sortait que quand ils étaient sûrs de la victoire...
Les staliniens ont assurément joué un rôle important dans la défaite mais ce n'est pas tant la militarisation en elle-même que l'implication sovietique qui a contribué à la défaite.
En lisant La guerre d'Espagne d'Antony Beevor (un pavé disponible dans les bonnes BU) en fait, on a l'impression qu'il s'agissait déjà d'une guerre froide nazis/sovietiques dans laquelle les espagnols n'ont plus eu grand chose à dire une fois la militarisation accomplie : les généraux et conseillers militaires étaient en grande partie russes, les tankistes étaient russes, tout comme les aviateurs. Bref, les espagnols et les brigadistes n'étaient que de la chair à canon.
De ce que je me souviens de ce bouquin, la stratégie aussi a joué un rôle, les généraux, particulièrement les stals espagnols étaient nuls du point de vue commandement, incapables de pousser leur avantage quand ils avaient le dessus. Un exemple qui m'a frappé est la non-poursuite d'une offensive victorieuse et à la place l'élimination des poches de résistances locales alors que l'armée aurait dû continuer sur sa lancée et laisser cette tache de nettoyage à des commandos passant après. La leçon à retenir c'est que la stratégie ça s'improvise pas et qu'un général paysan est certes légitime d'un point de vue de classe mais pas forcément compétent pour autant. Après, est-ce que l'issue aurait été différente si les stals avaient juste fourni le matériel sans diriger la guerre? vu le tempérament espagnol, c'est pas dit non plus. Par contre la guerre aurait été moins longue et moins meurtrière sans interv' extérieure (nazie comme sovietique).

A noter aussi qu'en demandant le transfert de l'or des républicains en URSS "pour le protéger", Staline a empêché toute fourniture alternative de matériel de guerre.
Sans oublier le climat de parano dans le camp républicain à la fin de la guerre, digne du climat instauré par les purges en URSS. Ce climat a entrainé "quelques" exécutions de républicains par les stals qui voyaient des espions partout, exécutions notamment menées par un français stal, André Marty , le "boucher d'Albacète", boucher que les libertaires de la FCL française iront ensuite chercher pour en faire leur candidat après guerre...
Bref, les stals ont joué un rôle important dans la défaite, mais pas qu'à cause de la militarisation.
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Re: la Retirada

Messagede Pïérô » 19 Jan 2015, 16:41

Edit, pas vu le post d'abel chemoul pendant que j'écrivais, je répond là à Alex.

Les milices ouvrières organisée en colonnes et èquipées avec les moyens à portée de main ont porté les premiers coups, tout en portant la révolution sociale autogestionnaire et communiste libertaire. Tu fais donc l'impasse sur le caractère révolutionnaire de ce qui s'est passé en Espagne à cette époque, en n'en produisant qu'une lecture en terme de guerre républicaine, ce qui est d'ailleurs la version servie par les stals les soc-dems et évidemment tout ceux qui ont envie qu'il y ait un voile sur la lecture de cette partie de l'Histoire.

l'URSS, qui ne soutenait pas ce côté révolutionnaire, car il ne devait pas exister un autre modèle que le sien, a expédié du matériel en Espagne contre monnaie sonnante et en gros ce qui restait de l'or accumulé par l'Espagne depuis le pillage de l'Amérique centrale et du sud. Cet armement est arrivé pour renforcer le versant républicain et contre-révolutionnaire, et la colonne stalinienne de Lister, pour exemple, s'est employé au passage à briser les acquis révolutionnaires. La militarisation, et la disparition des milices ouvrières et révolutionnaires, avec pour prétexte de rechercher d'avantage d'efficacité "militaire", avait surtout pour objectif de briser aussi l'élan révolutionnaire, et faire que le mouvement anarchiste se range du côté de l'unité et de la république en passant au second plan la révolution sociale.

Cela prendrait du temps de revenir là dessus et il y a déjà pas mal d'éléments dans cette partie du forum que je t'invite à parcourir.

D'ailleurs parce qu'on est là dans un topic sur la retirada, il y a un comité qui se construit dans le 37, et on voit bien les achoppements que les proches du PCF ne voudraient pas que l'on aborde là encore sous prétexte d'unité antifasciste et républicaine. Mais en plus de militant-es anarchistes présent-es il y a aussi des descandant-es de militant-es CNT-FAI qui ont bien conscience de cette problématique.

J'en profite pour mettre le lien vers l'émission de Demain Le Grand Soir du 17 décembre dernier sur la question :
http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1367

J'ai regretté de ne pouvoir être à cette émission. Tout en restant correct, j'aurais été un peu moins consensuel que mon camarade.
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Re: la Retirada

Messagede Alex » 19 Jan 2015, 17:37

Le problème c'est que, dans une guerre moderne comme l'a été le conflit espagnol, mieux vaut avoir un bon flingue et un gros char qu'une foi révolutionnaire à toute épreuve.

La grande majorité de l'armée était franquiste ; les colonnes républicaines, mal armées et mal commandées, ne pouvaient pas résister contre l'armée franquiste, s'appuyant sur des éléments d'une grande valeur (la Légion...), et une armée motorisée appuyée par l'étranger (blindés et aviation italienne et allemande).

Pour paraphraser un des personnages de Malraux dans l'Espoir, il y a eu deux étapes dans la guerre civile ; la première, le putsh, était un pronunciamiento somme toute classique, qui a échoué. La deuxième était une véritable intervention étrangère, les franquistes jouant un peu un rôle de chairs à canon, et les éléments étrangers servant de troupes d'élites.

Et, toujours pour citer le même Malraux (vui, j'adore Malraux l'écrivain autant que je haït Malraux l'homme politique) dans le même bouquin, les républicains étaient influencés par la révolution russe, qui fut militairement la dernière révolution du XIX siècle, mais politiquement la première du XXeme.

On ne lutte pas contre une armée moderne avec le seul courage et la foi révolutionnaire. La révolution espagnole ne pouvait être sauvée que par l'aide de l'URSS, seule puissance capable d'aider militairement les républicains. Soyons réalistes, les milices anarchistes manquaient du professionnalisme nécessaire pour vaincre militairement les franquistes.
Là ou les staliniens sont responsables, pour moi, de la défaite espagnole, c'est qu'ils ont failli à leur rôle historique. Ils auraient dû envoyer chars, avions, armes et spécialistes sans compter. Ils ne l'ont pas fait, et, pire, ils ont désorganisés le mouvement ouvrier. Mais accuser les stals' d'être responsables de la défaite des républicains en brisant la révolution sociale, ça me paraît gonflé (même si je suis très critique sur les agissements des staliniens en Espagne)
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Re: la Retirada

Messagede Pïérô » 19 Jan 2015, 18:09

Alex a écrit: Là ou les staliniens sont responsables, pour moi, de la défaite espagnole, c'est qu'ils ont failli à leur rôle historique.


Il va falloir penser à avancer un jour, et sortir des cliché stal, mao, et Marxiste-Léniniste, prémâchés, Alex, car ils n'ont justement pas failli, et se sont très bien montrés à la hauteur de la tache que leur a demandé Staline justement.
Il n'était pas question pour Staline qu'un front communiste, du communisme réel et pas de la supercherie et du capitalisme d'Etat, s'ouvre ailleurs. Ce sont les anarchistes qui ont porté en Espagne le communisme, et pour Staline ce danger était d'autant plus important qu'il a participé à les éradiquer en Russie et finir le boulot déjà entamé par Lenine et Trotsky. Et il en sera de même de tout ce qui ne relevait pas de sa sphère, et en proximité géographique. Cela explique aussi pourquoi le PCF a passé sont temps à abdiquer sur la question révolutionnaire, en 36 par exemple, et notamment insurrectionnelle lors de la "libération" de Paris en 44. C'est une chape de plomb qui s'est abattu sur le mouvement ouvrier pendant pas mal d'années.
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Re: la Retirada

Messagede digger » 19 Jan 2015, 18:12

La révolution espagnole ne pouvait être sauvée que par l'aide de l'URSS, seule puissance capable d'aider militairement les républicains.
:haha:
L'URSS a envoyé quelques armes, les ont fait payées aux républicains en lingots d'or, ont détruit le mouvement anarchiste, ont essayé de négocier avec Franco et les puissances étrangères pour une Espagne "acceptable", puis sont repartis signer un pacte avec Hitler
70 ans après la propagande stal marche toujours? Les anars qui ne savaient pas se battre, qui étaient mal commandés et tout çà?
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Re: la Retirada

Messagede Alex » 19 Jan 2015, 18:37

Je ne pense pas qu'admettre que des paysans et des ouvriers munis d'armes individuelles ne font pas le poids face à une armée supérieure qualitativement soit de la "propagande stalinienne". La guerre ne s'improvise pas ! Un ouvrier ne devient pas tankiste ou mitrailleur par magie, et un paysan ne devient pas officier du jour au lendemain.

Je crois qu'il faut en finir avec le mythe du "peuple en arme invincible". Contre des tanks et des avions, il ne faut pas des fusils de chasse et des barricades, mais d'autres tanks et d'autres avions. Cela, seule l'URSS était capable de le fournir, elle ne l'a pas fait (pas suffisamment du moins). L'URSS a tout de même fournie aux républicains des tanks modernes ; aucun autre pays ne l'a fait ;) parler de "quelques armes" me paraît alors caricatural.

Après, ça ne justifie pas le fait que les staliniens aient fait passer la lutte contre des fractions des républicains avant la lutte contre le franquisme, certainement pas.

Je ne cherche pas à nier la responsabilité des staliniens et de l'URSS dans la chute de la République, mais je suis en désaccord total avec cette vision simpliste consistant à dire que si les stals n'avaient pas brisé "l'élan révolutionnaire" les anars n'auraient fait qu'une bouchée des tanks fascistes. On ne gagne pas une guerre conventionnelle avec de "l'élan révolutionnaire", mais avec des troupes formées au combat et disposant de matériel moderne et performant. L'URSS pouvait fournir ces éléments, elle ne l'a pas fait, à mon avis c'est de là que vient la chute de la république, et pas de la militarisation des colonnes.
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Re: la Retirada

Messagede Pïérô » 19 Jan 2015, 18:52

Alex a écrit:mais je suis en désaccord total avec cette vision simpliste consistant à dire que si les stals n'avaient pas brisé "l'élan révolutionnaire" les anars n'auraient fait qu'une bouchée des tanks

Personne ne dit ça ici, et sur ce plan il est clair qu'il n'y a pas de magie (en même temps il ne faut pas exagérer leur nombre, et ceux là étaient encore beaucoup vulnérables). Par contre, et je suis bien étonné que tu fasses l'impasse là dessus, la dimension peuple en arme et une dimension qui n'est pas abordée ici de guérilla prend toute son importance dans cette dimension révolutionnaire. D'ailleurs, auparavant, les armées napoléoniennes avaient été en partie battues (ont sacrément pataugé en tout cas) par cette dimension, en laissant trace dans la culture espagnole. L'intervention étrangère a été déterminante, elle a joué dans la victoire pour le camp réactionnaire, et sans celle-ci, il aurait pu en être autrement. Et s'il en avait été autrement, alors l'affrontement avec la petite bourgeoisie et les staliniens, et il ne faut pas oublier que les staliniens ne représentaient rien en Espagne en 36 mais que la petite bourgeoisie est venue renforcer ses rangs contre la révolution sociale et pour faire contre poids au mouvement anarchiste très puissant, aurait été inévitable, comme l'ont montré les affrontements qu'il y a eu à Barcelone en 37.
On ne refera pas cette guerre d'un point de vue stricto militaire, même avec le recul, les questions essentielles sont éminemment politiques.
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