Travailleurs-euses immigrés en lutte pour la dignité humaine

Travailleurs-euses immigrés en lutte pour la dignité humaine

Messagede bipbip » 16 Juil 2015, 14:53

Les travailleurs immigrés en lutte pour la dignité humaine au cours des années 1970

Au cours des années 70, la condition des travailleurs immigrés sur le territoire français fait son entrée sur la scène politique et sociale. En effet, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nombre d’étrangers installés dans l’hexagone a plus que doublé. Ces personnes sont venues participer à la reconstruction du pays et fournir une main d’œuvre nécessaire à la production, notamment dans l’industrie. Ainsi, dans certaines usines (automobile…), les immigrés représentent parfois l’essentiel des travailleurs. Cependant, leurs conditions de travail, mais aussi de vie, sont très précaires. Exploités, logés dans des taudis, ils doivent affronter la peur de la police en raison de l’instabilité de leur statut juridique, mais aussi les agressions racistes. La France ne peut alors plus ignorer l’insupportable situation de ces populations. Considérés comme des travailleurs passagers, constamment sous pression, tout est cependant fait pour éviter l’émergence de luttes autour de leur sort. Et pourtant, de grandes mobilisations vont voir le jour à l’époque. Celles-ci sont une part importante et pourtant souvent négligée, de l’histoire des luttes ouvrières, politiques et sociales sur le sol français.

... https://matthieulepine.wordpress.com/20 ... nees-1970/
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Re: Les travailleurs immigrés en lutte pour la dignité humai

Messagede bipbip » 13 Fév 2016, 14:10

Penarroya : les travailleurs immigrés occupent l’usine-poison

Le 9 février 1972, les ouvriers algériens, tunisiens, marocains de l’usine Penarroya de Gerland à Lyon se mettent en grève de façon exemplaire et montrent ainsi qu’il n’y a qu’une classe ouvrière.

http://rebellyon.info/Penarroya-les-travailleurs
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Re: Les travailleurs immigrés en lutte pour la dignité humai

Messagede bipbip » 07 Jan 2017, 18:16

Des grèves de la dignité aux luttes contre les licenciements : les travailleurs immigrés de Citroën et Talbot, 1982-1984

Article de Vincent Gay, qui revient en détail sur les luttes menées au début des années 1980 par les OS immigrés des usines Citroën et Talbot, respectivement à Aulnay-sous-Bois et Poissy.

... https://www.contretemps.eu/des-greves-d ... 1982-1984/
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Re: Travailleurs-euses immigrés en lutte pour la dignité hum

Messagede Lila » 04 Juin 2017, 17:22

Regards croisés France-Allemagne : les immigrés dans l’histoire ouvrière et sociale, 1968-1990
Regards croisés France-Allemagne retrace l’histoire et les luttes, souvent méconnues, des femmes et des hommes qui ont quitté leur pays d’origine pour travailler dans l’industrie allemande et française entre 1968 et 1990, dans une perspective qui croise à la fois l’histoire de l’immigration et celle des luttes ouvrières.
Depuis la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1951, le couple franco-allemand est présenté comme le moteur du développement économique et industriel de l’Europe. Ce développement, qui a permis à l’Europe de l’Ouest de se reconstruire et aussi d’offrir à ses citoyens un niveau de vie jamais atteint auparavant, a pu se faire grâce aux immigrés venus travailler dans les usines, les chantiers ou encore les manufactures.
Longtemps inscrits dans une invisibilité liée au caractère temporaire de l’immigration de main d’œuvre, les travailleurs immigrés, tant Européens (Italiens, Grecs, Espagnols, Portugais, Yougoslaves…) que les non-Européens (Turcs, Marocains, Algériens, Tunisiens…) sont longtemps restés les grands oubliés de l’histoire. L’exposition « Regards croisés France-Allemagne : les immigrés dans l’histoire ouvrière et sociale, 1968-1990 », grâce à des documents d’archives, a pour objectif de corriger cet oubli en inscrivant ces travailleurs venus d’ailleurs dans l’histoire européenne entre 1968 et 1990.
Cette exposition a bénéficié d’un partenariat avec DOMiD (Centre de documentation et musée des migrations en Allemagne) et du soutien de l’OFAJ (Office franco-allemand pour la jeunesse). Elle a été réalisée avec l’appui technologique de l’Institut culturel de Google.
Exposition virtuelle : http://www.generiques.org/regards-crois ... 1968-1990/

Les foyers de travailleurs migrants en France, 1945-1995
Cette exposition virtuelle explore un demi-siècle d'histoire des foyers de travailleurs migrants à travers des documents d’archives (tracts, affiches, périodiques, vidéos) et replace les foyers de travailleurs migrants dans une perspective qui croise à la fois l’histoire de l’immigration et celle du logement.
Derrière une dénomination générale commune, les foyers cachent en effet des réalités diverses pour les travailleurs immigrés, qu’ils soient originaires d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne ou d’Europe. Espace de vie et de sociabilité, le foyer apparaît également comme un espace de contrôle d’une population et de lutte pour la dignité et le respect des droits. Ce sont ces différentes dimensions que l’exposition « Les foyers de travailleurs migrants en France, 1945-1995 » propose de faire découvrir.
Cette exposition a été réalisée avec l’appui technologique de l’Institut culturel de Google. Elle a bénéficié du soutien du Commissariat général à l’égalité des territoires.
Exposition virtuelle : http://www.generiques.org/les-foyers-de ... 1945-1995/

Mouvements et luttes des immigré-e-s contre les discriminations et pour l’égalité, 1972-1983
Cette exposition virtuelle raconte l’histoire des luttes et des mouvements de l’immigration pour l’égalité et contre les discriminations de 1972 à 1983. Elle a pour objectif de montrer, à travers une sélection de documents d’archives originaux, comment et pourquoi les immigrés, hommes et femmes, mais aussi leurs enfants, se sont mobilisés pour lutter pour leurs droits et contre les discriminations.
Cette exposition virtuelle retrace 11 ans de l’histoire des luttes de l’immigration pour les droits des immigrés et contre les discriminations. Elle couvre les luttes dans lesquelles des immigrés se sont engagés pour défendre leurs droits et ceux de leurs familles : contre les circulaires Marcellin-Fontanet de 1972, grèves de la faim pour les papiers, grèves des loyers dans les foyers, grèves dans les usines, mobilisations contre le racisme, luttes contre les expulsions vers le pays d’origine, lutte pour le droit de vote, pour le droit au logement, mobilisations culturelles, la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 organisée par des jeunes issus de l’immigration etc. A partir de dizaines de sources d’archives inédites disponibles dans Odysséo, le portail national des ressources de l’histoire de l’immigration créé par Génériques, cette exposition montre les multiples facettes de l’engagement des étrangers en France dans les années 1970-1980. Elle montre aussi comment les immigrés, loin de l’image de l’immigré soumis, silencieux et sans culture, ont joué un rôle actif dans les luttes pour l’égalité.
Exposition virtuelle : http://www.generiques.org/mouvements-et ... 1972-1983/

Femmes de l’immigration pour l’égalité et contre les discriminations, 1970-1996
A travers des documents d’archives originaux, cette exposition permet de retracer l’histoire des femmes issues de l’immigration qui, à travers leurs combats, ont contribué à promouvoir l’égale dignité de toutes et tous de 1970 jusqu’au milieu des années 1990.
Arrivées en France comme étudiantes, immigrées économiques qualifiées ou non-qualifiées, exilées politiques, ou dans le cadre du regroupement familial, les femmes de l’immigration, parce que femmes et étrangères, ont subi de multiples discriminations tant en raison de leur genre que de leur origine et de leur situation familiale.
Comme le montre cette exposition, en dépit d’une invisibilité toujours d’actualité, les femmes de l’immigration ont joué un rôle important dans la vie civique, sociale et culturelle et restent des actrices trop négligées dans l’analyse des revendications de droits et d’égalité. Par leurs parcours et leurs engagements, elles ont souvent été porteuses des valeurs d’égalité, de citoyenneté et de vivre-ensemble, sans renoncer à deux luttes, en réalité indissociables, celle contre les discriminations liées à l’origine et celle contre le sexisme.
Exposition virtuelle : http://www.generiques.org/femmes-de-lim ... 1970-1996/

Cultures et contre-cultures de l’immigration, 1970,1980,1990.
L’exposition virtuelle « Cultures et contre-cultures de l’immigration. 1970-1980-1990 » se propose de montrer les différentes formes d’engagement culturel des immigrés revendiquant leur place dans la société française au lendemain des événements de mai 68.
Suite aux événements de mai 68 de nouvelles formes d’expression culturelle naissent pour s’éloigner de la culture officielle, on parle alors de « contre-cultures ».
Le langage artistique devient ainsi un espace d’expression de la vague contestataire : cinéma et théâtre militants, rock alternatif, happening, graffiti et peinture sont parmi les médias privilégiés par les jeunes pour dénoncer le peu de place qu’ils occupent dans la société. À côté d’eux, d’autres « minorités », essayent de lever leurs voix contre les discriminations subies : femmes et immigrés notamment.
Les immigrés et les jeunes « issus de l’immigration » essayent ainsi d’investir l’espace public à travers différentes formes d’expression artistique et culturelle pour affirmer leur « existence » dans la société française, mais aussi pour dénoncer le racisme et les discriminations.
L’exposition virtuelle « Cultures et contre-cultures de l’immigration. 1970-1980-1990 » se propose de montrer les différentes formes d’engagement culturel des immigrés revendiquant leur place dans la société française.
À travers des documents d’archives, des entretiens audiovisuels, des documents sonores, des photographies, des journaux, des bande-dessinées, l’histoire de deux générations se dessine : celles des immigrés économiques de l’après-guerre et celle de leurs enfants, porteurs d’une double culture, qui veulent se faire une place dans la société française.
Exposition virtuelle : http://www.generiques.org/exposition-vi ... 019801990/
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Re: Travailleurs-euses immigrés en lutte pour la dignité hum

Messagede bipbip » 14 Sep 2017, 19:20

Le Mai 68 des immigrés en France. Entretien avec Daniel A. Gordon

Daniel A. Gordon est maître de conférences en histoire européenne à l’Université Edge Hill et membre du comité éditorial de la revue Modern and Contemporary France. Il a obtenu le Alistair Horne Fellowship du St Antony’s College pour écrire son ouvrage Immigrants and Intellectuals : May’68 & the rise of anti-racism in France, Merlin Press, 2012 .

Certaines parties de l’ouvrage ont, depuis, été traduites en français :

« Le 17 octobre 1961 et la population française: la collaboration ou la résistance? » in Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur (dir.) La guerre d’Algérie revisitée: nouvelles générations, nouveaux regards, Editions Karthala, 2015.
« Sans Frontière et la fin des années 68 en France » in Caroline Rolland-Diamond, Xavier Landrin, Anne-Marie Pailhès et Bernard Lacroix, Les contrecultures: genèses, circulations, pratiques, Editions Syllepse, 2015.

Il revient dans cet entretien sur la participation des travailleurs immigrés à Mai 68, et sur la façon dont les luttes de l’immigration se sont développées en France dans la foulée du soulèvement ouvrier et étudiant.

... http://www.contretemps.eu/mai-68-immigr ... ce-gordon/
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Re: Travailleurs-euses immigrés en lutte pour la dignité hum

Messagede bipbip » 14 Juin 2018, 22:52

Comment les immigrés ont eux aussi incarné «Mai 68»

Avec la cinquantaine, l’histoire de «Mai 68» atteint donc son âge mûr. Dès lors, il est peut-être temps d’interroger non seulement les nostalgies de ce moment si intense mais aussi les espoirs, les illusions provoquées. Savoir également si «Mai 68» a installé un nouveau processus touchant au fonctionnement de l’Etat, de l’école, des rapports entre femmes et hommes… Et de l’immigration, question rarement posée, qui reste toujours un point aveugle de cette histoire. La date «Mai 68» peut-elle se regarder comme anniversaire de la participation première, massive, des immigrés aux mobilisations qui ont ensuite traversé la société française? La réponse n’est pas si simple, évidente. Mai 68 ne marque pas vraiment le coup d’envoi des mobilisations propres aux travailleurs immigrés en France. Des mouvements sont bien antérieurs aux années 60.

En effet, un véritable engagement politique de l’immigration maghrébine et surtout algérienne en France a commencé bien avant mai 1968, en autonomie par rapport aux mouvements politiques français. Par la question coloniale et la guerre d’Algérie. Il n’y a pas eu d’adéquation mécanique et directe entre la mobilisation politique des immigrés en métropole, et les mouvements politiques français. On peut à ce propos évoquer trois dates significatives.

D’abord, le 14 juillet 1953 la manifestation du cortège autonome, derrière la CGT, des Algériens du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) a été mitraillée par la police place de la Nation et fait 7 morts et plus de 50 blessés graves (1); le 9 mars 1956 la grande manifestation à l’appel du MNA (Mouvement national algérien dirigé par Messali Haj, qui s’oppose au Front de Libération nationale) contre le vote des «Pouvoirs spéciaux» votés à l’assemblée nationale par la gauche française est réprimée très violemment par la police; et, enfin, le 17 octobre 1961 la répression de la manifestation organisée par la Fédération de France du FLN contre le couvre-feu a provoqué la mort de plusieurs dizaines de manifestants algériens, sept ans seulement avant 1968.

Ces trois dates de mobilisation des ouvriers algériens sont menées en faveur de l’indépendance de l’Algérie, en dehors du cadre des organisations ouvrières françaises. Il faut savoir qu’en 1961, il y avait plus de cent mille cotisants à la Fédération en France du FLN dont la plupart étaient des ouvriers engagés. Avant 68, une forme d’autonomie des travailleurs immigrés s’était ainsi manifestée dans la mobilisation politique. Cette autonomie revendiquée par les nationalistes algériens n’a jamais empêché la jonction avec le mouvement syndical classique car la plupart de ces immigrés étaient aussi syndiqués. Même si leur priorité était la question coloniale. Dans les années 60, une fois l’indépendance de leur pays obtenue, leur mobilisation s’est lestée de la question coloniale. En 1968, cette question est derrière eux, elle semble dépassée. Les immigrés algériens, marocains, et mêmes européens, comme les Espagnols et Portugais sont davantage préoccupés par l’actualité de la situation politique dans leur pays que par ce qui se passe en France. Une avant-garde politisée des puissantes immigrations espagnoles ou portugaises mène un combat démocratique contre les dictatures de Franco et de Salazar-Caetano. Les Espagnols militent dans des formations républicaines et communistes notamment, qui organisent des rassemblements très importants numériquement à Paris ou à Toulouse entre 1967 et 1968. Beaucoup sont à la CGT. Ces immigrés vivent encore dans une problématique du retour, une fois les dictatures abattues dans leur pays d’origine.

uand mai 68 éclate, le Parti communiste et la CGT sont les plus importants mouvements, les plus représentatifs dans les milieux immigrés. Pas l’extrême-gauche qui s’appuie sur les mouvements étudiants. Ils auront plus tard une influence dans les immigrations les plus récentes dans les combats contre les bas niveaux du travail ouvrier, avec des salaires de misère, des contrats précaires, avec des conditions de logement épouvantables. Je me souviens de la rencontre politique avec le «monde immigré» lorsque, étudiant à Nanterre en 1970, les militants d’extrême-gauche se rendaient dans les cités, anciennement bidonvilles, toutes proches de l’université.

La CFDT deviendra, progressivement, l’organisation phare de l’immigration et des minorités mais seulement après 68. L’extrême-gauche va aussi contester ce monopole du PCF et de la CGT dans l’immigration en invoquant que la question immigrée est importante, spécifique au sein, à l’intérieur du monde ouvrier. «Ce n’est pas diviser la classe ouvrière que de traiter cette question à part»: cela sera en particulier la thématique des organisations maoïstes. Les trotskistes sont, de leur côté, rattachés à une vieille histoire du mouvement ouvrier qui est celle du refus de la division de la classe ouvrière par l’origine ethnique. Ils veulent s’enraciner dans cette vieille histoire. Alors que les maoïstes apparaissent à l’époque comme une organisation très jeune, sans véritable inscription dans la durée. La question de l’immigration leur permet de défier le PCF et de mobiliser les ouvriers à la sortie des usines. Les «maos» veulent passer par le prolétariat immigré pour mobiliser l’ensemble de la classe ouvrière. Pour ce qui me concerne, je comprenais en partie cette vision parce que ma mère travaillait chez Peugeot à la Garennes-Bezons où elle m’avait fait rentrer quand j’avais 17 ans pour travailler l’été à la chaîne. Il y avait beaucoup de Kabyles dans l’usine, et ils l’avaient désignée comme responsable CGT parce qu’elle parlait l’arabe. Même si les ouvriers parlaient berbère entre eux, surtout quand ils ne voulaient pas qu’elle comprenne leurs débats.

Les maoïstes avaient compris cette réalité ouvrière de l’immigration et ils souhaitaient entrer dans le monde ouvrier par la «porte» des immigrés. Mais leurs revendications étaient surtout centrées sur le défi lancé à l’autorité patronale. Leur revendication principale était «à bas les petits chefs!», contre les contremaîtres dans les usines. Alors que pour les ouvriers, immigrés ou pas, la revendication «à travail égal, salaire égal» dominait. Pour les travailleurs immigrés, existait aussi la revendication d’avoir des papiers, être en règle, pour pouvoir rester en France. Mais aussi existait la revendication de la dignité et de l’égalité au sein de la classe ouvrière (2). Pour les maoïstes, la principale revendication était de savoir comment on pouvait casser les hiérarchies dans les usines. Leur approche était en fait très idéologique. Alors que les trotskistes pensaient aussi contester le monopole du PCF en considérant que la classe ouvrière formait un tout homogène. J’appartenais dans ces années-là la tendance lambertiste qui pensait qu’il fallait rester sur des revendications salariales classiques sans diviser la classe ouvrière et les immigrés. L’autre tendance, celle de la Ligue communiste révolutionnaire et sous influence d’une extrême-gauche plus radicale, pensait que l’immigration était un nouveau mouvement social avec qui il fallait compter. Ils étaient plutôt proches de la CFDT.

Il faut également dire que la répression policière fut très forte à l’encontre des immigrés qui ont été actifs dans les manifestations ou les grèves dans les usines. Certains ont été expulsés pour avoir été des «meneurs», ou trop visibles, dans certaines mobilisations (3). J’étais à l’usine pendant l’été 68, comme je l’explique plus haut, et je me souviens que les ouvriers immigrés se méfiaient des mouvements étudiants. Les immigrés pensaient qu’ils risquaient de les isoler ou d’occasionner des expulsions, et qu’ils n’allaient pas leur apporter des améliorations dans leur situation. La vague à droite qui est élue massivement à l’Assemblée nationale durant l’été 68 les a déçus: ils ne voulaient pas devenir les boucs émissaires de ces mouvements nés de «mai 68». Progressivement, la confiance reviendra par les engagements sociaux qui se développeront tout au long des années 1970.

Dans l’après-mai 68, l’apparition de la CFDT dans le paysage syndical va s’adosser à la «deuxième gauche», au PSU, en s’appuyant sur les nouveaux mouvements sociaux – féminisme, immigration, écologie – et les questions sociétales pour combattre le PCF et la CGT au profit du Parti socialiste. Ce dernier s’intéressera à la question immigrée à partir de 1974 quand le PSU le rejoindra. Le Parti socialiste était resté lui-aussi dans des conceptions traditionnelles sans que l’arrivée avec 68 de nouveaux acteurs politiques ne remette en question la vision ancienne d’une lutte pour défendre les acquis de la vieille classe ouvrière. Le congrès d’Epinay en juin 1971 est encore un congrès centré sur des enjeux internes. La question immigrée ou le droit de vote des immigrés ne correspondent pas à l’histoire de la gauche jacobine française. Cette question va progressivement être intégrée comme revendication sous l’effet des «mouvements beurs» et citoyens, seulement à partir des années 1980. Avec la lutte contre le racisme qui prenne en compte l’héritage colonial; mais aussi la bataille pour les droits, pour l’égalité entre Français et migrants ou immigrés.

... https://alencontre.org/europe/france/co ... ai-68.html
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