leo 23 Juil 2009, 15:34 a écrit:Difficile d’aborder cela car les problématiques sont nombreuses et s’entrecroisent souvent.
Quelques remarques générales.
Sur le syndicalisme en général
Je crois que la tendance générale du syndicalisme à s’intégrer au capitalisme se poursuit.
En France il prend la forme d’un émiettement considérable des organisations de type confédéral (nationale) en même temps que se réduit considérablement le nombre de syndiqués et encore plus de militants syndicaux. Huit ( ! ) confédérations nationales pour moins de 8% de syndiqués !
Dans le cadre de ce processus d’intégration, la tendance est à l’affaiblissement progressif des capacités et volontés de lutte des organisations syndicales au profit de la recherche de compromis, de maintenir ou développer une structure reconnue, financée (par les aides publiques ou les dons et autres rémunérations du privé), et que la concurrence des bureaucraties entre elles ne peut qu’aviver et accélérer.
La présence du syndicalisme.
1) Là où les salariés sont les plus nombreux (les PME), le syndicalisme est globalement absent, surtout dans les petites qui sont les plus nombreuses.
2) Dans les grandes entreprises, la force et la présence des syndicats s’amenuise à mesure que se réduit le nombre et la dimension des sites de production, de travail.
3) Le dernier bastion du syndicalisme est celui du secteur d’Etat au sens large (fonctions publiques diverses – nationale, territoriale, hospitalière -, entreprises d’origine publiques en cours de privatisations.
Or ce secteur est lui-même en cours de réduction accéléré des effectifs.
Bref, pour des raisons objectives de réorganisation du salariat, le syndicalisme est en cours d’affaiblissement.
Et, n’étant pas trotskiste, je ne crois pas que cela soit une question de “direction” réformiste qu’il faudrait remplacer par une autre, plus “révolutionnaire”.
Sur la CGT
Il n’est pas nécessaire d’avoir une boule de cristal pour deviner ce qui va se passer.
Cela s’appelle recentrage, c'est-à-dire se retrouver au « centre » du jeu syndical, de cette inter-syndicale nationale que nous connaissons depuis près d’un an. Le « centre » signifiant le point d’articulation, de jonction, de compromis entre tout ce petit monde des directions syndicales. Cela suppose donc un rapprochement avec l’autre grand syndicat qui compte dans ce pays ; la CFDT. L’axe essentiel est donc CGT-CFDT. Les 6 autres confédérations suivent. Fondamentalement parce qu’elles sont d’accord et sans doute aussi car sans peu de moyens et/ou de volonté de tracer une autre voie.
Sans doute ce recentrage de la CGT provoque et va provoquer des résistances ici ou là. Je n’aime pas faire des pronostics (et j’aime bien les surprises) mais je ne vois pas de courants importants pouvant infléchir cette tendance. D’autant que, parmi les “opposants” internes dans la CGT (genre UD-Paris), on peut avoir de sérieux doute sur le fait d’y voir une opposition porteuse de transformation libertaire, de modes de luttes auto-organisés et donc de l’intérêt d’en faire des alliés !
Mais principalement, pour les raisons évoquées plus haut d’affaiblissement du syndicalisme et de sa tendance à l’intégration. Car les courants militants, ce qu’ils font, ce qu’ils sont prêts à faire (c’est aussi une question d’“imaginaire”) sont aussi le produit d’une situation, d’un contexte. Et le contexte présent n’est pas à la radicalisation. En interne, le conformisme et le patriotisme d’organisation sont déjà de puissants facteurs de normalisation. Plus globalement, le discours de la “crise” fait peur. C’est sa fonction principale. Et la peur, et la menace qu’elle contient, ont toujours mieux discipliné les populations que n’importe qu’elle autre message.
Et là, il ne faut pas se tromper d’analyse ni de période. Il n’y a pas aujourd’hui d’un côté des directions syndicales « molles » et de l’autre une base « radicale », prête à tout, à déborder, à en découdre, etc. Ici ou là, il y a bien des énervements (séquestrations, menaces de sabotages…), mais globalement les travailleurs sont sur la défensive. Car cela fait plus de 30 ans qu’ils sont sur la défensive ! Cela fait, depuis la fin des « 30 glorieuses » (vers 1977-79) que le nouveau schéma de l’expansion capitaliste (des richesses et des profits) s’est fait sous le régime d’une crise/restructuration permanente du côté des salariés (intérimaires, externalisation/sous-traitance, robotisation, management par objectifs, délocalisations, temps partiels, etc…). Par ailleurs, les grandes bagarres générales sur le salariat (les retraites) ont été perdues et aujourd’hui plus personne ne conteste l’allongement continu des années de travail et de cotisation.
Comme disait Antigone dans un autre topic les travailleurs se font virer « en chialant » après des années et des années de boîte. Sauf que certains ont 25 ans, d’autres 45, 50 ans et plus. Et qu’aujourd’hui, les “accompagnements sociaux” aux licenciements (qui étaient des “amortisseurs” dans le langage convenu) sont beaucoup moindres que dans les années 80-90, et que l’âge de la retraite s’est allongé (plus de plan sociaux avec pré-retraites à 53 ans !).
Avoir un œil sur la CGT ?
Oui, sans doute, comme sur le reste.
Et en ce qui me concerne, avec un niveau d’espérance assez faible.
ah !pour une fois ça change, c'est plutôt d'assez bonne qualité comme analyse (même si c'est du résumé) comme ça par exemple :
Mais principalement, pour les raisons évoquées plus haut d’affaiblissement du syndicalisme et de sa tendance à l’intégration. Car les courants militants, ce qu’ils font, ce qu’ils sont prêts à faire (c’est aussi une question d’“imaginaire”) sont aussi le produit d’une situation, d’un contexte.
Par contre j'en partage pas les conclusions.Ainsi je trouve que leo va pas au fond du problème tout de même et ne dit explicitement ce qu'il laisse pourtant penser : la CGT suit l'état de mobilisation et d'organisation des travailleurs (ainsi si la cgt n'est pas présente dans le salariat des petites boites, on ne peut pas dire non plus que ces travailleurs s'organisent autrement !) ... et cela parce que j'ai quoté au dessus, ne s'applique pas qu'aux militants en fait .
c'est bien pour ça qu'il faut pas que le niveau d'organisation politique de base se soit "l'entreprise" ! et c'est en s'organisant par entreprise que le syndicalisme en france à été intégré, institutionnalisé (contrairement a ce que peuvent raconter les mouvement gauchistes)Dans les grandes entreprises, la force et la présence des syndicats s’amenuise à mesure que se réduit le nombre et la dimension des sites de production, de travail.
En interne, le conformisme et le patriotisme d’organisation sont déjà de puissants facteurs de normalisation. Plus globalement, le discours de la “crise” fait peur.
et bah ... pas du tout en fait ! il n'y a pas de normalisation, ou alors disons plutôt que la norme se serait alors une déconfédéralisation forte et toujours continue des militants et une disparition quasi complète de fonctionnement par syndicat . c'est a dire que les militants ne se représente plus comme des mandaté d’organisations de base (base au sens de base politique, les syndicats comme base politique de la confédération), mais ne se sentent plus non plus comme des militants soudé les uns aux autres (fédéralismes) par une culture de classe . repli corporatiste, localistes, affinitaires, désaffiliation .... entre les militants démoralisés, ceux qui sont aigris, ceux qui sont cyniques et ceux qui sont partis ... le mouvement syndicale est effectivement en crise (et plus qu'en "cours d'affaiblissement" a mon avis). Les militants optimistes sont devenus minoritaires. Par contre il reste encore beaucoup de militants actifs et intéressants pour redevellopper des perspectives de classe et reconstruire le mouvement ouvrier.
voilà, il me semblait interressant de compléter un peu cette analyse interressante sur la crise lente et continue du mouvement ouvrier, du mouvement syndicale de classe . (j'ai pas tout quoté mais ce dont je ne parle pas, et à ce que j'en comprend, je le partage).


