Décalogue pour un langage non sexiste

Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede bipbip » 23 Déc 2017, 20:41

Que l’Académie tienne sa langue, pas la nôtre

Depuis que les éditions Hatier ont publié un manuel qui applique en partie l’écriture inclusive1, le débat fait rage. Une simple mesure d’égalité, qui applique les recommandations du Guide pratique pour une communication publique sans stéréotypes de sexes mis en ligne par le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes ? Un « péril mortel » pour la langue, comme l’a proclamé l’Académie française — qui ne compte pourtant pas de linguiste dans ses rangs ? Ou, plus simplement, un débat sans importance ? C’est pour tenter de clarifier certains termes du débat, pour dénoncer l’incompétence et l’anachronisme de l’Académie, que plus de 70 linguistes francophones ont décidé de riposter, par la présente tribune, en exprimant un souhait commun : que la langue française devienne un objet de réflexion collective.

... https://www.revue-ballast.fr/lacademie-tienne-langue/
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede bipbip » 26 Déc 2017, 17:33

Écriture inclusive : Avoir bon genre à l’écrit

Féminiser sans jargonner, c’est possible. Depuis vingt-cinq ans, le mensuel Alternative libertaire expérimente et fait évoluer ses pratiques.

La publication en septembre, par Hatier, d’un manuel scolaire féminisé, a fait surgir un débat public sur l’écriture inclusive. Souvent pour la dénigrer (Le Point, Valeurs actuelles, Le Figaro…), parfois pour l’interroger (Libération, L’Obs, Le Monde, Le Parisien…). L’équipe du mensuel Alternative libertaire, qui pratique assidûment la chose, a son opinion sur la question.

Si la féminisation des textes ne peut constituer l’alpha et l’oméga d’une politique antisexiste, elle nous intéresse en ce qu’elle rééquilibre une langue française qui, traditionnellement, donne la primauté au masculin.

Depuis des décennies, plusieurs méthodes de féminisation coexistent. La plus connue consiste à additionner à chaque mot, des « e », des « ice » et des « euse » entre traits d’union, entre parenthèses, ou entre points, voire entre points médians. C’est le choix opéré par Hatier, qui écrit par exemple   : «  Grâce aux agriculteur.rice.s, aux artisan.e.s et aux commerçant.e.s, la Gaule était un pays riche. »

Le mensuel Alternative libertaire féminisait de la sorte dans les années 1990-2000, avant d’adopter la féminisation par périphrase et/ou répétition, une méthode inspirée par l’Office québécois de la langue française, pionnier en la matière.

Pourquoi cette évolution  ? En raison d’un double constat. Primo, la méthode de l’addition ne concerne que la culture de l’écrit ; elle est donc passablement élitiste, et même un poil hypocrite puisque non reproductible à l’oral. Secundo, elle peut être perçue comme un métalangage militant, donc excluant pour un lectorat non initié.

Le mensuel Alternative libertaire, qui aspire à une écriture à la fois inclusive et attrayante, a donc échafaudé sa propre méthode, hybride  : emploi de la périphrase et/ou répétition  ; ajout d’un e précédé d’un unique point lorsque la différence masculin-féminin n’est pas audible  ; possibilité d’accord de l’adjectif avec le mot le plus proche.

Jongler avec les possibilités pour éviter les ambiguïtés

Ainsi on n’écrira pas «  Les travailleur-euse-s turc-que-s, grec-que-s et arménien-ne-s sont décidé-e-s à faire front  » mais, par exemple, «  Les travailleurs et les travailleuses turques, grecques et arméniennes sont décidées à faire front » (répétition et accord de l’adjectif avec le mot le plus proche). On n’écrira pas non plus «  Rendu-e-s inactif-ive-s par la médiation des représentant-e-s gouvernementaux-ales, les ouvrier-e-s, et les employé-e-s tournaient en rond  », mais plutôt «  Condamnés à l’inaction par la médiation gouvernementale, les ouvriers, les ouvrières et les employé.es tournaient en rond  » (périphrase, répétition et ajout de point).

Pour conclure  : la logique qui nous guide est non pas d’appliquer aveuglément une règle intangible, mais de jongler avec les possibilités pour éviter les ambiguïtés, les lourdeurs ou le galimatias. On n’est pas des robot.es  !

Commission journal d’AL

• Pour en savoir plus, consulter le Guide de féminisation du mensuel Alternative libertaire sur Alternativelibertaire.org


http://www.alternativelibertaire.org/?E ... -a-l-ecrit
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede Lila » 26 Déc 2017, 23:18

Démasculinise ta langue

Emission radio

Où l’on parle de solutions concrètes pour démasculiniser la langue française : il s’agit de re-visibiliser les femmes mais aussi d’enrichir la langue pour faire sortir de l’invisible toutes les personnes. C’est la nécessité de pouvoir se nommer en tant que personne intersexe, trans, femme ou homme, personne non-binaire ...

Ressources :

Manuels d’écriture inclusive :
- Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe - sur haut-conseil-egalite.gouv.fr
- Manuel d’écriture inclusive - sur motsclefs.net

Outils pratiques :
- sur le point median ou point milieu voir wikipedia notamment pour les raccourcis claviers
- sur les accords suivant majorité ou proximité voir elianeviennot.fr
- Femmes, j’écris ton nom, guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions - téléchargeable en ligne sur ladocumentationfrançaise.fr

Pour dé-binariser la langue :
- La binarité, c’est pas mon genre, par Antonin Le Mée, TEDxRennes - sur youtube
- Le genre et l’identité : les pronoms - par Castratrolily sur youtube
- Le genre neutre en français : pronoms à l’écrit et à l’oral - sur entousgenresblog.wordpress.com
- Petit dico de français neutre inclusif sur uniqueensongenreblog.eklablog.fr

Les petits bonus :
- Le zizi des mots -T1 et 2- album jeunesse, par Elisabeth Brami et Fred L. aux ed. Talents Hauts
- Sphinx - Roman de Anne François Garreta aux èd. Grasset

Musiques :{{}}
- Safyr Sfer - Le bec et la Plume
- Lisa Leblanc - Aujourd’hui ma vie c’est de la merde
- Radiorageuses - Paroles, reprise et ré-écriture
- Miss Kittin - 3e sexe, reprises

http://radiorageuses.net/spip.php?article823
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede Lila » 02 Jan 2018, 01:16

Un petit fascicule publié par Mots-cles à télécharger : Manuel d’écriture inclusive

Découvrez ce qu’est l’écriture inclusive et comment elle peut vous aider à faire progresser l’égalité

Définition écriture inclusive : ensemble d'attentions graphiques et syntaxiques permettant d'assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes.

AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE VERBE

Nous croyons que pour faire véritablement changer les mentalités, il faut agir sur ce par quoi elles se construisent : le langage. C'est donc par un travail sur les mots que nous avons décidé, à notre tour, d'agir en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes. Notre approche : l'écriture inclusive.

Mots-Clés a édité un manuel d'écriture inclusive,disponible en téléchargement libre ; s'appuyant sur de nombreux travaux précédents et en particulier sur ceux du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, ce manuel a été l'occasion de formaliser trois conventions simples et de proposer l'introduction dans la langue française d'un nouveau signe de ponctuation : le point milieu.

L'agence a développé une offre complète d'accompagnement vers l'écriture inclusive : ateliers d'initiation à l'écriture inclusive, rédaction ou reprise de contenus éditoriaux en écriture inclusive (rapports d'entreprise, site Internet, newsletter), rédaction de lexiques dédiés ou édition de manuels d'écriture inclusive adaptés à votre entreprise.

Télécharger : http://www.motscles.net/s/Manuel-decrit ... e-yal5.pdf

http://www.motscles.net/ecriture-inclusive/
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede Pïérô » 16 Jan 2018, 18:57

Les Détricoteuses. Les académicien.nes n'aiment pas trop les nénufars

La publication d'un manuel de primaire en écriture inclusive a mis le feu au poudre. Selon les immortel.le.s, il y a « péril mortel » pour notre langue. Le français : une citadelle menacée à en croire certain.es, qui s'effarouchent dès que l'on touche à l'orthographe. Les crispations linguistiques sont légions et les Détricoteuses en font l'histoire.

L'histoire d'une langue vivante, changeante, qui a été construite comme instrument de domination masculine, sociale, nationale, impériale sur d'autres idiomes, dialectes et langues régionales minoritaires. Une histoire faite de coups de force mais aussi de résistances et, n'en déplaise à beaucoup, de merveilleux métissages qui n'ont aucune raison de cesser.

Avec Marina Roussillon, maîtresse de conférences en littérature française à l'Université d'Artois.

Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede bipbip » 17 Fév 2018, 17:21

L’écriture inclusive

4-pages de la fédération SUD éducation

L’écriture inclusive c’est...un moyen de remettre en cause la domination patriarcale qui se manifeste jusque dans le langage.

L’écriture inclusive c’est...une écriture qui n’invisibilise personne et permet de prendre en compte véritablement tout le monde, y compris les personnes non binaires qui ne s’identifient ni comme hommes ni comme femmes.

Au sommaire :

Pourquoi l’écriture inclusive n’est pas un « péril mortel » mais un grand pas vers l’égalité p. 1

La grammaire inclusive et pourquoi il est dangereux de dire que le masculin l’emporte p. 2

De la nécessité de voir le langage comme une manifestation sexiste parmi d’autres p. 4

PDF : http://www.sudeducation.org/docrestrein ... ive_1_.pdf

http://www.sudeducation.org/L-ecriture-inclusive.html
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede bipbip » 18 Mar 2018, 18:53

Au travail !
Grammaire non sexiste et inclusive
Soirée de réflexion et d'exercices

Paris mardi 20 mars 2018
à 19h, AGECA, 177 rue de Charonne

Avec Michaël Lessard et Suzanne Zaccour,
co-auteur·es du Manuel de grammaire non sexiste et inclusive

Comment écrire et parler de façon non sexiste  pour que le masculin de l'emporte plus ?

Venez avec vos cahiers et vos stylos!

Au programme
• Problèmes de la langue sexiste et histoire de la masculinisation du français.
• Survol des principales méthodes de féminisation et des enjeux
• Exercices pratiques de féminisation

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Manuel de grammaire non sexiste et inclusive

« Un tabouret et mille femmes sont pris en photo. »
En français, le masculin l'emporte sur le féminin même lorsque des humaines côtoient des objets !
Cette logique tordue n'est pas intrinsèque à la langue française. Elle est le fruit d'une lutte menée aux 17e et 18e siècles contre le féminin - et contre les femmes - par les « autorités » linguistiques.
En effet, dans le passé, on accordait une phrase selon le genre du mot le plus proche. Ainsi, des hommes et des femmes pouvaient se montrer généreuses.
Ce n'est plus le cas aujourd'hui, puisque le masculin, en tout temps, doit l'emporter. Le masculin a été décrété générique comme dans l'expression « droits de l'homme », caractéristique attribuée à la construction d'une langue, alors qu'en réalité l'usage en a été délibérément masculinisé.
Des mots comme autrice, professeuse, philosophesse et capitainesse ont été relégués aux oubliettes, car les femmes n'étaient pas aptes à exercer de telles fonctions, seuls les hommes le pouvaient, prétendait-on. On a donc décrété que ces mots devaient disparaître, effaçant ainsi de notre histoire les femmes qui osaient penser, créer et agir.
Depuis, on ne cesse d'inventer de nouveaux mots féminins, comme auteure et professeure, pour décrire la réalité telle qu'elle est au grand dam des cerbères des académies de la langue qui résistent à la féminisation de toutes leurs forces en déclin.
Comment écrire et parler de façon non sexiste ?

Ce manuel propose différentes façons de le faire, évaluant les avantages et les inconvénients de chacune d'elles. Il n'impose pas de règles grammaticales. Il est une invitation à apprendre, à désapprendre, à critiquer, à discuter et à oser se lancer à la recherche de la langue où les femmes ont toute leur place.

https://paris.demosphere.eu/rv/60458
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede Lila » 18 Mar 2018, 23:00

Interviews

LE COMBAT FEMINISTE PASSE PAR LES MOTS

Interview d’ELIANE VIENNOT

Par Francine Sporenda

Éliane Viennot est professeuse émérite de littérature française de la Renaissance à l’université Jean-Monnet-Saint-Étienne et historienne. Elle est notamment l’autrice de « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin », « L’Académie contre la langue française », « Et la modernité fut masculine », « La France, les femmes et le pouvoir », « Marguerite de Valois », « La différence des sexes » (avec N. Mathevon), « L’engagement des hommes pour l’égalité des sexes » (avec F. Rochefort), « Revisiter la querelle des femmes » (avec N. Pellegrin).

à lire : https://revolutionfeministe.wordpress.c ... -les-mots/
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede Lila » 01 Avr 2018, 20:19

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Les hommes et les femmes sont belles

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Écolière, « Le masculin l’emporte sur le féminin », incrédulité, sentiment d’injustice, invisibilité des femmes, « Disparaître, c’est ce que les femmes font de mieux, tel un e muet que l’on oublie en fin de mot »

Pourquoi le masculin l’emporte-t-il ? Pourquoi devrait-il l’emporter ? Il n’en a pas toujours été ainsi. Comme Michaël Lessard et Suzanne Zaccour le rappellent en préambule, « la primauté du masculin n’est ni intuitive, ni naturelle, ni nécessaire ». Elle est le résultat d’une lutte « menée par des grammairiens, des auteurs et des savants misogynes ». La masculinisation fut et demeure un « projet politique ».

Cette masculinisation de la langue repose principalement sur deux axes : « l’effacement de féminin désignant les professions nobles et la préséance du masculin, voire sa métamorphose en genre générique ». Les femmes furent dépossédées d’une « langue qui leur permettait de se décrire ».

La masculinisation de la langue et la disparition de certains mots, professeuse, philosophesse, autrice. Faire disparaître « la possibilité, l’idée même d’une femme en philosophie ou d’une femme de lettres », contrôler la langue.

La masculinisation et la modification de la grammaire. Jusqu’au XVIIe siècle, « on accordait l’adjectif et le verbe en se basant sur le nom ou le sujet pertinent le plus proche », on utilisait donc l’accord de proximité.

Le masculin dominant est aussi devenu un masculin dit « générique », incarnation d’une neutralité masquant la hiérarchie des rapports sociaux.

Et les autorités linguistiques, dont l’Académie française longtemps non-mixte, veulent le statu quo, la préservation d’une histoire de l’imposition masculiniste.

Les auteur·e·s soulignent qu’il manque à cette langue « un répertoire qui témoigne de sa diversité, de sa richesse,et de sa polyvalence », les outils pour que chacun·e puisse se (re)connaître et se nommer, des mots pour réfléchir ou décrire « ce que l’on imagine ou ce que l’on voit ». Il nous faut donc affirmer l’existence des femmes « qui sont et qui font ».

Elle et il détruisent huit mythes : « La féminisation alourdit le texte », « La féminisation « sonne mal » », « La féminisation maintient forcément la binarité », « la féminisation dévalorise les femmes », « La féminisation des mots porte à confusion », « La féminisation des phrases est compliquée, difficile à lire ou difficile à prononcer », « Il faut arrêter de voir du sexisme partout – le masculin générique n’a rien à voir avec le patriarcat », « L’écriture féminisée constitue une erreur de français ».

la suite : https://entreleslignesentrelesmots.word ... nt-belles/
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede Lila » 19 Juil 2018, 18:05

La langue française est-elle sexiste ?

On dit rarement d’un homme qu’il est « hystérique ». Normal, ce bel adjectif a la même racine que le mot « utérus ». C’est un truc de nana de s’énerver et de parler trop fort ! Les exemples comme celui-ci sont légions. La langue française est-elle un outil de domination ? Et si oui, c'est grave docteur ?

Le débat de midi met son nez dans le dictionnaire aujourd'hui. Lorsqu'on dit qu'un homme est bon, vous comprenez qu'il est brillant, charismatique, que c'est un expert. En revanche si je vous dis qu'une femme est bonne, vous pensez à autre chose... Des exemples comme cela, il y en a des dizaines. Amusez-vous, par exemple, à mettre au féminin les mots entraîneur ou professionnel, vous obtenez de charmants synonymes de prostituée.

Aurore Vincenti, linguiste, une de nos invitées s'attache à décortiquer les expressions sexistes de la langue française dans une pastille diffusée sur Arte, Mauvaise langue.

Le Haut Conseil à l'égalité entre femmes et hommes a publié il y a 2 ans , un guide pour une communication publique sans stéréotype de sexe, qui préconisait dix recommandations pour une communication égalitaire, que ce soit dans les écrits, les images ou les événements publics, et notamment ce qu'on appelle "l'écriture inclusive".
Est-il illusoire de vouloir extirper de la langue les traces de la domination masculine ?

La lutte pour l'égalité passe-t-elle par la grammaire ? Peut-on attendre de la langue qu'elle ait une influence sur les relations entre hommes et femmes ? N'est-ce pas beaucoup lui demander ?

Suffirait-il, par exemple, qu'il existe un féminin aux mots "pompier" ou "plombier" pour que les femmes se sentent concernées par ces métiers ? "Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde", disait Albert Camus. On pourrait ajouter que ce qui n'est pas nommé n'existe pas. Ce qui n'est pas nommé au féminin n'existe pas au féminin.

On en débat avec :
Claude Hagège, linguiste,
Danièle Sallenave, académicienne,
Françoise Vouillot, du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes,
et Aurore Vincenti.

à écouter : https://www.franceinter.fr/emissions/le ... illet-2018
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Re: Décalogue pour un langage non sexiste

Messagede Lila » 09 Sep 2018, 20:22

Introduction d’Eliane Viennot à son ouvrage : Le langage inclusif : pourquoi, comment

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À l’automne 2017, la publication aux éditions Hatier d’un manuel scolaire de CM2 utilisant « l’écriture inclusive » déclenchait un nouvel épisode d’une petite guerre aussi acharnée que burlesque : celle que mène en France le camp conservateur contre ce qu’on appelle la « féminisation de la langue ». À tort, puisque la langue française possède à peu près tout ce qu’il faut pour exprimer le féminin, et qu’il est bien plutôt question de réduire la place écrasante qu’occupe aujourd’hui le masculin dans ses usages courants.

Cette guerre, déclarée par l’Académie française en 1984 (après la création de la Commission de terminologie relative au vocabulaire concernant les activités des femmes) et reprise par elle en 1998 (après la décision de Jospin et Chirac d’user du féminin pour nommer les agentes de la fonction publique), a longtemps eu pour cœur de cible quelques dizaines de substantifs : ceux qui désignent des métiers, des dignités, des fonctions conçues comme «ne convenant qu’à des hommes», pour reprendre l’expression de Bescherelle dans sa Grammaire de 1834. Ambassadrice, conseillère, députée, écrivaine, générale, présidente, rectrice et quelques autres étaient des termes à éviter, sauf pour désigner les épouses des hommes occupant certaines de ces fonctions. Doctoresse et poétesse étaient ridicules.

Quant à ministre ou garde des sceaux, bien que valables pour les deux sexes, ils étaient inemployables au féminin. Des ministres ayant osé soutenir le contraire, et quelques cheffes d’État s’étant durablement installées sur le devant de la scène médiatique (des présidentes, une chancelière, plusieurs premières ministres…), cette bataille-là est aujourd’hui – pour l’essentiel – gagnée.

Reste la partie immergée de l’iceberg, à laquelle s’attaque aujourd’hui le langage inclusif (dont l’écriture n’est qu’un volet) : la surreprésentation du masculin dans les énoncés censés parler de populations mixtes, ou s’adresser à des femmes aussi. Une suprématie si ancrée dans nos esprits que la plupart des gens ne la remarquent même pas, ou pensent que « ce n’est pas important ». Une suprématie qu’il va pourtant bien falloir éradiquer, comme on s’y active sur d’autres terrains.

De fait, voilà longtemps que certains usages du langage inclusif (celui qui n’exclut pas) ont commencé de se répandre. Le fameux « Françaises, Français ! » du Général de Gaulle en relève, comme le « né(e) » qui figure sur nos cartes d’identité. Dans le premier cas, l’expression des deux termes (ce qu’on appelle aujourd’hui les doublets ou la double flexion) s’arrêtait vite, et le masculin reprenait ses droits. Dans le second, le choix des parenthèses pour forger des mots génériques témoignait d’une absence de réflexion sur le sens de ces signes, tout en révélant trop limpidement comment l’égalité des sexes est souvent conçue : un fauteuil pour Monsieur, un strapontin pour Madame. Depuis une quinzaine d’années, cependant, ces usages se sont banalisés tout en évoluant, aussi bien dans la vie courante que dans la communication publique. On a pu s’en rendre compte lors de la campagne électorale du printemps 2017, où les doublets (à l’oral) et les abréviations (à l’écrit) ont été utilisées d’un bout à l’autre de l’échiquier politique.

Il n’y a là ni « péril mortel », ni « pensée dictatoriale », ni « massacre », pour reprendre quelques-unes des expressions outrées entendues six mois plus tard à propos du manuel Hatier. Juste un souci de s’exprimer de manière plus exacte et plus égalitaire, en s’appuyant pour l’essentiel sur les ressources traditionnelles de la langue française, et pour le reste sur des innovations encore en cours d’élaboration – quoique le plus gros du travail (de réflexion, de conception) soit déjà derrière nous.

Le langage inclusif : pourquoi, comment se propose d’accompagner ce progrès. Venant après bien d’autres guides, il ne sera pas le dernier. Les évolutions langagières accompagnent les évolutions sociales. Si une bonne partie de la France est prête, aujourd’hui, à reprendre ce dossier hautement symbolique, c’est parce que le verrou tout aussi symbolique de la représentation politique a sauté il y a vingt ans. C’est en mai 1997, en effet, que pour la première fois la barre des 10 pour cent d’élues à l’assemblée a été franchie : depuis leur entrée dans cette maison, en 1944, les hommes ne leur avaient laissé qu’entre 1,5 et 6 pour cent des sièges. Et c’est en juillet 1999 que, pour la première fois, notre constitution a déclaré que « La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives » (art. 3). Bien des lois ont suivi, qui organisent petit à petit le recul des uns et l’avancée des autres dans les positions de pouvoir.

Ce sont ces progrès qui nous portent, qui nous incitent à aller plus loin, qui nous obligent à réfléchir à ce qui, dans nos mentalités, résiste à l’instauration de l’égalité, à ce qui nous rend si tolérant·es envers la domination masculine. Qui ouvrent nos yeux, aussi, sur d’autres groupes discriminés par le système du genre, par exemple les personnes intersexes, dont le grand public découvre l’existence depuis quelques années. Les réflexions sur le langage intègrent aujourd’hui cette donnée, qui était quasiment absente des deux premières joutes. Elles se sont aussi enrichies de tout un travail historique, qui montre que la langue a été délibérément masculinisée, que cette entreprise a soulevé des protestations, et qu’elle n’a abouti que grâce à des institutions qui mettaient tout en œuvre pour maintenir la domination masculine. Nul doute que, si l’égalité continue de gagner du terrain, des questions dont nous ne soupçonnons pas l’existence, ou des solutions que nous n’entrevoyons pas encore, vont émerger et s’imposer. celles qui sont proposées ici sont destinées au temps présent.

Parce que les obstacles les plus importants à l’adoption du langage inclusif ne résident pas dans la langue elle-même, mais dans les fausses idées que nous avons de son fonctionnement et dans la méconnaissance de son histoire, une première partie de cet ouvrage sera consacrée au rappel des relations qu’y entretiennent le féminin et le masculin, et une deuxième aux transformations qui lui ont été artificiellement imposées pour renforcer le poids du masculin. La troisième et dernière partie présentera les solutions qui sont à notre portée pour restaurer l’équilibre entre les genres, afin de mieux accompagner – voire accélérer – la marche vers l’égalité.

Eliane Viennot

Editions iXe, Donnemarie-Dontilly 2018, 144 pages, 15 euros


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