Communisme libertaire et "économie"

Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede Nénika » 21 Jan 2009, 18:56

salut,
je fais un peu long mais c'est que je veux répondre au premier message du topic de Luco en essayant de balayer un peu tout ce que je pense sur la question que je crois comme toi Luco fondamentale. Par contre je ne dirais pas que c'est le tendon d'achille de l'anarchisme mais plutôt celui des anarchistes d'aujourd'hui. En effet, il ne reste pas grand chose dans la réalité des conceptions économiques du marxisme alors que l'anarchisme a légué des formes d'organisation économiques assez répandues encore aujourd'hui même si beaucoup ont dégénérées: mutuelles et coopératives notamment. En outre il faut dire que pas mal d'auteurs ont essayé de répondre à tous ces problèmes: Proudhon mais aussi Kropotkine, Berckman ou Guérin...

Venons-en aux faits, la première chose que je voudrais dire c'est que si le capitalisme s'est maintenu par la force brutale de l'Etat on ne peut, et ce serait même dangereux, on ne peut s'en tenir là. Je crois que le capitalisme s'est maintenu en raison de la relative efficacité, mais efficacité quand même, des mécanismes du marché en matière de production. La preuve c'est que le capitalisme est bien le seul modèle économique à être caractérisé par des crises de surproduction (même si ces crises sont aussi dûes à la faible rétribution du travail).
Donc, tout projet anti-capitaliste doit proposer une alternative au marché. Le marché c'est l'établissement d'un prix dit d'équilibre par la confrontation d'offre et de la demande solvable (seuls ceux qui peuvent payer interresse l'entrepreneur). En théorie: offre faible avec demande forte = pris élevé et inversement. En clair c'est une méthode de rationnement des biens par les prix en même temps qu'une méthode d'incitation à produire ce qui est rare et de désincitaion à produire ce qui est trop répandu. Je rentre pas dans les détails mais disons tout de suite qu'entre la théorie et la réalité du marché les choses sont bien moins évidentes (situation de monopole, cartel, entente, contradictions diverses et variées...)
A présent, ce qu'il faut comprendre c'est que tout mécanisme de marché pour fonctionner à peu près comme décrit ci-dessus a besoin de la propriété privée des moyens de production. Car sans elle, pas d'incitation à produire, car pas de profit privatisable possible. Donc tout marché exige l'Etat seul outil capable de garantir les droits de propriété grâce au monopole de la violence légale. je pense donc que tout socialisme de marché est voué à l'échec. certains, comme les coopérativistes les plus "révolutionnaires" imaginent un marché ou s'affrontent des coopératives ouvrières mais dans ce cas (en supposant que l'Etat garant de la propriété privée et du respect des contrats accepte de jouer ce rôle: ce qui est impossible car il aurait trop à y perdre en tant que classe dirigeante mais bon...) en supposant donc que ça tienne debout cela conduirait à l'autoexploitation des travailleurs et à terme la reformation de toute la merde dans laquelle on est aujourd'hui. En ce qui concernela yougoslavie il faut bein dire que c'est un échec car l'autogestion titiste n'était en réalité qu'une autonomie accordée aux travailleurs pour exécuter les ordres, appliquer le plan décider par l'Etat. En outre ces plans ne se fixaient pas comme objectifs la satisfaction des besoins de la population mais bien évidemment... la conquête de marchés internationaux (l'Etat sera toujours l'Etat!). Dans un tel contexte comment les travailleurs et travailleuses pouvait-il-elles trouver une quelconque motivation à participer au processus de production? l'autogestion pour fonctionner doit être intégrale c'est à dire économique, technique mais aussi et peut-être même surtout politique.
En somme, et pour faire vite, l'équation économique anti-capitaliste exclu forcément le marché. Ou alors il faut rétablir l'esclavage : je pense d'ailleurs que c'est à peu de chose près ce qu'à fait l'URSS.
Pour ma part je ne désavoue pas la notion de planification c'est bien la seule voie non-capitaliste possible. Reste à savoir QUELLE planification. Seule la planification répond, ou plutôt EXIGE, la propriété collective des moyens de production. Mais là encore, tout dépend de QUELLE propriété collective.
Les expériences marxistes qui ont jalonnée le 20è siecle reposaient je crois sur une conception bien précise de ces deux notion. Pour faire vite encore une fois: Planification centralisée et propriété étatique des moyens de production. là je dois dire 2 choses: 1- je crois que le marché tire son efficacité productive essentiellement de fait qu'il décentralise et donc multiplie considérablement les centres de décisions économiques. 2- le marxisme a toujours confondu propriété collective et propriété étatique des moyens de production. je pense pour ma part que la propriété étatique des moyens de production n'est en réalité qu'une propriété hyper-privée des moyens de production!
pourquoi toute planification centralisée ne fonctionne pas? Tout simplement parce que quelques individus ne peuvent embrasser dans leur plan la complexité (en terme de diversité mais aussi de changements!) des besoins des individus. Ainsi en URSS très vite il est apparu que la population a manqué de tout un tas d'objet indispensable à la vie quotidienne. de toute façon je crois que les besoins des individus fait toujours partie des derniers soucis de toute classe dirigeante.
Bref, en application de la bonne vieille théorie anarchiste, je pense que la planification de la production doit être l'oeuvre des producteurs ET CONSOMMATEURS eux-mêmes. Je mets en exergue ET CONSOMMATEURS car la planification doit bien évidemment prendre en compte les besoins des inactifs (retraité-e-s, étudiant-e-s, handicapé-e-s, etc.). MAIS, pour la planification soit fidèle au mouvements, changements des besoins dans le temps et l'espace elle doit être décentralisée c'est à dire au plus près des besoins eux-mêmes.
C'est la raison pour laquelle la commune devrait être la véritable échelle de la planification. C'est la raison pour laquelle je pense que la fédération des unités de production en économie anarchiste doit être plus cantonnée à des taches d'éxécution conformément aux besoins exprimés par les communes et leur fédération. En somme, la fédération politique doit l'emporter sur la fédération économique. fédération politique des communes qui donc permet d'allouer les ressources entre surcapacité et sous-capacité de production selon les communes.
Donc chaque commune a pour tâche d'évaluer les besoins et organiser la production nécessaire à leur satisfaction. Il y a donc une relocalisation radicale de l'économie (ce qui au passage est une des principales clés pour faire face à la crise écologique). Et faire appel aux autres communes en cas d'incapacités particulière dans le cadre du contrat fédératif qu'elle aura conclue avec elles.
Pour ce qui est de l'évaluation des besoins Kropotkine déjà envisageait des instituts de statistiques communaux qui peuvent mesurer l'écoulement des marchandises dans les magasins (comme le font les entreprises actuelles) ou organiser des sondages (les entreprises actuelles font ça aussi sauf que ça s'appelle "étude de marché").
Pour ce qui est de la régulation de la demande, outre le fait qu'il est probable que dans une société libertaire la consommation sera beaucoup plus raisonnable qu'aujourd'hui (pas de création de besoin par l'offre, satisfaction à vivre dans la collectivité et pas consoler sa solitude et misère personnelle par l'accumulation d'objets sans intérêts), la régulation de la demande peut se faire par le rationnement. sachant que le rationnement ne s'appliquera que pour les biens de haute-technologie par exemple. je veux dire qu'il est évident à mes yeux que dans un tel système la prise au tas sera une réalité pour tous les produits de première nécessité, alimentaires notamment (pâtes, pain, viande, etc.). Le degrès de communisme libertaire atteint sera alors mesurable au nombre d'article soumis à rationnement dans chaque commune: moins il y en a plus l'anarchie est développée! :wink: Ici encore: instituts communaux chargé par exemple de réguler la demande en ordinateurs, etc.
Quoi qu'il en soit, l'enjeu de tout projet communiste libertaire c'est de se passer du marché pour vraiment abolir la propriété privée des moyens de production source de tous nos maux économiques actuels et passés.

Voilà sinon pour ce qui est des positions des orgas, je peux dire que la CGA (j'y suis adhérent) n'a pas de position commune détaillée sur les questions économiques en société anarchistes. Mais cela est du au fait qu'elle n'a été créée qu'il n'y a que peu de temps encore. A mon sens le débat aura lieu et débouchera sur une position commune. Pour l'instant la CGA a dans ses principes un texte sur le communisme libertaire. je pense que cette référence orientera l'organisation sur quelque-chose de proche de ce je viens d'écrire ici.
En matière de révolution sociale, une certaine part de romantisme est nécessaire à l'efficacité.
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Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede luco » 22 Jan 2009, 11:50

Merci nénika, pour cette réponse détaillée et réfléchie.
Je viens de la lire, mais je me laisse un peu de temps pour y répondre sur les points qui m'apparaissent les plus obscurs.
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Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede willio » 22 Jan 2009, 18:17

qierrot a écrit:Il faudrait prévenir les personnes ou collectifs qui gèrent ce truc et voir à la source. Qui connait ?

J'ai envoyé un mail à l'adresse mail normalement associée au site (kropot@free.fr) mais je ne sais pas si l'adresse est relevée de temps en temps ou si c'est à l'abandon.

EDIT : Bon ben j'ai ma réponse.
<kropot@free.fr> : This mailbox has been blocked due to inactivity.
C'est mal barré pour pouvoir faire virer ce lien. :confus:
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Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede Mango » 22 Jan 2009, 20:33

Donc chaque commune a pour tâche d'évaluer les besoins et organiser la production nécessaire à leur satisfaction.
Je suis d'accord si ça concerne uniquement les secteurs tels que l'énergie, la bouffe, le logement, la santé, les besoins vitaux quoi.

Mais pour tout le reste ? C'est la commune qui devra décider combien de paires de chaussures la petite usine devra produire ? C'est la commune qui décidera si le luthier devra produire 1 ou alors 20 violons par semaines ?
L'initiative individuelle, ou d'un petit groupe, existe dans une économie planifiée ?
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Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede Pïérô » 22 Jan 2009, 21:12

L'individu reste au centre de l'organisation collective et la démocratie directe en est l'expression. Mais au delà de la commune il est évident qu'il y aura des espaces fédératifs, des délégués et des mandats, pour ce qui concerne une partie des services publics comme dans le domaine des transports (le train par exemple), de l'énergie, de la recherche et dans le domaine des échanges internationaux, dans le domaine des ressources et des matières premières...
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Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede RickRoll » 23 Jan 2009, 01:08

Je trouve ta question un peu à côté de la plaque, mango.

Quel est l'intérêt de produire des violons si personne n'en joue ? Quel est l'intérêt de produire des chaussures si elles restent dans un placard ? Je ne crois pas que les artisans produisent des objets pour qu'ils restent dans un placard.

Nénika, je voulais aussi rappeler, sur la centralisation, il faut différencier centralisation des décisions et centralisation de l'information. La première me semble nuisible, mais la deuxième me paraît indispensable pour que les décisions puissent être prises par tous en connaissance de cause.
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Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede Nénika » 23 Jan 2009, 02:33

Mais pour tout le reste ? C'est la commune qui devra décider combien de paires de chaussures la petite usine devra produire ? C'est la commune qui décidera si le luthier devra produire 1 ou alors 20 violons par semaines ?
L'initiative individuelle, ou d'un petit groupe, existe dans une économie planifiée ?


Oui je crois que l'initiative individuelle existerait. Je suppose que la commune aurait surtout pour tâche de recenser les manques et de mobiliser les ressources pour les combler (s'il le faut en sollicitant d'autres communes).

Mais au delà de la commune il est évident qu'il y aura des espaces fédératifs, des délégués et des mandats, pour ce qui concerne une partie des services publics comme dans le domaine des transports (le train par exemple), de l'énergie, de la recherche et dans le domaine des échanges internationaux, dans le domaine des ressources et des matières premières...

Oui ça me parait évident !D'ailleurs à ce sujet la question épineuse est de savoir comment la représentations des communes doit être composée dans les instances fédératives pour maîtriser au mieux les éventuels conflits entre communes... (de quoi remplir un forum quoi... :baille: )

il faut différencier centralisation des décisions et centralisation de l'information. La première me semble nuisible, mais la deuxième me paraît indispensable pour que les décisions puissent être prises par tous en connaissance de cause

Tout à fait d'accord avec toi ! :D
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Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede Berckman » 23 Jan 2009, 10:52

Nénika, je voulais aussi rappeler, sur la centralisation, il faut différencier centralisation des décisions et centralisation de l'information. La première me semble nuisible, mais la deuxième me paraît indispensable pour que les décisions puissent être prises par tous en connaissance de cause.

Pas d'accord. tu amalgames il me semble centralisation et circulation, voire globalisation de l'information.
La maitrise de l'information est un outil de pouvoir. C'est pour cela qu'il ne faut pas laisser sa globalisation être l'apanage d'un centre, où structurer la circulation nécessaire de l'information à un "centre", mais bien réfléchir aux moyens de multiplier les canneaux d"'information pour éviter tout monopole...
Dans les organisations syndicales, par exemple, on voit bien comment la "maitrise" de l'information par un "centre" permet la formation où la permanence de la bureaucratie au détriment du fédéralisme. A l'inverse, le contact direct entre les "structures de bases", s'il n'est pas contradictoire avec un contact structurel dans un cadre fédéral, permet justement d'éviter cette cristalisation du pouvoir...

autre points de désaccord, même si je partages une bonne partie de ton point de vue, Nénika :

La preuve c'est que le capitalisme est bien le seul modèle économique à être caractérisé par des crises de surproduction (même si ces crises sont aussi dûes à la faible rétribution du travail).
La notion de "crise de surproduction" s'entend par rapport à la seule demande solvable, et justement Berkman (sans c avant le k :)) montre qu'il s'agit en fait d'une "crise de sous consommation", la pression à la baisse sur les salaire comme expression de la lutte des classes empêchant une large part de la population de consommer ne serait-ce que le nécessaire, l'indispensable...
Bref c'est peut être ce que tu entends par ^la phrase entre parenthèse, mais du coup, cela invalide le caractère de "preuve" de l'rgument.
donc si je suis d'accord que c'est la "relative efficacité" du capitalisme qui explique aussi en partie sa permanence, je pense que la preuve ne réside pas dans la "surproduction.

En ce qui concernela yougoslavie il faut bein dire que c'est un échec car l'autogestion titiste n'était en réalité qu'une autonomie accordée aux travailleurs pour exécuter les ordres, appliquer le plan décider par l'Etat. En outre ces plans ne se fixaient pas comme objectifs la satisfaction des besoins de la population mais bien évidemment... la conquête de marchés internationaux (l'Etat sera toujours l'Etat!). Dans un tel contexte comment les travailleurs et travailleuses pouvait-il-elles trouver une quelconque motivation à participer au processus de production? l'autogestion pour fonctionner doit être intégrale c'est à dire économique, technique mais aussi et peut-être même surtout politique.

Personnellement je pense que cette notion d'autogestion est trop floue, parce que justement elle ne dit rien du rapport à la hiérarchie dans l'organisation économique, et elle a été utilisée à toutes les sauces. En témoignent d'ailleurs les prétentions "autogestionnaires" de la LCR et du NPA, qui reviennent à la notion de "direction élective" dans l'entreprise..., sans donc supprimer le rapport dirigeant/dirigé.


Bref, en application de la bonne vieille théorie anarchiste, je pense que la planification de la production doit être l'oeuvre des producteurs ET CONSOMMATEURS eux-mêmes. Je mets en exergue ET CONSOMMATEURS car la planification doit bien évidemment prendre en compte les besoins des inactifs (retraité-e-s, étudiant-e-s, handicapé-e-s, etc.). MAIS, pour la planification soit fidèle au mouvements, changements des besoins dans le temps et l'espace elle doit être décentralisée c'est à dire au plus près des besoins eux-mêmes.

Ca me parait bizarre de mettre les "étudiant-e-s" dans la liste des "inactifs" car cela suppose une conception de l'éducation/formation maintenant la séparation entre travailleurs et travailleuses et "étudiant-e-s", alors que je pense que c'est un temps ^(le temps de formation) qui devrait être intégré au temps de travail, et donc permettre une formation tout au long de la vie, ce qui suppose justement la fin de la séparation entre école et société...


C'est la raison pour laquelle la commune devrait être la véritable échelle de la planification. C'est la raison pour laquelle je pense que la fédération des unités de production en économie anarchiste doit être plus cantonnée à des taches d'éxécution conformément aux besoins exprimés par les communes et leur fédération. En somme, la fédération politique doit l'emporter sur la fédération économique. fédération politique des communes qui donc permet d'allouer les ressources entre surcapacité et sous-capacité de production selon les communes.
Donc chaque commune a pour tâche d'évaluer les besoins et organiser la production nécessaire à leur satisfaction

Idem, tel que tu le formule, ça ressemble à une perspective localiste. Peut être ai-je mal compris ?
La question de la localisation des ressources rend incontournable la fédération à l'échelle extra-locale, y compris la prise de décision à l'échelle fédérale. Donc la prise en charge de l'organisation ne peut se concevoir uniquement à l'échelle communale, locale...
Par ailleurs, on ne peut pas non plus faire l'économie de la prise en compte des "capacités de production", ce qui relativise cette idée de la primauté de la fédération politique sur la fédération économique (même si je comprend le sens que tu y mets et en partage les objectifs). Ce qui fait "l'équilibre", c'est d'abord cette question de la capacité de production (au moins potentielle) qui détermine la capacité à choisir ce qu'on produit, etc...
La question des contions de travail des productrices et producteurs rentrent aussi en ligne de compte, et donc il ne me parait pas possible d'affirmer une telle prévalence systématique du "politique" (ou alors il faut le définir plus précisémment)... Je pense qu'il existera des conflits, et, effectivement, c'est un enjeu social ...
Berckman
 

Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede willio » 23 Jan 2009, 14:21

En gros d'accord avec Nénika, à quelques détails de formulation près.

Pour Mango, même réponse que RickRoll, la planification n'a pas à être interprétée comme un truc stalinien ! Je ne vois pas l'intérêt de produire quelque chose indépendamment des besoins... Après je ne sais pas trop ce que tu entends par initiative individuelle...


Berckman a écrit:
Nénika, je voulais aussi rappeler, sur la centralisation, il faut différencier centralisation des décisions et centralisation de l'information. La première me semble nuisible, mais la deuxième me paraît indispensable pour que les décisions puissent être prises par tous en connaissance de cause.

Pas d'accord. tu amalgames il me semble centralisation et circulation, voire globalisation de l'information.
La maitrise de l'information est un outil de pouvoir. C'est pour cela qu'il ne faut pas laisser sa globalisation être l'apanage d'un centre, où structurer la circulation nécessaire de l'information à un "centre", mais bien réfléchir aux moyens de multiplier les canneaux d"'information pour éviter tout monopole...
Dans les organisations syndicales, par exemple, on voit bien comment la "maitrise" de l'information par un "centre" permet la formation où la permanence de la bureaucratie au détriment du fédéralisme. A l'inverse, le contact direct entre les "structures de bases", s'il n'est pas contradictoire avec un contact structurel dans un cadre fédéral, permet justement d'éviter cette cristalisation du pouvoir...

Je pense qu'il faut quand même une certaine centralisation de l'information car la bonne information ressort uniquement du couplage de toutes les informations. Si A, B et C s'échangent 2 à 2 des informations, il y a une part d'inconnue du fait que chacun ne connait pas les informations entre les deux autres... tout est lié et on ne peut y arriver quand on a la totalité du problème sous les yeux. Chaque région doit prendre des décisions en fonction de celles de toutes les autres, elles doivent donc se concerter. Sinon on tend plus vers un système de troc entre les différentes régions (où donc réapparaissent des notions de marché, confrontation de l'offre et la demande...) que vers un fédéralisme libertaire.




Berckman a écrit:
Bref, en application de la bonne vieille théorie anarchiste, je pense que la planification de la production doit être l'oeuvre des producteurs ET CONSOMMATEURS eux-mêmes. Je mets en exergue ET CONSOMMATEURS car la planification doit bien évidemment prendre en compte les besoins des inactifs (retraité-e-s, étudiant-e-s, handicapé-e-s, etc.). MAIS, pour la planification soit fidèle au mouvements, changements des besoins dans le temps et l'espace elle doit être décentralisée c'est à dire au plus près des besoins eux-mêmes.

Ca me parait bizarre de mettre les "étudiant-e-s" dans la liste des "inactifs" car cela suppose une conception de l'éducation/formation maintenant la séparation entre travailleurs et travailleuses et "étudiant-e-s", alors que je pense que c'est un temps ^(le temps de formation) qui devrait être intégré au temps de travail, et donc permettre une formation tout au long de la vie, ce qui suppose justement la fin de la séparation entre école et société...


Oui un temps de formation devrait être intégré au temps de travail, mais un temps de travail doit-il être intégré au temps de formation initiale ? Je pense que non, mais après il faut voir où s'arrête la "formation initiale".
willio
 

Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede RickRoll » 23 Jan 2009, 15:02

La centralisation ne veut pas dire que les infos sont dans les mains d'un groupe de personne, cela veut dire qu'elles sont toutes acheminées dans un "lieu" (qui peut être réel ou virtuel) accessible à tous.

Pour moi Internet est un lieu de centralisation de l'information par exemple. On peut imaginer un réseau informatique où seraient centralisés les besoins, l'avancement de la production, les demandes de matières premières... Sans que ce réseau soit contrôlé par quelques uns.
RickRoll
 

Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede Berckman » 23 Jan 2009, 15:38

Je pense qu'il faut quand même une certaine centralisation de l'information car la bonne information ressort uniquement du couplage de toutes les informations. Si A, B et C s'échangent 2 à 2 des informations, il y a une part d'inconnue du fait que chacun ne connait pas les informations entre les deux autres... tout est lié et on ne peut y arriver quand on a la totalité du problème sous les yeux. Chaque région doit prendre des décisions en fonction de celles de toutes les autres, elles doivent donc se concerter. Sinon on tend plus vers un système de troc entre les différentes régions (où donc réapparaissent des notions de marché, confrontation de l'offre et la demande...) que vers un fédéralisme libertaire.

Je penses que tu confond mutualisation, globalisation et centralisation. La centralisation, c'est pour moi des flux d'informations tendant à se diriger (et être dirigé) vers un centre. Alors que la mutualisation permet une globalisation (on ne se contente pas de juxtaposer les infos, on les mets en rapport, pour faire émerger une lecture globale -c'est le sens du fédéralisme qui n'est PAS le centralisme), sans que ce processus de globalisation soit l'apanage d'un centre, mais le résultat de l'action de multiples acteurs...


La centralisation ne veut pas dire que les infos sont dans les mains d'un groupe de personne, cela veut dire qu'elles sont toutes acheminées dans un "lieu" (qui peut être réel ou virtuel) accessible à tous.

Pour moi Internet est un lieu de centralisation de l'information par exemple. On peut imaginer un réseau informatique où seraient centralisés les besoins, l'avancement de la production, les demandes de matières premières... Sans que ce réseau soit contrôlé par quelques uns.

Non internet n'est pas en soit un lieu de centralisation de l'information, justement parce que la multiplicité des sources d'informations rendent caduc toute notion de centre. Je pense encore une fois qu'il y a amalgame entre centralisation et globalisation. Je suis frappé par l'idée qu'il ne faudrait qu'UN lieu de globalisation, ce qui me parait plus que dangereux, pàuisque justement l'existence de plusieurs outils d'information global (et non un centre) permettent justement d'éviter toute manipulation des statistiques, toute rétention de l'information permettant d'accumuler du pouvoir.



Oui un temps de formation devrait être intégré au temps de travail, mais un temps de travail doit-il être intégré au temps de formation initiale ? Je pense que non, mais après il faut voir où s'arrête la "formation initiale".

vaste débat. C'est sans doute toute une conception de l'école qu'il faudrait discuter... :)
Berckman
 

Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede willio » 23 Jan 2009, 15:55

Berckman a écrit:Je penses que tu confond mutualisation, globalisation et centralisation. La centralisation, c'est pour moi des flux d'informations tendant à se diriger (et être dirigé) vers un centre. Alors que la mutualisation permet une globalisation (on ne se contente pas de juxtaposer les infos, on les mets en rapport, pour faire émerger une lecture globale -c'est le sens du fédéralisme qui n'est PAS le centralisme), sans que ce processus de globalisation soit l'apanage d'un centre, mais le résultat de l'action de multiples acteurs...

D'accord, question de vocabulaire.

Je suis frappé par l'idée qu'il ne faudrait qu'UN lieu de globalisation, ce qui me parait plus que dangereux, pàuisque justement l'existence de plusieurs outils d'information global (et non un centre) permettent justement d'éviter toute manipulation des statistiques, toute rétention de l'information permettant d'accumuler du pouvoir.

En même temps là il s'agit de savoir comment on prend les décisions de production en fonction des besoins. On va pas avoir 36 endroits pour regrouper les infos.


Oui un temps de formation devrait être intégré au temps de travail, mais un temps de travail doit-il être intégré au temps de formation initiale ? Je pense que non, mais après il faut voir où s'arrête la "formation initiale".

vaste débat. C'est sans doute toute une conception de l'école qu'il faudrait discuter... :)

Oui, pour une autre fois. :D
willio
 

Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede MOI » 23 Jan 2009, 18:14

Avec le foisonnement des idéaux que nos petits cerveaux rachitiques ont osés exprimés, tout a été remis en cause,détruit, démystifié. Tout sauf l'Economie qui est la dernière figure sainte que personne n'ose guillotiner
L'Economie est une religion froide et aride qui a réussit à propager son culte sur toute la surface du globe.
Pire! Les milieux dit contestataire (et il ne faut jamais écouter les "on dit") reconnaissent sont importance, sa légitimité et sa bienfaisance. Alors que drapés dans leurs drapeaux noirs d'apparats ils devraient tout simplement nier l'économie, la piétiner,l'utiliser pour nettoyer toute trace de morale de leur esprit et jeter le tout aux oubliettes.
Mais non..."Révolutionnaires" et "conservateurs" de tout bords sont liés par cette même croyance :L'Economie est indispensable.
Ils pensent être ennemis alors qu'ils sont frères. Finalement nous avons d'un coté les catholiques du marché et de l'autre les protestants de la collectivisation. Triste constat.

Les mots économie, production ,besoins ,offre, demande, m'écorche la langue et l'âme...pas vous?
Dans votre aveuglement vous imputez toutes les fautes au capitalisme. Ce n'est pas le capitalisme qu'il faut détruire, ni le communisme d'ailleurs. C'est l'économie qui doit être purement anéantit, cette saloperie de religion mathématique qui s'enorgueillit de régir nos vies pour toujours, et de transformer en statistique sans aucun effort apparent le plus marginal d'entre nous.


Dans le sujet sur le travail en société libertaire j'avais dis que penser au travail c'était faire preuve d'une fascination morbide.
Parler d'économie en société libertaire c'est faire preuve de stupidité.

Le simple fait d'évoquer l'économie, d'essayer lui trouver une sortir de secoure après l'hypothétique chute du capitalisme me pousse à croire que vous n'êtes pas anarchistes.
Prouvez moi le contraire
Modifié en dernier par MOI le 24 Jan 2009, 01:32, modifié 1 fois.
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Elu à l'unanimité troll du mois.
MOI
 
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Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede Nénika » 23 Jan 2009, 18:27

WIKIPEDIA: L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία « administration d'un foyer », de οἶκος « maison, dans le sens de patrimoine » et νέμω « administrer ») est l'activité humaine qui consiste à la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et services.

Je crois que toute société (anarchiste ou pas) implique "l'activité humaine qui consiste à la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et services".
Prouves-moi le contraire.
En matière de révolution sociale, une certaine part de romantisme est nécessaire à l'efficacité.
Nénika
 
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Re: Communisme libertaire et "économie"

Messagede kuhing » 23 Jan 2009, 18:35

Nénika , Joe Dalton propose que ton texte (le long que je n'ai pas encore lu ) paraisse dans le P'tit Noir. T'en penses quoi ?
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