Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 01 Sep 2018, 17:57

Chronique : Echo d’Afrique, « S’attaquer aux symboles du colonialisme »

Il y a 200 ans, le 3 juin 1818, Louis Faidherbe naissait à Lille. Il allait devenir un militaire largement honoré, et un colonialiste chevronné. Certains le désignent même comme « le père de l’impérialisme français ». À l’occasion du bicentenaire de sa naissance, un collectif lillois décide de mener une campagne intitulée « Faidherbe doit tomber ».

L’argumentaire du collectif est efficace : « Pourquoi s’attaquer aujourd’hui à Louis Faidherbe ? Pour une raison simple : parce que les monuments, les bâtiments et les rues qui lui rendent hommage, célèbrent – sans toujours le dire ouvertement – le projet colonial auquel il a consacré sa vie. Si l’homme Faidherbe appartient indéniablement au passé, ses idéaux polluent encore notre présent. La célébration perpétuelle que nous imposent ces statues et ces rues prouve que l’idéologie coloniale reste bien vivace. »

Au Sénégal, et particulièrement à Saint Louis, ville d’où Faidherbe gouverna, le général est à l’honneur : un pont et une place portent son nom, ainsi qu’une statue portant l’inscription « le Sénégal reconnaissant ».

Ces symboles font particulièrement grincer les dents de celles et ceux, de plus en plus nombreux grâce aux actions de sensibilisations sur les réseaux sociaux, qui savent avec quelle violence il imposa la domination coloniale à leurs ancêtres. On observe un mouvement planétaire visant de nombreux symboles de l’esclavagisme ou du colonialisme en Afrique du Sud, USA, Canada, Espagne ainsi que dans les territoires français d’outre mer. Les statues de Gandhi, pourtant apôtre de la non-violence, de Cecil Rhodes, de Léopold II, d’Horatio Nelson, entres autres, sont fortement contestées. Tout récemment, à Barcelone, la statue d’Antonio López, un homme d’affaires qui s’enrichissait grâce au commerce d’esclave, a été retirée.

En France, les symboles issus du colonialisme sont encore nombreux, témoins d’un passé dont beaucoup sont encore nostalgiques. Le problème est aussi que ces symboles contribuent à valider un récit enjolivé d’une colonisation aventuresque, avec ses héros, ses bâtisseurs, ses visionnaires… la mémoire des colons en somme. Les Français ignorent généralement qui furent les Faidherbe, Bugeaud, Lyautey, etc., et nous sommes souvent indifférents aux noms des rues qui nous entourent.

Or la célébration consensuelle de ces criminels est une insulte aux peuples qu’ils ont martyrisés et un crachat quotidien au visage de leurs descendantes et descendants. Bien entendu, ces symboles ne tomberont que si des gens se mobilisent contre eux.

Pour Khadim Ndiaye, du Collectif sénégalais contre la célébration de Faidherbe : « Le moment est arrivé d’écouter la voix de ces organisations et mouvements de citoyens qui, partout dans le monde, contestent une certaine conception de l’histoire qui donne la part belle aux tortionnaires, aux racistes, aux acteurs de la colonisation et qui grave dans la pierre ou le bronze des figures historiques controversées. »

Noël Surgé (AL Carcassonne)


http://www.alternativelibertaire.org/?C ... lonialisme
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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 15 Sep 2018, 13:17

Génocide en Namibie : l’Allemagne face à son passé colonial

Le gouvernement allemand va restituer, mercredi, des restes humains à la Namibie, rappels des massacres perpétrés par le IIe Reich entre 1904 et 1908. Une nouvelle étape dans la difficile reconnaissance d’une histoire coloniale douloureuse.

C’est une cérémonie pour le moins inhabituelle qui doit se tenir, mercredi 29 août, au Französischer Dom de Berlin. En milieu de matinée, ce temple protestant édifié au début du XVIIe siècle au cœur de la capitale de ce qui s’appelait alors la Prusse accueillera des représentants des gouvernements allemand et namibien pour un rendez-vous singulier au centre duquel figureront dix-neuf crânes, quelques squelettes, une omoplate et une mâchoire.

But de l’opération : la restitution de ces restes humains, témoins des massacres perpétrés par les troupes du IIe Reich contre 65 000 Hereros et 10 000 Namas dans le Sud-Ouest africain allemand – l’actuelle Namibie – entre 1904 et 1908. Une série de massacres considérée comme le premier génocide du XXe siècle.
Mascarade

Ces reliques avaient été rapportées outre-Rhin à des fins de « recherche scientifique » et, pour la plupart d’entre elles, reposaient dans les collections anthropologiques de l’hôpital de la Charité, à Berlin. Leur restitution sera-t-elle de nature à apaiser les mémoires autour d’un chapitre de l’histoire coloniale largement tombé dans l’oubli en Allemagne mais encore douloureux en Namibie ? Rien n’est moins sûr car, du côté des défenseurs de la mémoire de ces massacres, la cérémonie est loin de faire l’unanimité.

Pour certains d’entre eux, en effet, l’événement organisé mercredi à Berlin n’est pas à la hauteur de la gravité des crimes qui ont été commis. A la tête de ce combat, l’association « Völkermord verjährt nicht ! » (« Pas de prescription pour le génocide ! »).

... https://www.lemonde.fr/international/ar ... _3210.html
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Re: Colonialisme, décolonisation, repression et luttes

Messagede bipbip » 15 Sep 2018, 15:15

Entre histoire et patrimoine du peuple réunionnais
Le domaine carcéral Juliette Dodu

Paris mardi 18 septembre 2018
à 18h30, Espace « La Colonie », 128 Rue la Fayette, Paris 10e

L'historien Bruno Maillard propose une conférence débat autour du domaine carcéral Juliette-Dodu à la Réunion.

Le domaine carcéral Juliette-Dodu à Saint-Denis de la Réunion est aujourd'hui menacé de destruction par les pouvoirs publics. Ce haut lieu de mémoire du peuple réunionnais s'illustre cependant comme un espace de répression et de résistance des esclaves incarcérés entre 1775 et 1848 pour leur opposition à "l'institution particulière". Conférence et débat avec Bruno Maillard, docteur en Histoire, membre du Comité National pour la Mémoire et l'Histoire de l'Esclavage.

Le domaine Carcéral, appelé communément Juliette Dodu, fait aujourd'hui l'objet d'une vive polémique à La Réunion. Fermée en décembre 2008, ce domaine carcéral de 3900 m2 n'a certes jamais éveillé un quelconque intérêt de l'État, propriétaire des lieux. Il a été vendu à la SHLMR, société immobilière qui souhaiterait y instaurer une zone commerciale. Ce projet a suscité aussitôt la contestation des défenseurs du Patrimoine et de l'Histoire de La Réunion. Le 17 janvier 2018, le tribunal administratif de Saint-Denis, saisit par les requêtes d'associations locales a cependant suspendu le permis de démolition de la prison ouvrant ainsi de possibles nouvelles négociations.

Ce domaine carcéral, établi en 1775, se singularise par sa grande richesse patrimoniale inscrit en outre dans l'Histoire du peuple réunionnais. Il a été en effet le lieu d'incarcération des esclaves « voleurs de volailles, de maïs ou de riz » sous la Période Royale ou des militants culturels des années 1960-1970, en passant par les affranchis spoliés de 1848 et les engagés abusés du Second Empire. Il tient en ce sens lieu de modèle des répressions coloniales et poscoloniales brutales et iniques de la puissance publique. Son Histoire se cristallise cependant sur la période esclavagiste de La Réunion. Réservée en théorie aux prévenus et aux condamnés, de toute condition juridique, soupçonnés ou reconnus coupables d'une infraction de droit commun, elle a d'abord écroué, et cela jusqu'en 1848, plusieurs milliers d'esclaves insoumis de La Réunion toute entière : petits et grands marrons arrêtés par des agents de la force publique ou des particuliers, « nègres indisciplinés » reclus à la demande du maître ou « noirs reconnus comme dangereux » sur ordre du gouverneur. Mais plus encore, la geôle de Saint-Denis a été le lieu d'incarcération des révoltés de Sainte-Rose de 1799, des insurgés de Saint-Leu de 1811 ou des « comploteurs » de Saint-Benoît de 1832, emprisonnés à perpétuité ou pour quelques semaines avant leur inévitable condamnation à mort. Des femmes et des hommes, détenus pour s'être réappropriés, ou simplement pour avoir réclamés, l'exercice de leurs droits fondamentaux, inaliénables et imprescriptibles, et plus particulièrement leur liberté. Au même titre que les irréductibles marrons des Blue Montain de la Jamaïque ou les révolutionnaires émancipateurs d'Haïti, ils symbolisent aujourd'hui comme demain, et pas seulement pour les Réunionnais mais pour le monde entier, l'esprit universel de résistance contre un régime despotique.

http://www.lacolonie.paris/agenda/le-do ... iette-dodu
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