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Messagede bipbip » 20 Aoû 2017, 15:33

L’ANARCHIE

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« Le mot anarchie vient du grec et signifie, à proprement parler, sans gouvernement » rappelle Errico Malatesta (1853-1932). Précision nécessaire car le terme est constamment dévoyé, associé au désordre et à la confusion, pour entretenir à dessein le préjugé que les gouvernements sont indispensables à la vie sociale. Ce fut, au temps de la monarchie, aussi le sort réservé au mot république. Il suffirait donc de persuader l’opinion que le gouvernement n’est non seulement inutile mais extrêmement nuisible pour que l’anarchie, de fait, signifie pour tous : ordre naturel, harmonie des besoins et des intérêts de tous, liberté totale dans la solidarité totale.

L’État est l’ensemble des institutions politiques, législatives, judiciaires, militaires, financières, etc, qui enlèvent au peuple la gestion de ses propres affaires, la détermination de sa propre conduite, le soin de sa propre sécurité pour les confier à un petit nombre. C’est une réalité abstraite qui s’incarne dans le gouvernement. On voudrait nous imposer une vision abstraite du gouvernement : un être moral doté de certains attributs (la raison, la justice, l’équité), indépendant des personnes qui le composent, qui survivrait toujours aux coups que ceux-ci lui portent et aux erreurs qu’ils commettent. Mais le gouvernement, c’est bien l’ensemble des gouvernants.
S’il existait des hommes dont la bonté et le savoir étaient infinis, si le pouvoir gouvernemental allait aux meilleurs d’entre eux, leurs capacités ne seraient-elles pas paralysées ? Ne gaspilleraient-ils pas leur énergie à se maintenir au pouvoir, à contenter leurs amis, à tenir en échec les mécontents et mater les rebelles ?
Si les gouvernants s’imposent à la suite d’une guerre ou d’une révolution, quelle garantie avons-nous que l’intérêt commun les anime ? S’ils sont choisis par une classe ou un parti, ne feront-ils pas triompher les intérêts de cette classe ou de ce parti ? Élus au suffrage universel parce qu’ils ont su mieux que les autres manipuler la population ?

Les théoriciens de l’autoritarisme présentent le gouvernement comme le modérateur des antagonismes naturels des intérêts et des passions, qui assignerait droits et devoirs de chacun. Théorie inventée pour justifier les faits, défendre le privilège et le faire accepter par ses victimes car tout au long de l’histoire, le gouvernement reste synonyme soit de la domination brutale, violente et arbitraire d’un petit nombre, c’est-à-dire à l’origine du pouvoir politique, soit de la domination économique de ceux qui ont accaparé par la ruse, la force ou l’héritage, les moyens d’existence, et donc à l’origine de la propriété.
Dans quelques sociétés primitives et peu populeuses, les pouvoirs politiques et économiques ont pu être réunis mais, la plupart du temps, la classe privilégiée des exploiteurs se développe à l’ombre du pouvoir, c’est-à-dire du gouvernement, finissant toujours par le soumettre et en faire un gendarme à son service. Puis, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, la classe capitaliste place des membres du gouvernement issus d’elle-même. Le suffrage universel est un leurre destiné à tromper le peuple, une concession accordée pour éviter qu’il ne pense à s’émanciper, lui donnant l’espoir vain d’arriver un jour au pouvoir. Le rôle du gouvernement est toujours de défendre les oppresseurs et les exploiteurs. S’il met parfois en place des réformes trompeuses, des services publics, c’est pour feindre d’être le gardien du droit de tous, pour faire accepter les privilèges d’un petit nombre.
Pourtant, Errico Malatesta pense que l’humanité n’est pas condamné « à se débattre à tout jamais entre la tyrannie des vainqueurs et la révolte des vaincus » car la loi qui la gouverne est la solidarité.

L’homme est animé par deux instincts fondamentaux : celui de sa propre conservation et celui de la conservation de l’espèce. Dans la nature, les êtres vivants peuvent améliorer leur existence soit par la lutte individuelle contre les éléments et les autres individus, soit par l’appui mutuel, la coopération. Force est de constater que la coopération est devenue chez les hommes l’unique moyen de progrès et la lutte sera toujours inapte à favoriser le bien-être des individus. La solidarité est le seul état que permette à l’homme de déployer toute sa nature, le concours de chacun au bien de tous et de tous à celui de chacun. Errico Malatesta constate que dans l’histoire, le principe du chacun pour soi complique et paralyse la guerre de tous contre la nature, pour un plus grand bien-être de l’humanité, les hommes cherchant à préserver leurs privilèges ou à en conquérir tandis que les autres voudraient se révolter contre l’injustice.
Les masses opprimées ne se sont jamais résignées complètement à l’oppression et à la misère. Elles commencent à comprendre qu’elles ne pourront s’émanciper que grâce à l’union, grâce à la solidarité de tous les opprimés, à condition de posséder les moyens de production, la terre et les instruments de travail, donc avec l’abolition de la propriété individuelle.

Il répond à quelques objections qui sont régulièrement faites aux anarchistes, notamment de la part des autoritaires.
La nature et le rôle du gouvernement ne changeraient pas si les conditions sociales étaient changées car l’organe et la fonction sont inséparables.
L’action sociale n’est ni la négation ni le complément de l’initiative individuelle : elle est la résultante des initiatives, des pensées et des actions de tous les individus qui composent la société.
Il s’agit de donner les mêmes droits et les mêmes moyens d’action à tous, d’en finir avec la seule initiative d’un petit nombre qui entraîne nécessairement l’oppression de tous les autres.
Pour comprendre comment une société peut vivre sans gouvernement, il suffit d’observer qu’en réalité, la plus grande partie de la vie sociale s’accomplit aujourd’hui hors des limites d’intervention du gouvernement.
Si le peuple avait la possibilité de penser par lui-même à la production et à l’alimentation, il ne se laisserait pas mourir de faim en attendant qu’un gouvernement ait fait des lois dans ces domaines.
Quand l’intérêt de tous sera l’intérêt de chacun (et il le sera nécessairement si la propriété individuelle n’existe pas), tous agiront.
Errico Malatesta refuse de donner une solution officielle à tous les problèmes qui se présenteront dans la société future car ce serait se déclarer gouvernement et prescrire un code universel pour tous les hommes à la façon des législateurs de la religion.

Texte d’une grande clarté et d’une immense portée.


L’ANARCHIE
Errico Malatesta
114 pages – 5 euros
Éditions Lux – Collection « Instinct de liberté » – Montréal – Août 2012.
Première publication en 1902.

Le texte intégral est aussi disponible ici :
http://kropot.free.fr/Malatesta-Anarchi ... archie.htm

La collection « Instinct de liberté », dirigée par Marie-Ève Lamy et Sylvain Beaudet, propose des textes susceptibles d’approfondir la réflexion quant à l’avènement d’une société nouvelle, sensible aux principes libertaires.

https://bibliothequefahrenheit.blogspot ... .html#more



L’ENTRAIDE, UN FACTEUR DE L’ÉVOLUTION

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Afin de démontrer que l’entraide est un facteur essentiel de la survie des sociétés humaines et pour contredire le discours dominant prônant l’individualisme et la concurrence entre tous, Pierre Kropotkine (1842-1921) recense les différents regroupements de personnes existant.

Dès le XVe siècle, en Angleterre, meilleur exemple de la politique industrielle des États modernes, le Parlement commence la destruction des guildes, associations de personnes poursuivant un but commun qui s’étaient considérablement développées au Moyen Âge. Il entreprit bientôt, avec le roi, de réglementer chaque métier et les techniques même de fabrication, fixant le nombre d’apprentis et celui de fils dans chaque mètre d’étoffe, avec plus ou moins de succès. En 1799, suivant l’exemple de la Convention révolutionnaire française, il considéra toute association comme un attentat contre la souveraineté de l’État, achevant ainsi son œuvre de destruction. C’est ainsi que la tendance à l’entraide eut à frayer son chemin. Pendant tout le XVIIIe siècle, les unions d’ouvriers furent continuellement reconstituées. Au XIXe siècle, les grèves furent interdites et réprimées jusqu’à ce que le droit de s’associer fut conquis et qu’un quart des ouvriers, soit 1 500 000, soit syndiqué.
Bien que la grève soit un sacrifice déchirant, avec risque de fusillade, il y en a chaque année des milliers. Les plus longues et les plus terribles sont en général des « grèves de sympathie ». Elles sont toujours l’occasion d’importantes démonstrations de soutien mutuel.

À l’origine, le mouvement des associations coopératives avait essentiellement un caractère d’entraide, même si maintenant se sont plutôt des compagnies d’actionnaires individualistes. Ses plus ardents promoteurs demeurent persuadés que la coopération amènera l’humanité à un état de plus parfaite harmonie dans ses relations économiques. La coopération reste importante en Angleterre, en Hollande, au Danemark et en Allemagne où on comptait 31 473 associations de production et de consommation sur le Rhin moyen vers 1890 mais c’est en Russie qu’elle reste un développement naturel, un héritage du Moyen Âge. Les artels (ou guildes), coopératives spontanées, forment la substance même de la vie paysanne. L’histoire de la formation de la Russie et de la colonisation de la Sibérie, est une histoire des artels pour la chasse et le commerce continués par des communes villageoises. Par exemple, le fleuve Oural appartient à l’ensemble des Cosaques qui partagent entre leurs villages, sans aucune ingérence des autorités, les lieux de pêche. De même, les esnafs de Serbie ont entièrement conservé leur caractère du Moyen âge, réglant les métiers et l’entraide en cas de maladie ; les amkaris du Caucase exercent en plus une influence considérable dans la vie municipale ; les friendly societies anglaises et les clubs Odd Fellows, organisés dans les villes et les villages pour payer le médecin, les enterrements.

L’association des bateaux de sauvetage en Angleterre, entretient trois cents bateaux le long des côtes. Leurs équipages sont composés de volontaires, prêts à sacrifier leur vie pour porter secours à des gens qui leur sont étrangers. C’est le fond de la psychologie humaine, ils « ne peuvent y tenir », explique l’auteur, d’entendre appeler au secours et de ne pas y répondre. Les sophismes du cerveau ne peuvent résister au sentiment d’entraide, parce que ce sentiment a été nourri par des milliers d’années de vie humaine sociale et des centaines de milliers d’années de vie pré-humaine en sociétés.
Parmi les mineurs et les marins, les occupations communes et le contact de chaque jour les uns avec les autres, créent un sentiment de solidarité en même temps que les dangers environnants entretiennent le courage et l’audace. Dans les villes au contraire, l’absence d’intérêts communs produit l’indifférence.

Il énumère ensuite les innombrables société, clubs et unions pour les plaisirs de la vie, pour l’étude, pour les recherches, pour l’éducation… L’Alliance des Cyclistes ou le Touring Club en France, forment une sorte de « franc-maçonnerie pour l’aide mutuelle ». Elles ne modifient certainement pas les stratifications économiques de la société mais elles contribuent à niveler les distinctions sociales et, unies en fédérations nationales et internationales, elles aident au développement des rapports amicaux à travers le monde.

Pendant près de trois siècles on empêcha les hommes de se tendre la main, même dans des buts littéraires, artistiques ou d’éducation. Des sociétés ne pouvaient se former que sous la protection de l’État ou de l’Église, ou comme confréries secrètes, à la façon de la franc-maçonnerie. Maintenant que la résistance est brisée, elles essaiment dans toutes les directions.

Tandis que le Christianisme primitif, comme toutes les autres religions, était un appel aux grands sentiments humains d’entraide et de sympathie, l’Église chrétienne a aidé l’État à détruire toutes les institutions d’entraide et de soutien mutuel. Au lieu de l’entraide, elle a prêché la charité qui prend un caractère d’inspiration divine et implique une certaine supériorité de celui qui donne sur celui qui reçoit.

La conclusion de l’ouvrage est celle de la version intégrale du texte. Étrange objet éditorial donc, qui donne surtout de lire la version intégral, ce que nous ne manquerons pas de faire prochainement.
Pierre Kropotkine rappelle que dans le monde animal, la grande majorité des espèces vivent en sociétés et trouvent dans l’association leur meilleur arme pour la « lutte pour la vie » comprise dans le sens large de Darwin c’est-à-dire une lutte contre toutes les conditions naturelles défavorables à l’espèce et non comme une lutte pour les simples moyens d’existence. Les espèces les plus nombreuses sont celles dans lesquels la lutte individuelle a été réduite à ses plus étroites limites. Les espèces non sociables sont condamnées à dépérir.
Les tribus et les clans humains primitifs ont développé un grand nombre d’institutions sociales puis, ils se sont développés sur la base de la possession et la défense en commun d’un territoire, sous la juridiction de l’assemblée, reliés en fédération de villages. Les cités furent constitués sur un double réseau d’unités territoriales combinées avec les guildes.
Bien que le développement de l’État sur le modèle de la Rome impériale ait violemment mis fin à toutes les institutions d’entraide du Moyen âge, la tendance à l’entraide réapparu et s’affirma dans une infinité d’associations.

Instauré comme principe moral par le bouddhisme primitif, les premiers chrétiens, les écrits de quelques docteurs musulmans, aux premiers temps de la Réforme, puis par les philosophes du XVIIIe siècle, les idées de vengeance et de « juste rétribution » sont affirmées de plus en plus vigoureusement. Donner plus que l’on attend de recevoir de ses voisins est proclamé comme un principe supérieur à la simple notion d’équivalence, d’équité ou de justice, comme un appel à ne faire qu’un avec tous les êtres humains. La pratique de l’entraide est la source positive du progrès moral de l’homme.

Cet ouvrage ne nous aura que mis en appétit de sa version intégrale.


L’ENTRAIDE, UN FACTEUR DE L’ÉVOLUTION
Pierre Kropotkine
Introduction d’Isabelle Pivert
66 pages – 7 euros.
Éditions du Sextant – Collection « Les increvables » – Paris – janvier 2010
Chapitre extrait de L’Entraide, publié pour la première fois en 1906
http://www.editionsdusextant.fr

http://bibliothequefahrenheit.blogspot. ... .html#more
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Messagede bipbip » 20 Aoû 2017, 15:41

Daniel Guerin - L'anarchisme dans la révolution espagnole
Document PDF : L'Anarrchisme_Guerin.pdf >> lire L'anarchisme dans la révolution espagnole_p41-51


Alternative Libertaire

Qui sont les anarchistes ?

Qui sont les anarchistes ?
Introduction historique
Les libertaires en chiffres...
En France aujourd'hui...
Estimations progressistes
Diversité, différence, curiosité...
Noir, rouge et vert
Quand l'idéal type est "Personne"...
Kultur über alles
Des agents de la transformation sociale
L'hymne à la vie
Ce qu'ils sont et ce qu'ils ne sont pas
Différents courants anarchistes
LA TENDANCE COMMUNISTE LIBERTAIRE
LA TENDANCE INDIVIDUALISTE
L’anarchie et la non-violence
Convergences et divergences
Utopie ?
L’anarchisme
La fin et les moyens : projets de société future et pratiques dans le présent

lire en ligne : https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... narchistes


Une toute petite histoire de l’anarchisme
Marianne Enckell
PDF : https://lookaside.fbsbx.com/file/marian ... UbQfdrijaw
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Re: Bibliothèque

Messagede bipbip » 25 Aoû 2017, 16:39

Daniel Guérin

L'anarchisme

Avant-propos
Première partie : les idées-forces de l’anarchisme
Questions de vocabulaire
Une révolte viscérale
L’horreur de l’État
Sus à la démocratie bourgeoise
Critique du socialisme «autoritaire»
Les sources d’énergie : l’individu
Les sources d’énergie : les masses
Deuxième partie : à la recherche de la société future
L’anarchisme n’est pas utopique
Nécessité de l’organisation
L’autogestion
Les bases de l’échange
La concurrence
Unité et planification
Socialisation intégrale ?
Syndicalisme ouvrier
Les communes
Un mot litigieux : «l’État»
Comment gérer les services publics ?
Fédéralisme
Internationalisme
Décolonisation
Troisième partie : l’anarchisme dans la pratique révolutionnaire
Chapitre I. de 1880 à 1914
L’anarchisme s’isole du mouvement ouvrier
Les social-démocrates vitupèrent les anarchistes
Les anarchistes dans les syndicats
Chapitre II. L’anarchisme dans la révolution russe
Une révolution libertaire
Une révolution «autoritaire»
Le rôle des anarchistes
La «Makhnovtchina»
Cronstadt
L’anarchisme mort et vivant
III Chapitre III L’anarchisme dans les conseils d’usine italiens
Chapitre IV L’anarchisme dans la révolution espagnole
Le mirage soviétique
La tradition anarchiste en Espagne
Bagage doctrinal
Une révolution «apolitique»
Les anarchistes au gouvernement
Les succès de l’autogestion
L’autogestion sapée
En matière de conclusion
Postface
Bibliographie sommaire

à lire en ligne : https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... anarchisme

PDF : https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... chisme.pdf



Lucien van der Walt

Cartographie de l'anarchisme révolutionaire

LISTE DES SIGLES
AVANT-PROPOS
LA COHÉRENCE DE LA GRANDE TRADITION ANARCHISTE
LES FONDEMENTS ÉCONOMIQUES DU CONTRE-POUVOIR ANARCHISTE
LES FONDEMENTS SOCIAUX DU CONTRE-POUVOIR ANARCHISTE
HISTOIRE DE L’ANARCHISME EN CINQ VAGUES
DÉFINIR L’ANARCHISME, L’ANARCHO-SYNDICALISME ET LE SYNDICALISME RÉVOLUTIONNAIRE
LA PREMIÈRE VAGUE (1868-1894): L’ESSOR DU GRAND MOUVEMENT ANARCHISTE À L’ÈRE DE L’EXPANSION ÉTATIQUE CAPITALISTE
LA RÉPONSE BAKOUNINISTE: LES «PILOTES INVISIBLES» DIRIGENT L’ORGANISATION SECRÈTE RÉVOLUTIONNAIRE
LA DEUXIÈME VAGUE (1895-1923): CONSOLIDATION DU SYNDICALISME ANARCHISTE ET RÉVOLUTIONNAIRE ET DES ORGANISATIONS SPÉCIFIQUES ANARCHISTES EN TEMPS DE GUERRE ET D’ASSAUTS DE LA RÉACTION
LA RÉPONSE PLATEFORMISTE: L’UNION GÉNÉRALE ÉCHAFAUDE UNE PLATE-FORME ORGANISATIONNELLE
LA TROISIÈME VAGUE (1923-1949): LES RÉVOLUTIONS ANARCHISTES CONTRE L’IMPÉRIALISME, LE FASCISME ET LE BOLCHEVISME
LA RÉPONSE DURRUTISTE ET NÉOMAKHNOVISTE: LA JUNTE RÉVOLUTIONNAIRE LANCE UN APPEL À UNE NOUVELLE RÉVOLUTION
LA QUATRIÈME VAGUE (1950-1989): ACTIONS D’ARRIÈRE-GARDE SUR FOND DE GUERRE FROIDE ET DE DÉCOLONISATION DES CONTINENTS AFRICAIN ET ASIATIQUE
LA RÉPONSE FONTENISTE: UNE AVANT-GARDE VOUÉE À DISPARAÎTRE FAIT PROGRESSER LE COMMUNISME LIBERTAIRE
LA CINQUIÈME VAGUE (DE 1990 À NOS JOURS): RÉSURGENCE DU MOUVEMENT ANARCHISTE À L’ÈRE DE L’EFFONDREMENT DU BLOC SOVIÉTIQUE ET DE L’HÉGÉMONIE NÉOLIBÉRALE
LA RÉPONSE ESPECIFISTA: LE «MOTEUR» ANARCHISTE QUI MÈNE LE POUVOIR POPULAIRE VERS UNE RUPTURE RÉVOLUTIONNAIRE
CONCLUSION: LE RÔLE DE L’ORGANISATION ANARCHISTE SPÉCIFIQUE AU SEIN D’UN «FRONT DES CLASSES OPPRIMÉES»
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

à lire en ligne : https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... lutionaire

PDF : https://fr.theanarchistlibrary.org/libr ... onaire.pdf
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Messagede bipbip » 23 Sep 2017, 17:19

1984

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En 1948, George Orwell entreprend cette description romanesque d’une société totalitaire qui va devenir rapidement emblématique et dont certains ingrédients sont devenus de véritables symboles.

À Océania, 85% de la population est composée de prolétaires, exploités, vivants dans des conditions indignes, tout comme avant la « révolution », semble-t-il, mais tout le monde l’a oublié. Les membres du Parti intérieur forment la classe privilégiée et sont les seuls à ne manquer de rien. Ceux du Parti extérieur sont occupés à faire fonctionner l’appareil de contrôle, à organiser les Plans Triennaux, à gérer les pénuries. Ils sont soumis à une propagande omniprésente et à une surveillance permanente. Le portrait de Big Brother orne le moindre mur, les « télécrans » sont installés absolument partout. Ils transmettent en continu discours et informations, sans que le son de l’appareil puisse être coupé ou même rendu seulement inaudible. Simultanément, ils permettent à tout moment à la Police de la Pensée d’entendre tous les sons émis au-dessus d’un chuchotement très bas et de percevoir tout mouvement dans leur champ de vision, sauf dans l’obscurité.
La pauvreté et l’ignorance servent de base à cette société hiérarchisée.

L’appareil gouvernemental est partagé entre quatre ministères. Le ministère de la Vérité s’occupe des divertissements, de l’information, de l’éducation et des beaux-arts. Le ministère de la Paix s’occupe de la guerre. Le ministère de l’Amour veille au respect de la loi et de l’ordre. Le ministère de l’Abondance est responsable des affaires économiques.

Le novlangue est l’idiome officiel d’Océania. En réduisant drastiquement le vocabulaire, il restreint les limites de la pensée, rendant complètement impossible le « crime par la pensée ».
Le Parti impose une gymnastique de l'esprit permanente ses membres (appelée « doublepensée » en novlangue) : il faut assimiler tous les faits que le Parti leur jette, et surtout oublier qu'il en a été autrement. Et de plus, il faut oublier le fait d'avoir oublié. La logique est aussi utilisée pour restructurer la pensée et garantir l’infaillibilité du Parti, comme dans les devises :
« La guerre, c'est la paix. »
« La liberté, c'est l’esclavage. »
L'ignorance, c'est la force. »
Il s’agit de pouvoir faire admettre, sans sourciller, tous les paradoxes, jusqu’à 2+2=5.
Le passé est sans cesse ré-écrit car qui contrôle le passé contrôle l’avenir et qui contrôle le présent contrôle le passé. Il faut également oublier que celui-ci a été modifié.

Pendant les Deux Minutes de la Haine, étouffement délibéré de la conscience par le rythme, les foules rentrent dans une transe collective qui inhibe toute volonté personnelle. Orwell a parfaitement compris comment fonctionnaient ces actes d’hypnose collective.
La guerre est utilisée comme catalyseur de ces séances de défoulement, tout comme la dénonciation du réseau de résistants.

Avec son personnage principal, Winston Smith, nous découvrons la vie quotidienne d’Océania. Et comme, derrière l’expression de tranquille optimisme qu’il affiche tout le temps, il dissimule un regard critique, c’est une analyse précise, historique, institutionnelle et sociologique, qu’il nous livre en de longs développements et pas seulement de façon suggestive. Elle sera complété par les chapitres du manifeste de l’opposant Emmanuel Goldstein, « Théorie et pratique du collectivisme oligarchique » dont il fera une longue lecture. Mais ce roman n’est pas seulement un prétexte à dénoncer les régimes totalitaires et leur mécanisme, puisqu’une véritable intrique est développée. Et nous n’en déflorerons rien si ce n’est que faire l’amour devient le seul acte de résistance envisageable. La chasteté est en effet utilisée pour détourner l’énergie sexuelle en dévotion pour les dirigeants et en fièvre guerrière. L’orthodoxie politique c’est de l’instinct sexuel aigri. De même l’instinct familiale est détourné pour abolir la famille et transformer les enfants en extension de la Police de la Pensée.

La rhétorique stalinienne et la répression organisée par les agents de Moscou dans les rues de Barcelone lors de son engagement dans les rangs du POUM, l’ont profondément choqué, lui qui fut un militant sincère. Il s’en inspire ici tout comme de ce que l’on savait alors des méthodes de manipulation des foules utilisées par les nazis.
Ce roman fait partie de ces classiques que tout le monde « connait » sans forcément les avoir lus, pourtant il le mérite, ne serait que pour sa démonstration que le pouvoir n’est pas un moyen mais bien une fin en soi.

1984
George Orwell
Traduit de l’anglais par Amélie Audiberti
548 pages – 8,80 euros
Éditions Gallimard - Collection Folio – Paris – Novembre 1972
Première parution : Nineteen Eighty-Four

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Messagede bipbip » 27 Sep 2017, 22:04

Fernand Pelloutier. – "Qu’est-ce que la grève générale ?"

Le texte qui suit, probablement rédigé pour l’essentiel par le seul Fernand Pelloutier, bien qu’il soit signé aussi du nom d’Henri Girard, membre de la commission d’organisation (puis de propagande) de la grève générale jusqu’à sa mort en 1902, constitue la forme achevée de la doctrine « grève-généraliste » à laquelle s’arrêtera son auteur. Il paraît fin novembre 1895, à la librairie Jean Allemane, alors que Pelloutier vient de prendre en mains le secrétariat de la Fédération des Bourses du travail.
Texte annoté par Miguel Chueca.

doc : http://monde-nouveau.net/IMG/odt/pellou ... nerale.odt



Brèves de l’État d’urgence, une brochure pour saisir l’ampleur du phénomène

En assemblant cette brochure nous essayons de donner un aperçu de l’infinité des réalités que crée l’état d’urgence pour les personnes qui le subissent. Face à la multitude de petites histoires, il nous a semblé utile d’en présenter quelques-unes qui, par leur banalité ou leur rareté, permettraient d’éclairer l’ampleur du phénomène. Les chiffres bruts du Ministère qui introduisent la brochure témoignent d’une certaine ampleur quantitative que nous avons choisi d’appuyer d’un inventaire non exhaustif de cas concrets. La brochure se termine sur quelques bribes de témoignages qui permettront peut-être de donner du corps à ces expériences.

Le caractère spectaculaire de ces multiples histoires ne doit pourtant pas masquer la réalité. Bien sûr la disparition de la différence entre Justice et Police entraîne une concentration de pouvoir dans les mains de l’administration. Cette concentration de pouvoir augmente machinalement les possibilités de nuisance répressive et s’accompagne chez les policiers d’un sentiment accru d’impunité. Toutefois, aucun des dispositifs mis en application n’est une réelle nouveauté. Les interdits de stades sont déjà soumis à des système de pointages au commissariat. Les personnes sous contrôle judiciaire expérimentent déjà les joies de l’assignation à résidence. La perquisition est un acte de police quotidien. L’occupation militaire du territoire est continue depuis l’invention de Vigipirate. Les Zones de Sécurité Prioritaire (ZSP) connaissent déjà le quadrillage généralisé du territoire. Croiser un agent de police exposait déjà à l’ « outrage et rébellion » avant qu’il ne soit assorti de la désormais fameuse « apologie du terrorisme ». Et avec deux morts depuis le début de l’état d’urgence l’activité létal de la police se trouve dans sa moyenne annuelle. D’ailleurs ce n’est pas la police de l’état d’urgence que dénoncent 18 adolescents en portant plainte contre les policiers de la BAC de leur quartier pour « violences volontaires aggravées », « agression sexuelle aggravée », « discrimination » et « abus d’autorité » en décembre 2015. L’activité de l’appareil répressif pendant l’état d’urgence apparaît bien comme la généralisation d’un état de non-droit déjà en vigueur quotidiennement sur tout un tas de territoires.

Au quotidien, les personnes perçues comme musulmanes ou arabes et plus généralement « extra-européennes » subissent déjà plus de contrôles d’identité, ils ont déjà plus de chance d’être emmenés au poste, d’être poursuivis et finalement condamnés. Tout comme être identifié comme militant soumet déjà à une attention particulière de la police. C’est aussi plus généralement les pratiques sociales des classes populaires qui sont criminalisées : une certaine propension à pratiquer l’échange en refusant la taxe, à utiliser la rue bruyamment, à produire soit même ou encore à traverser les frontières. Ces populations, les territoires où ils vivent, sont déjà sujets à des régimes d’exception.

L’état d’urgence c’est la généralisation de tous les régimes d’exception qui existent au quotidien, c’est bien là la vocation de tout régime d’exception que de se généraliser. La dynamique répressive est à l’enflement des dispositifs : La BAC c’est déjà la généralisation d’un régime d’exception propre à la capitale, les centres de rétention sont créés quand le pouvoir socialiste légalise une pratique de rétention extrajudiciaire. Vigipirate, conçu comme un état d’urgence « light » et donc à vocation temporaire, devient permanent à sa troisième activation. L’enfermement des mineurs est passé avec les Établissements Pour Mineurs (EPM) du stade de l’exception à celui de pratique commune, alors même que les discours disaient que leur création visait à faire disparaître les quartiers pénitentiaires pour mineurs... C’est le propre de toute institution de chercher à augmenter son champ d’action, comment s’attendre à une autre approche de la part des institutions répressives.
Il s’agit donc de prendre acte et d’organiser notre solidarité, contre l’état d’urgence mais aussi contre la répression au quotidien.

Témoin - caisse de solidarité Lyon.
39, rue Courteline
69100 Villeurbanne
caissedesolidarite [ a ] riseup.net
06 43 08 50 32

Brochure PDF : https://rebellyon.info/home/chroot_ml/m ... rgence.pdf
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Re: Bibliothèque

Messagede bipbip » 28 Oct 2017, 16:07

Bibliographie : Pour découvrir la Révolution russe

Le sujet est immense, les enjeux labyrinthiques, les événements alternativement grandioses et désolants. Une sélection de livres pour s’initier.

Orlando Figes, La Révolution russe (1996). Cette fresque épique, débutant avec la famine catastrophique de 1891 et s’achevant avec la mort de Lénine en 1924, balaie les aspects politique, militaire, économique et culturel de la révolution. L’auteur entrelarde son récit de points de vue éloquents, comme ceux de l’intellectuel socialiste Gorki, de l’ouvrier bolchevik Kanatchikov ou du paysan progressiste Semenov. Malgré une tonalité sarcastique parfois désagréable, cet historien qui semble éprouver de la sympathie pour le bolche­visme modéré de Lev Kamenev brosse un vif tableau de ce que fut la so­ciété russe d’alors, si ardue à se représenter un siècle plus tard.
• 2 tomes, 1 600 pages, Gallimard, 2009.

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Marc Ferro, La Révolution de 1917 (1975). L’historiographie française sur la Révolution russe est très en deçà de son homo­logue anglo-saxonne, mais Marc Ferro a considérablement relevé le niveau avec cette étude iné­galée depuis plus de quarante ans. Moins bon conteur, mais meilleur analyste que Figes, Ferro enrichit son livre d’études thématiques sur la démocratie des soviets, le contrôle ouvrier et l’autogestion, la bureaucratisation, le rôle des femmes et des minorités nationales. Son petit recueil de textes commentés, Des soviets au communisme bureaucratique (Gallimard, 1980), est moins réussi.
• 1 102 pages, Albin Michel, 1997.

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Alexandre Rabinovitch, Prelude to Revolution (1968). Jamais traduite en français, cette étude fondatrice, centrée sur les Journées de juillet, brisa le mythe d’un Parti bolchevik monolithique et discipliné en 1917. Il en montre les divergences et les hésitations – logiques dans un contexte de révolution – mais aussi la porosité aux influences extérieures – notamment celle des anarchistes sur sa base ouvrière. Malgré cela, son effort pour conserver une cohésion organisationnelle aura fait la différence avec ses concurrents. Rabinovitch a étendu son étude à Octobre dans Les Bolcheviks prennent le pouvoir (La Fabrique, 2016), où l’on prend la mesure du rôle joué par Lénine. Il est peu de cas dans l’Histoire où la volonté d’un homme aura autant pesé sur le cours des événements.
• 304 pages, First Midland Book Edition, 1991.

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Paul Avrich, Les Anarchistes russes (1967). D’un style assez scolaire, c’est malgré tout le livre le plus complet sur le sujet, centré sur les deux phases de l’activité libertaire en Russie : 1905-1908, puis 1917-1921. Avrich détaille la singularité de l’anarchisme russe dans sa première vague, fascinée par la violence bezmotiv (« sans motif ») – sans autre but que de tuer des riches pour réveiller le peuple. En parallèle était inventé en Ukraine l’« anarcho-syndicalisme » vingt-cinq ou trente ans avant que la formule ne soit officialisée en Espagne et en France. L’étude de la seconde vague est plus décevante. Les débats et l’action des anarchistes aux moments-clefs de 1917-1918 ne sont que sur­volés ; les personnages à peine esquissés. Le livre d’Alexandre Skirda, Les Anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917 (Éditions de Paris, 2000) reprend peu ou prou les mêmes informations qu’Avrich, en ajoutant des témoignages et des documents en annexe.
• 400 pages, Nada, 2017.

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Voline, La Révolution inconnue (1947). C’est le témoignage libertaire de référence, apportant nombre d’informations de première main. Il reste néanmoins très évasif quant aux organisations anarchistes, à leurs débats, à leurs divergences et à leurs acteurs, comme si Voline n’avait voulu se fâcher avec personne. Même la scission de son propre journal, Golos Trouda, en 1918, est pudiquement passée sous silence. A contrario, les Mémoires et écrits de Makhno (Ivrea, 2010) racontent l’action révolutionnaire des années 1906-1918 – avant la Makhnovchtchina, donc – avec un luxe de détails, mais restent cantonnés à l’Ukraine. On complétera avec l’excellente biographie Nestor Makhno, le cosaque libertaire, par Alexandre Skirda (Éditions de Paris, 2005).
• 720 pages, Entremonde, 2010.

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Stephen A. Smith, Petrograd rouge. La révolution dans les usines (1983). Avec sa solide composante sociologique, on tient là un livre de premier plan pour comprendre la classe ouvrière dans la capitale des tsars. Le prolétaire type y était jeune, concentré dans une usine métallurgique géante, célibataire sans enfants, relativement éduqué et affamé : bref, de la dynamite. Smith explore les institutions ouvrières spontanément créées en 1917 – milice populaire, Garde rouge, comités d’usines – et aborde les débats sur leur rôle… avant que la classe ouvrière ne s’évapore en 1918-1919. L’effondrement de l’industrie la poussera alors à retourner aux champs ou à s’enrôler dans l’Armée rouge… hormis la fraction qui sera, entre-temps, devenue fonctionnaire dans les soviets.
• 450 pages, Les Nuits rouges, 2017.

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Leonard Schapiro, Les Bolcheviks et l’opposition (1955). Un livre précis et richement documenté qui éclaire la trajectoire des « perdants » de la révolution : mencheviks et socialistes-révolutionnaires principalement – les anarchistes ne sont que survolés, le Bund est ignoré. D’où il ressort qu’à plusieurs moments-clefs – le IIe congrès des soviets, les négociations pour un gouvernement socialiste pluraliste, la dissolution de la Constituante, les débuts de la guerre civile… – ces partis ont laissé filer leur chance de peser sur le cours des événements.
• 560 pages, Les Nuits rouges, 2007

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Oskar Anweiler, Les Soviets en Russie (1972). Les soviets furent avant tout des organes d’administration, mais aussi – palliant l’absence de syndicats – de représentation ouvrière et de coordination des luttes. Et, potentiellement seulement, de pouvoir populaire. L’auteur détaille l’architecture qu’ils adoptèrent pour se structurer au niveau national, et dépeint leur existence et leurs travers de façon plus concrète que la plupart des livres d’histoire de la Révolution russe.
• 384 pages, Gallimard, 1972.

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Jacques Baynac, Les Socialistes-révolutionnaires (1979). Ce fut le principal courant socialiste en Russie de 1880 à 1917, avant d’être enfermé dans la caricature qu’en firent les historiens soviétiques, et effacé des mémoires. Baynac fait tomber bien des préjugés sur ce parti marxiste hétérodoxe, membre de la IIe Internationale, bien implanté dans la classe ouvrière, sans concurrent sérieux au sein de la gauche paysanne, plutôt antiparlementaire et menant la lutte armée contre le tsarisme. Seul le tome 1, consacré à l’avant-1917, est paru.
• 394 pages, Robert Laffont, 1979.

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René Berthier, Octobre 1917 : le Thermidor de la Révolution russe (1999). Outre l’action des anarchistes, René Berthier se ­livre à un long examen des responsabilités du bolchevisme dans la bureaucratisation de la révolution, en établissant des comparaisons avec l’anarcho-syndicalisme espagnol en 1936. Les nombreuses citations édifiantes de Lénine et de Trotski (fascinés par le taylorisme, résolus à employer la terreur contre les travailleurs pour redresser la production) forment un implacable plaidoyer contre toute dictature, fut-elle « éclairée » ou « révolutionnaire ».
• 288 pages, Éditions CNT-RP, 2003.

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Du côté des témoignages

On lira les Mémoires d’un révolutionnaire de ­Victor Serge (Lux, 2010), dont le souffle humaniste compense les zones d’ombre ; Le Mythe bolchevik d’Alexandre Berkman, et ses observations pertinentes sur la dégénérescence de la révolution en 1920-1921 (Klincksieck, 2017) ; les Mémoires d’un anarchiste juif de Samuel Schwartzbard (Syllepse, 2010), qui s’emmêle un peu dans la chronologie, mais dont les souvenirs sur la résistance aux pogroms en Ukraine, sur les déboires des premiers gardes rouges ou sur les profiteurs du désordre feront utilement réfléchir les adeptes du spontanéisme et de la non-organisation.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

http://www.alternativelibertaire.org/?B ... tion-russe
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Re: Bibliothèque

Messagede bipbip » 26 Déc 2017, 17:28

Chiapas : Indios sans roi

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L’armée zapatiste de libération nationale (EZLN) a quitté les pages des grands médias. Cette rupture a été assumée par les zapatistes qui ont choisi de travailler avec les médias indépendants, militants et alternatifs.

La publication de Indios sans roi  : Rencontres avec des femmes et des hommes du Chiapas d’Orsetta Bellani s’inscrit dans ce choix. Ce titre étrange - Indios sans roi - vient d’une citation de l’écrivain Eduardo Galeano racontant la surprise des conquérants espagnols face aux communautés Mayas qui élisaient leurs leaders parmi ceux qui savaient le mieux écouter.

«  Cet ouvrage qui a par bien des aspects la forme d’un carnet de route, nous rapproche au plus près des communautés zapatistes. Les personnes qui ne seraient pas informées sur l’insurrection zapatiste y trouvent des éléments pour remonter aux origines du mouvement tandis que les autres y puisent des information actualisées…  » (extrait de la préface).

Le livre revient d’abord sur l’avant 1994 et la naissance du mouvement insurrectionnel. Cette partie s’achève sur la disparition du sous commandant Marcos avant sa réapparition sous le nom de Galeano.

Au fil des chapitres sont abordées ensuite les questions de pouvoir, de libération de la femme, de la justice, de l’éducation, de la santé, telles qu’elles sont pratiquées dans les communautés zapatistes. C’est au travers de rencontres que nous apprenons des hommes et des femmes engagé.es au quotidien ce que signifie la construction de l’autonomie. Orsetta Bellani aborde également des sujets moins connus comme la «  banque zapatiste  » ou l’attrait auprès des jeunes zapatistes de la migration aux Etats-Unis. Mais Orsetta n’oublie pas non plus la contre-insurrection et la violence qui frappent les communautés en résistance.

De nombreuses photos en noir et blanc parsèment ce livre court pas cher et qui se révèle indispensable pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur le mouvement zapatiste.

Marcos

Orsetta Bellani, Indios sans roi. Rencontres avec des femmes et des hommes du Chiapas, Atelier de création libertaire, 2017, 150 pages, 10 euros.

http://www.alternativelibertaire.org/?C ... s-sans-roi



Fascisme : Temps obscurs

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Temps obscurs propose une analyse didactique sur les grands enjeux des fascismes modernes, et peut même constituer un outil précieux pour tout militant soucieux de s’inscrire dans la lutte antifasciste.

L’ouvrage de Matthieu Gallandier et Sébastien Ibo, se propose de revenir sur le phénomène fasciste moderne, avec une grille d’analyse matérialiste. Il circonscrit davantage ce phénomène que ne le fait Arendt (évoquant un principe « totalitaire » peut-être trop large), et s’inscrit dans la tradition marxiste d’un Daniel Guérin, qui aura su rattacher le fascisme à une totalité socio-économique et politique déterminée.

Le premier chapitre propose un historique du fascisme. Une spécificité du fascisme apparaît  : les premières formes politiques fascistes, qui apparaissent en France à la fin du XIXe siècle, prônent une modernisation, à l’inverse de la droite traditionnelle, conservatrice. Gustave Le Bon, Barrès, Maurras, mais aussi Boulanger, constituent les figures centrales de ce pré-fascisme français.

De façon précise, est ensuite décrit le développement progressif du fascisme italien, et du nazisme allemand, après la première guerre mondiale, dans le contexte de difficultés socio-politiques nationales, et surtout au fil de la constitution de milices anti-ouvrières. On constate alors que ces fascismes ne se développent pas contre le capital, mais au contraire qu’ils peuvent d’abord servir ses intérêts intimes. L’horreur des camps de concentration et d’extermination, dans le contexte de la « solution finale », ainsi que la spécificité de l’antisémitisme moderne, sont bien sûr envisagées, ainsi que la fonction à la fois tactique et cathartique de la violence fasciste (qui finit par s’insérer dans la violence d’État).

Le développement du fascisme et du nazisme, en Italie et en Allemagne, dans les années 1920-30, est indissociable d’un contexte de crise  : ces idéologies proposent une politique de relance keynésienne, et prônent une alliance interclassiste. Elles s’adressent dans un premier temps aux couches populaires. Pourtant, le fascisme au pouvoir finit par mener des politiques sociales favorables à la bourgeoisie, développe un anti-communisme primaire, et ne propose finalement qu’un altercapitalisme ultra-nationaliste, fixé autour d’un leader charismatique et autoritaire.

Les auteurs insistent sur le fait que, par définition, ce fascisme ne peut être anticapitaliste, car l’anticapitalisme strict finirait par remettre en cause son principe d’unité nationale interclassiste (en effet, tout anticapitalisme cohérent finit par développer les luttes sociales contre la bourgeoisie, et demeure en outre internationaliste).

C’est aussi l’échec des partis bourgeois traditionnels face à la crise qui aura permis l’accession au pouvoir des fascistes.

Le deuxième chapitre revient sur «  le nouveau visage du fascisme  ». Il propose un panorama contemporain. La crise de 2008 contribue à barbariser l’exploitation, et à favoriser des politiques austéritaires dures. La «  Troisième voie  » que constitue l’extrême droite altercapitaliste retrouve un certain regain d’énergie.

Le racisme anti-musulmans (FN), ainsi qu’un antisémitisme radical (Egalité et réconciliation), définissent la manière dont ces extrêmes droites déterminent leur principe d’unité nationale et d’alliance interclassiste. L’ouvrage distingue les grands partis xénophobes d’extrême droite (FN) des groupuscules de rue (Ayoub). Les seconds revendiquent davantage l’héritage fasciste. Mais ces deux mouvances peuvent entretenir aussi des relations intimes. C’est dans cette mesure que l’ouvrage considère que le fascisme reste un phénomène d’actualité.

L’ouvrage revient sur les nouveautés de ces extrêmes droites contemporaines  : une islamophobie devenue structurelle. Mais aussi la pseudo-défense des droits des femmes et des personnes homosexuelles, instrumentalisée pour développer le rejet des musulmans jugés «  homophobes  » et «  masculinistes  ». En réalité, l’idéologie d’extrême droite demeure fondamentalement pétainiste, patriarcale et homophobe, mais ce pinkwashing superficiel n’est qu’un moyen de diffuser une islamophobie virulente. Le conspirationnisme, et le développement d’Internet, sont également des données qui redessinent les contours de ces extrêmes droites.

L’ouvrage s’achève finalement sur un panorama des territoires de l’extrême droite  : les localités françaises d’extrême droite sont analysées, ainsi que l’idéologie régionaliste que portent ces courants. Puis la question internationale et géopolitique qui est posée par ces extrêmes droites est brièvement développée. En guise de contrepoint nécessaire, un état des lieux sur les luttes antifascistes est finalement exposé.

Il s’agit d’un ouvrage agréable à lire, didactique, sans vocabulaire technique, qui s’adresse à toute personne soucieuse de comprendre les grands enjeux des fascismes modernes, et de l’extrême droite contemporaine. Il cible les points essentiels à retenir, et peut même constituer un outil précieux pour tout militant soucieux de s’inscrire dans la lutte antifasciste.

Benoît (AL Montpellier)

• Matthieu Gallandier et Sébastien Ibo, Temps obscurs, Nationalisme et Fascisme en France et en Europe. Éditions Acratie, 164 pages, 13 euros.

http://www.alternativelibertaire.org/?F ... ps-obscurs
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Re: Bibliothèque

Messagede bipbip » 25 Jan 2018, 18:51

Grojean, « La Révolution kurde »

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Lire : Grojean, « La Révolution kurde »

Non, ce n’est pas le énième livre pour exalter le courage des combattantes kurdes. Ce n’est pas non plus un tissu de billevesées malveillantes à la Jean-Pierre Filiu, ni un servile storytelling pro-PKK. C’est encore moins une tribune néocolonialiste à la Kouchner, qui ne verrait dans la cause kurde qu’un pion sur l’échiquier géopolitique.

Le livre d’Olivier Grojean est simplement un bel effort de synthèse, tout en sobriété, fondé sur le dépouillement de vingt-cinq ans de travaux sociologiques menés par des chercheuses et des chercheurs – souvent allemands – sur le PKK et sa mouvance. Il confronte l’évolution de son idéologie à la réalité de ses pratiques, aux permanences de son fonctionnement, à ses interactions avec la société civile et avec la diaspora, scrute la discipline dans ses unités combattantes, la montée des femmes, le rapport à l’icône Abdullah Öcalan, son fondateur et principal dirigeant…

Le livre est très instructif, à condition de ne pas se méprendre : il n’offre pas une vision exacte de ce qu’est la gauche kurde en 2017. Sur certains sujets, il souffre de l’absence de sources datant de moins de quinze ou vingt ans. Beaucoup de descriptions ou d’analyses sont donc valables pour les années 1990 ou 2000, et le livre, malgré sa prudence, ne permet pas toujours de discerner dans quelle mesure elles valent encore aujourd’hui. Il fournit en revanche de bonnes clefs de compréhension généalogiques.

Ainsi de la «  théorie de l’Homme nouveau » qui dans la résistance va se libérer de son ancienne personnalité de colonisé. Grojean la décèle dans des écrits d’Öcalan et d’autres leaders du PKK et la rapproche de la pensée de Frantz Fanon. Cette théorie a visiblement marqué la pratique dans les années 1990, alors que le PKK, en train de prendre ses distances avec le marxisme-léninisme, cherchait à élever sa doctrine à la hauteur d’une entreprise civilisationnelle. Qu’en est-il vingt ans plus tard ? L’auteur ne se risque pas à le mesurer.

Même remarque pour ce qui est de l’émancipation des femmes, thème emblématique de la gauche kurde. Olivier Grojean décortique les ambiguïtés de la « théorie de la Femme libre » élaborée par Öcalan à la fin des années 1980, en l’imbriquant dans la lutte anticolonialiste. Cette théorie était porteuse à la fois d’une promotion inédite des femmes, en rupture avec le patriarcat, et d’un essentialisme quelque peu inquiétant. Trente ans plus tard, qu’en subsiste-t-il dans le vaste mouvement des femmes ­kurdes, qui a pu se frotter à d’autres pensées féministes ?

Parmi les chapitres les plus intéressants, on citera encore celui sur les « convergences entre les projets politiques » du PKK et de l’EZLN mexicaine ; celui sur l’« autonomisation de la cause écologiste » ; « l’économie sociétale » au Rojava ; les « espaces gouvernés par le PKK » au Rojava, au Sinjar et à Maxmûr...

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

• Olivier Grojean, La Révolution kurde. Le PKK et la fabrique d’une utopie, La Découverte, 2017, 256 pages, 17 euros

https://www.alternativelibertaire.org/? ... pkk-utopie



Skirda

Lire : Skirda, « Les Anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917 »

« Un peuple sans mémoire n’a pas d’avenir, a pu dire Georges Orwell avec tant d’autres, et encore moins de présent valable pourrait-on ajouter », annonce l’historien Alexandre Skirda en introduction de son ouvrage consacré aux anarchistes russes pendant la révolution de 1917.

Le mouvement anarchiste russe connaît son apogée en 1917 avec l’existence de 255 formations dans 180 localités différentes. Les anarcho-syndicalistes, dont le nombre est évalué à 5 000 adhérentes et adhérents en Ukraine s’inspirent des méthodes de la CGT française : action directe, sabotage, grève générale, etc.

La révolution de 1917 va voir le nombre d’anarchistes s’accroître encore : la fédération anarchiste de Moscou compte 60 groupes affiliés tandis que la fédération anarchiste-communiste de Petrograd atteindra le nombre de 18 000 membres en octobre. A cette époque le mouvement s’organise en partie autour de la figure de Kropotkine, qui revient d’exil en juin 1917. Ce militant mythique se voit alors proposer le poste de ministre de l’Education par le gouvernement Kerensky. Il refuse. Après Octobre, sa critique du régime bolchevik est sans appel. En 1920, quelques mois avant de mourir, il écrit dans sa Lettre au travailleurs d’Europe occidentale : « Je dois vous avouer franchement que, à mon avis, cette tentative d’édifier une république communiste sur la base d’un communisme d’Etat fortement centralisé, sous la loi de la dictature d’un parti, est en train d’aboutir à un fiasco. Nous apprenons à connaître en Russie, comment le communisme ne doit pas être introduit. »

Pour concurrencer la Garde rouge bolchevik, les anarchistes mettent en place une Garde noire qui compte rapidement 2 000 membres, répartis en une cinquantaine de détachements, avec un état-major commun. Lorsque celle-ci demande des armes au « gouvernement », Lénine et son entourage vont décider qu’il est temps de les réprimer. En effet, leur influence augmentant au fur à mesure que la « dictature du prolétariat » montre son vrai visage – celui de la dictature d’une avant-garde mettant en place un capitalisme d’Etat. Le pouvoir se décide alors à les liquider.

Prenant prétexte d’une occupation d’immeubles organisée par la Garde noire pour s’opposer aux nationalisations et à la fin de l’autogestion ouvrière, la Tcheka attaque et déloge les « anarcho-bandits » dans la nuit du 12 au 13 avril 1918 : de source officielle, l’attaque fait 30 morts et dans la foulée, 600 anarchistes sont arrêtés. La période qui suit verra la plupart des anarchistes « liquidés » ou réintégrés s’ils acceptent de se taire – c’est le cas de Kropotkine refusant de critiquer ouvertement les bolcheviks par peur d’alimenter la réaction – ou de participer au pouvoir. Ces derniers, que l’auteur appelle les « anarcho-bolcheviks » seront nombreux et contribueront à mettre fin au mouvement anarchiste en Russie.

Anciens chefs de la Makhnovchtchina qui mena la guerre contre les armées rouge et blanche en Ukrainees, les anarchistes Piotr Archinov et Nestor Makhno, une fois en exil en France, tenteront de tirer le bilan de l’échec du mouvement anarchiste russe dans la revue Diélo Trouda.

Pour eux, cet échec fut causé moins par la répression léniniste que par un manque de cohérence dans les idées et une absence de cohésion dans la pratique. Ce bilan prendra par la suite la forme d’un « projet » pour l’anarchisme connu sous le nom de Plate-forme des communistes libertaires qui fera date dans le mouvement anarchiste puisque ses répercussions se ressentent encore aujourd’hui.

Un ouvrage intéressant donc, composé pour moitié de documents d’époque.

Mathieu (AL Paris-Sud)

- Alexandre Skirda, Les Anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917, éd. de Paris-Max Chaleil, 2000, 350 pages, 13,50 euros


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Re: Bibliothèque

Messagede bipbip » 08 Mai 2018, 19:21

La malédiction du centralisme

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" Il s’agit là de la première critique d’ensemble du régime bolchévik d’un point de vue anarchiste, parue en Allemagne en 1921 sous le titre "La faillite du communisme d’État russe".
Rudolf Rocker, militant anarcho-syndicaliste, avait au cours d’une longue période d’exil à Londres participé aux combats des ouvriers de la confection contre l’exploitation ; rentré en Allemagne en 1918, il avait œuvré au regroupement des militants anarcho-syndicalistes.
Dans ce livre, il montre comment, devenus maîtres des Soviets qui étaient nés de l’action spontanée des masses, les bolcheviks, après s’être emparés des pouvoir étatiques, en ont usé pour tenter d’intégrer à l’appareil d’État toutes les autres tendances révolutionnaires, ainsi que pour diffamer, calomnier, éliminer et massacrer quiconque refusait de se soumettre. S’appuyant sur des témoignages de première main, il dénonce les méthodes des bolcheviks qui ont, par exemple, cyniquement trahi le pacte conclu avec les troupes de Makhno, aggravé la famine qui sévissait déjà en détruisant les communes et les coopératives paysannes et ont fondé un État tout-puissant, prétendument socialiste, instrument d’une nouvelle forme de l’esclavage salarié. "

Présentation par les Éditions Spartacus.

“Les Soviets trahis par les bolcheviks”.

Douzième partie. D’après l’édition n°B-53 de la revue Spartacus mai-juin 1973.

« Non seulement le centralisme, aujourd'hui devenu un dogme pour les partisans de la plupart des tendances socialistes, n'a pas été capable d'établir l'unité du mouvement ouvrier désirée par tous, mais il n'a pas su non plus maintenir l'unité dans son propre parti. Plus une tendance déterminée a mis les positions centralistes au premier plan et plus grand a été son échec, précisément en ce domaine. On trouve une remarquable Illustration de cette règle dans l'état des différents partis communistes nationaux. Presque partout ont eu lieu des scissions et, là même où l'unité du parti est péniblement sauvegardée, on en aperçoit la fragilité interne, ce qui est particulièrement visible en Allemagne, où les scissions sont phénomènes intégrants du répertoire des partis communistes. Que l'on n'aille pourtant pas s'imaginer que cette pitoyable situation pousse ces braves gens à la réflexion ! Au contraire, après chaque fiasco, on s'efforce de renforcer encore le centralisme et de durcir la discipline jusqu'à pouvoir enfin annoncer à ses lecteurs, comme le «Kommunist» de Stuttgart : «Un membre du Parti doit être prêt à se tuer sur ordre du Parti. Bref, toute volonté personnelle doit disparaître».

Une déclaration où la folie atteint un niveau qui fait craindre pire qu'un ramollissement du cerveau !

On s'est autrefois battu pour la meilleure forme d'Église, théologiens protestants et catholiques cherchaient à se surpasser mutuellement en subtilités métaphysiques et les peuples épiaient leurs paroles avec une crainte respectueuse. Les quelques rares esprits audacieux qui, au cours des siècles, virent clairement que la cause du mal ne résidait pas dans la forme de l'Église, mais dans son existence, furent en butte à l'hostilité générale, méconnus et diffamés de leurs contemporains. Plus tard, naquit la dispute au sujet de la meilleure forme d'État. Les différents partis politiques, qui jouent dans la sphère du pouvoir d'État le même rôle que les différentes écoles théologiques dans celle de l'Église, et ne sont au fond pas autre chose que des théologiens d'État, rivalisant entre eux dans la découverte de la meilleure forme d'État. Mais combien peu, encore une fois, virent clairement que disputer sur la forme signifiait méconnaître le vrai problème, que la racine profonde du mal n'était pas dans la forme, mais dans l'existence de l'État, qu'il ne s'agit enfin pas tellement de savoir comment nous sommes gouvernés, mais du simple FAIT QUE NOUS SOMMES GOUVERNÉES.

Aujourd'hui, c'est l'idée du centralisme, cette invention originale de l'État, qui obsède les esprits. Le centralisme est devenu la panacée de notre temps et, tout comme on se querellait jadis pour la meilleure forme d'Église et aujourd'hui encore pour la meilleure forme d'État, on recherche maintenant tous les manques et les torts du système centraliste dans ses représentants fortuits, et non pas dans le système lui-même. On nous dit que le centralisme, c'est le rassemblement des forces, la concentration de la manifestation de la volonté prolétarienne sur un but déterminé, en un mot l'unité de l'action. Cette affirmation n'est cependant qu'une honteuse méconnaissance des faits et, dans de nombreux cas, qu'un mensonge conscient, dont on tient l'emploi pour justifié et sensé dans l'intérêt du parti. Le centralisme n'a jamais été une unification des forces, mais bien la paralysie de la force; c'est l'unité artificielle de haut en bas, qui cherche à atteindre son but par l'uniformisation de la volonté et l'élimination de toute initiative indépendante - l'unité d'action d'un théâtre de marionnettes, dont chaque personnage saute et danse au gré de celui qui tire les ficelles dans les coulisses. Mais que les fils viennent à casser, et la marionnette s'écroule.

Que l'État vole dans la centralisation la forme d'organisation la plus parfaite est tout à fait naturel et l'on comprend qu'elle soit le but des efforts de ses soutiens. En effet, pour l'État, l'uniformisation de la pensée et de l'action est une condition préalable essentielle de sa propre existence. Il hait et combat l'initiative personnelle, le rassemblement volontaire des forces né de la solidarité interne. Pour lui, chaque citoyen n'est qu'une roue sans vie dans un grand mécanisme, dont la place dans la machine est exactement fixée: en un mot, la suppression de l'indépendance personnelle, qu'il cherche à obtenir par la centralisation des forces, est une question vitale. Sa tâche principale est de former des sujets loyaux et d'élever la médiocrité intellectuelle à la hauteur d'un principe. Pas une action sans ordre, pas une décision sans inspiration d'en haut. Une bureaucratie desséchée et une imitation sans esprit de formes prescrites, telles sont les inévitables conséquences de toute centralisation.

Unité des forces, indépendance de la pensée et de l'action

Pour le mouvement ouvrier révolutionnaire, ce sont des conditions entièrement différentes qui sont nécessaires, s'il veut atteindre ses buts. Pensée indépendante, saisie critique des choses, besoin personnel de liberté et activité créatrice sont les conditions préalables les plus importantes de sa victoire finale. C'est pourquoi tout centralisme dans le mouvement ouvrier est un revers réactionnaire, qui menace son existence même et repousse ses buts propres dans des lointains nébuleux. Pour un mouvement vraiment libertaire, le fédéralisme est la seule forme d'organisation possible; loin de signifier l'émiettement des forces et de s'opposer à une action unifiée, il est au contraire unité des forces, mais une unité issue de la conviction de chaque membre, qui s'appuie sur l'action volontaire et libre de chaque groupe particulier, sur la solidarité vivante de leur communauté. Pour lui, l'indépendance de la pensée et de l'action est le fondement de toute acte unitaire. Il ne cherche pas à atteindre ses fins par l'uniformité de décrets pris au sommet, mais par la réunion planifiée et librement consentie de toutes les forces existantes poursuivant le même but.

En Russie, le centralisme, qui a trouvé son expression la plus parfaite dans la dictature, a étouffé la Révolution avant d'en revenir, en fin de compte, au capitalisme. En Allemagne, où le pouvoir politique échut dans son entier, en novembre 1918, aux partis socialistes, aucune tentative sérieuse ne fut faite pour construire la vie économique sur des bases nouvelles et l'on ne dépassa pas les phrases banales sur la socialisation. En Russie, la Révolution fut enterrée par la dictature, en Allemagne par la Constitution. Dans les deux cas, le socialisme échoua sur l'écueil de la politique du pouvoir des partis socialistes. En Allemagne, la politique du pouvoir de la social-démocratie «modérée» nous a conduit à la dictature de Noske; en Russie, la politique du pouvoir de la social-démocratie «radicale» à la dictature de Lénine et de Trotski. Dans les deux cas, le résultat lut le même: l'asservissement sanglant des classes non possédantes et le triomphe de la réaction capitaliste.

L'ère Noske fut l'âge d'or de la prison préventive, de l'état de siège et des tribunaux militaires d'exception. Aucun gouvernement bourgeois n'avait dans ce pays, osé fouler autant aux pieds les droits des travailleurs que ce fut le cas sous la domination des despotes socialistes; même les sombres temps des «lois antisocialistes» de Bismarck pâlissent en comparaison du régime de terreur de Noske.

L'ère Lénine-Trotski est I’âge d'or de la mise au ban de tous les vrais socialistes et révolutionnaires, l'époque du manque de droits total de la classe ouvrière, de la Tchéka et des exécutions en masse. Il devait lui être donné de pousser à l'extrême toutes les horreurs du système tsariste.

Ces deux ères ont fait tout ce qu'il est humainement possible de faire pour opprimer sans merci toute liberté et violer brutalement toute dignité humaine. Toutes deux ont pitoyablement échoué lorsqu'il s'est agi de faire passer dans la réalité les exigences véritablement socialistes.

Espérons que la classe ouvrière tirera la leçon de ces tristes résultats et qu'elle commencera enfin à comprendre que les partis politiques, pour radicaux qu'ils se donnent, sont absolument incapables de mener à bien la réorganisation de la société dans le sens socialiste, parce que toutes les conditions nécessaires à cette tâche leur font défaut. Toute organisation à forme de parti est axée sur la conquête du pouvoir et repose sur l'ordre imposé d'en haut. Aussi est-elle hostile à tout devenir organique se développant du sein du peuple, car elle elle ne peut tout simplement comprendre les énergies et capacités créatrices qui y sommeillent. Les réveiller et les porter à s'épanouir, telle est la tâche principale du socialisme, qui ne peut toutefois être réalisée qu'au sein des organisations économiques de la classe ouvrière, qui est seule appelée à initier et à mener à bien l'orientation socialiste de la société. C'est là que les travailleurs doivent être préparés à cette grande tâche Il convient d'étudier les rapports internes de la production et de la distribution des produits créés par eux, d'acquérir et d'approfondir le sens de l'administration des entreprises ainsi que de saisir les rapports naturels entre l'agriculture et l'Industrie, pour pouvoir répondre aux exigences d'une situation révolutionnaire. Cette activité, appuyée par des expériences pratiques là où elles sont possibles, est la seule véritable éducation pour le socialisme. La grande association économique des travailleurs intellectuels et manuels, et non le parti, voilà le point qui nous conduira à la société socialiste et ce pont doit être jeté par les masses elles-mêmes, aujourd'hui esclaves du salariat.

“Qui détient le pouvoir en abuse”

Certes, nous aussi savons que les révolutions ne se font pas avec de l'eau de rose et que les classes possédantes ne renonceront pas d'elles-mêmes à leurs privilèges. Au jour de la révolution victorieuse, le peuple travailleur devra imposer sa volonté aux actuels possesseurs du sol et des moyens de production. Mais ceci ne peut être réalisé, à notre avis, que par la prise en mains du capital social et la démolition de l'appareil de coercition politique, qui a été jusqu'ici le plus solide rempart de toute exploitation des masses, et le sera toujours. Cet acte est pour nous un acte de libération, une manifestation de justice sociale, c'est le point central et essentiel de la révolution sociale, qui n'a rien de commun avec l'idée purement bourgeoise d'une dictature.

Le prolétariat doit se débarrasser des idéologies bourgeoises des révolutions politiques, qui trouvent toujours leur aboutissement dans une nouvelle occupation de l'appareil du pouvoir politique. Qui détient le pouvoir en abuse; c'est pourquoi il faut empêcher toute prise du pouvoir, que ce soit par un parti ou par des individus, car elle mène toujours à un nouvel esclavage pour le peuple. Que ceci se passe sous le signe du sceptre ou de la faucille et du marteau, aux accents du «Boché Zaria Njrani» ou de I'«Internationale», il n'y a pas, au fond, grande différence. Une vraie libération n'est possible que lorsque l'appareil du pouvoir disparaît, car le monopole du pouvoir n'est pas moins dangereux que celui de la propriété. C'est seulement ainsi qu'il sera possible d'éveiller toutes les énergies qui sommeillent dans le peuple pour les faire servir à la Révolution. C'est ainsi, aussi, que disparaîtra la possibilité pour un parti - et pour la simple raison qu'il est parvenu à s'emparer du pouvoir - d'opprimer toutes les tendances véritablement révolutionnaires, parce qu'il le faut soi-disant «dans l'intérêt de la Révolution», bien que l'on sache que, dans ce cas, I'«intérêt de la Révolution» ne signifie jamais que celui du Parti ou d'une poignée de politiciens avides de pouvoir et sans scrupules.

LES SOVIETS, ET NON LES BOLCHEVIKS - LA LIBERTÉ, ET NON LA DICTATURE -

LE SOCIALISME, ET NON LE CAPITALISME D'ÉTAT !

TOUT PAR LES CONSEILS ET PAS DE POUVOIR AU-DESSUS DES CONSEILS ! TELLE EST NOTRE DEVISE, QUI SERA AUSSI CELLE DE LA RÉVOLUTION. »

Rudolf ROCKER


http://www.socialisme-libertaire.fr/201 ... lisme.html


Chamechaude, Davranche, « 1917, les anarchistes, leur rôle, leurs choix »

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Un petit livre tiré du dossier d’été 2017 d’Alternative libertaire sur l’anarchisme dans la première séquence de la Révolution russe, en 1917-1918. Avec des articles supplémentaires et des informations inédites.

On a enfin identifié les six anarchistes qui étaient membres du Comité militaire révolutionnaire, organisme dominé par les bolcheviks qui fut l’architecte du putsch d’octobre 1917 à Petrograd.

Cette information, et d’autres inédites, figure dans le petit livre qui vient de paraître aux éditons d’AL, version revue et augmentée du dossier de l’été 2017 du mensuel éponyme. On y trouvera également deux portraits inédits : « Konstantin Akachev, l’as noir de l’aviation rouge » et « Nestor Kalandarischvili, le Makhno de la taïga sibérienne ».

De la Révolution russe, les libertaires ne retiennent souvent que deux épisodes épiques et signifiants : la Makhnovchtchina ; Cronstadt 1921.

La séquence initiale de 1917-1918 est plus mal connue. C’est pourtant là que l’essentiel de la partie s’est joué pour le mouvement anarchiste.

En février 1917, l’anarchisme était la composante la plus minoritaire du socialisme russe. Quelle était alors sa consistance, quel fut son rôle, quels choix opéra-t-il ? Certes, la politisation fulgurante du prolétariat et des conscrits entraîna une croissance pléthorique des partis et des syndicats, jusque-là clandestins. Mais comment transformer ce flot de convertis volatils en une force collective, capable de peser sur le cours des événements ? Comment créer la surprise ?

Ce livre raconte comment le mouvement libertaire joua sa partition et tenta de rattraper son retard, avant d’être brutalement étranglé par le nouveau pouvoir.

• Pierre Chamechaude, Guillaume Davranche, 1917, les anarchistes, leur rôle, leurs choix, éd. Alternative libertaire, 2018, 120 pages.
5 euros

http://www.alternativelibertaire.org/?C ... eurs-choix


Un ouvrage collectif : « Kurdistan, autogestion, révolution

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Quels peuvent être les apports des expériences menées au Kurdistan syrien pour les mouvements révolutionnaires d’autres continents ? Quelles en sont les limites et les critiques qu’on peut en faire ? Un livre condense quatre ans d’action et de réflexion libertaires.

Le mouvement révolutionnaire kurde, après avoir brisé les reins de l’État islamique en Syrie, a subi un revers à Afrîn, face aux troupes d’occupation turques et à leurs supplétifs islamistes.

Il s’agit d’un revers militaire, pas d’un revers politique.

Car le projet de société porté par la gauche kurde au Moyen-Orient continue de faire référence : un « confédéralisme démocratique » aux accents nettement autogestionnaires, en rupture avec le jacobinisme et l’État-nation, pour l’égalité hommes-femmes, pour l’invention d’une économie sociale et écologique…

Quels peuvent être les apports des expériences menées au Kurdistan syrien pour les mouvements révolutionnaires d’autres continents ? Quelles en sont les limites et les critiques qu’on peut en faire ?

Ce sont les questions abordées dans ce livre, à la lumière d’une compilation d’articles parus dans le mensuel Alternative libertaire ou sur le blog Kurdistan-autogestion-revolution.com. Ils sont le fruit d’analyses, d’entretiens réalisés avec des camarades kurdes exilés en France, de témoignages de militants d’AL partis au Kurdistan pour observer ou pour combattre.

• Collectif, Kurdistan Autogestion Révolution, éd. Alternative libertaire, 2018, 196 pages + 18 pages de cartes et de photos.
9 euros

http://www.alternativelibertaire.org/?U ... revolution
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Re: Bibliothèque

Messagede bipbip » 27 Mai 2018, 16:44

Des livres pour voir Mai 68 par en bas

50e anniversaire : Des livres pour voir Mai 68 par en bas

Cinquante ans après la plus grande grève générale du pays de nombreux livres reviennent, sans surprise, sur les évènements. Le silence du PCF et de la CGT est, dans ce fourmillement éditorial, particulièrement édifiant  ! La grande tendance est à l’histoire locale et populaire ce qui offre un renouvellement profond de l’historiographie, centrée à ce jour sur les leaders parisiens et gravée dans la mémoire collective par Hamon et Rotman avec Génération. Voici neuf de ces livres.

Génération, publié au Seuil en deux volumes entre 1987 et 1988 a écrit l’histoire officielle de l’extrême gauche de l’après-guerre à la victoire de l’Union de la Gauche en 81. Des années de rêve aux années de poudre, de la dérive terroriste au débouché électoral. Le documentaire télé (15x30 minutes) qui accompagna la sortie du tome 2 a façonné durablement une vision des choses et de la place centrale des organisations d’avant-garde et de leurs chefs. L’ouvrage reste une référence incontournable mais très centré sur l’histoire de quelques leaders étudiants et sur le Quartier latin.

Génération ou période  ?

Pour les cinquante ans, beaucoup de travaux permettent d’aller au delà et donnent la parole aux jeunes, aux travailleurs, aux femmes, aux provinciaux. A celles et ceux qui ont fait la réalité quotidienne des «  évènements  ». Le livre d’Omar Gueye [1] permet même de rappeler que le mouvement au Sénégal fut tout aussi puissant qu’ici. C’est malheureusement un des rares livres qui donne à voir un aspect précis du mouvement planétaire. Pour les soixante ans de Mai 68 les éditeurs permettront peut-être aux historiens d’étudier plus sérieusement ce qui s’est passé, pays par pays, dans ces années là. Mais pour cette année il vous faudra accepter que la France reste le centre d’un monde où le fond de l’air était rouge.

Soyons francs si vous choississez de ne lire qu’un ouvrage publié récemment, c’est le 1968 de Ludivine Bantigny  [2] qu’il vous faut. Pour trois raisons  : un vrai travail d’historienne, avec dépouillement considérable d’archives, notament de la police. Des angles multiples  : étudiants, paysans, travailleurs, femmes, patrons, syndicalistes, gaullistes, gauchistes, staliniens... le tout avec une lecture politique tranchante et cohérente. Ludivine est déjà connue pour ses engagements anti-impérialistes, féministes et antiracistes, mais ce livre fera date aussi bien dans les milieux de la recherche que dans les cercles militants.

Si les ouvrages sur Lyon et Marseille  [3] permettent utilement de décentrer enfin notre regard fixé sur la cour de la Sorbonne, la rue Soufflot et Ulm, le Mai 68 par celles et ceux qui l’ont vécu [4] est une aventure éditoriale peu commune puisque des dizaines d’anonymes y racontent, en quelques lignes ou quelques pages, leurs souvenirs personnels. Génération oblige, la majorité des témoignages est le fait de lycéens, d’étudiants et d’appelés au service militaire. Mais de toutes les régions. Avec aussi nombre d’enseignants, on retrouve également des ouvriers, des enfants, des femmes au foyer et des syndicalistes. Le tout accompagné de nombreuses photos d’amateurs. A signaler que Médiapart prend le relais et publie des centaines de témoignages qui n’ont pas été retenus dans le gros volume papier. Si l’ouvrage ne vous servira pas de boussole politique, il vous plongera très utilement dans l’ambiance de cette année là  !

Les petites mains de la grève générale

Le 68 de La Découverte  [5] ne sera pas plus une boussole. Délibérément pluraliste, il traite des années 62-81 en découpant, sans originalité, la période en quatre phases 62/68 – Mai 68 – 68/74 et 74/81. Chaque séquence s’ouvre par un rappel historique détaillé puis s’enchainent des témoignages politiques variés.

Sur une séquence plus large, de l’après guerre à nos jours, un vieux militant LCR livre chez L’Harmattan  [6] une étude pointilleuse de l’histoire des groupes d’extreme-gauche, trotskistes, maoistes, anarchistes, autonomes. L’ouvrage bien que politiquement orienté est une mine pour les passionnés de l’histoire de chaque courant et groupe, des débats et des scissions qui les ont traversé. Nécessairement chaque protagoniste de cette histoire fiévreuse se plaindra que tel point ait été sous-estimé ou tel aspect oublié. Et l’auteur parfois peine à prendre de la hauteur de réflexion sur ce petit monde qu’il décrit. Néanmoins l’ouvrage est une somme probablement inégalée d’informations. La partie la plus faible est d’évidence celle qu’il consacre aux autonomes que nous irons donc chercher chez Libertalia qui publie un recueil de témoignages joliment titré Voyage en outre gauche  [7]. Utile pour comprendre l’état d’esprit d’une fraction de la jeunesse étudiante, du rôle déclencheur joué en quelques lieux par les situationistes, il laisse à voir les limites politiques de celles et ceux qui ne dépassent guère la poétique de l’émeute en guise d’orientation politique et de projet de société. Pour en saisir l’esprit, il faut lire avec bonheur la ré-édition par Libertalia du petit récit de Peuchmaurd publié à chaud à l’automne 68  [8]. D’une écriture élégante et rêveuse, il nous livre la vision, au raz des barricades parisiennes, d’un émeutier de base. Et sa détestation des organisations révolutionnaires.

Avant-garde contre avant-garde

C’est ainsi que l’anniversaire de Mai 68 tire un trait, sans trop se l’avouer, sur toute une période marquée par l’affrontement entre le PCF et les partis révolutionnaires pour la direction du prolétariat. Une période nouvelle s’ouvre, lentement, sur les ruines du Mur de Berlin. Beaucoup comprennent qu’il faut en finir une fois pour toutes avec la conception du parti-guide et cherchent, même confusément, à remettre de la démocratie directe dans le fonctionnement des organisations comme de la société. Le printemps sera communiste libertaire  !

Jean-Yves (AL 93-Centre)


[1] Omar Gueye, Mai 68 au Sénégal, Karthala Ed, 2017, 336 p, 24 euros.

[2] Ludivine Bantigny, 1968, de grands soirs en petits matins, Editions Seuil, 2018, 464 p, 25 euros

[3] Marseille années 68, sous la direction de Fillieule et Sommier, Presses de Sciences Po, 2018, 612 p, 25 euros. Lyon en luttes dans les années 68, Collectif de la Grande Côte, Presses Universitaires de Lyon, 2018, 424 p, 20 euros

[4] Mai 68 par celles et ceux qui l’ont vécu, Collectif, Editions de l’Atelier/Mediapart, 2018, 480p, 29,90 euros

[5] Mai 68 une histoire collective, sous la direction de Artières et Zancarini, 2018, 880 p, 28 euros.

[6] Jacques Leclercq, Extrême gauche et anarchisme en Mai 68, L’Harmattan, 2017, 568p, 39 euros.

[7] Lola Miesserof, Voyage en outre-gauche, Libertalia, 2018, 280p, 10 euros.

[8] Pierre Peuchmaurd, Plus vivants que jamais, Libertalia, 2018, 128p, 8 euros.


http://www.alternativelibertaire.org/?5 ... par-en-bas
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Re: Bibliothèque

Messagede bipbip » 01 Juil 2018, 17:26

Anarchisme social et organisation – FARJ

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Sommaire
Introduction
Chapitre 1 – L’anarchisme social, la lutte des classe et les relations centre-périphéries
Chapitre 3 – La société de domination et d’exploitation : le Capitalisme et l’Etat
Chapitre 4 – Les objectifs finaux : la révolution sociale et le socialisme libertaire
Chapitres 5 et 6 – L’organisation et la force sociale Et Les mouvements sociaux et l’organisation populaire
Chapitres 7 et 8 – Pratique et insertion sociale
Chapitres 9, 10 et 11 – L’organisation spécifique anarchiste Production et reproduction de la théorie La propagande anarchiste Formation politique, relations extérieures et gestion des ressources
Chapitres 12 et 13 – L’organisation spécifique anarchiste Rapports entre l’organisation spécifique anarchiste et les mouvements sociaux La nécessité de la stratégie, de la tactique et du programme
Chapitre 14 – L’especifismo et les autres conceptions de l’organisation anarchiste

à lire en ligne : https://www.cga-rp.org/blog/2016/05/07/ ... tion-farj/
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