Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 16 Aoû 2017, 16:37

Menaces de mort, violences et agressions sexistes, c'est out !

CALL OUT : Menaces de mort, violences et agressions sexistes : virons Gaël de nos milieux.

Nous adressons ce texte à toute personne ayant été, étant ou pouvant être en contact direct ou indirect avec un dénommé Gaël C, afin qu’elle soit informée de ses agissements extrêmement graves depuis maintenant un an.

Quelques jours avant la rentrée de septembre 2016, à Nantes, Gaël a été violent envers sa compagne, ce qui lui a valu une exclusion du groupe militant dans lequel il luttait auparavant. Il est alors allé vivre à Paris quelques mois, où il a frayé avec des militantEs, avant de rentrer à Nantes, chassé là encore suite à un comportement violent envers une femme, entre autre camarades.

Depuis plusieurs mois, cette même personne a multiplié les menaces, de mutilation et de mort à l’encontre des camarades nantaisEs qui l’avaient exclu à la rentrée 2016, menaces d’une rare violence qui se sont intensifiées en juin et juillet, et qui ont été notamment publiées sur sa page facebook ainsi que sur des groupes fermés tels que Blocus Paris Banlieue.

Début juillet 2017, il tente d’agresser une copine, mais en est empêché et ne fait que jeter un seau d’eau sur elle.

Le 22 juillet 2017, alors qu’il est en service dans le restaurant où il bosse, il aperçoit dans la rue une autre copine et la menace violemment, lui promet qu’il l’aurait « défoncée » s’il n’était pas en service, et qu’il la tuera, elle et « les autres », avant de lui cracher au visage, en plein coup de feu du midi. De nombreuses personnes sont alors mises au courant et nombreuses sont celles qui continuent à le soutenir.

Le 07 août à 23h30, Gaël agresse par surprise des camarades attabléEs autour de bières en terrasse d’un bar. Dans une ville où 4 personnes ont été touchées au visage par les tirs de la police, il s'en prend à un camarade mutilé en visant son œil valide, tout en vociférant qu’il lui « crèvera son œil », il frappe ensuite une camarade à la mâchoire et une deuxième copine au bras, aux cris de « salopes », « pédales », etc... avant d’être mis en fuite. Selon les témoins, il est muni d'une arme, type bague de combat. Il a la volonté de blesser. Quelques heures après, Gaël agresse pour la seconde fois dans la soirée le même groupe de personnes, frappant au sol un autre copain avant de mettre un poing à une troisième copine et de cracher au visage d'une quatrième. Il prend la fuite en croyant entendre une sirène au loin, qui s’avérera être celle d’une ambulance qui passait dans la rue.

Nous apprendrons plus tard que Gael C. est allé se faire notifier un important arrêt de travail dès le lendemain, sans doute pour se prémunir lâchement. Agressions sexistes, menaces de mort, attaques à caractère politique : plus rien ne différencie les agissements de Gaël de celles d'un militant d'extrême droite.

Voici une liste de faits concrets, qui selon nous, est suffisamment éloquente pour que ce mec soit banni de nos milieux. Nous estimerons désormais que les personnes qui continuent de soutenir et fréquenter, de communiquer, d’être en relation avec Gaël, s’en font ses complices. En faisant comme si de rien n’était, ces personnes cautionnent et permettent ses agissements fascistes.


https://nantes.indymedia.org/articles/38340
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 14 Sep 2017, 15:22

Aggression sexiste dans la manif parisienne

Communiqué suite à l'agression violente de 5 femmes à la manifestation parisienne du 12 septembre 2017 par le SO de la CGT

Aggression sexiste dans la manif parisienne

Ce mardi 12 septembre, lors de la manifestation parisienne contre la loi travail XXL, des membres du service d'ordre (SO) de la CGT ont agressé des militantes féministes. L'une d'entre elles a fini aux urgence, avec des contusions à la tête, un cocard (contusions avec hématomes de la pommettes à l'arcade) et une entorse au poignet gauche. Chacune d'entre elles souffre de multiples contusion et hématomes.

«À la fin de la manifestation nous regardions les cortèges passer lorsque un membre du SO nous a invectivée. Lorsque l'une d'entre nous a réagi à leurs propos sexistes,les membres du SO (environ une vingtaine d'hommes) se sont déployés sur nous cinq. »

«J'ai été frappée au visage, un des membres du SO m'a empoignée par derrière avant de m'envoyer un coup de poing au niveau de l'oeil droit. J'ai voulu me dégager, mais ils se sont mis à plusieurs pour me tenir et l'un d'entre eux m'a violemment tordu le bras, ils m'ont alors frappée à coups de casque sur la tempe et sur le haut du crâne. Dès le premier impact j'ai entendu mes amies hurler et réagir.»

«J'ai vu ma camarade se faire frapper au visage par aux moins trois hommes. J'ai voulu aller la défendre et là j'ai été saisie à la gorge par derrière, mise à terre et maintenue au sol. Au moins deux hommes ont commencé à me porter et me tirer vers l'intérieur du SO. Mes camarades leurs ont criés de me lâcher mais ont dut intervenir physiquement et me tirer afin de me libérer, les hommes me maintenant au sol refusant de lâcher prise, cela, alors que j'étais deja blessée à la main droite suite à un débris de grenade"

«Voyant ma camarade être frappée au visage, je me suis aussitôt dirigée vers elle. J'ai été immobilisée par plusieurs hommes du SO, et poussée violement au niveau de la poitrine. Je me suis retournée et vois une autre camarade mise à terre et portée vers le milieu du cortège. Je me suis dégagée et j'ai hurlé qu'ils la lâchent. J'ai tiré le bras de l'un des hommes qui l'a tenait. iI l'a lâchée et j'ai été poussée sur le côté. Autour de nous il y avait au moins 10 hommes qui nous bloquaient et regardaient faire»

«J'ai voulu intervenir pour défendre ma camarade mais j'ai été immédiatement agrippée par l'épaule et balayée d'un coup de pied par un membre du SO de la CGT qui m'a jetée à terre dans l'eau»
«J'ai vu que mes camarades étaient en difficulté, j'ai voulu approcher Dess hommes du SO m'ont repoussée violement au point de raviver la douleur d'une entorse que j'avais au doigt "

Nous, militantes féministes libertaires de différents collectifs, organisations et syndicats, condamnons fermement cette agression d'une incroyable violence.

Nous notons la solidarité totale des membres du SO de la CGT entre eux, y compris quand il s'agit de passer à tabac des militantes féministes.

Nous nous inquiétons de l'absence totale de réactions des manifestants face à cette scène et ce qu'elle signifie en terme de banalisation des violences faîtes au femmes.

La peur doit changer de camp, y comprid dans nos manifestations.

Nous notons que le milieu militant produit des agressions sexistes, reproduit les violences patriarcales et tolère les plus graves agressions contre les femmes. Nous insistons sur le fait que les manifestations comme tout autre cadre collectif doivent être des lieux ou les femmes peuvent se rendre sans craindre pour leur intégrité morale et physique.

Nous demandons aux collectifs, organisations et syndicats une condamnation claire de notre agression et des méthodes employées par les membres du SO de la CGT.

Toucher à lune d'entre nous c'est toucher à toutes!

La lutte des classes est féministe !


https://nantes.indymedia.org/articles/38518
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 16 Sep 2017, 15:36

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La peur doit changer de camp !

Lors de la manifestation parisienne contre le loi travail du 12 septembre dernier, des membres du service d’ordre de la CGT, ont violemment tabassé des militantes féministes.

Ces militantes dénonçaient des propos sexistes tenus par une partie de ce SO, et ce n’est pas la première fois que ce type de problème est soulevé. L’une des militantes a fini aux urgences, et les autres souffrent de multiples contusions et hématomes.

Il nous faut encore aujourd’hui rappeler que rien ne justifie les violences envers des femmes. Il est par ailleurs inacceptable que des arguments sur de soi-disantes divergences politiques soient utilisés pour expliquer de tels actes. Certaines d’entre elles sont des militantes syndicalistes et politiques actives, présentes dans toutes les luttes auprès des travailleur-se-s, des migrant-e-s, des précaires... Penser que, sous prétexte que ce sont des femmes plutôt jeunes, elles ne sont pas légitimes pour être reconnues comme telles est indécent.

Mais quand bien même ces femmes ne militeraient nulle part, les violences patriarcales exercées resteraient totalement condamnables.

La solidarité masculine et machiste est encore beaucoup trop présente, même dans les milieux militants. Elle ne doit pas trouver de terrain fertile chez nous. Ce syndicat ne peut se permettre de laisser se reproduire de la part de certains de ses membres ce qu’il faut changer et combattre. Dans le cadre de la prise en compte des dimensions multiples de la lutte à mener, la teneur des slogans employés prend toute son importance comme les attitudes intolérables de certains de ses membres.

Alternative Libertaire affirme son soutien à ces camarades violentées avec lesquelles nous menons le combat pour mettre à bas le capitalisme et le patriarcat.

Alternative Libertaire, le 12 septembre 2017

http://www.alternativelibertaire.org/?L ... er-de-camp
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede Pïérô » 05 Oct 2017, 16:57

À propos du viol collectif qui a eu lieu à Parme, au siège de la RAF (Réseau Antifasciste de Parme)

Traduction d’un texte sur le viol collectif d’une femme dans un local antifasciste à Parme, et du continuum des violences perpétrées par le milieu, comment peut-on se prétendre anarchiste et antifasciste et ne pas VOIR les violences faites aux femmes ?

Nous avons voulu traduire ce texte qui raconte l’histoire de Claudia (le nom a été changé) car elle montre les mécanismes qui permettent la perpétuation des violences sexuelles des hommes contre les femmes.
Mais elle montre aussi LA SOLIDARITE qui peut se mettre en place malgré les phénomènes de meutes. Meutes qui se protègent tentant d’empêcher la parole et la mobilisation, en décrédibilisant, humiliant, marginalisant et terrorisant la victime. Et aussi et surtout LE COURAGE de Claudia et de nous toutes.
Un viol collectif a eu lieu dans un espace militant antifasciste, à Parme, en Italie, comme cela se passe partout dans la société.
C’est difficile d’aller contre son propre groupe d’appartenance quand il nous accuse de le fragiliser, de le trahir et nous rend responsable du chaos. Ce transfert de responsabilité est mis en place pour nous faire taire mais les traîtres ce sont les violeurs et tous ceux qui les soutiennent !!
La seule solution c’est la lutte et la solidarité entre les femmes.

Les traductrices Arrabbiate lestraductricesarrabbiate@autistiche.org

« COMMENT REPARER 4 FISSURES AVANT QUE QUELQUE CHOSE NE SE CASSE DEFINITIVEMENT »

Au mois de septembre 2010, à Parme, rue Testi, un nombre incertain d’individus (entre 4 et 6) ont été acteurs et/ou spectateurs d’un viol collectif d’une jeune femme qui était âgée d’à peine 18 ans.
Cette violence a été perpétrée sur une personne inconsciente, état qui n’a pu être causé par le peu de vin qu’elle se souvient avoir bu.
Au moment du viol, elle était incapable de donner son consentement ou de résister physiquement ou verbalement. Nous le savons car les violeurs ont filmé la scène avec leur portable. Ce que l’on voit dans cette vidéo ne nous laisse aucun doute concernant la nature de la violence dont ils sont coupables, car en plus de leur acte terrible ils avaient la volonté de la faire doublement souffrir en la pénétrant avec un fumigène.
Nous aurions préféré ne pas entrer dans les détails mais cet élément est important car cet objet ou plutôt son nom est devenu le surnom péjoratif de la victime, les mois qui ont suivi le viol.
La fille au fumigène ne pouvait vraiment pas imaginer que les faits de cette nuit-là, qu’elle n’avait jamais dénoncé, par peur, honte ou par besoin de tout laisser derrière elle et d’oublier, étaient devenus un phénomène « viral ».
Cette vidéo a été visionnée par des dizaines et des dizaines de personnes, regardée et à nouveau regardée, jusqu’à la faire devenir le symbole de leur domination et de son humiliation, un spectacle obscène pour rire et se vanter.

Et jusque là, tout va mal, très mal….

Mais le pire doit encore arriver, parce que rue Testi, à Parme, il n’y a pas un bar, une boîte de nuit, une habitation privée et pas non plus un bois obscur et menaçant ou une ruelle sombre et dégradée d’un quartier dangereux. Rue Testi, il y avait un immeuble comme tant d’autres, ces blocs de béton tous identiques… mais celui-ci était différent.
Dans ce bloc de béton armé il y avait le local de la RAF (réseau antifasciste de Parme) et les personnes impliquées dans cette histoire d’horreur et de violence sont des hommes et des femmes qui appartenaient ou fréquentaient la RAF.

Ici, à cet instant, quelque chose se casse.

PREMIERE FISSURE

Nous sommes convaincues que le fascisme n’est pas un fait historique qui se rattache exclusivement à la période des vingt ans du régime fasciste en Italie. Nous pensons que les fascistes ne sont pas seulement les nostalgiques de cette époque, car le fascisme n’est pas seulement un parti politique, un régime du passé ou une tendance politique à laquelle s’unir ou contre laquelle lutter. Le fascisme est avant tout une attitude, une manière de penser, d’agir, de lutter et de haïr. Être fasciste, c’est utiliser sa force pour normaliser et uniformiser la diversité et opprimer les minorités. Être fasciste, c’est utiliser la faiblesse d’autrui pour imposer avec la violence sa volonté. Être fasciste, c’est discriminer sur la base de la sexualité, du genre, du corps, de la spiritualité, de la religion, de l’espèce, de l’âge ou de la condition sociale ou culturelle.
Aujourd’hui nous ne pouvons pas parler d’antifascisme sans condamner tous les sexismes, les racismes, les classismes et les specismes.
Parce que la lutte pour la libération des femmes et des hommes est une guerre pour la liberté qui inclut la défense des opprimé-e-s, des animaux et de la Terre. Une guerre contre le désespoir, l’ignorance et le pouvoir qui opprime. Un viol est toujours et de toutes façons, un acte fasciste même si celui qui le commet se déclare antifasciste. L’antifascisme n’est pas seulement un slogan à crier au stade ou un patch à coudre sur son bombers. Être antifasciste c’est penser et agir de manière antifasciste. Quiconque viole est un fasciste et nous le combattons en tant que fasciste et violeur. Quiconque respire, bouge et parle de notre côté de la barricade et se permet d’avoir des attitudes fascistes sera combattu en tant que fasciste et tas de merde stupide et inconsistant.

Que s’est-il passé dans les jours, les semaines et les mois qui ont suivi le viol ?
La jeune femme ne l’a pas dénoncé à la police, elle n’en a parlé à personne. La vidéo continue à circuler, tout le monde la regarde mais personne ne VOIT la violence. Les hommes qui étaient autour de la table où gisait inerte la jeune femme, ont continué à fréquenter les manifestations, les concerts, les espaces occupés et autogérés…
Et ils riaient, parlaient, buvaient des bières, sortaient avec des femmes, créaient de nouvelles amitiés malgré le fait qu’une vidéo circulait dans laquelle « ils baisaient » avec une femme qui semblait morte. Ils ne considéraient pas cela comme un problème et personne ne leur faisait remarquer. La jeune femme n’a pas de souvenirs très précis mais elle sait que ce groupe de personnes lui a fait quelque chose d’horrible, quelque chose qu’elle a vécue comme une violence. Elle veut savoir pourquoi on lui attribue ce surnom, pourquoi les camarades de Parme (et pas seulement) l’appellent Fumigène. C’est un ami qui lui dit, un ami qui dit : « c’est à cause de la vidéo qui circule, à cause de ce qui est arrivé cette nuit-là… »

DEUXIEME FISSURE :

Si une femme ou un homme perçoit une attitude comme dérangeante ou violente, cette attitude est un abus. Si une femme ou un homme est de façon évidente altérée par les effets de l’alcool ou d’une drogue, elle/il ne peut pas donner son consentement.
Sans consentement c’est un viol.
Cela peut arriver que nous nous sentions dégradées ou violées après un rapport sexuel, même si, au début, nous avions donné notre consentement. Ne pas savoir percevoir ou ignorer les signaux du mal-être de l’autre, est une violence. Si une femme ressent du plaisir pendant un rapport sexuel, elle l’exprime. La passivité totale est souvent le symptôme d’un mal-être qui ne parvient pas à s’exprimer. Le silence ne signifie pas le consentement. Sans consentement c’est un viol. Recommencer un rapport sexuel sans consentement est une violence.
Et cela ne compte pas, si dans d’autres situations nous avons donné notre consentement pour des relations de nature intime, sexuelle ou sentimentale. La violence a lieu trop souvent entre des murs : murs domestiques, murs de relations et murs d’appartenance à un groupe social et cela ne la rend pas moins grave. Et la moralité (intime ou politique) d’une femme ne peut pas justifier l’abus de pouvoir d’un homme. Si nous ne donnons pas de consentement et si nous percevons une parole, une attitude ou une relation comme dégradante ou violente, c’est un viol. Et ceci devrait être évident pour qui se déclare antifasciste et donc antisexiste. Toute personne qui ne le comprend pas et qui ne fait pas de distinction entre une femme qui jouit et une femme qui subit une violence, sera combattue en tant que fasciste, machiste et horrible tas de merde inconsistant.

Le viol – réduit à un spectacle ridicule utilisé par la misère humaine des hommes et des femmes à qui il manque non seulement les bases théoriques, mais aussi simplement le cœur et la tête pour comprendre – aurait pu rester impuni. Un poids horrible réservé à la victime, qui, entre temps, s’écroule émotivement et est prise dans une spirale d’autodestruction et dans une recherche désespérée de chaleur et d’affection ; une spirale vers le bas, faite de choix erronés, de relations toxiques et de merde qu’on peut imaginer et/ou prévoir sans avoir besoin de chercher sur google « stress post traumatique après violence sexuelle ». Elle, seule, à la merci de ses démons // les autres, les violeurs (et spectateurs de l’horreur) parmi nous.

Mais au mois d’août 2013 une bombe artisanale explose à quelques pas des locaux de Casa Pound (organisation fasciste) de Parme et, comme d’habitude, les enquêtes frappent le mouvement antifasciste et anarchiste de Parme et des zones limitrophes. Certains disent qu’il y a eu des fuites, d’autres disent que c’est Casa Pound qui a donné les informations ou c’est peut être le déroulement normal des enquêtes. Peu importe le comment, ce qui compte c’est que les enquêteurs ont pris connaissance de la vidéo – que les violeurs avaient filmée et diffusée – et d’un nom : le nom et prénom de celle que trop de monde avait appelé la fille au fumigène.
Seule, avec ses démons et un nombre incalculable de gendarmes qui lui posent des questions pendant des heures et des heures. Qui lui demandent quels rapports elle avait avec ce groupe d’hommes et de femmes, qui se trouvait dans le local de la RAF et qui lui demandent si elle les fréquente, s’ils sont ses amis, s’ils sont ses camarades.
Non, elle ne les fréquente pas.
Pourquoi elle ne les fréquente pas ? Elle a peut être eu un conflit ? Ils lui ont fait quelque chose ? A-t-elle déjà été rue Testi ? Et qu’est ce qui lui est arrivée rue Testi ? Et puis ils lui montrent la vidéo. Et encore des questions. C’est elle dans la vidéo ? Qui était présent cette nuit là rue Testi ? Ils commencent à donner des noms. Lui, il y était ? Et lui ? Elle est certaine qu’il n’y avait pas celui-là ? Certains ont été identifiés dans la vidéo. On entend des voix. A qui appartiennent ces voix ?
Après des heures et des heures interminables ils nomment certaines personnes dont elle se souvient dans le local de la RAF le jour du viol. Et combien…. combien d’entre nous seraient vraiment capables, malgré nos solides convictions, de tenir ?

TROISIEME FISSURE :

Tous ceux qui se déclarent « anarchistes » devraient refuser l’État, ses Institutions et désavouer la justice des tribunaux parce que la légalité n’est pas la justice. Les anarchistes donc, ne devraient pas chercher à corriger les torts subis en faisant appel à ceux qui ont créé les lois, à ceux qui les imposent et qui punissent ceux qui ne les respectent pas. Ceci parce que l’anarchie est auto-organisation et autogestion, avec le but suprême du bien commun, qui devrait surpasser l’intérêt individuel.
Pouvons-nous encore nous définir anarchistes si pour maintenir et garantir le bien d’un groupe, il faut écraser d’autres individus, garder le silence sur le mal-être et tourner le dos à nos idéaux ?
Si nous refusons cette loi sourde et aveugle qui est imposée du haut et punit ceux qui n’obéissent pas, pouvons-nous reproduire ce modèle imposant la stérilité à notre théorie, aux frais de l’empathie, du bon sens et de l’humanité ?

« Celui ou celle qui parle avec la police est un traître et ne doit pas mettre les pieds dans nos espaces »

Alors, demandons-nous pourquoi les premiers à avoir VU la violence dans cette vidéo, que tant de camarades anarchistes avaient vue, ont été les gendarmes et les magistrats.
Pourquoi une jeune femme qui a subi une telle violence s’est retrouvée seule et pas préparée « entre les mains » des forces armées, formées pour gérer ces situations à leur avantage ? Où étions-nous, ces trois ans qui se sont écoulés entre le viol et le jour où les patrouilles sont allées chercher la jeune femme chez sa famille ? Pourquoi au lieu de diffuser la vidéo, de l’humilier, d’organiser des assemblées avec les violeurs il n’a pas été construit un mur pour protéger la jeune femme ? Pourquoi pour sauver le groupe il a été décidé d’abandonner celle qui en avait vraiment besoin ?

« Les personnes fragiles affaiblissent le mouvement parce qu’elles peuvent être manipulées par les flics et les fachos ».

Nous pensons, au contraire, que le mouvement est faible s’il n’est pas en capacité d’accueillir et de protéger les faibles et les opprimé-e-s.
Nous pensons que le mouvement s’affaiblit s’il s’accroche à des théories de pureté et d’intégrité, sans avoir la capacité d’accueillir (de former et d’informer) aussi ceux et celles qui n’obéissent pas aux textes sacrés du révolutionnaire parfait.
Nous avons la ferme conviction que ce n’est pas le moment de faire un procès à l’intégrité politique d’une femme qui a subi d’abord la violence des violeurs et ensuite celle de l’État, parce que ses actes ne peuvent pas faire passer en second plan la condamnation du viol et de la violence sexiste commise par ceux qui se déclarent camarades, anarchistes, antifascistes.
Si nous devons faire un procès politique, alors faisons-le aussi à qui a violé et diffusé la vidéo, à qui l’a appelée fumigène et faisons-le surtout à nous-mêmes. C’est nous qui devrions en premier nous mettre sur le banc des accusé-e-s et nous demander ce que nous avions dans la tête quand nous n’avons pas voulu prendre position « parce qu’elle a subi un viol, MAIS… »

Pendant cet interrogatoire, qui a eu lieu des années après le viol, une déposition a été retranscrite par les gendarmes, signée par la jeune femme, avec les noms de ceux qu’elle se rappelait avoir été présents cette nuit-là rue Testi. Parmi ces noms il y avait une personne qui a déclarée se trouver à l’étranger à l’époque des faits et qui a donc été acquittée par l’État. Parmi les autres nommés et convoqués par les forces armées en tant que personnes informées des faits, 4 hommes identifiés dans la vidéo ont été accusés et passent en procès maintenant (dont un se trouve à l’étranger et n’a pas été localisé). Il faut se rappeler que nous parlons d’une personne qui n’a jamais dénoncé et qui n’avait aucune intention de le faire, mais qu’elle s’est retrouvée à devoir se constituer partie civile dans un procès pour crime de viol collectif. Non pour un acte politique, non pour une action du mouvement, mais pour violence sexuelle avec de nombreuses circonstances aggravantes, vu qu’elle était inconsciente lors des faits. Quatre personnes en plus sont accusées d’incitation et de complicité. Ils ont, selon les enquêteurs, menti pour couvrir les violeurs ou menacé la victime pour qu’elle nie le viol subi. La victime a été bombardée de messages de menaces et d’insultes sexistes depuis le début du processus juridique. Trop souvent elle a été chassée violemment des espaces occupés et autogérés, sans être écoutée.
Même si nous pouvons considérer qu’il est grave de faire appel à la justice, nous pensons que ça reste moins grave que ce qu’elle a subit. Pour « venger » ceux qui avaient été convoqués par la police ou pour protéger les violeurs, une impitoyable machine s’est mise en marche, alimentée de rumeurs absurdes, de menaces et même d’agressions physiques contre elle. En l’accusant d’être une « balance » le message est passé, qu’il est plus grave de dénoncer un viol que de violer. Bien que le viol se soit produit dans un espace politique, il est difficile de prendre position parce qu’elle a fait ça, elle a dit ça et parce qu’elle est…. Et nous n’arriverons pas à croire que ceux qui la condamnent pour avoir parlé avec la police, veuillent cela. Nous espérons vivement que le mouvement soit suffisamment mature et lucide pour distinguer les deux choses et contextualiser les faits. Condamner la violence sans si et sans mais et puis dans un autre lieu et avec les bonnes pratiques*, réfléchir sur les raisons pour lesquelles tout cela est arrivé.

*LES BONNES PRATIQUES : Combien parmi nous lui ont écrit pour lui demander sa version ? Combien d’entre nous l’ont menacée avec des messages anonymes ou sur facebook pour ensuite la bloquer et ne pas lui donner la possibilité de parler ? Combien d’entre nous ont diffusé la parole des accusés sans remettre en cause la source ? Combien d’entre nous ont estimé que ce qu’elle a fait était plus grave que le viol qu’elle avait subi ? Combien d’entre nous attaquent la justice des tribunaux pour ensuite formuler ses propres accusations avec ses propres règles et méthodes ? Combien ont demandé à voir la vidéo parce que sinon, « nous n’y croyons pas » ? Et c’est comme ça qu’on pense gérer notre justice au sein de nos espaces ?

QUATRIEME FISSURE

A la base de l’antisexisme il devrait y avoir la force de condamner n’importe quelle forme de violence contre les femmes en tant que femmes. Cela ne veut pas dire défendre une femme par parti pris, mais condamner tous les viols même s’ils ont été commis par des « camarades », des amis ou les hommes qu’on aime. Et même s’il est commis contre une femme qu’on n’aime pas, une ennemie et qu’elle nous a fait du mal. Une féministe n’insulte pas une autre femme pour son aspect physique, pour ses préférences sexuelles ou pour ses appétits érotiques. Une féministe n’utilise pas des expressions violentes et machistes contre une autre femme. Il n’y a JAMAIS de bonnes raisons, la violence sexiste (physique ou verbale) est pour nous condamnable, inacceptable et nous la combattrons de toutes nos forces.

CONCLUSION :

Si, en tant qu’anarchistes, nous voulons créer une sociabilité autre à l’intérieur de nos espaces libertaires, revendiquer nos idées et autodéterminer nos corps, rejeter le rôle des institutions sous toutes ses formes, combattre le bras armé de l’état au point d’appeler consciemment une « balance » celui qui dénonce un camarade…
Nous ne pouvons que nous demander aujourd’hui, ce que nous avons fait pendant ces années où nous aurions dû chercher les façons de protéger une victime, conscient-e-s de notre rôle, avant la machine judiciaire, avant l’étonnement face à l’écroulement émotif d’une femme.
Six ans de silence.
Et pourtant, nous savons très bien que l’omerta est depuis toujours l’amie fidèle de la violence masculine.
Comment pouvons nous définir comme libertaire un espace où une violence aussi grave qu’un viol peut avoir lieu ? Comment pouvons-nous définir comme anarchiste celui qui perpétue des attitudes que nous condamnons dans la société patriarcale, fasciste et violente ? Comment pouvons nous définir ces espaces comme libertaires et nous définir comme libres ?

Ce qui lui est arrivé pourrait arriver à n’importe laquelle d’entre nous. Si nous mettons de côté la théorie abstraite, la martialité d’un code et la culture du « super homme, je l’ai dure » que nous préférons laisser aux prédicateurs, aux soldats et à ceux qui se la jouent, nous ne pouvons qu’être fières d’elle et de sa force, aujourd’hui, parce que ce qu’elle a vécu aurait pu anéantir beaucoup d’entre nous. Cette incroyable force qu’elle est en train de démontrer en voulant revendiquer le droit à fréquenter nos espaces et son courage devant l’obscénité présente dans la salle d’audience, où elle se retrouve – devant les yeux de ses violeurs – à revivre chaque instant, chaque sensation, chaque souvenir lié à cette nuit et à sa vie intime passée et présente.

Et aujourd’hui nous nous levons, debout, droites comme des clous qui brillent dans une nuit magnifique, ensemble contre la violence de cette nuit rue Testi, la honte de cette vidéo diffusée et l’horreur de ce surnom. Contre l’abandon et l’incapacité de voir le mal-être d’une femme. Contre l’omerta et le mur de silence. Contre les attitudes et le langage utilisés contre elle. Contre ceux qui l’ont mise en procès, condamnée et punie se basant sur des rumeurs et des faits incomplets et biaisés. Contre ceux qui l’ont menacée, agressée, éloignée des espaces occupés en utilisant la violence…
Et c’est contre tout cela qu’en ouvrant la bouche, ce cri est sorti.

Féministes de Parme

Pour les contacter écrire à romantikpunx@gmail.com

Ici la version originale :
https://abbattoimuri.wordpress.com/2016 ... er-sempre/
Emission radio sur la 6ème et dernière audience :
https://www.ondarossa.info/newsredazion ... upro-parma

Contexte actuel :
Il y a eu 6 audiences et lors des deux premières, Claudia était seule. Le procès s’est déroulé à huit clos et elle s’est retrouvée seule face aux violeurs.
Les violeurs ont utilisé la pire des lignes de défense, et comme d’habitude dans ce type de procès, ils ont mis en cause sa conduite sexuelle et sa santé mentale ! La victime a été soumise à un procès moral honteux, à l’intérieur du tribunal mais aussi en dehors.
Les féministes se sont organisées.
A partir de la troisième audience plein de monde s’est retrouvé hors du tribunal pour la soutenir, elle n’était plus seule enfin.
Plusieurs bombages sont apparus sur les murs de Parme avec les noms des violeurs et des diffusions de tracts ont été faites. Un mouvement de soutien de femmes et de lesbiennes s’est mobilisé à Parme, Bologne, Milan, Turin. Des assemblées permanentes sur la culture du viol et le sexisme se sont réunies dans ces villes.
Il y a eu une déchirure dans le mouvement, des intimidations mais la partie solidaire s’est élargie de plus en plus.
Elle sortait des audiences dans un état terrible, les compagnes étaient avec elle. Elle ne voulait pas le procès mais elle a été déterminée à continuer et a eu la force pour le faire.
Le 14 juillet trois violeurs ont été condamnés à 4 ans de prison. Leurs avocats ont utilisé tout ce qu’ils pouvaient pour écraser Claudia, dont la projection image par image de la vidéo en salle d’audience. La justice a participé à la mise en scène de cette torture. La condamnation des violeurs représente l’échec de cette stratégie de destruction.
Claudia n’est plus seule et les liens se sont renforcés entre les femmes mobilisées.
La lutte n’est pas finie ! Les violeurs ont fait appel et Claudia sera obligée de revivre une violence ultérieure, celle de l’in-justice patriarcale et ses tribunaux. Restons unies et continuons à nous battre toutes ensemble !


https://paris-luttes.info/a-propos-du-v ... qui-a-8797
Image------------ Demain Le Grand Soir --------- --------- C’est dans la rue qu'çà s'passe --------
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 06 Oct 2017, 07:37

Nancy

"No Means No" les 6, 7 et 8 octobre 2017

Ces dernières années, plusieurs faits d’agressions sexuelles au sein du milieu militant local ont été rendues publiques. Les réactions ont été variées, allant du soutien aux personnes ayant témoigné à la tentative de passer leur récit sous silence voire même leur culpabilisation.

Ces sujets sont particulièrement complexes car ils renvoient à l’intime, à nos émotions, à nos relations, et deviennent d’autant plus tabous lorsqu’ils concernent l’entourage (ami.e.s, organisation politique, famille…) par peur que cela "déstabilise le groupe".

« Ça ne peut pas arriver parmi nous on se connaît tou.te.s », « Je le connais bien c’est impossible », « Il y a viol et viol », « Elle n’a pas porté plainte, elle ment », « Elle ne s’est pas débattue » sont des propos qu’on a entendu dans nos milieux et qui sont, chaque fois, une nouvelle violence.

Pendant des mois on a pu se rendre compte de la puissance de la culture du viol et des personnes que l’on pensait être des camarades proches se sont illustré.e.s par leur attitude agressive ou passive.

Il ne suffit pourtant pas de se dire (pro)-feministe ni de faire un jour une action antisexiste pour l’être. Ni de dénoncer un système abstrait si l’on n’est pas en mesure de réagir différemment en situation concrète. Se taire et fermer les yeux quand on sait c’est aussi se positionner.

En tant que personnes concernées et déterminées, nous voulons que les réflexions puissent continuer. Nous voulons faire avancer les pratiques féministes au sein d’un milieu bien loin d’être préservé des comportements sexistes. Nous voulons exclure les rapports de domination de nos luttes.

Nous pensons nécessaire de prévoir des modes de gestion collective en dehors (ou en parallèle selon les choix des personnes concernées) de la justice « bourgeoise », parce qu’on ne peut pas lutter contre elle tous les jours et y faire appel dès qu’un sujet nous échappe. La justice étatique reproduit les oppressions et creuse les inégalités, nous devons trouver des outils plus fiables dans lesquels nous nous retrouvons.

Nous organisons donc un week-end féministe avec comme point fort l’invitation de la compagnie Les Culottées du bocal qui travaille depuis longtemps sur les notions de consentement et de la culture du viol mais aussi de quoi passer un bon moment festif et collectif pour nouer des liens de confiance !

Le tout se déroulera à l’ancienne école de la MJC des Trois Maisons.

Au programme :

Vendredi 6 :

• Ouverture à 19h
• A 20h : « Vous désirez ? », conférence gesticulée par la Cie Culottées du bocal.

Samedi 7 :
• A 13h : atelier autour du consentement (uniquement sur inscription la veille à la fin de la conférence. Limité à 20 personnes)
• A partir de 17h : ◦ atelier sérigraphie (ramène tes fringues !),
◦ réalisation de pochoirs et badges,
◦ création d’un journal mural,
◦ lectures de textes (ramène tes brochures !)
◦ enregistrement d’une émission de radio par Lilith, Martine et les autres (radio féministe de Lyon),
◦ table de presse thématique,
◦ distro (clitoris 3D phospho, badges, affiches sérigraphiées, patchs, tampons encreurs…),
◦ bar à bière, jus et limonade...
◦ Sandwicherie Las Vegan
• A 21h, concerts Cie Kta (conte concert), Ruines (rock) et Clitocratie (rock electro) puis boom pour danser sans relou.e.s, ramène ta playlist féministe !

Dimanche 8 :
• A 14h : "Matte ta chatte", invitation à l’auto-examen (discussions, lectures mais pas d’obligation ou de pression à la mise en pratique sur place). Non-mixité inclusive (sans mecs cis). Ramène une serviette de toilette si tu peux.

Afin de financer l’organisation de cet événement et la venue des compagnies, une participation libre sera la bienvenue tout au long du week-end.

Si vous ou votre orga avez envie de participer en proposant un atelier/discussion pour laquelle vous êtes autonome n’hésitez pas à nous contacter : emelia.ricoletti@riseup.net

https://manif-est.info/No-Means-No-6-7- ... 7-306.html
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 18 Oct 2017, 00:15

À propos du viol collectif qui a eu lieu à Parme, au siège de la RAF (Réseau Antifasciste de Parme)

*Attention ce texte thématise de manière détaillée des violences sexuelles*
Traduction d’un texte sur le viol collectif d’une femme dans un local antifasciste à Parme, et du continuum des violences perpétrées par le milieu, comment peut-on se prétendre anarchiste et antifasciste et ne pas VOIR les violences faites aux femmes ?

Nous avons voulu traduire ce texte qui raconte l’histoire de Claudia (le nom a été changé) car elle montre les mécanismes qui permettent la perpétuation des violences sexuelles des hommes contre les femmes.
Mais elle montre aussi LA SOLIDARITE qui peut se mettre en place malgré les phénomènes de meutes. Meutes qui se protègent tentant d’empêcher la parole et la mobilisation, en décrédibilisant, humiliant, marginalisant et terrorisant la victime. Et aussi et surtout LE COURAGE de Claudia et de nous toutes.
Un viol collectif a eu lieu dans un espace militant antifasciste, à Parme, en Italie, comme cela se passe partout dans la société.
C’est difficile d’aller contre son propre groupe d’appartenance quand il nous accuse de le fragiliser, de le trahir et nous rend responsable du chaos. Ce transfert de responsabilité est mis en place pour nous faire taire mais les traîtres ce sont les violeurs et tous ceux qui les soutiennent !!
La seule solution c’est la lutte et la solidarité entre les femmes.

Les traductrices Arrabbiate lestraductricesarrabbiate@autistiche.org

... https://renverse.co/A-propos-du-viol-co ... eseau-1251
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 18 Nov 2017, 21:21

Pour une autonomie féministe : appel à transformer la mixité

Ce texte est une forme de compte rendu de nos discussions et a pour objectif d’abord de vous décrire, à vous hommes cis, comment vos comportements, consciemment ou pas, peuvent perpétuer des dynamiques d’oppression et de domination sexiste dans nos milieux militants.

Ce texte a été résumé devant l’AG « Automne Autonome » qui a eu lieu mardi 14 novembre, et nous souhaitions le publier en intégralité ici.

Mardi 8 novembre, nous étions environ 25 à nous réunir en non mixité. Via des expériences différentes et sous des formes diverses, nous avions toutes quelque chose en commun : toutes, nous avons souffert et continuons à souffrir du sexisme et du virilisme présents dans nos milieux militants, celui-ci compris. A cause de cela, certaines d’entre nous ont décidé de plus militer qu’en non mixité et c’est un choix qu’il faut respecter : toutefois, nous souhaitions tenter collectivement de transformer la mixité pour en éradiquer toute forme d’oppression. Notre démarche est donc la suivante : ce texte est une forme de compte rendu de nos discussions et a pour objectif d’abord de vous décrire, à vous hommes cis, comment vos comportements, consciemment ou pas, peuvent perpétuer des dynamiques d’oppression et de domination sexiste. Nous espérons que cela provoquera une prise de conscience chez vous et une remise en question honnête et effective, ainsi qu’un effort de formation personnelle de votre part sur toutes les questions que nous allons évoquer. Dans un second temps, nous voulions aussi exposer les mesures concrètes qu’il nous faut collectivement mettre en place dès maintenant pour effectivement transformer la mixité.

Du sexisme ordinaire en AG

Nous ne voulons plus que les AG soient des espaces dans lesquels le décalage entre le temps de parole des hommes et celui des femmes est si important. Trop souvent, vous nous coupez la parole, chose que vous ne vous permettriez certainement pas face à un autre homme, dont la parole est automatiquement plus légitime. Vous camouflez votre refus de remettre en question votre privilège masculin derrière de pseudo excuses idéologiques : en refusant de mettre en place un tour de parole en AG sous prétexte que ce serait déjà du stalinisme, vous refusez d’investir la prise de parole comme espace de reproduction des oppressions. Car quand il n’y a pas de tour de parole, les personnes qui parlent sont celles qui parlent le plus fort : en l’occurrence, les mecs. Combien de femmes ont levé la main pendant 20mn lors de l’occupation de l’institut de géo sans jamais pouvoir prendre la parole ?

Nous ne voulons plus nous autocensurer en AG. Même en contexte d’AG dans lesquelles la prise de parole est plus apaisée, le problème persiste : à la dernière AG, au bout d’1h30 de débat, on comptabilisait 2mn30 de temps de parole par les femmes. Ce chiffre doit entraîner une remise en question de votre part : presque toutes, nous avons à un moment donné vécu cette situation où nous avions quelque chose à dire, à proposer, ou à demander, et nous n’avons pas osé. Nous voulons pointer du doigt le virilisme omniprésent, qui entraîne une absence totale de bienveillance, un principe pourtant fondamental dans nos espaces : en AG, il s’agit d’être fort, sûr de soi, d’être toujours pertinent ; plus on est viriliste et agressif dans notre prise de parole, plus on est respecté. Plus on fait ou propose des choses dangereuses et risquées, plus on est écouté.e, et une sorte de nécessité absolue de faire ses preuves semble s’être installée, qui rend d’ailleurs l’intégration de nouvelles personnes (homme ou femme) extrêmement difficile et toute massification impossible. Chacun.e doit pouvoir se sentir libre de poser une question, même stupide, de demander un éclaircissement, de parler d’une idée dont iel n’est pas très sûr.e. Nous devons réserver la méfiance, l’animosité et l’agressivité à nos adversaires, aux flics ou aux fachos, et construire des espaces profondément bienveillants entre nous : la camaraderie et la bienveillance sont des formes de résistance politique.

Paternalisme et virilisme : deux têtes d’un même système dans le cortège de tête

Nous ne voulons plus nous autoexclure du cortège de tête à cause de votre virilisme, sexisme ou paternalisme. Plusieurs types d’expériences sont ressorties de nos discussions : certains d’entre vous remettent en cause constamment, consciemment ou non, la légitimité de notre présence dans le cortège de tête. Vous nous faites comprendre par des regards, des gestes, des attitudes, que la place d’une femme n’est pas ici, que l’affrontement et la violence sont des choses réservées aux vrais mecs ; ou bien vous cherchez à nous protéger, car nous sommes visiblement le genre faible. Nous devons bien sûr toutes et tous nous protéger collectivement et être solidaires dans les moments d’affrontement ; mais il y a différentes manières de le faire et nous ne voulons pas de vos gestes paternalistes qui semblent nous dire « là, c’est trop violent pour toi, retournes à la cuisine ». Notre rôle dans le cortège de tête n’est pas celui d’infirmière, c’est un choix pour certaines d’entre nous d’être médics mais il ne nous est pas dû ; nous ne sommes pas là pour vous rassurer ou s’occuper de vos potes blessés ; notre rôle n’est pas de vous protéger car assignées femmes, si nous le faisons c’est par choix et convictions politiques que nous avons choisi d’agir collectivement.
Dans le même temps, cette déconstruction du paternalisme doit aller main dans la main avec la déconstruction du virilisme que vous reproduisez parfois et qui met tout le monde en danger : on en arrive à un climat permanent où le meilleur militant sera celui qui aura cassé le plus de flics et où courage est devenu synonyme de prise de risques - souvent inutiles. Si nous reconnaissons tou.te.s que parfois, la violence est une nécessité politique, nous refusons que certains d’entre vous la glorifient : la violence doit rester une arme politique et ne pas devenir une fin en soi. En effet, en faisant de la peur une honte, en transformant le fait de dire « non, je ne participe pas à cette action car j’ai peur » en une faiblesse, une lâcheté, un manque de courage, non seulement nous reproduisons le virilisme, mais en plus nous nous mettons en danger puisque dire non n’est plus possible ; chacun.e doit être conscient.e des conséquences juridiques, physiques ou morales que peuvent entraîner ses actes, et choisir d’agir en fonction de cela, et pas en fonction du regard des autres. En tant que femmes, nous ressentons d’autant plus fortement cette injonction à faire nos preuves dans le cortège de tête que notre présence dans cet espace est constamment remise en question, comme expliqué auparavant. De plus, nous ne voulons plus reproduire entre nous ces dynamiques de concurrence qui sont propres au capitalisme : l’anticapitalisme passe aussi par le refus de cette mise en concurrence permanente et intégrée.
Enfin, vous devez comprendre que virilisme et paternalisme par rapport à cette question de la violence sont deux têtes du même système, et que nous refusons à la fois vos injonctions à l’usage de violence obligatoire ET votre confiscation de la violence comme un moyen d’action qui serait plus naturellement masculin. Vous devez comprendre qu’en tant que femmes, la violence n’a pas fait irruption dans nos vies avec le cortège de tête, mais que nous la portons dans nos chairs depuis que nous sommes nées, et que nous nous sommes construites avec des rapports à la violence, au corps, à l’espace et à la peur qui sont différents des vôtres, notamment en raison de la menace latente et omniprésente du viol. Nous revendiquons donc à la fois un droit à la peur et au refus libre de tout jugement de valeur, ET un droit à l’usage de violence libre de vos tendances protectrices paternalistes. Nous sommes légitimes dans notre violence, vous y êtes confrontés tous les jours à cette violence du système, étatique. Mais nous, personnes assignées femmes, sans choix, nous subissons la violence patriarcale, sexiste, viriliste ; nous déligitimer des rapports de violence revient à nous déposséder de notre combat.

Culture du viol : agresseurs et violeurs, hors de nos espaces

Nous ne voulons plus être considérées constamment comme de potentielles conquêtes : plusieurs d’entre nous constatent que lorsqu’elles tentent de construire une relation de camaraderie militante avec un mec, certains d’entre vous se placent d’emblée et constamment dans un rapport de séduction, qui n’est pas forcément désiré de notre côté. Il ne s’agit pas de dire que le désir soit à bannir, mais bien que voulons être respectées et prises au sérieux dans notre statut de militantes, considérées comme des camarades avec qui vous allez accomplir quelque chose avant d’être considérées comme une personne avec qui vous voudriez potentiellement avoir des relations sexuelles/amoureuses. Nous ne sommes pas la copine de, l’amante de, nous sommes des militantes féministes qui faisons des choix dans nos vies. De plus, nous avons le droit à choisir d’avoir ou non une vie amoureuse, sexuelle qu’elle soit polyamoureuse, monogame ; aromantique, romantique ; sexuelle comme asexuelle ; Ce sont nos choix, nous n’avons pas besoin de vos jugements ou vos approbations.

Enfin, nous ne voulons plus subir vos agressions sexuelles, votre harcèlement, vos viols. Comment pouvez-vous vous dire antifasciste, antisexistes, parfois même proféministes et nous mettre des mains au cul en manif ? Comment est-ce possible que certains d’entre vous agressent et violent ? Tout le monde le sait et personne n’en parle : il y a bien des cas d’agressions et de viols au sein de nos milieux. Les agresseurs et les violeurs en question continuent à venir en manif, en AG, dans nos espaces militants ; c’est la victime qui s’exclut. C’est le moment où vous êtes en train de penser « c’est scandaleux, mais c’est pas moi, moi je suis pas comme ça » : c’est le moment de vous remettre en question. Vous n’êtes peut être pas un agresseur, mais combien d’agresseurs couvrez-vous ? Vous n’avez peut être jamais violé une femme comme on l’imagine dans les films, au fond d’une ruelle sombre, mais êtes vous sûrs que vous n’avez jamais imposé quelque chose à une femme sans avoir son consentement explicite ? Combien de fois avez-vous minimisé les actes de vos potes ? « Roh, ça va, il était un peu relou ok, mais elle le voulait toute façon ». Nous constatons que la prise de parole de la victime est impossible et que si elle y parvient, cela n’a aucune conséquence : l’agresseur peut continuer à fréquenter nos espaces en toute tranquillité, ses potes minimisent ses actes et le protègent, et une espèce de solidarité masculine se met même parfois en place, car nous savons que certains d’entre vous font circuler entre potes des noms de meufs trop féministes, qui cassent les couilles, « surtout elle faut pas aller la draguer après elle crie à l’agression direct ». Nous dénonçons donc vos viols, vos agressions (et ça commence par la main au cul en manif ou la drague super lourde en soirée de soutien antirep), et nous dénonçons aussi votre silence complice, votre shaming permanent des meufs féministes et votre incapacité à vous former et à vous remettre en question sur ces thématiques.

Toutes ces choses là, depuis le temps de parole en AG jusqu’aux agressions, font partie du même système d’oppression sexiste et ont toutes une conséquence commune : notre autoexclusion de ces espaces militants mixtes. Certaines d’entre nous ne vont plus dans le cortège de tête car masqué.e.s, elles ne peuvent plus reconnaître ceux qu’elles savent être des agresseurs, ou parce qu’elles décident de s’éviter le coût mental et émotionnel que représente le virilisme et le paternalisme cités auparavant. Certaines d’entre nous ne vont plus en AG mixte car elles savent que tel groupe de mecs qui parlent fort et font les gros bras seront présents. Certaines d’entre nous ne fréquentent plus les bars militants ou les soirées en squat car elles savent qu’elles devront faire face à des relous. Preuve ultime de cette dynamique d’autoexclusion : nous étions 25 en AG non mixte, nous sommes 6/25 à être présentes aujourd’hui en AG mixte. Il faut que tout ça change, non seulement parce que vous vous dites antisexistes, mais aussi parce que si ça continue, vous allez finir par vous retrouver tous seuls. Nous avons donc plusieurs propositions concrètes.

Nos propositions

1. Formez vous ! : de nombreuses ressources en ligne, des textes, des vidéos. L’excuse « je savais pas », c’est plus possible actuellement dans les milieux militants. Et formez vos potes ! Ne laissez plus passer les comportements relous, même quand c’est « pour rire ». Conférence gesticulée sur le consentement, réalisée par la compagnie Les culottés du bocal. Représentation le 11 décembre à 19h à la grande salle de la bourse du travail de St Denis, contribution libre. De plus, nous souhaitons vous rappeler que si nous avons décidé de vous expliciter nos opinions aujourd’hui et de vous conseiller des ressources de formation, nous ne sommes en aucun cas tenues de le faire, et nous n’avons aucune obligation d’assumer la charge organisationnelle, émotionnelle et mentale de votre formation. Lisez de la théorie, écoutez les femmes de votre entourage, posez des questions à vos amies concernées si vous avez un doute ! On vous distribue une liste de ressources et on les publiera avec ce texte sur paris lutte info. Ne vous taisez plus en cas d’agressions,

2. Tour de parole et tribune : nous souhaitions prendre en charge le tour de parole de cette AG, en nous donnant le droit de faire remonter des femmes avant des hommes si l’on constate une trop grande inégalité dans la distribution de la parole, et d’interrompre une prise de parole qui serait agressive/viriliste/sexiste, etc. Nous souhaitons qu’un tour de parole soit systématiquement mis en place en AG et nous voulons aussi rappeler l’importance de la bienveillance entre nous en AG, l’idée qu’il n’y a pas de question bête. Nous décidons aussi qu’à chaque AG, nous allons chronométrer le temps de parole pris par les mecs/les meufs et annoncer à tou.te.s le résultat en fin d’AG, en espérant que ce résultat s’améliore peu à peu. Nous voulons aussi préciser à l’intention des participant.e.s non mecs cis de l’AG que notre intervention n’est en aucun cas une injonction à prendre la parole qui leur serait adressée, mais bien une tentative de construction d’une ambiance bienveillante dans laquelle ces personnes pourraient, si et quand elles le veulent, prendre la parole sereinement.
Nous rappelons également à chacun qu’il est important de faire attention au temps de son intervention et aux répétitions inutiles, souvent le fait de mec cis (il a été démontré que même si dans une AG le nombre d’intervention mecs/meufs commence à s’équilibrer en chiffres absolu, le déséquilibre en terme de temps est plus difficile à résorber, les mecs parlant en moyenne plus longtemps que les meufs).

3. Nous proposons de réfléchir collectivement aux choses suivantes :
• En cas de propos sexiste, inventer un signe silencieux pour inviter la personne à reformuler sa phrase ;
• rappel régulier des temps de paroles ;
• plusieurs personnes qui prennent les notes ;

4. Enfin, nous voulons rappeler que désormais, nous ne laisserons plus rien passer et construisons une vraie sororité entre nous, notamment contre les agresseurs. Nous avons constitué une liste mail non mixte (inscrivez vous sur la feuille si vous souhaitez la rejoindre) qui nous servira à nous organiser ponctuellement (par ex autre AG non mixte ou éventuellement actions antisexistes) mais aussi à faire circuler entre nous les identités des agresseurs pour nous défendre collectivement. Que chaque personne puisse venir nous voir en personne ou via la liste mail, en son nom ou anonymement, si elle a subi une agression.
Sachez que la parole de la victime/survivante est écoutée, elle primera toujours sur le reste.

Pour conclure, nous espérons que vous saurez comprendre notre démarche pour ce qu’elle est : avant tout la réponse à une urgente nécessité de nous protéger entre nous et de changer les espaces qui ne sont pas safes pour nous, mais aussi la volonté d’aller plus loin collectivement et de devenir meilleurs tou.te.s ensemble, car nous savons tou.te.s que la révolution sera féministe ou ne sera pas !

Liste de ressources pour se former :
• conférence gesticulée sur le consentement et la culture du viol, par Les Culottées du Bocal, à la Bourse du Travail de Saint Denis, 11 décembre 2017, 19h15 (contribution libre)
• comment être un bon allié : https://feminazgulencolere.wordpress.co ... e-allie-e/
• quelle place des hommes dans le féminisme ? http://www.crepegeorgette.com/2014/07/2 ... feminisme/
• du viol dans les milieux militants [Attention peut choquer, scène de viol collectif] https://paris-luttes.info/a-propos-du-v ... qui-a-8797
• les femmes et le sexe forcé https://leseumcollectif.wordpress.com/2 ... xnegative/
• culture du viol https://www.youtube.com/watch?v=rDzod9TY4XM
• culture du viol 2 http://www.crepegeorgette.com/2013/03/2 ... ture-viol/
• 100 questions sur le consentement https://infokiosques.net/spip.php?article659
• oui, tous les hommes http://www.crepegeorgette.com/2016/08/0 ... -violeurs/
• le projet crocodile http://projetcrocodiles.tumblr.com/
• je connais un violeur http://jeconnaisunvioleur.tumblr.com/
• du consentement dans les relations homosexuelles (homme) https://infokiosques.net/spip.php?article1067
• « Manterrupting », le sexisme ordinaire sur la voix publique : http://www.lemonde.fr/societe/article/2 ... nre&xtcr=7
• La répartition des tâches entre les hommes et les femmes dans le travail de la conversation, enquête de la sociologue Corinne Monet : https://infokiosques.net/lire.php?id_article=239


https://paris-luttes.info/pour-une-auto ... appel-9059
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 23 Nov 2017, 17:04

Au sujet de violences exercées en milieu anarchiste

Il y a quelques mois à Paris, un pervers connu de la plupart des anarchistes pour la violence psychologique qu'il a exercé sur ses compagnes et/ou ses compagnon-ne-s depuis de longues années, n'a pas trouvé mieux que de se victimiser face au conflit qu'il a avec une des personnes qu'il a essayé de réduire en ruine.

Notre pervers, "gande victime" d'une femme sur qui il a exercé des manipulations et violences psychologiques assez dingues pendant presque trois ans, s'est alors mis à raconter qu'il a des problèmes psychologiques à cause de sa victime, et pour preuve à l'appui, a fait lire des soi-disant mails (que seules des personnes suffisament tordues, influençables, et tolérantes avec des méthodes aussi autoritaires, ont pu accepter de lire), sortis de leur contexte (dans le doute que ce soit de vrais mails), afin de décrédibilier la seule personne qui ces 10 dernières années à essayé de faire payer à ce pervers le mal qu'il fait, et particulièrement aux femmes qui croisent son chemin. Il a de même demandé à des autoritaires qui collaborent dans ses violences d'aller voir des anarchistes locaux pour leur faire lire une lettre (écrite par notre pervers) au sujet de la personne dérangeante qui essaie d'obtenir vengeance pour tout ce qu'il lui a fait subir, mais qu'il a aussi fait subir à tou-te-s les autres qui se taisent par peur. Étonnament cette méthode n'a pas choqué grand monde ... ce qui donne un peu une idée de l'état du milieu anarchiste parisien (de son sexisme aussi en l'occurence), en sachant que quelques semaines avant le dit pervers avait fanfaronné publiquement devant des compagnons en se vantant que la personne dérangeante allait "se faire tej de Paris" ... Moi qui croyais que seuls les violeurs méritaient un tel traitement ... non, dans le petit monde d'un narcissique qui se croit intouchable ce sont les victimes qui se font dégager, car ouvrir sa gueule est inacceptable !

Ce qui est hilarant c'est qu'en lisant le journal ce matin je suis tombé sur cet article : http://www.leparisien.fr/faits-divers/a ... 395327.php Et ça m'a beaucoup fait penser à notre pervers parisien, exactement la même méthode pour essayer de s'en sortir, et surtout, un sentiment de toute puissance qui leur fait penser qu'ils auront toujours raison, qu'ils gagneront toujours, parce qu'ils sont importants, et leurs victimes ne sont personne.

Au delà du voile qui se lève sur les agresseurs sexuels actuellement, je pense qu'il est important d'apprendre à détecter les comportements pervers en général, pas seulement de ceux qui utilisent leur emprise pour abuser sexuellement, mais de toute personne qui met en place toute une stratégie pour exercer une emprise psychologique ... ces phénomènes ont été très bien étudiés dans le cadre des sectes, mais on retrouve exactement les mêmes jusque dans nos milieux, et parfois même chez les anarchistes ... et il n'y a aucun doute sur le fait que l'hémorragie constante que subie le mouvement anarchiste, toutes ces personnes qui s'en vont soudainement sans se retourner, n'est pas liée en France à la répression, mais plutôt aux comportements de ces ordures qui se nourrisent de l'emprise sur les autres et de la souffrance qui en découle. Et peut-être qu'il serait temps de foutre dehors ces monstres qui croient que la vie est un jeu d'échec, que les gens qui les entourent ne sont que des pions à abattre ou à utiliser, pour accéder à un bref instant de jouissance en croyant dominer les autres. Peut-être qu'on pourrait enfin se sentir un minimum en sécurité (même si dans cette société ce mot n'a pas trop de sens), en se disant au moins qu'il n'y a pas de prédateurs dans les milieux auxquels on choisit de faire partie pour les belles idées qu'ils véhiculent.

Et peut-être aussi que tous ces lâches, lêcheurs de botte, qui collaborent activement, volontairement, avec des agresseurs pourraient essayer de se regarder dans la glace et faire un examen de conscience ... parce qu'ils ont une énorme responsabilité à cautionner des violences destinées uniquement à détruire des individus trop récalcitrants, et qu'il y a des grosses conséquences parfois à leurs collaborations ... se retrouver isolé, humilié, calomnié publiquement par son agresseur, dans l'assentiment général, parce que le troupeau ne supporte pas les moutons noirs, et que les seuls dont la parole est crédible sont les gens "importants", n'est pas quelque chose que tout le monde peut supporter ... et se dire que le milieu anarchiste est encore plus destructeur que l'est cette société sur les individus est quand même une sacré contradiction qui ne devrait pas exister.

Moi je ne veux pas d'un #balancetonporc ... je veux tout simplement que les abuseurs soient foutus physiquement hors de nos milieux. Je veux que les personnes victimes de ces salauds ne soient pas obligées d'être celles qui partent du milieu. Je veux qu'elles soient soutenues, écoutées, et que celles qui ont peur de s'exprimer puissent le faire enfin. Je veux qu'on reconnaisse ce qu'elles ont vécu, et que les mensonges véhiculés contre elles pour les décrédibiliser (et les empêcher de s'exprimer) soient effacés, oubliés. Je veux que ceux qui collaborent avec ces salauds soient pointés du doigts, qu'ils prennent conscience de leur responsabilité, qu'ils prennent conscience qu'un pervers agit grâce à ceux qui n'ont aucune éthique et qui donnent du crédit à leur parole, souvent par pure solidarité masculine, mais parfois aussi par admiration et suivisme.

Je ne veux plus devoir entendre des témoignages de compagnonnes sur les violences qu'elles ont subies, je ne veux pas que quelqu'un d'autre vive ce que j'ai vécu. Je veux que ça s'arrête, que les bourreaux ne soient plus vus comme des victimes, que leurs mensonges soient mis à jour, qu'on comprenne tout le mal qu'ils font, et qu'on les empêche de continuer à détruire nos milieux, et particulièrement, les rares femmes qui sont dans ces milieux.

Je veux de la bienveillance, et de la solidarité, face à ces violences qui peuvent parfois nous prendre la vie. Parce que ce monde est laid, et si nous voulons l'abattre nous devrons d'abord nous débarasser de la laideur qui pourrit parmi nous, et qui nous empêche de nous focaliser sur ce qui est important, sur ce qui compte réellement.

Tant qu'on devra se méfier de ceux qui nous entourent on ne pourra pas avancer.


https://www.nantes.indymedia.org/articles/39162
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 27 Nov 2017, 22:35

Le viol en milieu militant : une analyse de l’Assemblée Antisexiste de Turin

Suite aux traductions en français de certains textes à propos du viol collectif qui a eu lieu à Parme, au siège de la RAF (Réseau Antifasciste de Parme), voici un texte écrit par l’Assemblée Antisexiste de Turin. Ce texte est le produit d’un travail qui fait suite à l’épisode de Parme et aux viols qui ont eu lieu au campement No Border de Vintimille en 2015 et dans l’espace occupé Ex-Moi de Turin... ainsi qu’à tout les épisodes de sexisme dont les espaces militants ne sont pas du tout exempts.
En espérant que le travail des camarades italiennes puisse servir comme outil de ce côté de la frontière aussi.

Lettre ouverte au mouvement

Au cours de l’année en tant que assemblée antisexiste nous nous sommes questionné.e.s sur le thème de la violence de genre dans ses formes les plus diverses. Cela s’est fait à partir des épisodes concrets qui se passent quotidiennement dans les contextes où l’on vie : la famille, le travail l’école, les relations sexuelles et/ou affectives, les lieux publics en général.

La discrimination des femmes et la traînée de violence qu’elle engendre traverse la société sans distinctions de provenance, d’extraction sociale ou d’appartenance politique. Le fait que la violence de genre se manifeste aussi au sein de contextes politiques militants est la démonstration qu’aucune réalité n’est exempte de ce genre de problématique. Et malheureusement, dans les lieux occupés ainsi que dans le mouvement, on reproduit souvent les mêmes comportements sexistes et machistes que dans le reste de la société.

De là on est partis pour questionner le viol de groupe qui a eu lieu à Parme, le viol à l’Ex-Moi à Turin et au Presidio No Border à Vintimille.

Trois histoires, différentes entre elles, qui nous questionnent sur les mécanismes du jugement, de la culpabilisation et du refoulement dans la communication et dans la gestion des événements.

« Elle n’était pas des nôtres »

Identifier une femme qui a subi un viol comme sujet étranger au groupe dans lequel la violence a eu lieu, comme pour dire que si elle avait vraiment été "l’une des nôtres", cela ne se serait pas passé. Culpabiliser la femme à la recherche de "ses" responsabilités, qui pourraient "justifier" et/ou amoindrir la violence subie. Était-elle bourrée ? Ou sous l’effet d’une substance ? Était-elle dans des conditions de fragilité psychique ou physique ? Était-elle seule ? Avait-elle des comportements ambigus qui pourraient avoir provoqué la violence ? Et même si la réponse à ces questions est positive, il ne s’agit en aucun cas d’aggravants pour celle qui a subi la violence, mais seulement pour qui l’a commise, car il a profité d’un moment où les défenses de la femme était rabaissées.

La négation et le refoulement

Il est souvent nié que le viol (au même titre que n’importe quel violence, harcèlement ou comportement sexiste) puisse avoir lieu dans des contextes politiques où nous luttons, car cela nous met face à toute une série de contradictions. De plus, cet événement possible et indésirable met remet en question les relations amicales et politiques que nous avons, parfois depuis longtemps, et nous savons que c’est très douloureux et difficile, pour toutes et pour tous. Pour ne pas reconnaître ce qu’il s’est passé, dans certains communiqués écrits à propos du viol, il est même invité à attendre le jugement de la magistrature pour pouvoir établir « la vérité ». Cette même magistrature qui normalement est insultée et moquée !

La recherche de la « vérité »

On part presque toujours de l’hypothèse que ce qui a été raconté par la femme n’est pas vrai et qu’il faut le démontrer par des preuves concrètes, comme si l’accusée était elle. On donne plus de poids et de légitimité aux potins et aux témoignages de personnes plus ou moins impliquées qu’à la parole de la femme qui a subi le viol. On est même souvent incapable d’écouter, d’accueillir le témoignage de la femme et d’en respecter le vécu sans le disséquer de mille questions. Et pourquoi ces questions ne sont-elles pas adressées à celui qui a commis le viol ? Il se passe aussi que l’on conseille à la femme de porter plainte indépendamment de sa volonté, comme si cet acte en soi était capable de mettre en valeur la véracité de ce qui a été subi.

La récupération

Une fois que le viol est devenu public et qu’il n’est plus possible de ne pas en parler, les médias ne laissent pas passer l’occasion de le récupérer et, à travers des généralisations, de traîner dans la boue les occupations, les collectifs, les migrants, les réfugiés, les roms. Ceci ne devrait cependant pas détourner l’attention du problème du viol pour ne s’occuper que de sa propre image. Souvent, on demande l’intervention de groupes féministes ou de réseaux de femmes pour s’occuper a posteriori de la gestion des faits. Ce qui signifie déléguer à d’autres des réflexions et des pratiques qui devraient au contraire être collectives et partagées. La priorité est encore une fois ici le nettoyage de sa propre image et « l’auto-conservation », plutôt que la critique (dé)constructive des dynamiques bien présentes à l’intérieur du mouvement.

La réflexion que nous menons sur ces thèmes ne se veut pas être une critique stérile et destructrice, mais a pour objectif d’ouvrir une discussion collective sur le sexisme et la violence masculine sur les femmes, pour construire des pratiques consolidées et ne pas sombrer dans l’affolement au moment de l’urgence, toujours de manière floue et obtuse. La confrontation sur la violence de genre dans les relations que nous construisons dans nos espaces est, à notre avis, prioritaire pour un mouvement qui dit vouloir lutter pour une société différente, anticapitaliste et révolutionnaire.

Si nous ne partons pas de nous-mêmes et des contradictions qui nous traversent, comment pouvons-nous penser transformer ce qui nous entoure et subvertir l’ordre imposé par ce système ?

Ne pas assumer toutes et tous cette responsabilité signifie être complices et reproduire le sexisme et la violence à la première personne.

Pensons l’antisexisme en tant que pratique militante au même titre que l’antifascisme et l’antiracisme.

Être camarade signifie avant tout être antisexiste. Tolérer ou ne pas reconnaître les comportements sexistes revient à jeter des paquets de merde qui serviront d’engrais sur le terrain où la violence peut naître et proliférer. Élaborons des stratégies de prévention et de gestion des violences et des discriminations qui se produisent dans nos milieux, ouvrons des discussions collectives et reconnaissons leur légitimité à ces thématiques. Mettons-nous en jeu, confrontons-nous, créons une culture et des réseaux de solidarité pour soutenir les femmes qui sortent des histoires de violences vécues du placard, partageons des pensées, des pratiques et des outils.

Assemblea Antisessista di Torino

assemblea-antisessista@autistici.org



https://mars-infos.org/le-viol-en-milie ... t-une-2726
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede Lila » 20 Jan 2018, 22:00

CAFÉMINISTE #9 – « Sexisme chez les militants ! »

Samedi 27 janvier à 16h au « Lieu Dit »

Le thème du 9ème Caféministe est :
« Sexisme chez les militants : comment lutter ? »
Avec Sandrine Rousseau !

Sandrine Rousseau est maitresse de conférences et femme politique engagée au parti Europe Écologie Les Verts. Elle a fait adopter en 2008 une Charte pour l’égalité femmes-hommes à l’université de Lille 1. Anciennement porte-parole d’EELV, elle fait partie des élues qui ont dénoncer les violences sexuelles du député Denis Baupin, qui l’a forcée à l’embrasser, et publie un livre sur cette affaire : « Parler ». En septembre 2017, dans l’émission « On n’est pas couché », elle est violemment prise à partie par la chroniqueuse Christine Angot. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a d’ailleurs émis une mise en demeure à destination de France Télévisions, soulignant la virulence des attaques et la complaisance de l’animateur s’agissant d’un « sujet particulièrement grave et douloureux ». Elle est aussi fondatrice de l’association « Parler » et créera une adresse mail afin de savoir si leur agresseur a fait d’autres victimes : suisjeseule@gmail.com

Nous mettrons sur la table quelques questions :
• Comment expliquer que le sexisme existe dans des organisations qui se disent féministes ?
• Quelles sont les éléments qui favorisent l’omerta dans les organisations militantes, et au contraire ceux qui peuvent libérer la parole ?
• Y a-t-il eu un changement depuis #MeToo et les affaires dénoncées à EELV, aux MJS, à l’UNEF, aux Jeunesses communistes etc. ?

au Lieu dit, 6 Rue Sorbier 75020 !

https://effrontees.wordpress.com/2018/0 ... -rousseau/
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 31 Mar 2018, 18:37

Stop à l'impunité et aux violences sexistes en milieu militant !

Depuis toujours dans nos sociétés la personne assignée femme est considérée inférieure aux hommes. Au quotidien nous côtoyons, vivons avec le sexisme. Victimes mais surtout survivantes. Harcèlement, agression, viol, meurtre... Situations banales car acceptées mais extraordinaires de par l'injustice, le manque de soutien, la culpabilisation. Voici une histoire, simple mais extraordinaire.

... https://blogs.mediapart.fr/edition/info ... tor=CS3-66
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 27 Mai 2018, 16:58

Soirées en squat, la fête est finie

En fait on s’est raté, malgré nous, mais aussi parce qu’on minimise plein de questions, parce qu’on n’a pas envie de se dire que des trucs horribles vont arriver, parce qu’on a envie d’y croire, mais surement aussi parce qu’on a la trouille, et puis qu’on n’est pas assez, qu’on doit s’organiser mieux. Retour sur la soirée du 2 mai qui c’est mal fini, appel à témpoignages et annonce d’une réunion pour réagir collectivement.

Retour sur une soirée en squat

Depuis deux mois des gen.te.s s’affairent à fabriquer un truc beau. Des concerts, autant de meufs que de mecs sur scène, des guirlandes lumineuses, des banderoles de crépons, un coin pour chiller, un espace non-mixte, des affiches anti-relous. Deux orgas, qui se croisent rarement, réunies pour l’occasion autour de la même cause, un journal qui parle de Calais, qui fait du bien et qui fait mal. Avec du punk, la boum des copains du Soudan, une lecture à la lumière des téléphones, des softs pensés pour qu’on ait pas forcément envie de se mettre cher, parce qu’il y a mieux à boire. Plein d’énergie déployée par les copines et copains pour que l’ambiance appelle à la bienveillance, une énergie commune comme à chaque soirée, belle, épuisante, pas forcément gratifiante, mais c’est pas grave.

On se fait un point info, chacun à son poste. Le public va arriver qu’on espère fait de gens conscient.e.s que consommer n’est pas une excuse pour aggresser, on se dit que dans nos milieux ça va aller, qu’il y a des acquis, comme à chaque fois, on croise les doigts.

Et en fait on s’est raté, malgré nous, mais aussi parce qu’on minimise pleins de questions, parce qu’on n’a pas envie de se dire que des trucs horribles vont arriver, parce qu’on a envie d’y croire, mais surement aussi parce qu’on a la trouille, et puis qu’on n’est pas assez, qu’on doit s’organiser mieux.

On se réunit aujourd’hui entre une partie des organisateurs.trices, musiciennes, habitué.e.s des squats, appréciant la fête. On se réunit parce que lors de cet évènement qu’on espérait beau, 4 agressions nous ont été rapportées dans notre cercle d’ami.e.s proches. Une première aggression dans l’espace non-mixte, qui est censé être un lieu de refuge, un ami s’est fait aggresser physiquement car il essayait pour la deuxième fois de faire comprendre à 4 mecs cisgenre-hétéros que pour une fois un espace de 30 m² leur était refusé quelque part, il se retrouve avec une épaule subluxée, qui va demander plusieurs semaine de rééducation, et un oeil au beurre noir.
Plus tard dans la nuit une autre aggression, un mec s’en prend à une amie dans son sommeil, elle témoignera elle même si elle le souhaite. Le pire réveil pour nous toustes, plein de colère, plein de déception mais plein de bras pour la soutenir et la serrer fort.

Tout ça sans compter toutes les autres , ceux et celles qu’on connait moins, qui ont vécu une aggression transphobe ou un mec qui s’exhibe aux toilettes. Celles qu’on n’a pas vu, celles qui paraissent « anodines », le gars relou dans le couloir, celui qui te fait des propositions salaces, le mec qui te colle sur la musique, qui te force à danser pour être « sympa », les regards lubriques, la trouille de pisser sans verrous, tous ces trucs dont on a l’habitude alors qu’on devrait pas.

Ces aggressions ne sont pas hiérarchisables, elles sont toutes inacceptables. Ce n’est pas particulier à cette soirée, et on doit cesser de faire comme si c’était les autres, ceux qui viennent « juste pour faire la fête ». Il faut qu’on s’organise, qu’on en parle, parce que ce genre d’aggressions arrive à chaque fête. Les affiches ne suffisent pas, la sensibilisation aux entrées ne suffit pas, et nous devons trouver une réponse collective, entre organisateur.ice.s de fêtes et de concerts, collectifs militants et habitant.e.s des lieux qui accueillent.
Nous devons nous interroger sur le sens de la fête, pourquoi on organise des fêtes, comment on s’organise, comment on gère ces situations, comment on gère les aggresseur.se.s...

Appel à témoignages

Bonnes et mauvaises expériences, récits personnels, coups de gueule, réflexions intimes, le but est de collecter un maximum de témoignages sur la fête, ce que tu y aimes, ce que tu y détestes, ce que tu y as vécu de fort, ce que tu y as subi, ce que tu aimes qu’elle soit, ce qui te frustre, ce qu’elle veut dire pour toi, ce que tu aimerais qu’elle soit...
Prendre le temps d’entendre la parole de tou.te.s, prendre en compte la voix de celleux qui peuvent mal vivre la fête, tout en refusant de se faire confisquer ces moments collectifs forts, chercher à comprendre pourquoi parfois ce n’est pas la fête pour tou.te.s, et compiler tout ça, pour saisir le plus grand ensemble possible de ressentis, afin de réfléchir et d’avancer sur notre façon de vivre et d’organiser la fête dans nos milieux.
Habitué.e à écrire ou phobiques de la plume, toutes les formes sont acceptées, n’hésite pas à nous envoyer tout ce qui te passe par la tête, de la façon dont ça te passe par la tête (ça peut être du texte mais un enregistrement audio aussi, ou une vidéo), à laparfete at riseup point net !
Merci de ta participation, n’hésite pas à faire tourner cet appel partout où ça te semble judicieux.

C’est quoi faire la fête ?
Comment on fait pour faire la fête si on sait pas ce qu’on a à fêter ?
Comment on fait pour faire la fête tou.te.s ensemble ?
Comment on fait pour se sentir bien dans la fête ?
C’est quoi une fête ?
Est-ce qu’il faut de l’alcool pour faire la fête ?
Est-ce qu’il faut de la drogue pour faire la fête ?
Est-ce qu’il faut de la musique pour faire la fête ?
Est-ce qu’on peut faire la fête tout.e seul.e ?
Est-ce qu’on peut se sentir seul.e dans une fête ?
Est-ce qu’on est ensemble quand on fait la fête ?
Est-ce qu’on peut se sentir mal et faire la fête ?
Est-ce qu’on est obligé.e.s de faire la fête ?
Est-ce qu’on peut prendre soin les un.e.s des autres dans la fête ?

Est-ce que tu as déjà passé une fête sans rien boire ?
Est-ce que tu as déjà voulu ne plus rien voir ?
Est-ce qu’en faisant la fête on se cache des choses ?
Comment on fait pour continuer de faire la fête ?
Est-ce que tu t’es déjà senti.e menacé.e dans une fête ?
Est-ce que tu sais toujours pourquoi tu es là ?
Est-ce que c’est être rabat-joie de ne pas boire ou se droguer ?
Est-ce que c’est ça être libres et désinhibé.e.s ?
Est-ce que c’est être chiant.e que de se sentir agressé.e par des blagues sur son sexe, sur sa manière de s’habiller ?
Est-ce que c’est ne pas savoir se lâcher que de ne plus supporter les pogos ?
Est-ce que c’est beau de danser de manière ultra-violente et viriliste ?
Est-ce que c’est normal d’avoir peur de ne pas être validé.e, légitime ?
Est-ce que c’est normal d’avoir peur de suffoquer, d’être reluqué.e, invisibilisé.e, rabaissé.e, pas écouté.e ?
Est-ce qu’on peut se sentir libre parmi une foule d’inconnu.e.s ?

Est-ce que la fête c’est l’inconnu ?
Est-ce que la fête c’est la routine ?
Est-ce que tu t’es déjà senti.e vibrer ?
Est-ce que c’était prévu ?
Est-ce que les conditions étaient réunies ?
C’est quoi les conditions ?
Est-ce que c’est normal d’avoir peur ?
C’est quand le jour où tous les jours ce sera la fête ?


https://rebellyon.info/Retour-sur-une-s ... quat-19271

Chers mecs cis hétéro : nous ne viendrons plus

A la suite de l’agression d’une copine le dimanche 13 mai, quelques mots pour redire que les luttes féministes ne sont plus une option. Dernière sommation pour être prises au sérieux.

Nous ne viendrons plus à vos soirées, à vos manifs, à vos fêtes, à vos spectacles, à vos réunions, à vos assemblées générales, à vos boulots, à vos lectures, à vos dîners. Si on revient, on sera armées, les dents serrées et les poings sortis. On ne fera pas ça de gaîté de cœur : vous nous forcez la main. On a compris maintenant que tendre l’autre joue ne nous menait nulle part, nous ne faisons que prendre la mesure de la situation. Et la situation est la suivante : nous sommes les vaincues. Nous ne sommes pas fortes mais dos au mur. Nous n’avons plus d’autre choix que de mordre.
La situation est simple : vous êtes pour l’instant les vainqueurs de la guerre en cours, la guerre du genre. Le sexisme et la misogynie ne sont pas des mots que nous jetons en l’air pour vous faire peur ou pour vous pomper l’air en fin de journée après quelques verres. Le sexisme et la misogynie, c’est ce qui nous mutile, c’est ce qui nous tue, c’est ce qui nous viole. C’est une guerre qui se fait avec des armes bien plus meurtrières que des bombes parce qu’elle commence dans nos propres corps que nous sommes les premières à apprendre à haïr. Parce que nous sommes les premières à nous excuser, à baisser la tête et à consoler ceux qui nous frappent.
On nous a appris à demander pardon d’être des vaincues.

Ce dimanche on apprend qu’une copine a été victime de viol lors d’une fête. L’épouvantable, c’est la banalité de cet événement. Statistiquement, si ce n’était pas notre copine ce soir-là, cela aurait été le sort d’une autre personne. Statistiquement, lorsque ces mots sont en train d’être écrits, il y a une victime de plus à déplorer, à ajouter à la liste des autres de cette journée.
Les corps brisés s’entassent dans le silence. Solennellement, nous accumulons une haine qui ne s’évapore même plus lorsque nos corps brûlent dans la danse et les cris. Nous avons été patientes : on attend depuis des siècles la gueule couverte de bleus. Alors, un crachat à vos faces quand vous dites que nous sommes belles.
Car en réalité nous sommes laides ! Laides des coups, nous avons toutes le nez en morceaux, la mâchoire pétée et des coquards en guise de regard. Toutes, nous sommes amochées et aucun compliment sur notre maquillage ou les courbes de notre cul n’y changera rien. Un corps de vaincue, ce n’est pas beau à voir.

Nous ne viendrons plus parce que nous avons compris que nous sommes vos ennemies. Nous vous traiterons donc comme tel. On rendra tous les coups, on ne laissera parler personne avant nous, on hurlera plus fort, on sera injustes, on sera aveugles, on fera peur. Pas par gaîté de cœur : simplement pour survivre. Si nous venons, si nous dialoguons, ce ne sera qu’après la preuve nette et indubitable de votre traîtrise auprès des vôtres. Si vous apprenez à vous taire, peut-être qu’on vous écoutera. Si vous vous organisez pour nous accompagner sur nos fronts, peut-être que nous vous dirons quoi faire. Si vous écrivez des poésies qui ne nous insultent pas, peut-être que nous les lirons. Si vous faites des chansons qui célèbrent nos victoires, peut-être qu’on les écoutera. Si vous vous acharnez à mettre en place des lieux et des fêtes qui nous accueillent, peut-être qu’on viendra. Même après tout cela, nous resterons méfiantes car ce sont nos vies et nos corps que nous mettons en jeu.

Entendez ceci comme un avertissement proféré d’une voix grave et tremblante de colère.
Entendez ceci
Vous n’aurez pas la paix.

Nous ne réclamons rien. Nous n’attendons rien. Même brisées et épuisées, nous continuerons à nous battre, avec un sourire en coin. Nous sourions parce que nous savons que, malgré les apparences, vous êtes fragiles. Sinon vous ne feriez pas preuve d’un tel acharnement à mater nos corps. Et nous serons belles le jour où le dernier complice des patriarcats sera pendu avec les tripes du dernier flic.

Chers hommes cis et hétéros
Les amochées vous saluent

Haine Rage Amour


https://rebellyon.info/Nous-ne-viendrons-plus-19244

Et maintenant, on réagit

Pour répondre à ces questions, nous souhaiterions appeler toutes les orgas féministes et lgbtqi à se réunir

Le mardi 29 mai de 18h à 22h à la Luttine (91, rue Montesquieu)
en non-mixité : meufs+lgbtiq .

Cette réunion permettra de dresser un constat, de libérer la parole et d’organiser un rassemblement mixte plus tard, inter-organisations/ collectif de fête pour se préparer pour septembre.

L’appel à témoignages présenté ici va être transmis ici et dans plusieurs lieux par le collectif Laparfete. (mettre dans l’objet du mail « témoignage »)

Enfin, une caisse a été ouverte lors du concert de Derya Yildirim à Saint- Etienne pour acheter du matos de prévention, des serviettes et tampons, pour imprimer des affiches, ou tout ce dont on pourrait avoir besoin au cours d’une soirée, il est possible d’y participer en nous contactant à laparfete@riseup.net . (mettre dans l’objet du mail « caisse parfete »)


https://rebellyon.info/Retour-sur-une-s ... quat-19271
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 14 Juin 2018, 14:33

A nos amis, copains, amoureux, amants, militants avertis et anti-sexistes aguerris

Sur le virilisme en milieu militant, appel à la remise en question.

A nos amis, copains, amoureux, amants, militants avertis et anti-sexistes aguerris

Sur le virilisme en milieu militant, appel à la remise en question.

Toujours nous voulons croire qu’il n’y a pas meilleurs alliés que vous, vous qui savez, vous qui parlez de l’anti-sexisme, vous qui respectez les espaces de non-mixité et vous interrogez sur les questions de genre. Toujours nous voulons fermer les yeux, vous accorder notre confiance sur le plan du sexisme et croire que vous pourrez vous battre avec autant de force que nous contre le patriarcat. Et toujours, nous nous trompons. Vous êtes les plus dangereux, ceux auxquels on ne fait plus attention, ceux qui ont compris un tout et oublient, parfois, de se remettre en question.

Vous contrôlez votre langage, vous n’employez plus d’insultes putophobes, vous féminisez vos textes.
Vous reprenez vos copains quand ils se trouvent être oppressifs, vous laissez la parole aux groupes non-mixtes, vous ne vous opposez plus aux exclusions ou remise en question d’autres hommes aux comportements problématiques. Vous les approuvez même, parfois.
Vous lisez des brochures, parfois, et vous écoutez les critiques des filles quand elles vous trouvent virilistes.

Vous vous faites vos auto-critiques.

Mais il est trop facile de vous laisser reprendre de vieilles habitudes, de si petites choses qu’elles paraissent n’être rien. De si petites choses qu’en notre for intérieur, au moment de les contester, comme depuis notre naissance, nous nous demandons « est-ce que c’est moi qui en fait trop ? », « est-ce que c’est une question d’ego ? ». Nous sommes conditionnées à nous replacer selon notre « position de femme » et nous avons alors du mal à nous imposer face à vous, à nous trouver légitimes et à vous envoyer chier en vous faisant remarquer votre attitude malvenue ponctuée d’un trop plein de testostérone.

Quand, dans le cadre d’actions, d’ouverture de squatt, de préparation de manifs, vous formez des groupes masculins dans lesquels il semble impossible d’entrer ; que, physiquement, vous formez un cercle impénétrable de discussion. Quand nous avons l’impression que les plans secrets des actions ne sont dicibles qu’aux oreilles d’un autre mec, et que nous n’y aurons jamais accès. Quand nous nous proposons pour des actions qui nous tiennent à cœur et que nous sommes évincées sans savoir pourquoi ; que parfois, nous demandons pourquoi et que vous ne nous aviez même pas entendues, regardées, considérées et que pourtant nous nous souvenons clairement l’avoir dit plusieurs fois. Quand nous annonçons des nouvelles importantes en réunion, et que personne ne nous écoute ; quand vous répétez immédiatement ce que nous vous avons appris et que vous êtes, vous, écoutés. Quand vous balayez nos interventions par une autre sur un autre sujet, et que c’est comme si la nôtre n’avait jamais existé. Quand vous nous demandez cinq fois confirmation, ce qui nous fait systématiquement nous demander si vraiment, vous nous accordez votre confiance. Quand, enfin, pour trouver notre place parmi vous, nous reproduisons des schémas autoritaires qui auraient été qualifiés de virilistes s’ils avaient été appliqués par des hommes.

Bien sûr, qu’il y a une question d’ego. Mais votre ego, à vous, prend toute la place, tout le temps, depuis toujours dans nos vies. Nous avons le droit à un peu d’ego ; nous avons le droit à votre considération. Vous ne faites que savoir, vous ne faites que comprendre : vous ne ressentez pas. Vous ne ressentez pas la rage qui monte du fond de nos tripes quand on nous exclut pour le simple fait d’être une femme. Et nous ne réagissons pas, nous ne réagissons plus. Nous réagissons tous les jours depuis que nous avons décidé de combattre le sexisme mais avec vous nous ne réagissons plus, parce qu’il est difficile d’aller voir les gens qu’on aime pour leur dire « tu m’emmerdes ». Vous n’êtes pas des inconnus, nous vous considérons comme des alliés. Vous êtes nos amis, vous êtes nos proches. Et nous savons intérioriser, éponger, accumuler et passer au-dessus mais il faut le dire : CA SUFFIT. Vous, les « Action Men », devez continuer à vous remettre en question à défaut de ressentir ce que nous ressentons et de vivre ce que nous vivons. Non, nous n’exagérons pas. Oui, il s’agit de virilisme et de sexisme. Non, il ne « suffit pas d’ouvrir sa gueule ». Non, ça n’est pas de notre faute si nous n’arrivons pas à vous le dire. Oui, nous vous l’avons déjà dit. Oui, nous vous le dirons encore. Non, vous n’êtes pas déconstruits.

Nous sommes nous-mêmes en pleine déconstruction, parce qu’il est plus que difficile de se défaire de tout ce que la société nous enseigne et ancre en nous, mais nous avons besoin de pouvoir être entendues. Nous avons besoin de ne pas avoir besoin de votre approbation pour nous sentir légitimes. Nous avons besoin que vous ne vous arrêtiez pas à la première étape et que vous continuiez de vous poser des questions autant sur le plan personnel que sur le plan militant.

Prenez les devants, remettez vous en question. Demandez à vos copines, à vos amantes, aux filles autour de vous, à celles qui vous écoutent, à celles qui vous rentrent dedans, à celles qui ne parlent pas trop, à vos amies, à celles que vous adorez, à celles que vous connaissez peu mais que vous aimeriez connaître ; demandez-leur à toutes, quand vous avez un doute, même infime, ou parfois quand vous n’avez pas de doute. Demandez-leur « j’ai été oppressif ? », « tu trouves que je suis parfois viriliste ? », « est-ce que tu t’es déjà sentie exclue à cause d’un de mes comportements ? ». Posez-vous ces questions, posez-leur ces questions. Continuez de lire des brochures. Continuez d’avoir des discussions. N’attendez pas que ces conversations viennent à vous, provoquez-les. Devenez vraiment nos alliés.


https://iaata.info/A-nos-amis-copains-a ... -1313.html
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 31 Juil 2018, 22:07

À propos du viol ~ Carte postale ouverte aux camarades de la CNT

Lors du concert de clôture du festival de la Confédération nationale du travail (CNT), le 1er juillet dernier à Montreuil, le chanteur du groupe Sidi Wacho a fait une déclaration en scène, probablement mal comprise par beaucoup des personnes présentes, et mal accueillie par d’autres. En substance : « Alors la CNT, il va falloir régler vos problèmes entre vous, parce que sinon on ne pourra plus venir jouer pour vous ! »

Des débats, souvent vifs, s’engagèrent entre militant·e·s pour savoir si l’attitude du groupe – accepter de venir et d’être payé pour ça – puis faire une déclaration critique et publique était moralement acceptable ou au contraire condamnable… Une vraie fausse question !

À quoi faisait donc allusion le chanteur de Sidi Wacho ?

À une histoire sordide, que la CNT (en tant qu’organisation nationale au moins) a laissé pourrir deux ans durant, prétendant aujourd’hui – à tort – qu’elle est « réglée ».

En août 2016, un militant connu de la CNT de la région de Metz, également membre d’Alternative libertaire (AL), F H [1] viole une camarade lors d’un camping organisé par AL.

En novembre de la même année, la camarade dénonce son violeur auprès des deux organisations libertaires auxquelles le violeur appartient, notamment auprès de la Commission antisexiste de la CNT, laquelle rend l’affaire publique lors du congrès confédéral qui se tient à Montreuil à la même époque.

Les statuts de la CNT sont conçus de telle manière que – en principe – seul le syndicat du militant mis en cause est habilité à l’exclure et non un congrès. En l’espèce, Fouad Harjane jouissant d’une réputation militante flatteuse dans son syndicat (Santé social Lorraine) et dans la région, cela revient à proposer à ses proches de statuer sur son sort. Lorsque cette protection « naturelle » ne suffira plus, Harjane recourra aux menaces.

Le problème posé par les statuts actuels du syndicat semble bien réel. Cependant, tout indique qu’au lieu de rechercher une solution politique et publique au problème, certain·e·s instances et camarades de la CNT se sont abritées derrière les statuts pour protéger un violeur.

En effet, si des sanctions sont bien demandées (par un syndicat parisien de la CNT), elles visent des camarades de la Commission antisexiste, auxquelles il est reproché « d’instrumentaliser la question de la lutte contre le sexisme dans [une] action destructrice et délétère ».

Je dois dire ici que j’ignore s’il existe, dans l’esprit des demandeurs, d’autres griefs que la publicité donnée à la dénonciation de Fouad Harjane.

À supposer même que ce soit le cas, on mesure l’effet catastrophique que peut provoquer sur les militant·e·s de base une action exigée contre celles et ceux qui dénoncent un violeur plutôt que contre le violeur lui-même…

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bipbip
 
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Re: Rapports de pouvoir, sexisme, viols, en milieu militant

Messagede bipbip » 09 Sep 2018, 15:40

Affronter les violences sexistes en milieu militant

Affronter les violences sexistes en milieu militant

De nombreuses organisations militantes, dont Alternative libertaire, ont pu être confrontées à la question des agressions sexistes et sexuelles en leur sein. S’il est évidemment hors de question de faire comme si rien ne s’était passé, les réponses à apporter nécessitent d’être pensées afin de soutenir la victime, et assurer un cadre de militantisme le plus « safe » possible.

Les femmes, les personnes transgenres et les non-binaires subissent le sexisme de manière systémique, dans toutes les sphères de la société. Le milieu militant n’y échappe pas ! Malgré le positionnement féministe affiché par nombre d’organisations politiques de gauche, leurs membres sont issu.es de la société. Si aucun travail de déconstruction n’est fait, cette position reste une façade et les comportements perdurent. C’est ainsi que régulièrement des militantes dénoncent des viols et agressions sexistes de la part de camarades. Comment soutenir la victime ? Doit-elle porter plainte ? Faut-il avoir une procédure interne ?

entendre et soutenir, préalable essentiel

Lorsqu’une personne vient témoigner d’une agression, la première chose à faire est de l’écouter sans remettre en cause ce qu’elle dit. Cette étape est très difficile à vivre pour elle. Commencer un travail psychologique à ce moment serait une erreur. Le mieux est de l’informer de l’existence de structures compétentes (le Collectif féministe contre le viol [1], par exemple) pour l’aider et l’accompagner. Immédiatement, le groupe militant doit se poser en soutien de la victime et voir comment la protéger au mieux.

Pour cela, il faut lui demander ce dont elle a besoin. Procéder à un éloignement de l’agresseur en le suspendant de l’organisation semble également évident. La personne ayant subi l’agression ne peut se sentir bien dans la lutte si elle craint sans arrêt d’y croiser son agresseur. Dans la plupart des cas, les victimes finissent par arrêter de militer, ne supportant plus cette promiscuité.

Par la suite, il revient au groupe de prendre des nouvelles régulières de la victime, de lui montrer qu’elle est soutenue, que son témoignage est pris au sérieux et que le collectif prend ses responsabilités vis-à-vis de son agresseur. D’autre part, dans la mesure du possible, il faut s’assurer que la victime n’est pas seule localement, que des gens soient présents pour elle si l’agresseur essaye de l’approcher ou de la harceler.

Faut-il porter plainte alors que nous dénonçons les agissements racistes, sexistes et violents de la police ? Nous savons à quel point ce type de procédure est lourd et pénible pour les victimes qui se voient culpabilisées et remises en cause («  Vous portiez quoi ?  » «  Vous aviez bu quoi ?  ») pour finalement très peu de condamnations à l’issue du procès – quand il a lieu.

Cependant, aujourd’hui la justice institutionnelle est la seule ayant légalement le pouvoir de protéger la victime en condamnant l’agresseur. Cela peut aussi permettre de protéger d’autres victimes potentielles et, peut-être, de dissuader d’autres agresseurs. Bien sûr, nous sommes contre les prisons et le système judiciaire mais faut-il prendre sur soi et se taire lorsqu’on est victime de viol ou d’agression ? C’est à la personne ayant subi l’agression sexiste de décider si elle veut porter plainte ! Le collectif ne doit ni la pousser à le faire ni l’en empêcher. Il doit lui dire que c’est une possibilité et qu’il la soutiendra sans faille dans son choix, quel qu’il soit.

La décision collective ne doit pas non plus être conditionnée par le dépôt de plainte ! Lorsque l’agression vient d’un camarade, le sentiment de trahison et d’insécurité permanente viennent s’ajouter à la douleur physique et mentale. Ceci est d’autant plus fort si le collectif ne prend pas ses responsabilités et ne soutient pas de façon claire et totale les victimes.

Très souvent, lorsqu’une agression sexiste se produit dans un groupe politique, on revoit pointer les relents nauséabonds de la hiérarchie des luttes. Aussi incroyable que cela puisse paraître, bon nombre de victimes se sont retrouvées accusées de diviser les forces, d’être égoïstes, de ne pas être politiques, de ne pas penser à l’intérêt général et à la cause alors présentée comme nécessairement supérieure aux « divergences entre personnes », etc.

Ces accusations odieuses sont d’autant plus virulentes si le militant mis en cause est considéré comme important, charismatique, sans qui la lutte ne serait, selon certains, pas possible. Là aussi on se rend compte que, pour se défaire de ce genre d’arguments, un vrai travail contre le virilisme dans nos organisations est nécessaire.

agir en interne, dénoncer collectivement

Une organisation politique n’est pas compétente pour faire un suivi psychologique et ne peut pas faire justice dans la société. Son seul champ d’action est le milieu militant. Ses seules actions possibles sont l’exclusion, la dénonciation de l’agresseur et la protection de la victime. Pour y procéder, il faut une décision collective, seule manière de la soutenir réellement, et qui permet de responsabiliser toutes et tous les militants.

Par ailleurs, qu’il soit ponctuel ou permanent, un groupe non mixte est nécessaire pour recueillir le témoignage de la victime afin qu’elle se sente à l’aise et en sécurité. Sachant que les agressions sexistes arrivent régulièrement dans le milieu militant, il serait intéressant que toutes les organisations politiques aient une procédure précise mise en place et discutée avant que cela ne se produise. Une procédure décidée collectivement avant les faits gagne en légitimité et sera plus difficilement remise en cause lorsqu’elle sera appliquée.

Alternative libertaire possède une procédure en cas d’agression sexiste, mise en place au congrès de juin 2015, quelques mois avant les accusations de viol d’une de nos camarades à l’encontre de Fouad, membre d’AL en Moselle à l’époque. Elle consiste à suspendre immédiatement le militant accusé et à constituer un groupe non mixte. Celui-ci recueille les témoignages de la victime, d’éventuels témoins et de l’agresseur. Il se charge d’écrire un rapport dans lequel seront rappelées les accusations, retranscrits les témoignages anonymisés et transmise toute information permettant une décision collective en connaissance de cause. La coordination fédérale suivante doit statuer sur l’exclusion ou non de l’agresseur. En l’occurrence, le vote a été massif (98%) pour son exclusion. Nous avons aussi décidé de rendre cette décision publique afin d’informer le milieu militant et de protéger potentiellement d’autres personnes [2].

Lorsqu’une agression sexiste a lieu dans un groupe militant, les réactions et la façon dont ce groupe va gérer la situation sont décisives pour la victime mais aussi pour toutes les femmes et personnes concernées par le sexisme. Aucune ne pourra se sentir en sécurité et à l’aise dans le groupe s’il abrite un agresseur, et donc ne pourra pas militer. Nous devons collectivement faire en sorte que toutes et tous soient à l’abri des violences sexistes, car notre féminisme ne saurait être qu’une façade, il doit être partie prenante de toutes les luttes !

Marie (AL Alsace)


[1] Collectif féministe contre le viol  : https://cfcv.asso.fr. Infoligne «  Viols-femmes-informations  » 0800 05 95 95

[2] « Exclusion d’un membre d’AL suite à une accusation de viol, comportement de prédation et propos sexistes » https://www.alternativelibertaire.org/? ... AL-suite-a, Alternative libertaire, 20 février 2017

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