Entre violence et non violence

Re: La violence révolutionnaire

Messagede Parpalhon » 14 Oct 2010, 01:31

quand on voit que plusieurs chefs d'état de ces dernières années en Amérique du Sud on été membres de mouvements armés contre les dictatures installées par la CIA, on se dit que cette solution elle s'offre aussi à ceux qui au font sont pas si révolutionnaires que ça ...

Après faudra la jouer finot, parce que quand on voit que ceux qui ont les plus beaux joujoux chez eux, après les flics et les militaires, ce sont les chasseurs on se dit qu'il fera pas bon d'être dans le camp opposé en temps de guerre civile :confus: Déjà qu'en temps de "paix" je fais pas ma maligne quand je me promène dans mes bois et que j'entends leurs coup de fusils ... :siffle:
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Re: La violence révolutionnaire

Messagede un passant » 10 Nov 2010, 12:54

Le tir en club et l'autorisation de détention d'armes qui va avec devrait être plus pratiqué par l'ultra gauche qui au contraire rejette cette pratique comme fascisante. Personnellement j'ai un peu fréquenté, ce n'était pas un nid de fascistes du FN mais beauf ni plus ni moins qu'un vestiaire de foot.

Les compagnons sont rarement sportifs, clopes et pas de la régie, fêtes.... Les fafs sont nettement mieux de ce point de vue. A minima s'entrainer à courir et plutôt cross-country pour passer les obstacles. La pratique d'un sport de combat ou de self défense un plus, j'ai fait du judo jusqu'à 28 ans, hélas je n'ai plus les capacités.
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Re: ENTRE VIOLENCE ET NON VIOLENCE

Messagede bipbip » 14 Sep 2017, 19:23

Réaction à « 10 mythes sur la lutte non-violente »

Il est bienvenue qu’un débat sur l’éternelle question de la « violence » / « non-violence » soit proposé en dehors de moments « chauds ».

Alors qu’il s’agit d’une question qui traverse sans cesse nos luttes, et chaque personne, généralement on en parle uniquement après un cas particulier qui nous a divisé, tou-te-s pollué-e-s que nous sommes alors par nos ressentis. Nos ressentis et les cas particuliers sont très importants, mais il ne suffisent pas. Ces divisions sont idéologiques, stratégiques, tactiques et sont donc bien plus utiles lorsqu’on les travaille au corps.

De ce point de vue, l’initiative prise par Agir pour la Paix et Quinoa [1] m’a semblé intéressante. Que le vocabulaire utilisé dans la préface ait l’air tout droit tiré d’un lexique de bailleurs de fond, et que ces associations retirent ou non des heures d’éducation permanente des soirées organisées sur base du livre, cela n’y change pas grand-chose.

D’autres aspects m’ont attiré. L’auteur « non-violent » - je mets entre guillemets car cela ne veut strictement rien dire pour moi - George Lakey, prétend vouloir éviter toute posture morale et toute caricature dans ce débat. De plus, il souligne à raison que nous allons beaucoup plus loin lorsque nous appliquons l’autocritique et l’affirmation de soi plutôt qu’uniquement la critique des autres manières de faire. Enfin, il prône l’action directe et déclare trouver plus pertinente la distinction êtes-vous pour la désobéissance ou non ? que la distinction êtes-vous pour la « violence » ou non ?. Pour faire simple : il est plus important de savoir si nous sommes prêt-e-s à occuper, bloquer, gréver, saboter ou non que de savoir si nous sommes prêt-e-s à insulter, frapper, briser, brûler ou non.

Mais… là où ce petit livre déçoit particulièrement, c’est que s’il prétend vouloir en faire une question stratégique, dans les faits :

- Il affirme que les tactiques « violentes » n’ont jamais fonctionné, mais il n’explique pas pourquoi (mise à part son interprétation de mai 1968).

- Il ne définit jamais ce qu’il entend par « violence ». Comme si ce que l’on entend par « violence » coulait de source, or rien n’est moins faux. Il l’utilise, sans surprise, comme une catégorie fourre-tout et à connotation négative. Pourtant, le terme provient étymologiquement de « force », qui n’est en soi ni négatif ni positif. On sait aussi que faire irruption sur un plateau télé, empêcher quelqu’un de parler, arracher une banderole, recouvrir de pisse un-e fasciste, séquestrer un-e dirigeant-e d’entreprise, bloquer une route, casser la caméra d’un-e journaliste, briser une vitre, utiliser des images choquantes, et une centaine d’autres cas de figure sont, tour à tour, des choses violentes pour certaines personnes et pas pour d’autres. Cette catégorisation binaire tient du piège [2] dans lequel les activistes qui se définissent « pro-violence » ou « anti-violence » aiment à s’enfoncer. Le but n’est pas d’invoquer une tolérance hypocrite à la diversité des tactiques, mais de s’opposer sur des choses concrètes qui nous divisent réellement, pour de bonnes raisons, plutôt que sur des concepts flous au possible, des dogmes.

- Il fait le choix de ne retenir que des exemples qui confirment, selon lui, sa posture de « non-violence ». De ce fait, il décide de mépriser, d’ignorer, toute une partie de l’histoire populaire. Quid du rôle de l’usage de la force concernant, pèle-mêle, les ZADs, les Goodyear, les anarchistes contre Franco, les comités d’autodéfense en Egypte en 2011, les intifadas en Palestine, les barricades lors de la bataille de l’eau en Bolivie, etc. ? De plus, il n’explique jamais en quoi ce serait l’aspect « non-violent » des luttes qu’il cite qui aurait été déterminante pour la victoire et il fait l’impasse sur le fait qu’une lutte (a fortiori d’indépendance, exemple de lutte qu’il utilise beaucoup dans le livre) n’est jamais exclusivement « violente » ou « non-violente » [3]. Ce n’est pas le fait d’utiliser ou non la force qui fait d’une lutte son caractère révolutionnaire non plus. Enfin, il prend pour acquis le fait que l’adhésion des « masses populaires » (qu’il ne définit pas) disparait forcément à chaque fois qu’on utilise la « violence », sans expliquer pourquoi.

Non la « non-violence » n’a pas fonctionné en tout temps, en tout lieu et en tout contexte. Et, non, la « violence » non plus. Tout simplement parce que cette distinction conceptuelle bornée ne s’encre pas dans la réalité, parce que ce n’est pas à ce niveau que se situent les variables fondamentales d’une lutte victorieuse ou défaite. Si on veut réellement penser stratégie contre le capitalisme, il faut être capables de voir plus loin et de se libérer de ces catégories qui nous désarment, nous enferment dans des identités inutiles.


Notes

[1] http://agirpourlapaix.be/publication-10 ... -violente/
http://www.quinoa.be/blog/10-mythes-sur ... -violente/

[2] Je suis d’ailleurs intéressé d’apprendre d’où nous viennent historiquement et anthropologiquement ces catégories, si vous en savez plus …

[3] Le meilleur texte que j’aie lu jusqu’à présent sur la question parle en partie de cela : « L’idéologie de la non-violence en question », Milo, Tumult n°6, septembre 2012. https://nantes.indymedia.org/system/fil ... olence.pdf
Les justifications de Lakey se trouvent peut-être dans les œuvres qu’il référence, mais rien dans ce petit livre en tout cas.

https://bxl.indymedia.org/spip.php?article15267
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Re: ENTRE VIOLENCE ET NON VIOLENCE

Messagede Pïérô » 19 Nov 2017, 15:40

« Se défendre, une philosophie de la violence »

Paris, mardi 21 novembre 2017
à 20h, L’Atelier, 2bis rue du Jourdain

Elsa Dorlin présente
« Se défendre, une philosophie de la violence »
aux éditions Zones

discussion avec l'auteure par des membres de la revue Jef Klak

Image

"En 1685, le Code noir défendait « aux esclaves de porter aucunes armes offensives ni de gros bâtons » sous peine de fouet. Au XIXe siècle, en Algérie, l'État colonial interdisait les armes aux indigènes, tout en accordant aux colons le droit de s'armer. Aujourd'hui, certaines vies comptent si peu que l'on peut tirer dans le dos d'un adolescent Noir au prétexte qu'il était « menaçant ».

Une ligne de partage oppose historiquement les corps « dignes d'être défendus » à ceux qui, désarmés ou rendus indéfendables, sont laissés sans défense. Ce « désarmement » organisé des subalternes pose directement, pour tout élan de libération, la question du recours à la violence pour sa propre défense.

Des résistances esclaves au jiu-jitsu des suffragistes, de l'insurrection du ghetto de Varsovie aux Black Panthers ou aux patrouilles queer, Elsa Dorlin retrace une généalogie de l'autodéfense politique. Sous l'histoire officielle de la légitime défense affleurent des « éthiques martiales de soi », pratiques ensevelies où le fait de se défendre en attaquant apparaît comme la condition de possibilité de sa survie comme de son devenir politique.

Cette histoire de la violence éclaire la définition même de la subjectivité moderne, telle qu'elle est pensée dans et par les politiques de sécurité contemporaines, et implique une relecture critique de la philosophie politique, où Hobbes et Locke côtoient Frantz Fanon, Michel Foucault, Malcolm X, Audre Lorde ou Judith Butler."

Elsa Dorlin est professeure de philosophie à l'université Paris 8. Elles est notamment l'autrice de La matrice de la race (La Découverte, 2006) et de Sexe, genre et sexualités (PUF, 2008).

https://www.librest.com/nos-rendez-vous ... brest=true
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Re: ENTRE VIOLENCE ET NON VIOLENCE

Messagede Pïérô » 14 Avr 2018, 14:00

Non-violence ou violence dans la lutte : fais ton choix camarade, mais laisse tranquille les autres

Alors que les forces de répression de l’Etat vont bientôt frapper, à nouveau, sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

NON-VIOLENCE OU VIOLENCE DANS LA LUTTE : FAIS TON CHOIX CAMARADE, MAIS LAISSE TRANQUILLE LES AUTRES

Libre à chacun de lutter comme il l’entend face à la violence du pouvoir et de ses serviteurs zélés. Parmi les formes de résistance, la non-violence est un choix tout à fait respectable qui peut revêtir des façons d’agir très diverses. Parallèlement, d’autres, parmi nous, font parfois le choix de la violence dans la lutte, à divers degrés, tout en désirant pareillement une société non-violente où les mots liberté, égalité et fraternité ne seraient plus réduits à une illusoire décoration masquant la réalité quotidienne de la domination, de la misère et de l’oppression.

Malheureusement, parmi les partisans de la non-violence, la mode est, de plus en plus, à la condamnation sans appel des autres formes de lutte. Certains caciques, soigneusement apprêtés et préparés, sont même devenus des spécialistes du genre, distribuant les bons et les mauvais points, sans jamais descendre eux-mêmes dans l’arène.

Pourtant, la moindre des choses serait, justement, que ceux qui ne prennent aucun risque, qui se contentent de parler, qui se gargarisent de leur prises de position dans les médias, qui se targuent de marcher docilement dans des manifestations sans abimer quoi que soit, et qui, bien sûr, se pressent au premier rang des innombrables pétitions à signer, que ceux-là aient au moins la décence de laisser librement lutter les autres.

Ces sempiternels chantres de la bienséance, ces bureaucrates syndicaux grassement payés par leurs adhérents smicards, ces professionnels de la politique passés de la lutte des classes à la lutte des places, tous ces prophètes du tabou de la violence révolutionnaire servent en réalité des intérêts contraires à ceux qu’ils sont censés défendre. Car ils se posent en tampons entre le pouvoir et ses opposants, en amortis des colères, en modérateurs des révoltes, appelant inlassablement au calme et à la discipline, et condamnant perpétuellement les casseurs, zadistes, saboteurs, faucheurs, squatteurs, tagueurs, émeutiers, anarchistes et autres révolutionnaires.

A ces batteleurs, je suggère cette réponse :

« Vous qui revendiquez, tambour battant, la Révolution française, la Commune de Paris et la Résistance au nazisme, sans jamais avoir l’idée sinon le courage d’agir pareillement, ayez au moyen la décence et l’humilité ne pas donner de leçon à ceux qui osent prendre le relais de vos illustres exemples. Assez de pitreries et de rodomontades. Faites comme bon vous semble, mais pour ce qui est des anathèmes, taisez-vous. »

Yannis Youlountas

https://www.youtube.com/watch?v=fHr8lnJUNL4


http://blogyy.net/2018/04/09/non-violen ... a-lutte-2/
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ENTRE VIOLENCE ET NON VIOLENCE

Messagede CNT-AIT Paris » 21 Mar 2019, 16:34

ENTRE VIOLENCE ET NON VIOLENCE

Par définition une société anarchiste ne peut reposer sur la violence. Or, pour parvenir à une telle société, il y a un préalable (abolir le pouvoir) et une grande question : comment se fera l’abolition de ce pouvoir ? Avec ou sans violence ? Avec violence ? Mais, dans ce cas, l’utilisation de la violence révolutionnaire, une fois le pouvoir détruit, aura-t-elle pour conséquence de rendre impossible l’édification d’une société sans rapports de domination ? C’est là une des questions auxquelles les militants anarchistes doivent s’efforcer de répondre. Cet article est une contribution à cet indispensable débat.

DE LA DYNAMIQUE REVOLUTIONNAIRE

C’est un lieu commun que de prôner une sorte de non-violence politiquement correcte, en imputant à l’utilisation de la violence les échecs des différentes luttes révolutionnaires. Ainsi peut-on lire : "Nous pouvons dire en toute sûreté que plus la violence est employée dans la lutte de classe révolutionnaire, moins cette dernière a de chance d’arriver à un succès réel" (1).

A l’appui de ces affirmations sont évoqués, de manière très furtive et au choix, la Terreur (2), la guerre civile ou la lutte armée voire le terrorisme. Et loin d’approfondir les leçons du passé, on s’enfonce de plus en plus dans des raccourcis faciles, imprégnés d’imagerie scolaire : "Il est criminel de croire ou de laisser croire, que couper quelques têtes et se baigner dans des fleuves de sang d’une guerre civile libératrice annoncée, fera avancer en quoi que ce soit le schmilblik de la rupture avec le capitalisme et celui de l’édification d’une société libertaire" (3). Ces simplifications sont très utiles depuis deux cents ans à tous les réactionnaires qui utilisent la confusion entre la violence de masse et les épisodes de la Terreur. De là l’exclamation du député Front national Romain-Marie, à la tribune du parlement européen, à l’occasion du bicentenaire de la révolution française : "Le 14 Juillet 1789 a été le début du temps des assassins " (4).

Pour les anarchistes, il est au contraire fondamental de repérer dans l’histoire ces moments de rupture -qu’ils se situent en 1789, 1917 ou 1936- pendant lesquels la population quitte son rôle passif pour passer à l’action. C’est ce que fait par exemple Kropotkine qui, dans son ouvrage "La Grande Révolution", s’attache à montrer l’importance de l’action directe des masses dans la dynamique des événements révolutionnaires. En effet, si la Révolution de 1789 fut une révolution bourgeoise, la bourgeoisie par elle même n’aurait pu détruire la monarchie. Dans cet affrontement avec le pouvoir, comme c’est le cas plus généralement, ce n’est pas le degré de non-violence qui a déterminé le succès, mais très logiquement, le rapport de force qui a permis une dynamique offensive, protéiforme et décentralisée.

Dans cet exemple comme dans d’autres, la destruction d’éléments symboliques du pouvoir a joué un rôle déterminant parce qu’elle a permis de libérer de nouvelles formes d’organisation sociale, fonction de l’imaginaire collectif et du niveau de conscience des individus. Entre parenthèses, que la prise d’une forteresse ou la chute d’un mur puissent signer la fin de la monarchie ou du national-communisme nous autorise à dire que le pouvoir le plus féroce contient aussi sa part de fragile subjectivité. Pour revenir à notre sujet, observons que, même lorsque le niveau de conscience est insuffisant on peut assister à des épisodes de révolte massive, certes inabouties, mais qui peuvent tout de même nous éclairer sur la dynamique de masse.

A l’inverse, les épisodes de réaction se caractérisent par le retrait de la scène historique des masses populaires, qui laissent ainsi la place à des fractions politiques. Ces dernières mettent un terme à toute destruction du pouvoir pour, au contraire le reconstruire, le défendre et le conquérir. Le résultat est un mouvement centralisateur, étatique et militariste. Une lecture plus fine de l’histoire montre que ce sont ces mouvements de réaction, et non l’action révolutionnaire, qui produisent la Terreur comme la guerre. Les événements les plus sanglants sont le produit du reflux révolutionnaire (par exemple, la Bataille de l’Ebre, en 1938) et non les causes de son insuccès.

NON-VIOLENCE ET POLITIQUE

La violence révolutionnaire n’est donc autre chose que la quantité d’énergie nécessaire à produire une rupture historique. Mais le discours dominant nous habitue à un concept de violence aussi polyvalent que creux. Ainsi, si l’on en croit les médias, il y aurait des "violences" à l’école tout comme il y a des "violences" en Irak ou en Syrie. Inversement, le terme de violence est absent du discours journalistique et politique relatif au rallye automobile Paris-Dakar, quelque soit le nombre de fillettes écrasées par les camions. Le flou est total et cette confusion conceptuelle, loin d’être due au hasard, découle de la volonté des politiciens de tracer une frontière entre ce que le système permet et ce qu’il ne permet pas. Est dès lors réputée violente toute action qui ne rentre pas dans le moule de la protestation "citoyenne", du syndicalisme intégré, ou des autres formes de contestation politiquement correctes. Globalement, le qualificatif "violent" est essentiellement une étiquette qui permet de stigmatiser l’adversaire. Par ce tour de passe-passe, il n’y a de violence que chez ceux qui contestent le système, tandis que les oppresseurs, qu’ils bombardent une cité, affament la moitié d’un continent, éborgnent en manifestation ou torturent dans les commissariats et les camps, sont toujours les gardiens du droit et de la justice et finalement de véritables non-violents auxquels rien -si ce n’est une regrettable bavure de temps en temps- ne saurait être reproché.

Les révolutionnaires qui se prennent à singer cette rhétorique nous font assister à un étonnant spectacle et donnent l’impression de chercher à s’excuser de vouloir renverser l’ordre établi. Coincés dans leur contradiction -puisque la violence révolutionnaire ne peut trouver sa place dans le cadre juridique de la bourgeoisie- ils finissent par élaborer une espèce de théorie de la légitime défense qui justifierait, quand on en aurait besoin, la fin de la non-violence : "Nous devons nous défendre et la violence peut nous être imposée" (5). Cette banalité, puisée dans les idées reçues, est source de bien des piéges.

La révolution libertaire ne peut triompher que par la participation des masses. C’est cette participation, qui détermine le rapport de force. Plus celui-ci est élevé et plus la violence est limitée. C’est donc quand ce rapport de force est élevé (et non en état de "légitime défense" ou pire, lorsque la violence est imposée par une provocation) que les masses peuvent détruire la légitimité qui permet les conditions de leur exploitation et de leur domination. Ceux qui prônent la non-violence à ce moment là, (quand tout est possible et que la violence peut être très limitée), pour ensuite réfuter la non-violence en période de reflux (par le recours à la "légitime défense"), prouvent deux choses : qu’ils utilisent la non-violence comme concept tactique (et non comme un postulat philosophique qui mériterait d’être discuté autrement) et qu’ils l’utilisent mal. En effet ils sont à rebours de toute la dynamique révolutionnaire, car ils raisonnent en dehors des masses, comme si le mouvement anarchiste devait être coupé d’elles. Certains en arrivent à tant les mépriser, à force de confusion historique et légaliste, qu’ils peuvent tenir des propos, tels que "Les pauvres par eux-mêmes ne peuvent que foutre le bordel" (6), qui constituent la négation même des capacités d’auto-organisation des masses. Ce qui revient à nier la base de la philosophie libertaire.

VIOLENCE ET POUVOIR

A priori, une question est tranchée : On ne saurait penser le pouvoir sans violence. Réciproquement, il faudrait éviter toute forme de violence pour ne pas reproduire les mêmes rapports de domination entre individus. Mais dire cela ne suffit pas à expliquer comment détruire le pouvoir en place. On peut toujours, comme le font certains réformistes et même des radicaux appeler à un non-pouvoir, un contre-pouvoir ou un pouvoir parallèle !! Ce faisant, après avoir reconnu le pouvoir comme violent, ce type de stratégie conduit à se mettre à sa merci et a n’exister que tant que le pouvoir le veut bien. Autrement dit, le fait de réfuter toute forme de violence pour éviter de reproduire le pouvoir est une invitation à subir éternellement la violence de l’État.

Cette façon de tourner en rond provient d’une incapacité à concevoir la société autrement que telle qu’elle existe à ce jour. La question doit donc être posée autrement : Est-ce qu’une société viable, non impuissante, c’est-à-dire capable d’organiser les rapports inter-individuels, ne peut, pour fonctionner, que reproduire éternellement les mêmes rapports de domination ? C’est dans les capacités de l’humain à modifier radicalement les rapports que nous vivons actuellement, à penser d’autres formes de société, dans lesquelles le pouvoir appartienne à l’ensemble de la collectivité, et non à une classe, ne s’impose à personne en permettant à tous de s’impliquer que réside la réponse. Cette capacité collective, l’humanité la possède, comme de nombreux faits le prouvent, que ce soit l’existence fort ancienne de sociétés sans État ou les pratiques contemporaines des collectivités et assemblées (soviets, conseils ouvriers, collectivités espagnoles de 1936..). Les anarchistes doivent, à mon avis, tout mettre en œuvre pour faciliter, dans les moments de rupture historique qui se produiront, ce basculement, sous peine de voir se reconstituer, une fois de plus, l’État (7) [*Alexandre Berkmann écrivait à juste titre : "La tragédie des anarchistes au milieu de la révolution, c’est qu’ils sont incapables de trouver et leur place et leur activité "]. Car c’est effectivement l’incapacité à produire ce basculement, à abolir les divisions sociales qui, laissant le champ libre à la réaction, est la cause de la reproduction du pouvoir ; et pas, comme on voudrait nous le faire croire, la violence révolutionnaire des masses.

O.

A lire sur le sujet : "La grande révolution" de Pierre Kropotkine ; "La société contre l’État" de Pierre Clastres.

Pour approfondir sur anarchisme et non violence : http://anarchismenonviolence2.org/

(1) "A propos de la lutte armée" Jipé (CNT-AIT Pau), C.S. rédaction de Montpellier, n°196.

(2) De la chute des Girondins à celle de Robespierre

(3) "Unité pour un mouve-ment libertaire, brochure, J.M Raynaud (Editions Publico);2002.

(4) Bernard Marie [leader de la tendance catholique intégriste du RN] a des trous de mémoire : le temps des assassins a commencé bien avant. Avec la très catholique Inquisition par exemple...

(5) "A propos de la lutte armée" Jipé (CNT-AIT Pau) C.S., rédaction de Montpellier, n°196.

(6) "Qu’est-ce que le prolétariat ?", Cercle Berneri, A Contre Courant, N°67, Sept 95.

(7) Alexandre Berkmann écrivait à juste titre : "La tragédie des anarchistes au milieu de la révolution, c’est qu’ils sont incapables de trouver et leur place et leur activité "
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