Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede bipbip » 18 Mar 2018, 20:07

Reiner Tosstorff : La confrontation du syndicalisme révolutionnaire avec le bolchevisme

Suivi de : Commentaires sur le texte de Tosstorff

Monde-nouveau.net présente ici un texte très intéressant d’un historien allemand, Reiner Tosstorff, sur la confrontation entre le syndicalisme révolutionnaire et le bolchevisme dans la période qui a immédiatement suivi la révolution russe, lors de la constitution de l’Internationale syndicale rouge, peu après la fondation de l’Internationale communiste, dont le centenaire surviendra en 1919. Reiner Tosstorff enseigne l’histoire à l’Université Johannes Gutenberg de Mayence. Il est l’auteur d’une histoire du Profintern en allemand (Paderborn 2004). D’autres publications récentes couvrent l’histoire du POUM dans la guerre civile espagnole et des aspects de l’Organisation internationale du Travail dans la période de l’entre-deux guerres. Il travaille actuellement sur une biographie de Robert Dissmann, un leader des ouvriers de la métallurgie allemande dans les premières années de la République de Weimar. Sa thèse sur l’Internationale syndicale rouge a récemment été traduite en anglais : The Red International of Labour Unions (RILU) 1920 – 1937. Le livre était originellement accessible au prix prohibitif de 243 euros ; il vient d’être édité en format "de poche" aux prix de 50 euros chez Haymarket Books.


Résumé

La révolution russe de 1917 représenta une grande opportunité pour
la gauche internationale, mais elle exacerba également les tensions
entre ceux qui préconisaient la révolution par le bas grâce à l’action
industrielle, et ceux qui soutenaient la conception léniniste du parti
d’avant-garde. Cet article utilise des documents d’archives
soviétiques jusqu’à présent secrets et se concentre sur les dialogues
et les tensions entre les organes de l’État bolchevique naissant et les
organisations syndicalistes révolutionnaires étrangères post-1917, et
sur l’apparition ultérieure d’un courant anarcho-syndicaliste
distinctif.

PDF : http://www.monde-nouveau.net/IMG/pdf/co ... -2018_.pdf et http://www.monde-nouveau.net/IMG/pdf/co ... storff.pdf

http://www.monde-nouveau.net/spip.php?article671
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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede bipbip » 22 Mar 2018, 23:57

Conférence/débat sur la Révolution russe

Toulouse vendredi 23 mars 2018
à 19h, la Chapelle 36 rue Danièle Casanova

L’Alternative libertaire 31, vous invite à une conférence/débat

Pourquoi parler de la la Révolution Russe de 1917 en 2018 ?

Parce que le mouvement libertaire russe est décapité après son action en 1917, tout d’abord à Moscou, dans la nuit du 12 au 13 avril.

Derrière, cette répression sanglante ce sont des désaccords profonds sur la conduite de la révolution d’octobre 1917 qui opposent bolcheviques aux anarchistes : Soviétisation de l’économie contre socialisation, autoritarisme étatique contre démocratie directe, Armée rouge contre milices populaires, paix avec l’Allemagne ou bien développement de la guérilla.

Les masses populaires russes qui s’étaient mises en mouvement dès février 1917 ont été les grandes perdantes de la Révolution et cent années plus tard, la Russie ne s’est toujours pas sorti du carcan autoritaire étatique.

Comme le disait justement l’anarcha-féministe américaine Emma Goldman :

« Les méthodes des bolcheviques ont démontré de façon concluante comment il ne faut pas faire la révolution »

Nous réfutons, le monopole de la critique qu’exercent la droite et l’extrême droite sur le Régime soviétique naissant, car les anarchistes ont dès 1922 dénoncé la « terreur rouge » et le capitalisme d’État.

Se pencher sur la période révolutionnaire russe est-il toujours d’actualité ?

Oui car les enseignements du passé peuvent nous permettre d’éviter de reproduire des écueils qui ferait barrage à l’établissement futur d’une société communiste libertaire.

https://alternativelibertairetoulouse.w ... ion-russe/
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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede bipbip » 05 Avr 2018, 15:33

La malédiction du centralisme

Image

" Il s’agit là de la première critique d’ensemble du régime bolchévik d’un point de vue anarchiste, parue en Allemagne en 1921 sous le titre "La faillite du communisme d’État russe".
Rudolf Rocker, militant anarcho-syndicaliste, avait au cours d’une longue période d’exil à Londres participé aux combats des ouvriers de la confection contre l’exploitation ; rentré en Allemagne en 1918, il avait œuvré au regroupement des militants anarcho-syndicalistes.
Dans ce livre, il montre comment, devenus maîtres des Soviets qui étaient nés de l’action spontanée des masses, les bolcheviks, après s’être emparés des pouvoir étatiques, en ont usé pour tenter d’intégrer à l’appareil d’État toutes les autres tendances révolutionnaires, ainsi que pour diffamer, calomnier, éliminer et massacrer quiconque refusait de se soumettre. S’appuyant sur des témoignages de première main, il dénonce les méthodes des bolcheviks qui ont, par exemple, cyniquement trahi le pacte conclu avec les troupes de Makhno, aggravé la famine qui sévissait déjà en détruisant les communes et les coopératives paysannes et ont fondé un État tout-puissant, prétendument socialiste, instrument d’une nouvelle forme de l’esclavage salarié. "

Présentation par les Éditions Spartacus.

“Les Soviets trahis par les bolcheviks”.

Douzième partie. D’après l’édition n°B-53 de la revue Spartacus mai-juin 1973.

« Non seulement le centralisme, aujourd'hui devenu un dogme pour les partisans de la plupart des tendances socialistes, n'a pas été capable d'établir l'unité du mouvement ouvrier désirée par tous, mais il n'a pas su non plus maintenir l'unité dans son propre parti. Plus une tendance déterminée a mis les positions centralistes au premier plan et plus grand a été son échec, précisément en ce domaine. On trouve une remarquable Illustration de cette règle dans l'état des différents partis communistes nationaux. Presque partout ont eu lieu des scissions et, là même où l'unité du parti est péniblement sauvegardée, on en aperçoit la fragilité interne, ce qui est particulièrement visible en Allemagne, où les scissions sont phénomènes intégrants du répertoire des partis communistes. Que l'on n'aille pourtant pas s'imaginer que cette pitoyable situation pousse ces braves gens à la réflexion ! Au contraire, après chaque fiasco, on s'efforce de renforcer encore le centralisme et de durcir la discipline jusqu'à pouvoir enfin annoncer à ses lecteurs, comme le «Kommunist» de Stuttgart : «Un membre du Parti doit être prêt à se tuer sur ordre du Parti. Bref, toute volonté personnelle doit disparaître».

Une déclaration où la folie atteint un niveau qui fait craindre pire qu'un ramollissement du cerveau !

On s'est autrefois battu pour la meilleure forme d'Église, théologiens protestants et catholiques cherchaient à se surpasser mutuellement en subtilités métaphysiques et les peuples épiaient leurs paroles avec une crainte respectueuse. Les quelques rares esprits audacieux qui, au cours des siècles, virent clairement que la cause du mal ne résidait pas dans la forme de l'Église, mais dans son existence, furent en butte à l'hostilité générale, méconnus et diffamés de leurs contemporains. Plus tard, naquit la dispute au sujet de la meilleure forme d'État. Les différents partis politiques, qui jouent dans la sphère du pouvoir d'État le même rôle que les différentes écoles théologiques dans celle de l'Église, et ne sont au fond pas autre chose que des théologiens d'État, rivalisant entre eux dans la découverte de la meilleure forme d'État. Mais combien peu, encore une fois, virent clairement que disputer sur la forme signifiait méconnaître le vrai problème, que la racine profonde du mal n'était pas dans la forme, mais dans l'existence de l'État, qu'il ne s'agit enfin pas tellement de savoir comment nous sommes gouvernés, mais du simple FAIT QUE NOUS SOMMES GOUVERNÉES.

Aujourd'hui, c'est l'idée du centralisme, cette invention originale de l'État, qui obsède les esprits. Le centralisme est devenu la panacée de notre temps et, tout comme on se querellait jadis pour la meilleure forme d'Église et aujourd'hui encore pour la meilleure forme d'État, on recherche maintenant tous les manques et les torts du système centraliste dans ses représentants fortuits, et non pas dans le système lui-même. On nous dit que le centralisme, c'est le rassemblement des forces, la concentration de la manifestation de la volonté prolétarienne sur un but déterminé, en un mot l'unité de l'action. Cette affirmation n'est cependant qu'une honteuse méconnaissance des faits et, dans de nombreux cas, qu'un mensonge conscient, dont on tient l'emploi pour justifié et sensé dans l'intérêt du parti. Le centralisme n'a jamais été une unification des forces, mais bien la paralysie de la force; c'est l'unité artificielle de haut en bas, qui cherche à atteindre son but par l'uniformisation de la volonté et l'élimination de toute initiative indépendante - l'unité d'action d'un théâtre de marionnettes, dont chaque personnage saute et danse au gré de celui qui tire les ficelles dans les coulisses. Mais que les fils viennent à casser, et la marionnette s'écroule.

Que l'État vole dans la centralisation la forme d'organisation la plus parfaite est tout à fait naturel et l'on comprend qu'elle soit le but des efforts de ses soutiens. En effet, pour l'État, l'uniformisation de la pensée et de l'action est une condition préalable essentielle de sa propre existence. Il hait et combat l'initiative personnelle, le rassemblement volontaire des forces né de la solidarité interne. Pour lui, chaque citoyen n'est qu'une roue sans vie dans un grand mécanisme, dont la place dans la machine est exactement fixée: en un mot, la suppression de l'indépendance personnelle, qu'il cherche à obtenir par la centralisation des forces, est une question vitale. Sa tâche principale est de former des sujets loyaux et d'élever la médiocrité intellectuelle à la hauteur d'un principe. Pas une action sans ordre, pas une décision sans inspiration d'en haut. Une bureaucratie desséchée et une imitation sans esprit de formes prescrites, telles sont les inévitables conséquences de toute centralisation.

Unité des forces, indépendance de la pensée et de l'action

Pour le mouvement ouvrier révolutionnaire, ce sont des conditions entièrement différentes qui sont nécessaires, s'il veut atteindre ses buts. Pensée indépendante, saisie critique des choses, besoin personnel de liberté et activité créatrice sont les conditions préalables les plus importantes de sa victoire finale. C'est pourquoi tout centralisme dans le mouvement ouvrier est un revers réactionnaire, qui menace son existence même et repousse ses buts propres dans des lointains nébuleux. Pour un mouvement vraiment libertaire, le fédéralisme est la seule forme d'organisation possible; loin de signifier l'émiettement des forces et de s'opposer à une action unifiée, il est au contraire unité des forces, mais une unité issue de la conviction de chaque membre, qui s'appuie sur l'action volontaire et libre de chaque groupe particulier, sur la solidarité vivante de leur communauté. Pour lui, l'indépendance de la pensée et de l'action est le fondement de toute acte unitaire. Il ne cherche pas à atteindre ses fins par l'uniformité de décrets pris au sommet, mais par la réunion planifiée et librement consentie de toutes les forces existantes poursuivant le même but.

En Russie, le centralisme, qui a trouvé son expression la plus parfaite dans la dictature, a étouffé la Révolution avant d'en revenir, en fin de compte, au capitalisme. En Allemagne, où le pouvoir politique échut dans son entier, en novembre 1918, aux partis socialistes, aucune tentative sérieuse ne fut faite pour construire la vie économique sur des bases nouvelles et l'on ne dépassa pas les phrases banales sur la socialisation. En Russie, la Révolution fut enterrée par la dictature, en Allemagne par la Constitution. Dans les deux cas, le socialisme échoua sur l'écueil de la politique du pouvoir des partis socialistes. En Allemagne, la politique du pouvoir de la social-démocratie «modérée» nous a conduit à la dictature de Noske; en Russie, la politique du pouvoir de la social-démocratie «radicale» à la dictature de Lénine et de Trotski. Dans les deux cas, le résultat lut le même: l'asservissement sanglant des classes non possédantes et le triomphe de la réaction capitaliste.

L'ère Noske fut l'âge d'or de la prison préventive, de l'état de siège et des tribunaux militaires d'exception. Aucun gouvernement bourgeois n'avait dans ce pays, osé fouler autant aux pieds les droits des travailleurs que ce fut le cas sous la domination des despotes socialistes; même les sombres temps des «lois antisocialistes» de Bismarck pâlissent en comparaison du régime de terreur de Noske.

L'ère Lénine-Trotski est I’âge d'or de la mise au ban de tous les vrais socialistes et révolutionnaires, l'époque du manque de droits total de la classe ouvrière, de la Tchéka et des exécutions en masse. Il devait lui être donné de pousser à l'extrême toutes les horreurs du système tsariste.

Ces deux ères ont fait tout ce qu'il est humainement possible de faire pour opprimer sans merci toute liberté et violer brutalement toute dignité humaine. Toutes deux ont pitoyablement échoué lorsqu'il s'est agi de faire passer dans la réalité les exigences véritablement socialistes.

Espérons que la classe ouvrière tirera la leçon de ces tristes résultats et qu'elle commencera enfin à comprendre que les partis politiques, pour radicaux qu'ils se donnent, sont absolument incapables de mener à bien la réorganisation de la société dans le sens socialiste, parce que toutes les conditions nécessaires à cette tâche leur font défaut. Toute organisation à forme de parti est axée sur la conquête du pouvoir et repose sur l'ordre imposé d'en haut. Aussi est-elle hostile à tout devenir organique se développant du sein du peuple, car elle elle ne peut tout simplement comprendre les énergies et capacités créatrices qui y sommeillent. Les réveiller et les porter à s'épanouir, telle est la tâche principale du socialisme, qui ne peut toutefois être réalisée qu'au sein des organisations économiques de la classe ouvrière, qui est seule appelée à initier et à mener à bien l'orientation socialiste de la société. C'est là que les travailleurs doivent être préparés à cette grande tâche Il convient d'étudier les rapports internes de la production et de la distribution des produits créés par eux, d'acquérir et d'approfondir le sens de l'administration des entreprises ainsi que de saisir les rapports naturels entre l'agriculture et l'Industrie, pour pouvoir répondre aux exigences d'une situation révolutionnaire. Cette activité, appuyée par des expériences pratiques là où elles sont possibles, est la seule véritable éducation pour le socialisme. La grande association économique des travailleurs intellectuels et manuels, et non le parti, voilà le point qui nous conduira à la société socialiste et ce pont doit être jeté par les masses elles-mêmes, aujourd'hui esclaves du salariat.

“Qui détient le pouvoir en abuse”

Certes, nous aussi savons que les révolutions ne se font pas avec de l'eau de rose et que les classes possédantes ne renonceront pas d'elles-mêmes à leurs privilèges. Au jour de la révolution victorieuse, le peuple travailleur devra imposer sa volonté aux actuels possesseurs du sol et des moyens de production. Mais ceci ne peut être réalisé, à notre avis, que par la prise en mains du capital social et la démolition de l'appareil de coercition politique, qui a été jusqu'ici le plus solide rempart de toute exploitation des masses, et le sera toujours. Cet acte est pour nous un acte de libération, une manifestation de justice sociale, c'est le point central et essentiel de la révolution sociale, qui n'a rien de commun avec l'idée purement bourgeoise d'une dictature.

Le prolétariat doit se débarrasser des idéologies bourgeoises des révolutions politiques, qui trouvent toujours leur aboutissement dans une nouvelle occupation de l'appareil du pouvoir politique. Qui détient le pouvoir en abuse; c'est pourquoi il faut empêcher toute prise du pouvoir, que ce soit par un parti ou par des individus, car elle mène toujours à un nouvel esclavage pour le peuple. Que ceci se passe sous le signe du sceptre ou de la faucille et du marteau, aux accents du «Boché Zaria Njrani» ou de I'«Internationale», il n'y a pas, au fond, grande différence. Une vraie libération n'est possible que lorsque l'appareil du pouvoir disparaît, car le monopole du pouvoir n'est pas moins dangereux que celui de la propriété. C'est seulement ainsi qu'il sera possible d'éveiller toutes les énergies qui sommeillent dans le peuple pour les faire servir à la Révolution. C'est ainsi, aussi, que disparaîtra la possibilité pour un parti - et pour la simple raison qu'il est parvenu à s'emparer du pouvoir - d'opprimer toutes les tendances véritablement révolutionnaires, parce qu'il le faut soi-disant «dans l'intérêt de la Révolution», bien que l'on sache que, dans ce cas, I'«intérêt de la Révolution» ne signifie jamais que celui du Parti ou d'une poignée de politiciens avides de pouvoir et sans scrupules.

LES SOVIETS, ET NON LES BOLCHEVIKS - LA LIBERTÉ, ET NON LA DICTATURE -

LE SOCIALISME, ET NON LE CAPITALISME D'ÉTAT !

TOUT PAR LES CONSEILS ET PAS DE POUVOIR AU-DESSUS DES CONSEILS ! TELLE EST NOTRE DEVISE, QUI SERA AUSSI CELLE DE LA RÉVOLUTION. »

Rudolf ROCKER


http://www.socialisme-libertaire.fr/201 ... lisme.html
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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede bipbip » 01 Sep 2018, 20:57

Les révolutions russes (1917-1918)

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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede bipbip » 02 Sep 2018, 19:39

INTERVIEW : Théorie critique du bolchevisme.

Avec René Berthier sur Radio Libertaire.

http://www.ekouter.net/theorie-critique ... taire-3758

Enregistré en 2017
Posté le 21.06.2018
Durée : 1 heures 21 minutes 23 secondes

Description :
À l’occasion du centenaire de la Révolution bolchévique, René Berthier, auteur d’Octobre 1917. Le Thermidor de la Révolution russe, nous propose une théorie critique du bolchévisme comme idéologie et comme politique.
Cet événement d’une ampleur jamais vue allait bouleverser le monde et orienter durablement le destin de la classe ouvrière internationale. Il appartient maintenant aux historiens de le restituer dans toute sa complexité en montrant l’extraordinaire vitalité et diversité des expériences que les acteurs de cette révolution ont tenté de mettre en place.

Émission "Sortir du capitalisme", animée par Armel Campagne.

http://www.ekouter.net/theorie-critique ... taire-3758

Théorie critique du bolchévisme

À l’occasion du centenaire du coup d’Etat d’Octobre 1917, une théorie critique du bolchévisme comme idéologie et comme politique – avec René Berthier, auteur d’Octobre 1917. Le Thermidor de la Révolution russe (CNT – Région parisienne, 1997).
Avec une théorie critique du léninisme, de sa stratégie révolutionnaire autoritaire, de son opportunisme théorique comme pratique, et enfin de sa politique de noyautage des soviets, des syndicats et des conseils d’usines [1ère partie, 30 minutes]

Avec une théorie critique du capitalisme d’Etat comme idéal pragmatique de Lénine, du centralisme bolchévique, de son scientisme et de sa logique d’élimination des oppositions en-dehors et au sein du parti [2ème partie, 40 minutes]
Liens

L’autre émission au sujet de 1917
http://sortirducapitalisme.fr/240-revol ... dre-skirda

Les notes de lecture au sujet de 1917 et du bolchévisme
http://sortirducapitalisme.fr/notes-de- ... e-de-parti

http://sortirducapitalisme.fr/notes-de- ... tion-russe
Autres émissions

http://sortirducapitalisme.fr/156-un-si ... -davranche


Les bolchéviques

« À l’ordre du jour s’inscrivent en particulier les mesures à prendre pour renforcer la discipline et accroître la productivité du travail. […] Il s’agit, par exemple, d’introduire le salaire aux pièces, d’appliquer les nombreux éléments scientifiques et progressifs que contient le système Taylor […] La soumission pendant le travail, et une soumission absolue aux ordres personnels des dirigeants soviétiques, dictateurs élus ou nommés par les institutions soviétiques, investis de pleins pouvoirs dictatoriaux […], est assurée d’une façon encore insuffisante » (Lénine, Œuvres, tome 27, pp. 329-330, cité dans Skirda 2000, p. 88)

« Qu’est-ce que le capitalisme d’Etat sous le pouvoir des soviets ? Etablir à présent le capitalisme d’Etat, c’est appliquer le recensement et le contrôle qu’appliquaient les classes capitalistes […] L’Allemagne nous offre un modèle de capitalisme d’Etat […] Mais si vous réfléchissez un tant soit peu à ce que signifierait en Russie, dans la Russie des soviets, la réalisation des bases de ce capitalisme d’Etat, quiconque a gardé son bon sens […] devra dire que le capitalisme d’Etat serait pour nous le salut » (Lénine, Œuvres, tome 27, p. 305, cité dans Skirda 2000, p. 90).

« Quatrième argument des avocats de la bourgeoisie : le prolétariat ne pourra pas « faire fonctionner » l’appareil d’Etat. Cet argument n’offre rien de nouveau par rapport au précédent. Naturellement, nous ne pourrions ni assimiler techniquement l’ancien appareil, ni le faire fonctionner. Le nouvel appareil, les Soviets, est déjà mis en mouvement par le « puissant essor créateur des forces populaires ». Il suffit de dégager cet appareil des entraves qui lui ont été imposées par la domination des chefs socialistes-révolutionnaires et menchéviks. Cet appareil fonctionne déjà ; il suffit de rejeter ce monstrueux attirail petit-bourgeois qui l’empêche d’avancer toujours à pleine vitesse. […]
Le monopole des céréales, la carte de pain n’ont pas été créés par nous, mais par l’Etat capitaliste en guerre. C’est lui qui a d’ores et déjà créé l’obligation générale du travail dans le cadre du capitalisme, – ce qui est un bagne militaire pour les ouvriers. Mais ici encore, comme dans toute son œuvre historique, le prolétariat emprunte ses armes au capitalisme, il ne les « imagine » pas, il ne les « tire pas du néant ». […] Ce moyen de contrôle, cette obligation du travail sont autrement puissants que les lois de la Convention et que sa guillotine. La guillotine n’était qu’un épouvantail qui brisait la résistance active. Cela ne nous suffit pas. […]
Nous ne devons pas seulement « épouvanter » les capitalistes, c’est-à-dire leur faire sentir la toute-puissance de l’Etat prolétarien et leur faire oublier l’idée d’une résistance active contre lui. Nous devons briser aussi leur résistance passive, incontestablement plus dangereuse et plus nuisible encore. Nous ne devons pas seulement briser toute résistance, quelle qu’elle soit. Nous devons encore obliger les gens à travailler dans le cadre de la nouvelle organisation de l’Etat. Il ne suffit pas de « flanquer à la porte » les capitalistes, il faut (après avoir flanqué à la porte les « récalcitrants » bons à rien et incurables) les mettre au service du nouvel Etat. Ceci concerne autant que les capitalistes une certaine couche des dirigeants intellectuels bourgeois, des employés, etc. Et nous avons les moyens de le faire. L’Etat capitaliste en guerre nous a lui-même mis entre les mains les moyens et les armes pour cela. Ces moyens, ce sont le monopole des céréales, la carte de pain, l’obligation générale du travail. « Qui ne travaille pas ne mange pas », telle est la règle fondamentale, la règle première, essentielle que peuvent appliquer et qu’appliqueront les Soviets de députés ouvriers, quand ils accéderont au pouvoir. […]
Les Soviets institueront le livret de travail pour les riches, et ensuite progressivement pour toute la population (dans un pays agricole, il est vraisemblable que pendant longtemps le livret de travail ne sera pas nécessaire pour l’immense majorité des paysans). Le livret de travail cessera d’être le signe qu’on fait partie de la « plèbe », il cessera d’être l’attribut des classes « inférieures », la preuve de l’esclavage salarié. Il deviendra la preuve que dans la nouvelle société il n’y a plus d’ « ouvriers », mais que par contre il n’y a plus personne qui ne soit un travailleur. […]
Nous aurons besoin de bons organisateurs du système bancaire, de gens capables de grouper les entreprises (dans ce domaine, les capitalistes ont plus d’expérience et avec des gens expérimentés, le travail marche mieux) ; il nous faut en nombre toujours plus grand que par le passé des ingénieurs, des agronomes, des techniciens, des spécialistes de tout genre, instruits et cultivés, dira l’Etat prolétarien. A tous ces travailleurs nous donnerons un travail approprié à leurs forces et à leurs habitudes ; nous n’instituerons vraisemblablement que peu à peu l’égalité des salaires dans toute la mesure du possible, laissant pendant la période transitoire un salaire plus élevé aux spécialistes, mais nous les soumettrons au contrôle total des ouvriers, nous obtiendrons la mise en application complète et sans réserve de la règle : « qui ne travaille pas ne mange pas ».
Et nous n’inventons pas une forme d’organisation du travail, nous l’empruntons toute faite au capitalisme : banques, cartels, usines modèles, stations expérimentales, académies, etc. ; il nous suffira d’emprunter les meilleurs types d’organisation à l’expérience des pays avancés. Et, naturellement, nous ne tomberons pas le moins du monde dans l’utopie, nous n’abandonnerons pas le terrain du calcul le plus sensé et le plus pratique, si nous disons : la classe capitaliste dans son ensemble opposera la résistance la plus acharnée, mais l’organisation de la population tout entière dans les Soviets brisera cette résistance, et il faudra, cela va de soi, punir par la confiscation de tous leurs biens et par la prison les capitalistes particulièrement obstinés et récalcitrants. » (Lénine, « Les bolchéviks garderons-ils le pouvoir ? » [Octobre 1917], Œuvres, t. 26, pp. 81-134, je souligne).

« Dans toute révolution socialiste, lorsque le prolétariat a réglé le problème de la prise du pouvoir, et à mesure que s’accomplit, dans ses grandes lignes, la tâche qui consiste à exproprier les expropriateurs et à écraser leur résistance, une tâche essentielle passe inéluctablement au premier plan : réaliser une structure sociale supérieure à celle du capitalisme, c’est-à-dire augmenter la productivité du travail et, en rapport avec cela (et pour cela), organiser le travail sur un mode supérieur. […]
Pour atteindre l’essor économique, il faut encore développer la discipline des travailleurs, leur habileté au travail, leur diligence, intensifier et mieux organiser le travail. […] L’avant-garde la plus consciente du prolétariat de Russie s’est déjà assigné la tâche de développer la discipline du travail. […] Il faut inscrire à l’ordre du jour, introduire pratiquement et mettre à l’épreuve le salaire aux pièces ; appliquer les nombreux éléments scientifiques et progressifs que comporte le système Taylor, proportionner les salaires au bilan général de telle ou telle production ou aux résultats de l’exploitation des chemins de fer, des transports par eau, etc., etc. […] Comparé aux nations avancées, le Russe travaille mal. […]
Apprendre à travailler, voilà la tâche que le pouvoir des soviets doit assigner au peuple dans toute son ampleur. Le dernier mot du capitalisme sous ce rapport, le système Taylor, de même que tous les progrès du capitalisme, combine la cruauté la plus raffinée de l’exploitation bourgeoise aux conquêtes scientifiques les plus précieuses […]. La république des Soviets doit faire siennes, coûte que coûte, les conquêtes les plus précieuses de la science et de la technique dans ce domaine […]. Nous pourrons réaliser le socialisme justement dans la mesure où nous aurons réussi à combiner le pouvoir soviétique et le système soviétique de gestion avec les plus récents progrès du capitalisme. […] Il faut […] que l’in use des moyens de contrainte, de façon que le mot d’ordre de dictature du prolétariat ne soit pas discrédité par l’état de déliquescence du pouvoir prolétarien dans la vie pratique […].
Il faut dire que toute grande industrie mécanique, qui constitue précisément la source et la base matérielle de production du socialisme, exige une unité de volonté rigoureuse […]. Mais comment assurer une rigoureuse unité de volonté ? Par la soumission de la volonté de milliers de gens à celle d’une seule. Cette soumission […] pourra revêtir des formes tranchées, dictatoriales, si la parfaite discipline et conscience font défaut » (Lénine, « Les tâches immédiates du pouvoir des soviets », Œuvres, tome 27, je souligne, cité dans Skirda 2000, pp. 109-110).

« Le capitalisme d’Etat serait un pas en avant par rapport à l’état actuel des choses dans notre république des Soviets. Si dans six mois par exemple, nous avions instauré chez nous le capitalisme d’Etat, ce serait un immense succès […]. Tant que la révolution tarde encore à éclore en Allemagne, notre devoir est de nous mettre à l’école du capitalisme d’Etat des Allemands, de nous appliquer de toutes nos forces à l’assimiler, de ne pas ménager les procédés dictatoriaux pour l’implanter en Russie encore plus vite que ne l’a fait Pierre le Grand pour les mœurs occidentales dans la vieille Russie barbare, sans reculer devant l’emploi de méthodes barbares contre la barbarie » (Lénine, « Sur l’infantilisme de gauche et les idées petites-bourgeoises, mai 1918 », Œuvres, tome 27, pp. 337-370).

« On appelle prolétariat la classe occupée à produire les biens matériels dans les entreprises de la grande industrie capitaliste. Etant donné que la grande industrie capitaliste est ruinée et que les fabriques et usines sont immobilisées, le prolétariat a disparu [sic]. […] Si le capitalisme se rétablit [sous la forme du capitalisme d’Etat], ce sera aussi, par conséquence, le rétablissement de la classe du prolétariat [sic] » (Lénine, Œuvres, tome 33, p. 59).

« L’État doit devenir un « patron » […], un négociant en gros » (Lénine, Œuvres, tome 33, p. 51).

« Le recensement et le contrôle, telle est la tâche économique essentielle de tout Soviet des députés ouvriers, soldats et paysans, de toute société de consommation, de toute association ou comité de ravitaillement, de tout comité d’usine ou de tout organe de contrôle ouvrier en général. […] Le recensement et le contrôle, à condition qu’ils soient assurés par les Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans, en leur qualité de pouvoir suprême de l’État, ou d’après les indications et au nom de ce pouvoir - le recensement et le contrôle généralisés, universels, absolus, de la quantité de travail et de la répartition des produits, - tel est le fond même de la transformation socialiste, une fois la domination politique du prolétariat acquise et assurée. […]

Pas de quartier pour ces ennemis du peuple, ces ennemis du socialisme, ces ennemis des travailleurs. Guerre à mort aux riches et à leurs pique-assiettes, les intellectuels bourgeois ; guerre aux filous, aux fainéants et aux voyous. Les uns et les autres sont frères jumeaux, la progéniture du capitalisme, les rejetons de la société des seigneurs et des bourgeois, où une poignée d’individus spoliait et bafouait le peuple, société où l’indigence et la misère poussaient des milliers et des milliers d’hommes dans la voie de la canaillerie, de la vénalité, de la filouterie, de l’oubli de la dignité humaine, société qui inculquait nécessairement aux travailleurs le désir d’échapper à l’exploitation, fût-ce par un subterfuge, de se tirer d’affaire, de se débarrasser, ne serait-ce que pour une minute, d’un travail rebutant. […]

Les riches et les filous sont les deux faces d’une même médaille ; ce sont les deux catégories principales de parasites nourris par le capitalisme ; ce sont les principaux ennemis du socialisme, des ennemis qu’il faut placer sous la surveillance particulière de toute la population, et contre qui il faut sévir implacablement à la moindre infraction aux règles et aux lois de la société socialiste. Toute faiblesse, toute hésitation, toute sentimentalité à cet égard seraient le plus grand des crimes envers le socialisme. […]
Des milliers de formes et de procédés pratiques de recensement et de contrôle visant les riches, les filous et les parasites doivent être mis au point et éprouvés pratiquement par les communes elles-mêmes, par les petites cellules à la campagne et à la ville. La diversité est ici un gage de vitalité, une promesse de succès dans la poursuite d’un même but unique : débarrasser la terre russe de tous les insectes nuisibles, des puces (les filous), des punaises (les riches) et ainsi de suite. Ici, on mettra en prison une dizaine de riches, une douzaine de filous, une demi-douzaine d’ouvriers qui tirent au flanc (à la manière de voyous, comme le font de nombreux typographes à Pétrograd, surtout dans les imprimeries des partis). Là, on les enverra nettoyer les latrines. Ailleurs, on les munira, au sortir du cachot, d’une carte jaune afin que le peuple entier puisse surveiller ces gens malfaisants jusqu’à ce qu’ils se soient corrigés. Ou encore, on fusillera sur place un individu sur dix coupables de parasitisme. […] » (Lénine, « Comment organiser l’émulation ? » [Décembre 1917], je souligne).

« Bonapartisme prolétarien » (Boukharine)

« Le capitalisme d’Etat, c’est […] ce capitalisme qui est étroitement lié à l’Etat ; quant à l’Etat, ce sont les travailleurs, c’est […] l’avant-garde, c’est nous ! » (Zionviev, Les Partis et tendances antisoviétiques, 1922, p. 8, cité dans Skirda 2000, p. 119).

« Les Tchéka pan-russes et locales doivent être les organes de la dictature du prolétariat, de la dictature inexorable du parti » (Peters, Revue hebdomadaire de la Tchéka, n° 27, 1918, cité dans Skirda 2000, p. 114).

« La dictature de la classe ouvrière ne peut être garantie que sous la forme de la dictature de son avant-garde [d’intellectuels bourgeois], c’est-à-dire du Parti communiste » (résolution finale du Comité central du Parti communiste au XIIème congrès, cité dans Skirda 2000, p. 108).

« Tout nous est permis, car nous avons été les premiers dans le monde entier à lever le glaive […] au nom de la liberté universelle et de la suppression de l’esclavage [sic] » (Le glaive rouge, n°1, 18 août 1918, je souligne, cité dans Skirda 2000, p. 115).

« Il vaut mieux avoir tort avec le parti […] que raison contre lui » (Victor Serge, L’An I de la révolution russe, les débuts de la dictature du prolétariat (1917-1918), Librairie du Travail, Paris, 1930, p. 105, cité dans Skirda 2000, p. 116).

Critiques contemporaines du bolchévisme

« Je dois vous avouer franchement que, à mon avis, cette tentative d’édifier une république communiste sur la base d’un communisme d’Etat fortement centralisé, sous la loi de fer de la dictature d’un parti, est en train d’aboutir à un fiasco. Nous apprenons à connaître, en Russie, comment le communisme ne doit pas être introduit » (Kropotkine, Lettre aux travailleurs de l’Europe occidentale, le 28 avril 1919, cité dans Skirda 2000, p. 81).

« Ce n’est pas la libération du prolétariat quand de nombreux pillards individuels sont remplacés par un seul pillard très puissant – l’Etat » (Maximox, porte-parole des anarcho-syndicalistes, lors du 1er congrès panrusse des syndicats, en janvier 1918, cité dans Skirda 2000, p. 92).

« Vous [les bolcheviks] êtes au pouvoir en Russie, mais qu’est-ce qui a changé ? Les usines et la terre ne sont toujours pas aux mains des travailleurs, mais dans celles de l’Etat-patron. Le salariat, le mal fondamental de l’ordre bourgeois, continue d’exister, c’est pour cela que sont inévitables la faim, le froid, et le chômage. À cause de la « nécessité de tout supporter » pour un avenir meilleur, de défendre « ce qui est déjà acquis », un énorme appareil bureaucratique est créé, le droit de grève est aboli, les droits à la parole, de réunion et de presse, sont supprimés […] Vous dites que la bourgeoisie est écartée et que la classe ouvrière est au pouvoir. Nous répondrons qu’il n’y a que quelques ouvriers au pouvoir, et encore ce sont d’anciens ouvriers, séparés de leur classe. Les opprimés ne peuvent être au pouvoir par définition ; même si le pouvoir se proclame « prolétarien », ce qui est alors le plus grand des mensonges. [...]
Nous croyons que vous pouvez avoir, personnellement, subjectivement, les meilleurs intentions mais objectivement […] vous êtes les représentants de la classe des bureaucrates-fonctionnaires, d’un groupe d’intellectuels improductifs. […] Nous appelons à l’insurrection immédiate pour la pain et la liberté, et nous défendront la liberté avec les armes de la liberté et non pas avec celles de l’esclavage » (tracté d’un groupe anarchiste adressé aux bolcheviks en 1919-1920, cité dans Skirda 2000, pp. 101-102).

« Aucun État, si démocratiques que soient ses formes, voire la république politique la plus rouge, populaire uniquement au sens de ce mensonge connu sous le nom de représentation du peuple, n’est en mesure de donner à celui-ci ce dont il a besoin, c’est-à-dire la libre organisation de ses propres intérêts, de bas en haut, sans aucune immixtion, tutelle ou contrainte d’en haut, parce que tout Etat, même le plus républicain et le plus démocratique, même pseudo-populaire comme l’Etat imaginé par M. Marx [dans le Manifeste du parti communiste de 1848 : il reviendra sur ces conceptions dans La guerre civile en France de 1871], n’est pas autre chose, dans son essence, que le gouvernement des masses de haut en bas par une minorité savante, et par cela même privilégiée » (Bakounine, Etatisme et anarchie, 1873).

« Dans une révolution faite initialement au nom de la réalisation du socialisme, il n’est pas commode de dire tout de go : « C’est nous maintenant les nouveaux messieurs et les nouveaux exploiteurs ». Il est tellement plus facile d’intituler le rapt des usines aux ouvriers « une victoire du mode de production socialiste », la mainmise de la bureaucratie sur le prolétariat « le renforcement de la dictature du prolétariat », et les nouveaux exploiteurs, « l’avant-garde du prolétariat ». Dès l’instant où les seigneurs avaient été « les protecteurs des paysans », la bourgeoisie, « l’avant-garde du peuple », les bureaucrates pouvaient bien être « l’avant-garde du prolétariat ». Les exploiteurs se sont toujours considérés comme l’avant-garde des exploités. […] Une fois de plus l’histoire devait montrer la justesse de cette phrase du vieil hymne révolutionnaire : « Il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni tribun », la justesse de la formule du mouvement ouvrier : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » » (Anton Ciliga, Lénine et la Révolution, Paris, Spartacus, 1948, cité dans Skirda 2000, p. 120).

« Le grand groupe de combat autonome, le parti des Narodniki, se désintégra dans le feu de la révolution prolétarienne et la direction des combats passa aux mains de l’aile la plus à gauche du mouvement ouvrier, celle des bolcheviks. Ce parti de « révolutionnaires professionnels » ne pouvait naturellement abandonner son caractère sectaire et son esprit de caste ; il en imprégna aussi la IIIe Internationale. Pour eux, la « masse » n’est qu’un objet, jamais un sujet. Ils veulent gouverner eux-mêmes même à la façon d’une caste. Et quand ils se disputent pour la « masse », c’est seulement pour l’utiliser comme tremplin, comme socle pour leur dictature de parti, pour leur domination de caste. Pour conserver leur dictature de parti ou l’édifier, ils sont prêts à toutes les concessions, prêts à s’allier avec Dieu ou le Diable, utilisant tous les moyens, même les moins scrupuleux.

Cette conception fondamentale des bolcheviks a également donné son empreinte à la révolution russe dans son cours ultérieur. La volonté de domination de la caste des bolcheviks allait être l’ennemi de tout développement de la conscience de soi et de tout mouvement indépendant du prolétariat. À la longue, cette volonté de domination n’a pu se poursuivre que par le centralisme le plus strict, par la terreur la plus brutale contre le prolétariat lui-même. Toute initiative indépendante du prolétariat devait être étouffée avec le bâillon du centralisme et du bureaucratisme. Une dictature qui ne réussit pas à mobiliser les forces du prolétariat ne peut jamais conduire à l’édification du communisme ; elle est au contraire obligée de détruire tous les prodromes de la reconstruction. Tant que les prolétaires russes devaient encore se défendre face à des ennemis extérieurs et intérieurs issus du camp de la bourgeoisie, et que cette lutte exigeait naturellement la centralisation de toutes les forces révolutionnaires, la conscience de cette réalité fit encore défaut. Mais au moment où les combats diminuèrent, ce strict principe d’autorité, ce système de caste des bolcheviks, sous forme de dictature des dirigeants sur le parti et de dictature de parti sur le prolétariat, se manifestèrent au grand jour. » (Extrait du Programme du KAPD, Berlin, janvier 1924)

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Re: Les Soviets en Russie 1905-1921, révolution russe

Messagede bipbip » 14 Sep 2018, 00:07

Kronstadt dans la révolution russe,

Efim Yartchouk

« Les morts vivent et avec eux, les rêves qui les ont portés », Gustav Landauer

Alexandre Skirda présente ce texte qu’il a traduit et qui complète son livre Kronstadt 1921, soviets libres contre dictature du parti. Efim Yartchouk, qui a participé à la révolution de 1905, est élu au soviet de Kronstadt après février 1917 et devient un des principaux animateurs de l’importante faction anarchiste, ce qui lui vaudra d’être emprisonné 6 fois par la Tchéka. Ce récit, publié à New York en 1923 par l’Union des travailleurs russes, a une grande valeur, car il s’agit pour l’essentiel d’un témoignage oculaire. Yartchouk dédie son livre : « Aux marins de Kronstadt. À ceux qui versèrent leur sang lors de la révolution de 1905 pour l’émancipation complète du prolétariat du joug du capital et de l’autorité. À ceux qui luttèrent en février et en juillet 1917 contre les maîtres du monde. À ceux qui s’étant laissé abuser par les slogans de l’État prolétarien levèrent bientôt les armes contre les nouveaux maîtres, les bolcheviks. À la mémoire de ceux qui périrent sur la route menant à la Société des hommes libres : l’anarchie. »

Juillet 1917 : « La révolution est en danger ! »
Après de nombreuses arrestations fin juin à Petrograd (« Piter »), le 1er régiment de mitrailleurs, influencé par les anarchistes, se dirige le 3 juillet vers le palais de Tauride, siège du gouvernement : « À bas la guerre ! Tout le pouvoir aux soviets locaux ». Après une fusillade, des délégués partent informer les Kronstadiens dans un grand meeting place de l’Ancre : les ASC (anarcho-syndicalistes et anarcho-communistes) proposent une manifestation armée à Piter, les bolcheviks attendent la décision du Comité central du Parti. Le 4, 12 000 Kronstadiens débarquent sur les quais de la Neva, déployant drapeaux noir et rouge et banderoles : « À bas le pouvoir et le capital », « L’usine aux ouvriers, la terre aux paysans ». Les bolcheviks tentent en vain de s’installer en tête : « Nous ne marchons pas derrière les drapeaux bolcheviks, mais derrière celui de notre soviet ».
Sur la perspective Liteïny un feu nourri de mitrailleuses fait de nombreuses victimes. Le Comité central bolchevik décide de se cacher et les manifestants par groupes de deux à trois mille se dirigent vers les garnisons et les quartiers ouvriers. Le 5, des troupes arrivent du front pour mater l’insurrection. Après de longues négociations, les Kronstadiens peuvent regagner l’île.

En marche... vers la dictature sur le prolétariat
Après la prise du Palais d’hiver, Kerensky rassemble des forces armées menaçant Piter : « Les bolcheviks fuient de tous côtés. Kamenev et Zinoviev quittent, paniqués, l’Institut Smolny ». Kronstadt rassemble une force maximale et met en déroute les contre-révolutionnaires à Gatchina.
Les Kronstadiens sont appelés aux quatre coins de la Russie pour soutenir la révolution : à Kazan sur la Volga, à Novotcherkassk au sud, où les ouvriers leur offrent un train de charbon et de blé pour le remercier d’avoir chassé les bandes de Kalédine...
Profitant de cette dispersion, le Soviet des commissaires du peuple décide en février 1918 la dissolution de la flotte remplacée par une « flotte rouge ». La grande majorité des matelots refuse et repart dans ses foyers en emportant ses armes : « Les fusils et les mitrailleuses nous seront utiles, alors qu’ici les bolcheviks cherchent à acheter des mercenaires ».
Kronstadt ainsi affaiblie, les bolcheviks chassent le soviet de Kronstadt, imposent une tchéka et des cellules chargées de la délation, surnommées les « com-mouchards ».

La Commune de Kronstadt (2–18 mars 1921)
50 ans après le déclenchement de la Commune de Paris, l’Armée rouge écrase celle de Kronstadt, « Galliffet-Trotsky » n’y voyant que « des mutins gardes blancs, quelques anarchistes et socialistes révolutionnaires douteux, patronnant une poignée de paysans réactionnaires et de soldats en rébellion » et Lénine « un mouvement petit-bourgeois anarchiste ».
Citons les « Izvestia » de Kronstadt :
5 mars : « Le feld-maréchal Trotsky menace la libre et révolutionnaire Kronstadt révoltée contre le pouvoir absolu exercé depuis trois ans par les commissaires communistes ».
7 mars : « Tout le pouvoir aux soviets et non aux partis ».
8 mars : « C’est ici à Kronstadt qu’est posée la première pierre de la IIIème Révolution opposée à l’ordre bureaucratique des bolcheviks, laissant derrière la dictature du Parti communiste, des tchékas et du capitalisme d’État ».
9 mars : « Lénine a dit : Le communisme, c’est le pouvoir des soviets, plus l’électricité, mais le peuple a compris que le communisme des bolcheviks, c’est la commissariocratie plus les fusillades ».

Stépan Pétrichenko, président du Comité révolutionnaire provisoire de Kronstadt, plus tard :
« Ils peuvent fusiller les Kronstadiens, mais ils ne pourront jamais fusiller la vérité de Kronstadt ».

Élan noir

Kronstadt dans la révolution russe, Efim Yartchouk, Éditions Noir et Rouge


https://monde-libertaire.fr/?article=Kr ... _Yartchouk
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