Histoire du mouvement libertaire français 1944-2004

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede RickRoll » 25 Sep 2008, 15:00

Alayn a écrit:mais il peut raconter ce qu'il veut,

Tu peux même dire : "vous pouvez dire ce que vous voulez, je m'en tape, j'ai par principe des idées très arrêtées sur le sujet et que ce soit juste ou injuste je m'en fous."
RickRoll
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede Alayn » 27 Sep 2008, 02:49

Bonsoir ! Voui, c'est à peu près çà si tu veux si on se réfère à certains de ses actes, prouvés et flagrants. Il peut pondre 50 bouquins pour se justifier, çà changera rien !

A moins que tu me fournisses une bonne raison argumentée d'avoir participé à des élections et d'avoir fait une OPB sur la FA ignominieusement...et sournoisement...entre autres...

Mais je lirais bien volontiers son bouquin, pas de soucis ! Dois-je le commander à AL ???

Salutations Anarchistes !
Alayn
 

Re: L'effondrement de la première FA

Messagede Pïérô » 27 Sep 2008, 22:31

Un texte tiré de l'avant-propos de l'anthologie de la revue "Noir & Rouge"

L'histoire, c’est ce qui reste
quand l'essentiel est oublié...



«Plus je lis notre presse» écrivait BERNERI «et plus je crois rêver». Et c'est vrai que lorsqu'un lycéen lisait, en 1959, le Monde Libertaire, il y trouvait parfois de drôles de choses. La sagesse prud'hommesque des articles de Charles-Auguste Bontemps (citant parfois un ami général de gendarmerie), ou l'autorité postillonnante et creuse de Maurice Joyeux («L'anarchie est inaliénable») me ferait aujourd'hui rigoler, sans plus. Comme pape, Paul VI est plus convaincant. Mais à l'époque, le décalage entre le peu d'histoire anarchiste que j'avais trouvé dans des bouquins et ce que j'avais sous les yeux était dur à admettre. Il y avait eu la Hongrie, il y avait l'Algérie. Ce n'était sans doute pas facile de savoir quoi faire, mais ces papes là ne se posaient pas vraiment la question. Conformistes et respectables, se dire, et même se proclamer anarchistes avait épuisé leurs possibilités de révolte.

Quand je suis allé à ma première réunion parisienne du groupe N & R, il y avait bien quatre ou cinq personnes. Tous quartiers confondus, et province, on devait tout juste dépasser la vingtaine je crois, auxquels il faudrait ajouter des correspondants et des amis. Là il n'y avait pas de papes, juste des copains aux caractères pas toujours faciles, qui étaient précisément en train de se séparer, les uns pour entrer à la F.A., les autres pensant faire mieux le travail critique à l'extérieur (voir le texte d'Yvo). Puisque Israël Renof a passé à la loupe statistique les articles de la revue N & R, et qu'Yvo en a brièvement retracé l’histoire, je vais dire quelques mots à ma manière, du groupe.

Il paraît que c'était un groupe «marxiste» ou «marxisant». Allons bon ! Et moi qui en dix ans ne m'en étais pas aperçu... Il est vrai que ces camarades de N & R étaient de curieux marxistes. CISCO, quand il entendait parler des «marchistes», se mettait sérieusement en pétard ; apparemment, la militarisation des milices en Espagne lui avait laissé un mauvais souvenir. T. et P. pouvaient se rappeler pas mal d'autres choses sur les marxistes majoritaires de l'Est, les chiens qui courent après les passeurs de frontière par exemple, ou les prisons yougoslaves. C.L., qui aimait tant ceux avec qui il travaillait, avait été rejeté de son ancienne organisation pour avoir dénoncé et refusé la ligne «marxiste-léniniste» du marxiavel FONTENIS (voir papier d'Yvo).

Voilà pour la première génération. Quant à moi et aux rares copains entrés au groupe vers cette époque, si nous étions marxistes, c'était probablement sans le savoir («C'est les plus dangereux, M'ame Michu — Vous avez bien raison, M'sieur Maurice»). En ce qui me concernait, le spectacle de la Ligue, pure et dure, qui militait dans les lycées, pour la paix en Algérie, à grand renfort de militarisme révolutionnaire, ou celui de la déjà (et toujours) ineffable O.C.I., qui grenouillait fiévreusement dans l'U.N.E.F., tout ça ne me disposait guère en faveur du marxisme-léninisme. Ne parlons pas du P.C. ; j'avais eu tout le temps dans ma prime jeunesse d'apprécier son travail : entendre des gens honnêtes et bons dire que le socialisme hongrois avait besoin de chars russes, ou bien dénoncer le militarisme des Boches. Ne parlons pas des drapeaux tricolores, et des paniques devant l'Internationale, surtout le couplet «ils verront bientôt que nos balles, sont pour nos propres généraux». Triste. Restait la lecture de Marx. J'ai encore beaucoup de difficulté à lire ce genre de trucs, et à l'époque c'était pire encore. J'avais tout de même fait un petit effort, parce que, quand on sortait de sa réunion de groupe en ce temps là (raconte pépé), on trouvait pas beaucoup d'anarchistes ou même d'anarchisants dans «les luttes». Et comment diable dire qu'on est contre un gars qu'on n'a jamais lu ?

Un peu plus tard j'employais mes belles années d'études, entre autres dans l'éphémère Front Universitaire Antifasciste, où je me suis fait quelques copains. J'en ai même conservé un aujourd'hui, (il est au PSU, ça doit être un marxiste, comme Bouchardeau). Preuve que je n'ai pas complètement perdu mon temps à cette époque. Sans compter l'efficacité du FUA dans la juste lutte pour la libération des peuples algériens et français, et pour écraser définitivement la peste brune. Si vous continuez à ricaner, j'arrête. Et puis, sait-on jamais, on aurait pu faire pire. Les petits chefs marxistes du F.U.A. ne ménageaient pas leur mépris et leurs petites saloperies à l'égard des quelques «anars» ou qualifiés tels (malgré tout bien utiles). Ah les discours jésuites de CYRAN, ou les fantasmes militaires de KRAVETZ ; tous ces «petits LÉNINE», ces «petits TROTSKY», ces «petits marxistes», comme il y a des petits bourgeois, étaient évidemment plus ridicules que dangereux, ils n'étaient guère impressionnants, d'où un sentiment de relative supériorité à leur égard: oui, les anars étudiants (dont moi) n'étaient ni bien forts ni bien malins, mais les «marxistes étudiants», avec leurs manœuvres étaient purement et simplement débiles. On se console comme on peut.

Dans leurs boulots, les copains se retrouvaient avec d'autres «marxistes» nettement moins bêtes (communistes de conseil, P.S.U., I.C.O.) avec qui ils pouvaient de fréquentables. Quand on n'est pas dans une tour d'ivoire, il faut bien vivre avec les autres. Mais alors, la contamination ?

Évidemment, si j'avais eu à supporter les tchékistes espagnols par exemple, mon point de vue aurait été un peu différent. C'est peut-être par l'échec confirmé des courants libertaires à la fin de l'entre deux guerres, et par la victoire (quelle victoire !) des méthodes léninistes (et lorsqu'on lit la correspondance de Marx-Engels, on peut dire aussi marxiste au sens précis du terme : de Marx), c'est, dis-je, par cette victoire (dans quelle phrase à la con me suis-je embarqué...) que s’explique peut-être la haine panique de pas mal d'anarchistes à la fin des années cinquante. Mais il vaut la peine de remarquer que les plus paniqués étaient souvent ceux qui n'avaient pas eu directement à souffrir de ces méthodes.

Nos papes «anarchistes» avaient pour résoudre le problème de la lutte idéologique des raisonnements en béton armé, du type : Fidel à Cuba est un dictateur marxiste et philo-russe, donc les troupes qui débarquent à la baie des Cochons pour le renverser sont des partisans de la liberté (pauvre Gaston LEVAL, qui avait jadis dit, lui aussi «Ni Franco ni Staline»). Tout ce qui n'est pas blanc est noir, et vice-versa et inversement. C'était là aussi le raisonnement de Maurice Joyeux, qui fondait sur ce roc son inébranlable certitude du «marxisme» de N & R : Moi M.J., anarchiste exemplaire, ex-prisonnier du fort de Montluc (pas de contrepèterie je vous prie), je suis anti-marxiste ; la revue N & R n'est pas d'accord avec moi, donc ce sont des marxistes ; et plus encore des confusionnistes. Normal : les rares fois où M.J. a fait l'effort de lire N & R (je l'ai toujours soupçonné de ne lire que ses articles, et encore), il a dû y chercher en vain les traces de ce marxisme dont il était pourtant sûr, et y trouver au contraire pas mal de positions nettement anarchistes ; une seule explication : «C'est pour semer la confusion, M'ame Michu, ces gens là trompent leur monde — Mais c'est bien sûr, M'sieur Maurice!». Et voilà comment on se retrouve étiqueté, à défaut d'être emballés. L'histoire, au fond, c'est l'art de simplifier.

Il faut dire que ce type d'analyse (!) n'impressionnait pas longtemps les jeunes qui entraient à la F.A., attirés par l'enseigne libertaire. Mais il est vrai, et le lecteur perspicace l'avait déjà deviné, que ces petits trublions n'étaient aussi que des marxistes déguisés ; si ce n'est toi, c'est donc ton frère ou bien quelqu'un des tiens. La vie militante de M.J. et de quelques autres «Chevaliers de l'Anarchie» (sic) était donc un combat, sans cesse renouvelé, contre «l'Hydre marxiste» (resic), dont toujours repoussaient les têtes dégoûtantes. Dur. Ainsi l'une des générations que M. J. avait fustigée en ces termes forma-t-elle la liaison intergroupes F.A ou extérieurs : «l'Hydre de Lerne». Et pas mal d'autres firent de même après eux. Cette lutte titanesque a, in extremis, trouvé son terme : le vieux lutteur était près de baisser les bras. Y a-t-il encore des déviations «marxistes» à la F.A. ? Vu de Lyon, je me rends mal compte ; mais il est vrai qu'à Lyon, il n'y a pratiquement plus de F. A. visible. Dans la vie il faut savoir payer le prix d'une telle victoire : «si ta main droite te scandalise, coupe-la». Pas commode sauf si on est gaucher ; et si la main gauche te scandalise après ? Tu coupes, mon pote, tu coupes.

Malgré que j'aie de grands moments de flou, je continue à penser que l'anarchisme, sous toutes ses formes, cette bonne vieille hydre, est notre avenir, parce qu'il est parfois, pour de courts moments, notre présent. Les trop faibles courants libertaires qui aujourd'hui vivent et s'organisent tant bien que mal rendent dérisoires les «jugements historiques» de ces pauvres gardiens de l'Anarchie. Toute leur vie (au moins pour ce que j'en ai connu) ils se sont crispés sur leur position de défenseurs, pire, de propriétaires de l'Anarchisme. Mais l'Anarchisme se moque des étiquettes, c'est un étrange esprit qui souffle où il veut. Le Marxisme de Rosa Luxembourg, ou même celui de Jan Valtin vaut mieux que l'anarchisme en toc des permanents de F.O. et même que le mien. Pauvre M. J. qui s'est chargé de ce fardeau ! On peut être propriétaire d'une montre, d'un fauteuil, d'une paire de pantoufles, on peut même se les mettre dans un musée ou sous verre. Mais peut-on posséder la liberté, la révolte ou l'amour ? Ils bougent comme la vie. Ça n'empêche pas d'avoir des journaux, des librairies, des salles de réunions, des cafés, et même quand c'est possible des liaisons nationales et internationales. Si on dort dessus, ce sont des formes vides ou des enseignes menteuses. Même Aragon avait compris ça, un jour où le vin l'avait rendu clairvoyant :

Rien n'est jamais acquis à l'homme ni sa faiblesse ni sa force... Et c'est la même chose pour tout le monde, les anarchistes, les marxistes et même les jem'enfoutistes.



Pierre VIDAL (1981)
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Re: L'effondrement de la première FA

Messagede Alayn » 28 Sep 2008, 01:26

Un texte tiré de la brochure de Roland BOSDEVEIX (militant au groupe Louise Michel) "Maurice JOYEUX". 2005. Editions du Monde Libertaire.

"DE L'EXPULSION DE LA FA..."

Depuis la reconstruction de l'organisation (en 1945-NDLR), Maurice JOYEUX est régulièrement reconduit au poste de secrétaire à la propagande et Fontenis à celui de secrétaire général. Au congrès de Lille, en 1951, Fontenis décide de ne plus se représenter. Maurice JOYEUX apprendra quelques temps après que celui-ci avait fondé, un an avant le congrès, une organisation clandestine au sein de la FA: l'OPB. Organisation Pensée et Bataille.
Ses membres, une vingtaine, étaient cooptés et tenus au secret. Son but: constituer une organisation communiste libertaire où, d'après Maurice JOYEUX, "se mêleraient le matérialisme historique de Marx et l'esprit libertaire."
L'année suivante, 1952, au congrès de Bordeaux, la tendance Fontenis l'emporte, rejetant du même coup les 2 autres grands courants hors de la FA: l'individualiste et l'anarcho-syndicaliste.

Dans le deuxième tome de ses mémoires, Maurice JOYEUX relatera une rencontre avec Fontenis qu'il résumera ainsi: "Pour Fontenis, la Fédération Anarchiste dans ses structures datant de la Libération avait fait son plein. Il fallait la transformer pour lui donner une efficacité plus percutante. Deux hommes jouissaient de suffisamment d'autorité pour imposer cette transformation: moi, Joyeux, et lui, Fontenis. Les autres ? Les autres des phraseurs, des incapables, des "nullistes". Il fallait s'en débarrasser. La FA devait avoir 2 directions. Une de formation intellectuelle que lui, Fontenis, en toute modestie, se réservait, une autre de formation ouvrière que je devais impulser moi-même. Et il me couvrit alors d'éloges, et sur nos autres camarades des jugements définitifs que je laisse au lecteur le soin d'imaginer."

Cette dernière "chance" que Fontenis lui offre, Maurice JOYEUX ne la supporte pas, pas plus d'ailleurs qu'un certain nombre de militants pourtant favorables, comme lui, à une fédération plus structurée.
Maurice JOYEUX prévient les militants de ce projet. Certains, animés de bons sentiments, ne veulent rien comprendre et d'autres préfèrent attendre, pour voir... Au congrès de Bordeaux la scission est consommée. Maurice JOYEUX et le groupe Louise Michel quittent l'organisation. Au cours de l'année suivante, Fontenis se débarrassera de tous ses opposants que Maurice JOYEUX retrouvera, un par un, prenant la direction du "Château des Brouillards"...


Le groupe libertaire Louise Michel est donc le premier exclu de cette FA. Son poids et son influence ne vont pas sans créer quelques inimitiés mais, par contre, ils lui permettent d'être le pivot principal sur lequel va s'articuler la reconstruction d'une nouvelle Fédération Anarchiste. [...]

C'est l'exclusion des frères Lapeyre, appartenant au groupe de Bordeaux, qui a le plus de retentissement et de conséquences vis-à-vis de ces groupes provinciaux. La victoire de l'OPB est de courte durée, à peine 2 ans. Le congrès de la FA qui se tient à Paris en 1953 s'ouvre avec une assistance réduite. Les exclus, quant à eux, créent fin de la même année une nouvelle FA avec, cette fois-ci, le dépôt d'un statut associatif. L'objectif de ces statuts est de mettre l'organisation à l'abri de décisions intempestives d'une majorité au sein du congrès et d'assurer une pérennité de l'organisation dans ses composantes principales: le respect des 3 grands courants anarchistes. Grâce au prêt d'un camarade, l'installation de son siège social qui servira en même temps de librairie, se fait dans un local au 11, rue Ternaux, Paris XI°. L'année suivante, la nouvelle fédération lance son nouveau journal "Le Monde Libertaire".[...]

Une page se tourne, ne laissant que de mauvais souvenirs et une désagrégation partielle du mouvement... Mais grâce à la réaction instantanée d'hommes comme Maurice JOYEUX, le mouvement libertaire reprend un second souffle. Des séquelles subsisteront longtemps.[...]

Quelques soubresauts perturbent encore la reconstruction de la FA. Tel celui organisé par le groupe Kronstadt avec son Manifeste qui, lui aussi, s'oppose à l'OPB mais pour des raisons différentes de celles de Maurice JOYEUX. Ce groupe tente, lui aussi, de remplacer l'organisation de Fontenis. Cette affaire sombre comme toutes celles qui tenteront de faire entrer dans le mouvement des idéologies d'emprunt cherchant à associer marxisme et anarchisme. [...]

C'est pour tenter d'éviter les risques d'infiltrations par des théories politiques externes, marxiste en particulier, que Maurice JOYEUX défend le maintien au sein de la FA du pluralisme et de la présence du courant individualiste...[...]

La guerre d'Algérie réveille une jeunesse hostile à celle-ci, et qui s'appuie alors sur les thèses du matérialisme historique associées à la pensée libertaire. On en retrouve quelques spécimens dans des groupes comme celui de l'UGAC (Union des groupes anarcho-communistes) ou autour de revues, plus ou moins éphémères, comme "Noir et Rouge" dont Daniel Cohn-Bendit fait partie...

Cette jeunesse offre à la fédération quelques pirouettes, la perturbant un peu, la quittant ensuite dans un fracas galactique pour fonder de super organisations qui, comme des étoiles naines, implosent rapidement une à une dans le plus grand oubli intersidéral..."
Alayn
 

Re: L'effondrement de la première FA

Messagede Pïérô » 28 Sep 2008, 01:36

pour complèter le texte de Pierre Vidal :

68 : Après une décennie de marasme, le mouvement anarchiste reprend pied

Un Mai 68 anarchisant relève de l’imagerie d’Épinal alimentée par la fortune médiatique de Daniel Cohn-Bendit. La place des anarchistes dans le mouvement de Mai, loin de s’y réduire, et finalement méconnue, mérite qu’on s’y arrête.
Le mouvement de Mai trouve les anarchistes particulièrement divisés. La Fédération anarchiste (FA) reconstituée en 1953 est encore traumatisée par l’expérience de la Fédération communiste libertaire (FCL). Son organe, Le Monde libertaire, n’est encore en 1968 que mensuel. Selon ses initiateurs, dont Maurice Joyeux, la nouvelle fédération a vocation à regrouper tous les courants de l’anarchisme. Des militants anarcho-syndicalistes de Force ouvrière ou de la CNT aux anarchistes individualistes, la palette est large. En 1968, le pari est loin d’être gagné. Il existe encore en-dehors de la FA plusieurs groupes et organisations d’envergure nationale. Son audience à la veille de Mai est bien faible, deux ou trois centaines de militants tout au plus.

De son côté, la FCL a payé de sa disparition en 1957 son engagement résolu en faveur de l’Algérie libre. Certains groupes isolés subsistent encore. Mais l’esprit de la défunte organisation survit surtout dans la revue Noir et Rouge dont l’audience, dans les années 1960, dépasse les cercles militants libertaires. La revue prétend « lutter contre tous les tabous, y compris anarchistes », elle récuse la franc-maçonnerie, défend une position de soutien critique aux luttes de libération nationale, s’intéresse à l’autogestion et aux théories spontanéistes portées par certains groupes communistes conseillistes. Se faisant, elle contribue au climat intellectuel qui fut celui de Mai et à l’influence qu’y ont exercé les idées spontanéistes des communistes libertaires. Cependant, même s’ils condamnent le dogmatisme et l’étroitesse d’esprit des leaders de la FA, c’est quand même en sa direction que s’exerce tout le travail critique des rédacteurs de Noir et Rouge.

L’« hydre de Lerne » communiste libertaire
Il n’est donc pas étonnant que, du sein même de la FA, certains groupes et militants se réclament de cette même volonté de régénération de l’anarchisme. C’est plus ou moins sur ces bases que s’est constituée en son sein une Union des groupes anarchistes communistes (UGAC) qui finit par rompre avec la FA en 1964.

Il faut dire que le climat au sein de la FA n’est alors pas très serein. La plupart de ses animateurs voient d’un très mauvais œil la résurgence de ce qui a conduit à l’expérience, liquidatrice autant que désastreuse à leurs yeux, de la FCL. Maurice Joyeux consacre en 1967 une brochure entière à la nécessité de combattre les influences marxisantes du communisme libertaire qui telle l’hydre de Lerne, ne cesse de renaître [1]. Il y pourfend tant Noir et Rouge que l’UGAC, parle de « complot » et de « cinquième colonne ».

Autre cible désignée : les situationnistes. Il faut dire que le fameux pamphlet De la misère en milieu étudiant, diffusé de Strasbourg, n’épargne pas la FA. Aussi un article du Monde libertaire faisant l’éloge du situationnisme déclenche-t-il la polémique, entraînant le départ des militants « pro-situs » avant même le congrès de Bordeaux en mai 1967.

De fait la FA compte peu d’étudiantes et d’étudiants dans ses rangs. Divisée et plutôt focalisée sur ses problèmes internes, elle ne voit pas venir le mouvement de Mai. Pourtant il y a à Nanterre un cercle de jeunes anarchistes qui participent avec d’autres groupes « gauchistes », et notamment la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), à toute l’agitation qui ne cesse de secouer le campus à partir de 1966. On compte parmi eux Jean-Pierre Duteuil [2] et Daniel Cohn-Bendit dont on sait le rôle qu’ils joueront ensuite. Mais ces militants font partie de ceux qui ont pris leurs distances avec la FA après le congrès de Bordeaux. Ce congrès a été un véritable congrès de crise où le fonctionnement et l’organisation de la fédération tels qu’ils avaient été mis en place par ses fondateurs ont été durement remis en cause. En dépit de ces polémiques et en réaction à elles, une tendance communiste libertaire se constitue peu après, l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA, lire page 22).

Présence anarchiste dans les événements
Si les anarchistes s’investissent massivement dans le formidable mouvement protéiforme de Mai 68, si leur présence est visible et remarquée, leur influence véritable est assez faible. « Si la présence militante de la FA fut réelle, ses conceptions organisationnelles ou politiques ne lui permettaient pas d’intervenir », note Roland Biard [3]. Il est très significatif que, des 12 organisations d’extrême gauche dissoutes en juin, la seule qui peut être rattachée à la mouvance anarchiste est le Mouvement du 22-mars qui regroupait en fait des militantes et des militants de différents courants.

Certes Daniel Cohn-Bendit est devenu soudainement une figure du mouvement. Mais ce vedettariat inattendu n’a pas été sans poser des problèmes de fonctionnement et de légitimité au leader du Mouvement du 22-mars, un groupe qui paradoxalement se réclamait de l’auto-organisation et du refus des structures permanentes de délégation de pouvoir [4]. Toutefois il est indéniable que la notoriété de Daniel Cohn-Bendit a contribué à populariser les idées anarchistes mais dans une version plus proche de Noir et Rouge que de celle de la FA, même si la revue s’est crue obligée de préciser qu’elle récusait le qualificatif de « cohnbendiste » [5].

Les anarchistes étaient aussi présents là où la grève générale a débuté : à Nantes. C’est un de leurs leaders, Alexandre Hébert, qui dirige alors l’union départementale de Force ouvrière très active dans le déclenchement de la première grève à l’usine Sud-Aviation. C’est sous leur influence que se met en place un comité central de grève dans cette ville, engageant une dynamique unique de dualité de pouvoir. Partout ailleurs et durant tout le mouvement, les anarchistes ont massivement investi les cortèges, étudiants et autres. Ils ont investi toute une aile de la Sorbonne durant son occupation. La floraison des drapeaux noirs, très largement spontanée, lors des manifestations, notamment celle du 13 mai, a marqué les esprits et attiré de nombreux jeunes, signe d’un renouveau qui pourtant ne fut pas sans nuage.

L’impact de Mai sur le mouvement
Les organisations anarchistes ont connu au lendemain de Mai un regain d’adhésion. La FA, l’organisation la plus importante, est celle qui en bénéficie le plus. Pourtant les nouvelles et les nouveaux venus ne sont pas accueillis sans méfiance. Le vieil ouvriérisme anarchiste est encore très présent au sein de la FA et si dans l’édito de son numéro spécial consacré en juin à la première analyse à chaud des événements de mai, le Monde libertaire (juin 1968) rend hommage aux étudiantes et aux étudiants qui « ont été incontestablement plus loin que les ouvriers », cela ne va pas sans une réelle prise de distance avec la « kermesse de la Sorbonne ». Plus tard Maurice Joyeux moquera les « anarchistes de préaux d’école issus de la bourgeoisie qui finira bien par récupérer sa progéniture » [6]. Et c’est avec mépris qu’il évoque cette « bouillie idéologique pour les chats » qu’est la « théorie qui fusionne l’économie marxiste avec la morale de comportement libertaire » qui est de son propre aveu la marque de l’anarchisme étudiant de Mai [7].

Certaines des déclarations à l’emporte-pièce de Daniel Cohn-Bendit, qui laisse volontiers affleurer son mépris pour la « vieille maison » qu’est la FA n’ont certainement pas contribué à arranger les choses. Avec d’autres, il se rend au congrès anarchiste international de Carrare (Italie) début septembre.

Il y défend ses thèses spontanéistes et critique l’inaction de la FA. Cette tentative de débordement du congrès anarchiste international est très mal vécue par beaucoup de militants qui y voient une tentative de récupération. De fait le congrès est globalement un échec et marque une coupure au sein du mouvement libertaire international entre les anarchistes traditionnels et les communistes libertaires.

Ces derniers bénéficient de leur côté d’un réel renouveau. Daniel Guérin a cru voir s’épanouir dans le Mai 68 français un « marxisme libertaire » dont il vante les vertus dans un livre paru dès 1969 [8].

Les débats internes à la FA débouchent assez vite sur le départ de l’ORA, tandis que Georges Fontenis, qui fut le principal animateur de la FCL, et Daniel Guérin participent à un autre pôle de regroupement, le Mouvement communiste libertaire (MCL).

La tentative de fusion ORA-MCL, avortée en 1971, marque les limites de cette dynamique qui s’appuie sur des évolutions parfois divergentes. Au spontanéisme du MCL, influencé par le communisme des conseils, s’oppose le volontarisme organisationnel de l’ORA.

Le syndicalisme pose aussi problème, l’antisyndicalisme ayant marqué des points au sein de l’ensemble de la mouvance anarchiste à la faveur des événements de Mai.

Toujours est-il que le débat ne cessera pas entre ces deux rameaux du mouvement anarchiste, d’où finira par sortir bien des années plus tard et après de nombreuses vicissitudes, Alternative libertaire.


Stéphane Moulain


Stéphane Moulain est membre du comité de rédaction de la revue Dissidences, il a rédigé la notice « Anarchismes » de La France de Mai 68, Syllepse, avril 2008.
[1] Maurice Joyeux, L’Hydre de Lerne, Éd. du Monde libertaire, 1967. Dans la mythologie grecque, l’hydre de Lerne est un monstre à plusieurs têtes qui se régénèrent lorsqu’on les tranche.

[2] Jean-Pierre Duteuil, Nanterre 1965-66-67-68 Vers le Mouvement du 22-mars, Acratie, 1984.

[3] Roland Biard, Dictionnaire de l’extrême gauche de 1945 à nos jours, Belfond, 1978, p.135.

[4] Daniel Cohn-Bendit, Le Grand Bazar, Belfond, 1975.

[5] Daniel Cohn-Bendit a écrit avec son frère Gabriel un livre dans lequel ils exposent leur anarchisme mâtinée de conseillisme : Le gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme, Seuil, 1968.

[6] Maurice Joyeux, Souvenirs d’un anarchiste, vol. 2, Éd. du Monde libertaire, p. 276.

[7] Maurice Joyeux, L’Anarchie et la révolte de la jeunesse, Casterman, 1970, p.114-115.

[8] Daniel Guérin, Pour un marxisme libertaire, Laffont, 1969.


tiré d'AL , dossier 68



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bon je viens de voir qu'Alayn vient de poster un texte....
je ne pense pas qu'il ai pris le temps de lire celui du dessus...
Je voulais mettre celui là à la suite de l'autre pour la cohérence.
C'est raté...
çà va faire encore un truc un peu bizaroïde, où là c'est la "bagarre des textes".
on avait pas encore inventé, c'est original...très éclairant et très pratique...d'autant que son deuxième texte n'apporte rien de plus au premier et est de le même veine...mais bon...
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Re: L'effondrement de la première FA

Messagede Alayn » 28 Sep 2008, 02:30

Bonsoir ! Mais c'est le tien qui est hors-sujet ! Tout çà pour nous expliquer l'avènement d'AL alors que le sujet est l'effondrement de la FA "organisé" par les grands-pères d'AL !!!

Si, si, j'ai bien lu ton post: Noir et Rouge, Con-Bandit, les marxisants à la une, etc...

Mais c'est pas très grave, tout ceci est très éclairant. Nous faisons même peut-être, inconsciemment, oeuvre de salubrité publique ! (arf !)
Bataille de textes, on est pas sorti de l'auberge, parce que j'en ai des kilomètres, y'a pas de soucis !

Second round très bientôt, ne t'inquiètes pas !
Salutations Anarchistes !
Alayn
 

Re: L'effondrement de la première FA

Messagede Pïérô » 28 Sep 2008, 03:23

non ces deux textes sont différents et de sources différentes
ils sont éclairants sur la période et bien moins caricaturaux que d'autres...
Pour les grands pères d'AL, et c'est peut-être là que tu voulais en venir, il me semble qu'il y a beaucoup d'éléments qui contredisent certains raccourcis...
En tout cas la filiation d'AL, par L'ORA, vient en droite ligne de la FA reconstituée...pourtant !
Et tout celà contribuera de toute manière à apporter des éléments nécessaires pour se construire son propre jugement, échanger, continuer le travail de recherche et d'apports sur cette histoire non monolitique et non linéaire de notre mouvement libertaire commun...Il y a ici des éléments d'histoire dont nous héritons sans être responsables...ce n'est donc pas un "fardeau" à porter par les uns ou par les autres et certainement pas des boulets de canon à s'envoyer aujourd'hui par la figure sur ce forum où il y a encore peu d'organisés et dans cette guerre que tu sembles mener contre tout le monde...

Maintenant que ceci est dit, je ne répondrais pas plus à ton nouveau post, aussi immonde et pitoyable que d'habitude...ni au prochain qui s'annonce.
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Re: L'effondrement de la première FA

Messagede Alayn » 28 Sep 2008, 03:46

La curée semble lancée...
(juste un détail néanmoins: oui, tu as raison sur l'ORA qui faisait partie de la FA reconstituée mais qui était simplement un nouvel avatar de communistes-libertaires "scissionnaires", une fois de plus...)

Bah, bah, bah...

Salutations Anarchistes !
Alayn
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de

Messagede Pïérô » 28 Sep 2008, 06:28

En tout cas et en ce qui concerne l'OPB, il est évident que c'est pas reluisant. Fontenis, en voulant accélérer un processus de toute manière existant d'évolution du mouvement a construit un très mauvais scénario, et a ralenti voire participé à créer l'effet inverse, avec une aventure, voir un aventurisme non maîtrisé pour les uns et un recroquevillement pour les autres. Par contre la FCL à eu le mérite de poser la question du soutien à la lutte anti-collonialiste en faveur des Algériens et l'a payé subissant une très forte répression.

En réponse à la prise en main de la FA par les communistes libertaires, et sans connaître à l'époque l'existence de l'OPB, s'était créée une tendance constituée "l'entente anarchiste". On retrouvera aussi, à l'inititiative de Joyeux et d'autres, dans la FA qui s'est reconstruite par la suite, une association dans l'organisation, l'AEDPR, composée de "vieux" militants triés, et qui avait fonction de protèger l'organisation contre les "dérives". De fait cette "association", cette entité pouvait constituer un pouvoir occulte par dessus l'organisation ; ce qui n'est pas reluisant non plus.

On peut remonter très loin dans l'histoire du mouvement ouvrier et du mouvement anarchiste, habitué de longue date a la clandestinité...et qui a continué longtemps a construire et pratiquer la forme d'association secrète, à l'intérieur même des mouvements. Par exemple et lors de la première internationale, Bakounine et d'autres anarchistes étaient regroupés en tendance secrète, ce qui leur à été reproché par la suite par les marxistes (comme quoi ! ). Bref, et si l'on peut parler, et je le fais aussi d'ailleurs car je n'approuve pas, de méthodes empruntées aux "léninistes" (bien que quand on voit l'exemple précédent...), il n'en reste pas moins qu'il y avait, dans l'histoire du et des mouvements, une vieille "tradition" de la pratique des tendances organisées, bien souvent secrètement, et des anarchistes de toutes obédiences (car çà s'est pratiqué aussi dans le champ syndical avec Pierre Besnard par exemple) s'y sont prètés à maintes reprises. L'OPB à donc été une connerie, mais pas une invention (la référence a la pratique "bakouninienne" était de toute manière présente).

Et, pour éviter des confusions dans lesquelles voudraient nous entrainer certains ici, Alternative Libertaire est issue, par l'ORA (Organisation Révolutionnaire Anarchiste), en droite ligne de la FA reconstruite...et pas du "Fontenisme" (notion inexistente de toute manière)

Et pour mieux comprendre et appréhender cette histoire de notre Mouvement Libertaire pluriel, et après recherches, j'ai trouvé, sur le site de la FA d'ailleurs, une chronologie plutôt bien faite ( même si quelques commentaires laissent à désirer) :
viewtopic.php?f=68&t=637&p=11065#p11068

J'ai trouvé un autre texte de christian Lagant sur cette période qu'il m'a paru intéressant de mettre aussi concernant la période : viewtopic.php?f=68&t=637&start=15#p11066
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Histoire du mouvement libertaire français 1944-2004

Messagede Pïérô » 28 Sep 2008, 06:30

Il y a quelques topics qui recouvrent une même période de l'histoire du mouvement libertaire. Après recherche j'ai trouvé ce texte de 1967, de la revue Noir & Rouge, écrit par Christian Lagant, qui me parrait intéressant et donne des éléments de compréhension de la période et une vision et explication des tiraillements qui se manifestaient dans le mouvement.




CONTRE LA CONFUSION


Bien sûr, il y a de par le monde des événements bien plus importants, des guerres, de graves conflits sociaux, des bouleversements politiques, la faim dont tout le monde parle parce qu’il faut bien parler de quelque chose, il y a tout ça, bien sûr. Et pourtant nous allons longuement, et durement, traiter d’un autre sujet, d’apparence mineure, mais qui, au-delà de notre réaction d’anarchistes, semble dépasser nos histoires « de famille » pour recouper un conflit qui touche « tout » le mouvement révolutionnaire : aux questions essentielles il est répondu par des faux-fuyants ou des « personnalisations » qui noient le poisson. Dans la mesure de nos forces, nous avons toujours oeuvré (ou du moins nous avons tenté de le faire, avec des lacunes dont nous reparlerons) pour crier les vérités pas bonnes à dire. Nous sommes obligés de le faire particulièrement aujourd’hui, en espérant que le débat, voire les attaques qui s’ensuivront, resteront sur le terrain constructif qui seul nous intéresse. Que l’ensemble des camarades du mouvement anarchiste soit persuadé que, pour notre part, nous sommes absolument décidés à rester sur ce terrain, quoi qu’il nous en coûte.


PREMICES D’UNE CRISE

Inutile, de se cacher les faits : de graves événements viennent de se produire dans le mouvement libertaire et tout particulièrement au sein de la Fédération Anarchiste (F.A.) aboutissant à une scission au cours de son Congrès national, tenu les 13, 14 et 15 mai à Bordeaux. Bien que ne faisant pas partie de la F.A., en tant que militants anarchistes ces faits nous touchent aussi directement, d’où notre intervention actuelle. Et puis notre groupe doit également tenter de situer ses propres responsabilités, n’étant pas de ceux qui sont perpétuellement satisfaits d’eux-mêmes...

Cela dit, et avant les détails qui suivront, on peut dire que la crise qui secoue le mouvement anarchiste « officiel " en France découle directement d’une tentative de prise en main de la F.A. par certains éléments réunis au sein d’un organisme (l’Association pour l’étude et la diffusion des philosophies rationalistes ou A.E.D.P.R., nous dirons l’Association...) tendant à s’ériger en bureaucratie à l’intérieur de cette même Fédération. On nous dira que le phénomène de la bureaucratisation n’est pas nouveau, même chez les libertaires, et nous avons déjà précisément examiné ici les déviations de ce type pendant la Révolution espagnole (1), certes. Mais il est curieux, pour ne pas dire inquiétant, que nous souffrions périodiquement des mêmes maux, que nous ne sachions tirer conséquence de ce dont nous avons déjà pâti. S’agit-il d’une faiblesse de notre théorie ou de notre démission devant certains devoirs ? Questions auxquelles il serait peut-être temps de répondre...

Quoi qu’il en soit, un autre phénomène de bureaucratisation, récent, s’était produit autour des années cinquante au sein de la F.A. d’après-guerre, phénomène qui devait aboutir à la transformation de celle-ci en Fédération communiste libertaire (F.C.L.), elle-même se changeant rapidement en un quasi parti néo-léniniste dont l’apothéose devait être la participation aux élections législatives de 1956 (2) avec comme conséquences matérielles la disparition de la F.C.L., de son journal « Le Libertaire >, du local, etc. ; les conséquences psychologiques, politiques, étaient bien plus graves encore... Ce beau bilan était le résultat d’un travail de sape entrepris au sein de la F.C.L. par un organisme clandestin, l’O.P.B. (Organisation-Pensée-Bataille), créé par quelques personnages se sentant « désignés » pour veiller sur la pureté idéologique de l’organisation, pour la protéger des « déviations ».

Certains vieux compagnons parlent, avec un air entendu, de provocation, c’est possible et la menace du noyauteur, voire du flic, pèse sur toute organisation révolutionnaire inconséquente, mais, outre qu’elle paraît difficilement vérifiable, et même en ce cas, cette thèse nous semble aussi une facilité, un autre moyen d’éviter les questions gênantes et n’empêche rien, ceci par exemple : tout organisme créé à l’intérieur d’un groupe ou d’une organisation pour protéger d’une déviation ne peut que se scléroser bureaucratiquement, devenir lui-même une déviation. A plus forte raison chez les anarchistes ! Précisons enfin que l’O.P.B., bureau politique secret, sut profiter de la volonté de changement manifestée par un certain nombre de jeunes (et même de moins jeunes) qui désiraient insérer l’anarchisme 1950 plus en son temps, et ceux d’entre nous qui participèrent à cette longue et triste aventure n’ont jamais renié leur conviction d’alors, ni leur responsabilité. Nous avons pu nous tromper, nous avons pu exclure (c’est bien pourquoi nous ne somme pas près de reparticiper à des tentatives d’exclusion ou à justifier celles-ci), mais nous n’avons jamais agi déloyalement, malhonnêtement, en participant, par exemple, à l’O.P.B. Cela dit, nous voudrions bien que les « glorieux aînés », les « sages » (pour employer un mot entendu au Congrès de Bordeaux, auquel nous assistions au titre d’invités) prennent aux aussi leurs responsabilités, qu’ils ne se déchargent pas noblement, et lâchement, des erreurs et faiblesses accumulées malgré leur « expérience » sur le dos des petits jeunes que nous étions alors ! Qu’ils cessent aussi de tout expliquer, magiquement, par ce croquemitaine que l’on brandit périodiquement : Fontenis. Car, enfin, si les responsabilités de celui-ci restent importantes et donnent même son nom à un système, qui a inconsidérément poussé le même Fontenis, créateur et pivot de l’O.P.B., vers les postes responsables ? Qui a fermé les yeux bien trop souvent, par crainte de se mouiller : les gars des années 52 ou les « sages > qui présidèrent après-guerre au démarrage de la première F.A. ? Nous n’avons pas le culte du passé, mais il faut parfois que certaines choses soient dites. Nous continuerons à les dire, très clairement, en reparlant de notre responsabilité. Mais ceci sur un autre plan.


NOTRE RESPONSABILITE

Oui, à la lumière des événements actuels. Nous nous reconnaissons une très grave lacune, mais donnons d’abord quelques explications. En 1956, nous nous reconstituions, après la déroute de la F.C.L. pour continuer envers et contre tout le combat anarchiste-communiste, d’abord sous la dénomination de G.A.A.R. (Groupes anarchistes d’action révolutionnaire), avec « Noir et Rouge » comme organe théorique. puis sous le seul nom de groupe « Noir et Rouge », après le départ de certains de nos camarades qui entrèrent à la F.A. numéro 2, reconstituée, elle, en Noël 1953 avec son propre journal, « Le Monde libertaire », en dualité d’ailleurs avec la F.C.L. et « Le Libertaire ». Entre autres objectifs, nous nous étions promis d’attaquer le maximum de sujets réputés difficiles, voire tabous dans nos propres milieux et de tenter d’y donner une réponse, du moins notre réponse. Nous eûmes ainsi l’occasion de traiter de la fameuse (l’inévitable) question franc-maçonne qui, entre parenthèses et selon nous peut aider à mieux comprendre les comportement et méthodes d’une certaine clique sévissant, aussi, chez les anarchistes ; les problèmes du nationalisme et du colonialisme - rappelons l’accrochage avec Leval à propos du Cuba ! - ainsi que l’étude des errements parlementaristes des camarades leaders en Espagne, tout cela, entre autres sujets, pouvait nous faire croire que nous avions atteint certains de nos objectifs. Mais une chose manquait, que nous aurions voulu étudier, tenter d’analyser : la déviation bureaucratique de la F.C.L. ce qu’on a appelé le « fontenisme ». Certes, nous avons souvent fait allusion à la crise F.C.L. dans nos éditoriaux des premières années, nous en avons même montré un aspect avec l’article sur les élections de 1956 (que nous pourrions réimprimer. en le complétant, si nos lecteurs le désirent), mais tout cela était fragmentaire et nous avions conscience qu’une explication de fond, nécessitant une assez longue étude et de nombreuses recherches, restait à faire. On pouvait hésiter : n’étaient-ce pas de bien vieilles histoires, déjà poussiéreuses ?

Devant l’utilisation du fantôme fonteniste aujourd’hui pratiquée par certains pour justifier leurs propres manœuvres. nous reconnaissons notre lacune. « Nous aurions dû » faire ce travail, quels que soient nos scrupules concernant l’objectivité ou notre répugnance à jouer les historiens. Car le phénomène bureaucratique, après l’O.P.B. et sa finalité de type léniniste, s’est reproduit avec la constitution de l’Association créée à l’origine, bien sûr, à titre de couverture juridique mais aussi comme assemblée de quelques personnages choisis (par eux-mêmes et par cooptation) parmi les différentes tendances (sic) de l’anarchisme afin d’éviter que la F.A. numéro 2 ne retombe sous la coupe d’une tendance. En somme, on voit cette énormité : une organisation anarchiste chapeautée par une sélection de militants hors-série et ce principe étant admis au Congrès de reconstitution de 1953 ! Certes, pendant longtemps, ladite Association n’eut, semble-t-il, pas à intervenir, mais la sclérose et la quasi-pérennité des responsables à certains secrétariats aidant, il était normal, inévitable, que la mainmise se traduisît un jour ou l’autre, à l’occasion du plus minime prétexte..

C’est ce qui se produisit cette année après l’éviction de deux membres du Comité de lecture du « Monde libertaire " par le secrétaire général, membre de l’Association, sous le prétexte d’engueulades et d’un « mauvais climat » de ce comité. Bien sûr, et pour nous qui ne sommes pas manichéens, des tas d’autres faits ont pu se brancher sur le phénomène bureaucratique : on a parlé de déviations « marxistes " (3), de complot situationniste et expliqué qu’il fallait se défendre contre ces gens-là, etc. Nous ne voulons pas fermer les yeux devant les possibles responsabilités de chacun et toutes les déviations peuvent être étudiées puis critiquées ; combattues (à moins, comme le disait René Furth au congrès, qu’on bloque une discussion gênante en traitant l’autre de « marxiste " ou de « situationniste " ; l’anarchisme craindrait-il de se frotter à ces « ismes » là ?), mais pour nous la cause essentielle de la crise reste la création, le développement et le maintien, nonobstant les « garanties » obtenues au récent congrès de la F.A., de l’organisme bureaucratique ayant nom !’Association. Ce maintien porte en lui-même, inéluctablement, les crises à venir. Des camarades, restés à la F.A., ne le croient pas. Souhaitons nous tromper.

Quoi qu’il en soit, nous regrettons de ne pas avoir expliqué en détail le mécanisme du phénomène O.P.B. Certes, nous n’aurions peut-être pas changé grand-chose en le faisant, du moins des camarades auraient-ils été édifiés devant le fontenisme brandi pour justement pratiquer un fontenisme cuvée 1967 ! Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. D’autre part, Maurice Joyeux, pittoresque figure des milieux anarchistes, dans un opuscule ronéoté et expédié par ses soins, avant le congrès, « aux militants anarchistes » - ou la sélection du leader (in)-digeste, pardon ! - et intitulé « l’Hydre de Lerne ou la maladie infantile de l’anarchie ", promet d’écrire sa version du mouvement anarchiste d’après-guerre, en dépiautant l’O.P.B. au passage. Il a raison et comme nous pensons qu’on n’est jamais trop pour accomplir pareil travail d’Hercule, nous espérons apporter notre petite contribution à l’Histoire en donnant notre point de vue sur l’expérience vécue par quelques-uns d’entre nous.

Nous le ferons à notre échelle, celle de nos cahiers, en prenant notre temps et en soupesant nos mots, documents en main et souvenirs en tête. Ainsi les militants, ceux que l’on dit « inexpérimentés », pourront-ils juger sur pièces, en écoutant si l’on ose dire deux sons de cloches, ou du moins notre petite clochette. Puissent-ils se forger leur propre opinion. Voici ce que nous voulions apporter à un dossier qui pourrait être très constructif, instructif aussi... Parlons maintenant du congrès lui-même.


SUR LE CONGRES

Ce congrès fut, pour nous, fortement révélateur. En ce sens qu’il montra une cristallisation des différentes tendances composant l’Association (puisque celle-ci comprend, paraît-il, les trois principales tendances anarchistes : individualiste, communiste libertaire, anarcho-syndicaliste) unies, tous âges mêlés - ça n’est donc pas forcément une querelle de générations comme certains l’expliquent avec complaisance - dans une même défense rigide de l’Organisation pour elle-même, avec tous les risques bureaucratiques que cela comporte, comme devait le souligner un jeune camarade au cours de son intervention à la fin du premier jour. Nous en tirons pour notre part une autre conclusion : nous ne savons pas si l’anarchisme est inaliénable (4), mais ce que nous savons c’est que l’homme, aliéné dans son travail, ses loisirs, sa vie quotidienne, peut aussi l’être par sa propre organisation révolutionnaire. Cette question nous semble assez importante, assez grave, pour fournir matière à amples débats, y compris, et nous l’espérons, au sein de la Fédération anarchiste elle-même. Le même phénomène peut s’appliquer à un groupe, c’est pourquoi nous espérons bientôt esquisser une « théorie des chapelles ». Mais n’anticipons pas trop et revenons au congrès.

Nous disions, en début d’article, ne pas être manichéens : oui, il est impossible pour nous que tout soit noir d’un côté, blanc de l’autre, la vie comprend aussi et heureusement des gris de toutes nuances, c’est sa richesse et sa difficulté, il faut en tenir compte si l’on veut éviter le fanatisme. Aussi, si nous reprochons leur sclérose aux inconditionnels de la F.A., on peut également remarquer les erreurs de certains opposants, quelle que soit par ailleurs la valeur de plusieurs interventions et critiques de fond faites par ceux qui allaient bientôt quitter le congrès, et la F.A...

Nous pensons qu’une critique, même violente et surtout si elle est violente, doit rester sur le terrain théorique. Nous considérons qu’il faut à tout prix éviter de personnaliser les problèmes, même si des individus posent un problème en eux-mêmes, par la fossilisation de leur pensée ou leur « mauvais caractère » (nous reviendrons plus loin sur ce dernier point). Ce n’est pas en collant une affiche, par exemple, contre tel personnage qu’on résout les questions gênantes, surtout au cours d’un congrès et, en pratiquant ainsi, on contribue à noyer le poisson, à ridiculement passionner le débat et, en définitive, à faire le jeu de la bureaucratie. Sur ce dernier point nous nous adressons, pourquoi le cacher, aux quelques groupes particulièrement influencés par les situationnistes, qui furent aussi de ceux à quitter la F.A. le 14 mai. Nous sommes d’autant plus à l’aise pour le faire que nous ne considérons pas, nous, qu’il soit anti-anarchiste d’étudier les positions situationnistes, pas plus que toute autre position d’ailleurs. Loin de nous par conséquent l’idée d’insulter quiconque avec une épithète, encore moins de bloquer la discussion. Nous essayons simplement d’y voir clair.


A PROPOS DES SITUATIONNISTES

On remarquera que nous n’avons jamais parlé des situationnistes dans « Noir et Rouge » ; indifférence ou méfiance de notre part ? Sincèrement non, tout simplement manque de place et urgences dans nos choix, ce qui ne signifie pas désintérêt et il est possible que nous confrontions nos points de vue sans cacher nos divergences, car nous pensons qu’elles existent. Et on verra bien si le grand méchant loup nous dévore.

Cela dit, le problème situationniste a servi de détonateur au sein de la F.A. à propos d’articles polémiques (5) et autres engueulades entre certains situationnistes et certains anarchistes. Prétexte pour « activer » la crise qui couvait ? Il est en tout cas remarquable de constater l’aveu involontaire fait par certains « sages » D qui se croient très futés en parlant de complot situationniste contre la F.A. : après l’U.N.E.F., ç’aurait été le tour de la F.A. Mais c’est, en ce cas, reconnaître une parenté entre l’organisation U.N.E.F. et la F.A., une même dégénérescence bureaucratique, puisque les situationnistes se proposaient précisément de faire exploser les contradictions intérieures de tels organismes : il nous semble qu’on ne devrait pas craindre la critique ou les entreprises situationnistes si l’on se savait inattaquable sur les plans éthique et théorique, non ?

Terminons cet aparté en rappelant que les anarchistes ont bien collaboré avec les surréalistes, loin d’être pourtant toujours d’accord avec nous. On a même vu, dans le « Monde libertaire » (6), des articles sur le lettrisme, avec le Lemaître de service, étrange oiseau s’il en fut. Cela a-t-il pour autant déclenché des drames ? Pas que nous sachions. L’anarchisme qui est ou devrait être une doctrine ouverte à la vie, aux échanges, aux discussions enrichissantes, va-t-il peureusement se replier sur lui-même, refuser la confrontation pour garder sa « pureté " ? Comme pour les camarades voulant étudier le marxisme et qu’on appelle « marxistes », c’est paralyser le dialogue, c’est un signe de faiblesse et non de force, c’est le contraire de l’anarchisme. C’est aussi favoriser, nous y arrivons, le règne de l’insulte.


L’INSULTE, ARME POLITIQUE

Puisque nous sommes au fond des problèmes et essayons de ne rien laisser de côté, même ce qui parait le plus futile, consacrons quelques lignes à l’insulte au risque de faire hurler certains de nos lecteurs. Nous sommes résolument, absolument, contre l’insulte, tel que cela est encore trop pratiqué dans les groupes et organisations révolutionnaires et évidemment chez nous, anarchistes. Nous ne nous élevons pas contre l’insulte parce que c’est « vilain », nous ne sommes pas de belles âmes, comme dit l’autre, encore moins de petits saints, mais nous pensons, là aussi, que c’est trop facile, que cela stoppe, aussi, toute discussion et par là repousse les échéances difficiles, en favorisant les petits conflits d’individu à individu. Nous ne pensons pas que l’« argument » « petits cons marxistes » appliqué à certains opposants, ou « vieilles salopes » renvoyé aux membres de l’Association, amène quoi que ce soit de positif...

Oh ! nous ne sommes pas contre toute insulte par principe et, comme arme politique, on peut se référer aux lettres fameuses expédiées naguère par les surréalistes à Paul Claudel, aux directeurs d’asiles psychiatriques ou au premier de la promotion de Saint-Cyr, sans parler du scandale à propos du « cadavre » Anatole France. Mais cela avait une autre dimension... et comportait aussi plus de risques ! Et puis, de nos jours, le mot « con " est employé à tant de sauces qu’on a fini de désamorcer ce qui lui restait de valeur explosive... Nous pensons que si des camarades veulent absolument se défouler par l’insulte, ils peuvent encore utilement le faire en allant voir leur directeur, au lycée, à l’Université, au bureau ou en usine ; en donnant publiquement de petits noms d’oiseaux au président de la République ou autres célébrités, ils verront bien ce que ça donnera.. En ce qui concerne la confrontation, même brutale, entre révolutionnaires, nous sommes contre cette méthode.

De l’insulte à la calomnie il n’y a d’ailleurs qu’un pas et nous ne pourrions clore ce chapitre sans répondre à Joyeux (nous ne le citerons plus, qu’on se rassure) au sujet d’une allusion venimeuse quant à l’honorabilité du défunt camarade Zorkine, dans son « Hydre de Lerne ". A la page 27 de cet opuscule, il est fait mention du camarade Paul, « très discuté dans les milieux de l’émigration », reprise directe d’infamies lancées contre un camarade que nous connûmes (7) puis qui nous quitta pour aller à la F.A. numéro 2. Paul Zorkine était parfois abrupt dans ses rapports et de plus nous ne pratiquons pas le culte du « cher disparu », mais il nous semble inconcevable de salir un camarade, avec d’autant plus d’impunité que celui-ci est mort. Il n’y eut pourtant pas d’opposition à l’article passé dans le « Monde libertaire a (8), alors ? On appréciera comme il convient la manière dont certains tentent, dérisoirement, de se débarrasser de contradicteurs qui furent peut-être trop coriaces de leur vivant... Nous ne nous attarderons pas plus sur ce qui nous paraît une malpropreté, mais ces choses-là aussi doivent être dites, car le « mauvais caractère " n’explique pas tout !


TENTATION DE L’EXCLUSIVE

Pour continuer sur le congrès, nous dirons qu’hormis les interventions constructives, trop rares, on y a aussi entendu de drôles de choses. C’est ainsi qu’après le départ des opposants, mis en demeure de quitter la F.A. puisque l’adhésion à celle-ci reconnaît de fait l’existence de l’Association, le congrès enfin « entre soi » pouvait se croire serein, toutes passions éteintes, et certains de se féliciter... Or, celles-ci devaient se rallumer avec quelques étranges propositions, entre autres un projet de recrutement en sept points proposé par le groupe Louise Michel. A cette occasion, on voit tout le mal qu’une conception, « organisationnelle " à tout prix risque de faire, car on en arrive, et c’est logique, aux mesures restrictives, draconiennes, chères à tous les partis politiques et on réintroduit par le biais des clauses d’exclusion : ainsi la mention que six mois de retard dans les cotisations (sauf explication valable du secrétaire de groupe au trésorier, soyons justes !) pourraient mettre « en dehors de la F.A. » tout groupe, voire individualité, coupable de cette carence. On goûtera tout le sel de la situation quand on saura que le groupe Louise Michel fut précisément exclu de la première F.A. pour de pareils motifs bureaucratiques, rigidement statutaires, en trois points cette fois. Or, le deuxième de ces points mentionnait l’exclusion du groupe L.M. pour non-paiement de ses cotisations et le Comité régional de la F.A. demandait « SEULEMENT sur ce point où il est habilité pour le faire » la radiation dudit groupe (9). N’insistons pas.

Après diverses gloses sur les camarades partis, sur les « valables » ou non, une autre proposition, non moins curieuse, était déposée par d’autres : établir une liste des « scissionnistes » afin de contrôler ceux-ci en cas de retour à la F.A. ! On doit à la vérité de dire que, comme les sept points, cette « liste noire » (et rouge ?) devait être repoussée, et rudement pour certains, par une grande majorité du congrès, ce qui prouve qu’il y a encore des camarades honnêtes à la F.A. Mais ce que nous n’acceptons pas, c’est le sort fait par beaucoup trop de camarades à ceux qui, logiques avec eux-mêmes, préférèrent quitter la F.A. Pour nous qui étions à la fois au congrès et à l’assemblée des « partants » réunis aussitôt après leur départ afin de voir leurs possibilités de travail (cela nous aide pour mieux comprendre la situation), nous considérons que maints camarades restés à la F.A. se trompent lourdement s’ils croient que ceux qui les ont quittés vont rester dans la nature en soupirant après un retour dans le giron qu’ils auraient lâché sur un coup de tête ! C’est du moins notre avis. A côté des éternels suiveurs ou de quelques individus murés dans leur patriotisme d’organisation, nous ne nions pas la sincérité et l’honnêteté de camarades demeurés à la Fédération pour y continuer le combat anarchiste ; nous pensons quant à nous que ce combat semble difficile. On verra bien. Quoi qu’il en soit, nous voulons assurer le mouvement libertaire dans son entier que les scissionnistes - nous nous excusons de ce mot incorrect - ne sont ni les fourvoyés ni les petits rigolos décrits par certains, après leur départ. Outre que ces accusations sont ridicules, elles nous paraissent foncièrement malhonnêtes, car, par une dialectique subtile, on présente en coupables ceux qui eurent le seul tort de s’élever contre un état de fait bureaucratique inacceptable et d’en tirer les conséquences. Peut-être un jour les anarchistes dans leur ensemble leur rendront-ils justice, car leur action aura contribué à mettre nos faiblesses au grand jour. Et de cela, nous pensons qu’un grand nombre de camarades militants de la F.A. sont d’ailleurs conscients...

Pour notre part, ces camarades partis, nous leur adressons notre salut fraternel : ils vont continuer leur action de militants anarchistes, sans, nous l’espérons, rancoeur excessive. Sans volontarisme activiste non plus. En ce qui nous concerne, nous gardons un contact étroit avec tous, en province comme à Paris. Nous tiendrons nos lecteurs au courant.

En tant que groupe, notre contribution à ce qui peut être un nouveau départ si nous le voulons tous, restera à notre taille. Mais il est bien entendu que nos cahiers seront heureux de s’ouvrir à tout camarade ou groupe désirant travailler, loin des petites bagarres de bonhommes, sur des sujets qui nous enrichiront tous. C’est pourquoi il est possible qu’à l’avenir ces groupes donnent leur position dans « Noir et rouge " sous leur propre signature. S’il y a contestation, discussion, il y aura dialogue et notre groupe continuera d’exprimer ses propres idées, en toute égalité et respect des autres. Pas question pour nous de « déclarer la guerre v à la F.A. ou de la proclamer dissoute. Ça ne veut rien dire (ce qui signifie aussi que nous prenons position contre toute action irréfléchie). Mais ce que nous contesterions formellement, par contre, ce serait une prétention à « l’exclusivité » de la représentativité anarchiste, comme nous l’avons déjà fait en ce qui concerne le futur et prétendu congrès international (10).


L’ESPOIR

Avant de conclure nous voulons également aviser nos lecteurs d’un changement. On remarquera que le sous-titre de nos cahiers s’est allégé du mot « communistes " ; nous pensons en effet que la multiplicité des étiquettes ne signifie plus grand-chose : on a vu que différentes « tendances " pouvaient s’accorder sur une anomalie, espérons que le contraire pourra se faire pour un plus juste combat. C’est pourquoi nous devenons, tout simplement, « cahiers d’études anarchistes » ; il y a d’ailleurs déjà longtemps que nous désirions régler ce détail, c’est fait. Bien sûr, nous restons toujours partisans du communisme libertaire, mais les adjectifs supplémentaires ne feront pas avancer son avènement...

En de telles situations, il y toujours des camarades qui déplorent, lèvent les bras au ciel en disant : « Entre anarchistes, c’est triste, etc. " Pourquoi pleurer ? Ca ne sert à rien et puis, y a-t-il de quoi pleurer ? Nous dirions oui, si le phénomène bureaucratique n’avait déclenché aucune réaction. C’est précisément la force, la vitalité de l’anarchisme que d’avoir permis un ressaisissement qui pourra un jour, et au-delà des querelles et des aspects apparemment négatifs, se révéler positif. De l’effort de tous les anarchistes, à la F.A. ou en dehors, peut résulter une renaissance et en cela la crise aura été utile. Le travail ne manque pas : discussions dans un bulletin de liaison prévu pour un travail de recherche commun, préparation du Camping international (11) où des dialogues et non des « cours » devront être présentés à tous et par tous, des vies de groupes réelles et débarrassées de l’activisme que nos organisations empruntent bien trop souvent aux partis politiques, confrontation de groupe à groupe, de revue à revue, bref un anarchisme vivant.

Nous avons été longs, nous ne nous en excusons pas, car nous pensons qu’il le fallait. S’informer, informer : telles sont les bases essentielles d’un nouveau départ. Remettre en question aussi, car, nous l’avons souvent dit, en ce sens le doute est révolutionnaire. Si nous avons pu communiquer aux camarades notre espoir et nos raisons renforcées de combattre, nous estimerons avoir fait notre part de travail. Et oeuvrer pour l’anarchisme signifie pour nous, bien au-delà de l’étiquette, oeuvrer pour une véritable libération de l’homme, pour la Révolution. Car les barricades ne sont pas toujours celles de la rue, mais celles que l’intolérance et le refus de « l’air libre " élèvent en nous-mêmes.



NOIR ET ROUGE



1) « A-t-on renoncé à la Révolution ? », suivi des notes [reproduit ici, voir révolution espagnole] (Noir et Rouge, n° 36). « Leçon de la Révolution espagnole » (N. et R., n°37) entre autres.

2) « La F.C.L. et les élections de janvier 1956 », numéro spécial de N. et R. sur « Anarchisme, Parlement et élections » (ce numéro 9 est épuisé).

3) Au P.C., les déviationnistes sontactuellement très souvent exclus pour « déviations de type anarchiste ».

4) Explication de la chose dans le Monde libertaire(n°124, p. 16).

5) Voir Monde libertaire, n°127, page 12, et n° 128, pages 4 et 12. Enfin et surtout, la fameuse brochure De la misère en milieu étudiant ! (Le Pavé, B.P. 323 R 8, Strasbourg).

6) « Où en est le mouvement lettriste », numéro 94. « Les ouvriers et le lettrisme »,n° 95 (articles de Jean Rollin).

7) « Paul Zorkine » (N. et R., n° 22), article écrit par Théo le 23 octobre 1962.

8) « Vie et mort d’un militant anarchiste » (Monde Libertaire, numéro 83,page 3) par Rolland.

9) Le Trait d’union (sic), bulletin intérieur de la F.A. deuxième région, décembre 1952 (page 5).

10) N. et R., numéro 37, page 4.

11) Du 3 juillet au 1er septembre, au lac de Come (Italie). Adresse exacte du lieu « Boschetto Rosselli » (Piano di Spagna), Comune di Sorico (Como). Toute correspondance pour informations : Comitato camping. c. o Circolo Sacco e Vanzetti. Viale Murillo, n° 1, MILANO (Italia).


Dernière minute. - Nous ne pensions pas si bien dire en condamnant les actions irréfléchies, à moins qu’elles ne soient trop réfléchies, ce qui peut se rejoindre... Au moment de mettre sous presse, nous apprenons deux faits

1°) des affiches signées « Internationale anarchiste » - voir notre dernier édito sur « le bidon » - proclament la F.A. dissoute au congrès de Bordeaux ! Nous croyons savoir que cette Internationale se compose des 2-3 groupes « anarcho¬situationnistes » déjà mentionnés dans cet édito et qu’on ne saurait confondre avec l’ensemble des scissionnistes, si c’est cela qu’ « on » veut. Nous avions déjà dit à Bordeaux ce que nous pensions des affichettes apposées, si pratiques pour amalgames faciles...

2°) un commando, composé des Internationaux déjà cités et de situationnistes bon teint, a entrepris un raid à la librairie de notre ami Georges Nataf « La Nef de Paris » où ces révolutionnaires en mal d’activisme puéril ont cochonné la quasi-totalité des bouquins se trouvant là (à quand l’autodafé ?) sous le prétexte d’un « règlement de comptes ». Ces deux actes ont un fond commun : un certain infantilisme. A moins, nous le répétons, qu’il ne s’agisse de subtiles grandes manœuvres...

Tout ça change-t-il quelque chose à notre présent éditorial ? Nous pensons au contraire qu’il précisera encore mieux notre position. Après la bureaucratie, on voit que l’aventurisme ne perd pas de temps... Tout cela promet de belles et bonnes représailles en chaîne (la mode est à l’escalade) et beaucoup de temps perdu. Devant ces nouvelles tentatives de noyer les problèmes, en faisant d’ailleurs le jeu de qui l’on prétend combattre, nous affirmons qu’il est possible, nécessaire, vital de rester sur le terrain de la discussion de fond des problèmes, et réserver ses coups pour la bourgeoisie.

Noir et Rouge Cahiers d’études anarchistes, N° 38, juin juillet 1967.
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Histoire du mouvement libertaire 1954-2004

Messagede Pïérô » 28 Sep 2008, 06:32

Histoire du mouvement libertaire 1954-1980

Thèse sur la FA et le mouvement libertaire entre 1950 et 1970 par Cédric Guérin


· 1954

La FCL publie son « programme ouvrier », pâle copie du programme revendicatif de la CGT.

5-7 Juin : A Paris est crée l’Internationale Communiste Libertaire (ICL), regroupant notamment les GAAP italiens, les espagnols de Ruta et le Mouvement Libertaire Nord Africain (MLNA), en opposition à l’Internationale Anarchiste. L’ICL n’aura qu’une existence éphémère.

La parution du Mémorandum du groupe Kronstadt, tout juste exclu de la FCL dénonce l’orientation bolchevik de la Fédération communiste Libertaire et l’existence de l’organisme secret OPB.

15-20 août : Toulouse. Vème plénum intercontinental de la C.N.T.

Le premier numéro du Monde Libertaire, organe mensuel de la FA paraît en Octobre 1954, la crise a été dure, il restera mensuel pendant 23 ans. La FCL garde le titre du Libertaire désormais « organe de la Fédération communiste Libertaire », elle diffuse également Jeune révolutionnaire puis La Jeune garde des travailleurs.

· 1955
Gaston Leval quitte la FA et crée les Cahiers du socialisme libertaire. En Novembre, une partie du groupe Kronstadt fonde le groupe Noir et Rouge.

· 1956
Des militants de l’ex Entente Anarchiste, regroupés autour de Robert et Beaulaton, quittent la FA et créent le 25 Novembre à Bruxelles l’Alliance Ouvrière Anarchiste (AOA). L’AOA publie le périodique l’Anarchie.

La FCL participe aux élections législatives de Janvier à Paris et présente 10 candidats dont André Marty, exclu du PCF et surnommé le « boucher d’Albacète » pour avoir massacré des anarchistes pendant la guerre d’Espagne. Le Libertaire cesse de paraître en Juillet, la FCL fini de se désagréger, totalement discréditée dans le milieu libertaire, sous les coups de la répression étatique pour son soutien aux indépendantistes algériens.

Des militants de la FCL, exclus en Novembre 1955 (groupes Kronstadt, Grenoble et Maisons-Alfort) fondent les Groupes Anarchistes d’Action Révolutionnaire (GAAR). Ces derniers se veulent « l’expression de la tendance anarchiste communiste du mouvement libertaire ». Les GAAR vont éditer la revue Rouge et Noir dont le premier numéro paraît en Avril.

· 1957

Les GAAR rédigent leurs « Déclarations de principes », ils adoptent la plateforme, c’est à dire l’unité tactique et idéologique, la responsabilité collective et soutiennent les luttes de libération nationale (soutien au FLN algérien).

· 1960

Une Fédération Anarchiste Communiste (FAC) se créée à partir des GAAR, des contacts s’engagent avec la FA.

A son congrès de Trélazé, la FA reconnaît la possibilité de constituer en son sein des tendances organisées.

· 1961

Les GAAR procèdent à leur dissolution. Noir et Rouge continu néanmoins de paraître.

La FAC scissionne : les groupes Kronstadt, de Maisons-Alfort, Lille, Strasbourg et Grenoble rejoignent la FA au congrès de Montluçon où ils s’organisent en tendance, l’Union Générale des Anarchistes Communistes (UGAC).

· 1962

Une deuxième tendance voit le jour en 1962 au sein de la FA : L’Union Anarcho-Syndicaliste. L’UAS naît lors d’une réunion à Niort en janvier 1962 et rassemble les groupes de Niort, Saintes, Bordeaux et Nantes qui viennent de rompre avec le CLADO, Comité de Liaison et D’ActiOn. L’UAS tente un rapprochement avec l’UGAC.

· 1964

L’UGAC reproduit les mêmes méthodes de l’OPB au sein de la FA (bulletin intérieur secret, entrisme et manœuvres pour s’emparer des postes à responsabilité ...), les tensions s’aggravent et conduisent l’UGAC sauf les groupes de Strasbourg et Grenoble à quitter la FA au congrès de Paris.

A Turin se tient un congrès anarchiste international, et en Allemagne une rencontre internationale, ces événements marquent les premières tentatives de créer une Internationale anarchiste.

· 1965
Un Comité de Liaisons des Jeunes Anarchistes (CLJA) se met en place, il regroupe à titre individuel des militants de la FA, de l’UGAC, des FIJL (espagnols) et des groupes autonomes.

D’autres rencontres permettent de mettre en place les prémisses de l’Internationale des Fédérations Anarchistes (IFA).

Maurice Fayolle édite ses « Réflexions sur l’anarchisme ».

· 1966

L’UGAC produit une politique frontiste qui la conduit à dériver vers des mouvements maoïstes ou trotskistes (tendance pabliste). L’UGAC produit une brochure, Lettres au mouvement anarchiste international. Plateformistes, ils affirment leur conviction de l’impossibilité de réunir toutes les tendances libertaires au sein d’une même organisation, et leur souhait de regrouper tous les anarchistes-communistes. Ils publieront six numéros de Perspectives anarchistes-communistes à partir de 1967 et ce jusqu’en 1969. L’UGAC va disparaître et se transformer en Tribune Anarchiste Communiste (TAC).

Une réunion de jeunes anarchistes d’Europe se tient à Paris.

Une Liaison des Etudiants Anarchistes (LEA) se créée également.

· 1967

Tentative de relancer l’Union Fédérale Anarchiste avec comme organe le Libertaire.

Les communistes libertaires vont se regrouper à nouveau dans la FA et créent en son sein une nouvelle tendance organisée, l’Organisation Révolutionnaire Anarchiste (ORA) qui édite la feuille l’Insurgé.

· 1968
Les 17 et 18 Mars à Paris se réunissent des militants ex-militants communistes libertaires. Membres de la Jeunesse Anarchiste Communiste (JAC), de la Tribune Anarchiste Communiste (TAC), de l’ex-FCL et des isolés ; ils se rencontrent à l’initiative de Georges Fontenis. La fin de l’année verra la création du Mouvement Communiste Libertaire (MCL) à la suite de cette rencontre.

La TAC participe au Comité d’Initiative pour un Mouvement Révolutionnaire (CIMR) aux côtés de Krivine, Bensaid, Weber des Jeunesses Communistes Révolutionnaires (JCR), de militants du courant « Pabliste » (trotskyste) et de militants communistes libertaire dont Georges Fontenis. Le congrès de Carrare en Italie réunit les anarchistes de toute l’Europe et marque la naissance de l’Internationale des Fédérations Anarchistes (IFA), elle rassemble les FA Française et Italienne ainsi que la Fédération anarchiste Bulgare en exil. Il marque également la naissance officielle de l’ORA, tendance organisée au sein de la FA.

En 1968, on peut citer comme organisation ou revues qui se réclament du « mouvement » libertaire : la Fédération Anarchiste, le Mouvement Communiste Libertaire, l’Union Fédérale des Anarchistes, l’Alliance Ouvrière Anarchiste, la Tribune Anarchiste Communiste, l’Union des Groupes Anarchistes Communistes, Noir et Rouge, la Confédération Nationale du Travail, l’Union Anarcho-Syndicaliste, l’Organisation Révolutionnaire Anarchiste et des groupes divers (autonomes, spontanéistes, conseillistes, situationnistes ...), ainsi que les Cahiers socialistes libertaires de Leval, A contre courant de Louvet, La Révolution prolétarienne, et les revues individualistes déjà citées, d’Emile Armand.

· 1969
Création de la Fédération Anarchiste Communiste d’Occitanie (FACO) par Guy Malouvier, qui adhère à l’ORA.

Daniel Guérin écrit « Pour un marxisme libertaire ».

· 1970
Le 31 janvier, c’est la création officielle de l’Alliance Syndicaliste Révolutionnaire et Anarcho-Syndicaliste (ASRAS), à Paris. Elle deviendra plus tard l’Alliance Syndicaliste avec comme organe Solidarité ouvrière.

L’ORA s’autonomise progressivement de la FA pour devenir au cours de l’année une organisation spécifique.

· 1971

Le MCL et l’ORA tentent un rapprochement qui échoue malgré l’intervention et la médiation de Daniel Guérin. En juillet, un groupe du MCL rejoint l’ORA. Quatre groupes de l’ORA rejoignent le MCL et donnent naissance à la première Organisation Communiste Libertaire (OCL-1) lors d’un congrès constitutif à Marseille.

L’OCL a des contacts avec la gauche marxiste autour de thèmes favorables au conseillisme. Une Confrontation Anarchiste (CA) se met en place à partir de militants de la FA, rejoints par l’UFA et quelques groupes autonomes.

La FACO se retire de l’ORA après des désaccords portant entre autres sur la question de la nationalité.

Du 1 au 4 Août, l’Internationale des Fédérations Anarchistes tient à Paris son 2ième congrès. A partir de Juillet, création des cercles Front Libertaire qui représentent la structure d’accueil des sympathisants de l’ORA. Leur appartenance n’entraîne pas une adhésion systématique à l’ORA.

Des militants quittent l’ORA pour rejoindre l’Union des Communistes de France (groupe maoïste ultra stalinien).

· 1972

Des groupes quittent la FA pour rejoindre Confrontation Anarchiste. Cette dernière publie un bulletin, Combat anarchiste et un périodique, Commune libre.

De 1971 à 1976, c’est la tendance non organisationnelle qui va être majoritaire dans cette « Confrontation ».

L’ORA exclu des militants qui appuyaient les « candidatures révolutionnaires uniques » aux législatives.

Une minorité d’entre eux va renforcer Lutte Ouvrière, tandis que la majorité rejoint la Ligue Communiste !

· 1973

Rupture du groupe Poing Noir avec la FA sur des bases organisationnelles.

Intégration des cercles FL à l’ORA.

· 1974

Création du Groupe d’Action et d’Etudes Libertaires (GAEL) à partir du groupe Poing Noir, rejoint par d’autres libertaires non organisationnels.

Parution de Lanterne noire, revue qui accueille des anciens de Noir et Rouge (disparue) et des libertaires d’Informations et Correspondances ouvrières (disparue à ce moment là).

L’OCL éclate définitivement après sa dérive conseilliste qui date de 1971. Le reste de ses militants, renforcé par la venue de deux groupes scissionnistes de l’ORA, fonde une nouvelle organisation et une revue, Rupture. Celle-ci veut contribuer à « l’élaboration du projet communiste à l’émergence d’un mouvement communiste radical ». Cette orientation ultra-gauche va les conduire vers les groupes « autonomes ». Cette organisation disparaîtra très rapidement.

· 1976

L’OCL-2 succède à l’ORA à son congrès d’Orléans. Cette organisation publie Front libertaire et un premier numéro de Pour l’autonomie ouvrière et l’abolition du salariat.

En Avril, des dissidents de l’ORA créent un collectif pour une Union des Travailleurs Communistes Libertaires (UTCL). Ils se dotent d’un organe de presse : Tout Le Pouvoir Aux Travailleurs (TLPAT) au début de l’année 1977.

Confrontation Anarchiste éclate et donne naissance à l’Organisation Combat Anarchiste (OCA) sous l’impulsion des organisationnels.

· 1977

Fin Octobre, se déroule à Paris la Conférence nationale des travailleurs libertaires. Celle-ci est convoquée à l’initiative de l’AS, du Groupe Anarcho-Syndicaliste (GAS) de Rouen et de l’UTCL. La FA, la CNT et l’UAS sont présents à titre d’observateurs.

Le Monde Libertaire devient hebdomadaire.

· 1978
Les 25 et 26 Février, se réunit le congrès constitutif de l’UTCL.

Du 23 au 27 Mars se réunit à Carrare le 3ième congrès de l’Internationale des Fédérations Anarchistes (IFA), le secrétariat IFA est désormais assuré par Umberto Marzocchi de la FA Italienne.

Départ de la FA de quelques groupes et militants en désaccords avec la très grande majorité des militants de l’organisation sur le problème de l’intégration du concept de « luttes des classes » dans les principes de base qui régissent le fonctionnement de la Fédération. Ils fondent l’Union Anarchiste (UA) avec le Libertaire comme organe.

En septembre, se réunit à Rouen, la Conférence Nationale des Anarcho-Syndicalistes (CNAS) à l’initiative du GAS de Rouen et de l’AS. Y sont présents des groupes FA, la FA à titre d’observatrice, ainsi que la CNT (Vignolles), la CNT (Tour d’Auvergne), l’UAS, le Syndicat Autonome des Travailleurs (SAT) de Lyon et des individuels.

· 1979

En mars CNAS à Lyon.

Le quinzomadaire Front libertaire disparaît.

· 1980

Les contacts entre l’UTCL et l’OCA aboutissent à l’intégration de cette dernière dans l’UTCL. Le journal Lutter de l’OCA deviendra par la suite le journal de l’UTCL.

L’OCL publie désormais le mensuel Courant alternatif.


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tiré du site de la FA
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Re: Histoire du mouvement libertaire 1954-2004

Messagede Pïérô » 28 Sep 2008, 06:34

Histoire du mouvement libertaire 1981-2004

par secrétariat FA

· 1981
C’est le congrès de Neuilly-sur-Marne de la Fédération anarchiste qui, en mai, signe l’acte de naissance de Radio libertaire, en plein boom des radios libres. La première émission commence le 1er Septembre. Ce congrès réaffirme que l’arrivée de la Gauche au pouvoir ne résoudra rien dans le cadre du système inégalitaire actuel.

· 1983
Le 29 Août, les CRS investissent le studio de Radio Libertaire et saisissent le matériel, le 3 septembre, une manifestation de 5 000 personnes pour la liberté d’expression obtient une fréquence pour Radio Libertaire.

· 1984
Apparition des premiers groupes SCALP (Sections Carrément Anti Le Pen) à Toulouse.

· 1986
Des groupes antifascistes se réunissent pour constituer la Coordination Nationale Anti-Fasciste (CNAF). Mouvements de jeunesse très liés à la scène du rock alternatif, les Scalp auront du mal à se structurer durablement et la CNAF disparaît à la fin des années 80.

Le 4ième congrès de l’IFA se tient à Paris les 31 Octobre, 1,2,et 3 Novembre, il réunit une quarantaine de délégations, la FA Française assume désormais le mandat du secrétariat IFA.

· 1990
L’UTCL rédige un « Appel pour une Alternative libertaire ».

· 1991
L’UTCL se transforme en Alternative Libertaire lors de son congrès constitutif du 18-19 et 2 Mai à Orléans et fait paraître son « Manifeste pour une alternative libertaire ». Elle publie désormais le mensuel « Alternative Libertaire ». S’inspirant des théories de Daniel Guérin cherchant la synthèse entre l’anarchisme et le marxisme, de Castoriadis (Socialisme ou Barbarie)... elle se revendique du communisme libertaire, de l’anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire.

5ième Congrès de l’IFA à Valence en Espagne.

· 1992

Après une crise identitaire et politique - l’antifascisme est nécessaire mais pas suffisant, la volonté de refonder un réseau parmi les groupes antifascistes et alternatifs se matérialise par la création du réseau No Pasaran.

Le 2 Mai se tient à Paris une rencontre internationale anarcha-féministe à l’initiative de la commission Femmes de la FA.

· 1993
La CNT scissionne sur la base de désaccords sur les élections professionnelles, la majorité des militants rejoignent la CNT « Vignolles », elle regroupe des anarcho-syndicalistes et des syndicalistes révolutionnaires. Une minorité reste à la CNT-AIT et maintient une position anarcho-syndicaliste « puriste ».

· 1996
Lors du congrès de Barcelone de l’AIT, la CNT « Vignolles »(ou CNT-F) est exclue de l’Association Internationale des Travailleurs, la CNT-AIT est reconnue comme la seule section française de l’AIT.

· 1997
Le 6ième congrès de l’Internationale des Fédérations Anarchistes se tient à Lyon, le mandat de secrétaire de l’IFA incombe désormais à Massimo Varengo. L’IFA regroupe la FA Française, la FA Italienne (FAI - Federazione Anarchisti Italiano), la FA Ibérique (Espagne et Portugal, FAI - Federacion Anarquista Iberica), la Fédération Libertaire Argentine (FLA - Federacion Libertaria Argentina), la FA Anglaise (AF - Anarchist Federation).

· 2001
Naissance de Solidarité Internationale Libertaire (SIL) à l’initiative de la CGT espagnole, AL, L’OCL et No Pasaran décident d’y adhérer.

En Janvier 2001, les éditions du Monde libertaire et les éditions Alternative libertaire (Belgique) publient une brochure intitulée : « Unité Pour un mouvement libertaire », signée Jean-Marc Raynaud avec la complicité de Roger Noël dit Babar. Ce texte est accompagné de « La synthèse anarchiste » rédigé par Voline en 1934.

Le 22 mars suivant, les deux auteurs rendaient public pour signatures individuelles ou collectives un second texte Unité ! Appel pour un mouvement libertaire, qui annonce une première rencontre à Niort entre signataires pour les 13 et 14 octobre 2001, dans la perspective « d’une initiative pour la tenue des états généraux du mouvement libertaire ».

· 2002
l’Union Régionale du Sud-Ouest (URSO - Toulouse, Perpignan et Montpellier...) de la FA se défédère lors du 59ième congrès de Rouen sur des désaccords organisationnels et se constitue en Coordination des Groupes Anarchistes (CGA). La CGA publie le mensuel Infos et analyses libertaires.

· 2003
Le réseau No Pasaran se scinde en deux au mois de juin, Offensive libertaire et sociale (OLS) voit le jour et édite un trimestriel Offensive.

La CGA édite ses Statuts et adopte notamment le vote majoritaire aux ¾.

La Convergence des Luttes Anti-Autoritaires et AntiCapitalistes (CLAAAC) se forme à l’initiative de la FA, d’AL, de l’OCL, de la CNT-F, la CGA, de l’OSL suisse et de No Pasaran en opposition à la tenue du G8 à Evian et participe à la création du Village Alternatif Anticapitaliste et Anti-Guerre (VAAAG).

Les mêmes organisations se joignent à l’initiative de la Fédération Anarchiste d’organiser du 12 au 16 Novembre un Forum Social Libertaire à Saint-Ouen en opposition au Forum Social Européen de Saint-Denis.

· 2004

La CGA tient son premier congrès d’organisation les 30 janvier et 1er Février à Perpignan.

Le 7ième congrès de l’IFA se tient à Besançon les 9,10,11 et 12 Avril. Il entérine l’adhésion de 3 nouvelles sections : l’Anarchist Federation anglaise, l’Association des mouvements anarchistes russes (ADA) et la Fédération anarchiste Tchèque et Slovaque (CSAF). Une motion d’ouverture de l’IFA est adoptée.

Les 29,30 et 31 Mai, la Fédération Anarchiste se réunit à son 61ième congrès à Rennes, en Octobre elle fête son cinquantenaire d’existence et également les 50 ans de son journal, le Monde libertaire.

...

Aujourd’hui, le mouvement libertaire reste éclaté sur des bases politiques et/ou organisationnelles très variées, cependant la stratégie de privilégier récemment des campagnes d’actions communes (CLAAAC, FSL ...) a permis d’afficher une certaine unité de façade.

En 2004, le panorama libertaire est composé d’une bonne dizaine d’organisations : la FA (le Monde libertaire) reste l’organisation la mieux structurée et la plus développée, vient ensuite AL (Alternative libertaire), l’OCL (Courant alternatif), la CGA (Infos et analyses libertaires), No Pasaran (No Pasaran), l’OLS (Offensive), la CNT-F (le Combat syndicaliste), et d’autres composantes plus ou moins groupusculaires comme la CNT-AIT, les GARAS, la Coordination Anarchiste, l’Union Anarchiste ...

Au niveau international existent l’Internationale des Fédérations Anarchistes (IFA), Solidarité Internationale Libertaire (SIL) et l’Association Internationale des Travailleurs (AIT).



----------------------------------------------

rajout perso :

Depuis 2004 le paysage s'est encore un peu transformé.
Après le congrès de Rennes de la FA en 2004, l'agression d'une militante anarcha féministe amène le départ de la FA des groupes de Nantes, Lannion, Lille, Bordeaux et lyon. Une grande partie de ces militants lyonnais rejoindront par la suite la CGA.
Pour le panorama, il est donc aujourd'hui différent, AL et la CGA se sont developpées... Je n'aurais pas mis la CNT-f dans cette catégorie, dans la mesure où c'est plus un syndicat...avec un nombre d'adhérents, de fait bien plus conséquent que les organisations.
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Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede kuhing » 29 Sep 2008, 11:19

qierrot a écrit:
Et, pour éviter des confusions dans lesquelles voudraient nous entrainer certains ici, Alternative Libertaire est issue, par l'ORA (Organisation Révolutionnaire Anarchiste), en droite ligne de la FA reconstruite...et pas du "Fontenisme" (notion inexistente de toute manière)


Effectivement AL est issue de l'UTCL elle même issue de l'ORA, elle même issue de la FA. :)
Mais Fontenis et Guérin l'ont rejoint dés sa création et tout de même avec ce que représentaient ces deux personnages et le nombre de membres de l'AL de ses début, on ne peut pas nier leur influence certaine.
Mais bon.
Moi je l'aime bien Fontenis malgré ses erreurs. Il a tout de même fait de la taule pour son engagement politique ( notamment suite à la guerre d'algérie )
Pour son livre "l'autre communisme" je sais pas où tu peux te le procurer, Alayn. Moi c'est le copain de l'OCL qui me l'avait passé ( mais a beaucoup insisté pour que je lui rende :D ) Faut dire qu'au CAam on a la chance d'avoir un pionnier de l'anarchisme et du communisme libertaire : le copain en question a été membre de la mythique ORA. 8-)
J'ai regardé chez AL il n'ont pas l'air de l'avoir, quant à la lbrairie Publico, "Fontenis" ils croient que c'est de l'eau minérale :D
kuhing
 

Re: La Fédération Communiste Libertaire et les élections de 1956

Messagede Alayn » 04 Oct 2008, 02:44

Que tous ces marxisants sombrent dans les oubliettes de l'histoire !Point-barre !

Faire passer l'AEDPR comme le fait ensuite Qierrot pour un truc qui ressemblerait à l'OPB est d'une malhonnêteté et un dénigrement gratuit sans nom: l'AEDPR n'a rien de secret ou d'occulte, c'est juste une association de membres désignés au Congrès (donc tout le monde sait parfaitement qui en fait partie) qui donnent leurs signatures pour l'association "couvrant" la FA.

Salutations Anarchistes !
Alayn
 

Skirda et l'OPB...

Messagede Alayn » 05 Oct 2008, 01:37

Voici quelques extraits de ce qu'écrivait Alexandre Skirda (qu'on peut difficilement qualifier d'anti communisme-libertaire !) dans son ouvrage "Autonomie Individuelle et Force Collective":

"Cependant, pour restituer l'époque, le stalinisme est alors "dominateur et sûr de lui" dans le mouvement ouvrier. Il règne également chez les intellectuels et donne le ton à la meute de ses "compagnons de route", dont le plus fameux est l'existentialiste Jean-"Baptiste" (comme l'a surnommé Céline dans une célèbre diatribe) Sartre, lequel estime naturel de dissimuler la vérité sur le régime totalitaire existant en URSS, afin de ne pas "désespérer Boulogne-Billancourt" (siège de l'usine Renault) !)". Il est vrai que l'auteur des "Mouches" veut également faire oublier ses simagrées sous l'occupation, lorsqu'il faisait jouer ses pièces de théâtre devant des parterres d' officiers allemands.

L'atmosphère est donc à l'affrontement. La FA crée un "groupe d'autodéfense", sous la responsabilité de son secrétaire général, Georges Fontenis. Au début, c'est un noyau de militants expérimentés et sûrs, chargés de veiller à ce que des provocateurs ne s'infiltrent pas au sein de l'organisation. Son existence est connue de tous, bien que son fonctionnement et sa composition soient tenus secrets. Une totale confiance à ce sujet est accordée au secrétaire général, élu et réélu en 1946, 1947, 1948 et 1950. A partir de cette dernière année, une partie de ce groupe d'autodéfense se réunit à part, se retourne vers des problèmes internes et décide de réagir contre certains adhérents de la FA. Son but devient d'éliminer les individualistes, les francs-maçons et autres adversaires de la lutte des classes et de l'anarchisme social. Elle se structure, adopte une déclaration de principes, recueille des cotisations internes et prend le nom d'OPB (Organisation Pensée Bataille) [...]

L'OPB compte à ses débuts 15 membres parisiens et deux correspondants en province. Détail important, son existence est tenue absolument secrète au sein de la FA. Certains de ses membres l'ont quittée par la suite et publié, en 1954, un document révélant ses tenants et aboutissants, connu sous le nom de "Memorandum" du groupe Kronstadt. [...]

La tâche impartie au départ de propager l'anarchisme social et de se délimiter des "individualistes" et des "libéraux" de l'organisation, s'étend peu à peu à ceux qui sont qualifiés de "vaseux", "nullistes" et même "anarchistes traditionnels". Grâce à sa tactique de noyautage des groupes et des responsabilités, l'OPB conquiert, en 1952, la majorité de la région parisienne, la plus importante du pays, et provoque au congrès de Bordeaux de la même année à une première série de départs: des personnalités -Maurice Joyeux, les Lapeyre, Maurice Fayolle, Arru, Vincey, etc.-, et des groupes hostiles. A cette occasion, innovation en la matière, le principe du vote par mandats est adopté...[...]

Une deuxième fournée d'exclus -dont Proudhommeaux, Louvet, Fernand Robert, Beaulaton- ; se regroupe en une Entente anarchiste sur une base individualiste. A la suite d'un référendum, la FA change son nom en Fédération communiste libertaire. Elle se dote de nouvelles commissions: d'Etudes, ouvrière, de contrôle et de conflits. C'est devant celle-ci qu'est réglé le différend entre Fontenis, le Comité national et le groupe Kronstadt, le 1er janvier 1954. C'est précisément ce jour que Serge Ninn choisit pour révéler l'existence de l'OPB...[...]

...la Commission de conflits "réprouve l'attitude du camarade Fontenis, consistant en un travail fractionnel à la veille du congrès. Emet le voeu formel que ces agissements ne se renouvellent pas".

Que penser d'un tel phénomène, surprenant dans un mouvement anarchiste ? A-t-il des précédents dans les annales ? Peut-on le ramifier aux sociétés secrètes de Bakounine, en particulier à l'Alliance ? Le contexte historique était bien différent, elles étaient tenues à la clandestinité et étaient orientées vers l'extérieur ou alors contre des adversaires politiques et non contre leurs compagnons d'idées et de luttes. [...]

...nous ne pouvons trouver des ressemblances entre l'existence d'une fraction organisationnelle interne et secrète, telle qu'à été l'OPB, qu'avec des organismes de même type en usage dans les milieux bolcheviks, tout particulièrement chez les trotskistes, grands "spécialistes" du noyautage".
Alayn
 

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