Tarnac : quand la répression s’appelle anti-terrorisme

Re: LIBERATION IMMEDIATE DES INCULPES DE TARNAC

Messagede Pïérô » 03 Déc 2008, 19:34

Voila donc le premier texte de Paris et le contact du comité de soutien de Paris : comiteparis@yahoo.fr


11 novembre au matin, les usagers du rail sortent de la terreur : on vient d'arrêter les « commandos anti-TGV ». Michèle A.M. parade, sa belle prise est exposée par les médias, embarqués depuis le début dans l'opération. Deux jours plus tard, on semble plutôt reprocher aux interpellés d'avoir eu « l'intention » de commettre de tels actes. Ainsi allaient-ils finalement pouvoir devenir une sorte de « cellule », appartenant à une « nébuleuse », qui s'en serait, tôt ou tard, pris aux vies humaines. Magie de l'antiterrorisme : à mesure que les faits se dématérialisent, l'affaire s'aggrave.

La lutte antiterroriste ne s'intéresse pas tant aux actes qu'aux sujets qui pourraient les commettre. Un sujet, cela se fabrique. A partir de vies bien réelles, avec leurs particularités, leurs habitudes, leurs liens. Ces liens constituent d'ailleurs un objet d'investigation privilégié. C'est ainsi que la police construit une « mouvance », un « réseau», ou n'importe quel autre chien de mot signifiant une appartenance diffuse. Ce type d'objet a toujours convenu aux méthodes de la flicaille. Il offre un caractère inépuisable qui fait tout son charme. Les enquêtes n'ont plus de fin, elles sont extensibles à volonté, la menace est permanente, omniprésente.

Fabriquer un sujet terroriste, cela consiste en des procédures concrètes. Annoncer des menaces futures, leur fabriquer des appellations. Faire arrêter neuf personnes au petit matin, par des flics cagoulés, armés jusqu'aux dents. Les conduire dans des locaux spéciaux. Là, les garder quatre jours en cellule. Quatre jours ponctués d'interrogatoires nombreux et interminables, aux termes desquels n'importe qui serait prêt à avouer que sa grand-mère a conçu les attentats contre le World Trade Center. Pas d'avocat, si ce n'est à la fin, quand on aura eu le temps de les questionner sur ce qui est essentiel dans cette affaire : ce qu'ils vivent, ce qu'ils lisent, qui ils fréquentent, avec qui ils baisent. Il faut savoir s'ils ont manifesté, un jour, à Vichy, s'ils ont compris ou commis quelque ouvrage et pourquoi ils n'habitent pas, seuls, dans un appartement, mais vivent et s'organisent ensemble. Il n'y a plus alors qu'à extraire de cela les éléments adéquats et les retraduire dans le jargon de l'antiterrorisme. Produire ainsi, assortie de détails pittoresques, l'image de neuf clandestins, organisés en cellule, disposant d'un chef, et s'abreuvant d'un manuel de lutte armée.

Qu'importe que le fameux bréviaire secret se trouvât déjà en possession de plusieurs milliers de lecteurs, qui avaient pu se le procurer dans n'importe quelle librairie. Qu'importe qu'il fût impossible même aux journalistes venus accréditer cette thèse de confirmer tant soit peu ce portrait de clandestins reclus, coupés du monde. Le terme de « terrorisme » a le pouvoir de changer l'eau en vin, et pour ceux à qui on l'applique, chaque aspect de l'existence devient l'objet de soupçons si ce n'est une preuve accablante.

La réalité à partir de laquelle on a construit ici des terroristes, cette réalité, la justice peut toujours la trouver criminelle ; pour notre part, nous trouvons encore heureux que 3000 personnes s'opposent physiquement à la tenue d'un sommet ministériel sur l'immigration à Vichy, et honorable d'être solidaires de ses amis en garde à vue.

La SNCF recensait en 2007 vingt-sept mille actes de malveillance contre son réseau ferré. Le sabotage à proprement parler est un acte encore banal, dans toute grève bien menée – et le mouvement cheminot de l'automne dernier est encore venu le rappeler. Pour autant, et malgré la vive terreur que semble provoquer un blocage efficace du trafic ferroviaire, on n'avait pas encore brandi, dans de tels cas, la catégorie « terroriste », et l'arsenal judiciaire et policier exceptionnel qui l'accompagne. Ce qui s'est passé le 11 novembre est une provocation objective, qui a valeur de test. Il va de soi que si l'affaire s'éteint doucement dans le silence, tandis que croupissent en prison ceux qu'on a si grossièrement désignés à la vindicte universelle comme terroristes, rien n'empêchera que ce silence soit interprété comme un assentiment général donné au procédé, et à ses applications à venir. Ici, comme en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, il est clair que l'antiterrorisme n'est pas une série de lois d'exception que chaque pays s'accorde mais bien la base d'un nouveau régime de gouvernement mondial.

Nous annonçons la création d'un comité de soutien à Paris.

Il visera à soutenir matériellement et moralement les 9 personnes arrêtées le 11 novembre, dont 2 sont encore aujourd'hui en prison.

Il s'engage dans une défense commune, de l'ensemble des arrêtés, quelque soit leurs chefs d'inculpation. Il refusera de communiquer plus particulièrement sur telle ou telle personne. Il ne perdra pas de temps à s'étendre sur la réalité des faits qui leur sont reprochés, et donc sur la question de l'innocence ou de la culpabilité des inculpés. Le comité de soutien se donne pour principe de refuser la présence des média à ses réunions, et s'autorisera à communiquer avec eux selon ses propres termes et conditions.

Plus que le soutien aux neufs mis en examen, le comité vise à tout faire pour que la machine antiterroriste – qui s'était mise en marche bien avant ce jour-là – ne puisse pas continuer son travail d'écrasement dans l'assentiment général. Cela passe par l'attaque du montage politique et médiatique visant la création d'un nouvel ennemi de l'intérieur : la « mouvance anarcho-autonome ». Le comité affirme son soutien aux 6 personnes prises depuis, janvier 2008 dans le tourbillon judiciaire qui accompagne cette fabrication – tous sont mis en examen dans le cadre d'une instruction antiterroriste : Ivan et Bruno pour avoir transporté des fumigènes artisanaux, Isa et Farid pour avoir convoyé du chlorate et des plans d'établissement pénitentiaire ; Juan, Isa et Damien sont aussi soupçonnés d'une tentative d'incendie d'un véhicule de police, et sont pour cela incarcérés depuis plusieurs mois sous le coup des assises antiterroristes.

L'objectif immédiat du comité est la libération de toutes les personnes incarcérées et la fin des poursuites judiciaires à l'encontre des inculpés.


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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Nico37 » 03 Déc 2008, 19:34

http://infokiosques.net/spip.php?article597

Communiqué de la LCR.

La remise en liberté de trois des cinq emprisonnés du groupe de Tarnac par la cour d’appel de Paris ne fait que démontrer l’inanité de l’accusation de terrorisme, complaisamment colportée par les enquêteurs et le pouvoir politique. Ces arrestations à grands renforts de forces policières et très médiatisés sont un des signes d’une dérive sécuritaire et liberticide, galopante, de plus en plus affirmées.

Que ce soit la scandaleuse et brutale arrestation d’un ancien directeur de publication de Libération, Vittorio de Filippis, accusé de diffamation, que ce soit la perquisition dans un collège du Gers avec des chiens policiers qui ne peut que traumatiser de jeunes collégiens, chacun de ces événements voient les libertés publiques mises à mal.

N. Sarkozy porte une lourde responsabilité en la matière. Le discours sécuritaire, qu’il véhicule depuis plusieurs années, agrémenté d’agressions verbales, visant à stigmatiser tous ceux et toutes celles qui portent une parole différente de la sienne ne pouvait que déboucher sur une police, et parfois une justice, à son image.

Fréquemment, des sans-papiers, des jeunes sont victimes des mêmes agissements dégradants dans l’anonymat le plus total.

La LCR affirme sa totale solidarité avec les victimes de ces agissements inhumains. Les libertés publiques sont menacées. Il y a urgence à se rassembler pour les défendre.

Le 2 décembre 2008.


Communiqué du comité de soutien aux inculpés de Tarnac

mardi 2 Décembre 2008

Au regard du maintien en détention de deux inculpés du 11 Novembre, des perquisitions effectuées à Tarnac et en Belgique, des pressions exercées sur les manifestants au Palais de justice de Paris vendredi dernier et aujourd'hui mardi, le comité de soutien maintient ses demandes de libération immédiate et de levée des accusations pour TOUS les inculpés.

Des comités de soutien existent déjà ou sont en train de se monter partout en France et même dans le monde. Ils ne se laisseront pas intimider. Nous appelons à la création de nouveaux comités et à l'intensification des manifestations de soutien, qui seule pourra faire plier la machine antiterroriste et contrer l'opération politique déclenchée le 11 Novembre.

______________________________________________________________________________

Voila donc le premier texte de paris et le contact du comité de soutien de Paris

comiteparis@yahoo.fr

11 novembre au matin, les usagers du rail sortent de la terreur : on vient d'arrêter les « commandos anti-TGV ». Michèle A.M. parade, sa belle prise est exposée par les médias, embarqués depuis le début dans l'opération. Deux jours plus tard, on semble plutôt reprocher aux interpellés d'avoir eu « l'intention » de commettre de tels actes. Ainsi allaient-ils finalement pouvoir devenir une sorte de « cellule », appartenant à une « nébuleuse », qui s'en serait, tôt ou tard, pris aux vies humaines. Magie de l'antiterrorisme : à mesure que les faits se dématérialisent, l'affaire s'aggrave.

La lutte antiterroriste ne s'intéresse pas tant aux actes qu'aux sujets qui pourraient les commettre. Un sujet, cela se fabrique. A partir de vies bien réelles, avec leurs particularités, leurs habitudes, leurs liens. Ces liens constituent d'ailleurs un objet d'investigation privilégié. C'est ainsi que la police construit une « mouvance », un « réseau», ou n'importe quel autre chien de mot signifiant une appartenance diffuse. Ce type d'objet a toujours convenu aux méthodes de la flicaille. Il offre un caractère inépuisable qui fait tout son charme. Les enquêtes n'ont plus de fin, elles sont extensibles à volonté, la menace est permanente, omniprésente.

Fabriquer un sujet terroriste, cela consiste en des procédures concrètes. Annoncer des menaces futures, leur fabriquer des appellations. Faire arrêter neuf personnes au petit matin, par des flics cagoulés, armés jusqu'aux dents. Les conduire dans des locaux spéciaux. Là, les garder quatre jours en cellule. Quatre jours ponctués d'interrogatoires nombreux et interminables, aux termes desquels n'importe qui serait prêt à avouer que sa grand-mère a conçu les attentats contre le World Trade Center. Pas d'avocat, si ce n'est à la fin, quand on aura eu le temps de les questionner sur ce qui est essentiel dans cette affaire : ce qu'ils vivent, ce qu'ils lisent, qui ils fréquentent, avec qui ils baisent. Il faut savoir s'ils ont manifesté, un jour, à Vichy, s'ils ont compris ou commis quelque ouvrage et pourquoi ils n'habitent pas, seuls, dans un appartement, mais vivent et s'organisent ensemble. Il n'y a plus alors qu'à extraire de cela les éléments adéquats et les retraduire dans le jargon de l'antiterrorisme. Produire ainsi, assortie de détails pittoresques, l'image de neuf clandestins, organisés en cellule, disposant d'un chef, et s'abreuvant d'un manuel de lutte armée.

Qu'importe que le fameux bréviaire secret se trouvât déjà en possession de plusieurs milliers de lecteurs, qui avaient pu se le procurer dans n'importe quelle librairie. Qu'importe qu'il fût impossible même aux journalistes venus accréditer cette thèse de confirmer tant soit peu ce portrait de clandestins reclus, coupés du monde. Le terme de « terrorisme » a le pouvoir de changer l'eau en vin, et pour ceux à qui on l'applique, chaque aspect de l'existence devient l'objet de soupçons si ce n'est une preuve accablante.

La réalité à partir de laquelle on a construit ici des terroristes, cette réalité, la justice peut toujours la trouver criminelle ; pour notre part, nous trouvons encore heureux que 3000 personnes s'opposent physiquement à la tenue d'un sommet ministériel sur l'immigration à Vichy, et honorable d'être solidaires de ses amis en garde à vue.

La SNCF recensait en 2007 vingt-sept mille actes de malveillance contre son réseau ferré. Le sabotage à proprement parler est un acte encore banal, dans toute grève bien menée – et le mouvement cheminot de l'automne dernier est encore venu le rappeler. Pour autant, et malgré la vive terreur que semble provoquer un blocage efficace du trafic ferroviaire, on n'avait pas encore brandi, dans de tels cas, la catégorie « terroriste », et l'arsenal judiciaire et policier exceptionnel qui l'accompagne. Ce qui s'est passé le 11 novembre est une provocation objective, qui a valeur de test. Il va de soi que si l'affaire s'éteint doucement dans le silence, tandis que croupissent en prison ceux qu'on a si grossièrement désignés à la vindicte universelle comme terroristes, rien n'empêchera que ce silence soit interprété comme un assentiment général donné au procédé, et à ses applications à venir. Ici, comme en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, il est clair que l'antiterrorisme n'est pas une série de lois d'exception que chaque pays s'accorde mais bien la base d'un nouveau régime de gouvernement mondial.

Nous annonçons la création d'un comité de soutien à Paris.
Il visera à soutenir matériellement et moralement les 9 personnes arrêtées le 11 novembre, dont 2 sont encore aujourd'hui en prison.

Il s'engage dans une défense commune, de l'ensemble des arrêtés, quelque soit leurs chefs d'inculpation. Il refusera de communiquer plus particulièrement sur telle ou telle personne. Il ne perdra pas de temps à s'étendre sur la réalité des faits qui leur sont reprochés, et donc sur la question de l'innocence ou de la culpabilité des inculpés. Le comité de soutien se donne pour principe de refuser la présence des média à ses réunions, et s'autorisera à communiquer avec eux selon ses propres termes et conditions.

Plus que le soutien aux neufs mis en examen, le comité vise à tout faire pour que la machine antiterroriste – qui s'était mise en marche bien avant ce jour-là – ne puisse pas continuer son travail d'écrasement dans l'assentiment général. Cela passe par l'attaque du montage politique et médiatique visant la création d'un nouvel ennemi de l'intérieur : la « mouvance anarcho-autonome ». Le comité affirme son soutien aux 6 personnes prises depuis, janvier 2008 dans le tourbillon judiciaire qui accompagne cette fabrication – tous sont mis en examen dans le cadre d'une instruction antiterroriste : Ivan et Bruno pour avoir transporté des fumigènes artisanaux, Isa et Farid pour avoir convoyé du chlorate et des plans d'établissement pénitentiaire ; Juan, Isa et Damien sont aussi soupçonnés d'une tentative d'incendie d'un véhicule de police, et sont pour cela incarcérés depuis plusieurs mois sous le coup des assises antiterroristes.

L'objectif immédiat du comité est la libération de toutes les personnes incarcérées et la fin des poursuites judiciaires à l'encontre des inculpés.


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Re: LIBERATION IMMEDIATE DES INCULPES DE TARNAC

Messagede sebiseb » 03 Déc 2008, 19:48

Libération ce matin titrait sa une sur la gravité de la détention arbitraire des militants de Tarnac ;
- Fustigeait le coup médiatique par rapport à la réalité judiciaire (les preuves réelles),
- et l'absurdité de la qualification "de terrorisme".

Peut-être quand même que l'indignation générale qui règne sur cette affaire, va permettre aux anarchistes de mieux faire connaître les idées, et probablement faire entendre leurs revendications -> Je sais, je suis positif ce soir !
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Pïérô » 03 Déc 2008, 20:23

les deux derniers communiqués étaient déjà en ligne, et dans la bonne rubrique :wink:
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede sebiseb » 03 Déc 2008, 21:16

Il faudrait créer une catégorie "communiqué de presse" ?
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Pïérô » 03 Déc 2008, 22:16

çà ne ferait que compliquer dans la mesure où les communiqués atterrissent (enfin en général) dans les bonnes rubriques, car faire une rubrique "communiqués de presse" amènerait inéluctablement à faire des catégories et des rubriques pour pouvoir s'y retrouver...ce qui ne ferait que dédoubler les rubriques déjà existantes...
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede sebiseb » 03 Déc 2008, 22:59

qierrot a écrit:çà ne ferait que compliquer dans la mesure où les communiqués atterrissent (enfin en général) dans les bonnes rubriques, car faire une rubrique "communiqués de presse" amènerait inéluctablement à faire des catégories et des rubriques pour pouvoir s'y retrouver...ce qui ne ferait que dédoubler les rubriques déjà existantes...

C'est vrai !
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L'obsession de l'ultragauche

Messagede Berckman » 04 Déc 2008, 01:10

Article du monde... instructif !

La question vient du fond de la salle. Doigt levé, le responsable de la sécurité d'une grande chaîne hôtelière demande si, "par rapport au petit groupe qui a cherché des noises à la SNCF", les entreprises ont "matière à s'inquiéter". Dans cet entre soi, où sont réunis, à Paris, ce 26 novembre, des patrons du CAC 40 membres du club des directeurs de la sécurité des entreprises (CDSE), on se parle en confiance. "Oui, il y a une crainte, répond à la tribune Gilles Gray, sous-directeur de la protection économique à la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) en évoquant "une philosophie qui se développe en Europe".

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Depuis des mois, la place Beauvau enquête sur "l'ultragauche" et a développé la thèse de l'émergence d'un "terrorisme idéologique". Les interpellations de neuf jeunes gens à Tarnac (Corrèze) et Paris entrent dans cette logique. "C'est un message fort, poursuit M. Gray, adressé à ceux qui auraient des velléités de commettre des actions semblables", à celles qui ont pris pour cible des caténaires de la SNCF. "Nous espérons que cette affaire a enrayé pour un temps ce type d'actions violentes, insiste le responsable policier et permettra d'éviter, précise-t-il, "le retour d'Action directe ou de la RAF allemande".

Un "message" ? Le mot sonne étrangement rapporté à la gravité des accusations. Depuis le 11 novembre, date de leur interpellation, neuf jeunes gens de 22 à 34 ans ont été mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et cinq d'entre eux sont soupçonnés d'avoir commis des dégradations sur les voies ferroviaires "dans une perspective d'action terroriste". Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, a évoqué un projet de "lutte armée". Au grand dam des familles et des avocats qui dénoncent l'absence de preuves dans le dossier - en l'occurrence aucune arme n'a été trouvée.

Classées "secret-défense", des notes du renseignement sont venues alimenter une ministre convaincue. En juin, la DCRI a remis à Michèle Alliot-Marie une étude de quarante pages intitulée : "Du conflit anti-CPE à la constitution d'un réseau préterroriste : regards sur l'ultragauche française et européenne".

"ON S'ACCROCHE À LUI, ON LE SUIT"

Les comparaisons avec Action directe y abondent. Mais la ministre revendique elle-même avoir aiguillonné ses services vers "l'ultragauche", en leur demandant, dès son installation place Beauvau en 2007, de "suivre ce phénomène". Une préoccupation née "il y a quelques années, explique-t-elle au Monde, quand j'ai compris que le PCF s'effondrait et ne remontait pas. Cela a été renforcé chez moi par les manifestations anti-CPE". Mme Alliot-Marie évoque aussi une radicalisation ressentie à l'issue de l'élection présidentielle de 2007. Et affirme avoir eu au début "l'impression d'un certain scepticisme" chez ses interlocuteurs. Un sentiment vite balayé aujourd'hui. "En 1917, ça a commencé comme ça !", s'énerve un collaborateur, en faisant référence à la révolution russe, quand des interrogations sont émises.

A la fin de l'été 2007, lors de la réunion hebdomadaire de l'intérieur sur le terrorisme, Mme Alliot-Marie fait donc inscrire l'ultragauche aux côtés de l'islam radical, de l'ETA et de la Corse. A cette même période, le criminologue Alain Bauer pianote un matin, comme son habitude, sur le site internet de la Fnac et Amazon.com en quête des nouveautés en librairie lorsqu'il tombe par hasard sur L'insurrection qui vient (éd. la Fabrique). Le consultant en sécurité y voit la trace d'un "processus intellectuel qui ressemble extraordinairement aux origines d'Action directe" et, sans barguigner, achète d'un coup 40 exemplaires. Il en remettra un en mains propres au directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, assorti d'une petite note. Rédigé par un "Comité invisible", l'ouvrage est attribué par les policiers à Julien Coupat, qui fait figure de principal accusé dans l'affaire de Tarnac.

En novembre 2007, des premières interpellations ont lieu. A Toulouse, deux hommes et une femme d'une vingtaine d'années ont fait sauter un engin explosif dans un champ. A leur domicile, la police trouve L'insurrection qui vient. Puis viennent d'autres arrestations en banlieue parisienne, et à Bourges, d'autres jeunes, en possession de petits engins explosifs et d'une "documentation anarchiste".

Dès lors, les consignes redoublent sur la surveillance des squats et des "modes opératoires" de la mouvance anarcho-autonome. Signalé par les autorités américaines pour avoir manifesté à New York devant un centre de recrutement de l'armée, Julien Coupat est désormais dans le collimateur des policiers français. "On s'accroche à lui, on le suit", dit un responsable du renseignement. Le 16 avril 2008, une enquête préliminaire est ouverte à la section antiterroriste du parquet de Paris.

A l'intérieur du document de la DCRI, trois pages concernent le groupe Coupat. "Ils ont adopté la méthode de la clandestinité, assure Mme Alliot-Marie. Ils n'utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d'étrangers." Mais la ministre en convient : "Il n'y a pas de trace d'attentats contre des personnes."
Isabelle Mandraud
Berckman
 

Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Nico37 » 04 Déc 2008, 12:07

Julien Coupat est le meneur présumé d’un groupe, issu de l’ultra-gauche française, suspecté d’actes de vandalisme contre la SNCF. Partisan d’une société communiste et anarchique, Julien Coupat est soupçonné d’avoir déclenché des actions "terroristes" s’inspirant de l’idéologie d’Action directe, mais qui s’en détache par le niveau de violence déclenchée

La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, s'est dite très satisfaite de l'avancée de l'enquête (photo AFP)

Soupçonné d’avoir vandalisé des lignes TGV le week-end du 11 novembre dernier, Julien Coupat a été mis en examen en compagnie de huit autres personnes pour des délits qualifiés de “terroristes” par la justice. La Cour d'appel de Paris a ordonné avant-hier la remise en liberté de trois des cinq suspects encore gardés à vue. Seuls Julien Coupat et sa compagne Yldune L. demeurent incarcérés. Ils sont tous deux poursuivis entre autres pour le délit de destructions en réunion à visée terroriste. Chef présumé, Coupat pourrait être condamné à 20 ans de prison.

Coupat, étudiant brillant
Agé de 34 ans, Julien Coupat est décrit par ses anciens professeurs et par les policiers en charge de l’enquête comme un homme extrêmement intelligent et un étudiant brillant. Diplômé d’une grande école de commerce parisienne, titulaire d’un DEA en sciences sociales, il s’installe après ses études dans une ferme corrézienne où il vit avec des amis altermondialistes. Il est également membre fondateur de la revue philosophique anarchiste Tiqqun, disparue depuis. Les écrits de Julien Coupat, ses longues études ainsi que sa relation intellectuelle avec le philosophe italien Giorgio Agamben, spécialiste des théories marxistes, font de lui le cerveau désigné par les enquêteurs d’un groupe d’ultra-gauche.

Documentation sur la RAF
"L’Appel", manifeste d’ultra-gauche dont la paternité est attribuée à Julien Coupat, revendique "la volonté de vivre le communisme et de répandre l’anarchie". Ce texte définit aussi ce qui parait être la stratégie d’actions de la gauche radicale française. “Il paraîtra judicieux de s'attaquer plutôt aux dispositifs matériels qu'aux hommes qui leur donnent un visage. C'est vers les formes d'opérations propres à toutes les guérillas qu'il nous faut nous tourner : sabotages anonymes, actions non revendiquées.” Lors des perquisitions chez les présumés coupables, un nombre important de documents sur la Rote Armee Fraktion (RAF), plus connue sous le nom de Bande à Baader, avaient été découverts. Si la RAF, à l’instar des Brigades rouges en Italie ou d’Action directe en France, a été l’auteur d’assassinats et d’attentats sur le sol allemand dans les années 70 et 80, le début de l’enquête ne fait pas état d’armes trouvées.

L’ultra-gauche en pleine recrudescence
Pour la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, la mouvance française d’ultra-gauche, partisane d’une société anarchique, rejetant l’hyperconsommation et le système capitaliste, est estimée à 300 personnes actives. En mars dernier, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) avait remis un rapport au gouvernement l’alertant d’un risque d’actions violentes de la part de ces radicaux. Ce mouvement "anarcho-autonome" aurait établi des connexions avec ses homologues allemands, italiens, belges et grecs, et serait en pleine recrudescence.
Ces dernières semaines, trois films sont sortis sur les écrans racontant la vie de Jacques Mesrine, symbole de cette gauche extrême, et sur les actions menées par la Bande à Baader. Ces œuvres connaissent un fort succès en France, une fascination que ne partage pas la ministre de l’Intérieur... ni les passagers de la SNCF!
Yann Fernandez (www.lepetitjournal.com) jeudi 4 décembre 2008


lefigaro.fr a écrit:Un manifestant anti-G8 à Gênes en 2001.
L'ex-DCRG décrivait en juin dernier la «renaissance» de l'action violente.


Épais de 41 pages, le rapport avait été rédigé par l'ex-Direction centrale des renseignements généraux en juin dernier. Estampillé «confidentiel défense», il était intitulé «Du conflit anti-CPE à la constitution d'un réseau préterroriste international : regards sur l'ultragauche française et européenne.» Les auteurs y assuraient que «la fin de l'année 2005 marque la renaissance d'une ultragauche violente». Convaincus que le CPE a permis à l'ultragauche de «capter une nouvelle génération d'activistes», les services ont recensé près de 70 «passages à l'acte violent» depuis janvier 2006. Les ex-RG, situant «la mouvance squat de type anarcho autonome au centre des violences», passent en revue des sites clandestins où ont été saisies des «substances explosives» ou encore de la littérature du type «Pourquoi nous haïssons la police». D'après les policiers, le prétendu «préterrorisme» des «anarchos autonomes» est établi après l'arrestation, à Toulouse en 2007, de suspects essayant «un engin explosif » et mis en examen pour l'incendie d'une voiture piégée à Rennes.

Aucune preuve matérielle


Le rapport revient aussi sur l'interpellation, le 23 janvier 2008 à Vierzon, de deux activistes en possession «de 1,6 kg de chlorate de soude, d'une documentation écrite en plusieurs langues relative à la fabrication d'engins explosifs ou incendiaires artisanaux». Achevant leur rapport sur l'«ébauche d'un réseau européen», l'ex-DCRG écrivait il y a six mois qu'un «groupe informel d'activistes d'ultragauche de type autonome» disposait au domicile parisien de Julien Coupat - dont le maintien en détention a été confirmé hier en appel - «d'un local intitulé Le Vouvray ou Jargon libre, utilisé comme lieu de réunion, d'hébergement d'anarchistes étrangers de passage (…)». Évoquant les «bases arrière logistiques souvent difficiles d'accès», le rapport désignait déjà le site du «Goutailloux» à Tarnac comme étant le «point le plus stratégique » où transitaient les « membres de l'ultragauche européenne ». Cinq mois plus tard, un coup de filet y était mené en vue de démanteler un présumé groupuscule soupçonné d'avoir saboté des lignes TVG.

Pour l'heure, aucune preuve matérielle n'implique aucun des suspects. Dans son chapitre sur les «activistes présents sur tous les fronts de l'ultragauche européenne», les anciens RG affirment : «Très mobiles, la plupart d'entre eux ont été signalés à l'occasion de rendez-vous internationaux de la mouvance, comme à Barcelone, Séville, Thessalonique, Athènes, Gênes, Milan, Genève, Rostock…».

Le 9 février 2007, plusieurs militants français auraient par ailleurs été repérés par des agents de liaisons à une réunion anti-G8, à Varsovie (Pologne). Julien Coupat, soutiennent les auteurs du rapport, a participé à des réunions similaires en mars dernier à Berlin tandis que sa compagne Ydulne se serait rendue le mois suivant à une réunion similaire à Brighton. «Ce qui n'en fait en rien des terroristes», concède un policier. Si «les activistes présents ont décidé de mettre en place une force de subversion», l'extrême gauche radicale resterait, selon les ex-RG, «d'une dimension et d'une capacité de nuisance sans commune mesure avec celle de la fin des années 1970».
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede gyhelle » 04 Déc 2008, 12:18

Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d'étrangers." Mais la ministre en convient : "Il n'y a pas de trace d'attentats contre des personnes."


Putain, maintenant il y a un délit d'amitié.

Si ça dit à quelques personnes, ça serait bien de faire une petite liste de ces délits absurdes inventé pour l'occasion et de faire touenerça.
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede sebiseb » 04 Déc 2008, 12:49

gyhelle a écrit:
Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d'étrangers." Mais la ministre en convient : "Il n'y a pas de trace d'attentats contre des personnes."


Putain, maintenant il y a un délit d'amitié.

Si ça dit à quelques personnes, ça serait bien de faire une petite liste de ces délits absurdes inventé pour l'occasion et de faire touenerça.

C'est suréaliste, et pour tenir ce genre de propos, c'est bien parce que le dossier est archie vide - Ils sont anarchistes, donc associales - Bref, s'ils ne se mettent pas d'eux-mêmes à l'écart de la société, nous les y mettrons nous-même en prison, voir qhs, parce que quand même ces gens sont dangereux c'est évident ils sont anarchistes = nihilistes = pour le chaos !
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede arvn d » 04 Déc 2008, 12:52

un dossier assez complet réalisé par la revue Divergences

http://divergences.be/spip.php?rubrique421
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Re: DCRI versus "MAAF" :arrestations TGV.

Messagede Nico37 » 04 Déc 2008, 13:21

Solidarité avec les inculpés de Tarnac

Pour éviter que la crise économique ne se transforme en crise politique et sociale d’ampleur, l’Etat sort ses muscles et choisit la manière forte afin de mater les noyaux de contestation qui peuvent demeurer ou se développer ici ou là.
Pour ce faire, il nous ressort l’épouvantail terroriste, incarné aujourd’hui par une « ultra-gauche anarcho-autonome » qui se rajoute au danger islamiste d’hier.
Cependant, trois semaines après l’opération militaro-médiatique qui a abouti à l’inculpation de neuf personnes, le montage s’effondre. Nulle surprise à cela, puisque les coups tordus sont une pratique constante de gouvernement, voire de gestion des conflits sociaux : Irlandais de Vincennes, Rainbow Warrior, incendie des stocks de Daewoo…
Nous affirmons donc notre solidarité avec les inculpés face à la tempête médiatico-judiciaire, qui n’est pas sans nous rappeler le climat des « lois scélérates » de la fin du xixe siècle.
Il nous apparaît nécessaire de renforcer les actions et initiatives du Comité de soutien de Tarnac* pour obtenir la libération des inculpés, de développer la résistance contre la criminalisation des luttes et des mouvements sociaux, et de réagir contre l’écrasement et le muselage de toutes formes d’action et de pensée critiques.

Organisation communiste libertaire,
le 30/11/08

*www.Solidarité11novembre.org

http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article426


« Mouvance anarcho-autonome » : Généalogie d’une invention

RÉUNION PUBLIQUE de solidarité et de débats SAMEDI 6 décembre 2008, à 17 heures, 9, rue François Debergue, à Montreuil, M° Croix de Chavaux.

Victor Hugo se flattait d’avoir « mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire [1] ». C’est aujourd’hui la cagoule des policiers antiterroristes que l’on enfile sur le vocabulaire. Chacun choisit son symbole : la coiffe des sans-culottes de 1793 ou le masque anonyme du bourreau.

Néologismes et sémantique sont des moyens de la lutte des classes. Lewis Carroll a résumé le problème dans un court dialogue : « La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire. La question, riposta Humpty Dumpty, est de savoir qui sera le maître... un point c’est tout [2] ».

Voilà. Ceux qui sont les maîtres, c’est-à-dire ceux qui disposent de la gendarmerie et des télévisions, ont le pouvoir de donner aux mots le sens qui leur convient. Ils ont le pouvoir de faire en sorte que les mots les servent, qu’ils soient le moins importuns possible pour eux. « Ils disent “voici telle ou telle chose”, remarquait Nietzsche, ils apposent sur toute chose et sur tout événement un son qui les différencie et par là même ils en prennent pour ainsi dire possession [3] ». Les mots, et partant les choses qu’ils désignent, sont serfs. Il n’est pas étonnant que les écrivains se soient soucié du sort du langage, leur outil, leur jouet, leur arme. Les écrivains, dit Hugo dans Les Contemplations, « ces bandits », « ces terroristes », « ont mis la langue en liberté ». Le souci de tous les pouvoirs est de la remettre en cage, de re-nommer sans cesse ce qui leur déplaît et les importune. Nommer pour normer. Définir pour en finir avec.
Anarcho-libertaire ou anarcho-autonome

La police a hésité, depuis le début des années 1990, entre plusieurs appellations pour désigner les milieux ou la mouvance qui se situent hors de l’extrême gauche (par ex. LCR, LO...) et de l’anarchisme organisé (par ex. FA, OCL...). La première expression, bel exemple de redondance, était « anarcho-libertaire ». Elle englobait aussi bien des militants de la CNT anarcho-syndicaliste que les antifascistes radicaux du SCALP. Puis vient « anarcho-autonome ».

On peut prendre comme point de repère commode du passage d’une expression à l’autre le rapport des Renseignements généraux sur l’extrême gauche, produit en avril 2000 (Extrême gauche 2000, 116 p.). Classés parmi les « électrons libres », figurent les « anarcho-autonomes » : « Rassemblant de façon informelle des éléments se signalant par une propension à la violence, la mouvance autonome, regroupée pour l’essentiel dans la capitale, compte également des ramifications en province. Hors les organisations transversales qu’elle s’emploie à dévoyer, cette sensibilité se retrouve dans les squats politiques et également dans des structures spécifiques, plus ou moins éphémères, voire de circonstance, s’interpénétrant peu ou prou, au nombre desquelles : [le Scalp, Cargo, collectif agissant au sein d’AC !, le Collectif des papiers pour tous, etc.]. » (p. 32) Dans l’une des annexes, intitulée « Les manifestations d’une violence marginale de janvier 1998 à avril 2000 » (pp. 79 à 84), énumération d’actions plus ou moins illégales, on trouve les deux expressions, utilisées pour désigner tel militant censé y être impliqué, mais avec une nette prépondérance d’« anarcho-autonome » (15 contre 2, et, pour être tout à fait complet, 2 « anarcho-punks »).

Certes l’hybride « anarcho-autonome » est à peine moins ridicule que l’« anarcho-libertaire », mais il présente l’avantage de combiner le vieil épouvantail de l’anarchiste poseur de bombes avec une « autonomie » qui tient davantage de l’adjectif - bel adjectif d’ailleurs ! - que de la filiation réelle avec les mouvements autonomes italiens et français des années 1970.

Il faut attendre la deuxième moitié des années 2000, et l’arrivée de Michèle Alliot-Marie au ministère de l’Intérieur pour que le vocabulaire policier évolue. Encore le phénomène est-il lent et contradictoire, comme en témoigne les articles de la presse. Le Figaro (8 juin 2007) titre « L’extrême gauche radicale tentée par la violence ». Il est question dans le corps de l’article d’« une mouvance particulièrement active ces dernières semaines. Qualifiés d’“anarcho-autonomes” par les services de police [...]. » Le Monde (1er février 2008) titre « Les RG s’inquiètent d’une résurgence de la mouvance autonome ». L’article parle d’une « mouvance, qualifiée pour l’heure d’“anarcho-autonome” » puis utilise, sans guillemets, l’expression mouvance autonome.

C’est, à ma connaissance, dans une nouvelle note, produite cette fois par la Sous-direction anti-terroriste de la Direction centrale de la Police judiciaire, et datée du 26 janvier 2008, que s’achève la formation de l’expression qui fait son titre : Renseignements concernant la mouvance anarcho autonome francilienne (cf. article de Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget sur le site bakchich.info, 14 novembre 2008). Voici donc la « mouvance anarcho autonome » qui, pour avoir perdu un trait d’union, a enfin gagné sa cohésion. Et elle gagne encore, détail décisif, une localisation géographique : « francilienne ». Certes, cela peut signifier simplement la modestie de l’objet envisagé (on ne traitera pas de la mouvance toulousaine...). Cependant, l’adjectif francilienne, s’il est réducteur dans l’espace géographique, ouvre des perspectives « organisationnelles » et donc policières intéressantes [4]. Au prix de son troisième adjectif qualificatif, la « mouvance », terme par définition vague, acquiert un semblant de consistance... Bref, par la vertu d’un mot, nous avons affaire à une organisation, à un groupe constitué, autant dire à un parti ! Lequel s’exprime, selon la note de la PJ, « par des actions concertées à l’encontre des forces de l’ordre et de symbole du capital (banques, agences d’intérim, compagnies d’assurances, sociétés commerciales internationales...), préparées par les intéressés lors de rencontres dans les squats, à la fois lieu de vie, de réunion et de passage [5] ».

Il manquait une touche, logique, à cette élaboration. Elle est fournie par une note, en date du 13 juin 2008, de la Direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice, adressée aux magistrats parquetiers de toute la France. Il s’agit de faire face « à la multiplication d’actions violentes commises sur différents points du territoire national susceptibles d’être attribuées à la mouvance anarcho-autonome. » La Chancellerie demande par cette note aux parquets locaux « d’informer dans les plus brefs délais la section anti-terroriste du parquet de Paris [de toute nouvelle « affaire »] pour apprécier de manière concertée l’opportunité d’un dessaisissement à son profit [6] ». La « mouvance anarcho-autonome » est donc bien l’équivalent d’une organisation structurée au niveau national, et comportant des ramifications ou des « cellules » locales.

Ce laborieux effort de visibilisation d’un ectoplasme permettra d’accuser demain tel individu interpellé et mis en examen, pour possession d’un fumigène par exemple, d’appartenir à la Mouvance anarcho autonome, comme on est délégué Force ouvrière ou agent de la CIA. L’intérêt étant que, aussi minuscule et dérisoire que puisse être le prétexte de son arrestation et de sa mise en examen, il sera considéré comme un élément d’un ensemble d’autant plus dangereux pour l’ordre social qu’il est flou. À travers lui, c’est « le parti » que l’on frappera !
Ultra-gauche

Annonçant les interpellations de Tarnac, le 11 novembre 2008, la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie ajoute un terme à la déjà indigeste « mouvance anarcho-autonome », la faisant précéder du terme « ultra-gauche ». Ce qui donne, sans respiration : « ultra-gauche mouvance anarcho-autonome ». Mentionnons pour mémoire que le terme Ultras désigne, au début du XIXe siècle, les ultra-royalistes.

Ultra-gauche a d’abord été employé au milieu des années 1920 pour désigner des militants léninistes, membres du KPD (parti communiste allemand pro-soviétique), qui déviaient de la ligne officiel de Moscou, en s’opposant par exemple à la politique de front unique avec les sociaux-démocrates. Par la suite, il a été utilisé de manière vague et confuse pour désigner les communistes de conseils (Pannekoek par ex.) et de manière générale les marxistes antistaliniens [7].

Rien ne dit que le vocabulaire politico-judiciaire soit fixé. On peut cependant prévoir qu’il sera difficile, ne serait-ce que d’un point de vue euphonique, d’allonger encore cette suite de trois termes, dont deux sont composés. Il sera plus simple d’utiliser, comme en d’autres temps, le mot « terroriste ».

[1] Les Contemplations, 1834.

[2] De l’autre côté du miroir.

[3] Généalogie de la morale, Éd. 10-18, p. 130.

[4] Paradoxe : à ma connaissance, seuls des textes militants ont utilisé, par dérision et pour moquer la volonté policière d’inventer une organisation à partir de rien, le sigle « MAAF ».

[5] Le rapport de la sous-direction antiterroriste de la direction centrale de la police judiciaire au procureur de Paris, en date du 15 novembre 2008, reprend ce passage mis en ligne ici.

[6] Le Syndicat de la Magistrature (SM) faisait observer, dans un communiqué du 26 juin 2008, que cette manière de procéder est de nature à centraliser et renforcer « la répression à l’encontre des différents acteurs du mouvement social ». Guillaume Didier, porte-parole du ministère de la justice, affirmait en réponse que « la définition de la “mouvance anarcho-autonome”, des organisations et des membres qui la composent, viendra des services de renseignements spécialisés » (Mediapart, 26 juin 2008), ce qui revient à reconnaître qu’il s’agit d’une formule creuse promise au rôle de joker et de fourre-tout.

[7] Sur la critique de la notion d’ultra-gauche, cf. Charles Reeve, « Ultra-gauche en salade », Oiseau-tempête, n° 11, été 2004.


[url=L'ultra-gauche bientôt accusée d'avoir fomenté la crise financière ?]http://www.lesmotsontunsens.com/ultra-gauche-enquete-police-relaxe-innocents-crise-financiere-2540[/url]

Il fallait un ennemi qui fasse l'unanimité. Les Etats-Unis ont Al Qaida, la France aura dorénavant l'Ultra-gauche. Des terroristes indicibles, indétectables, surentrainés, des experts... des anarchistes !


27500 actes de malveillances en 2007 contre les biens et les installations de la SNCF. Mais ceux-là sont très particuliers, ils ont été réalisés par des experts. Des gens qui possédaient des manuels pour résister aux interrogatoires de la police, des gens qui se réunissaient en secret pour refaire le monde, qui lisaient des livres sur l'anarchisme et, comble de l'extrémisme... ils possédaient des ordinateurs ! Ils avaient même réussi à se faire apprécier de leur village. C'est dire...

Des spécialistes surarmés

Sur TF1, on détaille les techniques des terroristes à grand renfort de détails. Au péril de leurs vies, ils se hissent sur les caténaires à 7 mètres de hauteur sur un câble de 25000 volts, et y posent un crochet qui, au passage du TGV, arrachait tout sur son passage. Curieusement, la plupart des incidents sont décrits comme ayant été provoqués par des blocs de béton déposés sur la voie, mais l'enquête journalistique suit son cours. Sur France 2, on évoque un attirail impressionnant, découvert lors des perquisitions : des livres, des barres métalliques, des cagoules, des fumigènes, des gilets pare-balles, ou encore... des tiges de fer. Armés jusqu'aux dents !

Une nébuleuse internationale

Autre détail croustillant, sur France 3 : ils ont protesté contre le CPE ! Et les images violentes défilent à l'écran. Ils ont manifesté en Allemagne ! Et les images violentes défilent à l'écran. Ils ont défilé aux Etats-Unis devant une caserne militaire ! Et les images violentes défilent à l'écran. D'ailleurs, cette caserne a été la cible d'un attentat un mois après, bizarre... Autre détail très important, l'opération de sabotage a été saluée par un groupe libertaire est-allemand. La preuve !

... surveillée par la police et le FBI

On en appelle aussi à l'expertise des techniciens de la SNCF. Aucun doute, il s'agit de sabotage, si quelqu'un en doutait encore. On en appelle aussi à l'expertise des experts, aucun doute, l'ultra-gauche est dangereuse, car indépendante et hors de contrôle : anarcho-autonomes, selon le ministère de la Justice. D'ailleurs, de nombreux rapports des RG le soulignent : les gens dangereux sont dangereux. La presse se risque même à reproduire les propos d'Alain Bauer, spécialiste parmi les spécialistes, sarkozyste parmi les sarkozystes, qui ose un rapprochement avec le groupe terroriste "Action Directe". Sur France 3, Michèle Alliot-Marie déclare que ces gens étaient sous surveillance depuis longtemps, qu'ils ont été vus à proximité de voies TGV, que des rapprochements ont été faits, qu’ils étaient aussi sous surveillance du FBI, etc. La police et le FBI les auraient donc laissé faire ? "Il s'agissait donc bien d'actes de terrorisme" conclut le journaliste. CQFD.

Jugement sans appel d'une habitante de Tarnac : "On n'imaginait pas qu'ils étaient à la limite du terrorisme. Vous savez, les RG, en général, ils ne font pas de descente pour rien"... Tout est dit. Mais à chaque fois, après ce déferlement de témoignages à charge, un journaliste conclut le reportage, devant un bâtiment officiel orné de drapeaux tricolores, par une résurgence d'esprit journalistique : "on ne sait pas grand chose, il n'y a pas de preuve". Ce qui a été confirmé par plusieurs sources judiciaires. Aucune preuve. Rien... au moment où l'on vous parle.

Une enquête ? Quelle enquête ?

Pire, même. Selon une information Europe 1, les dix gardés à vue n'ont pas été interpellés dans le cadre de l'enquête sur les sabotages de la SNCF, mais dans celui d'une enquête préliminaire ouverte le 16 avril par le parquet anti-terroriste. Cette enquête vise aujourd'hui à établir leur rôle dans des violences qui ont eu lieu lors de manifestations à Vichy début novembre et à Thessalonique début septembre. SNCF : "donner au train des idées d'avance", dit le slogan, et aux journalistes, aussi...

Et si on trouvait des traces d'un compte bancaire, on pourrait aussi les accuser d'avoir fomenté la crise financière ? Les journalistes veillent au grain...
Modifié en dernier par Nico37 le 04 Déc 2008, 15:30, modifié 1 fois.
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Réunion Publique suite aux arrestations anti-terroriste Same

Messagede Jacob » 04 Déc 2008, 15:26

Réunion Publique suite aux arrestations anti-terroriste Samedi 6 à 17h à Montreuil

La nécessité d'être solidaire implique de trouver les moyens de se ressaisir de la situation et de ne pas se laisser gouverner par la peur.
Lors de la discussion publique de Samedi (à 17h à la Parole errante au 9 rue françois Debergue à Montreuil, Métro croix de chavaux) seront discutées les questions de l'anti-terrorisme, des actes de luttes comme le sabotage et de la solidarité effective.
Ce pourrait être un début pour organiser la riposte


11 novembre au matin, les usagers du rail sortent de la terreur : on vient d'arrêter les « commandos anti-TGV ». Michèle A.M. parade, sa belle prise est exposée par les médias, embarqués depuis le début dans l'opération. Deux jours plus tard, on semble plutôt reprocher aux interpellés d'avoir eu « l'intention » de commettre de tels actes. Ainsi allaient-ils finalement pouvoir devenir une sorte de « cellule », appartenant à une « nébuleuse », qui s'en serait, tôt ou tard, pris aux vies humaines. Magie de l'antiterrorisme : à mesure que les faits se dématérialisent, l'affaire s'aggrave.
La lutte antiterroriste ne s'intéresse pas tant aux actes qu'aux sujets qui pourraient les commettre. Un sujet, cela se fabrique. A partir de vies bien réelles, avec leurs particularités, leurs habitudes, leurs liens. Ces liens constituent d'ailleurs un objet d'investigation privilégié. C'est ainsi que la police construit une « mouvance », un « réseau», ou n'importe quel autre chien de mot signifiant une appartenance diffuse. Ce type d'objet a toujours convenu aux méthodes de la flicaille. Il offre un caractère inépuisable qui fait tout son charme. Les enquêtes n'ont plus de fin, elles sont extensibles à volonté, la menace est permanente, omniprésente.
Fabriquer un sujet terroriste, cela consiste en des procédures concrètes. Annoncer des menaces futures, leur fabriquer des appellations. Faire arrêter neuf personnes au petit matin, par des flics cagoulés, armés jusqu'aux dents. Les conduire dans des locaux spéciaux. Là, les garder quatre jours en cellule. Quatre jours ponctués d'interrogatoires nombreux et interminables, aux termes desquels n'importe qui serait prêt à avouer que sa grand-mère a conçu les attentats contre le World Trade Center. Pas d'avocat, si ce n'est à la fin, quand on aura eu le temps de les questionner sur ce qui est essentiel dans cette affaire : ce qu'ils vivent, ce qu'ils lisent, qui ils fréquentent, avec qui ils baisent. Il faut savoir s'ils ont manifesté, un jour, à Vichy, s'ils ont compris ou commis quelque ouvrage et pourquoi ils n'habitent pas, seuls, dans un appartement, mais vivent et s'organisent ensemble. Il n'y a plus alors qu'à extraire de cela les éléments adéquats et les retraduire dans le jargon de l'antiterrorisme. Produire ainsi, assortie de détails pittoresques, l'image de neuf clandestins, organisés en cellule, disposant d'un chef, et s'abreuvant d'un manuel de lutte armée.
Qu'importe que le fameux bréviaire secret se trouvât déjà en possession de plusieurs milliers de lecteurs, qui avaient pu se le procurer dans n'importe quelle librairie. Qu'importe qu'il fût impossible même aux journalistes venus accréditer cette thèse de confirmer tant soit peu ce portrait de clandestins reclus, coupés du monde. Le terme de « terrorisme » a le pouvoir de changer l'eau en vin, et pour ceux à qui on l'applique, chaque aspect de l'existence devient l'objet de soupçons si ce n'est une preuve accablante.
La réalité à partir de laquelle on a construit ici des terroristes, cette réalité, la justice peut toujours la trouver criminelle ; pour notre part, nous trouvons encore heureux que 3000 personnes s'opposent physiquement à la tenue d'un sommet ministériel sur l'immigration à Vichy, et honorable d'être solidaires de ses amis en garde à vue.
La SNCF recensait en 2007 vingt-sept mille actes de malveillance contre son réseau ferré. Le sabotage à proprement parler est un acte encore banal, dans toute grève bien menée – et le mouvement cheminot de l'automne dernier est encore venu le rappeler. Pour autant, et malgré la vive terreur que semble provoquer un blocage efficace du trafic ferroviaire, on n'avait pas encore brandi, dans de tels cas, la catégorie « terroriste », et l'arsenal judiciaire et policier exceptionnel qui l'accompagne. Ce qui s'est passé le 11 novembre est une provocation objective, qui a valeur de test. Il va de soi que si l'affaire s'éteint doucement dans le silence, tandis que croupissent en prison ceux qu'on a si grossièrement désignés à la vindicte universelle comme terroristes, rien n'empêchera que ce silence soit interprété comme un assentiment général donné au procédé, et à ses applications à venir. Ici, comme en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, il est clair que l'antiterrorisme n'est pas une série de lois d'exception que chaque pays s'accorde mais bien la base d'un nouveau régime de gouvernement mondial.

Nous annonçons la création d'un comité de soutien à Paris.
Il visera à soutenir matériellement et moralement les 9 personnes arrêtées le 11 novembre, dont 2 sont encore aujourd'hui en prison.
Il s'engage dans une défense commune, de l'ensemble des arrêtés, quelque soit leurs chefs d'inculpation. Il refusera de communiquer plus particulièrement sur telle ou telle personne. Il ne perdra pas de temps à s'étendre sur la réalité des faits qui leur sont reprochés, et donc sur la question de l'innocence ou de la culpabilité des inculpés. Le comité de soutien se donne pour principe de refuser la présence des média à ses réunions, et s'autorisera à communiquer avec eux selon ses propres termes et conditions.
Plus que le soutien aux neufs mis en examen, le comité vise à tout faire pour que la machine antiterroriste – qui s'était mise en marche bien avant ce jour-là – ne puisse pas continuer son travail d'écrasement dans l'assentiment général. Cela passe par l'attaque du montage politique et médiatique visant la création d'un nouvel ennemi de l'intérieur : la « mouvance anarcho-autonome ». Le comité affirme son soutien aux 6 personnes prises depuis, janvier 2008 dans le tourbillon judiciaire qui accompagne cette fabrication – tous sont mis en examen dans le cadre d'une instruction antiterroriste : Ivan et Bruno pour avoir transporté des fumigènes artisanaux, Isa et Farid pour avoir convoyé du chlorate et des plans d'établissement pénitentiaire ; Juan, Isa et Damien sont aussi soupçonnés d'une tentative d'incendie d'un véhicule de police, et sont pour cela incarcérés depuis plusieurs mois sous le coup des assises antiterroristes.
L'objectif immédiat du comité est la libération de toutes les personnes incarcérées et la fin des poursuites judiciaires à l'encontre des inculpés.

REUNION PUBLIQUE
SAMEDI 6 DECEMBRE – 17 H

à La Parole Errante
9 rue François Debergue
Montreuil
Métro Croix-de-Chavaux
Jacob
 

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Messagede kuhing » 04 Déc 2008, 15:35

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