de Yves Coleman » 21 Mar 2012, 00:05
A propos de la TUERIE de Toulouse
Kuhing, je m'étonne que tu colportes ce vieux mythe selon lequel Juifs et Arabes seraient des Sémites !!! Aucun historien ne croit plus cela aujourd'hui !
Je t'envoie donc un copier-coller d'un extrait de texte où j'avais expliqué les origines du mot et son usage actuel. OK pour prendre de la distance théorique avec cet assassinat mais pas en brouillant les cartes et en mélangeant tout: le racisme contre les Maghrébins n'est pas le même que celui contre les Chinois, les Africains ou les Juifs. Chaque racisme a une histoire et des spécificités. Si on veut lutter efficacement contre les racismes il faut bien savoir les différencier. Sinon on arrive à cette position absurde répandue récemment dans un manifeste selon lequel tout le monde serait victime de racisme: les gros, les petits, les femmes, les immigrés, les blondes, les roux, etc.
L'esclavage combiné au racisme ne laisse pas les mêmes traces que de "simples" discriminations. Il y a même différentes formes d'esclavages. L'esclavage des Noirs Américains n'a pas eu les mêmes effets que l'esclavage au sein de la Grèce antique. Un génocide ne laisse pas les mêmes traces qu'une ratonnade aussi sanglante soit-elle. Une guerre coloniale ne laisse pas les mêmes traces qu'une simple convivence entre des gens différents (je milite avec des travailleurs chinois par exemple et leur racisme virulent contre les Arabes et les Africains ici en France, n'a pas les mêmes sources, les mêmes causes, la même histoire, et les mêmes effets - pour le moment - que celui des travailleurs et surtout des petits bourgeois franco-gaulois).
Donc le racisme et l'antisémitisme ce n'est pas la même chose. Le racisme contre les Africains en France n'a pas les mêmes formes et la même histoire que celui contre les Portugais ou les Italiens, etc. Avant de prendre de la distance théorique ou politique pour tirer les leçons d'un événement politique, il faut partir d'un solide terrain historique. Et la France n'est pas la Palestine. On ne peut pas mélanger toutes les discussions. Sinon à un niveau purement philosophique, oui, une vie humaine a la même valeur sous toutes les latitudes, mais ce n'est pas le sujet de notre discussion.
Voici l'extrait de texte en question
Entre «Sémites», on ne peut pas se détester…
Cet argument est souvent invoqué lorsqu’on parle de la propagande antijuive propagée aussi bien dans le Coran (sous la forme de l’antijudaïsme) que dans la propagande d’Etat ou les médias des pays du monde arabo-musulman qui mélangent le vieil antijudaïsme musulman avec l’antisémitisme raciste européen.
Les Sémites ne sont pas un peuple historique ayant véritablement existé: au XIXe siècle, les linguistes européens ont établi une classification des langues et rangé l'arabe et l'hébreu (mais aussi le berbère, le couchitique, le tchadien, l'akkadien, le phénicien, l'araméen, les langues éthiopiennes) dans des langues dites sémitiques, en raison de leur descendance commune mythique vis-à-vis des fils de Sem (Sem étant l'un des trois fils de Noé, donc un personnage sans aucune réalité historique ou scientifique).
Par extension, on a rangé de façon totalement arbitraire (au XIXe siècle) une partie des peuples qui avaient parlé ou parlaient une partie des langues sémitiques dans la catégorie des peuples «sémites».
Cette erreur est reprise dans L’Encyclopédie anarchiste publiée dans les années 30 sous la direction de Sébastien Faure, par beaucoup d’antisionistes pressés (il suffit de consulter le Net pour s’en rendre compte), par tous les négationnistes antisémites, par les nationalistes arabes, etc.
Mais il s'agit tout simplement d'une construction intellectuelle du XIXe siècle (époque à laquelle on croyait à l'existence scientifique des «races» et où l'on mélangeait les notions de nation, de race, langue et de peuple) elle-même fondée sur la mythologie biblique, donc sur du sable... c'est le cas de le dire .
Il ne viendrait pas à l'idée d’aucun de ces antisionistes de considérer les Ethiopiens ou les Tchadiens actuels comme des Sémites. Pourtant cela devrait être le cas, s’ils suivaient leur logique dix-neuvièmiste....
La fiction du terme «sémite» a un rôle idéologique précis aujourd'hui: faire croire que les Arabes musulmans ne peuvent détester les juifs (religion) et les Juifs (peuple) parce qu'ils auraient les mêmes origines «ethniques». Il suffit pourtant d'ouvrir le Coran pour voir qu'il s'agit d'un manifeste contre les juifs (accusés de ne pas avoir respecté les enseignements de leurs prophètes Abraham, Moïse, etc.) mais aussi contre les dirigeants juifs de l’époque (et si on lit le Coran hors de tout contexte, comme le font les partisans de l’islam politique, ce texte devient un texte antisémite, au sens moderne, puisque tous les juifs sont des «impies» depuis des siècles). Il suffit pourtant d'étudier l'histoire pour savoir que les Juifs et les Arabes n'ont ni les mêmes origines, ni la même histoire pendant les trois derniers millénaires.
En fait, cet argument repose sur l’idée fausse que, quand on est «naturellement» proches, on ne peut vraiment se détester. Or l'histoire, au XXe siècle en particulier, prouve exactement le contraire. Les grands génocides (Arméniens, Juifs, Cambodgiens, Tutsis) tout comme de grands massacres comme ceux des Balkans furent tous commis par des gens culturellement (et «ethniquement», linguistiquement) proches de leurs victimes