Espagne sous le franquisme 1936-1975

Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede Pïérô » 01 Juin 2017, 16:21

"El quico" Sabate et los "Bandoleros" la guérilla urbaine libertaire en Espagne, 1945 - 1963

"La guerre civile espagnole ne s'acheva pas le 1er avril 1939.

Vainqueurs et vaincus étaient au moins d'accord là-dessus. Seule une propagande idéologique intense qui s'appuyait sur tous les moyens d'expression, en tentant de masquer la réalité, pouvait imposer comme une évidence une paix sociale qui n'existait pas. Quand le régime franquiste placardait les rues d'affiches proclamant "25 années de paix", cela ne faisait pourtant que quelques mois que le dernier des guérilleros ayant entamé la lutte contre le franquisme en 1936, venait de tomber.
À partir de là, il est possible de dire que la guérilla, rurale ou urbaine, depuis 1939, n'a jamais cessé d'exister en Espagne. Pour mémoire, rappelons les luttes des groupes armés de la Confédération nationale dont on a parlé récemment à propos de l'édition d'un livre sur l'affaire Granado-Delgado et les actions du "Grupo Primero de Mayo" dans les années soixante. Ainsi que les combats du MIL et du GARI dans les années soixante-dix.

La guérilla ne fut jamais nommée par les médias de l'époque.
Les hommes qui l'animaient étaient traités de "bandoleros", d'assassins, de braqueurs et bien d'autres qualificatifs masquant la réalité de leurs actions. Qualificatifs inventés par des journalistes faisant partie de l'engrenage franquiste. L'unique information diffusée alors était celle de la capture ou de la mort d'un guérillero, souvent dans des circonstances mystérieuses (tentative d'évasion, résistance, suicide lors de son arrestation...). L'histoire de la guérilla est difficile à reconstituer. La majorité de ses protagonistes sont morts. La plupart des hommes qui participèrent à la lutte armée libertaire furent éliminés physiquement, lors d'affrontements avec la police, ou furent exécutés. Ceux qui parvinrent à survivre échappent encore à la curiosité des historiens. Les deux livres d'Antonio Tellez consacrés à la guérilla urbaine, à Sabaté et Facerias, les personnages les plus importants de cette histoire, sont les seuls récits vivants sur cette époque. Ces livres sont le témoignage d'un homme ayant partagé la vie des guérilleros et qui fut leur ami. À signaler également une nouvelle biographique de Pilar Eyre , qui a le grand mérite d'avoir recueilli des propos de première main, des amis, des survivants, des membres de la famille de Sabaté, mais aussi de ses ennemis.

"Bandoleros", maquis, résistance, guérilleros, ces termes se confondent, ils sont représentatifs d'une partie de l'histoire des luttes radicales contre le pouvoir franquiste. Chronologiquement, il faut distinguer différentes périodes :
1939-1944
Des petits groupes armés, isolés à l'intérieur de la péninsule, dans les "sierras" (en Aragon, en Andalousie, en Catalogne et en Gallice notamment) continuent le combat contre les fascistes.
Septembre 1944
À la fin de la deuxième guerre mondiale, une invasion massive de guérilleros a lieu dans les vallées espagnoles d'Aran et du Roncal. Beaucoup d'entre eux ont fait partie de la résistance en France. L'opération se solde par un échec, les survivants sont obligés de fuir à travers l'Espagne ou rentrent en France, parmi eux de nombreux blessés. De nombreux guérilleros furent capturés.
Printemps 1945
Développement de la résistance intérieure qui se signale dans plusieurs provinces.
1947-1952
Déclin de la résistance dû à la répression intensive et à l'abandon de la lutte armée par d'importants secteurs de l'opposition espagnole, du PCE notamment.
1945-1946
La première information relatant une action à proprement parler anarchiste date du 6 août 1945. Ce jour-là, six individus armés attaquent une succursale du "Banco de Vizcaya" à Barcelone. C'est la première d'une série d'actions attribuées aux anarchistes. C'est durant cette période que plusieurs militants libertaires furent arrêtés. Jaime Parés, surnommé "Abisino" mourut à cette époque, le corps criblé de balles par la police. Il fut l'un des premiers compagnons de Sabaté.
Durant l'année 1946, quand la fin du fascisme et du nazisme en Europe permettait de croire à la fin de son allié le franquisme, les groupes anarchistes réapparurent. Leurs actions avaient une finalité clairement propagandiste, leur objectif était de réorganiser la CNT de l'intérieur, de lui donner des moyens financiers. Durant cette période, plusieurs comités nationaux ou régionaux de la CNT se reconstituèrent pour être dissous au bout de quelques mois. De nombreux membres de ces comités furent emprisonnés et exécutés.
Le groupe ayant à sa tête Marcelino Massana compte en son sein, les frères Francisco dit "el Quico" et José Sabaté, Facerias dit "Face" et Ramon Vila dit "Caraquemada". Ces groupes agissent sous les noms de MLE et sporadiquement des tracts signés avec les sigles FIJL sont diffusés.


Plusieurs livres et films relatent l'histoire des maquis en Espagne.

1947-1950
C'est à partir de mai 1947, que les groupes anarchistes développent leur plus grosse activité. Ils contrôlent les routes à petite distance de Barcelone.
En 1948, la section de défense des "Juventudes Libertarias" est de nouveau réorganisée et l'activisme anarchiste reprend. En avril, juin et août 1948, le groupe de Facerias réalise deux hod-ups et s'empare de plusieurs milliers de pesetas dans une usine à Barcelone.
Pendant ce temps, Ramon Vila "Caraquemada" intervient dans les environs de Barcelone, on lui attribue durant cette période une attaque à main armée et le dépôt d'explosifs dans une usine de carbures et contre la ligne à haute-tension de Figols-Vic.
En 1949, réapparaissent les groupes d'action rurale, l'un d'eux est dirigé par Massana. On leur attribue plusieurs attaques à main armée. À Barcelone, les groupes sont regroupés au sein du MLR . En févier, en juillet, en octobre, plusieurs actions sont menées par ceux-ci contre les chemins de fer catalans, contre des usines, des transporteurs de fonds et une joaillerie.
En 1949, " el Quico " Sabaté agit à Barcelone. En mars, avec son frère José et l'aragonais Wenceslao Gîmenez Orive, ils décident l'élimination du sinistre commissaire Eduardo Quintela, spécialisé dans la répression des anarchistes, ennemi mortel de Sabaté. L'action a lieu le 2 mars, par une erreur imprévisible, le coup échoue. Manuel Pinol et José Tella, délégués aux sports du " Front de la jeunesse ", deux fascistes notoires, sont tués à la place du commissaire.
Le 3 juin 1949, Francisco Denis "Català" mourrait après l'absorption d'une capsule de cyanure, il venait d'être arrêté à Gironela. La plupart des groupes avaient recours à lui pour passer les Pyrénées, "Català" était le passeur des délégués de la CNT en exil.
Cette période coûta au mouvement libertaire la disparition de vingt-neuf de ses membres, onze blessés et cinquante-sept arrestations.
1950-1952
Durant cette période, la guérilla ne connut que des revers. Ils succédaient aux échecs connus à la fin de l'année 1949. Carlos Cuevas et Cecilio Galdos du comité national de la FAI , moururent dans des affrontements. Manuel Sabaté, le plus jeune des frères Sabaté fut fusillé au camp de la Bota.
1952-1955
Des bases de la résistance armée principalement localisées en Catalogne et en Aragon se développent, elles sont composées par des anarchistes qui firent partie initialement de la CNT.
Dans un premier temps, la guérilla présentait un caractère unitaire, cela n'empêchait pas les anarchistes d'agir en elle. La seconde période est nettement libertaire, elle commence quand la lutte armée est abandonnée par la majorité des organisations politiques. En Catalogne, les éléments les plus actifs de ces groupes étaient : Marcelino Massana, José Luis Facerias, José, Manuel et Francisco Sabaté, Ramon Vila. Quelques années auparavant, en Aragon, les animateurs de la guérilla avaient pour nom : Rufino Carrasco et "El Tuerto de Fuencarral" . La plupart de ces hommes avaient combattu, durant la révolution espagnole dans les milices de la CNT-FAI.
1955-1960
C'est durant le printemps 1955 que Francisco Sabaté se décida à agir de nouveau. Après un contact avec la CNT à Toulouse, il fut exclus définitivement de l'organisation confédérale. La CNT était contre l'idée de créer des groupes armées sur le territoire espagnol. Devant ce refus, "el Quico" fonda avec quelques camarades les "Grupos anarco-sindicalistas" dont l'organe était "El Combate".
Le 29 avril, Sabaté est à Barcelone, il rentre en relation avec quelques compagnons et sème dans la ville des milliers d'exemplaires d'" El Combate " à l'occasion du 1er mai.
Le 28 septembre, profitant du séjour de Franco à Barcelone, Sabaté est dans la ville, il loue un vieux taxi à toit ouvrant et explique au chauffeur qu'il va distribuer de la propagande favorable au régime en place. Le tract rédigé en catalan et en castillan contenait ce texte :
Peuple antifasciste. Cela fait déjà quelques années que tu supportes Franco et ses sicaires. Il ne suffit pas de critiquer ce régime corrompu, de misère et de terreur. Les mots sont des mots. L'action est nécessaire. À bas la tvrannie ! Vive l'union du peuple espagnol ! Mouvement libertaire d'Espagne !
En mars 1956, Sabaté établit des contacts avec Facerias, ils forment un nouveau groupe. On leur attribue l'attaque du "Banco central" et la mort d'un inspecteur. Le 22 décembre de cette année, le groupe s'empare de plusieurs milliers de pesetas dans les bureaux de l'entreprise "Cubiertas y tejados". A la suite de cette action, Sabaté revient en France où il restera jusqu'en 1959.
C'est durant cette période que sera tué José Luis Facerias, victime d'une embuscade tendue par la police, dans le quartier barcelonais de Verdún, le 30 août 1957. L'annonce de sa mort, dans les journaux espagnols comporte certaines curiosités :
José Luis Facerias jouissait d'une bien triste célébrité, elle fut le fruit de ses nombreux crimes. Il conjuguait à la fois un extraordinaire habilité et un manque absolu de scrupules, qui le poussèrent des extrémités d'une inimaginable férocité, qu'il prétendait justifier par sa condition de défenseur d'une cause politique dont il était le parfait représentant.
Facerias mourut à l'âge de 37 ans.
La fin de cette épopée aura lieu le 5 janvier 1960 avec la dernière aventure du Quico. Sabaté réussit à constituer un nouveau groupe. Il était formé d'Antonio Miracle Guittard, 29 ans, Rogelio Madrigal Torres, 27 ans et Martin Ruiz Montoya, 20 ans. Sans aucun soutien, ils adoptent le nom de MURLE . Le dernier à s'unir au groupe sera Francisco Conesa Alcaraz, 38 ans. Les cinq décident de se rendre en Espagne pour organiser un noyau de caractère politico-militaire qui doit devenir l'embryon de futures unités armées.
Ils traversent la frontière le 30 décembre. Ce même jour, la garde civile est alertée et se concentre dans la zone de passage. Le 3janvier, le groupe est localisé dans une ferme, au sud de Girona. Encerclé par la garde civile, le groupe n'a plus qu'un choix : l'affrontement. Conesa est tué, Sabaté blessé à la jambe. Au moment où ils tentent de fuir grâce à l'obscurité complice, Miracle, Madrigal et Martin tombent morts. Sabaté, après avoir tué le lieutenant de la garde civile, se dirige vers le triple cercle de gardes qui entourent la ferme, à plat ventre il murmure : Ne tirez pas, je suis le lieutenant, et il réussit à s'enfuir dans la nuit. Sabaté parvient jusqu'à la voie ferrée, près de Fornells. Il monte dans la locomotive d'un train et menace le machiniste et le mécanicien de son arme et leur ordonne de rouler vers Barcelone sans arrêter dans d'autres gares. Arrivés à Empalme, Sabaté prend place dans une locomotive électrique, toujours en compagnie du machiniste et du mécanicien. Pendant ce temps, sa blessure s'aggrave. Avant d'arriver à Sant Celoni, il saute du train et atteint une ferme proche. C'est là qu'il sera repéré par la garde civile. Un garde municipal mis au courant de l'affaire par les gardes civiles se trouve sur les lieux de l'altercation. C'est cet officier qui tuera Sabaté avec le concours d'un sergent de la garde civile. Sabaté était blessé au pied et à la cuisse. Le jour suivant, la presse espagnole écrivait :
Fin d'un bandolero. Il était huit heures et vingt-six minutes. Au croisement des rues Mator et San Tecla à Sant Celoni, étreignant sa mitraillette Thompson, gisait mort le tristement célèbre Francisco Sabaté Llopart.
Sans le savoir, l'informateur officiel fit au Quico un ultime hommage en le traitant de "bandolero". Ce qui veut dire en Espagne "bandit de grand chemin", mais aussi dans un sens large : le champion des opprimés.
Sabaté avait 45 ans. "Caraquemada" restait le seul survivant de cette génération de guérilleros. C'est dans sur ses terres de Berguedà qu'il mena la plupart de ses actions. Ce fut en 1963, à presque trente ans, à Castellnou de Bages, qu'il trouva la mort face à une patrouille de la garde civile. Il tentait à ce moment-là de poser un explosif contre une installation électrique.

La guérilla urbaine et ses objectifs
Les actions menées par les groupes armés étaient d'une témérité sans limites. Les groupes savaient que le fait que toutes les organisations officielles aient abandonné la stratégie armée rendrait difficile leur enracinement dans le peuple, mais ils espéraient pouvoir démontrer à ces organisations leurs erreurs.
Leur activité de diffusion de textes anarcho-syndicalistes resta limitée à la Catalogne. La principale difficulté pour les groupes d'action fut la relation précaire établit avec les groupes de l'intérieur de la péninsule.
Les groupes d'action continuaient la guerre civile, pour eux elle ne s'était jamais arrêtée. La majorité des opposants de l'intérieur, à partir de 1953, considérait que la lutte contre le franquisme devait se développer aux moyens d'une participation la plus ample possible de la population. À noter que ce fut à partir du moment que le Etats-Unis établirent des relations diplomatiques avec l'Espagne que ces positions se firent jour dans l'opposition anti-franquiste.
Le principal ennemi de la lutte armée fut pourtant la garde civile. Le nombre de gardes déplacés pour en finir avec les guérilleros était impressionnant. S'infiltrant dans les milieux exilés, les gardes pouvaient informer du départ des groupes vers l'Espagne. La collaboration de la police française fut également très importante. Si initialement, le gouvernement français laissa les groupes de guérilleros s'organiser sur le territoire français, sans aucun doute en raison de leur participation active à la résistance contre le nazisme, le début de la guerre froide transforma les relations diplomatiques entre la France et l'Espagne. La collaboration entre les polices françaises et espagnoles se développa, l'information concernant le passage des groupes d'action par les Pyrénées était transmise par les policiers français à leurs homologues espagnols. La garde civile, pour lutter plus efficacement contre les guérilleros, créa des corps anti-guérilla. Les corps de la garde civile réalisèrent plusieurs actions qui discréditèrent la guérilla, cela créa dans la population un climat d'insécurité qui provoqua l'isolement des guérilleros anarchistes. Les zones de passage, les sorties de Barcelone furent de plus en plus surveillées, des patrouilles formées de nombreux hommes armés formèrent autour de Barcelone un cercle de répression qui ne permettait plus aux guérilleros de rejoindre leurs bases, le déplacement de matériel, et de recevoir du renfort en hommes. Les guérilleros eurent également des ennemis importants en la personne des volontaires, de la police nationale, des gardes municipaux, des phalangistes et leurs organisations.
Pourtant la guérilla tint la plupart du temps les forces gouvernementales en échec. La précarité de leurs moyens qui les obligeait à pratiquer des expropriations, le fait de ne pouvoir compter sur leur organisation, la CNT de l'exil, pour laquelle ils luttèrent bien avant 1936, les rendirent vulnérables.
De nombreuses actions menées par les groupes d'action resteront probablement méconnues pour toujours, mais ce qui est clair c'est que le régime de terreur imposé par Franco avait un ennemi opposé directement à lui.
Quand la nouvelle de la mort du "Quico" Sabaté parvint à Barcelone, les gens se nièrent à admettre la réalité de cette disparition. "El Quico viendra bientôt démentir ces menteurs" commentaient les travailleurs catalans pensant à un montage de la police. Il est certain que quand Sabaté et Facerias rentrèrent dans la mythologie populaire cela prouva que d'une certaine manière, ils étaient représentatifs de l'opposition d'un grand nombre d'Espagnols à un pouvoir qui voulait soumettre l'ensemble du peuple espagnol. Le bandoleroa toujours été mythifié en Espagne, parce qu'il incarne la lutte du faible et de l'opprimé contre le pouvoir établi. Il est défini par l'imagination populaire comme le voleur de riches et le défenseur des pauvres. Ce fut le cas de Sabaté, celui de Facerias et de leurs compagnons. Ils furent la personnification du bandolero noble qui lutte jusqu'à la mort pour la liberté et contre ceux qui s'opposent à elle.
Nous poursuivons et nous poursuivrons notre lutte par rapport à l'Espagne, en Espagne, nous considérons que l'inertie est la mort de l'esprit révolutionnaire. Nous ferons que la voix de l'anarchisme se fasse entendre dans tous les recoins d'Espagne, de même que la solidarité avec nos frères détenus.
Ce texte daté du 8 décembre 1957 fait partie d'une lettre adressée par les "Grupos anarco-sindicalistas" à la CNT et à la FAI en exil, pour protester contre l'inaction de ces organisations pour sauver les anarchistes emprisonnés en Espagne et pour dénoncer leur absence sur le terrain des luttes dans la péninsule.

Daniel Pinós
Le Monde Libertaire. Février 2004

Le garrot pour deux innocents. L'affaire Granado-Delgado de Carlos Fonseca aux éditions CNT.
Mouvement ibérique de libération et Groupe d'action révolutionnaire internationaliste. Sur ces groupes lire : L'Anarchisme espagnol et l'action révolutionnaire internationale, 1961-1975 , d'Octavio Alberola et Ariane Gransac aux éditions Christian Bourgeois, de Telesforo Tajuelo, aux éditions Ruedo Iberico : " El MIL, Puig Antich y los GARI ".
Bandits de grand chemin.
" Sabaté. La guérilla urbaine en Espagne 1945-1960 ", aux éditions Repères Silena.
" Facerias. La Guerilla urbana ", aux éditions Ruedo Iberico.
" Quico Sabaté, el ultimo guerrillero ", aux éditions Peninsula..
Les animateurs de celles-ci dans presque toutes ces régions sont des libertaires.

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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede Pïérô » 30 Juil 2017, 02:54

20 ans dans les geôles franquistes
Joan Busquets Verges

En souscription aux éditions du Coquelicot

[...] J’ai suivi, enfant et adolescent en exil, les hauts faits de ces
guérilleros mythiques qui donnaient leur vie à cet idéal qui sera
aussi le mien. J’ai vu ma mère pleurer trop souvent lorsque un
tel ou tel autre qui était passé à la maison la semaine dernière
était “tombé”. Je me suis donc attelé à cette tâche avec beaucoup de tendresse et plus de cœur que de tête. Dés le début j’ai compris l’impossibilité qui serait la mienne de rendre l’extraordinaire ambiance de cette période dans ce milieu anarcho-syndicaliste, ambiance si bien décrite par l’auteur, où il suffisait d’arriver en disant que l’on était un compañero pour que la porte s’ouvre, et que la compañera ajoute de l’eau à la soupe (comme disait Kropotkine en exil à Londres).[...] [...] Je ne sais si j’ai réussi à rendre la richesse de ce livre, contrepoint et interpénétration de l’autobiographie d’un homme, d’une période de l’histoire d’Espagne, de l’expression d’une idéologie inébranlable et d’une incroyable galerie de portraits.[...]

Renacer Soler

http://gimenologues.org/spip.php?article734
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede Lila » 24 Oct 2017, 22:27

Les femmes tondues par la répression franquiste à travers la presse républicaine de Malaga

Après Espagne : ces femmes tondues que nous ne devrions pas oublier et La photographie des femmes tondues de Montilla durant la guerre civile, voici un troisième article consacré au même sujet. Son auteur est Manuel Almisas Albéndiz et il a été publié sur le blog d’Arcángel Bedmar en langue espagnole et traduit par mes soins.

à lire : https://florealanar.wordpress.com/2017/ ... de-malaga/
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede bipbip » 16 Jan 2018, 01:46

“Enterrar y callar » (82mn) (Enterrer et se taire ) un film d’Anna Lopez Luna PRODUCTION / DIFFUSION : Anna López Luna

Paris, jeudi 18 janvier 2018
à 19h, Paris’Anim ; Centre Place des Fêtes, 2/4 rue des Lilas

suivi d’un débat avec la réalisatrice
Entrée gratuite

L’association 24 août 1944, avec le soutien de l’ONACVG, présente :

“Enterrar y callar » (82mn) (Enterrer et se taire ) un film d’Anna Lopez Luna PRODUCTION / DIFFUSION : Anna López Luna

Titre d’une gravure de Francisco Goya de Los Desastres de la guerra (1810-1815). Un film qui traite du rapt de nouveau-nés dans des hôpitaux publics espagnols. Les vols ont débuté à la fin de la guerre d’Espagne pour soustraire des enfants à l’influence néfaste des républicaines et les élever dans la “vraie foi”. Il se crée ainsi un vivier dans lequel dignitaires et familles pratiquantes en mal d’enfants vont puiser. Ce trafic commandé par la dictature a perduré bien après la chute de Franco. Des mères racontent leur drame. L’histoire se répète dans toute l’Espagne. Un commerce illégal qui a duré plusieurs générations et a spolié de leurs parents d’innombrables enfants.

… En une vingtaine de portraits, le film déterre une histoire « en donnant la parole » aux victimes. Les récits ne cessent de faire entendre les parents d’un côté et les enfants devenus adultes de l’autre.

http://www.24-aout-1944.org/Enterrar-y- ... rrer-et-se
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede bipbip » 27 Jan 2018, 21:43

La mémoire refusée : Lesa Humanitat, film documentaire d’Hector Faver

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Lesa Humanitat d’Hector Faver est en attente de distribution dans les salles… Pas seulement en programmation de festivals. Il faut le souhaiter pour ce film passionnant
et soulevant de nombreuses questions taboues.

Hector Faver est argentin et vit en Espagne où il a créé une école audiovisuelle de documentaires. Son film a été projeté pour la première fois au Festival Différent 10, L’autre cinéma espagnol.

Lesa Humanitat est un documentaire militant et assumé comme tel, avec la rage et la volonté de dénoncer l’impunité des responsables de crimes franquistes, toujours libres et même au cœur des institutions. Partant du constat de la reconnaissance en Argentine des crimes perpétrés par les militaires argentins, Videla et autres, pourquoi ne dit-on rien des crimes franquistes ? Pourquoi cette impunité et le blocage des enquêtes ? Pourquoi ce silence après la mort de Franco ?

La transition démocratique espagnole est toujours présentée comme un modèle. Or il faut savoir qu’une célébration de la transition démocratique est organisée par quatre personnes, dont une a été le « charcutier » de Vitoria en mars 1976, quand la police a assassiné et littéralement liquidé des travailleurs en grève.
Le vol des bébés pendant le franquisme a été qualifié de problème économique, et justifié comme tel avec l’appui de l’Église. C’était en fait un système. Le vol et la vente de bébés étaient lucratifs. 30 000 vols de bébés ont ainsi été recensés jusqu’en 1952. Après cette date, le commerce s’est poursuivi sans recensement, avec l’aval de l’État, puisque cela s’est passé dans les institutions publiques.

Le film d’Hector Faver est une véritable enquête et rapporte les témoignages de personnes, d’associations, et s’élève contre l’argument opposé comme quoi les crimes franquistes feraient partie du passé. Il ne s’agit pas du « passé », rétorque le réalisateur, puisque les mères des enfants volé.es continuent de réclamer justice et que le déni se poursuit concernant les fosses communes.

Le terrorisme d’État, mis en place sous Franco, doit être analysé ainsi que les crimes commis pendant quarante ans de franquisme, au même titre que les crimes contre l’humanité, perpétrés par les fascistes, les nazis ou les bourreaux du régime de Pol Poth. On parle des camps de concentration, celui d’Auschwitz Birkenau est un lieu de mémoire, mais on ne parle pas des camps en Espagne : pourtant 200 camps de concentration ont été mis en place, où s’entassaient des milliers d’opposants et d’activistes, le dernier camp a été fermé en 1947.

La « transition démocratique » repose sur l’impunité des franquistes et de leurs crimes contre la population pendant 40 ans. Il n’y a eu aucune remise en question de ceux qui ont du sang sur les mains. Il fallait à tout prix dissimuler les crimes franquistes, jusqu’à la mascarade de la bénédiction par le pape de la vallée de los Caidos où est enterré Franco, mais aussi des combattants nationalistes de 1936-39, quelque 50 000, dont également des républicains ensevelis avec leurs bourreaux.

S’il faut tourner la page du passé, alors pour cela, il faut la lire.

http://divergences2.divergences.be/spip.php?article1512
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede bipbip » 17 Fév 2018, 23:10

Fosses communes, disparitions forcées, affaire « Renée Lafont »...

Fosses communes, disparitions forcées, affaire « Renée Lafont »... : l’Espagne hors la loi. Une exception macabre, selon Amnesty International

Selon les estimations actuelles, études, recherches, il reste en Espagne, dans 2052 fosses communes recensées, entre 115 000 et 150 000 suppliciés, victimes du franquisme, dont les squelettes s’entassent dans ces fosses communes, près ou dans les cimetières. Les phalangistes fusillaient le plus souvent contre les murs des cimetières.

Selon l’historien Julian Casanova, plus d’un million de personnes furent victimes de la répression (globalement de classe). De nombreuses villes possèdent des fosses communes de plusieurs milliers de corps : deux mille dans chaque cimetière de Cordoue. N’importe quelle province du sud-ouest de l’Espagne, compte plus de « disparus » que le Chili. Le franquisme ne fut pas un simple « golpe » suivi d’une dictature « comme les autres », mais l’application programmée, méthodique, systématique, d’un plan d’extermination de l’Espagne « Républicaine », incarnation du mal absolu. Des historiens de premier plan, comme Paul Preston, parlent même de « génocide ». Dans la zone cordouane, dans « la Campiña », la répression franquiste fut féroce et la violence structurelle. Tous les moyens furent utilisés pour « nettoyer », pour faire « disparaître »... L’historien Francisco Moreno Gómez y a consacré trente ans de recherches et d’écriture. On comprend donc pourquoi la journaliste française Renée Lafont gît dans une fosse commune de 2000 fusillés, oubliée de tous, alors que des bourreaux se promènent dans les rues et se pavanent aux terrasses des bistrots en toute impunité. Un « Etat de droit » est incompatible avec l’impunité. Pourquoi donc s’étonner si « la fondation Franco », financée par les deniers publics, cultive encore en toute « légalité », grâce à la loi d’amnistie de 1977 « el ideario » (la pensée) du dictateur. Elle échappe à l’illégalisation qu’elle mériterait.

Hier, le conseil municipal de Cordoue (majorité PSOE- Izquierda Unida ; et les voix de « Ganemos » (« Podemos »), en session plénière, a décidé de débaptiser 15 noms de rue qui renvoient au franquisme. Le PP et Ciudadanos s’y sont globalement opposés, dans un climat de grande tension, affichant sans vergogne, comme les autorités nationales (la « bande à Rajoy »), un mépris insupportable par rapport aux victimes et à leurs descendants, nombreux, présents dans la salle... C’est qu’il s’avère impossible d’honorer les morts sans dénoncer leurs assassins.

En soulevant « l’affaire Renée » nous mettons face à leurs responsabilités les autorités françaises et espagnoles. La législation internationale en matière de « crimes contre l’humanité » est contraignante. L’Etat espagnol ne l’applique pas. Depuis plus de 10 ans, plusieurs rapports de l’ONU (3 en 2009) ont accusé l’Espagne de prétexter de la loi d’amnistie pour ne pas enquêter sur les crimes contre l’humanité et ne pas entendre les victimes. Le droit international exclut de la possibilité d’amnistie les délits d’arrestations illégales et de disparitions forcées. Aucune structure n’a été mise en place à l’échelon national, notamment pour récupérer les corps. L’Espagne n’applique pas non plus les recommandations de la Convention européenne pour la défense des droits de l’homme, ni la loi de mémoire de 2007, ratifiée par IU-ICV, le PSOE, pourtant bien timorée et minimaliste. Une loi, considérée le 27 septembre 2008 par le Cardinal ultra-conservateur Rouco, archevêque de Madrid et président de la Conférence épiscopale, comme « non nécessaire ».

L’ouverture des fosses met en cause la « transition » que l’on nous a présentée comme « modélique », et dont toute l’architecture est aujourd’hui ébranlée, notamment par la crise catalane. L’ouverture des fosses gêne tous ceux qui voudraient « tourner la page sans l’avoir lue », tous ceux qui redoutent que demain l’Espagne redevienne républicaine, multiple, plurielle, sociale, une « Espagne de toutes les Espagne ».helon national, notamment pour récupérer les corps. L’Espagne n’applique pas non plus les recommandations de la Convention européenne pour la défense des droits de l’homme, ni la loi de mémoire de 2007, ratifiée par IU-ICV, le PSOE, pourtant bien timorée et minimaliste. Une loi, considérée le 27 septembre 2008 par le Cardinal ultra-conservateur Rouco, archevêque de Madrid et président de la Conférence épiscopale, comme « non nécessaire ».

L’ouverture des fosses met en cause la « transition » que l’on nous a présentée comme « modélique », et dont toute l’architecture est aujourd’hui ébranlée, notamment par la crise catalane. L’ouverture des fosses gêne tous ceux qui voudraient « tourner la page sans l’avoir lue », tous ceux qui redoutent que demain l’Espagne redevienne républicaine, multiple, plurielle, sociale, une « Espagne de toutes les Espagne ».


https://www.humanite.fr/blogs/fosses-co ... -exception
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede Pïérô » 18 Fév 2018, 17:08

Les bebes voles du franquisme

Entre 1939 et la fin des années 1980 en Espagne, quelque trois cent mille bébés ont été volés à leurs parents, pour être adoptés illégalement.

Quand Clara a accouché à 14 ans, la maternité lui a annoncé la mort de son fils.
Un quart de siècle plus tard, elle découvre, en état de choc, que son bébé a en réalité survécu et qu'il s'agit d'une fille, adoptée en toute illégalité.

Alicia, elle, a appris à la mort de son père qu'elle avait été arrachée à sa mère biologique pour être confiée à ses parents adoptifs en mal d'enfants.

Mis en place sous Franco avec la bénédiction de l'Opus Dei, ce trafic avait à l'origine pour objectif de priver les parents réputés communistes de leur progéniture, pour éviter qu'ils ne lui transmettent leurs idées de gauche.

Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede bipbip » 24 Fév 2018, 19:37

Franco et les Juifs

Le texte ci-dessous est paru sur le blog d’Arcángel Bedmar et traite d’un sujet très peu abordé quand il est question de l’histoire de la guerre civile espagnole. Arcángel Bedmar est historien, diplômé de l’université de Grenade et professeur d’histoire à l’institut Juan de Aréjula de Lucena (province de Cordoue). Il est l’auteur de plusieurs livres consacrés notamment à la guerre civile et à la répression franquiste dans plusieurs localités de la province de Cordoue dont il est originaire.

... https://florealanar.wordpress.com/2018/ ... les-juifs/
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede bipbip » 28 Juin 2018, 23:42

Procès historique en Espagne, le premier des "bébés volés" sous Franco
Ce trafic aurait touché des milliers de familles sous la dictature de Franco. Les enfants étaient déclarés mort-nés puis confiés à des familles d'adoption à l'insu de leurs parents.
Un médecin octogénaire va être le premier en Espagne à s'asseoir sur le banc des accusés mardi à Madrid pour une affaire de "bébés volés", un trafic qui aurait touché des milliers de familles sous la dictature de Franco. Les enfants étaient déclarés mort-nés puis confiés à des familles d'adoption à l'insu de leurs parents.
Eduardo Vela, 85 ans, obstétricien à la clinique San Ramon de Madrid, a "offert" une enfant à Inés Pérez en juin 1969 et l'a inscrite comme sa fille biologique sur l'acte de naissance, selon l'ordonnance de renvoi devant un tribunal consultée par l'AFP.
C'est cette fille, Inés Madrigal, aujourd'hui âgée de 49 ans, qui est parvenue à le traîner en justice, après des années de procédure. Elle a raconté à l'AFP avoir appris à 18 ans, lors d'une conversation avec sa mère, qu'elle était adoptée.
... https://www.nouvelobs.com/monde/2018062 ... ranco.html

Espagne. Inés Madrigal, porte-voix des bébés volés
Des dizaines de milliers d’enfants ont été soustraits à leurs parents à leur naissance, durant la dictature franquiste. Un premier procès s’est ouvert hier à Madrid.
Inés Madrigal retrouvera-t-elle un jour ses origines ? Connaîtra-t-elle l’identité de sa famille biologique ? Cette employée des chemins de fer, née en juin 1969 dans la clinique San Ramon de Madrid, l’ignore encore. « Cela dépend d’un test ADN avec une famille, a-t-elle témoigné lundi sur la chaîne de télévision La Sexta. Si ce sont eux, cela voudrait dire que j’étais la septième fille, et qu’il y a bien eu un vol. » Cela dépend aussi d’un homme : l’ex-­obstétricien Eduardo Vela. C’est lui qui pourrait avoir participé à l’accouchement de la mère biologique d’Inés Madrigal, en juin 1969, avant de confier celle-ci à sa mère adoptive. Lui sait. Mais ne dit mot. En 2011, interrogé sur ses pratiques par la BBC, il brandissait un crucifix : « J’ai toujours agi en son nom. Toujours pour le bien de l’enfant et pour protéger les mères. » Son procès s’est ouvert à Madrid hier. Interrogé par le juge sur le cas d’Inés Madrigal, le docteur, qui a maintenant 85 ans, s’est contenté hier de répondre : « Je ne sais pas. Je ne me souviens plus. »
2 000 victimes ont porté plainte
Eduardo Vela est à la barre des accusés du premier procès des bébés volés sous la dictature franquiste. Dans les années 1940, leurs parents étaient républicains. Il fallait, selon les termes utilisés par le général franquiste et médecin formé en Allemagne nazie Nicolas Vallejo Najera, « extirper le gène marxiste », pour éliminer « les facteurs environnementaux qui conduisent à une dégénérescence ». Une ordonnance du 30 mars 1940 rend même cet enlèvement d’enfant légal. Ensuite, le régime national-clérical s’est emparé de bébés issus de relations hors mariage, de familles nombreuses ou tout simplement sans le sou. Depuis que l’affaire a été révélée, en 1982, 2 000 enfants volés ou leurs parents biologiques ont déposé plainte. Pour l’heure sans succès, les faits étant trop souvent prescrits.
... https://www.humanite.fr/espagne-ines-ma ... les-657438
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede bipbip » 05 Juil 2018, 20:16

L'Eglise catholique, tyrannique et mafieuse, derrière le scandale des bébés volés de Franco

Sous Franco démarrait en Espagne un vaste scandale de vols d'enfants, confisqués à leurs parents à la naissance parce qu'ils étaient républicains, mères célibataires ou couples adultères. La pratique mafieuse a perduré après la mort du dictateur à la faveur d'un lien étroit avec l'Eglise catholique.

Avec le procès dit des “bébés volés” qui s’est ouvert cette semaine en Espagne, c’est tout un pan de l’histoire collective dans la péninsule ibérique qui se révèle peu à peu. Un pan longtemps passé sous silence : le dévoilement de cette affaire remonte au milieu des années 2000, lorsqu’on a découvert que des milliers de nourrissons avaient été enlevés à leurs parents sous Franco. Des parents qui avaient souvent en commun d'avoir appartenu au camp républicain, et parfois combattu le franquisme. Mais qui parfois virent leur enfant disparaître à la naissance sans explication, parce que quelqu'un avait estimé qu'ils dérogeaient aux standards du catholicisme le plus corseté.

Parce qu’ils étaient nés de parents “rouges”, d’une mère célibataire ou encore d’un couple adultère, ils sont ainsi plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers à avoir été dérobés à leurs parents à la faveur de pratiques mafieuses dont on a découvert avec stupéfaction en 2005 qu’elles avaient perduré, au beau milieu de l’Europe, jusque dans les années 80. Des pratiques concertées, qui n'avaient rien à voir avec des passages à l'acte isolés. Il s'agit bien d'un système, expliquent Gabriel Gatti et Sandrine Revet, respectivement sociologue et anthropologue, pour éclairer la spécificité de l'affaire espagnole :

Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut, que de telles pratiques sont évoquées, voire dénoncées. En revanche, pour la première fois, l’idée est clairement formulée que tous ceux qui croyaient jusque-là être des "cas isolés" font en réalité partie d’une même histoire. Un récit commence alors à se mettre en place : de la fin de la guerre civile, en 1939, au début des années 1990, soit de l’après-guerre à l’après-Franco, de façon plus ou moins systématique, on a volé des bébés. L’État, le réseau de la santé publique et, d’une manière plus large, les institutions qui se chargeaient en Espagne de l’administration de la vie et de la mort, ont participé à ces pratiques.

... https://www.franceculture.fr/histoire/d ... -tyranique
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede bipbip » 09 Juil 2018, 21:38

Etat espagnol. Les esclaves du franquisme

Cette histoire débute par une fuite. Des militants de la CNT [Confédération nationale du travail, le plus grand syndicat espagnol avant la guerre civile, anarcho-syndicaliste] ont brûlé jusqu’aux fondations l’Instituto Católico de Artes y Oficios de Madrid. Le directeur de l’Institut, le jésuite José Agustín Pérez del Pulgar, a décidé de partir pour la Belgique. L’attaque contre cet édifice n’était en rien un hasard. Pérez del Pulgar est un militant actif de la droite la plus réactionnaire; il met à profit sa fonction pour diffuser de la propagande, il est convaincu de la nécessité de freiner l’expansion des idées marxistes parmi les jeunes. Quelques mois après avoir quitté le pays, la guerre civile éclate. Il décide de rentrer, se placer au service du soulèvement, participer à la croisade qui sauvera l’Espagne.

Pérez del Pulgar passe les mois suivants au nord de la péninsule. Il sait bien que sa place n’est pas au front, mais à l’arrière-garde le travail ne manque pas pour des hommes tels que lui. Il ne perd pas son temps. Il se met en relation avec Máximo Cuervo Radigales [1893-1982], un général très proche des sommets ecclésiastiques en raison de son activité à la direction du CEU [Centro de Estudios Universitarios, fondé en 1933 par l’Association catholique de propagandistes]. Cuervo Radigales est sur le point de devenir l’un des personnages les plus dangereux et obscurs du régime franquiste, il a toutefois besoin de l’aide du jésuite. Les deux vont commencer à construire l’appareil idéologique qui soutiendra le système pénitentiaire de la dictature.

La récompense est immédiate. En 1938, Cuervo Radigales est nommé Directeur général des prisons; il réorganise les prisons sous contrôle franquiste. Avec l’aide de Pérez del Pulgar, il crée un système de travail forcé pour les prisonniers qui sera maintenu pendant toute la durée de la dictature. Celui-ci est placé sous le contrôle d’un nouvel organisme, le Patronato de Redención de Penas por trabajo [Fondation/patronage de rédemption des peines par le travail]. Cuervo Radigales place le jésuite à la tête du Patronato, ce dernier est placé sous sa responsabilité directe. L’une des machines répressives parmi les plus cruelles du régime vient de naître. Ce Patronato ne sera, toutefois, pas le seul organisme qui fera appel à du travail esclave. Il faut en effet ajouter au système pénitentiaire le système de camps de concentration créé dans l’ensemble de la péninsule au sein desquels ont également été constitués des bataillons de travail. Leurs prisonniers ne devaient pas même accomplir des peines, car ils n’avaient pas été jugés. Ils dépendaient directement de l’Inspección de Campos de Concentración de Prisioneros (ICCP) puis de la Jefatura de Campos de Concentración y Batallones Disciplinarios.

Bien que le travail forcé des prisonniers fût chose courante depuis le coup d’Etat [en juillet 1936], la construction du Valle de los Caídos [Vallée des tombés, basilique creusée dans la roche située à quelques kilomètres de Madrid et où sont enterrés le fondateur de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera, et Franco] sera l’un des premiers chantiers à faire massivement usage de main-d’œuvre esclave. Franco voulait un grand mausolée, un monument digne de la croisade qu’il venait de terminer. Il attendit peu avant de lancer les travaux. Le 1er avril 1940, date du premier anniversaire de la victoire, il publie un décret ordonnant le début des travaux. Le document ne laisse aucun doute quant au but poursuivi: Franco souhaitait rendre hommage à ceux qui étaient tombés en se battant à ses côtés. «Destination éternelle de pèlerinage, où le grandiose de la nature offre un cadre digne au terrain dans lequel reposent les héros et martyres de la Croisade.»

C’est là que Pérez del Pulgar revient dans notre histoire. Dans un pamphlet publié fin 1939, sous le titre La solution de l’Espagne au problème des prisonniers politiques, le jésuite jettent les bases de ce qui sera sa tâche à la tête du Patronato de Redención de Penas por Trabajo: «il est bien juste que les prisonniers contribuent par leur travail à la réparation des dommages auxquels ils ont contribué en collaborant avec la rébellion marxiste.» Del Pulgar va faire en sorte qu’ils paient.

Le fonctionnement du Patronato était simple: les entreprises et les entités publiques sollicitaient des prisonniers comme travailleurs et les responsables décidaient du nombre qui leur serait attribué ainsi que la prison où ils seraient sélectionnés. Les Archives générales de l’administration conservent les registres élaborés par le Patronato entre 1940 et 1960. Ceux-ci détaillent les prisonniers attribués, le lieu de destination et le travail qu’ils devront réaliser. Ces données n’ont toutefois pas pu être consultées de manière systématique, raison pour laquelle les chercheurs qui travaillent sur ce thème ont dû recourir aux Memorias de la Dirección General de Prisiones. Les recherches indiquent qu’il y avait des entreprises de tout type, y compris des petits commerces et des particuliers qui sollicitaient une domestique. Alors qu’ils travaillaient, ils étaient enfermés dans des colonies pénitentiaires, en détachement pénal, ou même dans des prisons. Pour avoir une image générale du système d’enfermement, il faudrait ajouter à ces colonies pénitentiaires les camps de concentration dont la fonction était d’interner et de classer les prisonniers de guerre.

Les chiffres et l’étendue de cette pratique à tous les secteurs de l’économie montrent que le système de travail esclave n’avait rien de provisoire, mais qu’il s’agissait bien d’un pilier central de l’économie franquiste. D’après les historiens qui ont traité de cette question, le nombre le plus élevé de prisonniers a été destiné aux infrastructures et travaux publics: construction de chemins de fer, routes, canaux, prisons et mines. Un exemple est celui de la construction de la prison de Carabanchel, à Madrid, où l’on sait qu’en 1946 956 prisonniers travaillaient, bien que l’on ne possède pas de données sur d’autres années.

Dans son ouvrage intitulé El Valle de los Caídos: Una memoria de España, l’une des recherches les plus détaillées sur la construction du monument, l’historien Fernando Olmeda ne s’aventure pas à donner des chiffres sur le nombre de prisonniers qui ont œuvré au Valle en raison des difficultés à trouver ces données. D’après les Memorias de la Dirección General de Prisiones, il y aurait eu environ 500 prisonniers par année entre 1943 et 1950, bien qu’il n’y ait aucun chiffre pour certaines années.

Les travaux furent confiés à trois entreprises de la construction – Banús, Molán et San Román – dont les dirigeants eux-mêmes faisaient le tour des prisons pour sélectionner les détenus. Teodoro García Cañas, prisonnier à Ocaña, rappelle dans le libre Esclavos por la patria comment Juan Banús examinait personnellement les dents et les muscles des prisonniers pour choisir ceux qui seraient les plus à même à tenir le coup. Nombreux sont ceux qui ne le firent pas. Aux morts causés par les mauvaises conditions de travail et par l’épuisement, il faut ajouter ceux qui moururent de silicose à la suite du travail dans les cryptes.

Pérez del Pulgar observait la progression du Valle de los Caídos et souriait. Les prisonniers se rachetaient non seulement vis-à-vis de la patrie, mais aussi face à Dieu. En échange de leur travail, le Patronato avait établi un système de réduction des condamnations et un salaire dont l’objectif était de montrer qu’il était possible de revenir sur le droit chemin et d’obtenir le pardon. Ce qui est sûr, c’est que ces mesures furent peu mises en place. Le système pénitentiaire de Cuervo Radigales était fondé sur l’arbitraire et la torture systématique des détenus, qui souffraient de mesures telles que la politique de dispersion permanente baptisée de «tourisme pénitentiaire» par Radigales. Pour ce qui est du salaire, il était fixé à 2 pesetas par jour, desquels l’Etat déduisait 1,5 pour les frais d’entretien.

La plus grande fosse commune de la péninsule

... http://alencontre.org/europe/espagne/et ... uisme.html
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Re: Espagne sous le franquisme 1936-1975

Messagede bipbip » 15 Juil 2018, 22:42

L’Espagne sur le sinueux chemin de la défrancoïsation

L’exécutif socialiste veut déloger les restes du dictateur du Valle de los Caidos, et faire de ce sinistre lieu construit à la gloire de son régime un lieu de mémoire.

Les frères Lapeña ont grandi dans la région de l’Aragon, plus exactement dans la commune de Villarroya de la Sierra. Manuel était vétérinaire de profession. Il était également connu pour avoir fondé la CNT, organisation anarcho-syndicaliste très puissante lors de la victoire du Front populaire espagnol en 1936. Son frère Ramiro est forgeron. Lorsqu’en juillet de cette même année, la guerre éclate, après le soulèvement des nationalistes conduit par Francisco Franco Bahamonde pour renverser la Seconde République, Manuel est assassiné par les fascistes de la Phalange. Ramiro s’enfuit pour échapper à ce sort. Les factieux jurent qu’ils ne lui feront rien. À son retour, il sera fusillé. Villarroya de la Sierra, comme le reste du pays, sombre alors dans une longue nuit de terreur qui ne s’achèvera qu’avec la mort du Caudillo, en 1975. Et encore…
Réparer l’injure faite aux victimes

Le retour de la démocratie – fruit d’une transition cimentée sur un pacte d’amnésie des crimes et d’amnistie de leurs auteurs – a laissé béantes les cicatrices du régime. Les descendants de Manuel ont cherché la dépouille de leur père. Et obtenu enfin gain de cause devant la justice. Ses restes sont en train d’être exhumés du Valle de los Caidos (« la vallée de ceux qui sont tombés »), le monument par excellence de la dictature franquiste construit en 1940, pierre après pierre, sur ordre du Caudillo, par des milliers de prisonniers politiques réduits en esclavage. Car, comble de l’ignominie pour la famille Lapeña, leur parent reposait non loin des sépultures des dictateurs Franco et José Antonio Primo de Rivera, le fondateur de la Phalange, ainsi qu’aux côtés de 33 847 Espagnols, « martyrs et héros », victimes de la répression franquiste, à l’instar de Manuel.

Une injure pour les Lapeña et nombre d’enfants des victimes de la tyrannie que de savoir leurs aïeux reposant auprès de leurs bourreaux. Mais le vent commence enfin à tourner. Le nouveau gouvernement socialiste présidé par Pedro Sanchez a annoncé que les restes de Franco et Rivera seront exhumés du mausolée et transférés vers un cimetière avant la fin du mois de juillet. Quant au vestige glorifiant le coup d’État du 18 juillet, il serait transformé en un lieu de mémoire. En 2011 déjà, une commission composée d’historiens, d’anthropologues, de juristes avait recommandé de délocaliser la dépouille du despote. Mais, à l’image des énormes lacunes de la loi dite de mémoire historique promue quatre ans plus tôt par l’exécutif socialiste de l’époque, ces « sages » avaient préconisé de transformer le Valle de los Caidos en un « lieu de mémoires partagées », ­mettant, une fois de plus, sur un pied d’égalité tortionnaires et suppliciés, républicains et fascistes au nom de la « réconciliation ». Une phraséologie chère au despote. Pourtant, le lieu est « l’exemple le plus extrême d’exploitation des prisonniers républicains », soutient l’historien anglais Paul Preston. « Vingt mille personnes travaillent (et plusieurs sont tuées et grièvement blessées) à l’édification de ce mausolée du Caudillo, monument à sa victoire qui devait, selon lui, “avoir la grandeur des monuments d’autrefois, qui défient le temps et l’oubli”. L’emploi des prisonniers comme travailleurs-esclaves est une façon de leur faire payer le coût de leur propre incarcération et de la reconstruction de l’Espagne ravagée par la guerre », explique-t-il (1).

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