de conan » 25 Aoû 2009, 13:50
C'est un texte très intéressant, et j'ai grand respect pour les individus qui s'organisent ainsi. J'ai quelques remarques néanmoins :
Le texte s'organise autour de deux axes :
-le constat d'une dispersion des anars, qu'il faudrait régler par l'organisation. Là, d'acord.
-le constat d'un manque d'efficacité en général dans l'action, à régler par la coordination des gens organisés. Là aussi d'accord.
Le tout, bien évidemment sans plateforme, ni programme total.
Encore d'accord.
Ca s'appelle le fédéralisme anarchiste.
Beaucoup moins d'accord en rentrant dans le détail.
Tout d'abord, la différence affichée entre l'organisation informelle et les organisations, décrites comme ayant un programme, des plate-formes, des drapeaux. Par exemple, dans le cas de la FA, il n'y a ni programme, ni plate-forme, et le drapeau noir n'est siglé que de l'expression "fédération anarchiste", ce qui signifie et implique tout ce qui vient d'être dit : autonomie des individus et des groupes, libre-association (affinitaire si on veut). Ne peut être adopté comme outil de coordination pour toutes les personnes qu'un truc décidé à l'unanimité, sinon c'est libre-association.
C'est le principe synthésiste. Alors pourquoi est-il plus loin décrié dans le texte, comme obsolète ?
Le texte reste précisément très vague à ce sujet, parlant d'un congrès ou d'un programme... comme obstacles. Mais si le congrès c'est une rencontre fédérale de tous les gens souhaitant y participer, si le programme c'est des motions qui ne peuvent passer qu'à l'unanimité, en quoi quelque individu que ce soit y serait contraint ? En quoi serait-ce obsolète ? Au contraire, il s'agit précisément de respecter les principes de l'organisation et de la coordination des actions, rappelés en début de texte. On sera tou-te-s ok pour dire que ça ne suffit pas et qu'il faut aussi agir, mais c'est ce qui se passe déjà et rien ne l'empêche.
Ensuite le texte reparle de la nécessité de l'affinité. C'est bien pour cela qu'à la FA existe la possibilité de la libre -association, de se constituer librement comme groupe. Et même, cela étant, de continuer en tant qu'individu à se joindre aux propositions ponctuelles d'autres individus de la fédération.
Le texte rappelle d'ailleurs bien qu'en organisation "informelle", il n'est pas nécessaire aux individus de bien s'entendre sur toutes les questions...
Bref, ce texte ne démontre aucune différence avec l'organisation synthésiste de type FA.
Au contraire, alors même qu'il attaque l'organisation de type synthésiste, il ne cesse d'en prôner les fonctionnements.
En revanche, là où il y a effectivement pour moi une différence notable avec l'orga synthésiste, c'est dans la volonté délibérée de n'axer la coordination des actions... que dans l'action de type insurrectionnelle.
Pour moi, c'est une limite. Elle est nécessaire, mais ne suffit pas.
Rien n'empêche déjà, au sein d'une organisation synthésiste, que des individus déterminés pour ce genre d'actions, se regroupent ponctuellement.
Bien entendu, la légalité et la répression imposent un certain "silence" officiel lorsque de telles actions se mettent en oeuvre, afin de ne pas menacer physiquement l'existence de l'organisation, c'est-à-dire des organisé-e-s.
Car, la fameuse "guerre sociale" dont on parle, consiste certes à savoir s'attaquer au capital et au pouvoir, mais elle a aussi d'autres champs de bataille, et à mon sens, c'est une grave erreur que de les rejeter par principe, pour ne retenir que l'action de type insurrectionnelle.
En effet, le pouvoir n'existe que par l'assentiment qu'il diffuse en permanence dans les esprits, auprès desquels il ne cesse de chercher à asseoir sa légitimité. Et là, l'insurrection est souvent insuffisante, et même parfois n'a aucun effet sur les esprits autres que de créer plus de peur et d'appel au sécuritaire, lorsque les esprits (et c'est le cas d'un grand nombre d'esprits) vit dans les schémas d'obéissance et de peur que lui inculque le pouvoir.
Ce qui ne la discrédite pas, mais la rend insuffisante, isolée. Il faut aussi d'autres champs de lutte. le texte est d'ailleurs assez vague là aussi puisqu'en fin de texte est invoquée la nécessité d'investir le plus de champs de luttes possibles, ce qui est la cractéristique même d'une organisation synthésiste digne de ce nom, permettre une grande liberté de coordination pour un maximum de débouchés dans tous les types de lutte.
Le texte rappelle ensuite la nécessité de savoir se trouver etc... c'est précisément ce que permettent des mandats, par exemple, lorsque des gens ne se connaissent pas et que l'affinité n'existe pas.
Le texte rappelle ensuite la nécessité d'une presse de l'organisation, où l'on puisse aussi se rendre compte des débats internes.
C'est là aussi, exactement ce qui existe à la FA : il y a le ML, mais aussi, à l'intérieur, la diffusion d'un bulletin intérieur, l'abonnement à une liste... voilà des outils concrets, qui existent déjà, et sont déjà opérants. Les gens qui s'y rencontrent peuvent ensuite, librement, s'organiser et s'associer.
La conclusion du texte me plaît davantage, lorsqu'il évoque la nécessité de l'action, car s'il n'y a qu'affinités constituées (c'est-à-dire groupe), "toutes les relations deviendront arides dans le perfectionnisme byzantin de celui qui n'a rien de mieux à faire que tenter de masquer sa volonté de ne rien faire".
Là je suis d'accord, et pour moi le seul problème est là. Néanmoins j'y ajoute un bémol : lorsqu'il n'y a pas d'action réellement possible ou souhaitable, on peut quand même investir dans des actions autres que l'insurrectionnalisme. Des actions tout aussi efficaces à long terme (faire des potagers collectifs, bouquiner, discuter avec des gens...)
Mais il n'y a pas forcément nécessité de reconstruire une nouvelle organisation... tant mieux si des gens en éprouvent le besoin, mais qu'ils évitent alors de réduire le synthésisme à des critiques creuses.
Cette nouvelle organisation fût-elle targuée de l'épithète "informelle", qui ne signifie rien, car dès que le texte rentre dans les détails, on retrouve déjà, et très exactement, ce qui se fait déjà.
Par contre, et pour finir, je vois un danger au fait de revendiquer ce mot vague d'informel : c'est un autoritarisme d'individus, bien plus diffus, bien moins visible par tous, lorsqu'il s'agit précisément de s'organiser et de se coordonner. Cela permet de court-circuiter et d'évacuer facilment les gens avec qui l'on n'est pas d'accord, lorsqu'on souhaite entreprendre quelque chose.
Ce flou que permet le mot "informel", qui ne veut rien dire puisque ce texte parle de principes de fonctionnement tout ausi énoncés que ceux d'une organisation dite "formelle", présente le risque de pouvoir servir bien des individus qui pourraient vouloir se réclamer de "collectifs" et parer leur autoritarisme stratégique ne souffrant aucune autre analyse, d'un anonymat "informel" bien pratique.
Ce texte me va donc bien à bien des égards, car il ne remet absolument pas en cause les valeurs organisationnelles fédératives (autonomie+libre-association) auxquelles j'adhère totalement.
Là où il ne me va pas, c'est dans sa critique du synthésisme, basé sur que dalle ; dans le fait de prôner une "informalité" qui dans la pratique, ressemble parfois hélas à de l'élitisme et à de l'avant-gardisme d'individus souhaitant rester des petits gourous ; et surtout dans son insurrectionnalisme et son mouvementisme, qui en faisant de l'action insurrectionnelle le seul but en soi, enferme potentillement les individus dans la posture "plus radical-e que moi tu meurs", et donc une surenchère d'actes qui risquent, en braquant plein de monde et en mettant les plus courageu-se-s tôt ou tard en taule pour avoir été trop loin dans le risque, de nuire à leur propre but : l'insurrection du plus grand nombre.
Si on peut reprocher aux individus d'orgas existantes leur pénurie de propositions en termes d'actions insurrectionnelles (là je suis bien d'accord), ce n'est pas pour autant la seule action insurrectionnelle qui construira la possibilité d'une véritable révolution.