Nicaragua

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Messagede bipbip » 05 Jan 2017, 15:09

Nicaragua : Répression anti-ouvrière

Au Nicaragua, 12 douze travailleurs ont été jugés coupables du simple fait d’avoir manifesté pacifiquement contre le licenciement de leurs représentants syndicaux en juin 2016 devant l’usine SAE-A Tecnotex, appartenant à un groupe coréen dans la zone de libre-échange à Tipitapa. La police anti-émeute est intervenue pour violemment disperser le rassemblement des ouvriers protestant contre le licenciement arbitraire de leurs délégués, congédiés après avoir soulevé des préoccupations au sujet de l’eau potable et des cibles de production. Ils attendent la prononciation de leurs peines qui pourraient aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement.

http://www.secoursrouge.org/Nicaragua-R ... i-ouvriere
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Messagede bipbip » 21 Avr 2018, 16:02

Nicaragua : des manifestations contre une réforme des retraites font au moins dix morts

Les protestations se sont durcies vendredi, au troisième jour de mobilisation, avec des barricades érigées, des heurts avec la police, à Managua et dans d’autres villes du pays.

De violentes manifestations contre une réforme des retraites ont fait au moins dix morts au Nicaragua jeudi et vendredi. Qualifiées d’« émeutes » organisées par des individus cherchant « à briser la paix et l’harmonie » par la vice-présidente Rosario Murillo, les protestations se sont durcies vendredi, au troisième jour de mobilisation, avec des barricades érigées, des heurts avec la police et des dégradations de bâtiments gouvernementaux, à Managua et dans d’autres villes du pays.

Quatre-vingts personnes environ ont également été blessées dans ces manifestations, les plus violentes depuis l’arrivée au pouvoir de Daniel Ortega, il y a onze ans. Jeudi, le gouvernement a empêché quatre chaînes de télévision indépendantes de couvrir les événements. Au moins neuf journalistes ont été blessés dans les défilés, selon le comité pour la protection des journalistes, sis à New York.

... http://www.lemonde.fr/ameriques/article ... TYBDVXV.99
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Messagede bipbip » 06 Mai 2018, 21:26

La rébellion du peuple nicaraguayen

Le gouvernement de Daniel Ortega et Rosario Murillo fait face à profond malaise social, ayant pour épicentre parmi les étudiants universitaires. Bien qu’il soit souvent comparé à d’autres gouvernements bolivariens [allusion au Venezuela, à la Bolivie], le gouvernement nicaraguayen est loin d’être un gouvernement de gauche. Durant ces années au pouvoir, Ortega n’a pas hésité à s’allier avec la droite, les anciens contre-révolutionnaires et la classe représentant le «monde des affaires». Et cela d’un point de vue paternaliste et autoritaire, dans le cadre d’une gestion familiale de l’Etat qui rencontre aujourd’hui de nouveaux obstacles.

Depuis le 18 avril 2018, le Nicaragua est secoué par la répression déclenchée par le gouvernement de Daniel Ortega et Rosario Murillo contre les étudiants universitaires et la population civile. Au moment où j’écris ces lignes, nous avons compté plus de 40 morts et des douzaines de blessés. A ces derniers, il faut ajouter des centaines de détenus et une quinzaine de personnes disparues. La répression a été déclenchée dans le but de contenir les manifestations de protestation contre un décret exécutif qui a augmenté les cotisations des travailleurs et des employeurs à l’Institut de sécurité sociale (INSS) tout en abaissant les allocations des retraité·e·s de 5%. Cependant, la réforme n’a été que l’étincelle qui a enflammé la prairie qui s’assèche depuis plusieurs années, ce qui explique le haut niveau de mobilisation atteint.

Les raisons de la fatigue

Il est important de rappeler que Daniel Ortega a été réélu en vertu des lois en vigueur en 2011, puis il a réformé la Constitution et en 2017 a commencé un troisième mandat avec son épouse Rosario Murillo comme vice-présidente. En raison de sa forme et de son contenu, le gouvernement a accumulé les désaveux et les rejets. Parmi les caractéristiques de l’«orteguismo», il convient de mentionner les suivantes.

• L’«orteguismo» s’est révélé être une véritable dictature institutionnelle qui se maintient grâce des fraudes flagrantes: depuis 2008, il contrôle d’une main de fer tous les pouvoirs de l’Etat – exécutif, judiciaire, électoral, Conseil électoral suprême et Parlement. Toute tentative de constitution de forces d’opposition, en particulier celles qui récupèrent la tradition sandiniste, a été écrasée.

• Il n’y a pas de liberté de mobilisation et d’expression. La répression est pratiquée avec des gangs de choc, ou directement par la police. Presque tous les médias ont été achetés par la famille dirigeante.

• La corruption s’affirme en toute impunité. Le cas le plus emblématique est celui du président du Conseil électoral suprême (connu sous le nom de Conseil de la fraude), Roberto Rivas, un magnat avec des jets privés, des villas et des demeures luxueuses au bord de l’océan, ainsi que des propriétés en Espagne et au Costa Rica, auxquels les Etats-Unis ont appliqué la Magnitsky Global Law [loi adoptée par le Congrès américain fin 2012 afin de sanctionner financièrement et de refuser tout visa à des personnes impliquées dans des opérations de «corruption» politique]. Face à cela, Ortega, au lieu de le démettre de ses fonctions, le maintient avec privilèges et immunité, dans une décision rejetée par de nombreux «ortguistes».

• Harcèlement des organisations. Les femmes, les écologistes et les militants des droits de l’homme font partie des prisonniers politiques qui sont faussement accusés de crimes de droit commun, comme c’est le cas de Marvin Vargas, coordinateur des Cachorros de Sandino [structure qui réunit des militaires démobilisés traumatisés suite à l’affrontement militaire entre 1979 et 1990 face à la contre-révolution], qui est en prison depuis huit ans.

• Suppression de facto des autonomies. Les universités, les municipalités, les régions autonomes subissent le même processus. Les étudiants en ont eu assez de ne pas disposer de la liberté d’organisation parce que les recteurs et de nombreux enseignants agissent en tant que commissaires politiques du gouvernement.

• La règle du secret et le renfermement sur lui-même de l’Etat. Ortega et Murillo ne parlent qu’à leurs alliés (le grand capital). Cette configuration n’est même pas mise en œuvre en s’appuyant sur leurs propres forces, car ces dernières sont soumises à la condition humiliante d’une dépendance économique et de la peur. Même les sandinistes n’ont pas le droit de parler. Seule la famille présidentielle peut parler et faire des déclarations.

• Livraison du pays à des intérêts étrangers. Le cas le plus brutal est la loi 840 (Loi sur la concession du canal inter-océanique, qui attribue une concession à un consortium basé à Hongkong pour des dizaines d’années, avec la possibilité d’exproprier des terres de paysans) pour construire le canal inter-océanique avec le capital chinois, projet aujourd’hui des plus incertains. Le couple présidentiel a aussi étendu ce type de concessions dans les secteurs minier, forestier et de la pêche, sans aucune consultation avec les personnes touchées.

• Concentration de la richesse et des politiques clientélaires et assistantialistes. Bien plus que les taux de croissance macroéconomique, ce qui s’est développé, ce sont les fortunes des banquiers, avec des taux de profit les plus élevés de la région. Le Nicaragua reste le pays le plus pauvre de la région après Haïti, malgré toute l’aide vénézuélienne reçue au fil des ans.

Un malaise qui s’est accumulé

Le malaise de la population s’est traduit par une augmentation de l’abstention électorale. Mais les origines de la rébellion remontent à la résistance face au canal il y a quatre ans. Pour faire face à la menace de dépossession, s’est organisé le mouvement paysan le plus fort des 20 dernières années. Quelque 100 marches ont été réprimées par un déploiement disproportionné de forces antiémeutes pour empêcher qu’elles puissent se développer à l’échelle nationale. Le massacre de La Cruz de Río Grande [assassinat de deux adolescents par l’armée le 12 novembre 2017] a accru l’indignation et la participation à l’occasion de la Journée des droits de l’homme qui est organisée le 10 décembre de chaque année. Il en va de même à l’occasion de la Journée internationale de la femme où s’exprime l’opposition à l’augmentation des féminicides et à l’impunité des meurtriers. Ainsi, une «rage digne» augmentait.

... http://alencontre.org/ameriques/amelat/ ... uayen.html
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Messagede bipbip » 21 Mai 2018, 21:37

Nicaragua : qui sème le vent…

Le Nicaragua connaît de fortes mobilisations contre un projet de réforme de la sécurité sociale conduit par le gouvernement de l’ex-commandant sandiniste Daniel Ortega, à la tête du pays depuis 2007. La violente répression a fait plus de 40 mortEs, des blesséEs, des détenuEs et des disparuEs, confirmant ainsi dramatiquement l’autoritarisme du clan « orteguiste ». Nous avons posé trois questions à Lisa T., sociologue, journaliste, membre de France Amérique latine, sur un pays qu’elle parcourt depuis plusieurs années.

Peux-tu revenir sur les raisons de la révolte populaire des dernières semaines et les acteurs mobilisés assez divers qui la composent ?

Il faut distinguer les éléments déclencheurs et les causes profondes (structurelles) de la révolte. L’annonce de la réforme de la sécurité sociale est venue se superposer au gigantesque incendie qui, deux semaines plus tôt, avait détruit une partie importante de la réserve Indio Maíz dans le sud du pays. Cette région, proche du tracé du mégaprojet d’un canal interocéanique, et même potentiellement incluse en son sein, est le théâtre de nombreux conflits, car indépendamment de son hypothétique réalisation, elle est convoitée par des entreprises (notamment de monocultures). La population locale, composée principalement de petits et moyens producteurEs, est farouchement rétive à un retour au salariat que préfigure l’arrivée de projets agro-exportateurs. Les protestations des groupes (plutôt urbains et juvéniles, sensibilisés aux thématiques environnementales) contre l’inefficacité du gouvernement à juguler l’incendie ont été traitées par le mépris et la menace, exercée systématiquement par les troupes de choc organisées au sein des Jeunesses sandinistes (JS) envers les manifestantEs (si peu nombreux soient-ils). L’agression violente contre un groupe de retraitéEs (soutenus par des étudiantEs) le 18 avril dernier a mis le feu aux poudres, reléguant au second plan la dimension sociale des protestations concernant la baisse des retraites (5 %). Selon un ami économiste, les lieux où l’indignation a été la plus forte correspondent à ceux qui ont été en première ligne lors de l’insurrection sandiniste contre la dictature somoziste en 1979. Ce constat renvoie, au-delà de toute interprétation idéologique, à ce que les gens perçoivent comme une intromission abusive et intolérable du pouvoir dans tous leurs espaces (contrôle social au travail, dans les quartiers, omniprésence dans les médias, etc.).

CertainEs à gauche continuent à soutenir ce régime autoritaire et mafieux en insistant sur sa forte légitimité dans les urnes, sur son « anti-impérialisme » supposé et sur son bilan social : qu’en dis-tu ?

Le bilan social a reposé sur des politiques clientélistes (copiées sur le PRI au Mexique) envers les plus défavoriséEs. La tentative, par ailleurs louable, d’intégrer des membres de gangs (notamment à travers la formation de coopératives) s’est faite sur la base du -donnant-donnant. Lorsque la manne des pétrodollars vénézuéliens s’est tarie, la politique de la carotte s’est enrayée, n’offrant plus que le recours au bâton manié par la police et par ceux qui doivent tout au pouvoir en place (les fameuses « troupes » de choc). À l’autre bout de la chaîne, l’alliance avec le patronat a été scellée dès 2007. La paix sociale a été imposée aux syndicats par un constant chantage à l’emploi. Cela dit, l’union sacrée avec le patronat était vouée à la rupture dès lors que ce dernier a estimé qu’il en résulterait plus d’inconvénients que d’avantages. L’augmentation des cotisations sociales patronales prévues par la réforme actuelle a été le prétexte pour abandonner un navire qui prenait l’eau.

Existe-t-il des alternatives politiques et/ou sociales anticapitalistes ?

Le mouvement étudiant autoconvoqué rejette tous les partis, y compris la gauche, notamment réformiste qui s’est discréditée en s’alliant à la droite par le passé. Actuellement seul le Conseil supérieur de l’entreprise privée (Cosep) continue d’appeler à un dialogue que les manifestants ne veulent plus. On voit revenir sur le devant de la scène des cadres historiques sandinistes écartés du pouvoir par la vice-présidente, Rosario Murillo. Dans ce contexte, toutes les récupérations sont possibles, mais pas inéluctables. Ceux qui, ici, persistent à défendre la thèse « géostratégique » d’une offensive impérialiste contre un gouvernement « progressiste » se font les fossoyeurs des forces réellement à gauche qui, depuis des années, alertent sur les dérives du régime.

Propos recueillis par Franck Gaudichaud


https://www.anti-k.org/2018/05/19/nicar ... e-le-vent/
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Re: Nicaragua

Messagede bipbip » 14 Juil 2018, 21:50

Qu’est-ce que ce régime ? Quelles ont été les mutations le FSLN pour arriver à ce qu’il est aujourd’hui ?
Quels sont les marqueurs essentiels, les plus distinctifs, du régime de Daniel Ortega ? Quelles ruptures, quelles involutions observons-nous dans ces traits et que signifient-ils par rapport aux propositions programmatiques du FSLN et au projet de la révolution sandiniste ? Voyons plusieurs de ces marqueurs, pour analyser ensuite quelques-unes des mutations.
... https://entreleslignesentrelesmots.blog ... ujourdhui/

Nicaragua : l’insurrection populaire face au terrorisme d’État
Dans un témoignage bouleversant, Julio López Campos, combattant de l’offensive révolutionnaire finale contre Somoza en 1979 et ancien responsable du Département des Relations internationales du gouvernement sandiniste, confie à la revue nicaraguayenne Envío ses réflexions sur les défis de l’insurrection populaire qui affronte aujourd’hui le régime sanguinaire de Daniel Ortega et Rosario Murillo. (Traduction Marc Saint Upery, auteur, entre autres, du Le rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines, Ed. La Découverte. Marc Saint Upery réside en Equateur)
... https://blogs.mediapart.fr/saintupery/b ... 1239064418
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Re: Nicaragua

Messagede bipbip » 29 Juil 2018, 22:00

Le pouvoir dans la zone des tempêtes

Nicaragua : Le pouvoir dans la zone des tempêtes

Depuis le 18 avril 2018, le pays est secoué par un mouvement de protestation né de la brutale répression que le gouvernement Ortega a déchainé sur les opposants à la réforme de sécurité sociale qu’il voulait imposer. Dans un premier temps, la contestation était dirigée contre la réforme de sécurité sociale. Cependant, dans un contexte d’indignation provoqué par la mauvaise gestion de l’incendie qui a ravagé la réserve naturelle Indio Maiz, cette contestation s’est transformée en un mouvement composite contre le système autoritaire du président inconstitutionnel Daniel Ortega. Retour sur ces 3 mois qui ont réveillé le Nicaragua.

Le 16 avril dernier le gouvernement a lancé une réforme de la sécurité sociale sans débat à l’Assemblée, signée directement par Ortega et publiée deux jours plus tard. Le 18 avril des jeunes étudiant-e-s décident de manifester et ne communiquent le lieu de la manifestation qu’une heure avant son début. Le lieu de réunion devait rester secret pendant un certain temps, afin que le gouvernement ne puisse pas faire occuper préalablement cet espace par ses sympathisants et des fonctionnaires contraints de manifester en faveur du régime Ortega. L’objectif étant de ne pas laisser les jeunes manifester sur cet espace public et de désarticuler leurs mouvements.

En effet, une semaine avant, les emplacements prévus pour les manifestations contre la négligence du gouvernement dans la gestion de l’incendie de la réserve naturelle Indio Maiz au sud-est du pays, avaient à chaque fois déjà été occupé par une « festivité » organisée par le gouvernement pour montrer le soutien du peuple à Ortega.

Lors de la manifestation du 18 avril contre la réforme de la sécurité sociale, les étudiants et les étudiantes sont très violement attaqués par la Jeunesse sandiniste, des civils organisés et payés par le gouvernement. Présente à ce moment-là, la Police nationale n’intervient pas et, en toute complicité, laisse les « Jeunesse Sandinistes » réprimer les manifestants avec des tubes en aluminium et autres armes blanches en totale impunité, voire même sous leur protection.

Justice pour les jeunes assassinés

Le lendemain, plusieurs universités se rebellent et manifestent. La police réprime fortement ces manifestations et on déplore les premières exécutions extrajudiciaires provoqués par des tirs a balle réelle visant la tête, la poitrine et l’estomac des manifestants. Plusieurs médias qui transmettaient les affrontements sont censurés. A partir de ce moment les protestations s’élargissent en faveur de la liberté d’expression, du droit de manifester pacifiquement et réclament justice pour les jeunes assassinés.

Depuis la suspension de la réforme, la répression continue dans les quartiers populaires de plusieurs villes, sur les autoroutes occupées par les paysans et jusque dans les maisons des opposant-e-s. A la date du 4 juillet le bilan est lourd, 309 personnes ont été assassinées, des milliers sont blessées et des centaines de personnes détenues et torturées en prison ; et les chiffres continuent à augmenter.

Ce mouvement de protestation qui a réveillé le Nicaragua a commencé par la mobilisation des étudiants et étudiantes de plusieurs universités de façon spontanée. Autrement dit, ces jeunes n’étaient pas membres d’un parti politique ou d’un mouvement organisé. C’est après la répression du 18 avril et la mort des manifestants que la société nicaraguayenne s’est solidarisée avec les étudiants : spontanément les gens fournissent de la nourriture, des médicaments et créent des hôpitaux de fortune pour les blessés qui ne sont pas admis dans les hôpitaux de l’Etat. Notamment en raison de l’ordre que certains hôpitaux publics ont de ne pas recevoir des jeunes blessés par balle.

Un mouvement aiguillé par l’Alliance civique pour la justice et la démocratie

Le 22 avril, alors qu’Ortega décide de révoquer la réforme et d’organiser un dialogue national, le mouvement commence à s’organiser. La jeunesse étudiante s’organise et commence à recevoir le soutien d’autres secteurs comme le patronat (Conseil supérieur de l’entreprise privée, ancien allié d’Ortega), les paysans, notamment du mouvement contre le canal du Nicaragua, et les organisations en faveur des droits de l’homme. Aujourd’hui ce mouvement est représenté par l’Alliance civique pour la justice et la démocratie dont les objectifs sont de démocratiser le pays, de restaurer l’indépendance des institutions étatiques et d’obtenir justice pour les victimes d’exécutions extrajudiciaires, les blessés, détenus, menacés et victimes de disparitions forcées. Tout cela n’étant possible que si Ortega décide de quitter le pouvoir.

Aucun parti politique ne fait partie ni de l’Alliance civique ni du mouvement en général. Certains politiciens, notamment du Parti libéral constitutionnaliste (PLC, droite), ont affirmé leur soutien au mouvement mais ils ont été lourdement critiqués pour vouloir s’approprier la lutte populaire.

Dans les manifestations il est possible de voir des catholiques, des évangélistes, des athées, des féministes, des écologistes, des gens de droite, de gauche, dont des sandinistes qui réclament aussi la libération du FSLN de la domination du clan Ortega. Le mouvement est donc marqué par la diversité et cherche un objectif concret : faire sortir Ortega et sa famille du pouvoir pour organiser de nouveaux partis politiques pour des élections anticipées.

Pavel Bautista le 9 juillet 2018


https://www.alternativelibertaire.org/? ... s-tempetes
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Re: Nicaragua

Messagede bipbip » 31 Juil 2018, 21:07

#SOSNicaragua, les victimes de la répression sanglante appelle le monde à leur secours

Ils pleurent leurs jeunes, ceux qu’ils nomment affectueusement leurs chavalos. La grande majorité des disparus sont des hommes et des jeunes de moins de 30 ans. En effet, c’est dans différents campus universitaires qu’a éclaté le conflit : ceux de l’Universidad Politecnica de Nicaragua, de l’Universidad Nacional de Ingenieria (UNI) et de l’Universidad Centroamericana.

«"Nous avons cessé d’avoir peur", c’est ce qu’affirmaient les jeunes en dehors de l’université » : c’est ainsi que commence le témoignage d’Ivan Matus, un jeune homme qui a assisté à la première attaque armée, survenue à l’intérieur de l’enceinte de l’Universidad Politécnica de Nicaragua.

« Ce qui a mis le feu aux poudres c’est que la première mort est survenue à l’intérieur même de l’Université polytechnique du Nicaragua, ce qui n’a pas manqué de soulever l’indignation dans le pays et a contribué à ce que nous, et beaucoup d’autres encore, arrivions spontanément sur les lieux en masse. La manière dont cette personne a été assassinée était brutale. Ils l’ont poursuivi et lui ont tiré dessus à un mètre de distance. Les images étaient révoltantes. J’étais en rage. Cela faisait 11 ans que nous nous tenions à carreau face à un régime autoritaire qui pouvait à tout moment se convertir en dictature ; les gens étaient apathiques et craintifs, parce qu’on croyait qu’il y avait, dans une certaine mesure, de la stabilité économique, on croyait qu’il y avait de l’emploi, des prestations, la vieille rengaine : "Au moins on est mieux qu’avant". Mais en réalité, les gens étaient mécontents et lorsqu’on a appris la nouvelle des premiers morts, âgés de seulement 20, 18 et même 15 ans, qu’ils étaient en train de tuer des jeunes, sans scrupules ni remords, je pense que c’est ce qui a été le détonateur social le plus important », relate Ivan Matus.

Selon lui, c’est à la suite d’une répression brutale des autorités et de groupes des jeunesses sandinistes (proches du gouvernement) que les étudiants ont occupé le bâtiment de l’Université polytechnique, pour s’y retrancher. Ils n’étaient qu’une vingtaine d’étudiants au début mais leur nombre n’a pas tardé à dépasser les 300. Alors que la stratégie antiémeute s’était initialement limitée à des tirs de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogène, ceux-ci ont vite été suivis de tirs à balles réelles. Ces attaques visaient à tuer. Les jeunes étudiants, eux, étaient dépourvus de stratégie ; ils se sont retranchés mais ne disposaient pas d’armes réelles, seulement de cocktails molotov et de pierres. Peu après, ils ont commencé à faire des collectes de vivres : des médicaments, de l’eau et des aliments, et aussi à organiser des unités médicales avec le soutien des étudiants de médecine, dès lors que les hôpitaux publics n’admettaient pas les blessés et que la Croix Rouge n’était pas opérationnelle, et ce pour des motifs que les étudiants attribuent à un ordre de l’État.

... https://www.equaltimes.org/sosnicaragua ... 18rMGcUm1s
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Re: Nicaragua

Messagede bipbip » 08 Aoû 2018, 21:04

Nicaragua. Débat. Les raisons d’Etat ne sont pas les raisons des peuples

Les manifestations de solidarité avec la dictature de Daniel Ortega et de sa famille ont été récemment exprimées lors du Forum de São Paulo, qui s’est réuni à La Havane et s’est clôturé le mardi 17 juillet. Le Forum est né en 1990 au Brésil, composé de partis et de mouvements sociaux de gauche, à l’initiative de Fidel et Lula, pour promouvoir l’unité des peuples d’Amérique latine et des Caraïbes dans la lutte pour la souveraineté, l’indépendance économique et politique face à l’hégémonie nord-américaine traditionnelle, exercée en complicité avec les gouvernements de droite et leurs politiques néolibérales.

Après vingt-huit ans de processus complexes de lutte entre les forces conservatrices et les mouvements progressistes – avec des hauts et des bas de victoires et de défaites – leurs dirigeants actuels n’ont pas été en mesure de séparer le bon grain de l’ivraie dans cette unité des partis et des mouvements sociaux de diverses nuances de gauche.

Les réalités concrètes de chaque pays restent mutuellement inconnues, ce qui est confirmé par ces déclarations de solidarité avec le gouvernement de Daniel Ortega (l’ivraie au sein de la gauche) qui est supposé être victime de l’agression impériale et la droite interne. Ils font fonctionner le «petit catéchisme» et le récitent tombant ainsi dans une application mécanique du discours idéologique sans la moindre analyse des réalités concrètes de chaque pays, se séparant ainsi davantage de la dialectique marxiste et la contredisant avec leur pratique.

Ils le confirment par leur soutien à la politique répressive et criminelle d’Ortega, ce qui signifie le mépris de la vie de nos étudiants, des jeunes travailleurs urbains et des paysans. En outre, ils les victimisent une fois de plus en leur appliquant des épithètes blessantes tels que «droitiers», «putschistes», «terroristes» et «vandales». Ce sont des termes avec lesquels le gouvernement Ortega et ses sbires cherchent à ternir l’image de nos jeunes, alors qu’en réalité ils tracent ainsi leur propre portrait.

... https://alencontre.org/debats/nicaragua ... uples.html
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Re: Nicaragua

Messagede bipbip » 11 Aoû 2018, 18:16

Nicaragua. Les traits forts de la répression du régime Ortega-Murillo

Cristian Fajardo Caballero et María Peralta Cerrato, membres du Mouvement du 19 avril [étudiant] à Masaya, ont été capturés le 23 juillet au poste frontière de Peñas Blancas [frontière Nicaragua-Costa Rica]. Tous deux essayaient d’atteindre le Costa Rica, fuyant le régime du président Daniel Ortega. Ils sont actuellement accusés de crime de terrorisme, de financement du terrorisme, de crime organisé et d’entrave au fonctionnement des services publics!

... https://alencontre.org/ameriques/amelat ... rillo.html
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Re: Nicaragua

Messagede bipbip » 18 Aoû 2018, 16:50

Nicaragua : Entretien avec la commandante sandiniste Mónica Baltodano

Afin de comprendre et d’expliquer, de manière rigoureuse, ce qui se passe au Nicaragua, La Tizza a envoyé une série de questions à plusieurs acteurs politiques de ce qui est devenue « la crise nicaraguayenne ».

Mónica Baltodano est une femme avec sa propre voix au sein du camp révolutionnaire dans ce pays d’Amérique centrale : elle fut commandante guérillera durant l’étape insurrectionnelle de l’offensive finale, en 1978-1979, contre la dictature somoziste. Elle est titulaire de l’ordre Carlos Fonseca, distinction suprême octroyée par le FSLN aux personnalités qui se sont distinguées dans la lutte révolutionnaire. Elle fut vice-ministre de la présidence et ministre des affaires régionales durant les années de la Révolution populaire sandiniste (1982-1990). En 1994, elle fut élue à la Direction nationale du FSLN comme responsable à l’organisation. En 1997, elle fut élue députée à l’Assemblée nationale et, à partir de ce poste, elle rejeta le pacte Daniel Ortega-Arnoldo Alemán, ainsi que la droitisation et la corruption de la direction de son parti.

En raison de ses positions critiques, elle fut exclue de tous les organes du FSLN. Elle s’est consacrée à impulser de nouveaux mouvements sociaux au Nicaragua et maintient une critique ouverte au néo-libéralisme, aux privatisations et aux traités de libre-échange CAFTA (Traités de libre-échange entre les pays d’Amérique centrale et les États-Unis).

1. Certaines analyses sur la situation au Nicaragua présentent deux moments dans l’évolution des protestations, l’un assumant comme nécessaire la réaction initiale face aux mesures impopulaires en matière de sécurité sociale, et un second moment après l’annulation de ces dernières. Est-ce le cas ou peut-on considérer que c’est le résultat d’un processus d’accumulation ?

Effectivement, le niveau de la rébellion s’explique seulement par un processus d’accumulation du mécontentement. La réforme de la sécurité a enflammé les gens. Mais ce qui a réellement soulevé le peuple, en résistance depuis déjà 76 jours, ce fut la répression. La tuerie initiale avec des balles ayant tué des citoyens désarmés, comme cela a été prouvé. Seulement dans les sept premiers, on a dénombré 60 morts.

Depuis plusieurs années, s’accumulait un immense bouillonnement. Depuis son pacte avec le politicien droitier et corrompu Arnoldo Alemán [1], Ortega a fait un clair tournant vers des positions pragmatiques : néo-libérales en économie, conservatrices sur les droits des femmes [2], obscurantistes en matière de croyances et suppression du principe de l’État laïc, et dictatoriales en termes de démocratie.

Quand Daniel Ortega a commencé son premier mandat en 2007, il a construit une alliance avec le grand capital : le modèle de partenariat public-privé applaudi par la droite mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et les grandes entreprises d’investisseurs. La droite économique et politique, le capital (pour le dire en un seul mot), a gouverné avec Ortega jusqu’en avril de cette année, date où se produisit la rupture. Ce modèle a permis à la croissance économique de favoriser l’enrichissement de l’oligarchie traditionnelle des banquiers et des industriels, ainsi que celui d’une nouvelle couche, la bourgeoisie ortéguiste (que je me refuse à appeler sandiniste). Même avec ce développement économique, le Nicaragua continue d’être le pays le plus pauvre d’Amérique latine après Haïti. Le gouvernement a bradé le pays à des intérêts étrangers. Le cas le plus brutal est celui de la loi 840 (loi octroyant la concession du canal), par laquelle l’ortéguisme a livré la souveraineté du pays aux intérêts corporatifs étrangers. Mais il existe aussi d’autres concessions onéreuses : minières, forestières, poissonnières. Toutes les initiatives pour discuter l’opportunité ou non de ces concessions ont été rejetées. Ils dirigent le pays sans écouter personne, sauf leurs associés.

Les politiques sociales ont eu strictement un aspect d’assistance, et avec un clair intérêt clientélaire, grâce principalement à l’aide du Venezuela, avec lequel le gouvernement a signé un accord pétrolier avantageux. Ces fonds n’ont jamais été enregistrés au budget et ont été gérés directement par le couple présidentiel. Ils ont aussi servi à renforcer les négoces de la famille et de ses alliés, dont l’achat et l’installation de chaînes de télévision.

Pour assurer son pouvoir, Daniel Ortega s’est fait réélire de manière continue. Dans un pays où la mémoire de la dictature somoziste et vivante, cela a suscité le rejet. Ortega s’est présenté en 2011, en outrepassant la Constitution qui interdisait la réélection. Ensuite, il a réformé la Constitution et il a commencé un troisième mandat, accompagné maintenant par son épouse Rosario Murillo comme vice-présidente, en 2017. Toute tentative de construire des forces d’opposition, en particulier de signe sandiniste, a été écrasée et seule est permis l’existence de forces « fantoches », qui font le jeu d’Ortega pour simuler la démocratie. Les dénonciations de la fraude furent écrasées en faisant plusieurs morts.

La corruption s’étale de manière visible. Un seul exemple : celui du président du Conseil suprême électoral, Roberto Rivas, qui s’est enrichi avec le poste de président du Conseil de la fraude. Il s’est transformé en magnat avec des résidences en Espagne et au Costa Rica, il possède un avion privé et des résidences à Managua et sur les plages, et il peut dépenser cent mille dollars en un seul vol avec sa famille.

La population a souffert différentes formes de répression. Pas seulement l’utilisation de la police et des troupes de choc pour empêcher les mobilisations, mais aussi les crimes à tournure politique, clairement condamnables. Le cas le plus récent fut commis dans la communauté de San Pablo, à la Cruz de Rio Grande, où l’armée a exécuté six personnes, dont deux mineurs, et ce cas est resté totalement impuni.

Les jeunes étudiants ressentaient la suppression de facto de l’autonomie universitaire. Ils se sont montrés fatigués de ce qu’on ne leur laissait pas de liberté d’organisation, car les recteurs et de nombreux professeurs agissait comme commissaires politiques du gouvernement. De larges secteurs du pays sentaient leurs droits restreints, un contrôle asphyxiant et un manque de liberté.

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