Attention ! Le dossier « NDDL » revient ! Pierre Sparaco 29/12La publication (21 décembre 2013) par la préfecture de Loire-Atlantique d’arrêtés préalables au début des travaux de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne constitue pas, dans les faits, une avancée du dossier. Pour les opposants au projet, pas question de trêve des confiseurs !
Epineux, inextricable, le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes s’invite à nouveau dans l’actualité. Et, depuis qu’on avait fait semblant de l’oublier, strictement rien n’a changé : des positions totalement inconciliables se font face et, qui plus est, il n’est toujours pas question de transport aérien mais, excusez du peu, de l’affrontement de deux modèles de société. En clair, quoi que disent certains des intervenants, la situation est purement et simplement bloquée, avec tentatives multiples de vaines récupérations purement politiques.
La publication de quatre arrêtés préfectoraux consacrés à l’eau et à la biodiversité ont été publiés ces jours-ci, après avoir été prudemment suspendus pendant plusieurs mois. En théorie, ils devraient permettre à Vinci d’entamer les travaux, ce qui ne sera pourtant pas le cas, sachant que des recours suspensifs vont être introduits par les opposants. Sans compter sur les effets d’une « mobilisation générale » toujours vigoureuse qui veut l’annulation du projet. L’aéroport actuel, Nantes Atlantique, a encore tout l’avenir devant lui…
Une manifestation de grande ampleur est d’ores et déjà prévue pour le 22 février, à l’invitation du mouvement des Bonnets rouges, pour éviter ce qu’il est convenu, dans leur jargon, une fracture territoriale. Le maire de Carhaix (Finistère), Christian Troadec, leader de ce mouvement, n’en a pas moins été désavoué par l’influent collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne », pour éviter tout amalgame. Mais ce n’est là qu’un petit rebondissement politicien parmi d’autres, et certainement pas le dernier d’une longue série.
De toute manière, quelle que soit la façon de relire le dossier, il apparaît foncièrement bancal, et cela malgré les envolées lyriques de quelques intervenants curieusement dépourvus de bon sens et incapables de prendre un minimum de recul par rapport aux réalités économiques qu’ils doivent en principe mesurer et apprécier.
Un exemple parmi d’autres, Jacques Auxiette, président de la Région des Pays de la Loire (même étiquette politique que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault) et par ailleurs président du syndicat mixte aéroportuaire. Ledit syndicat réunit une bonne vingtaine de collectivités locales concernées par le projet NDDL et suppose de ce fait la maîtrise de compétences ...aéroportuaires. On est malheureusement loin du compte.
En effet, Jacques Auxiette, dans une tribune libre confiée au journal Le Monde, voit dans le projet de nouvelle plate-forme le symbole d’un autre modèle de société (sic) et dénonce avec d’autant plus de conviction ce qu’il qualifie d’imposture intellectuelle « selon laquelle ce projet est incompatible avec un développement raisonnable de notre territoire ». Pas question, dès lors, d’accepter l’image d’un nouveau modèle de société « symbolisé par des cabanes dans les bois et des potagers autogérés ».
Jamais, aussi loin que remonte la mémoire des spécialistes du secteur aéroportuaire, on n’avait entendu de tels propos, que l’on est tenté de qualifier de tragi-comiques. D’autant qu’une seule et unique question attend une réponse : Nantes et sa région ont-ils besoin d’un nouvel aéroport ? Et pour quelles raisons ? Si Nantes Atlantique, mal situé par rapport au centre ville, induit un quelconque danger, un risque d’insécurité, il faut le prouver, ce qui est loin d’être le cas. Et tout d’abord envisager de décaler l’axe de sa piste. Par ailleurs, sous-question, si Nantes Atlantique risque la saturation, il faut le dire. Mais ce ne sera évidemment pas le cas, les prévisions de trafic les plus optimistes ne permettant cas de considérer sérieusement cette hypothèse. Laquelle ne convient de toute manière pas au tiers-mondistes qui préfèrent se préparer à la fin du pétrole et à l’arrêt de l’essor du transport aérien.
De toute manière, si le dossier NDDL relevait du transport aérien, et à ce titre du ministère des Transports, il suffirait d’arrêter le débat, une fois pour toutes, en se référant à ce qui se fait ailleurs, notamment à Londres Gatwick, Genève ou San Diego. Le premier cité dit tout, en quelques chiffres : une seule piste, plus de 240.000 mouvements annuels, 34 millions de passagers et 88.000 tonnes de fret, 200 destinations desservies.
On ne le dira jamais assez fort : le dossier NDDL n’aurait jamais dû être perverti en soi-disant débat de société mais rester dans les limites normales du transport aérien. Le dossier est malheureusement passé au mauvais endroit, au mauvais moment, et s’est placé lui-même dans une impasse. Apparemment sans possibilité de faire marche arrière, sans la moindre chance de formuler un compromis. Moyennant quoi l’année 2014 nous annonce d’autres rebondissements aussi invraisemblables que les précédents.