croquemitaine a écrit:Moi c'est plutot ça qui me hérisse le poil (enfin ça et le comportement de certains qui se réclament de la plate-forme) :
Elle propose une grille d’analyse reposant sur le matérialisme et la lutte des classes comme moteur de l’histoire. Dans une situation révolutionnaire, l’organisation anarchiste doit proposer une orientation « dans tous les domaines de la révolution sociale
Tu remplaces orga anar par Part Communiste et ... Alors certes c'est pas du marxisme léniniste 'pur sang' mais l'inspiration y ressemble. Et puis ça fait une conception plus 'clanique' et politique de la révolution que sociale et démocratique. Après dans les temps chaud de la révolution je dis pas qu'une unité des libertaires autour de grands axes ne sera pas nécessaire mais bon on y est pas.
Je ne suis pas d'accord avec cette interprétation : il y a quand même une nette nuance entre le terme utilisé "proposer" et la pratique léniniste, qui consiste à considérer que c'est le parti, comme avant-garde, qui exerce la "dictature du prolétariat", c'est à dire le monopole de la force et de l'action politique en lieu et place du prolétariat.
Je ne suis pas du tout choqué par l'idée que les organisations spécifiques anarchistes soient des "forces de propositions" dans une situations révolutionnaires, je pense même que c'est indispensable, précisément si l'on veut éviter que les autoritaires voire la réaction prennent le dessus. Proposer, ça ne veut pas dire imposer, et en dernier ressort, c'est aux outils d'auto-organisations populaires (assemblées, conseils, comités de boite, etc...) de trancher...
Bakounine par ailleurs défendait une vision reposant sur le matérialisme et la lutte des classes (dans une interprétation différente du marxisme).
La plateforme est avant tout une tentative de faire face à la situation du mouvement anarchiste après la prise de pouvoir bolchevik en russie : celle d'un mouvement affaiblit, en crise, qui enchainait les échecs. Il faut le prendre ainsi, ce qui n'empêche pas d'en soulever les failles, les limites, voire les errements.
A on sens la plateforme est beaucoup plus criticable sur 2 points :
_ Le principe d'un comité éxécutif.
_ le mythe de l'unité
Le premier est en rupture avec le fonctionnement fédéraliste libertaire et penche vers le centralisme démocratique. L'impulsion dans une orga fédéraliste doit venir des groupes et non d'un "centre".
Le second est à mon sens encore plus problématique : il repose sur le mythe de réunir en une seule et même organisation l'ensemble des anarchistes révolutionnaires et lutte de classe. Or cela n'est à mon sens ni possible, ni souhaitable.
L'unité ne se décrète pas, seule l'action peut ponctuellement la construire, autour d'enjeux concrets. Par ailleurs, il s'agit là du même travers que la synthèse : la prétention de réunir dans une seule organisation libertaire les anarchistes : pour la plateforme, sur des bases communistes libertaires (les individualistes étant considérés comme étrangers à l'anarchisme). Pour la synthèse sur la base de l'étiquette anarchiste (incluant les indiidualistes). Il n'y a ici qu'une différence de surface.
Or ni l'une ni l'autre prétention (de même que celle des "globalistes" anarchosyndicalistes et des "syndicalistes révolutionnaires") à l'unicité ne résiste au contrainte et aux réalités de la vie sociale. Il est à mon avis nettement plus intéressant de théoriser le pluralisme organisationnel, (et c'était l'une des excellentes critique de Malatesta faite à la plateforme), mais aussi la complémentarité possible de différent types d'organisations (politique, syndicale, ponctuelle -type collectif ou comité de grève- associatif, etc... C'est le principe du "dualisme organisationnel" de malatesta, qui ne présuppose pas la supériorité d'un type d'organisation sur l'autre, mais leur complémentarité.
Cela n'empêche pas de soulever l'importance d'organisationS forteS dans l'affrontement avec l'état et le patronat...
Il en est de même pour la stratégie : je pense que la complémentarité, la cohérence tactique (c'est à dire l'emploi de tactiques différentes mais non contradictoire) est un objectif important, en tout cas un point de mire permanent, issu de la discussion, de la recherche de consensus... Mais que "l'unité" sur ce point est aussi un mythe, parce que justement les réalités géographiques, militantes, sociologiques, locales, imposent un pluralisme tactique, même si la force collective qui se dégage d'une action collective est là pour montrer que le fédéralisme, comme coordination et non juxtaposition, renforce les luttes de chacun. La question effectivement c'est le point d'équilibre entre cette nécessaire souplesse tactique, et la nécessité de ne pas lancer des dynamiques contradictoires, qui ne font que s'annuler et frustrer tout le monde. Cela encore peut être en partie résolu par le pluralisme organisationnel.
Je vous renvois aux critiques de Malatesta qui sur ce point me paraissent les plus percutantes...