Divers collectifs féministes

Fougères : Genèse d’un groupe féministe

Messagede bipbip » 21 Avr 2018, 17:52

À Fougères comme ailleurs, les volontés de travailler autour des questions féministes se multiplient.

Fougères : Genèse d’un groupe féministe

À Fougères comme ailleurs, les volontés de travailler autour des questions féministes se multiplient.

Un groupe d’une quinzaine de personnes, composé d’habitants et habitantes et de militants et militantes d’AL et de la France insoumise, avait organisé l’année dernière une action visant à sensibiliser aux problématiques du sexisme. Nous avions donc renommé les rues, puisque seulement 10 % d’entre elles portaient un nom de femme. Cette action a permis que de nombreuses rues soient ensuite nommées par des noms de femmes sur la commune de Fougères. Certes, les militantes que nous avions mises en avant n’ont pas été retenues, au profit de sportives ; mais les rues sont aujourd’hui un peu plus mixtes…

Sur Fougères, comme sur beaucoup de villes de cette taille, les actions du 8 mars sont souvent portées par des institutions qui s’orientent surtout sur un versant culturel ou historique, et dépolitisent cette journée. Les aspects actuels (inégalités salariales, violences faites aux femmes et harcèlement, poussées réactionnaires, remise en cause du droit à l’avortement…) étant alors peu abordés, et les revendications féministes inexistantes. C’est pourquoi des groupes militants ont toute leur place, afin de porter des questions politiques et éviter que cette journée ne devienne une commémoration, teintée de quelques aspects contemporains.

Une quarantaine de personnes, très majoritairement des femmes, ont participé à l’organisation du 8 mars 2018, avec un objectif de prévention autour des questions sexistes par l’intermédiaire d’une crieuse de rue relatant des témoignages. Actions soutenues par une quarantaine de personnes dans la journée, qui ont eu lieu sur trois places différentes.

Reprise en main collective

Cette année, la volonté d’avoir un espace de parole et d’organisation féministes sur la ville a aussi été nommée par plusieurs membres du groupe. Si le 8 mars fait partie des objectifs du groupe féministe, il évolue vers un groupe permanent et permettant d’organiser des actions de sensibilisation (contre les pubs sexistes, afin de faire renommer certaines institutions, telles que les écoles maternelles, la protection maternelle et infantile,…). Il vise aussi à développer des centres de prévention qui ne soient pas institutionnels, tel que le planning familial, ou encore à organiser des conférences.

AL Fougères a aussi porté en mars de nombreuses actions de sensibilisation, par le biais de réunions publiques, sur le genre et l’éducation, et sur les femmes et l’autogestion. L’existence du groupe féministe a pu permettre de dépasser le cadre militant, ainsi qu’à des habitantes et des habitants de s’impliquer.

La naissance spontanée de ce groupe féministe est révélateur d’une volonté de reprendre en main collectivement ces questions et de les faire avancer, notamment par des femmes. Quand on peut légitimement s’inquiéter de la visibilité des groupes réactionnaires, cet effet est à contre-balancer par le fait que de nombreuses femmes souhaitent s’impliquer aujourd’hui sur les questions féministes.

AL 35 Nord-Fougères-Saint-Malo


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Messagede bipbip » 13 Mai 2018, 19:30

Un collectif féministe à Nantes

Au printemps 2016, à Nantes, lors du mouvement social, les insultes machistes, la misogynie, la brutalité quasi systématique de policiers envers des femmes a amené des étudiantes à réfléchir et s’organiser de manière un peu inédite. Entretien avec une militante.

Je n’étais pas dans ce collectif en soi (puisque je n’étais plus étudiante à ce moment-là), donc mon point de vue est purement personnel et je ne parle pas au nom de ce collectif. Disons que j’ai assez fréquenté les personnes qui le composaient pour savoir un peu ce qui s’y jouait.

La constitution du collectif féministe à Nantes au cours du printemps 2016 répond à plusieurs volontés :

- placer le féminisme au coeur des luttes : la lutte des femmes et des minorités de genre est bien souvent mise à l’écart, comme une lutte à part et qui prend trop de temps pour qu’on s’y arrête. Pourtant, les milieux militants, ainsi que, plus largement, les mouvements sociaux, ne sont clairement pas exempts de comportements et d’idées sexistes, à l’image de notre société patriarcale et machiste. Les hommes prennent plus la parole, ils sont plus écoutés, ils se posent et sont considérés comme des référents... Dans les manifs, ils sont beaucoup plus visibles que les femmes. Il ne s’agit pas d’affirmer que les têtes de cortège ne sont composées que d’hommes. Évidemment qu’il y a des femmes. Néanmoins, on ne peut nier que tous les moments d’apparition publique dans les luttes (AG, manif, action collective, blocages...) sont teintés d’un certain virilisme et de machisme. Les moments et espaces politiques de luttes ne sont pas à l’écart de ce monde dans lequel nous avons toutes et tous grandi. C’est pourquoi des femmes se sont organisées en vue d’affirmer leur présence et de rompre l’invisibilité dans laquelle le regard masculin du monde nous enferme. Il s’agit d’imposer le fait que les regards qu’on porte sur les luttes et les stratégies qu’on met en place ne sont pas masculins, mais doivent être féministes. Ces femmes qui se sont organisées sont donc apparues comme pleinement actrices du mouvement, et ont permis de placer le féminisme comme étant partie intégrante de ce qui constituait la force politique déployée à cette période.

- une autre raison, plus spécifique, de la création de ce collectif, a été la misogynie exacerbée des forces de l’ordre. Ainsi, une femme qui s’est fait interpeller s’est retrouvée face à la BAC qui déclarait “si même les pouffiasses s’y mettent maintenant !” et “pute !". Une autre femme, interpellée également, a été palpée par un homme de la BAC, tandis que ses collègues rigolaient “vous inquiétez pas, vous ne l’excitez pas du tout notre collègue”, ceci peu de temps après avoir plaisanté en disant “eh, mais on n’a pas vérifié si c’était une fille !”.

On a vu un policier donner un coup de matraque sur le ventre d’une femme manifestement enceinte (sa faute ? se trouver à proximité du cortège), ou avec des LBD, viser et tirer au visage de jeunes femmes. Citons aussi lors des sages manifs lycéennes de février : un policier a piétiné une adolescente sous ses bottes, un autre ouvre le crâne d’une étudiante à coup de matraque. Le 7 mars 2018, après l’expulsion militarisée d’un lieu abritant des exilé-e-s, une étudiante entend de la part d’un policier “allez va-y, suce...”

Par ailleurs, en dehors de ces éléments précis et révoltants, l’attitude de la police en manifestation est tout à fait caricaturale : aimer frapper, se plaire à blesser, être excité par la baston... autant de caractéristiques d’un corps de métier patriarcal et machiste, voire masculiniste. Dénoncer les faits précis commis par les policiers permettait aux femmes de ne pas se sentir seules face à ces agressions et de trouver ensemble les façons d’y faire face. Par ailleurs, l’organisation en collectif a donné des clefs pour comprendre le fonctionnement machiste de la police, pour dénoncer ce corps de métier comme étant le très digne représentant et garant du patriarcat.

Prendre part à la lutte en confiance

En période de mouvement ou non, l’existence d’un collectif féministe permet une ouverture de la parole, invite des femmes qui ne souhaitent pas fréquenter des hommes, à prendre part à la lutte en confiance. La constitution de cortèges féministes, avec des banderoles renforcées liées, s’est imposée assez naturellement, et fait écho aux raisons qui ont amené à la création d’un groupe féministe. Ceci d’autant que les premiers rangs des manifestations peuvent être assez testostéronés, puisque dans les représentations communes, ce sont les hommes qui se battent, en l’occurrence face à la police, et non les femmes. Aujourd’hui, ce collectif n’a plus exactement la même existence. Une partie de ses membres qui souhaitaient continuer de s’organiser a créé une association, Bonny Read, non par envie de rentrer dans la légalité pour être respectable aux yeux de la loi, mais pour pouvoir réserver des salles pour des événements politiques. Le printemps 2016 a permis de mettre en lumière un fait inéluctable : les femmes luttent et les luttes doivent être féministes. Bien entendu, le collectif féministe de la fac n’est pas le seul à avoir été moteur de cela. Mais il est vrai que sa visibilité, à travers à la fois sa présence sur la fac et ses visuels au cours des manifestations, a marqué le mouvement, et sans doute une génération de militant-e-s.Tout n’est cependant pas parfait. Dans les milieux autonomes, des agressions d’hommes sur des femmes sont toujours monnaie courante. Il manque un réseau de solidarité féministe, à l’intérieur des lieux, mais aussi qui traverse les endroits politiques, afin que ces faits ne se perpétuent plus. Il manque également encore l’implication des hommes sur le sujet. Non que ces hommes doivent prendre la place des femmes dans cette lutte. Mais il leur faut prendre position de manière ferme sur le sujet, et joindre le geste à la parole. Ils ne peuvent pas se cacher derrière le fait que c’est aux femmes qu’il appartient de lutter pour gagner le combat féministe. Ils doivent oser se positionner. Parce que bien souvent, quand un fait affreux survient, comme un viol par exemple, ce sont les femmes qui se retrouvent à tout gérer. Les hommes doivent s’impliquer, et dans les luttes, on manque de ce positionnement, et de discussions autour de ce que cela implique, de quelle manière ce positionnement doit intervenir. Toutefois, il est vrai qu’on observe de plus en plus d’hommes qui s’affirment féministes, ce qui montre qu’être féministe commence à ne plus être une insulte. Il faut également faire attention à ce que nos mots, nos combats, ne soient pas repris comme un produit marketing. En étant au CAN – Collectif Actions Nantaises, issu du Front social – je remarque qu’il y a un problème : on ne parle jamais de lutte des femmes, d’antisexisme et de féminisme. Presque jamais. Les espaces de composition sont, dirait-on, trop précieux pour que de tels sujets, sans doute trop polémiques, interviennent. Et c’est vraiment dommage. Il nous faut briser cet espèce de tabou qui nous empêche, dès que nous ne sommes plus avec notre groupe affinitaire, de mettre le féminisme sur la table. Le féminisme peine à apparaître dans tous les espaces de lutte. Or, il le faut !

Entretien recueilli par Emmanuelle Lefèvre


http://www.emancipation.fr/spip.php?article1777
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Re: Divers collectifs féministes

Messagede bipbip » 13 Mai 2018, 20:33

[Angers] 10 ans du collectif Emancipation

du 18 au 20 mai 2018
à 19h, l'Etincelle, 56 boulevard du Doyenné.

Dix années de luttes pour que les idées féministes se propagent à Angers et ailleurs.

Notre féminisme a évolué, le contexte politique et social aussi, mais une chose est sûre, les luttes féministes sont encore et toujours nécessaires. Les droits acquis sont sans cesse remis en question, et les violences physiques, psychologiques et symboliques à l’égard des femmes (cis ou trans), des personnes trans, des personnes racisées, des personnes handicapées, des personnes non hétérosexuelles, des travailleur.euse.s du sexe et de tou.te.s celleux qu’on oublie, perdurent.

Pendant ces dix ans, nous avons appris à créer une solidarité féministe, à remettre en question certains stéréotypes imposés par la norme. Malheureusement, nous sommes pleinement imprégnées par cette norme que nous critiquons. Mais nous espérons que ces dix années de discussions, d’actions, de concerts, de manifestations, de rencontres, nous auront à tou.te.s profité.

Dans le contexte où les idées oppressives sont de plus décomplexées, nous serons encore là dans 10 ans.

En attendant, voilà le programme de notre anniversaire:

Du vendredi 18 au soir jusqu'au dimanche 20 mai venez fêter ça à l'Étincelle!

Tout le festival est à prix libre : donnes ce que tu peux, ce que tu veux.Le prix libre permet de défrayer toutes les personnes qui animent un atelier, jouent un spectacle, un concert, mais aussi de se rembourser des frais liés à l'organisation. Et s'il y a du rab, c'est en soutien au collectif Emancipation pour continuer d'organiser des activités, événements pour nous, pour vous et en soutien à d'autres initiatives féministes !!

Il y en aura pour tout le monde! Les moments et lieux en non mixité choisie -- sans hommes cis -- sont précisés.

Les comportements sexistes, LGBTIphobes, racistes, et jugés discriminants ne seront pas tolérés. Mais pour être un peu plus précises, cela va de soi que les moments en mixité ne signifient pas que les mecs cisgenre peuvent occuper tout l'espace, qu'il soit physique ou oral, que ce soit lors d'une discussion ou bien lors d'une soirée.

Sur les 3 jours

- Grignotage végan

- Buvette (Bière, vin et boisons soft)

- Coin lecture et expo

- Brochures à prix libre


♥ Vendredi 18 : ATELIER ET CONFÉRENCE ♥

♦19h: Ouverture au public

♦20h30 - CONFÉRENCE GESTICULÉE « Les marges de l'universel » - en mixité

Au croisement entre l'histoire coloniale française et le sexisme institutionnel.

• Aurélia Décorté González •



♥ Samedi 19 : ATELIERS - SPECTACLE - PROJECTIONS- RADIO - CONCERTS ♥

en non mixité meufs, gouines, trans jusqu'à 15h30

♦ 13h30-16h30: ATELIER AUTOEXAMEN - en non mixité meufs, gouines, trans

Atelier d'auto-examen avec deux soignantes militantes dans un espace douillet et fermé. Cela se fera en non-mixité (sans hommes cis). Il s'agit d'apprendre à se connaître soi-même. 10 personnes maxi : nous écrire via le site et apporter une lampe frontale et un petit miroir.

♦ 14h-17h: ATELIER DE SÉRIGRAPHIE - en non mixité meufs, gouines, trans

♦ 15h30- 16h30 :THÉÂTRE - CONTE - en mixité

?Max-la-Colère?

"Max est une petite fille qui n'est ni calme ni douce comme tout le monde préférerait... elle fait tellement de remous dans le vallon du Calme-plat, qu'on lui dit souvent qu'elle est « insupportable ». De la bouche de ses parents elle entend : « On dirait que tu as grandi en Brusquerie! » Alors un jour de grosse dispute, accompagnée de sa Petite-Plante-Grasse-qui-pique, Max prend son vélo et part à la recherche de cette colère qui dérange tant. Sur la route elle rencontrera un ours pleureur, une lutine rieuse ... Va t-elle trouver des gens comme elle? Va t-elle arriver un jour en « Brusquerie »?"

Pour enfants et plus grand·e·s à partir de 6 ans // suivi d'un goûter

• Compagnie L'écho des ourses• →https://www.lechodesourses.com/spectacles-projets-1

♦1 7h-19h:PROJECTIONS DE FILM/DOCU: Choix sur place parmi quelques propositions - en mixité

♦ 19h: APÉRO-CONCERT dans le jardin - en mixité

?FLUBA? Jazz/Folk

Fluba, la rencontre inattendue entre une flûte traversière et un tuba (...plus ou moins droit !)

https://duofluba.wixsite.com/fluba

♦ 21h: CONCERT (salle) - en mixité

?AVALE? Punk / Amour Froid

Elles sont deux, et servent le poison à température de cave.

https://avale666.bandcamp.com/releases

♦ 22h: CONCERT (jardin) - en mixité

?MOULAX? Carrément electropop, un peu hiphop et un peu punk

« Et en plus de la polyphonie qui sort des entrailles de l'origine du monde.Avec Moulax tu bouges ton corps sur des gros beats et des textes intellos mais hyper faciles à reprendre en coeur. Moulax c'est de la drogue gratuite au début du concert. Moulax c'est l'Abécédaire de Deleuze en mode karaoké. Moulax c'est un concept métaphysique d'adéquation au monde. Moulax c'est serré et ça fait un beau cul. »

écoutez ici →https://moulax.bandcamp.com/releases

♦ 23h: DJ / BOOM - en mixité

? DJ WAKA ? hip-hop/rap/afrobeat/afrofuturism

Viens bouger comme tu ne l'as jamais fait! Avec DJ Waka tu vibres, tu ne te contrôles pas! Et elle débarque de Marseille pour nous!

♥ Dimanche 20 : BRUNCH - DISCUSSION ♥

Journée en non mixité meufs, gouines, trans

♦ 11h30: Brunch vegan - en non mixité meufs, gouines, trans

♦ 14h30: ATELIER-DISCUSSION - en non mixité meufs, gouines, trans

?Féminisme au croisement des luttes?

Animé par les membres du Collectif Émancipation

Notre site: collectifemancipation.fermeasites.net

♦ 14h30: SPECTACLE - en non mixité meufs, gouines, trans

FLUBA

Dodo

S’il y a besoin d’un hébergement, nous avons un jardin qui peut accueillir quelques tentes, et un grand parking derrière le lieu (à 10m) qui peut accueillir de nombreux véhicules.

(merci de nous prévenir par mail si c’est le cas afin d’avoir une idée)

Info

L’Etincelle, qui accueille le festival, est un lieu autogéré dans lequel le collectif se réunit depuis ses débuts.

Durant le festival, les tâches comme tenir le bar, l’accueil et autres sont par le collectif et les personnes qui ont accepté de nous filer un coup de main durant ces 2-3 jours. Si vous voulez vous joindre à cette petite équipe, vous pouvez vous signaler ! Et sinon autogestion en respectant le lieu et son voisinage !

Grrrr

Le contexte angevin actuel fait que nous sommes très vigilant.e.s sur de potentielles visites de fachos sur les événements que nous organisons. Nous vous demanderons de l’être également même si tout se passera bien !!

plus d'info: http://collectifemancipation.fermeasites.net/

https://nantes.indymedia.org/events/41242
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Re: Divers collectifs féministes

Messagede bipbip » 13 Aoû 2018, 19:54

Entretien
"Emancipation" (collectif féministe d’Angers) : « Il existe autant de manières de s’émanciper que de personnes »

Dans un contexte où le féminisme reprend une place centrale dans le mouvement social, nous sommes allé.es à la rencontre d’un collectif féministe non mixte, Émancipation, qui, depuis dix ans, se bat à Angers contre toutes les formes de discrimination et d’oppression. Pour fêter ces dix années, le collectif avait organisé un festival de haute tenue. Rencontre.

Pouvez présenter votre collectif ?

Le collectif s’est créé en 2008, à l’initiative de membres du syndicat Sud Étudiant.e.s de la fac de lettres et de membres de ­l’Étincelle, lieu militant autogéré. Un collectif féministe avait déjà existé à l’Étincelle, dès 1997, appelé Émancipation. Le nom nous convenait bien, donc nous l’avons repris. Le collectif s’inscrit dans le féminisme matérialiste, en considérant qu’une des bases de l’exploitation des femmes est économique, notamment par l’appropriation de la force de travail de celles-ci dans la sphère privée. En dix ans d’existence, notre féminisme a évolué et s’inspire du mouvement décolonial. Dans un pays culturellement raciste, le racisme anti-blanc n’existe pas, si nous sommes résolument anticapitalistes, notre féminisme ne va pas sans l’antiracisme et la lutte décoloniale. Nous aimons nous définir féministes pro-choix, car nous sommes persuadées qu’il existe autant de manières de s’émanciper que de personnes.

Pourquoi avoir fait le choix de la non-mixité ?

Le collectif a été mixte pendant huit ans environ, hormis quelques périodes où aucun militant homme cisgenre [personne dont le genre ressenti correspond à son sexe de naissance, NDLR] n’était présent, mais pas spécialement par souhait. Cela ne nous empêchait pas de nous retrouver en non-mixité choisie sans homme cisgenre. Au bout de huit ans, nous avons voulu expérimenter la non-mixité totale tout le temps ! On se posait la question, « que ferions-nous si un jour on se retrouvait avec plus de mecs que de meufs en réunion ? » Cela nous posait problème. Donc on a pris la décision de la non-mixité, et nous y avons pris goût...

Comment a évolué votre collectif sur ces dix ans ?

En dix ans, notre féminisme a évolué, le contexte politique et social aussi. Les droits acquis sont sans cesse remis en question, et les violences physiques, psychologiques et symboliques à l’égard des femmes (cis ou trans), des personnes trans, des personnes racisées, des personnes handicapées, des personnes non hétérosexuelles, des travailleuses et travailleurs du sexe et de toutes celles et ceux qu’on oublie, perdurent.

Pendant ces dix ans, nous avons appris à créer une solidarité féministe, à remettre en question certains stéréotypes imposés par la norme. Malheureusement, nous sommes pleinement imprégnées par cette norme que nous critiquons. Mais nous espérons que ces dix années de discussions, d’actions, de concerts, de manifestations, de rencontres, nous auront à toutes et tous profité.

Dans le contexte où les idées oppressives sont de plus décomplexées, nous serons encore là dans dix ans. Mais avant de repartir, une petite fête s’imposait pour notre anniversaire.

Justement vous pouvez nous parler un peu du festival que vous avez organisé ?

Du 17 au 20 mai, nous avons organisé notre énième Festival Émancipation (presque un chaque année depuis dix ans) avec un programme très chargé !

Une conférence gesticulée ouvrait le festival, « Les marges de l’universel » d’Aurélia Décorté Gonzalez. La salle était pleine et a pu assister au croisement de l’histoire coloniale française et du sexisme institutionnel, en allant de la « grande » histoire à la « petite » histoire.

Plusieurs ateliers en non-mixité sans mecs cis étaient proposés, comme la sérigraphie ou encore un atelier auto-examen. Ce dernier est un outil bien connu lors des événements féministes, pour (re)découvrir individuellement ou collectivement la zone du dessous de la ceinture de manière externe et/ou interne et ce en non-mixité trans et femmes cis. Il s’agit de se réapproprier cette partie de notre corps, voir à quoi elle ressemble quand on le souhaite, redéfinir notre propre normalité. C’est aussi l’occasion de partager les savoirs que nous avons toutes et tous, sans jugement, éventuellement apprendre à définir notre état de bonne santé (celui dans lequel on se sent bien), et par là même, ne pas être aussi vulnérables dans nos rapports avec la médecine (voir, savoir, questionner). Il était animé par des femmes cis, certaines appartenant au corps médical, d’autres pas du tout.

Afin de ne pas exclure les plus jeunes, la compagnie L’Écho des ourses a joué son spectacle « Max la colère », pour les enfants de tous âges. Un goûter qui leur a pemis de discuter avec les comédiennes. Un espace projection était également proposé, dans lequel cinq films étaient à disposition, les personnes se mettaient d’accord pour regarder un ou plusieurs films.

On a aussi entendu parlé d’une sacrée soirée festive...

En effet une soirée très musicale était prévue avec différents groupes, Fluba (Ajazz/folk), Avale (punk/amour froid), Moulax (carrément electropop, un peu hip-hop et un peu punk) et enfin la DJ WAKA (hip-hop/rap/afrobeat/afrofuturism) venue de Marseille spécialement pour nous ! Détendue, déjantée et déhanchée, la soirée a été l’occasion de fêter les dix ans comme il se doit !

Et comment tout ça s’est terminé ?

On a fini par un brunch vegan en non-mixité sans hommes cisgenre, puis une discussion autour du thème « Le féminisme au croisement des luttes ». Organisée en deux temps, la discussion était l’occasion d’échanger autour de ce que nous apporte ou pourrait nous apporter le féminisme, puis quels sont les freins aujourd’hui aux luttes féministes.

Chaque personne venant à un moment du festival avait aussi l’occasion de faire un radiomaton, un court moment à s’enregistrer autour du thème de la discussion ou du festival en général.

Une expo sur le collectif Émancipation, depuis le tout premier collectif en 1998 jusqu’à aujourd’hui était présentée dans la pièce principale du lieu, pour donner un aperçu d’histoire féministe locale.

Tout le festival était à prix libre pour que l’argent ne soit pas un frein pour y participer. Au total, plus d’une centaine de personnes est passée sur le festival. On remercie encore mille fois toutes les intervenantes qui ont accepté de venir, se sont démenées pour nous. Épuisées mais sur un petit nuage, on a achevé le week-end sur un sentiment de « wahouuu, on remet ça ? »

Pour revenir à un cadre un peu plus général c’est quoi pour vous les enjeux actuels pour le mouvement féministe ?

Il nous semble indispensable de prendre en compte les différentes oppressions. Les luttes féministes doivent s’emparer des oppressions racistes, et de classes et de l’oppression spécifique qu’elles engendrent. Le concept d’intersectionnalité recouvre parfaitement ces réalités. Nos propres remises en question sont nécessaires pour aller vers une réelle évolution des mentalités.

Actuellement, le mouvement féministe doit maintenir son attaque contre les violences sexistes et sexuelles tout en restant extrêmement vigilantes au maintien des droits déjà acquis, toujours menacés.

Quels moyens d’actions seraient les plus à même de faire bouger les lignes selon vous ?

« L’ ère numérique » offre des possibilités de mouvement massif, comme nous l’avons vu cet hiver avec les #balancetonporc, #metoo, assez efficaces ! Nous sommes assez partisanes de la propagande par le fait ! La représentation des femmes dans toutes les sphères de la vie publique est indispensable, tout comme les luttes féministes doivent ­s’immiscer partout, dans nos réunions, chez nous, dans notre couple, dans notre famille, avec nos ami.es, au travail, partout ! Reste à se retrouver dans la rue, à l’image des femmes lors du 8 mars en Espagne cette année [1]. Nous devons montrer notre solidarité et la sororité qui nous unit.

Propos recueillis par Jon (AL Angers)


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