Effectivement sur cette question du fascisme, je pense qu'il y a trois écoles
1) L'école historique, pour laquelle le fascisme représente le type de politique conduite pendant l'époque mussolinienne en Italie dont les composantes principales ont été énumérées par harfang (bon comme les intervenants précédents, je ne suis pas d'accord non plus sur l'anti-capitalisme, c'était plutôt à mon avis, un peu comme le régime stalinien ou la Chine actuelle, un capitalisme d'Etat) : il se caractérise également par sa haine farouche de la démocratie et du socialisme (et par extension du communisme), de l'internationalisme et du régime parlementaire, par un patriotisme extrême, un nationalisme agressif et une hostilité à l'endroit des autres nations et des autres races, par la glorification du pouvoir, de la violence et de la guerre, par des rêves de conquête et d'expansion, par la nostalgie d'un passé prétendument glorieux, par des associations paramilitaires, par le mythe du chef à qui on attribue des qualités surhumaines et par le choix opportun d'un bouc émissaire (ordinairement les juifs) tenu responsable de tous les maux sociaux, nationaux et économiques. L'encyclopédie Encarta le définit comme suit :
MSN Encarta a écrit:Exaltant les valeurs de la famille, du travail, de la solidarité nationale, de la domination des intérêts nationaux dans tous les domaines, de l’ordre et de la discipline, les fascistes rejettent le pouvoir de l’argent et la démocratie libérale, considérée comme corrompue et inefficace. L’épanouissement de l’idéologie fasciste s’inscrit dans un contexte, celui de la montée des nationalismes consécutifs à la Première Guerre mondiale et à la crise économique de 1929, et dans un mouvement global, celui de la recherche d’une troisième voie, alternative au capitalisme libéral et au communisme marxiste, dans le cadre d’une révolution conservatrice.
2) L'école moderne, ou comme Ady le précisait, le fascisme employé au
sens large. Dans ce cas de figure, personnellement je préfère utiliser le terme de "fascisant" à celui de "fasciste", pour traduire le fait que l'élément qualifié peut être caractérisé par un nombre assez troublants de paramètres caractérisant le fascisme historique, même si cet élément se démarque voire s'oppose sur certains autres!
3) il y a finalement l'école systématique, qui elle emploie le terme fascisme à un peu toute les sauces, dès qu'un début de coercition pointe le bout de son nez. Ca c'est un peu l'école de LéoKarim, à ce que j'ai pu entrevoir sur les quelques posts que j'ai eu l'occasion de lire.
Personnellement, je me classerai plutôt dans la seconde école, même si par facilité, quelquefois je dois bien avouer que je ne fais pas toujours l'école buissonnière de la troisième!
Maintenant, peut-être il est intéressant de se pencher un peu sur
l'origine du fascisme :
The Canadian Encyclopedia a écrit:Après la Première Guerre mondiale, les mouvements fascistes deviennent dominants dans les pays qui ont subi des défaites humiliantes, ont perdu de vastes territoires et se sont vu imposer de dures conditions de paix. Un grand thème de tous les mouvements fascistes est la reconquête des colonies et territoires perdus de même que le rétablissement de la situation antérieure à la guerre. Le fascisme n'attire pas que les militaires, mais aussi ceux qui ont perdu leur statut social traditionnel et envisagent l'avenir avec crainte, spécialement dans la petite bourgeoisie. Un facteur essentiel de la montée du fascisme est la crise économique dévastatrice qui fait perdre leur travail à des millions de personnes et menace la sécurité économique de millions d'autres. Différentes conditions sont également importantes : une classe capitaliste qui craint une organisation puissante de la classe ouvrière, des partis socialistes et communistes influents qui semblent sur le point de prendre le pouvoir ainsi que des gouvernements minoritaires faibles et éphémères dans des pays dont les institutions parlementaires et les valeurs socio-démocrates libérales sont chancelantes et dont les dirigeants sont largement discrédités par l'indécision, l'immobilité et la corruption.
Après avoir pris le pouvoir, les partis fascistes suppriment tous les partis d'opposition, interdisent les syndicats indépendants et les grèves, éliminent les médias indépendants, établissent des États à parti unique et réorganisent l'industrie selon un système corporatiste. En pratique, le CORPORATISME réduit grandement les droits des travailleurs tout en renforçant et en protégeant ceux des employeurs. Le fascisme est balayé par la défaite des puissances de l'Axe pendant la Deuxième Guerre mondiale et la longue période de prospérité qui fait suite à la guerre, mais des éléments fascistes sont florissants dans certains pays et survivent dans d'autres.
Voila!
Pour poursuivre l'analyse, je propose aussi ce texte de No pasaran, que je trouve très bien :
No Pasaran a écrit:Pour tenter de définir le fascisme, on ne peut se fonder sur les seuls critères idéologiques ; le fascisme en tant que doctrine, est essentiellement une théorisation à posteriori, en fait une théorisation volontairement floue, faite d’emprunts glanés d’une part dans le catalogue anti-positiviste du XIX° siècle et, d’autre part dans celui des idéologies de troisième voie.
Si l’on veut être capable d’élaborer une définition du fascisme, nous nous devons faire un détour historique en examinant le fascisme réel : le “fascisme mouvement”et le “fascisme régime”.
Dans l’Europe de l’immédiat après-guerre, dans un contexte de crises, de mutations accélérées, apparaît un type nouveau d’organisations politiques : parti de masse, hiérarchisé, militarisé, placé sous l’autorité d’un chef charismatique et aspirant, par la violence, à un régime politique façonné à son image. Les groupuscules allemands et les groupes italiens, dans un premier temps (premier fascisme) se mobilisent contre l’ordre ou le désordre existant ; ils aspirent au bouleversement des hiérarchies sociales, déclarent la guerre au capitalisme et aux élites en place. Ce premier fascisme comporte une forte dose d’esprit révolutionnaire ou contestataire.
Dans un deuxième temps, ces groupes se transforment en organisations de défense des possédants, et sont très liés avec la fraction la plus réactionnaire de l’établissement. Cela suppose donc une propagande, certes populiste, mais qui est essentiellement tournée vers les différentes strates de la bourgeoisie. Cette étape correspond au second fascisme.
Il faut trois conditions pour qu’une fraction importante de la bourgeoisie se décide à soutenir le fascisme :
- un blocage quasi complet du système libéral ; ce n’est qu’après avoir épuisé toutes les solutions qui peuvent s’offrir à elle, que la classe dominante politiquement et économiquement se ralie à la solution fasciste ;
- une situation économique catastrophique qui impose à la classe dominante de faire appel à une forme d’Etat “providentiel” pour elle. Celui-ci doit sauver les entreprises de la faillite et assurer, par tous les moyens, la relance économique ;
- une menace révolutionnaire grave.
Mais l’alliance de la bourgeoisie avec des organisations fascistes ne s’opère, en fait, que lorsque le danger révolutionnaire est écarté ; autrement dit ce n’est qu’après la défaite du prolétariat que la solution fasciste est réellement envisagée. Le but est d’écarter tout risque d’une nouvelle offensive ouvrière par une contre-révolution préventive.
Le troisième stade du fascisme, le troisième fascisme, est la prise du pouvoir qui ne se traduit pas immédiatement par la mobilisation totalitaire de la nation. Pendant la période qui précède la dictature unique du parti, les représentants des classes économiquement dominantes continuent d’occuper des places privilégiées. L’Etat fasciste leur permet de renforcer leur domination économique, en désamorçant, par le biais du corporatisme et de la répression, les revendications ouvrières. Cet État tolère donc l’influence persistante des magistères (Église, élite bourgeoise ...) et négocie des compromis d’ordre institutionnel.
Mais il doit aussi satisfaire la petite bourgeoisie qui est sa base sociologique, bien que celle-ci ait été économiquement la principale victime du fascisme.
Cela implique que cet État lui offre des compensations dans d’autres domaines :
- mise en place d’une politique étrangère de prestige ;
- lui “assurer” une promotion sociale par le parti et ses dépendances.
En résumé, au cours du troisième fascisme, il y a en quelque sorte un partage du pouvoir entre, d’un coté la haute bourgeoisie qui renforce sa puissance matérielle et inspire, dans un premier temps, les grandes options économiques ; de l’autre les fractions des classes moyennes qu’incarne le fascisme et qui assurent la gestion du régime sous l’autorité du guide arbitre tout puissant. Il va sans dire que les tensions sont très vives entre ces deux composantes, on assiste à une véritable guerre d’usure entre les deux.
Le stade ultime du fascisme, le quatrième fascisme, est le totalitarisme, c’est-à-dire la soumission absolue de l’individu au pouvoir et à l’idéologie qu’il incarne, non seulement au niveau politique et social, mais encore dans toutes les manifestations de la vie individuelle : familiale, professionnelle, artistique, spirituelle. Des concessions sont octroyées aux classes populaires afin de les rallier au régime, et ce au moindre coûts envers les classes possédantes. Les masses (agrégats d’individus isolés et nivelés) sont enrégimentées dans des organisations corporatistes et paramilitaires, qui sont encadrées par le parti unique. Les individus, que comptent ces organisations, doivent être “moulés” sur un modèle conforme aux souhaits du pouvoir, et ce grâce au monopole qu’a l’Etat sur tous les moyens de formation, d’information et de connaissance.
L’Etat doit avoir aussi le contrôle et la direction de l’économie dans un cadre capitaliste. La terreur physique et psychologique sont employées et développées de manière systématique. Enfin il y a une volonté de substituer un “ordre nouveau” et un “homme nouveau” à l’ordre et à l’individu fa« onnés par le libéralisme décadent.