Autogestion en Kurdistan

Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 01 Fév 2017, 09:58

Une coopérative de femmes au Rojava

Le Rojava, territoire autonome kurde au nord de la Syrie, suscite l’enthousiasme de nombreux militants de l’émancipation — jusqu’à, pour certains d’entre eux, s’y rendre afin de prendre les armes, comme autrefois face à Franco, contre l’organisation théocratico-fasciste Daech. Le Parti de l’Union démocratique, issu du PKK turc, les branches militaires YPG-YPJ et l’action populaire quotidienne ont en effet de quoi nourrir l’espoir, en cette région ravagée par le fondamentalisme religieux, le despotisme étatique et l’ingérence des puissances internationales : le Rojava promeut, et entend pratiquer, l’autogouvernement des communautés locales, le socialisme démocratique, l’écologisme libertaire et le féminisme — gardons-nous bien sûr de croire à quelque (nouveau) Paradis sur terre, qui plus est par temps de guerre… Hawzhin Azeez, militante kurde et féministe, a fait partie du Conseil de reconstruction de Kobanê : elle participa, une année durant, au redressement de la ville après sa libération. Elle nous conduit aujourd’hui au cœur d’une coopérative de femmes et nous rappelle la nature de leur projet politique, par-delà le présent conflit : s’organiser et se développer dos aux circuits capitalistes.

... http://www.revue-ballast.fr/cooperative ... es-rojava/
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 11 Oct 2017, 17:02

Rojava, une utopie au cœur du chaos syrien

Lors de leur bataille contre l’organisation de l’État islamique, des Kurdes et d’autres peuples du nord de la Syrie tentent de mettre en place au Proche-Orient un projet politique original, ce qu’ils appellent le « fédéralisme démocratique ».

Ce projet est contraire au projet religieux d’une bonne partie de l’opposition syrienne, mais s’oppose aussi au projet arabe nationaliste du gouvernement syrien. Et comme si cela ne suffisait pas, ils s’opposent également à un Kurdistan indépendant. « Nous ne voulons pas un Kurdistan indépendant pour les Kurdes, mais une fédération démocratique et pluraliste pour tout le monde », disent-ils.

De Qamishli à Kobané, de Membij à Rakka, ce reportage décrit la laborieuse tentative d’une nouvelle expérience politique en Syrie, malgré les obstacles de la guerre et d’un embargo étouffant.

Ce film est la version vidéo du reportage publié dans Le Monde Diplomatique de septembre 2017 avec le même titre.

Durée 45 min.
Tourné en juillet 2017.




http://orientxxi.info/magazine/rojava-u ... yrien,2030
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 15 Oct 2017, 17:38

Le confédéralisme démocratique au Kurdistan

Le confédéralisme démocratique au Kurdistan

I- Le confédéralisme démocratique au Kurdistan

La région Kurde est en train de se transformer. Les populations s’organisent au sein des assemblées populaires et des coopératives, se déclarant autonomes vis-à-vis de l’État et exprimant leur aspiration à une vraie démocratie. Les idées féministes et anticapitalistes y fleurissent. Ces changements trouvent leur inspiration dans un nouveau concept : le confédéralisme démocratique. Ces mouvements ont la capacité de transformer la réalité de millions de personnes au Kurdistan, ainsi que de s’étendre sur toute la région du Moyen-Orient. L’année dernière, nous nous étions rendus au Kurdistan de Turquie, appelé Bakur, et dans la région autonome majoritairement Kurde de Syrie, le Rojava. Cet article examine à la fois la théorie et la pratique du confédéralisme démocratique de ces deux régions et ouvre une discussion sur comment mettre en œuvre notre solidarité tout en gardant une perspective à la fois critique et honnête.

[…]

La Commune

La commune constitue le premier niveau du système des conseils au Rojava. De manière générale, les communes urbaines comptent entre 30 et 40 maisons, alors qu’à la campagne il s’agit du village entier. Il y a une réunion bi-hebdomadaire à laquelle participe toute la population de la commune et où un conseil d’administration est élu. Ce dernier se réunit toutes les semaines, et tout-e-s les membres de la commune ont le droit d’y participer. Chaque poste doit être tenu par une femme et un homme. Tout.e.s les représentant-e-s sont révocables par les membres de la commune.

Nous nous sommes rendus au Mala Gel, la maison du peuple, gérée par la commune de Sehit Hozan dans la ville d’Amud, dans le canton de Cizîrê, ou nous avons pu discuter avec le co-président. La commune est composée d’environ 400 familles du quartier qui élisent le conseil d’administration de la commune. On nous a expliqué qu’au sein de la commune existent des commissions chargées de la gestion des services, de l’économie, de l’éducation en langue Kurde, de l’auto-défense, de la réconciliation et de la justice.

La commission de la réconciliation et de la justice cherche à résoudre les problèmes entre différent.e.s membres de la commune. On nous a expliqué que la commission a récemment été félicitée, pour la médiation qu’elle a menée suite à un accident de voiture, ainsi que pour la gestion d’un désaccord sur l’appartenance d’un terrain. On nous a dit que la commission arrive souvent à trouver une solution à ce type de problèmes.

La commission de l’auto-défense organise l’auto-défense armée de la commune. Les unités ainsi créées agissent en autonomie par rapport aux unités des YPG/YPJ et des forces de sécurités, nommées Asayis.

Il y a des réunions publiques organisées par la commune. Nous nous sommes fait inviter à l’une d’elles, organisée par la commune de Sehit Hozan. Plus de 50 hommes et femmes des alentours y ont participé, et deux des sujets de discussion étaient le capitalisme et le féminisme. La discussion a eu lieu en langue Kurmanji (langue Kurde parlée au Rojava), avec une traduction en Arabe.

Le Conseil Communautaire du Quartier/Village et le ‘Niveau du District’

Le conseil d’administration de chaque commune envoie des représentant.e.s au Conseil du Village/Quartier, ce dernier étant une structure composée de 7 à 30 communes, selon les régions.. Ensuite, le Conseil du Village/Quartier est chargé d’élire un conseil d’administration, et c’est ce dernier qui sera leur représentant dans le troisième niveau de l’administration, appelé le ‘Niveau District’.

Le district est composé de représentant-e-s du conseil d’administration du deuxième niveau (Conseil du Village/Quartier). En plus de cela, des places sont réservées à 5 représentant.e.s issu.e.s de partis politiques et d’organisations de la société civile au sein du TEV-DEM*.

* TEV-DEM : Mouvement pour une société démocratique. Structure (équivalent -au Rojava- du DTK du Bakûr) englobant les mouvements et organisations sociales, et les délégués des conseils, qui participent au “confédéralisme démocratique”. Lire aussi “Appel du TEV-DEM”

Lors d’une rencontre à Kobanê avec l’Union de la Jeunesse Démocratique (connue auparavant sous le nom de Jeunesse Révolutionnaire), qui fait partie des organisations de la société civile auxquelles sont réservées des places au niveau du District, on nous a expliqué que :

« Les buts de notre organisation sont l’égalité hommes-femmes et la protection de l’environnement. Notre organisation n’existe pas que pour les jeunes Kurdes, il y a aussi des membres Arabes, Arménien.ne.s et Turkmènes. »

Le Conseil Populaire du Kurdistan Ouest (MGRK)

Le quatrième niveau du système des conseils s’appelle le Conseil Populaire de Kurdistan Ouest (MGRK), composé des représentant-e-s de tous les conseils de districts et des organisations du TEV-DEM. Alors qu’un des buts principaux du MGRK est la mise en place de la coordination entre les trois cantons du Rojava, la situation de guerre actuelle empêche ses membres de se réunir tout-e-s au même endroit.

À chaque niveau du système des conseils, en commençant par la commune, existe un Conseil des Femmes. Ces conseils sont mis en place par l’organisation des femmes Yekîtiya Star (renommé Kongira Star). Lors d’une rencontre à Kobanê, on nous a expliqué que des femmes de cette organisation participent à chaque conseil de commune et organisent des stages d’empowerment* destinés aux femmes.

* Empowerment : terme emprunté à l’anglais qui signifie grosso modo “prendre confiance dans son propre pouvoir”.

Le Contrat Social

En janvier 2014, un contrat social pour les trois cantons de Rojava a été rédigé par 50 partis politiques et des organisations. Il s’agit d’une tentative d’élargir la participation politique de la population au Rojava. Le texte met l’accent sur l’égalité des genres et l’égalité des droits pour toutes les peuples et ethnies, le droit à l’enseignement dans sa langue maternelle et la garantie pour tout.e.s les demandeur.se.s d’asile de ne pas être expulsé.e.s. Le texte invite les autres régions syriennes à adopter le modèle des cantons dans le but de créer d’autres régions autonomes qui puissent travailler ensemble au sein d’une confédération.

Le Contrat Social pose les fondations pour la création de gouvernements, appelés Administrations Démocratiques Autonomes ou Auto-Administation Démocratique, dans les trois cantons du Rojava. Selon ce contrat, ce sont les conseils législatifs, élus par la population, qui nomment ensuite les conseils exécutifs. Au moment où nous écrivons ce texte, ces élections n’ont toujours pas eu lieu et le conseil législatif est toujours composé des partis politiques et des organisations signataires de la charte et qui travaillent ensemble avec des représentant-e-s des différents groupes ethniques.

On nous a parlé de l’idée d’allouer 40 % des sièges de l’Assemblée Législative aux MGRK de chaque canton, afin d’intégrer le système des conseils à l’Administration Démocratique Autonome.

Lorsque les fonctionnaires d’Assad ont quitté la région en 2011, les conseils municipaux du régime ont été renversés. Selon le nouveau contrat social, ces conseils municipaux seront gérés par le Conseil Exécutif concerné. Les premières élections de ces administrations municipales ont eu lieu en 2015.

II- Appel à une solidarité critique

Quand on parle du Kurdistan, et plus particulièrement du Rojava, le débat se focalise sur la question de la perfection de la révolution. Nous nous demandons souvent si la société du Rojava est utopique ou non, alors que nos propres mouvements sociaux sont encore très loin de l’être.

Le débat est souvent polarisé entre une position de soutien sans équivoque à tous les aspects de la révolution, et une position disant qu’en raison des imperfections de l’expérience menée au Rojava nous ne devrions lui apporter ni attention ni soutien.

Nous nous positionnons très clairement pour une position de solidarité critique, pour garder du recul et un regard non-dogmatique qui voit les mouvements sociaux au Bakur et au Rojava pour ce qu’ils sont. Afin de critiquer les aspects négatifs tout en étant solidaires des mouvements positifs de libération qui sont en cours, que ce soit la résistance contre Daech, les luttes pour l’autonomie, la résistance contre la répression de l’Etat turc, les mouvements féministes, anti-capitalistes et coopératifs. Ces mouvements peuvent transformer la société tant au Kurdistan que dans le reste du Moyen-Orient.

Ceci dit, certains aspects de la situation au Rojava méritent que nous gardions un regard critique.

Par exemple, pour le moment les partis politiques et les organisations militaires et sécuritaires qui leur sont associées, détiennent beaucoup de pouvoir au Rojava et au Bakur. Au DTK* du Bakur et au sein du système des conseils au Rojava, des sièges sont réservés aux représentant.e.s des partis politiques. Cela garantit que les partis politiques gardent une voix dans les structures du confédéralisme démocratique, qu’elle représente ou non la vision des gens exprimée dans les assemblées populaires.

* DTK : Congrès pour une société démocratique. C’est une plate-forme d’associations et de mouvements kurdes en Turquie qui développe depuis 2011 son modèle “d’autonomie démocratique” en tant qu’organisation “faîtière” confédérale.

Beaucoup de celles et ceux qui participent au mouvement expliquent que ces partis politiques ne sont présents que parce que le mouvement en est encore à ses débuts, et que, dans l’avenir, on n’en aura plus besoin. Quoi qu’il en soit, il est évident que ces partis sont un endroit où le pouvoir pourrait être consolidé. L’écrivain kurde, Ercan Ayboğa, nous a exprimé son espoir que le pouvoir bascule vers les communes :

« Les partis politiques sont des instruments politiques et idéologiques qui jouent un rôle spécifique. Au fur et à mesure des dernières années, ce rôle a diminué dans la vie politique. Les structures auto-gérées, comme entre autres celles des femmes et des jeunes, sont devenues plus importantes. Ce sont des processus lents parce que, depuis des décennies, le peuple kurde ne pensait qu’avec les catégories des partis politiques, et changer cela prend du temps. »

Les conseils exécutif et législatif du Rojava font aussi partie des corps politiques qu’il faudrait examiner d’un œil critique. Selon la théorie du confédéralisme démocratique, ces corps politiques ne devraient qu’appliquer les décisions des conseils. Mais il reste à savoir si le pouvoir restera entre les mains des communes ou s’il basculera vers le niveau parlementaire. Comme l’a exprimé l’anarchiste Kurde Zaher Baher :

« J’ai l’impression que, tant que le pouvoir du DSA (Administration Démocratique Autonome) augmente, c’est le pouvoir du TEV-DEM qui diminue, mais le contraire pourrait aussi être vrai. »

Il nous semble aussi que l’existence d’une force de sécurité centralisée, l’Asayîs, agissant plus ou moins indépendamment du système des conseils, va forcément à l’encontre du concept du pouvoir des communes. Mais dans le contexte actuel de guerre civile et des attaques de Daech, le besoin d’une sécurité efficace s’impose et nous étions très reconnaissants envers les multiples checkpoints des Asayîs qui ont assuré notre sécurité lors de notre visite en 2015. Beaucoup de militant.e.s du mouvement, y compris des membres des Asayîs, insistent sur le fait que ces dernières se dissoudront lorsqu’on n’en aura plus besoin. La mise en place des forces armées d’auto-défense par les communes s’inscrit dans les démarches pratiques déjà entamées pour parvenir à ce but. Bedrain Gia Kurd, nous a expliqué que le TEV-DEM (dont il est membre) soutient activement les communes pour la mise en place des unités d’auto-défense. Grâce à ce processus, les Asayîs n’ont pas le monopole de l’usage des armes au Rojava.

Les forces les plus puissantes au Rojava sont probablement les Unités de Protection du Peuple (YPG) et les Unités de Protection des Femmes (YPJ). C’est à ces forces que l’ont doit la survie du confédéralisme démocratique. Mais quel pourcentage de la population du Rojava a vraiment son mot à dire sur les alliances formées par ces organisations militaires ? La nature aléatoire de l’alliance avec les États-Unis, peut-être nécessaire pour gagner la guerre contre Daech mais qui, nous semble-t-il, pourrait potentiellement menacer la révolution sociale populaire du Rojava, en est un exemple.

Lorsque Kobanê a été assiégée par Daech en 2014, les États-Unis ont commencé, à contrecœur et tardivement, à bombarder Daech en coordination avec les forces YPG et YPJ. Le soutien aérien des États-Unis fut un facteur décisif pour la libération de Kobanê. Depuis, la coopération avec les Américains dans la guerre contre Daech s’est renforcée.

Beaucoup d’habitant.e.s du Rojava regardent cette alliance d’un œil critique. Lors d’une discussion avec Bedran Gia Kurd du TEV-DEM, il nous a dit que :

« La coopération avec l’armée des États-Unis est quotidienne car nous avons le même ennemi, mais il n’y a pas d’accord à long terme. Il n’y a aucune garantie par rapport à cette coopération ; c’est temporaire. Peut-être que dans l’avenir elle n’existera plus. Une coopération future serait basée sur la protection de nos principes. De ce fait, si cette alliance met en péril ou en question notre projet, alors on la refusera. »

Cependant, comme l’a expliqué Zaher Baher, Saleh Muslim -le coprésident du PYD- avait exprimé un point de vue totalement différent lors d’un entretien avec l’Institut Kurde de Washington :

« Les États-Unis sont une grande puissance qui encourage la démocratie de manière globale et qui tente de la développer et disséminer de par le monde entier ».

Certain.e.s membres du PYD ont appelé à un investissement commercial international au Rojava, sans pour autant prendre en compte que cela nuirait à tout mouvement allant vers une économie anti-capitaliste et coopérative au Rojava.

De telles déclarations pourraient bien sûr s’inscrire dans une stratégie pragmatique de la part des politicien.ne.s afin de gagner un soutien international dans leur lutte d’autonomie et pour la guerre contre Daech. Mais, dans le meilleur des cas, ces politicien.ne.s sont en train de jouer un jeu très dangereux ; et dans le pire des cas, ils et elles ne sont pas du tout d’accord avec les éléments anti-capitalistes et anti-impérialistes du mouvement.

Un autre sujet sensible est celui de la vénération du personnage de Abdullah Öcalan. Dans quasi chaque interview que nous avons fait au sujet du confédéralisme démocratique, nos interlocuteurs nous disaient que leurs idées venaient de leur leader. Cette habitude de se référer à Öcalan va à l’encontre du principe du pouvoir du peuple à transformer la société. Comme l’a exprimé Zaher Baher :

« Depuis un certain temps, dans ses livres et textes récents, Öcalan a dénoncé et rejeté l’État ainsi que l’autorité. Par contre, je ne l’ai jamais entendu rejeter sa propre autorité ni dénoncer ces gens qui lui donnent l’appellation de grand leader et qui mettent tout en œuvre pour lui donner une position sacrée. L’attitude d’Öcalan ne sera correcte que lorsqu’il rejettera son autorité ainsi que sa position de leader. »

Nous avons entendu parler de certaines œuvres d’Öcalan, qui ne sont pour l’instant disponibles qu’en allemand, et dans lesquelles il remet en question son rôle de leader. Nous n’avons pas vu de versions traduites de ces écrits. Mais la question ne se pose pas seulement sur le fait qu’Öcalan lui-même rejette son rôle de leader ; elle doit aussi se poser sur le fait qu’il soit vu et traité en tant que tel par une grande partie des gens participant au mouvement du confédéralisme démocratique. Cette constante est particulièrement frappante au sein du mouvement des femmes, lorsque d’un côté elles déclarent lutter pour l’auto-organisation des femmes, et de l’autre disent que leurs idées viennent d’Öcalan.

Concernant notre solidarité avec le développement du mouvement du confédéralisme démocratique, nous pensons que la solidarité la plus pratique que nous puissions apporter n’est ni un rejet total des mouvements positifs en raison des imperfections du mouvement, ni d’en parler d’une manière systématiquement élogieuse. Plutôt, nous voulons maintenir notre position de camarades qui apporte un soutien honnête au mouvement, d’un.e ami.e qui n’a pas peur d’agir en solidarité avec ceux et celles qui luttent pour une société meilleure, et qui n’a pas peur non plus d’en parler de manière honnête, ouverte et critique.

Mouvements populaires capables de transformer la société

Des idées anti-capitalistes, féministes, anti-autoritaires et anti-étatiques sont en train de fleurir parmi les mouvements du confédéralisme démocratique en cours au Rojava et au Bakur. Ces mouvements sont capables de changer la réalité sociale de millions de personnes. Ces changements sont en train d’être formulés par des mouvements populaires inspirés par des idées révolutionnaires et non pas par des politicienne.e.s ou des institutions gouvernementales.

La création des communes et des assemblées au Bakur et au Rojava a permis de valoriser et de donner le pouvoir aux personnes afin de prendre les décisions qui concernent leurs vies, auparavant contrôlées par l’État. Par exemple, des tentatives créatives de mettre en place des méthodes pour gérer différemment les problèmes liés aux comportements problématiques ont vu le jour au Rojava depuis que les communes y sont établies. Comme décrit plus haut, chaque commune possède une commission de justice et de réconciliation dont le but est la gestion des problèmes qui surgissent au sein de la communauté. Pour ce qui concerne les incidents plus sérieux comme le meurtre, il existe un “tribunal populaire” au niveau de chaque district dont les juges sont élu.e.s par la commune. Ces juges ont effectivement le pouvoir d’envoyer des gens en prison mais, comme l’a exprimé Ercan Ayboğa, militant kurde originaire de Bakur ayant visité le Rojava :

« Il y a toujours des prisons au Rojava mais il y a peu de prisonnier.e.s. Dans la petite ville de Serekaniye, par exemple, le nombre de prisonnier.e.s est de 20 comparé à 200 à l’époque d’Assad. Les tribunaux essaient au maximum d’éviter d’envoyer des gens en prison. Ils tentent d’autres méthodes comme, par exemple, envoyer quelqu’un.e travailler dans une autre ville ou région, demander à certain.e.s personnes de quitter une région ou un lieu pour un temps défini, ou en appliquant une peine éducative ou une formation pour la personne accusée. »

Selon Ercan, ce système reste néanmoins critiqué par une partie de la population du Rojava. Certain.e.s personnes ont même commencé à tenter une alternative appelée la “Plateforme de Justice”, nouveau système au sein duquel la commission de la justice et de la réconciliation peut demander du soutien en cas de problèmes graves en formant une plateforme de justice. Cette dernière est composée de 200 à 300 personnes venant des « mouvements des femmes, de la jeunesse, ainsi que d’autres organisations du quartier. Ils et elles débattent le cas, puis cherchent à trouver un consensus. »

Deux facteurs pouvant contribuer à ce que le pouvoir reste entre les mains du peuple de base sont, premièrement, le fait qu’aucun groupe n’a le monopole de l’usage de la violence et, deuxièmement, que les communes sont en train de développer des groupes armés d’autodéfense. Le fait qu’il y ait des éléments armés appartenant au mouvement de base aide aussi à empêcher la consolidation du pouvoir entre les mains de l’Administration Démocratique Autonome ou l’armée, entre autres.

Ce sont les mouvements des femmes au Bakur et au Rojava qui sont les éléments les plus inspirants de la situation actuelle au Kurdistan. Pendant notre voyage dans ces deux régions nous avons pu rencontrer des femmes déterminées à lutter contre le patriarcat et il nous a semblé que c’est une véritable occasion pour pour que les choses changent. Dans la ville d’Amed (Diyarbakır en turc), nous sommes allé.e.s à la rencontre d’une Académie de Femmes dans laquelle les femmes s’organisent pour lutter contre la violence masculine. Elles nous ont raconté comment elles organisent des actions collectives contre la violence conjugale exercée par les maris des femmes avec lesquelles elles travaillent. Elles organisent aussi des formations courtes pour l’empowerment des femmes au sein de leurs communautés. Des femmes du Rojava et du Bakur nous ont expliqué que leurs idées ne sont pas toujours acceptées par les hommes et que la lutte pour instaurer des changements est une lutte quotidienne.

Les mouvements pour le confédéralisme démocratique ont aussi réussi à libérer des espaces pour les idées anti-capitalistes. Les discussions organisées par les communes au Rojava ont une forte capacité à répandre de telles idées. La mise en place des coopératives est une des manières par lesquelles les gens peuvent participer à la création d’alternatives populaires. Selon l’économiste allemand Michel Knapp :

« Lorsqu’au Kurdistan Nord les communes ainsi que les coopératives travaillent sous l’emprise d’une répression féroce, c’est dans les territoires libérés du Rojava où il y a des efforts et des tentatives de créer une nouvelle forme d’économie indépendante des relations d’exploitation capitaliste et féodale. Et ce dans le contexte du drame de la guerre en Syrie : des milliers de personnes ont été tué.e.s et la moitié de la population se trouve sans maison.»

Knapp continue en citant Dr Dara Kurdaxi, économiste et membre du comité pour la renaissance économique et le développement du canton d’Efrin, Rojava :

« Nous avons besoin de nouveaux modèles pour les organisations ainsi que les institutions. Les modèles économiques collectifs, communaux, qu’on appelle aussi parfois des économies sociales. C’est la méthode qui nous sert de base, pour que l’économie du Rojava puisse être relancée et se développer. »

Le fait qu’il y ait l’espace et l’élan pour la mise en place de coopératives populaires au Rojava est largement dû au fait qu’il y existe un consensus assez large sur le fait que l’économie devrait être organisée sur des bases collectives. C’est en train de se mettre en place du bas vers le haut grâce à une variété de communes et d’organisations. Par exemple, dans le canton de Cizîrê plusieurs coopératives de femmes sont en train de voir le jour grâce à la Fondation des Femmes Libres du Rojava.

Nous avons beaucoup à apprendre de ces mouvements, la première étape vers une vraie solidarité est de s’éduquer, de se renseigner. Parmi les groupes que nous avons visité au Rojava, beaucoup ont exprimé l’envie qu’il y ait des gens de l’extérieur qui viennent pour apprendre sur leurs mouvements. C’est en créant des liens de plus en plus forts avec les militant.e.s luttant au premier niveau du confédéralisme démocratique -par exemple dans les communes, les coopératives et les organisations de femmes- qu’on pourra élargir notre compréhension et commencer à forger une véritable solidarité tout en y prenant des idées et de l’inspiration pour nos luttes à nous.

Source : Democratic confederalism in Kurdistan https://corporatewatch.org/news/2016/ap ... -kurdistan
Traduction : Merhaba Hevalno http://www.kedistan.net/category/editio ... a-hevalno/


http://www.kedistan.net/2017/09/23/conf ... kurdistan/
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 15 Oct 2017, 17:45

Le confédéralisme démocratique comme alternative | 2

Histoire et idéologie du mouvement de libération kurde

Le Kurdistan a été divisé entre quatre États-nations (Iran, Irak, Syrie et Turquie) par les accords Sykes-Picot en 1916 qui délimitèrent des frontières artificielles dans la région.

Chaque État-nation a veillé à ce qu’il n’y ait aucune fragmentation possible du nouvel État et essayé d’unifier l’État-nation à travers un nationalisme imposé. Cela impliqua de nier l’existence de beaucoup d’autres groupes ethniques (Kurdes, Albanais, Lazes, Azerbaïdjanais, Zazas, Tchétchènes, Circassiens, Arabes, Bosniaques, Tatars, Arméniens, Grecs, Yézidis) qui vivaient notamment en Turquie. Le sentiment nationaliste fut inculqué par les «projets de nationalisation» qui tentèrent d’assimiler les différents groupes ethniques en les «turquifiant», «persianisant» ou «arabisant».

Abdullah Öcalan (stratège principal) et un groupe de jeunes personnes fondèrent le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) en 1978 dans le Kurdistan du Nord (Turquie) et commencèrent la lutte armée en 1984, avec pour objectif d’établir un État socialiste indépendant (marxiste-léniniste) par l’instauration d’un Kurdistan unifié.

Ce mouvement évolua et rejeta l’État-nation pour aller vers le confédéralisme démocratique. Le PKK connut plusieurs transformations en résultat d’analyses profondes de la lutte de libération nationale et d’autres mouvements alternatifs ainsi que par l’observation des expériences de socialisme et féminisme réels, en parallèle d’une évaluation de leur propre pratique théorique. Même si le PKK a traversé toute une série de réformes idéologiques avant l’enlèvement d’Öcalan en 1999 (à la suite d’une opération de l’OTAN), c’est en écrivant en captivité qu’il inventa le terme de confédéralisme démocratique et qu’il le proposa comme une solution au problème kurde.

Öcalan et le mouvement kurde cessèrent dès 1993 de chercher à obtenir un État indépendant, car « la fondation d’un État n’accroît pas la liberté d’un peuple » et « les États-nations sont devenus des obstacles importants à tout développement social ».

Öcalan proposa le confédéralisme démocratique comme une alternative au système de l’État-nation. Il développa ce modèle en s’inspirant des idées municipalistes du socialiste écologiste anarcho-libertaire Murray Bookchin (1921-2006), ainsi que des théories précédemment citées de Wallerstein et d’Anderson parmi de nombreuses autres.

Öcalan définit le projet de confédéralisme démocratique comme « une administration politique non-étatique ou une démocratie sans État », qui est « flexible, multiculturelle, anti-monopoliste et orientée vers le consensus » et dans laquelle « l’écologie et le féminisme sont des piliers centraux » de ce projet. De plus, dans ce système auto-administré, « une économie alternative deviendra nécessaire, elle augmentera les ressources de la société plutôt que de les exploiter et, ainsi, rendra justice aux multiples besoins de la société ».

En dévoilant la vérité à propos de la société historique et en critiquant le capitalisme moderne, Öcalan avance que « de mémoire humaine, les peuples ont toujours formé des groupes à géométrie variable de clans, tribus ou autres communautés aux propriétés fédérales », ce qui permit la préservation d’une autonomie interne.

Cependant, en écho à la théorie foucaldienne du bio-pouvoir, Öcalan dit que le capitalisme moderne a imposé la centralisation de l’État, par laquelle « l’État-nation comme substitut moderne à la monarchie a laissé derrière lui une société affaiblie et sans défense » et « le pouvoir se constitue lui-même dans l’État central et devient l’un des paradigmes administratifs fondamentaux de la modernité » Par conséquent, le mouvement kurde propose une « démocratie moderne » comme solution car elle est « la charpente d’une société politique basée sur l’éthique » Les principes fondamentaux de la démocratie moderne consistent en une société morale et politique, l’industrie écologique et le paradigme du confédéralisme démocratique.

Le confédéralisme démocratique comme pratique politique fondamentale de la modernité peut être un modèle important non seulement pour les Kurdes, mais aussi pour le Moyen-Orient et d’autres régions qui sont ethniquement variées et multi-culturelles.

En effet, il fournit une solution aux caractéristiques oppressives du national-étatisme causées par ses implémentations monolithiques et homogènes. Donc, dans la nation démocratique, toutes les ethnies, religions et autres groupes auront une voix et pourront participer avec leurs propres identités ethniques au sein d’une structure démocratique fédérale.

La mise en place du confédéralisme démocratique au Rojava

Le parti de l’union démocratique (PYD), affilié au PKK et fondé pour la première fois en 2003 au Rojava, commença à mettre les idées du confédéralisme démocratique en place avant que le soulèvement syrien ne commence en 2011, avec beaucoup de difficultés cependant car le régime de Ba’ath tenta de mettre fin et de supprimer tout changement qui serait fait à l’ordre capitaliste et étatiste existant. Le PYD ne parvint à réaliser son projet qu’après 2012, une fois que les forces d’Assad se soient retirées de la zone pour se concentrer davantage sur la résistance qui surgissait dans le reste du pays.

Les Kurdes syriens avaient choisi une troisième voie, celle de la paix, en ne se joignant pas au régime ni aux forces rebelles dans la guerre civile naissante. Le peuple, avec à sa tête le PYD et les unités de protection du peuple (YPG) et les unités de protection des femmes (YPJ), prit le contrôle de la majeure partie du Rojava et organisa des assemblées de grande envergure.

Entre 2012 et 2014, les habitants du Rojava, guidés par les groupes politiques, furent très actifs dans la discussion des stratégies pour mettre en exercice le système de démocratie confédérale que Öcalan avait proposé.

En 2013, le Rojava fut séparé en trois cantons autonomes : Cizire, Kobane et Afrin. Les habitants s’organisèrent au sein de conseils et de communes dans les villes et villages de chaque canton. Les personnes de toute origine ethnique étaient encouragées à participer aux réunions pour parler des problèmes qu’elles avaient. Pour la première fois dans l’histoire, on demandait aux habitants de la région quels étaient leurs problèmes et dans quel système ils voulaient vire. En 2014, après cette consultation longue et rigoureuse, le contrat social du Rojava fut établi pour les trois cantons de Cizire, Kobane et Afrin avec la signature de plus de cinquante organisations ou partis politiques.

La charte commence par la déclaration suivante : « Dans le but d’atteindre la liberté, la justice, la dignité et la démocratie, et guidés par des principes d’égalité et de durabilité environnementale, la charte proclame un nouveau contrat social, basé sur la coexistence mutuelle et pacifique et sur la compréhension entre toutes les branches de la société » [Paix au Kurdistan, 2014]. Ce contrat social établit une manifestation remarquable des principes de la démocratie moderne, encourageant la participation de tout le monde, car chaque personne au sein de la société peut s’y référer.

À nouveau dans l’introduction de la charte réside l’aspect définissant le plus le système étant créé, exposé avec des mots très simples, disant : « Sous cette charte, nous, les peuples des régions autonomes, nous unissons dans un esprit de réconciliation, de pluralisme et de participation démocratique de façon à ce que tout le monde puisse s’exprimer librement dans la vie publique. En construisant une société libre de l’autoritarisme, du militarisme, du centralisme et de l’intervention de l’autorité religieuse dans les affaires publiques, la charte reconnaît l’intégrité territoriale de la Syrie et aspire à maintenir la paix locale et internationale » [Paix au Kurdistan, 2014]. La charte fait la déclaration d’un nouveau système politique et civil basé sur un contrat social avec le peuple pour établir une société plus libre et plus démocratique qui représente de façon égale la volonté de tous les groupes de la région, avec une instauration de la justice et de l’égalité sociales. Un des aspects importants de cette charte est l’accent qui est porté sur l’égalité de genre, au-delà des égalités de droits pour les différentes ethnies et le droit à l’éducation dans la langue maternelle.

La structure de base du système démocratique confédéral dispose de cinq niveaux de gouvernance et de prise de décisions :

1) L’assemblée législative,

2) Les conseils exécutifs,

3) La haute commission des élections,

4) Les cours constitutionnelles suprêmes,

5) Les conseils municipaux/ provinciaux.

Le niveau de base du conseil du Rojava est la commune. Les communes comprennent entre 30 et 400 foyers (ville ou village), se réunissent tous les 15 jours et élisent un comité qui se réunit toutes les semaines (tous les membres peuvent assister à ces réunions quand ils veulent). Pour tous les postes et pour toutes les zones il y a la mise en place d’un système de co-gouvernance où hommes et femmes partagent le pouvoir pour permettre le consensus.

Le niveau suivant est le conseil de quartier ou de village, puis le conseil populaire de canton et enfin le conseil populaire du Kurdistan occidental (MGRK). Un aspect important du système de conseils est qu’à chaque niveau il y a des conseils autonomes des femmes formés par l’union des femmes Kongira Star, afin de renforcer les femmes dans tous les aspects de la vie.

À partir de ces développements, en mars 2016 la «fédération démocratique du Rojava – Nord de la Syrie» a été établie par les trois cantons du Rojava, menés par le PYD « pour réaliser la Syrie démocratique et fédérale, plutôt qu’une administration centrale, en prenant en compte les caractéristiques historiques, géographiques, culturelles, démographiques et économiques lors de l’établissement des fédérations démocratiques ».

Les «régions auto-administrées» au sein de la fédération s’organisent « avec comme base les conseils, académies, communes et coopératives ».

Ce qui rend tout cela encore plus remarquable, c’est que ce système alternatif, qui défie l’ordre du monde et ne reçoit le soutien politique ou matériel d’aucun État-nation, prend place alors que les Kurdes résistent en même temps aux assauts de l’État Islamique et prennent part à une guerre perpétuée par l’État islamique avec le soutien de l’État turc, qui ne veut pas d’un gouvernement kurde autonome près de lui.

Le réseau organisationnel, intégré dans la société rojavienne, est administré par le Tev-Dem (le mouvement pour une société démocratique), qui a à sa tête des hommes et des femmes, et par l’organisation autonome des femmes Kongira Star (établie en 2012, l’étoile fait référence à la déesse de l’ancienne Mésopotamie, Ishtar). Les deux organisations incluent toutes les ethnies et toutes les religions et constituent un exemple de démocratie directe par la base. Les peuples ont établi des communes de tailles diverses allant de 7 à 300 familles, des académies, des tribunaux, des coopératives et des administrations de santé, ainsi que des unités de défense des femmes. Les comités de ces institutions sont élus par des assemblées locales, et toutes les structures organisationnelles ont un système de co-présidence avec à chaque fois un homme et une femme élus.

Le modèle économique du Rojava

Le système démocratique confédéral du Rojava est toujours en phase de développement, à une vitesse ralentie par les attaques constantes qu’il subit et par l’embargo imposé par l’État turc. Toutefois, de nombreuses et grandes avancées ont été faites vers l’instauration d’un système économique alternatif qui fournit une alternative au dualisme du capitalisme et du communisme.

Dans une interview faite par un journaliste avec le professeur Ahmet Yosuf, président du comité sur l’économie et les échanges du canton autonome d’Afrin, Dr. Yosuf expose les objectifs à long terme et les étapes à effectuer pour les atteindre. Il dit pour commencer que le canton, comme les autres cantons, doit lancer des coopératives, « de petites unités de production ». Le développement de ce système, comme il l’explique, commence par une économie basée initialement sur l’agriculture. De plus, ce système qui inclut la coopération des habitants de la zone profitera à tout le monde et se posera comme un modèle d’économie alternative pour les peuples de la région .

Ces ambitions font leur entrée dans le réel.

Fin 2015 et en 2016, des comités économiques ont été mis en place pour faciliter l’instauration et soutenir le bon fonctionnement de l’économie, certains d’entre eux étaient des coopératives composées exclusivement de femmes, pour rétablir la balance de l’ordre et encourager davantage les femmes à prendre part à la vie économique.

Les habitants font tourner de petites unités de production. Les coopératives sont de tailles variées, allant de petites coopératives de moins de 10 personnes à des coopé- ratives de taille moyenne de 60 personnes ou de plus grandes encore de 100 à 150 personnes. Parmi les coopératives mises en place, certaines font de l’agriculture (par exemple, de la culture de blé, de la production de légumes et d’éléments pour faire des salades, de la production de lait et de yaourt ainsi que de l’élevage animal), mais il y a aussi des magasins de vêtements, des restaurants et des boulangeries. Les quelques raffineries de pétrole présentes au Rojava fonctionnent également en coopératives. Les personnes travaillant dans ces coopératives en sont les propriétaires/actionnaires. La structure organisationnelle est menée par un « comité de coordination », nom préféré à «comité de gestion» car il sonne moins hiérarchique. Les personnes décident collectivement des règles, des opérations, de l’embauche et de la finance. Au niveau le plus élevé, toute l’activité économique est administrée conjointement par les organisations du Tev-Dem et du Kongira Star. Toutes les initiatives économiques sont conduites avec les principes écologiques gardés en tête, en se servant des ressources naturelles et en minimisant le gaspillage et la consommation.

Ce système en est encore à ses débuts et les administrations des cantons ont pour projet de construire des infrastructures d’approvisionnement en eau et en énergie plus durables dès qu’ils en auront les moyens économiques. L’ordre mondial capitaliste tremble encore de l’impact dévastateur de la crise financière qui démarra en 2008 et des guerres qui ont plongé le Moyen-Orient dans la tourmente avec des centaines de milliers de vie perdues et la création de millions de réfugiés. Au milieu de tout cela, le peuple kurde du Rojava (Nord de la Syrie) ont annoncé une révolution qui défie le système capitaliste, patriarcal et étatiste qui a engendré un haut niveau d’inégalité et une plus grande division de classe. Avec le cadre théorique d’Öcalan, leader du mouvement de libération kurde, les Kurdes du Rojava construisent petit à petit le modèle du confédéralisme démocratique. Ce système est basé sur une démocratie par la base et il organise les habitants pour instaurer des structures communales démocratiques avec un encadrement par des groupes politiques. Le système est mis en place dans les localités, les villages et les villes avec des assemblées formées à chaque niveau et pour tous les sujets.

Ce système, qui « fait la promotion d’un modèle de société écologique », soutient également la libération des femmes. Le système économique qui y est développé bénéficie à tous et se pose comme un modèle pour toute la région. Il est donc d’importance majeure d’afficher son soutien pour la révolution actuellement en cours au Rojava, car c’est une lueur d’espoir pour un monde plus pacifique et plus égalitaire.

Berfin Kurban

Lire en complément le Monde diplomatique de septembre 2017 et les articles “Rojava”, issus d’un déplacement récent.


http://www.kedistan.net/2017/09/18/conf ... rnative-2/
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 04 Nov 2017, 21:47

Les coopératives dans le mouvement kurde, outil d’émancipation des femmes

Deux témoignages.

A la suite de l’adoption du paradigme du confédéralisme démocratique par le PKK en 2005 dans la continuité d’une évolution politique entamée depuis les années 90, le mouvement kurde légal au Kurdistan Nord (Turquie) s’engage dans un processus d’autonomisation vis à vis de l’Etat turc. Les partis kurdes légaux cherchent notamment à organiser des structures de gouvernance parallèles à celle de l’Etat. A cette époque sont créés par exemple les premiers conseils de quartier, chargés entre autre de résoudre les conflits sans passer par le système judiciaire turc. En 2007 le DTK1est fondé, sorte de proto-parlement regroupant toutes les initiatives politiques ou associatives visant à l’autonomie au Kurdistan nord. Il sera particulièrement visé par la répression après 2015.

... http://www.kedistan.net/2017/11/02/coop ... on-femmes/
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Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 09 Mar 2018, 02:48

Rencontres sur le Kurdistan révolutionnaire & le communalisme

Le 9, 10 et 11 mars à Bure

Le week-end du 9, 10 & 11 mars nous sommes heureux-euses de vous inviter, à Bure, à un week-end de solidarité avec le Kurdistan révolutionnaire et de réflexion autour des théories et pratiques du « communalisme ».

Depuis 2015 et la résistance des forces armées kurdes aux assauts de Daech à Kobané au Rojava (Syrie), la situation dans les différentes régions du Kurdistan a acquis une visibilité internationale nouvelle. Des centaines d’internationalistes (militant-e-s de gauche, anarchistes… ou pas) sont parti-e-s rejoindre les différents bataillons internationaux ou les projets de la société civile qui se développent au Rojava. Depuis 2012, dans le nord de la Syrie, se développe une expérience de transformation sociale de grande ampleur basée notamment sur les communes locales, le développement de coopératives et un modèle féministe, multi-ethnique et multi-confessionnel…

Depuis le 20 janvier 2018, le Rojava est à nouveau attaqué, cette fois directement par l’armée de l’Etat turc (accompagnée de brigades islamistes supplétives), où Erdogan bâtit depuis quelques années les fondations d’une dictature implacable. Le canton d’Afrin, enserré à l’extrême ouest entre le régime d’Assad et l’armée Turque, est à nouveau sous le feu des bombes. Partout en France et dans le monde des manifestations de soutien ont lieu.

Au-delà de l’actualité pressante et des dépêches d’information, l’histoire, les théories et les pratiques concrètes du mouvement de résistance kurde restent encore très mal connues et nous interpellent.

Comprendre et débattre

Ces rencontres veulent donc d’abord permettre à tous et toutes d’aborder au mieux la situation au Kurdistan et se forger des clés de compréhension pour apporter une solidarité consciente et critique. Quelle est l’histoire des différents Kurdistan ? Comment s’organisent les luttes menées pour la libération des peuples kurdes et quelles ont été leur évolution ? Comment le comprendre dans la situation géopolitique du Moyen-Orient, et dans le contexte de la révolution et de la guerre civile syrienne ? Que peut-on comprendre des processus de transformation sociale en cours au Rojava, et des autres expériences d’autogestion au Kurdistan irakien (Basûr), et Kurdistan de Turquie (Bakûr) ? Comment et sur quelles bases les soutenir ?

Ensuite, ces rencontres souhaitent modestement contribuer à ouvrir un espace de débat en France sur la théorie et les pratiques politiques portées par le mouvement de résistance kurde – appelées « confédéralisme démocratique » -, influencées entre autre par les idées théorisées et pratiquées au cours des dernières décennies sous les noms de « municipalisme libertaire » ou « communalisme » (Murray Bookchin) : en quoi les formes d’organisation aux Kurdistan résonnent-elles avec d’autres formes politiques dans le monde ? En quoi cela peut-il résonner avec des luttes et des initiatives menés en France en termes d’inspirations, de désirs, de critiques ?

En 2016 et 2017, deux rencontres internationales sur « l’écologie sociale » ont eu lieu (à Lyon, et Bilbao), pour confronter la pensée de l’anarchiste américain Murray Bookchin (ayant inspiré le projet au Rojava et autres…) aux expériences de luttes et de projets sociaux en Europe. Il semble intéressant de continuer de faire vivre cet espace de débat politique entre différentes expériences, initiatives et collectifs.

Nous voulons aussi partager des beaux moments ensemble autour de bonne bouffe, de concerts de musique acoustique, d’expo photos, de films, de lectures de textes et d’enregistrements audio, etc !

Enfin, dans le cadre de l’attaque turque en cours sur le Rojava il apparaît plus que nécessaire d’apporter notre soutien à celles et ceux qui vivent et se battent là-bas contre toutes les formes de fascisme.

Nous vous espérons nombreux-euses ! À bientôt !

Des hiboux de Bure, le collectif Initiatives pour un Confédéralisme Démocratique, des membres du collectif La Graine.


PRÉ-PROGRAMME

En continu :

Exposition photo sur le campement de Maxmûr (kurdistan Irakien), tables d’infos, etc.

Vendredi soir :

Présentation du week-end

19h Projection du film Une autre montagne, du collectif Ozho Naayé

– Diffusion d’extraits sonores

– Soirée


Samedi :

– Matinée –

10h : Discussion en non-mixité sur le mouvement des femmes kurdes

11h30 : Contexte historique et géopolitique de la situation au Kurdistan et au Moyen-Orient

13h30 : Repas

– Après-midi –

15h : Présentations thématiques

– Expériences révolutionnaires au Rojava (kurdistan syrien) et à Maxmûr (campement de réfugiés au kurdistan irakien) : projection du film Rojava, une utopie au coeur du chaos syrien (2017, Chris Den Hond et Mireille Court), et discussion à partir de témoignages, de récits de voyages, etc.

17h – Présentation en mixité sur le mouvement des femmes kurdes

– Soirée –

20h CANTINE

21h Concert acoustique de musique kurde, danses & soirée


Dimanche :

– Matinée –

11h : Discussion sur l’autonomie démocratique et la guerre civile au Bakûr

13H30 : CANTINE

– Après-midi –

15h : Trajectoires communales au 21ème siècle : entre « confédéralisme démocratique » au Kurdistan, autonomies des mondes au Chiapas et autres expériences communales et/ou de territoires en luttes en Europe (Barcelone, Catalogne, etc)…

Discussion en assemblée, puis ensuite ateliers thématiques en petits groupes : plus d’infos sur le contenu bientôt.

PAUSE

18h30 Restitution en grand groupe, & quelles suites donner à ces rencontres ?

– Soirée –

– Rangements

– A priori pas de cantine prévue, merci de penser en mode « auberge espagnole », etc.

INFOS PRATIQUES & LOGISTIQUES

Site des rencontres : Elles se déroulent à la Maison de résistance à la poubelle nucléaire à Bure, 2 rue de l’Eglise. Les infos pratiques pour se rendre à Bure sont ici.

Hébergement : merci d’écrire à logistiquedodobure[at]riseup.net pour préciser quand et à combien vous arrivez.

Cantine : les repas seront servis sur la base du prix libre ; c’est chouette de pouvoir aider l’équipe cantine dans la préparation des divers repas.

C’est chouette d’arriver un peu en avance (ou rester un peu après) pour donner un coup de main pour la préparation, le rangement, etc !

Plus d’infos bientôt !

Contacts : burekurdistan@riseup.net

https://manif-est.info/Rencontres-sur-l ... s-412.html
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 05 Avr 2018, 16:12

Kurdistan révolutionnaire et le communalisme

Les 9, 10 & 11 mars s’est tenu à Bure, un week-end de solidarité avec le Kurdistan révolutionnaire et de réflexion autour des théories et pratiques du communalisme. En voici le compte-rendu intégral.

Compte-rendu du week-end sur le Kurdistan révolutionnaire et le communalisme

Le week-end du 9, 10 & 11 mars nous sommes heureux-euses de vous avoir invité.e.s, à Bure, pour un week-end de solidarité avec le Kurdistan révolutionnaire et de réflexion autour des théories et pratiques du “communalisme”.

L’actualité de la situation d’Afrin, ainsi que la nécessité de créer de la solidarité transnationale dans un contexte d’individualisation des luttes, aussi bien que la nécessité de s’intéresser aux théories et pratiques révolutionnaires existantes, qu’elles proviennent du Moyen-Orient, des Amériques ou d’Europe, pour aller plus loin dans nos luttes locales, nous a poussé.e.s à organiser ce week-end.

Les collectifs organisateurs : Des hiboux de Bure, le collectif Initiatives pour un Confédéralisme Démocratique, des membres du collectif La Graine.

Tout au long du weekend, étaient présentées des expos photos sur le camp de Maxmûr, le Rojava et le Bakûr par Chris T. et Yann Renoult.

... http://www.kedistan.net/2018/03/29/bure ... -integral/
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede Pïérô » 23 Avr 2018, 12:09

Municipalisme libertaire et Kurdistan

Limoges, mercredi 25 avril 2018
à 20h30, Espace Associatif Gilbert Roth, 64 avenue de la Révolution

Soirée animée par Pierre Bance, Docteur d'État en droit, auteur d' « UN AUTRE FUTUR POUR LE KURDISTAN ? Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique » Noir et Rouge éditeur, 2017

https://limoges.demosphere.eu/rv/728
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 26 Avr 2018, 23:44

Un ouvrage collectif : « Kurdistan, autogestion, révolution

Image

Quels peuvent être les apports des expériences menées au Kurdistan syrien pour les mouvements révolutionnaires d’autres continents ? Quelles en sont les limites et les critiques qu’on peut en faire ? Un livre condense quatre ans d’action et de réflexion libertaires.

Le mouvement révolutionnaire kurde, après avoir brisé les reins de l’État islamique en Syrie, a subi un revers à Afrîn, face aux troupes d’occupation turques et à leurs supplétifs islamistes.

Il s’agit d’un revers militaire, pas d’un revers politique.

Car le projet de société porté par la gauche kurde au Moyen-Orient continue de faire référence : un « confédéralisme démocratique » aux accents nettement autogestionnaires, en rupture avec le jacobinisme et l’État-nation, pour l’égalité hommes-femmes, pour l’invention d’une économie sociale et écologique…

Quels peuvent être les apports des expériences menées au Kurdistan syrien pour les mouvements révolutionnaires d’autres continents ? Quelles en sont les limites et les critiques qu’on peut en faire ?

Ce sont les questions abordées dans ce livre, à la lumière d’une compilation d’articles parus dans le mensuel Alternative libertaire ou sur le blog Kurdistan-autogestion-revolution.com. Ils sont le fruit d’analyses, d’entretiens réalisés avec des camarades kurdes exilés en France, de témoignages de militants d’AL partis au Kurdistan pour observer ou pour combattre.

• Collectif, Kurdistan Autogestion Révolution, éd. Alternative libertaire, 2018, 196 pages + 18 pages de cartes et de photos.
9 euros

http://www.alternativelibertaire.org/?U ... revolution
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 19 Mai 2018, 19:50

L’émancipation kurde face aux pouvoirs syriens

Le Rojava1 est parfois accusé, depuis l’éclatement de la contestation populaire en 2011 et la guerre civile qui s’ensuivit, de complicité avec le régime de Bachar el-Assad. Pour comprendre la place des Kurdes en Syrie, et plus largement dans la région, il importe de revenir sur une histoire particulièrement complexe : c’est à cette seule lumière qu’il devient possible de démêler les relations des révolutionnaires kurdes avec le pouvoir syrien, l’État turc voisin et les rebelles majoritairement arabes

... https://www.revue-ballast.fr/lemancipat ... s-syriens/
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede Pïérô » 20 Mai 2018, 02:42

Du Rojava à la Zad, l’autogestion en partage

Au Kurdistan syrien, différentes populations s'essayent à construire un projet politique inédit, bousculant les appartenances ethniques ou religieuses pour fonder un confédéralisme démocratique d’inspiration libertaire. Du Rojava à Notre-Dame-des-Landes, comment émancipe-t-on un territoire ?

Depuis les débuts de la révolution syrienne et surtout, depuis l’événement fondateur de la bataille de Kobané à la fin de l’année 2014 ; les Kurdes de Syrie ont su profiter de l’affaiblissement du régime d’Assad et de leur engagement aux côtés des Occidentaux contre l’Etat islamique pour libérer de toute tutelle un large territoire qui s’étend, au nord de la Syrie, le long de la frontière turque jusqu’à l’Irak.

Dans cette zone en guerre, cernée de toute part par des armées ennemies, les différentes populations kurdes, arabes, musulmanes et chrétiennes s’essayent à construire, sous l’égide des Forces démocratiques syriennes, un projet politique inédit, bousculant les appartenances ethniques ou religieuses pour fonder un confédéralisme démocratique d’inspiration libertaire.

A quelques 4000 km de là, 300 personnes occupent depuis une dizaine d’années des terres destinées à accueillir le nouvel aéroport international de la métropole nantaise. Encerclés par les forces de l’ordre, ces militants revendiquent eux aussi, au-delà du projet d’aménagement contesté et abandonné, une expérimentation politique qui laisse la part belle à la démocratie directe et au démantèlement des institutions autoritaires, celles de l’Etat comme du système capitaliste.

Les combattants pro-kurdes du Rojava soutiennent la ZAD de Notre-Dame-des-Landes depuis la Syrie
Les combattants pro-kurdes du Rojava soutiennent la ZAD de Notre-Dame-des-Landes depuis la Syrie• Crédits : Photo partagée par les réseaux sociaux antifa, soutiens du Rojava

Si les deux situations ne sauraient se confondre, nombre de processus et de revendications sont pourtant communs. De l’occupation légitime - ou non - de la terre à la création d’une société autonome, de la contestation de l’ordre établi à l’invention de nouvelles pratiques institutionnelles, le Rojava comme la Zad semblent des lieux originaux de l’expérimentation politique, économique ou sociale la plus contemporaine.

Nous explorons ce matin la question de l’émancipation d’un territoire et de la capacité de populations à s’autonomiser.

Emission à écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/ ... 7-mai-2018
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 21 Mai 2018, 16:11

Kobane • Les coopératives comme outil d’émancipation des femmes

Dans une petite rue de Kobane, les murs qui entourent le bâtiment du Kongra Star, le mouvement des femmes au sein de la Fédération Démocratique du Nord de la Syrie, abritent un vaste et paisible jardin, vert et fleuri en cette fin d’avril ensoleillée. Le calme est troublé seulement par le vrombissement des générateurs. A l’ombre d’un auvent, quelques femmes discutent autour d’un thé. Elles luttent au sein du Kongra Star pour l’émancipation des femmes de la région, en s’appuyant sur l’expérience de dizaines d’années de réflexion et de luttes du mouvement des femmes kurdes. Dans les villes fortement marquées par la guerre, comme Kobane, détruite à près de 50%, il faut non seulement assurer la reconstruction, mais aussi la mise en place de structures sociales permettant d’organiser la société, en y assurant la participation des femmes, qui ont joué un rôle déterminant dans la libération de la ville, avec en particulier le sacrifice d’Arîn Mirkan ou la figure devenue célèbre de la commandante Nysrin Abdullah.

... http://www.kedistan.net/2018/05/08/koba ... on-femmes/
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 26 Mai 2018, 23:38

Qu’est-ce que la Jineolojî ?

Les 9, 10 & 11 mars s’est tenu à Bure, un week-end de solidarité avec le Kurdistan révolutionnaire et de réflexion autour des théories et pratiques du communalisme.

Qu’est-ce que la Jineolojî ?

En langue kurde, “Jin” signifie “femme”, aussi ce mot constitue la racine du mot “Jiyan” qui signifie “vie” ; et “Lojî” signifie l’idée de science. La “Jineolojî” est donc la “science des femmes” et de la vie en général. Ce terme apparaît pour la première fois dans le troisième volume du Manifeste pour une Civilisation Démocratique d’Abdullah Öcalan, intitulé “Sociologie de la Liberté”.

Mais pour comprendre cette science des femmes, il faut comprendre le développement de la lutte des femmes kurdes au sein du PKK et leurs liens avec celle des femmes du monde entier. La Jineolojî est fondée à partir de 40 ans d’expériences du Mouvement des femmes kurdes, que ce soit au sein des unités d’autodéfense armées (guérilla) ou des assemblées civiles du parti. La relation entre théorie et pratique est fondamentale dans l’évolution du mouvement, à partir de réflexions et de structures telles que la création des comités d’égalité homme/femme avec pour objectif de résoudre les problèmes sociaux et la violence contre les femmes ; l’analyse des femmes et de la famille (les relations patriarcales dans la société kurde et au sein du mouvement de libération) ; la création de la guérilla féminine (non-mixte) ; et l’évolution des organisations et du parti autonomes des femmes.

Le mouvement des femmes kurdes a développé ses propres concepts, comme la “théorie de la séparation” (appelé également “divorce total”) qui implique une volonté de rupture radicale avec le système de l’État-nation patriarcal, capitaliste et colonial ; “tuer le mâle dominant” qui implique la transformation de la société pour libérer les individus de la mentalité patriarcale et d’oppression ; “hevjiyana azad” qui aspire à l’établissement d’une coexistence libre entre les individus ; et “Xwebûn” qui aspire à se retrouver et être soi-même. Tous ces concepts ont un lien indissociable avec une conception écologique, sociale et révolutionnaire de la liberté et le retour vers la nature, la vie communale et la libération des genres. L’idéologie de la libération est la base du Mouvement des femmes kurdes. Elle se traduit par la nécessité du Welatparezî *, l’organisation et la lutte (autonome des femmes), la libre-pensée (en opposition à la mentalité patriarcale et la pression qu’elle exerce sur les femmes), l’éthique et l’esthétique (la cohérence entre les valeurs révolutionnaires et la forme qu’on leur donne).

... http://www.kedistan.net/2018/03/29/bure ... jineoloji/
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Re: Autogestion en Kurdistan

Messagede bipbip » 02 Juin 2018, 23:07

Contre les conservatismes, la lutte des femmes de Manbidj

En cette fin d’avril, des nuages gris s’amoncellent au dessus des artères poussiéreuses de Manbidj, qui ont retrouvé leur animation depuis la libération de la ville en août 2016 par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS).

Sur un des grands boulevards de la ville, seule une pancarte discrète en arabe, kurde, turkmène et circassien indique le local de l’Assemblée des Femmes, dont l’entrée est protégée par des blocs de béton et gardée par quelques hommes armés des forces de sécurité.

“Les débuts ont été difficiles, il fallait prendre en compte les traces laissées par les organisations précédentes.” explique en arabe Mahera, une trentaine d’année, le visage déterminé, entourée d’une dizaine d’autres femmes de tous âges et toutes origines. “Quand la ville a été libérée, les FSD ont acquis une image positive aux yeux des gens. Les camarades ont alors fait des tournées maison par maison, et proposé aux acteurs de chaque communauté de s’associer pour s’occuper de la gestion de la ville. Kurdes, Arabes, Turkmènes, Circassiens, nous ne faisons qu’un et nous avons un même espoir de démocratie et de liberté. Les FSD nous ont convaincues que nous devions nous rassembler. Nous nous sommes aperçues que le fonctionnement était démocratique, qu’il n’y avait pas de discriminations. Maintenant nous croyons vraiment en ce système.”

Après la libération de Manbidj, les FDS ont du relever le défi de parvenir à réunir autour du projet politique de la Fédération Démocratique de Syrie du Nord (FDNS)1 les habitant.e.s de cette mosaïque ethnique et linguistique, composée d’environ 70% d’Arabes, 20% de Kurdes, 5% Turkmènes et d’un petit nombre de Circassiens, divisés pendant des dizaines d’années par les politiques tribales et conservatrices encouragées par le régime syrien et exacerbées durant les trois ans sous le contrôle l’EI, dont Manbidj était un des fiefs.

“Il très difficile de faire changer les choses ici. Y travailler, c’est enthousiasmant, c’est un vrai défi à relever.” témoigne l’oeil pétillant Nergiz Ismayil, énergique responsable de l’Académie des femmes de Manbidj depuis sa création, un an et trois mois plus tôt. Dans les zones contrôlées par l’administration autonome de la FDNS, représentée ici par le Conseil Civil de Manbidj, les Académies sont des lieux de formation politique. Celles dédiées aux femmes vont plus loin, comme l’explique Nergiz :

“Le premier principe de l’autodéfense pour les femmes, c’est l’éducation. Nous organisons différentes activités, des cours, des discussions sur les femmes, les enfants, la famille mais aussi l’Histoire par exemple. Auparavant les femmes étaient maintenues dans l’ignorance. Elles étaient éduquées de manière à accepter la mentalité patriarcale. La violence que subissent les femmes, elles la reproduisent envers leurs enfants, envers les personnes de leur foyer. C’est cette mentalité qu’il faut changer. Les femmes doivent reconstruire une identité propre, l’émancipation ne consiste pas à être comme les hommes, car eux mêmes ne sont pas libérés. Nous devons donc à la fois émanciper les femmes et les hommes.”

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