La gauche n’a plus les mots

La gauche n’a plus les mots

Messagede Pïérô » 17 Aoû 2018, 10:52

Sur l’immigration, la gauche n’a plus les mots

Luttant mollement contre la désignation des migrants comme boucs émissaires et la définition de l’immigration comme "problème", les partis de gauche semblent avoir renoncé à imposer un autre discours sur la question.

Lors de la manifestation du 21 février 2018 – la première unitaire depuis 2015 sur le sujet – seuls les associations et collectifs appelaient à se rassembler pour dénoncer le projet de loi "Asile et immigration". Parmi les participants, plusieurs centaines de personnes, avocats, agents de l’État du secteur de l’asile et associations d’aide aux migrants. Quelques élus, élus locaux ou députés communistes et insoumis, y ont participé mais leur présence est restée marginale. Parce que dans les faits, à part sur quelques plateaux de télés et de radios pour dénoncer mécaniquement "la politique du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb", il n’y a pas grand monde pour promouvoir une politique d’accueil ambitieuse et volontariste.

La bataille culturelle abandonnée

Aujourd’hui, c’est la France insoumise qui donne le la, à gauche. Et lorsqu’on observe les grandes campagnes nationales retenues par ses militants pour l’année 2018, aucune parmi les trois choisies ne concerne les droits des étrangers. Et pourtant, alors que la "crise migratoire" s’intensifie en Europe et que l’année 2018 – notamment par l’agenda politique engagé par Emmanuel Macron et cette loi "Asile et immigration" – va sans doute marquer un tournant sans précédent de la politique d’accueil en France, une mobilisation politique, intellectuelle, syndicale, de l’ensemble de la gauche aurait été nécessaire.

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Réfugiés, migrants : derrière les mots, des politiques de tri
http://www.regards.fr/politique/article ... ues-de-tri

Comme si la gauche avait abandonné la bataille culturelle. La bataille des idées. Celle des convictions. De la pédagogie, à travers de larges campagnes. Ne serait-ce que pour contrer à l’échelle nationale le discours ambiant qui, de l’actuelle majorité en passant par la droite de Laurent Wauquiez et l’extrême droite de Marine Le Pen, ne cesse de répandre des préjugés les plus nauséabonds. Ainsi, comme le relevait Héloïse Mary, présidente du BAAM (Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants) dans La Midinale du 21 février dernier : « La gauche a perdu une grande partie de son influence sur les questions migratoires par peur du Front national et de sa faiblesse idéologique […]. Elle est prise au piège de l’opinion publique. »

L’opinion publique. Sans doute a-t-elle été un élément déterminant dans l’évolution de la réflexion, à gauche. À commencer par celle de Jean-Luc Mélenchon, dont le discours a évolué au cours de ces quelques dernières années. Ou plutôt depuis la campagne électorale de 2012. Lors de son discours très remarqué à Marseille, devant près de 100 000 personnes sur la plage du Prado, le héros de la gauche avait alors tenu un discours qui faisait honneur à la tradition humaniste, celles des droits et de l’accueil, en France. Ainsi avait-on vanté son « ode à la Méditerranée et au métissage » : « Marseille est la plus française des villes de notre République. Ici, il y a 2 600 ans, une femme a fait le choix de prendre pour époux l’immigré qui descendait d’un bateau, c’était un Grec et de ce couple est née Marseille […]. Les peuples du Maghreb sont nos frères et nos sœurs. Il n’y a pas d’avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb. » Or, quelques jours après avoir tenu ce discours, les sondages pointaient un recul net de deux à trois points du candidat de feu le Front de gauche.

Rien ne dit que la coïncidence du discours et de l’évolution sondagière recelait un lien de cause à effet. Mais c’est ainsi qu’elle a été – bien imprudemment – interprétée. Et si, depuis, le quatrième homme de la présidentielle de 2018 n’a pas véritablement changé de discours sur le fond – les propositions politiques sont sensiblement les mêmes entre la présidentielle de 2012 et celle de 2018 –, sur la forme, la démonstration qu’en fait désormais Jean-Luc Mélenchon, a largement évolué. En 2012, alors que dans le programme du Front de gauche « l’immigration n’est pas un problème », il convient aujourd’hui, selon celui de L’Avenir en commun, de « lutter contre les causes des migrations ».

Changement de discours

Une évolution sémantique qui n’est pas insignifiante, si l’on en croit l’historien Benoît Bréville qui, dans un article de 2017 paru dans Le Monde diplomatique, relevait cet embarras de la gauche sur l’immigration :

« Lors de la précédente élection présidentielle, sans aller jusqu’à défendre explicitement la liberté d’installation, Mélenchon s’était présenté avec une liste de mesures d’ouverture : rétablissement de la carte unique de dix ans, abrogation de toutes les lois votées par la droite depuis 2002, régularisation des sans-papiers, fermeture des centres de rétention, décriminalisation du séjour irrégulier […]. En 2017, la ligne a changé. Il ne prône plus l’accueil des étrangers. »

Benoît Bréville relève alors plusieurs des propos tenus par le candidat de la France insoumise au cours de la dernière campagne. « Émigrer est toujours une souffrance pour celui qui part, explique le 59e point de sa nouvelle plate-forme. […] La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Et l’historien de conclure :

« Ce changement de pied a divisé le camp progressiste, dont une frange défend l’ouverture des frontières, à laquelle M. Mélenchon s’oppose désormais. Figure du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), M. Olivier Besancenot dénonce cette "partie de la gauche radicale [qui] aime se conforter dans les idées du souverainisme, de la frontière, de la nation", tandis que M. Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts, qui [a soutenu] le candidat socialiste Benoît Hamon, accuse le candidat de La France insoumise de "faire la course à l’échalote avec le Front national". »

Le discours du parti communiste français a lui aussi connu bien des évolutions par le passé. Il s’était déjà montré fort peu enthousiaste sur l’accueil des étrangers. Et c’est peu dire. En 1981, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, lançait : « Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France alors que notre pays compte près de deux millions de chômeurs, français et immigrés. » L’extrême droite de l’époque n’avait pas fait la percée qu’elle connaît dans les années 1980, mais la tonalité générale du propos était dès lors si dangereuse qu’elle fut fort heureusement abandonnée par la suite.

Près de trente ans plus tard, le discours du PCF a retrouvé des airs plus solidaires, assez proches de la position du NPA. Pierre Laurent, à la suite de sa visite du centre d’accueil d’urgence de La Chapelle à Paris, déclarait ainsi dans L’Humanité du 23 janvier : « Quand les migrants s’installent, ils deviennent des travailleurs et producteurs de richesses. Ce ne sont pas les migrants qui s’accaparent les richesses, mais les prédateurs de la finance, ceux des paradis fiscaux ou des multinationales, dont les profits explosent. Les mêmes profiteurs du système organisent le dumping social. C’est à cela qu’il faut mettre un terme pour permettre à tous, Français et migrants, un accès aux droits sociaux et à une vie digne. » Mais si le propos apparaît généreux, il n’en reste pas moins consensuel à gauche et peu contraignant. Loin par exemple des revendications d’un NPA qui propose à la fois de régulariser tous les sans-papiers, le droit de vote des immigrés à toutes les élections et l’application du droit du sol intégral pour la citoyenneté.

Repenser la politique migratoire

Ainsi, du PCF à la France insoumise, en passant par les écologistes et même le dernier né Génération.s de Benoît Hamon, il est difficile d’y voir clair. Les bons sentiments empreints d’empathie sont, individuellement, souvent de sortie, mais l’on peine à trouver dans les discours et programmes de gauche ceux qui s’engagent – sans détour par la situation des pays de ceux qui les fuient –, à tout mettre en œuvre, en urgence, pour accueillir les réfugiés et migrants qui se retrouvent sur notre territoire aujourd’hui, tout en anticipant les besoins de demain en matière d’accueil et d’intégration.

Par son absence de clarté – et de projet alternatif sans doute –, un véritable discours de gauche peine donc à s’imposer dans l’espace public. Parce que la gauche a cessé de mener campagne sur le terrain des idées. Pourquoi le Parti socialiste, alors qu’il s’y était engagé dans la campagne de François Hollande en 2012, n’a-t-il pas mené une grande campagne de fond, partout en France, pour (r)éveiller les consciences sur le droit de vote des étrangers ? Pourquoi aujourd’hui, personne à gauche ne prend-il à bras-le-corps ce qui ressemble fort à un impératif moral, dans le débat public, sur l’accueil des personnes étrangères – qu’elle soit ou non en situation régulière sur notre territoire ? Comment pourrait-on honnêtement justifier que la France et l’Europe n’en ont pas les moyens ?

Enfin, pourquoi le discours d’une grande partie de la gauche a-t-il glissé au point de reprendre, parfois, les termes de la droite et de l’extrême droite : l’immigration comme problème ? Procéder ainsi revient à démobiliser la gauche, à l’engluer dans le piège de la droitisation, voire de l’extrême droitisation du débat public. Sans doute n’a-t-on pas toujours pris la mesure, à gauche, que c’est par la défense d’un accueil digne des réfugiés – qu’ils soient climatiques, économiques ou fuyant les conflits – que le combat contre l’extrême droite sera le plus efficace. Pas en flirtant avec ses solutions. Expériences à l’appui dans plusieurs centaines de territoires en France, toute la gauche pourrait trouver les mots pour le dire. Dire que l’immigration est une chance. Dans bien des domaines. Y compris – osons-le – économique.

À hésiter sur le sens de ce combat, la gauche se perd, court à la faillite et peut aller jusqu’au déshonneur. Mais il n’est jamais trop tard. Le dossier de ce numéro de Regards se veut une pierre à l’édifice de reconstruction d’une pensée de la politique migratoire et du sort fait à ces quelques milliers de réfugiés qui meurent de faim et de froid dans nos villes. D’abord en rétablissant quelques vérités, sur cette "crise" qui n’en est pas une, mais aussi sur la base d’un parti pris : l’immigration comme une chance. Parce qu’en matière d’accueil des réfugiés, assumons-le : nous le pouvons, nous le devons, nous le ferons, parce que c’est inéluctable et que c’est une chance, oui.


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Messagede bipbip » 23 Aoû 2018, 18:29

Allemagne. Gauche «debout», la méthode bancale de Wagenknecht

La figure de Die Linke qui lance le mouvement « Aufstehen » (debout), affiche une volonté de limiter l’immigration.

... https://www.humanite.fr/allemagne-gauch ... cht-659457
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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede bipbip » 28 Aoû 2018, 19:18

L’extrême gauche allemande se déchire sur l’immigration

Une figure de proue de la gauche radicale lance un mouvement pour durcir la politique migratoire.

Voilà un nouveau parti de la gauche dite « radicale », en Allemagne, qui se construit en reprenant les positions d’extrême droite de rejet (racistes) des migrants permettant aux socialistes et aux écolos de se refaire, à peu de frais, une virginité de gauche ! Et cela, lit-on, en s’inspirant de Podemos et de la FI et en permettant à un Die Linke, pas très clair (ou trop clair) sur sa ligne cogestionnaire avec le SPD, de faire aussi la leçon de gauche ! Pas à dire, sur ce créneau du « populisme de gauche », bonjour le confusionnisme. Si Podemos reste encore ferme sur les migrants, il continue à courir, dans le vide, derrière le parti de la gauche de droite qu’est le PSOE, complètement aligné sur la droite… de droite et même l’extrême droite pour réprimer l’indépendantisme catalan et protéger la monarchie corrompue qui chapeautée le régime. Quant à Mélenchon, comment oublier sa sortie contre les travailleurs détachés que l’on ne peut pas … détacher de son refus d’accueillir tous les migrants, en se cachant honteusement derrière le pipeau de la nécessité de les fixer « chez eux » en aidant « leur » pays à se développer. Alors que le même Mélenchon n’envisage pas d’annuler leurs dettes ! Assez désastreux si on continue comme ça…

... https://www.anti-k.org/2018/08/19/lextr ... migration/
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Messagede bipbip » 06 Sep 2018, 15:42

Sarah Wagenknecht (Die Linke) lance un mouvement qui tournerait le dos aux positions traditionnelles de la gauche

Sarah Wagenknecht députée de Die Linke, lance un mouvement populiste en rupture avec les positions traditionnelles internationalistes de la gauche pour reprendre l’argumentaire de l’extrême droite, Jean-luc Mélenchon se tait, et sa sortie concernant « une bonne nouvelle venue d’Allemagne » met de la confusion sur un sujet qui exige de la clarté. Les conversation de notre camarade Tanuro sur Facebook.

... https://www.anti-k.org/2018/09/04/sarah ... la-gauche/
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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede Pïérô » 10 Sep 2018, 00:07

France insoumise et immigration : "Le discours de Sahra Wagenknecht est de salubrité publique"

La gauche doit-elle réviser son logiciel sur l’immigration ? Entretien avec Djordje Kuzmanovic, conseiller de Jean-Luc Mélenchon.

La gauche doit-elle réviser son logiciel sur l’immigration ? La question est posée depuis qu’en Allemagne, Sahra Wagenknecht, l’une des principales représentantes du parti Die Linke, présente comme "irréaliste" l’idée "d’ouverture des frontières pour tous". Sa décision de lancer un nouveau mouvement politique, nommé "Aufstehen" ("Debout"), en ce début septembre, a même été qualifiée de virage "anti-migrants". Et ce, même si Sahra Wagenknecht défend toujours le droit d’asile et le devoir d’accueillir les réfugiés.

Ces débats au sein de la gauche allemande ont des répercussions en en France, notamment au sein de La France insoumise, mouvement frère de Die Linke. Le programme défendu par Jean-Luc Mélenchon lors de sa campagne présidentielle, présente l’émigration comme une "souffrance" et s’appuie sur deux piliers : "lutter contre les causes des migrations" et "assumer le devoir d’humanité envers les réfugiés arrivant en Europe". Ce double objectif a l’avantage de faire le lien entre des couleurs politiques variées : d’un côté, une culture plus souverainiste, qui valorise l’idée de frontières, de l’autre, une veine plus internationaliste qui insiste sur la libre circulation des personnes.

"L’Obs" a fait réagir deux membres de la France insoumise. Djordje Kuzmanovic conseille Jean-Luc Mélenchon sur les questions internationales et de défense.

... https://www.nouvelobs.com/politique/201 ... lique.html
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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede bipbip » 11 Sep 2018, 11:07

Populisme « de gauche » (ou pas), immigration : démêlons les confusions

« Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux ! » – Jean-Luc Mélenchon aux « AMFI d’été » de la France insoumise, Marseille, fin août 2018.

Ces propos et beaucoup d’autres du même type suscitent bien des réactions. Dans cet article, je vais passer en revue les principaux arguments des militants qui se veulent de gauche, ou relevant du mouvement ouvrier, et qui veulent continuer à croire que J.L. Mélenchon et pas mal de ses cousins européens se situent eux aussi sur ce terrain. Par ailleurs, ces derniers manquent de moins en moins de partisans pour qui « la gauche » comme le mouvement ouvrier doivent être détruits. En répondant aux premiers, nous allons forcément secouer un peu les illusions auxquelles ils sont attachés, de bonne foi. Ce sera aussi l’occasion, puisque ce sujet en est au cœur, de parcourir, d’Idlib à Chemnitz, de larges pans de l’actualité politique européenne et internationale présente.

Les arguments de nos camarades peuvent être ainsi résumés :

1°) Dire que l’immigration est organisée par les capitalistes et les libre-échangistes n’est en rien raciste ou anti-immigré, c’est un constat anticapitaliste de bon sens, une vérité élémentaire.

2°) Cette vérité élémentaire a toujours été défendue dans le mouvement ouvrier, où la défense des travailleurs « sur place » ou « natifs » contre la casse des salaires au moyen de l’importation de précaires disposés à accepter n’importe quel travail, qui n’implique pas d’hostilité envers ces derniers mais envers ceux qui les utilisent, a toujours été pratiquée.

3°) De plus la solidarité réelle implique de dire que les pays d’émigration en sont les premières victimes et qu’il faut avant tout les aider à se stabiliser et se développer.

4°) Et puis, pas d’amalgames s’il-vous-plait ! Mélenchon ou Wagenknecht n’ont rien à voir avec Orban, Le Pen ou Salvini !

5°) Ce sont en fait les « no border » et les « dames patronnesses », qui veulent à tout prix ouvrir les frontières et accueillir tout le monde, qui font le jeu du libéralisme débridé !

Nous allons donc réfuter ici chacun de ces arguments.

Concernant le premier argument, s’il s’agit de dire que le capital utilise les différentiels de salaires entre populations et donc utilise, voire organise, les flux migratoires à cette fin, comme il utilise toutes les inégalités et toutes les oppressions – entre territoires, nationalités, groupes culturels, sexes … -, nous avons affaire à une lapalissade qui ne règle en rien la vraie question : la réponse à cette vieille méthode du capital peut-elle valablement consister à barrer la route aux prolétaires migrants en quête d’acheteurs de leur force de travail ?

Or, une expérience tout aussi ancienne que celle qui nous apprend qu’en effet, le capital tire profit des mouvements de population ou les provoque, nous apprend aussi qu’il tire tout autant profit des barrières mises à ces mouvements. Les deux vont de pair. La misère ici produit un afflux là ; un mur est alors dressé, qu’elle qu’en soit la forme (mur effectif façon « Trump », limes intermittent, patrouilles de contrôle, camps dit de transit, modalités diverses de refoulement …).

La vraie fonction du « mur » n’est pas d’empêcher toutes celles et ceux qui veulent passer de passer. Elle est de pérenniser le statut d’infériorité, symbolique, juridique et salariale, de ceux qui passent en faisant d’eux des expulsables. Le « mur », loin de préserver la main-d’œuvre dite « autochtone » de la déflation salariale, permet de faire durer celle-ci en instituant une main-d’œuvre de statut inférieur. Seules les conquêtes sociales, pour toutes et tous immigrés compris, protègent à terme toute la main-d’œuvre, l' »autochtone » inclue. Comprendre cela est d’un niveau tout aussi élémentaire que comprendre que le capital peut utiliser et utilise l’arrivée de chômeurs, où que ce soit, pour baisser les salaires.

Mais les évidences qui viennent d’être rappelées, et qu’il fallait rappeler, sont loin de mettre l’accent sur la réalité principale d’aujourd’hui. Aujourd’hui, l’image d’Épinal de « ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange » ne correspond pas à la réalité du capitalisme mondial contemporain. Où J.L. Mélenchon s’imagine-t-il avoir vu quelque gouvernement européen que ce soit, en 2018, « organiser l’immigration » en appelant de la main-d’œuvre à venir ?

La seule exception, certes de poids, a été celle du gouvernement allemand d’Angela Merkel en 2015. C’est en effet là le dernier exemple en date de tentative d’organiser, non pas la venue, car ils seraient venus de toute façon, mais la légalisation et la régularisation d’un afflux de population en vue de l’intégrer à la production avec, incontestablement, une pression à la baisse sur les salaires précisément au moment où les luttes sociales en Allemagne ont commencé à les faire un peu remonter après l’affaissement massif des salaires réels provoqué par le plan Harz du chancelier Schröder, cela dans un pays en plein vieillissement.

En dehors de ce cas particulier, certes central dans l’utilisation de « l’argument migratoire » par les « anti-migrants » (de droite, de gauche et d’ailleurs …), mais qui ne caractérise même plus la politique frontalière de l’Allemagne au moment présent, « ceux qui signent les traités de libre-échange », aussi bien d’ailleurs que les Brexit et les politiques libérales-protectionnistes, n’organisent pas « l’immigration ».

C’est à un autre phénomène que nous avons affaire, tout à fait différent de l’importation de main-d’œuvre sous-payée, en France par exemple, durant les années 1950 et 1960 : les flux migratoires vers l’Europe, ainsi d’ailleurs que beaucoup d’autres, comme entre pays africains, ou, en Amérique du Sud, l’émigration vénézuélienne actuelle, ne sont pasdes flux « organisés » par le « grand capital » et les gouvernements, mais des flux qui tendent à s’imposer à eux.

Que le patronat les utilise pour surexploiter de la main-d’œuvre dans les serres d’Andalousie ou des Pouilles ne change rien à cette réalité, car le patronat cherche et cherchera toujours à utiliser les circonstances données, c’est-à-dire à en tirer profit. C’est d’ailleurs le même patronat qui appelle à stopper l’immigration pour protéger la main-d’œuvre locale, afin de reproduire, par le racisme, les conditions de la surexploitation de « sa » main-d’œuvre.

Ces flux sont causés par les ravages opérés par le capital sur terre, mais qu’il ne contrôle en rien : misère, effondrements économiques locaux (dont le Venezuela est une illustration tout à fait exemplaire, sans aucun rapport avec quelque « socialisme » que ce soit), guerres, et, globalement et de plus en plus, crise climatique.

La généralité et l’amplification de telles causes fait que le distinguo entre « migrants économiques » et « réfugiés » est devenu inadéquat par rapport à la réalité.

D’une façon générale nous avons affaire à des populations qui fuient des situations intenables : ce sont donc en général des « réfugiés ». Et bien entendu ils sont aussi des migrants économiques, puisqu’il leur faut vivre, ce qui, dans ce monde, n’est possible qu’en vendant sa force de travail, ou survivre.

Enfin, donnée importante, ce sont souvent les secteurs jeunes et dynamiques des populations frappées. Des gars qui ont traversé à pied ou presque la moitié de l’Afrique et la Méditerranée en échappant aux bandits, aux négriers, aux flics, aux nervis, aux contrebandiers, ou en négociant tant bien que mal avec eux, ne sont certainement pas des « faibles », même si leur équipée peut les avoir brisés.

Concernant le continent africain tout particulièrement, ce n’est plus le « sous-développement » qui produit les déplacements massifs de population et surtout la mobilité massive, souvent d’une débrouillardise stupéfiante, de la jeunesse, cela d’abord à l’intérieur de l’Afrique et ensuite vers l’Europe ou d’autres continents.

C’est l’essor tumultueux et barbare du capitalisme du XXI° siècle conjuguant crise climatique, land grabbing détruisant les paysanneries, secteur informel massif, rente foncière, pétrolière, minière, et corruption associée, ponctionnant les revenus de toute la population, désenclavement inégal ne visant pas à aider les gens mais à faire circuler le capital et à payer les trusts du bâtiment, de la mine, de la conteneurisation et de l’agro-business.

Le tout se combine à la vitalité des populations, à la résistance des femmes qui assurent l’intendance et la croissance de la jeunesse, avec des taux de fécondité qui, démentant la théorie (chargée d’idéologie) de la « transition démographique » selon laquelle tout pays devrait, après avoir vu baisser sa mortalité, voir baisser aussi sa natalité, ne baissent pourtant pas et même, parfois, remontent – comme cela se produisait localement dans l’Angleterre de la révolution industrielle.

La réaction vitale des populations d’Afrique sud-saharienne – fécondité élevée persistante, mobilité et agilité de la jeunesse …- n’est pas celle de populations « sous-développées », mais d’une humanité du XXI° siècle qui résiste et vit, malgré et sous la domination du capital, et ne se conforme pas à ce qu’elle serait « censée » faire, à savoir rester chez elle (car en Europe l’armée de réserve du chômage est en elle-même suffisante pour continuer à tasser les salaires), faire moins d’enfants, et ployer l’échine. Hé bien non, elle se reproduit et elle bouge.

Plus encore : elle s’agite et constitue des foyers révolutionnaires, de la Tunisie fin 2011 à l’Afrique du Sud, sans oublier le dynamisme des réfugiés syriens qui, en 2015, sont arrivés dans les Balkans non pas tant comme des suppliants que comme des révoltés porteurs de l’exigence démocratique légitime qu’on les accueille, eux qui étaient chassés par les bombardements, les tortures et les viols des troupes de Bachar el Assad.

L’exigence de « fermeture des frontières » est aussi un réflexe de peur devant cette vitalité là, qu’on l’euphémise ou qu’on la masque ou non derrière la thématique du « terrorisme islamique » qui, en réalité, ne fait pas partie de ce qu’apportent, mais fait partie de ce qui fait fuir, les réfugiés syriens et les autres.

Donc, expliquer que le capital organise aujourd’hui l’immigration en Europe, c’est tout simplement ne rien comprendre à ce qu’est le capital contemporain et à ce qu’est la situation planétaire.

Notons d’ailleurs que, dans la citation qui ouvre cet article, J.L. Mélenchon ne nomme pas le capital, mais des incarnations : « ceux » qui organiseraient l’immigration et signent « les traités de libre-échange ». Qui sont-ils en fait ? Nous y reviendrons …

Passons au deuxième argument, qui est un prolongement du premier : puisque ce serait s’opposer au capital que de s’opposer à l’immigration sans frein, le mouvement ouvrier aurait toujours eu une telle position, n’est-ce pas.

Nous y avons du coup répondu en partie aussi : même si le mouvement ouvrier avait eu une telle position autrefois, le capitalisme réel a, lui, changé.

Mais faire croire que le mouvement ouvrier a traditionnellement été contre l’ouverture des frontières aux migrants et réfugiés est factuellement faux. Cela l’est en tous cas pour le mouvement socialiste et le syndicalisme avant ou hors des influences « social-démocrate » ou stalinienne du XX° siècle, lesquelles ont souvent suscité des positions chauvines, mais qui, justement, sont en contradiction avec les intérêts prolétariens.

Concernant l’accueil des réfugiés on rappellera la tradition antérieure, dont le mouvement ouvrier a hérité, celle de la déclaration des droits de 1793 : accueil et naturalisation de tous ceux qui fuient la tyrannie.

Lorsque les syndicalistes londoniens prennent part à la création de l’Association Internationale des Travailleurs, en 1864, les mesures visant à empêcher les patrons d’importer de la main-d’œuvre continentale pour briser les grèves font partie de leur motivation. Ils n’y répondent précisément pas en exigeant de barrer le Channel, mais en fondant l’Association Internationale des Travailleurs !

Le débat du congrès de Stuttgart de l’Internationale dite « deuxième », en 1907 (voir Claudie Weil, L’Internationale et l’autre, Paris, Arcantère, 1987), montre bien que la position ouvrière vise à revendiquer une régulation visant à l’avantage commun des travailleurs « locaux » et immigrés, comme dans les autres domaines (salaires, temps de travail, chômage …). Il y avait matière à débat et des positions xénophobes surviennent dans la discussion.

Chaque fois que tel type de syndicalisme s’est enfermé dans la défense d’une seule catégorie ayant arraché des acquis – par exemple travailleurs qualifiés blancs des anciennes trade unions ou de l’AFL nord-américaine avant la création du CIO dans les années 1930 …-, il a fini par perdre les dits acquis, ou bien par être débordé par la création de syndicats pour toutes et tous.

Oui mais, nous dit-on, au lieu de laisser leurs jeunes affluer ici, il faudrait aider les pays pauvres à se développer et ne pas les exploiter.

La réalité, c’est que ces pays se développent et y sont puissamment « aidés » par les flux de capitaux. Et c’est précisément ce « développement » qui engendre de manière incontrôlée leurs flux migratoires.

Oui mais, il faudrait un développement équilibré, etc., etc.

Certes : un développement non capitaliste, un développement humain et pas la « croissance du PIB » ? Si c’est cela que l’on veut dire, alors il s’agit d’autre chose que, par exemple, « la France » aidant « l’Afrique » à « se développer ». Il s’agit de rupture avec le capitalisme à l’échelle internationale.

Si l’on veut en arriver là, commencer par appeler à barrer la route aux jeunes en provenance des dits pays n’est pas une très bonne idée. Qu’on le veuille ou non ceci fera le jeu du racisme et ne freinera le flux qu’à la marge, entretenant le statut d’infériorité des migrants et empêchant la lutte émancipatrice commune. C’est tout.

Mais il y a pire. On ne saurait s’abstraire du fait que ces lignes sont écrites au moment où Poutine et Bachar ont commencé à bombarder massivement les 3 millions de Syriens entassés à Idlib, adversaires du régime de Bachar et non pas « terroristes islamiques ». Les chefs de la « France insoumise » n’ont-ils pas montré avec la Syrie ce qu’ils entendent par l’aide à un pays pauvre visant à réaliser « la paix » ? Il s’agit en l’occurrence de la paix des cimetières, des corps torturés et violés, des ruines fumantes. Une paix assise sur l’écrasement barbare d’une insurrection populaire et qui est porteuse de nouvelles guerres, faisant de la Syrie un terrain d’affrontement. Une paix qui a et qui va produire la fuite de millions de réfugiés. Le voila, le « développement autonome » soi-disant dégagé de la domination impérialiste …

Les trois points qui précèdent, si on entend nos réfutations, vaudraient et valent non seulement pour les positions sur l’immigration des courants « populistes » ou « populistes de gauche », mais aussi pour critiquer les positions anciennes de bien des courants d’origine socialiste ou communiste. On se rappelle, en France, du « produisons français » du PCF dans les années 1970. Et il y a certes pas mal de traces, de sédiments, d’héritages de ce type là dans les discours des leaders dits « populistes » façon J.L. Mélenchon. Si on s’arrête là, notre critique consisterait donc à pointer du doigt soit un lourd héritage du passé bureaucratique de l’ancien mouvement ouvrier et de l’ancienne gauche, soit le fait d’être resté sur des vieux schémas, comme on dit, sans avoir capté les transformations du monde (soit les deux).

Or, les chefs « populistes » entendent bien ne pas passer pour des héritiers, mais bien pour des novateurs. Notamment dans leurs rapports avec le mouvement ouvrier et avec l’ancienne gauche, leur discours est un discours de rupture. La reprise d’une thématique de restriction de l’immigration, se présentant a priori comme non raciste (ou même comme la seule thématique capable d’être véritablement efficace contre le racisme), n’est certainement pas perçue par ces chefs, ou par leurs conseillers et coach de Chantal Mouffe à Jorge Kuzmanovic, comme un héritage du « vieux monde », mais bien comme une composante de la stratégie innovante que serait le « populisme ».

Nous pouvons là leur donner à la fois tort et raison. Tort, car il est bien évident que les héritages chauvins ou à courte vue pèsent dans ces prises de positions et, surtout, en facilitent la réception. Mais raison, car en effet ce qu’ils disent aujourd’hui n’est pas un décalque du « produisons français » d’autrefois, mais forme un discours dont la cohérence est autre, très loin de se réduire à la défense des « travailleurs d’ici ».

Cette cohérence transparaît parfaitement dans notre citation initiale de J.L. Mélenchon. L’immigration serait un coup monté. Par qui ? Ils ne sont pas nommés dans cette citation, mais ils le sont par ailleurs : « l’oligarchie », « l’Europe », « la finance ». Une couche sociale supérieure, se situant notamment au dessus des nations, organiserait en Europe l’immigration, comme elle signe les « traités de libre-échange », afin de détruire les acquis sociaux.

Structurellement, la cohérence de ce discours est exactement la même que celle des Orban et des Salvini et de l’ensemble de la droite et de l’extrême-droite européenne : une couche oligarchique en place dans les banques et à Bruxelles organiserait la venue en Europe de musulmans et de pauvres à la forte fécondité, dans le but de saper les fondements de la civilisation européenne.

La peur de l’immigré basané, pauvre et musulman, premier paradigme, se combine ici à un second paradigme généralement plus discret (sauf dans les sites et blogs de l’extrême-droite identitaire « avouée »), à savoir celui qui vise cette oligarchie toute puissante et mondiale qui tire les ficelles de l’immigration. Comme l’écrit un aspirant au grade d’idéologue de J.L. Mélenchon, Denis Collin :

« Le grand capital, pensons ici à la figure de Soros, est pro-immigration et appelle à lutter contre le retour des « heures sombres » ! » (site « La Sociale », début septembre 2018).

Hé oui ! Le « grand capital », à savoir non les rapports sociaux capitalistes dont les capitalistes sont les faisant fonction, mais des personnes incarnées, précises (et ici nommées : « Soros » !), est « pro-immigration », s’imagine Collin, et bien entendu ce grand capital personnifié évoque les « heures sombres », c’est-à-dire le nazisme et l’antisémitisme, afin d’imposer « l’immigration » !

Il est probable qu’en toute honnêteté l’auteur de ces propos voue l’antisémitisme aux gémonies si on le lui demande. Reste que structurellement, cette construction idéologique est celle de l’antisémitisme : les Juifs (« Soros ») font venir les musulmans (les « immigrés », cibles du racisme, reconnaissables à leur teint basané et leur pauvreté, c’est pourquoi le terme « islamophobie » est ici impropre, à la différence des persécutions religieuses en Inde), pour détruire les Européens.

Le schéma conceptuel, si l’on peut dire, à l’œuvre dans cette construction, se présente de manière achevée, cohérente et claire dans la vision du monde antisémite et raciste : les Juifs mènent le monde et complotent pour corrompre ou remplacer la race, tel est l’idéaltype des formulations atténuées qui, le plus souvent inconsciemment, sont structurées de la même manière : « le grand capital » (qui s’appelle « Soros » …) est pro-immigration et dénonce « les heures sombres » quand on le démasque, ou, version plus euphémisée encore, « ceux qui signent les traités de libre-échange » sont ceux qui « organisent l’immigration », et ainsi de suite.

Assurément, je peux m’attendre si réponse des intéressés il y a, à un numéro sur la « bassesse » qu’il y aurait à les traiter d’antisémites. Sauf que je ne le traite pas d’antisémites (bien que l’on puisse constater facilement sur les réseaux sociaux qu’ils en drainent de plus en plus, et qu’il soit permis de s’interroger sur le cynisme de tel ou tel d’entre eux). Je souligne que le schéma idéologique qu’ils véhiculent, bien qu’il ressemble à certaines fausses représentations de l’ancien mouvement ouvrier, est, dans la modernité « populiste » qu’ils revendiquent et assument, un calque atténué-euphémisé du plus pur schéma à la fois antisémite (le complot à la place du rapport social capitaliste) et raciste (l’immigration forcément malfaisante, même si l’on peut expliquer que ceci ne vise pas les immigrés, mais ceux qui les « utilisent », etc, etc.).

Alors, J.L. Mélenchon ou Sarah Wagenknecht n’auraient rien à voir avec Salvini ou Orban, ou encore Wauquiez ou Le Pen, et il serait d’une grande « bassesse » d’oser l’insinuer ? Voire. Il n’y pas identité, et le modèle, la cohérence, sont du côté de Salvini ou d’Orban (lequel s’est d’ailleurs fait une spécialité d’euphémiser l’antisémitisme sous le nom de « Soros » et se paye le luxe de le dénoncer verbalement ailleurs, chez Marx, chez tout le monde, sauf chez lui, tandis que les applaudissements tonitruants de ses supporters le démentent et qu’il s’en amuse !).

En Italie le premier ministre de facto s’appelle Salvini. Mais tout son pouvoir provient de l’alignement progressif du Movimiento Cinque Stelle, qui le devançait très largement aux élections, mouvement « populiste » avec de nombreux « marqueurs » de gauche et pas mal de militants et de cadres qui en sont issus. Salvini cultive le racisme et évoque en filigrane la figure de Mussolini. Di Maio, de Cinque Stelle, ne semble pas faire dans ce registre. L’on nous dit donc qu’il y aurait contradiction, voire affrontement, entre l’aile « raciste » et l’aile « sociale » de ce gouvernement italien. Mais il y a entre elles un facteur décisif, central, d’accord : la représentation fétichiste, à la place des rapports sociaux capitalistes réels, de coupables à la fois de la « mondialisation », de « l’immigration » et des reculs sociaux, incarnée par la figure de l’oligarque-banquier-fonctionnaire bruxellois international et cosmopolite, « mondialiste » comme dit le « penseur » Diego Fusaro, qui, plus chanceux que notre Collin hexagonal, est l’idéologue-coach aussi bien de Salvini que de Di Maio …

En Allemagne, les évènements de Chemnitz ont tenu ces derniers jours le devant de la scène. Quelques milliers de militants d’extrême-droite venus de toute l’Allemagne, avec des secteurs pauvres et déclassés de la population locale, ont tenu la rue pendant plusieurs jours, frappant les immigrés ou les basanés, avec y compris des actes antisémites. C’est exactement dans le même temps et dans ce contexte que Sarah Wagenknecht, ancienne cadre du SED est-allemand, et épouse du vieux politicien issu de la social-démocratie Oscar Lafontaine, lance un mouvement « transparti » disant s’inspirer de Podemos et de la France Insoumise, Aufstehen (« Debout' ») qui affirme vouloir rassembler à la fois la gauche et le peuple allemand, avec comme signe distinctif la volonté affirmée de réduire l’immigration. Tout ce qui a été dit ici sur le discours du type « Mélenchon » et les arguments de certains de ses défenseurs peut s’appliquer mot pour mot au discours de S. Wagenknecht. Le lancement de son mouvement est perçu comme un évènement politique majeur en Allemagne.

L’Italie et l’Allemagne nous montrent clairement que les convergences « populistes » ne sont pas un fantasme (bien qu’on puisse aussi, naturellement, les évoquer de manière fantasmatique), mais une réalité. Ce qui n’est par non plus un fantasme ici, est la place structurante de la diplomatie officieuse du régime poutinien.

Mais il faut bien comprendre les fondements sociaux de telles convergences, sans spéculer sur leur future possible. Les gouvernements d’Orban ou de Salvini ne sont pas du tout des gouvernements combattus par le « grand capital ». Celui-ci n’est pas « immigrationniste » et a tout à fait intérêt à cultiver l’option raciste-antisémite, tout en espérant qu’elle n’échappe pas à tout contrôle. L’explosion possible de l’eurozone et de l’UE est intégrée dans ses réflexions et prévisions politiques, et en attendant il s’en sert à fond. Depuis plusieurs années en Italie, l’intégration à la zone euro est devenue néfaste aux intérêts capitalistes « nationaux ». L’exécutif français essaye de préserver la place de l’impérialisme français en faisant de lui la force entrainant l’Allemagne devenue poussive : il est en train d’y échouer.

Le « national-populisme » dans toute ses variantes n’est pas une issue à la crise de toutes les forces politiques mais leur aboutissement. Sans négliger la diversité des formes et sans faire d’amalgames, le niveau d’analyse pertinent de ces forces politiques est international et européen.

Soit-dit en passant, ceci invalide les commentaires idéologiques qui veulent à toute force faire découler les dérives les plus dangereuses de la « France insoumise » ou de tel ou tel de ses secteurs d’une malédiction « républicaine » viscéralement française (je pense ici au fétichisme anti-républicain d’un Philippe Marlière, bien incapable du coup d’expliquer, et même de signaler, la présence dans la « France insoumise » de courants aussi bien « souverainistes » que proches des « Indigènes de la République », ces derniers assez proches de ses propres positions, car bien incapable de saisir que ce qui unit ces composantes, outre la place bonapartiste du chef, est la dénonciation de la même « oligarchie » évoquée ci-dessus).

Les convergences « populistes » se font sur un terrain qui est celui des intérêts du capital. C’est pourquoi on peut émettre un doute sur la capacité des « populistes de gauche » à combattre le libéralisme européiste classique, dont le dernier représentant gouvernemental s’appelle Macron, lequel de son côté cherche, en vue des élections européennes, à se faire passer pour la seule alternative à Orban-Salvini.

Macron ? Celui qui refuse d’ouvrir les ports de son État aux ONG sauvant des réfugiés ? Celui qui appelle à ouvrir des camps d’enfermement pour trier ceux qu’on laissera passer et chasser les autres ? Celui qui est bien d’accord avec Salvini pour que les gardes-côtes libyens fasse le sale travail ? – ce ne sont là que des exemples se situant dans le champ dont traite cet articles, de ses propres « convergences » avec ce que représente « Orban ». Macron, assurément un homme du grand capital, n’est pas « immigrationniste ». Il sera donc difficile de le combattre efficacement, et de ne pas faire et son jeu à lui, et celui de l’extrême-droite, si on s’imagine le combattre comme tel. Il y a d’ailleurs une forte oscillation dans l’orientation et les propos des chefs « insoumis », J.L. Mélenchon le premier, tenté d’en revenir à la défense des droits humains et démocratiques pour tous et donc de le traiter de « xénophobe », puis de se récrier en le croisant de manière faussement spontanée dans un estanco marseillais …

Concluons : oui, l’orientation politique sur l’immigration des chefs « populistes » à la Mélenchon-Wagenknecht converge bel et bien, avec des hésitations et des propos contradictoires surtout chez le premier, avec la ligne des Salvini, Orban, et donc aussi Le Pen, mais pas parce qu’ils seraient méchants.Tout simplement parce que ce sont des politiciens capitalistes.

Il nous reste à dire un mot du dernier argument énuméré ci-dessus. Nous pouvons aller très vite, car si l’on saisit la réalité du fait migratoire dans le capitalisme contemporain et la nature politique, liée au capital, des phénomènes dont nous avons parlé, alors il n’est pas question de faire des « no border » et des « dames patronnesses » qui se retrouvent pas exemple, avec d’autres, dans des organisations comme RESF des sortes d’agents du capital mondialiste, ce que fait d’ailleurs une officine d’extrême-droite comme « Riposte laïque ».

Il se trouve que tout simplement, empathie et bons sentiments ne sont pas les bêlements des idiots utiles de l’oligarchie, mais le fondement de la résistance humaine aux conséquences du capitalisme. Voila la nature de notre époque !


https://blogs.mediapart.fr/vincent-pres ... confusions
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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede bipbip » 13 Sep 2018, 15:04

La question des réfugiéEs, une ligne rouge pour les internationalistes

En cette rentrée, la question des migrantEs est au cœur des débats du début de campagne des élections européennes. Et on peut dire qu’il y a du gros temps, et qu'un vent mauvais souffle.

La pression de l’extrême droite raciste et xénophobe a miné le terrain dans toute l’Europe. Il y a urgence à reprendre l’offensive idéologique pour faire entendre une voix internationaliste, solidaire, sans la moindre réserve, de nos frères et sœurs de classe que les conflits, les catastrophes climatiques, la misère ou simplement leur choix, transforment en réfugiéEs. Et cela commence par un débat qui s’annonce serré avec les voix qui, à gauche de la social-démocratie, commencent à déraper gravement.

« Il faut être réaliste »

L’espace médiatique ouvert par les déclarations de Sahra Wagenknecht en Allemagne semble avoir provoqué un appel d’air dans les rangs de La France insoumise. Dans le Figaro du 9 septembre, un cadre de la FI déclare : «Il faut être réaliste. Si nous adoptons la même ligne que les formations d’extrême gauche sur l’immigration, dans le contexte actuel, nous sommes morts politiquement. Contrairement à certaines formations, nous, nous avons vocation à gagner dans les élections ». À mettre en rapport avec les déclarations de Jean-Luc Mélenchon dans le Monde le 24 août (« Je n’ai jamais été pour la liberté d’installation et je ne vais pas commencer aujourd’hui. »), et dans son livre paru le 8 septembre (« Si on ne veut pas que les gens viennent, il vaut mieux qu’ils ne partent pas. […] Il faut cesser de croire que les gens partent par plaisir. Donc éteignons l’une après l’autre les causes de leur départ. Elles sont très simples, c’est la guerre et la misère »).

Bien sûr ce n’est pas un racisme crétin, mais les prétendus intérêts des peuples d’ici et d’ailleurs qui guideraient ces propos. Ainsi, toujours selon Mélenchon : « Oui, il y a des vagues migratoires, oui, elles peuvent poser de nombreux problèmes aux sociétés d’accueil quand certains en profitent pour baisser les salaires en Allemagne. Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salariés. » Et l’aboutissement de ce raisonnement est tenu par Djordje Kuzmanovic (futur candidat de la FI aux européennes) : « La bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires. […] On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »

Pas de fatalité, mais un rapport de forces

Au NPA, nous défendons l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et d’installation pour touTEs, et l’égalité des droits de manière indissociable. Et ce n’est pas l’affaire d’une « bonne conscience » mais d’une compréhension d’appartenir à une classe qui n’a pas de frontière. Il n’y a pas de logique économique selon laquelle des conditions objectives permettraient d’augmenter ou de diminuer les salaires, de développer un pays ou de l’enfoncer dans le sous-développement. Il y a des classes sociales qui se battent et créent des rapports de forces politiques. Si le patronat allemand peut utiliser les réfugiéEs pour faire baisser les salaires, c’est qu’il a déjà créé les conditions qui font que, selon le journal La Tribune, « la prospérité allemande est un cauchemar pour 40 % de ses citoyens ». Il n’y a pas de fatalité sur le fait qu’un afflux de population provoque une baisse des salaires. Des historiens ont, par exemple, montré qu’en 1962 et les années suivantes, le retour en catastrophe des 900 000 rapatriéEs d’Algérie a provoqué une baisse ponctuelle des salaires dans les régions d’arrivée avant que ceux-ci ne remontent… après 1968. Toute la question est de savoir qui est à l’offensive : les patrons et leur personnel politique, ou le mouvement ouvrier internationaliste. Diviser le monde du travail a toujours été une arme des classes dominantes. Nous devons donc leur opposer un programme qui réalise l’unité de notre camp. C’est pour cela que le NPA défendra dans la campagne des européennes :

– l’arrêt des interventions militaires françaises et européennes dans quelque cadre que ce soit ;

– la fermeture des hotspots en Afrique ;

– la régularisation de touTEs les sans-papiers pour en finir avec la clandestinité qui condamne à l’exploitation et à la précarité généralisées ;

– la diminution du temps de travail pour partager le travail entre toutes les mains quelles que soient leur couleur, leur origine, ou leur nationalité…

Plus que jamais convaincuEs que « l’Internationale sera le genre humain » !

Cathy Billard


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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede bipbip » 15 Sep 2018, 17:30

Le FN dit-il la même chose que les communistes il y a trente ans ?

De Georges Marchais à François Ruffin, la gauche institutionnelle et les immigrés, un lourd passif, un terrain fertile aux dérives actuelles, petit rappel …

... https://www.anti-k.org/2018/09/15/le-fn ... rente-ans/
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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede bipbip » 18 Sep 2018, 00:01

Le mouvement « Aufstehen » en Allemagne : « debout »... pour quoi faire ?

Le 4 septembre, Sahra Wagenknecht, co-présidente du groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag (la chambre des députéEs), a présenté à la presse le nouveau mouvement « Aufstehen » (« Debout »), qu’elle a initié avec son mari Oskar Lafontaine.

En présentant ce « mouvement », Wagenknecht était accompagnée d’un membre des Grünen (les Verts), d’une membre du SPD et d’un conseiller, représentant 40 personnalités très connues. L’objectif était ainsi de présenter Aufstehen comme un mouvement qui serait en mesure de dépasser les limites des partis existants, et de réunir la gauche.

Un « mouvement » autoproclamé

La réalité est beaucoup plus prosaïque. Aufstehen n’est pas à même de jouer un rôle dans les luttes et encore moins dans la clarification et le développement des positions de la gauche, même réformiste. Même si plus de 100 000 intéresséEs se sont inscrits sur la plateforme internet, le mouvement est en réalité autoproclamé. Wagenknecht est inspirée par La France insoumise et n’a pas proposé son projet dans Die Linke, mais l’a préparé d’une façon quasi clandestine avec un petit cercle de fidèles (Team Sahra). De cette façon, Wagenknecht détermine et contrôle absolument tout dans ce projet qui est à 100 % « top-down » : il n’y a pas de comités préparatoires qui pourraient élaborer quoi que ce soit, et le mouvement n’est en aucune façon un rassemblement des forces qui sont actives dans les divers mouvements réels tel que « Aufstehen gegen Rassismus » (« debout contre le racisme »), Seebrücke (« embarcadère » – mouvement qui lutte pour le sauvetage des réfugiés en Méditerranée), les mouvements antimilitaristes (« Abrüsten jetzt » et « Rüstungsexport stoppen »), les comités de soutiens aux luttes syndicales, contre les loyers exorbitants, etc.

Après les émeutes racistes à Chemnitz, nombre d’initiatives ont été prises, et nombre d’intellectuels se sont engagés dans les mobilisations antiracistes, ce qui a permis un concert de solidarité avec plus de 65 000 personnes dans les rues de Chemnitz. Cela a démontré la force toujours importante (et peut-être grandissante) du mouvement antiraciste. Mais aucune personne de Aufstehen n’avait appelé à participer, et aucunE des protagonistes du prétendu « mouvement de rassemblement » n’y était présent.

Un programme plus qu’ambigu

Wagenknecht – très médiatisée – explique clairement son objectif : elle veut récupérer les électeurEs qui souffrent d’un sentiment d’abandon. L’AfD (le parti populiste de droite avec une forte aile d’extrême droite) est forte, parce que « les gens se sentent défavorisés » et parce « nous ne leur parlons plus », dit-elle. Donc pour contrer l’AfD, elle veut capter les voix des « déçus » en défendant les services publics, en taxant les riches et en tenant… un discours anti-migrants qui va sur le même terrain que l’AfD.

En effet, un des éléments centraux du profil d’Aufstehen est son programme anti-migrants, totalement contradictoire avec une riposte progressiste au drame des réfugiéEs qui est, depuis 2015, la question-clé d’une politique non seulement humanitaire mais répondant aux intérêts des travailleurEs. Pour Wagenknecht (comme pour les partis bourgeois), l’immigration est un « problème », et il faut donc limiter le nombre des migrantEs qui sont autorisés à entrer en Allemagne, prétendant que « nos capacités sont limitées ».

Pour Wagenknecht, ce n’est pas le capitalisme qui est le problème mais ce sont les réfugiéEs, même si elle ajoute qu’il faut combattre les raisons de la fuite des migrantEs de leur pays. Elle s’est adaptée aux « populistes » de droite et, ce faisant, leur a donné gain de cause.

Aufstehen est avant tout un événement médiatique, malgré les 110 000 inscritEs. Ces dernierEs espèrent – comme Wagenknecht et Lafontaine – qu’un nouveau mouvement de gauche en coalition avec le SPD et les Verts pourra remplacer le gouvernement CDU-CSU-SPD. En fin de compte, ce « mouvement » n’a d’autre raison d’être que de préparer la fondation d’un nouveau parti pour les élections en 2021.

Avec son programme extrêmement opportuniste, flirtant avec la droite et avec le soutien de l’aile droite de Die Linke, cette manœuvre risque de discréditer Die Linke, déjà très compromis par sa participation aux gouvernements de trois Bundesländer (États fédéraux), dont Berlin, en y mettant en œuvre une politique néolibérale.

Jakob Schäfer, membre de l’ISO (Organisation socialiste internationale)


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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede bipbip » 09 Oct 2018, 16:32

ENQUÊTE

Un discours trompeur : Cette gauche qui milite pour la fermeture des frontières au nom des classes populaires

Une rupture avec les traditions du mouvement ouvriers, des affirmations contredites par des études socio-économiques récentes

La gauche antimigrants, en Allemagne ou en France, estime que les immigrés menacent notre modèle social. Une affirmation démentie par la réalité.

Ils sont de gauche, mais ils rêvent de fermer un jour les frontières européennes aux migrants qui risquent leur vie en franchissant la Méditerranée. Qu’ils se disent sociaux-démocrates ou marxistes, ces militants allemands, français ou danois plaident avec conviction pour le « chacun chez soi » : la libre circulation des hommes leur semble une dangereuse chimère. La cible de ces nouveaux procureurs de l’immigration est toujours la même : la « bien-pensance » de la gauche, qui célébrerait avec une naïveté confondante les vertus de l’ouverture des frontières.

En Allemagne, Sahra Wagenknecht, la figure de Die Linke qui vient de lancer le mouvement Aufstehen (« Debout »), regrette ainsi qu’en 2015, Angela Merkel ait grand ouvert les portes de son pays aux migrants qui se pressaient aux frontières. Il ne faut surtout pas rééditer cette « perte de contrôle », avertit cette députée qui se définit comme marxiste, car ce brusque afflux d’étrangers a « changé ce pays, et pas pour le mieux ». « Nous ne rendons pas le monde plus juste en faisant la promotion de la migration », conclut l’ancienne présidente de Die Linke.

« Je ne suis pas d’accord pour faire comme si l’immigration était quelque chose de naturel, de désirable, de souhaitable »
Jean-Luc Mélenchon
Leader de La France insoumise

Si La France insoumise s’abstient de tenir des discours ouvertement hostiles aux migrants, elle ne peut masquer, elle aussi, une certaine ambiguïté. L’un de ses orateurs, Djordje Kuzmanovic, a ainsi déclaré que le discours ­d’Aufstehen sur la question migratoire était de « salubrité publique ». Jean-Luc Mélenchon l’a rappelé à l’ordre mais le leader de La France insoumise a refusé d’apposer sa signature au pied du Manifeste pour l’accueil des migrants de Mediapart, Regards et Politis. « Je ne suis pas d’accord pour faire comme si l’immigration était quelque chose de naturel, de désirable, de souhaitable », a-t-il déclaré.

Les sociaux-démocrates du Danemark ne sont pas en reste : depuis les succès électoraux du Parti populaire danois, ils dénoncent vigoureusement les travers de l’immigration. « Notre économie et notre cohésion sont menacées par le nombre de réfugiés », expliquait leur porte-parole, en 2016, alors que le parti s’apprêtait à voter une loi prévoyant la confiscation des biens des demandeurs d’asile. Une fermeté qui s’inscrirait naturellement, selon le député Mattias Tesfaye, dans l’histoire du parti : jusque dans les années 1980, souligne-t-il dans son livre Welcome Mustafa (Gyldendal, 2017, non traduit), les sociaux-démocrates défendaient une politique migratoire restrictive.

Sommaire
« Contre-vérités »
« Armée de réserve »
Idée marxiste
Méprise sur l’équilibre des (...)
Vertus économiques et sociales

... http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article46388
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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede bipbip » 21 Oct 2018, 17:11

Jean-Luc Mélenchon à l’épreuve de la « rencontre migratoire »

Dans une déclaration en date du 30 septembre, Jean-Luc Mélenchon, interrogé sur son refus de signer le « Manifeste pour l’accueil des migrants » avec de nombreuses personnalités de gauche, a tenté d’exposer la position de la France insoumise (FI) sur la question épineuse et sensible des migrations, dans l’espoir de lever les équivoques une fois pour toutes.

Le leader de la FI présente sa ligne comme une voie médiane. D’un côté, il se démarque des extrêmes gauches françaises (trotskistes, anarchistes, autonomes), des associations de défense des migrants ou des universitaires qui prônent la liberté d’installation et de circulation de par le monde. De l’autre, il condamne la logique du « tout-sécuritaire » qui aurait conduit les gouvernements successifs à manquer au « devoir d’humanité » en menant des politiques migratoires indignes et inefficaces. Sa position, qu’il juge équilibrée et réaliste, fait songer à la logique du « en même temps » chère au président de la République. Jean-Luc Mélenchon juxtapose ainsi plusieurs lignes d’action : renforcer le droit d’asile et accorder le pavillon français à l’Aquarius au nom du « devoir inconditionnel de rescousse » ; mettre en œuvre une coopération euro-méditerranéenne pour épargner aux Africains les affres de l’exode et les enraciner chez eux pour qu’ils puissent « vivre et travailler au pays », mais aussi réaffirmer le respect des frontières nationales et la souveraineté des États en matière de gestion des flux migratoires, en excluant toute reconnaissance d’un droit universel à la mobilité.

On pouvait légitimement s’attendre à ce que le chef de file des Insoumis aille au bout de son raisonnement. Or il ne dit mot de la mise en œuvre. Appliquerait-il les mesures administratives d’éloignement des étrangers en situation irrégulière ? Il ne prononce jamais les mots « expulsion » ou « reconduite à la frontière », comme si cette problématique, pourtant incontournable lorsqu’il s’agit des politiques migratoires, était taboue au sein d’un mouvement attaché à défendre une politique « humaniste » et « progressiste » opposée à celle de la majorité présidentielle.

Or, c’est la prise de position sur les expulsions qui trace une ligne de démarcation nette au sein du champ politique. De deux choses l’une. Soit on délivre un titre de séjour à tout migrant ayant mis le pied sur le territoire national indépendamment de son point de départ (Union européenne, « pays d’origine sûr »...), au nom du droit universel à la mobilité, ce qui interdit de procéder à la moindre expulsion et conduit à fermer les centres et locaux de rétention recensés en Métropole et en Outre-mer. Soit on postule que l’État doit souverainement décider de l’admission au séjour dans le cadre de la loi, quitte à recourir à la force publique pour contraindre les illégaux à quitter le territoire, comme cela fut encore le cas en 2017 avec 26 000 expulsions revendiquées par le Ministère de l’Intérieur.

C’est manifestement la seconde voie qui semble tenter la France insoumise. Mais Jean-Luc Mélenchon se garde bien, pour l’instant, de toute déclaration publique à ce sujet, soucieux qu’il est d’esquiver les critiques venant des organisations politiques situées sur sa gauche et de ne pas attiser les tensions au sein de son mouvement, divisé sur la question, à l’image de son électorat. Mais pourra-t-il tenir encore longtemps cette position équivoque, alors que les élections européennes sont programmées dans 8 mois, et que la problématique de la « rencontre migratoire » occupera une place importante, sinon centrale, dans les débats ? Ainsi, arrivera-t-il le moment où il devra répondre publiquement à cette question simple : « Monsieur Mélenchon, vous qui aspirez à exercer les plus hautes fonctions, dès 2022, à la faveur de la prochaine élection pour la Présidence de la République, pouvez-vous nous dire si, oui ou non, votre gouvernement procédera à l’expulsion d’étrangers en situation irrégulière à l’instar de l’actuelle majorité présidentielle ? »

Hugo Melchior


Citations

Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône et président de la France insoumise, était l’invité de Francis Letellier dans « Dimanche en politique », le 30 septembre. Il est revenu sur diverses questions d’actualité, dont l’immigration.

Résumé de l’AFP :

L’immigration ne doit pas « être la question centrale des élections »

Interrogé au sujet de L’Aquarius, il évoque un « devoir inconditionnel de rescousse ». En ce qui concerne la question migratoire, un manifeste pour l’accueil des migrants a été lancé par Mediapart, Politis et Regards, signé notamment par Christiane Taubira, Ian Brossat, Benoît Hamon ou encore Yannick Jadot. Jean-Luc Mélenchon refuse d’y apporter sa signature, arguant qu’il ne veut pas « faire de l’immigration la question centrale des élections qui arrivent » et que ce serait « servir la soupe à [Emmanuel] Macron et à [Marine] Le Pen ».

« Je ne suis pas d’accord pour le droit à la libre installation », lâche-t-il, assurant qu’une fois à la tête du pays, « il n’y aura plus de travailleurs détachés en France », dénonçant une « fraude sociale ». Il se prononce pour « un statut unique pour tous les travailleurs en France » afin de lutter contre ceux qui « exploitent » les immigrés sans papiers.

http://www.mediadixitworld.com/archives ... 54726.html


http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article46549
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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede bipbip » 22 Oct 2018, 18:01

capitulation en rase campagne

La gauche et les réfugiés : capitulation en rase campagne

Il y a bien longtemps que la gauche gouvernementale a déserté ce qui constituait ses racines dans le domaine des frontières et de la solidarité internationale. L’ouverture, l’accueil des populations réfugiées, l’aide aux plus démunis, l’internationalisme, ont été jetés par dessus bord au fur et à mesure de l’alignement sur le système capitaliste.

Il n’y a plus grand monde actuellement pour s’opposer aux idées xénophobes, nationalistes, en vogue actuellement dans toute l’Europe. La gauche a déposé les armes idéologiques. Et même si cette attitude timorée ne date pas d’aujourd’hui, elle est encore plus flagrante à l’heure où des milliers de réfugiéEs fuient des pays en guerre, des dictatures, ou les désastres dus au réchauffement climatique. Et où nombre d’entre eux meurent en Méditerranée. Ces morts suscitent l’émoi, et des politiciens comme Benoît Hamon en ce moment, jouent sur la corde sensible, mais l’essentiel est ailleurs, avec la capitulation de l’ensemble de la gauche sur le thème de prédilection de la droite et de l’extrême droite : l’immigration.


La gauche a déposé les armes face à l’extrême droite

En 1991, Michel Rocard, ministre socialiste, laissa sa triste empreinte en affirmant que la France ne pouvait pas accueillir « toute la misère du monde », une expression qui a fait florès depuis. Cette antienne nous est dès lors resservie ad nauseam. Les pays occidentaux auraient atteint les limites de leurs capacités d’accueil. On entend des arguments hypocrites du type : comment accueillir dignement des réfugiéEs alors que le chômage frappe la population ? Ou alors : on ne peut pas en accueillir certains pour ne pas créer un « appel d’air ». Alors que 86 % des réfugiéEs sont accueillis par des pays limitrophes de zones de conflit, des pays beaucoup moins développés que nos vieux pays européens.

La réalité est beaucoup plus prosaïque : la gauche gouvernementale a choisi de défendre la société actuelle, elle s’est positionnée du côté des puissants, dans leur guerre contre la population. On le voit parfaitement dans sa politique économique au service des patrons. C’est sous un gouvernement de gauche que le code du travail a été le plus ouvertement attaqué, avec les lois El Khomri. La gauche livre les salariéEs pieds et poings liés aux grosses entreprises. Dans ce cadre, elle ne peut certainement pas dire que le chômage est dû à l’avidité des capitalistes. Alors, elle va jusqu’à laisser entendre que la faute en incomberait aux immigréEs en général et aux réfugiéEs en particulier.

La gauche n’a pas hésité à présenter l’immigration comme un « problème ». Fabius, sous Mitterrand, n’avait-il pas déclaré que sur l’immigration, l’extrême droite posait les bonnes questions mais apportait de mauvaises réponses ? Comme si les immigréEs étaient un fardeau, alors que leur travail enrichit ce pays depuis des lustres ! Les gouvernements de gauche successifs n’ont changé aucune des lois prises auparavant contre les immigréEs, mais les ont au contraire mises en œuvre. Hollande a exclu toute régularisation collective, et, comme tous ses prédécesseurs, a mis allègrement à la poubelle la promesse de donner le droit de vote aux étrangerEs installés sur le territoire. Alors, si un parti comme le Front national en France, et tant d’autres en Europe, peuvent apparaître aux yeux d’une fraction des salariéEs comme un parti susceptible de défendre leurs intérêts, c’est d’abord parce que le passage des différents gouvernements de gauche ont démoralisé leurs électeurs populaires. Mais c’est aussi parce que les esprits ont été préparés par les dirigeants de gauche, PS et PC confondus, qui se placent sur le terrain de la défense de la nation et des « Français d’abord ». En témoigne cette intervention de Georges Marchais en janvier 1981 : « En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ». Et le slogan du PCF était à l’époque « Produisons français ! », slogan qu’on peut rapprocher de la défense de l’industrie française, souvent mise en avant actuellement par les syndicats. Cela n’a guère de sens à l’heure de la mondialisation, car les monopoles français, bien de « chez nous », Renault, EDF, Orange, Veolia, Saint-Gobain, Carrefour, Alstom, Bolloré, Areva, Total, SFR, etc., sont tous largement implantés sur toute la planète. Mais de « fabriquons français » à « fabriquons français avec des Français », il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par le FN.

L’argument le plus souvent utilisé pour ne pas s’opposer à la xénophobie ambiante, est de ne pas faire monter l’extrême droite en se rendant sur son terrain de prédilection. Conséquence : la gauche ne développe aucun programme, aucun argumentaire sur la nécessité d’accueillir les réfugiéEs qui fuient leur pays. Et pourtant, cette politique de lâcheté devant les coups de la droite et de l’extrême droite contre les plus démunis, qui dure depuis quarante ans, a abouti sur le résultat que l’on connaît : l’extrême droite se porte comme un charme dans toute l’Europe. La stratégie visant à opposer les plus pauvres entre eux est parvenue à faire de l’immigration une question décisive pour nombre de FrançaisEs : une aubaine pour la droite et l’extrême droite, un sujet de honte à gauche.


Mélenchon, des relents nationalistes

Dans ce contexte, la crainte de se mettre à dos l’électorat populaire à cause d’un programme qui paraîtrait trop favorable à l’immigration a également gagné Jean-Luc Mélenchon.

Considéré comme le plus à gauche de tous les « grands candidats » lors de la dernière présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, au lieu de défendre fermement les convictions internationalistes, et d’expliquer les causes réelles des problèmes de la population, a édulcoré son discours ces dernières années : en 2012, il avait une tonalité pro-immigrés : liberté d’installation, rétablissement de la carte unique de dix ans, abrogation de toutes les lois votées depuis 2002, régularisation des sans-papiers, fermeture des centres de rétention entre autres. Il empruntait des accents lyriques : « L’immigration n’est pas un problème. La haine des étrangers, la chasse aux immigrés défigurent notre République : il faut en finir, affirmait son programme L’Humain d’abord. Les flux migratoires se développent dans le monde, ils mêlent des motivations diverses. La France ne doit pas les craindre, elle ne doit pas mépriser [leur] immense apport humain et matériel. » À la dernière élection présidentielle, changement de ton : il insiste sur le fait d’aider les réfugiés à rester chez eux, en arrêtant les guerres notamment – certainement avec une baguette magique ? « Je n’ai jamais été pour la liberté d’installation, je ne vais pas commencer aujourd’hui », expliquait-il en 2016. Et depuis, il met en cause les migrations économiques : « Pour l’instant, il n’y a pas moyen d’occuper tout le monde, alors je préfère le dire », a-t-il déclaré sur France 2 en 2017.

Mélenchon accrédite l’idée d’un lien entre immigration économique et chômage, ce que l’histoire et les comparaisons internationales invalident, selon les termes du spécialiste des migrations, François Gemenne, « au début des années 1930, la France a pratiqué l’expulsion massive des étrangers, sans remédier en rien au manque d’emplois ; des pays comme le Canada comptent de nombreux immigrés économiques, mais très peu de chômeurs. De plus, régulariser uniquement les clandestins titulaires d’un contrat de travail risque de s’avérer périlleux, puisque la condition de sans-papiers contraint justement à travailler au noir ».


Les seuls étrangers, les patrons

Et pourtant, touTEs les militantEs et sympathisantEs de gauche savent que ce ne sont en aucun cas les « étrangers » qui sont la cause de la misère, mais bien les grandes sociétés capitalistes, d’origine française ou non. Ce sont elles qui, dans la période d’après-guerre, avaient besoin de travailleurEs pour la reconstruction, allant jusqu’à organiser des réseaux pour faire venir de la main-d’œuvre à bon marché en provenance du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. Et aujourd’hui, alors que cette main-d’œuvre non qualifiée n’est plus aussi nécessaire dans nos pays, pour cause de délocalisation des centres de production industrielle dans des pays à bas coût, les politiciens au service de la bourgeoisie prétendent que les étrangerEs viennent manger le pain des Français.

C’est comme cela à chaque crise économique. Ce qui change, c’est le discours de la gauche. Par exemple, à la fin du XIXe siècle, lors de la grande dépression, la gauche affichait un discours cohérent sur l’immigration, en prônant la nécessaire alliance entre travailleurs français et immigrés contre le patronat : « Les ouvriersétrangers (Belges, Allemands, Italiens, Espagnols) chassés de leurs pays par la misère, dominés et souvent exploités par des chefs de bande, ne connaissent ni la langue, ni les prix, ni les habitudes du pays, sont condamnés à passer par les conditions du patron et à travailler pour des salaires que refusent les ouvriers de la localité », écrivaient par exemple les socialistes Jules Guesde et Paul Lafargue en 1883. Cette ligne fut celle des principaux partis de gauche pendant les décennies de croissance du XXe siècle, puis pendant ce qu’on a appelé les « Trente glorieuses » d’après-guerre.

Les fractures sont apparues pendant les périodes de crise : dans les années 1930, alors que le chômage explose à la suite de la crise de 1929, des pétitions circulent pour demander l’expulsion des étrangers. Le socialiste Ramadier présente un texte prévoyant de stopper l’immigration. Quarante ans plus tard, la crise des années 1970 va de nouveau voir les socialistes et les communistes se renier.

Or, les travailleurs immigrés ne font pas seulement partie intégrante du prolétariat. C’est le prolétariat dans son ensemble, dans toutes les métropoles industrielles du monde, qui s’est formé par l’immigration. Par vagues successives, au gré des cycles économiques, au gré des relations de subordinations établies entre les différents pays du monde, le capitalisme a apporté de la main-d’œuvre là où il en avait besoin. Il a contraint des générations de prolétaires, venus des campagnes, à s’installer dans les villes, ou d’autres, venus d’anciens pays colonisés, à trimer dans les nouveaux centres de productions. Et c’est bien grâce à eux, à leur travail, que nos pays ont pu devenir des pays riches.

Heureusement, que ce soit à l’initiative de l’extrême gauche, d’ONG, de simples citoyens ou de municipalités, partout en Europe, des initiatives d’accueil se multiplient. Depuis les sauvetages en Méditerranée jusqu’à la vallée de la Roya ou au camp de Grande-Synthe, en passant par les militants syndicaux qui soutiennent les luttes sur la régularisation des sans-papiers, est donnée à voir une autre réponse que celle défendue comme la seule possible par tous les gouvernements, droite et gauche confondues.

Régine Vinon


https://npa2009.org/idees/antiracisme/l ... e-campagne
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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede Pïérô » 24 Oct 2018, 09:14

Mélenchon, Lordon, l’anticapitalisme et les frontières

Suite au manifeste « Pour l’accueil des migrants » publié par Regards, Politis et Mediapart, certaines personnalités associées à la gauche « radicale » ont cru bon d’expliquer qu’il fallait d’abord s’attaquer au capitalisme ou à l’Union européenne avant de prétendre s’intéresser au sort des exilé-es qui meurent aux frontières. Une position qui a suscité un coup de gueule du journaliste Olivier Cyran sur Twitter [1], et que nous reproduisons ici.

Ce serait bien qu’un de ces jours Lordon, ou Mélenchon, ou Wagenknecht, ou tout autre représentant de cette gauche teeeeeellement anticapitaliste qu’elle veut d’abord abattre la finance et « organiser la sortie de l’euro » avant de condescendre à défendre le droit des migrant.e.s à ne pas crever noyé.e.s ou fracassé.e.s aux pieds de nos forteresses – ce serait bien, donc, qu’ils nous expliquent ce qu’il convient de faire en attendant.

Puisqu’ils nous serinent que militer pour la liberté de circulation serait un truc de bobo-niaiseux-« gauche morale », qu’ils nous expliquent donc la bonne marche à suivre pour tenir leurs frontières.

Car le problème, avec les frontières, c’est qu’il faut choisir : soit on est contre, soit on est pour, il n’y a pas de juste milieu.

Et quand on est pour, on est forcément favorable aussi au système de surveillance qui va avec et qui, dans le climat que nous connaissons, ne peut être autre chose qu’un appareil de flicage de plus en plus furieux et homicide.

Au nom de l’anticapitalisme, faut-il se résoudre aux barbelés Concertina de Melilla qui tranchent les chairs jusqu’à l’os ? Aux coups de matraque et aux passages à tabac qui attendent les migrant.e.s sur la route des Balkans ?

Aux destructions de tentes par la police française, aux confiscations de duvets, aux chasses à l’homme et aux centres de rétention remplis à ras bord où se multiplient les tentatives de suicide ?

Au nom de l’anticapitalisme, faut-il s’accommoder de l’externalisation du gardiennage de nos frontières à des régimes dictatoriaux sous perfusion européenne en Libye, au Niger ou au Soudan ?

Peut-être faut-il attendre que la 6ème République soit proclamée à Tripoli pour songer à combattre la politique de sous-traitance des violences policières bien de chez nous à des camps de torture qui épouvantent jusqu’au HCR et à l’ONU ?

Au nom de l’anticapitalisme, faut-il accepter aussi la militarisation de Frontex et des nouveaux systèmes de surveillance satellitaires commandés au groupe Airbus par l’Union européenne afin de traquer les embarcations de survivants en Méditerranée ?

Peut-être est-ce aussi au nom de l’anticapitalisme qu’il faut aller parader au prochain salon du Bourget et se faire prendre en photo devant les dernières créations de notre merveilleuse industrie militaro-sécuritaire, comme Mélenchon et Kuzmanovic en ont pris l’habitude ?

Nous, on dit qu’il faut arrêter tout ça – et donc, oui, abattre les frontières (qui tuent). Mais vous, c’est quoi votre idée ? Puisque vous en êtes à inventer une façon de gauche de justifier l’hostilité aux migrant.e.s, dites-nous donc à quoi pourrait ressembler une frontière qui soit autre chose qu’un monument européen à la xénophobie la plus ordurière.

Vous voulez quoi, des barbelés un peu moins coupants, des polices aux frontières un peu moins brutales, des noyades en mer un peu moins massives ?

Je ne parle pas du jour (imminent, n’en doutons pas) où l’« oligarchie » aura été réduite en poussière par une marée d’Insoumis chantant la Marseillaise, mais ici et maintenant.

Alors, ok, on veut bien admettre que parmi les signataires de l’appel Politis-Regards-Mediapart il y a des mous-du-genou, et même quelques beaux spécimens d’hypocrites – mais le texte ne faisait qu’énoncer le minimum syndical en termes de solidarité.

Ce qui, vu le contexte, n’est déjà pas si mal.

Arguer de son anti-capitalisme sourcilleux pour crier sur tous les toits qu’on refuse de le signer, puis ériger ce refus en ligne politique conduisant à sanctionner les intrépides qui oseraient désobéir à leur direction... sûrement que ça va précipiter l’effondrement de l’"oligarchie".

Macron et Merkel tremblent déjà.


Notes

[1] Avec son autorisation, on a compilé sa série de tweets https://twitter.com/OlivierCyran/status ... 2949397504.

[2] Voir le texte de Frédéric Lordon ici https://blog.mondediplo.net/appels-sans-suite-2, et celui de Jean-Luc Mélenchon ici https://melenchon.fr/2018/10/08/la-sais ... ysantheme/.


https://larotative.info/melenchon-lordo ... -2956.html
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Re: La gauche n’a plus les mots

Messagede bipbip » 27 Oct 2018, 20:50

Applaudi par l'extrême droite...

Olivier Faure parle de colonisation inversée et révèle (encore) la vraie nature du PS

Invité sur France Inter jeudi 25 octobre, Olivier Faure, secrétaire du parti socialiste depuis mars 2018, a déclaré : « il y a des endroits où il y a des regroupements qui se sont faits génération après génération, et qui donnent le sentiment que l'on est dans une forme de colonisation à l'envers

A travers ces déclarations, Olivier Faure répondait là à un auditeur habitant de Villiers-Le-Bel (95) qui disait y avoir vécu la « discrimination anti-blanche ». S’il a ensuite cru nuancer en liant la « crise identitaire » aux problèmes sociaux, à la politique du logement et aux « ghettos où la mixité ethnique n’existe plus », cette rhétorique n’en reste pas moins applaudie par l’extrême-droite, Marine Le Pen et Louis Alliot se félicitant de cette « étincelle de lucidité ».

Parler comme le fait Olivier Faure, d’une « forme de colonisation à l’envers » pour désigner les travailleurs immigrés et leurs enfants qui habitent Villiers-le-Bel, c’est donc à la fois nier la réalité du fait colonial – qui a largement été accompagné voire piloté par le PS et son ancêtre la SFIO -, et relativiser le passé de la France ainsi que son actualité impérialiste et néo-coloniale. Les colons français en Algérie n’allaient pas vivre dans des cités HLM, barres d’immeubles surpeuplées et isolées, contrairement aux habitants de Villiers-le-Bel. Les colons français en Algérie n’allaient pas vivre dans les quartiers où le taux de chômage était plus élevé que dans le reste du pays, contrairement aux habitants de Villiers-le-Bel où en 2015 le taux de chômage atteignait 21,8% de la population active et 37,8% des jeunes, contre une moyenne de 11% dans toute la France d’après l’INSEE. De même, les colons qui s’installaient en Algérie profitaient des meilleurs emplois et avaient des rémunérations bien supérieures aux indigènes algériens contrairement aux habitants de Villiers-le-Bel où la moyenne des revenus mensuels des ménages était de 1363€/mois en 2015 contre 2159€/mois pour la moyenne nationale, plaçant Villiers-le-Bel parmi les 100 communes de plus de 50 ménages les plus pauvres en métropole.

On ne voit donc pas bien ce qui, à Villiers-le-Bel, ressemble à de la colonisation par les travailleurs immigrés et leurs enfants. Par contre ce que l’on peut voir dans cette histoire, c’est un Parti Socialiste mort-vivant qui, après toutes ses trahisons, cherche à reconstruire son électorat, quitte à employer un argumentaire raciste.


http://www.revolutionpermanente.fr/Oliv ... ture-du-PS
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