Autogestion en Kurdistan

Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 30 Juin 2018, 03:21

Introduction au confédéralisme démocratique

Des printemps arabes terminés en dictature, une lutte des Indignés d’Espagne récupérée et dénaturée par les politiciens de Podemos, un mouvement social en France contre les lois travail vaincu par le néo-libéralisme de Macron... partout dans le monde, ceux qui n’acceptent pas l’aliénation étatique et la domination du marché constatent leur impuissance.
Pourtant, çà et là, des poches de résistance existent dans les villes comme dans les bourgades, dans les usines comme dans les campagnes. Mais, dispersées, sans projet politique global, sans organisation fédérative pérenne, elles ne constituent pas une force susceptible d’inquiéter durablement le pouvoir et la finance. Que ce soit pacifiquement ou par la violence, les États gèrent plus ou moins habilement les zones d’autonomie et les groupements rebelles. Voilà pourquoi le confédéralisme démocratique se présente comme une idée nouvelle, universaliste, une proposition révolutionnaire syncrétiste, une dernière chance pour un socialisme moribond. Cihan Kendal, commandant du Centre d’entraînement international des Unités de protection du peuple (YPG) de Syrie, en donne cette brève définition :

Ce n’est ni l’idée anarchiste d’abolir l’entièreté de l’État immédiatement, ni l’idée communiste de prendre le contrôle de l’entièreté de l’État immédiatement. Avec le temps, nous allons organiser des alternatives pour chaque partie de l’État contrôlée par le peuple, et quand elles fonctionneront, ces parties de l’État se dissoudront [1]. »

Comment cette idée a-t-elle germé ? Le confédéralisme démocratique n’est pas né, un matin, de l’imagination fertile d’un homme providentiel s’appellerait-il Abdullah Öcalan. Celui-ci a tiré les enseignements de l’impasse politique et militaire du marxisme-léninisme comme du nationalisme en Turquie et s’est inspiré d’une branche de l’anarchisme, le municipalisme libertaire. L’ambiguë révolution syrienne donnera aux Kurdes du Rojava l’opportunité de le mettre en chantier et d’opérer de la sorte ce qui paraît une impossible conciliation entre démocratie directe et maintien – provisoire – d’un État et du capitalisme. Quels enseignements en tirer ?

Télécharger le texte de Pierre Bance : http://www.autrefutur.net/IMG/pdf/intro ... _bance.pdf

http://www.autrefutur.net/Introduction- ... mocratique
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 20 Juil 2018, 12:45

Öcalan et la Question Kurde

A voir et à revoir, dans une version sous titrée intégrale, le film de Luis Miranda, réalisé en 2014, et qui servit de référence synthétique à nombre de militantEs en France notamment, pour aborder une compréhension de la “question kurde”.

La rediffusion de ce film, à la veille des élections anticipées présidentielles et législatives du 24 juin prend tout son sens, quand on sait l’importance du vote de la diaspora des originaires de Turquie en Europe. C’est aussi la bonne façon de ne pas en rester à l’image pointilliste d’une “une” récente, et d’approfondir une compréhension de ces 30 dernières années de la Turquie.

Au passage, ce film vous incitera à dépasser l’imagerie habituelle brandie autour d’Abdullah Öcalan, et vous incitera aussi, à partir du constat du rôle historique essentiel qu’il a joué et joue encore, même coupé du monde, dans les évolutions récentes, à comprendre cet intellectuel, figure toujours vivante du panthéon des “personnalités politiques” qui ont été leaders des luttes dites de “libération nationale” de la deuxième moitié du XXe siècle.

A l’inverse de l’immense majorité de celles et ceux qui n’ont pas été assassinéEs, Abdullah Öcalan est sans conteste, celui qui entrepris de construire un nouveau projet d’émancipation, à partir des analyses de l’échec des blocs de la guerre froide, des guerrillas, de la chute du bloc stalinien et de ses conséquences internationales, tout comme des crises des Etats-Nation. A ce titre, les caricatures ne sont pas de mise, lorsqu’on en voit le résultat tangible dans le projet politique du “Rojava”.

... http://www.kedistan.net/2018/06/15/redi ... ion-kurde/

à voir sur vimeo : https://vimeo.com/116021790
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 16 Aoû 2018, 20:59

Mon expérience avec les Communes et les Comités au Rojava

Un compte-rendu d’expérience écrit par Philip Argeș O’Keeffe et publié le 2 août 2018 sur Komun Academy. Nous vous le proposons sur Kedistan comme rappel du fonctionnement du confédéralisme démocratique, en communes et comités, et de ce pourquoi il est nécessaire de soutenir la lutte du peuple kurde au Rojava comme ailleurs.

Mon expérience au Rojava a commencé avec six mois au sein du des YPG pendant la campagne de libération de Raqqa, alors sous le joug de Daesh. Pendant ces six mois, j’ai eu la chance de pouvoir commencer à comprendre la camaraderie qui règne au sein des YPG/YPJ. C’était incroyable de voir à quel point l’idéologie est vraiment évidente dans tous les aspects de la vie quotidienne. Chaque jour, nous avancions de plus en plus dans Raqqa et à chaque pas, nous pouvions voir les gens retourner dans leur ville nouvellement libérée. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à voir la joie sincère et l’engagement féroce des gens à l’égard de leur liberté durement acquise. Avec la libération réussie de Raqqa, j’ai eu l’occasion de commencer à travailler sur le côté civil de la révolution au Rojava.

Fin octobre, je suis arrivé à Qamishlo pour commencer à travailler avec Saziya Yekiti u Pistgiriya Gelan (SYPG), l’Association pour l’unité et la solidarité des peuples. L’institut a été impliqué dans un certain nombre de projets allant de l’organisation d’événements politiques à l’organisation communautaire au sein du système communal. L’objectif principal de mon travail était dans le quartier d’Heliliye. A Heliliye, j’ai pu voir le système communal de mes propres yeux.

Le système des communes (komun) est vraiment le cœur battant de la révolution au Rojava. Elle repose sur le principe du confédéralisme démocratique, où le pouvoir vient de la base. Au premier niveau du système, c’est la commune. Chaque quartier a un certain nombre de communes en fonction de sa taille. Une commune dispose généralement d’un petit centre communautaire au service de plusieurs pâtés de maisons dans le quartier.

Dans la commune, il y a deux coprésidentEs, ilLEs sont issuEs de la communauté et nomméEs par celle-ci. Il est obligatoire que l’unE des deux coprésidentEs soit une femme. Aux côtés des coprésidentEs, le comité est composé de bénévoles de la communauté, nomméEs par la communauté. Chaque membre du comité couvre une responsabilité spécifique comme la défense, l’écologie, l’économie, la santé, etc. Les domaines couverts par le comité peuvent varier en fonction de ce que les habitantEs de chaque commune décident. Enfin, les communes sont souvent soutenues par ce que l’on appelle des révolutionnaires professionnels qui ont donné leur vie au mouvement.
CoprésidentEs :

Les coprésidentEs sont responsables de l’entretien quotidien de la commune. Ils restent dans la commune pour rencontrer les gens qui visitent la commune quotidiennement. Les coprésidentEs organisent également des réunions formelles et informelles avec les membres du comité, les professionnelLEs et les membres de la communauté. Au cours des réunions, ilLEs aident à faciliter les discussions, à parcourir l’ordre du jour, à consigner et à traiter les critiques, les besoins, les demandes et les suggestions. Dans les cas où un problème ne peut être résolu avec le plus petit levier, ou si une demande nécessite une coordination à plus grande échelle, les coprésidentEs le porteront à la Meclisa Taxa (assemblée/conseil de quartier) dans la mala gel (maison du peuple). Les coprésidentEs peuvent être révoquéEs par les habitantEs de la commune à tout moment s’ilLEs sont jugéEs inaptes.
Comités :

Les membres du comité visitent chacune des maisons qui font partie de la commune. IlLEs discutent avec les gens afin de comprendre quels sont les critiques, les besoins ou les suggestions en rapport avec le sujet dont ilLEs sont responsables. IlLEs transmettront ensuite les critiques, les besoins ou les suggestions aux coprésidentEs.

Par exemple, dans une commune, la membre du comité de santé avait été informée par une famille qu’un des membres de leur famille continuait à souffrir de douleurs abdominales alors qu’il suivait le régime prescrit et prenait les médicaments qu’on lui avait prescrits. Comme l’homme était incapable de quitter son domicile, la membre du comité s’est rendu à l’hôpital pour lui et a discuté de la question avec le médecin, le médecin a alors déterminé que l’homme avait reçu le mauvais médicament. La membre du comité a travaillé avec le médecin pour se procurer le bon médicament et l’a rapporté à l’homme.

Tous ces aspects oeuvrent ensemble, avec les gens de la communauté, afin de créer un système de freins et contrepoids qui empêchent la bureaucratisation, dissuadent la stagnation et assurent l’exécution de la volonté du peuple.

Dans le système du confédéralisme démocratique, la commune est la composante la plus critique, tout monte de la base jusqu’aux structures plus grandes. Le flux d’idées, de critiques, de suggestions et de mobilisations est le suivant :

Komun (Commune)
Meclîsa Taxa (Assemblée de quartier)
Melclîsa Bajarê (Assemblée de la ville)
Meclîsa Kantonê (Assemblée cantonale)
Meclisa Suriya Demokratik (Conseil démocratique syrien)

Depuis que j’ai travaillé dans les communes, j’ai vu comment elles sont devenues une partie vitale de la vie quotidienne de chaque communauté. Les gens visitaient les communes tous les jours, que ce soit pour prendre le thé et bavarder ou pour participer à de vigoureuses discussions sur la situation géopolitique mondiale. Le niveau d’engagement civique dépassait de loin tout ce que j’avais vu dans l’Ouest. Chaque réunion à laquelle j’ai assisté accueillait une salle comble et comportait souvent des débats et des discussions approfondies sur toutes les questions. Les gens faisaient preuve d’un dévouement tenace et infatigable sur tous les aspects de la vie communautaire et politique.

Dans l’Ouest, l’engagement civique, en particulier dans le processus électoral, est une lutte perpétuelle. Souvent en raison de la perception qu’en tant qu’individus nous sommes incapables de changer le système, ou que le système a cessé depuis longtemps de représenter véritablement la volonté du peuple. De plus, la société et la culture occidentales sont devenues individualistes, de façon dominante. La modernité capitaliste a isolé davantage les gens les uns des autres, encourageant souvent la privatisation de marqueurs de statut superficiels. Avec les progrès de la technologie et l’apparition des médias sociaux, l’interaction humaine en face à face est devenue de plus en plus rare.

Malgré la présence écrasante de ces facteurs, le système du Rojava a réussi non seulement à se hisser au premier plan, mais aussi à prospérer. Le système communal et les idées du confédéralisme démocratique ont formé une réalisation en osmose avec la société collective préexistante dans la région, ce qui a donné naissance à une alternative viable au capitalisme. Dans cette révolution, nous, en tant qu’humains, avons été et continuerons d’être en apprentissage de leçons qui nous conduiront sans aucun doute à la phase suivante de notre évolution, si nous lui permettons.


http://www.kedistan.net/2018/08/09/expe ... es-rojava/
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